LA PARTIDA – Vero Cendoya – Le 16 Juillet 2016 dans le parc du Château de RACCONIGI – Festival Teatro a corte 2016 –

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DO8_1958REGIA E COREOGRAFIA VERO CENDOYA / DIREZIONE MUSICALE ADELE MADAU / ASSISTENTE REGIA E MOVIMENTI GEMA DIAZ / DANZATRICI DORY SANCHEZ, XARO CAMPO, LINN JOHANSSON, NATALIA D’ANUNZZIO, SARAH ANGLADA / CALCIATORI GASTÓN DE LA TORRE, BABOU CHAM, ADRIAN NIETO, ALIK SANTIAGO CORDECH, REYNALDO ZERPA / ARBITRO MIKEL FIOL / COLLABORAZIONE SPECIALE BLANCA PORTILLO / COSTUMI KIKE PALMA E ESTER MUÑOZ / PRODUZIONE ISABEL BONILLA BESSET / COPRODUZIONE FIRA DE TÀRREGA E CENTRO COREOGRÁFICO EL GRANER

CON LA PARTECIPAZIONE DI ADELMO LUCCOLI, DENISE AIMAR, GIOVANNA MAGNOLIA, GIUSEPPE SACCOTELLI, NADIA CANEVARO, SARA SACCOTELLI, TAMARA SEGAL, VALERIA MIRABELLA

C’est un des spectacles les plus originaux de ce festival. La chorégraphe catalane Vero CENDOYA a eu l’idée lumineuse de mettre en scène une partie de foot entre danseuses et footballeurs.

Faut-il insister sur le fait que les danseurs soient des danseuses, ne serait-ce que pour induire l’idée que la danse qui valorise la grâce, la légèreté, serait une discipline plus adaptée au genre féminin que le foot plus brutal, plus violent et de toute façon beaucoup plus pratiqué par les hommes que par les femmes.

Au delà des valeurs clichés, des apparences, il y a les règles de ces deux disciplines, le foot et la danse que Vero CENDOYA s’est plu à explorer pour mettre en évidence leurs affinités.

Sur le terrain, elles sont contraintes de se combiner, s’adapter.Vraiment un surprenant spectacle ! Ceux qui ne comprennent rien aux règles du football ne peuvent que s’émouvoir de voir des footballeurs danser. Qui l’eût cru ? Quand aux danseuses, elles ont de l’énergie à revendre et se révèlent de subtiles footballeuses !

L’arbitre est un danseur, chanteur, comédien, extravagant qui court dans tous les sens. Il est possible de douter de son impartialité.

Les danseuses ont semble t-il, beaucoup de mal à imposer leur mode d’expression face à l’incompréhension, les rejets de la part des footballeurs. Mais une partie est en jeu, pour gagner il faut apprendre à connaître l’adversaire.

Le pari est audacieux mais au fil de la partie, les deux clans qui ont appris à jouer ensemble finissent par se rapprocher, à reconnaître chez l’autre un compagnon de jeu et non plus un adversaire.

Le sport serait il un moyen de libérer les ressorts positifs de l’inconscient collectif . Dans ce match, il est à l’œuvre de façon onirique, poétique et festive. Le public supporter du spectacle reprend en chœur les chansons des équipes dont la musique est créée par des musiciens de Turin.

Le festival Teatro a corte aura eu son Euro de la danse et du sport grâce à cette rencontre captivante qui exalte l’esprit et le corps !

Paris, le 20 Juillet 2016                         Evelyne Trân

 

 

HAKANAI le 15 Juillet 2016 – RIVOLI CASTELLO/PREMIERE NATIONALE – FESTIVAL TEATRO A CORTE 2016 –

hakanai750IDEAZIONE ADRIEN MONDOT E CLAIRE BARDAINNE / DANZA AKIKO KAJIHARA / INTERPRETAZIONE DIGITALE LOÏS DROUGLAZET / CREAZIONE SUONO CHRISTOPHE SARTORI, LOÏS DROUGLAZET / INTERPRETAZIONE SONORA CLÉMENT AUBRY / DESIGN COSTRUZIONI MARTIN GAUTRON, VINCENT PERREUX / STRUMENTI DIGITALI LOÏS DROUGLAZET / LUCI JÉRÉMY CHARTIER / SUPERVISORE ESTERNO CHARLOTTE FARCET / COSTUMI JOHANNA ELALOUF / DIRETTORE TECNICO ALEXIS BERGERON /

 

Bien sûr il y a la sophistication des moyens déployés pour faire coïncider le  virtuel et le solide. Une danseuse japonaise évolue au milieu d’images absolument virtuelles un peu en somme comme celles qui s’échappent de nos rêves intimes. Il en va ainsi aussi de nos sentiments, de ses pensées qui s’oublient. L’homme est à la fois celui qui court après le papillon pour le clouer au mur et celui qui pleure de n’avoir pas d’ailes pour voler. Il faut qu’il jette un sort sur ses émotions, qu’il les sublime, qu’il conjure le fait qu’il va disparaitre  pour devenir terrain de jeu de forces contradictoires, entre flux et reflux. Alors la danseuse devient une sorte de bouée réfléchie  ou secouée par les rayures du temps, ses trous, ses ornières, ces bouffées vaseuses ou transparentes.

 Est-il possible de dompter ses impressions, sont-elles vraiment élastiques ? La danseuse qui telle un araignée fluide fait rebondir les grillages, les filets de son enclos a-t-elle le pouvoir de dialoguer avec la pluie, le tsunami, les bombes ?  Peut-elle vraiment jouer à cache à cache avec toutes ses sensations, est-elle seule ou un objet cobaye observé par des savants, est-elle une souris, ou bien est-elle libre sans le savoir parce qu’elle prend plaisir à jouer, à jongler avec les images qui tombent du ciel, enfantines comme les ombres de mobiles qui s’agitent dans le berceau d’un nourrisson, éphémères comme une course de nuages dans le ciel.

 Danseuse papillon libre, Akiko KAHIJARA nous donne envie d’y croire obstinément. Les mouvements de son corps végétal vont bien au-delà de la cascade d’images. Nous refusons l’idée qu’elle puisse être prisonnière. Il y a chez elle un mystère qu’invoquent certainement les créateurs du spectacle  apprentis sorciers engagés dans leur recherche artistique et technologique au cœur de notre environnement.

 Paris le 17 Juillet 2016                           Evelyne Trân

A STRING SECTION – RACCONIGI PARCO – le 16 Juillet 2016 – FESTIVAL TEATRO A CORTE 2016 –

DO8_1619DO8_1636CON LEEN DEWILDE, LISA KENDAL, RACHEL RIMMER, CAROLINE D’HAESE, ORLA SHINE
COREOGRAFIA LEEN DEWILDE
REGIA MOLE WETHERELL

40 minuti
PRIMA NAZIONALE – Regno Unito

 

Ceux qui ne sont pas cloués sur des chaises à longueur de journée dans un bureau ne s’éprouveront pas forcément concernés par le spectacle surréaliste et fou qui a été présenté par la Compagnie du Royaume Uni, RECKLESS SLEEPERS, dans le parc du Château RACCONIGI.

Curieux spectacle qui bouscule à la fois la raison et les sens. Ce que l’on voit paraît pourtant fort simple. Ce sont cinq jeunes femmes élégantes vêtues de noir qui scient les chaises sur lesquelles elles sont assises.

Obéissent-elles à un ordre venu d’en haut, sont-elles payées pour exécuter une tâche qui n’a pas de sens . Une chose est sûre c’est qu’elle font preuve d’un zèle inouï, dans un rapport quasi sado masochiste à leur outil de travail puisque plus elles travaillent, plus elles scient leurs chaises, plus elles se mettent dans des situations grotesques et dangereuses.

Faut-il que le travail soit toujours associé à la peine, au labeur, à la transpiration ? Rappelons étymologiquement en français le mot travail découle du latin tripâlium qui est un instrument de torture.

Oh pauvres chaises torturées par d’appétissantes jeunes femmes aux jeux de jambes particulièrement affriolants, devenues objets indésirables et supports niais de la bêtise humaine.

Ou bien s’agit il d’une métaphore de notre capacité de destruction, d’indifférence cruelle vis à vis des objets qui nous entourent ?

Pulsion de vie, pulsion de mort se focalisent sur un même objet, ici, une chaise pour le détruire. Est-ce le bonheur de commettre un acte gratuit, valorisant uniquement notre vitalité, notre bonne volonté ?

Elles s’essoufflent à scier leurs chaises et trouvent pourtant le moyen en dépit de la monotonie de leur travail d’utiliser toutes les postures possibles et inimaginables pour venir à bout de leur tâche.

Toutes bêtes avec leurs chaises cassées, elles n’ont plus rien à dire. C’était leur jeu à elles, leur façon de dialoguer avec des chaises, la main à la scie mais la jambe bien en l’air !

Un jeu cruel de petites filles ! Pourquoi aller chercher plus loin. Vous leur avez fait la peau à ses sièges qui vous collent aux fesses et vous vous êtes bien dépensées ! Viva la la liberté !

Oui, le spectateur peut succomber au mirage de tenir au bout de ses prunelles, une sculpture mouvante, un bandeau de fresque érotique et croire que les cinq danseuses ne s’acharnent sur les moulures de leurs chaises que pour faire siffler le temps qui passe en remuant ciel et matière.

Elles ne peuvent pas se défendre les chaises, nous le savons bien et de la même façon comment se défendre du fantasme de donner un coup à la chaise de repos pour se dire oui, je suis libre, je peux m’en passer.

Bêtes comme des pieds de chaises ! Cherchez la bête ! Le spectacle est une véritable devinette qui peut se dégourdir en tous lieux, entrepôt, église, etc. Il était normal que le nuage de ces jeunes femmes drôle et poétique se déplace au château de RACCONIGI, dans le cadre du festival Teatro a corte, toujours goûteur de surprises !

Paris, le 20 Juillet 2016                                Evelyne Trân

DON QUICHOTTE, FARCE ÉPIQUE / 18H30 d’APRES CERVANTES au THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 Rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS du 22 Juin au 20 Août 2016 du mardi au samedi à 18 H 30

don-quichotteMetteur en scène : Jean-Laurent Silvi

Avec Sylvain Mossot, Axel Blind, Barbara Castin, Anthony Henrot

Si nous pouvions rire de certaines vedettes politiques qui promettent la lune pour balayer notre vision terre à terre de la réalité, comme nous rions des mésaventures de Don Quichotte le chevalier errant et de son écuyer Sancho Pança, nous pourrions adhérer à cette observation lancée par Don Quichotte lui même à Sancho Pança : Quelque chose te brouille la vue.

« Qu’est ce donc, aujourd’hui, la chevalerie errante ? » demande naïvement l’intervieweuse à Don Quichotte aussi sûr de lui même qu’il le fut à sa naissance, il y a déjà cinq siècles. Ce valeureux personnage, est un grand illuminé qui prend ses désirs pour la réalité . C’est un fou mais un fou sympathique parce qu’il se dégage une certaine pureté dans l’exaltation de ses désirs. Entier, il est incapable de compromis, c’est une tête brûlée mais qui a du cœur.

La vanité voilà la grande affaire humaine, c’est elle qui gonfle les appétits de gloire et de pouvoir, et ce faisant permet d’occire, sinon oublier la dépression, la mélancolie, la tristesse qui nous poussent à ressasser « Le monde va mal, toujours mal ».

La vanité, personne n’y échappe, même le laboureur,Sancho Pança séduit par la carotte que lui tend Don Quichotte, de devenir gouverneur d’une belle île.

L’imagination chaleureuse de Don Quichotte qui lui permet de voir une prostituée comme une princesse retrousse le regard négatif et limité toujours en jeu dans les relations humaines. Comme nous aurions besoin d’un Don Quichotte à l’assaut dans nos métros bondés, capable de rabattre le caquet à celui qui se permet de lancer à la cantonade « S’il y avait moins d’étrangers, il y aurait plus de place ».

Évidemment, le roman de Cervantès est si profus, qu’il n’est pas possible de le raconter en une heure sur scène. Mais le metteur en scène Jean-Laurent SILVI, gagné par l’ardeur de Don Quichotte, grâce au pouvoir de la fée improvisation, donne des ailes aux interprètes qui jouent quelques fragments incontournables de l’ épopée : l’aventure des moulins à vent, la rencontre à la sierra Morena d’un chevalier étrange et dénudé Cardenio, le récit ahurissant de Sancho Pança, destiné à détourner Don Quichotte – sous l’emprise d’un coup de Friston l’enchanteur – d’une aventure atroce et terrifiante, les armées qui se révèlent n’être que des troupeaux de moutons …

Axel BLIND, Sancho Pança plus vrai que nature et Sylvain MOSSOT en Don Quichotte enragé, forment un duo tragi-comique irrésistible. Barbara CASTIN, l’intervieweuse et la princesse Micomicona est tout à fait piquante et Anthony HENROT, le maître de cérémonie et surtout Cardénio, excellent.

Si vous n’avez pas le courage de lire les mille pages de Don Quichotte, cet été, nous vous invitons à découvrir néanmoins, ce que le livre a essaimé chez cette joyeuse équipe, une farce épique énergisante qui met du baume au cœur !

Paris, le 13 Juillet 2016                                 Évelyne Trân

SOLO THEATRE du 25 mai 2016 au 25 juin 2016 au Théâtre des déchargeurs – 3, rue des Déchargeurs 75001 PARIS – Salle la bohème –

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1 interprète, 1 pièce, 1 heure
Mieux vaut seul que mal en compagnie

Durant un mois s’est tenu aux Déchargeurs le premier Festival Solo Théâtre, co-produit par Les Livreurs et le Théâtre Les Déchargeurs. Parmi les 20 pièces proposées (chacune par un interprète différent), figuraient L’Avare (Molière), Hamlet (Shakespeare), Feu la mère de Madame (Feydeau), Lysistrata (Aristophane), Ubu roi (Alfred Jarry), et bien d’autres.

Le pari est audacieux, il s’agit d’interpréter pendant une heure, seul(e) une pièce en jouant tous les personnages, sans décor, sans accessoires. Le public est invité à imaginer sa mise en scène. Place à l’écoute et non plus au visuel . Seules comptent la présence de l’interprète et la portée de sa voix qui change de tonalités suivant les protagonistes.

Un tel dispositif pourrait être relayé par des émissions radiophoniques où l’oreille est pleinement sollicitée. Mais au théâtre, il y a tout de même ce plus, l’émotion palpable, parfois à couper le souffle qui se dégage tel un mouvement de feuilles dans la forêt silencieuse – auquel participe le public – inonde les visages. Nous voilà presque comme autrefois au coin du feu autour d’un conteur.

Le 9 juin 2016, nous avons assisté à l’interprétation de WOYZECK par un jeune comédien qui a embarqué le public dans l’âme tourmentée d’un « pauvre type » un jeune soldat lequel pour quelques appointements sert de cobaye à un docteur et de domestique à un capitaine. Il sombre peu à peu dans la folie et tue sa femme.

De vrais éclairs de pensée fulminent dans cette pièce écrite par Georg Büchner à 23 ans, l’année de sa mort en 1837 :

« Je suis pris d’angoisse pour le monde quand je pense à l’éternité… je suis pris de frisson quand je pense que le monde met une journée à tourner sur lui même. Quel gaspillage de temps… »

Il a pissé contre un mur comme un chien, le monde tourne mal, très mal » ou encore « L’individualité se transfigure en liberté ».

Mais de telles pensées ne peuvent pas être sorties de leur contexte, la fièvre intense d’un jeune homme au bout de la nuit.

La construction de la pièce fait songer à des plans cinématographiques. Il y a des sauts, des irruptions de situations qui se succèdent sans marquer la pause, créant une ambiance étrange, inquiétante, déroutante.

Il y a du fantastique cosmique dans cette mélancolie déclarée. Woyzeck a des accents de Lautréamont, son cadet  !

Cette pièce fut encensée par Rilke qui écrivit « Voilà du théâtre, voilà ce que pourrait être le théâtre  ».

Pour notre part, oui, nous avons vécu un moment fort de théâtre grâce à son interprète, Pierre Benoit ROUX, visiblement très inspiré et dont la performance nous a permis d’apprécier ce premier festival « Solo théâtre » créé par les Livreurs, lecteurs sonores !

Paris, le 11 Juillet 2016                                     Evelyne Trân

 

 

Dans le cadre du FESTIVAL DES ECOLES DU THEATRE PUBLIC AU THEATRE DE L’AQUARIUM A LA CARTOUCHERIE DE VINCENNES DU 30 JUIN AU 3 JUILLET 2016 : Si seulement j’avais une mobylette, j’aurais pu partir loin de tout ce merdier…

image-si-seulement-javais-une-mobylette-jaurais-pu-partir-loin-de-tout-ce-merdier-h_visuel_si-seulement_04.2016_webmise en scène Frank Vercruyssen (Tgstan)
avec les élèves de La Manufacture (Haute Ecole des Arts de la Scène) à Lausanne

Avec : Marion Chabloz, Danae Dario, Romain Daroles, Maxime Gorbatchevsky, Cécile Goussard, Arnaud Huguenin, Loïc Le Manac’h,Chloë Lombard, Adrien Mani, Mélina Martin, Clémence Mermet, Matteo Prandi, Marie Ripoll, David Salazar, Margot van Hove, Lisa Veyrier

Assistanat mise en scène : Jean-Daniel Piguet
Costumes : Augustin Rolland, assisté de Leutrim Dacaj
Technique : Nicolas Berseth, Céline Ribeiro

avec des textes de: Roy Andersson (Chanson du deuxième étage, Nous les vivants, Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence), Marjane Satrapi (Broderies), Kamel Daoud (La préface du nègre), Alaa el Aswany (J’aurais voulu être égyptien), Yasmina Kadra (L’attentat), Yasmine Char (La main de Dieu), Adonis (Chants de Milhyar le Damascène ; Prends-moi, chaos, dans tes bras), Alain-Julien Rudefoucauld (Le Dernier contingent), Mohamed Kacimi (La Confession d’Abraham), Victor Hugo (Ruy Blas), Kateb Yacine (Nedjma), Les Mille et Une Nuits, Sublimes paroles et idioties de Naser Eddin Hodja, Le Guide Michelin Syrie – Jordanie, Mazen Kerbaj (Un an – Journal d’une année comme les autres ; Lettre à ma mère), Eduardo Galeano ‘’La creación’’, Ibn Mângli (Chasse), Tahar Ben Jelloun (Mes contes de Perrault ; Le dernier ami), Gabriel Calderón ‘’J’ai fait un rêve’’, Mahmoud Darwich ‘’Heureux sans savoir pourquoi’’.

C’est de la lune qu’ils observeraient la terre plongée dans une sorte de brouillard lumineux, cette terre en point de mire, fabuleuse ou affabulatrice, ces curieux chevaliers littéraires qui n’ont pour boucliers solaires ou lunaires que leurs émotions, leurs rêves bien entendu, dans un road movie incroyable qui juxtapose sous le phare d’un collectif de jeunes comédiens frais émoulus, le lyrisme de la littérature arabe et l’univers des films du suédois Roy ANDERSSON.

Quand les textes deviennent terre fumeuse ou abasourdie d’être réveillée sans crier gare sur la scène du théâtre, ils rougissent et palpitent comme de véritables pétards, éclairs de surprises.

La surprise et l’émotion, la promotion H du bachelor Théâtre de MANUFACTURE de LAUSANNE, les exprime, chevillées au corps.

Grisés par l’aventure menée par l’excellent metteur en scène Frank VERCRUYSSEN, les comédiens ne lâchent jamais la bride, ils ont signé un pacte chacun avec des textes messagers qui les entraînent toujours ailleurs, une sorte d’au delà théâtral.

Sur une scène transformée en cantine restaurant avec de grandes tables, l’individualité se frotte à la collectivité, chacun a son mot à dire, chacun trouve sa place, participe aux rêves, aux effusions, aux folies des uns et des autres, car il faut tout de même l’entendre cette folie, cette démesure derrière les textes. Quelle calèche pour les traverser sinon de nos jours une mobylette? Au théâtre, il semblerait qu’il est possible d’abolir certaines frontières temporelles, qu’on se le dise si la mobylette rencontrait le conteur des Mille et une nuits, ce dernier l’accueillerait comme un cheval mécanique et pourquoi pas un cheval de Troie ?!?

« Nous avons tous quelque chose à dire » manifestent les jeunes comédiens, auteurs du montage de textes, montage montagne de récits, de coups de cœurs, de stupeurs et de tremblements.

Le rêve ne risque pas de s’achever, n’est-il point pétri aussi de quelque réalité, celle la même qui le pousse à se projeter dans la littérature et au théâtre. Cette promotion de la MANUFACTURE de Lausanne  nous promet de belles aventures, en tout cas elle a fait battre le cœur du public à la Cartoucherie de Vincennes, par sa fraîcheur, sa bouleversante vitalité !

Paris, le 3 Juillet 2016                            Evelyne Trân

LE VOYAGE IMMOBILE DE PENELOPE – SPECTACLE TOUT PUBLIC – La main d’œuvres – Théâtre d’objets, d’images et de sons – 11h et 18h – Maison pour Tous Champfleury – 2 Rue Madeleine AVIGNON du 12 au 16 Juillet 2016 – Entrée libre – Réservations : 04 90 89 82 63

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théâtre d’objets, d’images et de sons, spectacle tout public à partir de 5 ans,

jauge 60 spectateurs –

conception, scénographie, texte, interprétation Katerini Antonakaki

regard extérieur, lumières, bruitages Sébastien Dault

piano enregistré Ilias Sauloup    vidéo Mickaël Titrent

extraits  l’Odyssée d’Homère – la lettre de Pénélope à Ulysse d’Ovide –les plaisirs de la porte de Francis Ponge

Figure mythique de l’Odyssée, Pénélope appelle l’apaisement. Son voyage immobile, il apparait déjà sur son visage, par exemple sur un vase grec la montrant en train de tisser un voile. Il ne s’agit que d’une image bien sûr, apparemment immobile, mais les esprits contemplatifs savent bien que l’immobilité est une illusion de notre perception et que le temps s’amuse avec les vivants car en dépit de toutes les horloges et mesures du monde, il reste très  subjectif.

 Que peuvent bien peser les vingt années de Pénélope en train d’attendre son époux Ulysse par rapport à une course de marathon, l’explosion d’un bouchon de champagne ou l’attente insupportable devant un guichet quelconque.

Le temps c’est comme une cruche qui aboie. Imaginez une porte entrouverte qui laisse passer un rai de soleil. Vous n’avez rien à faire, sauf à entrer, sauf à vous laisser guider par cette mince lumière incarnée par Katerini ANTONAKAKI qui entraine les spectateurs dans un audacieux et fantastique jeu de piste à la découverte des nombreuses pièces de la maison de Pénélope.

Auparavant, le public avait pu découvrir les maquettes miniatures des meubles qui composent l’intérieur de la maison dont le plan est dessiné à même le sol.  Equipée d’une petite valise, Katerini, Pénélope, jette le dé qui va décider de l’ordre de son parcours. A chaque pièce correspond un morceau de puzzle de carte de ce pays imaginaire. Chacun des petits objets sur la route de Pénélope, loin de représenter des temps morts, appellent le clin d’œil, ils transpirent, ils crient dans le silence, ils rougissent d’exister tout à coup dans l’incongruité d’un regard inconnu, celui d’un spectateur.

 Katerini ANTONAKAKI marche pieds nus comme si elle avait conscience que le silence et la fixité apparente des objets pouvaient être bouleversés par la venue d’un humain et qu’il fallait aller très doucement à leur  rencontre.

 Les bruitages, les lumières assurés par Sébastien DAULT sont en symbiose avec cette Pénélope dont le voyage immobile se révèle très actif : elle est non seulement danseuse, équilibriste mais aussi l’interprète d’extraits de l’Odyssée d’HOMERE, la lettre de Pénélope à Ulysse d’OVIDE et les plaisirs de la porte de Francis PONGE.

 Extraordinaire voyage immobile, ineffable, Katerini ANTONAKAKI cultive le temps presque à la façon des enfants. Disons qu’elle apprivoise  le temps, celui qui se dépose sur les objets vivants  dont on a besoin pour se rappeler à soi-même, mais qui peuvent  être aussi capricieux, inconnus et bizarres à l’image de notre ombre, touchés, vécus !

 Paris, le 30 Décembre 2015  

Mis à jour le 2 Juillet 2016                           Evelyne Trân

Talking Heads II – Femme avec pédicure & Nuits dans les jardins d’Espagne au THEATRE DES CORPS SAINTS – 76, place des corps saints – 84000 Avignon – du 7 au 30 juillet – relâche les 11, 25 juillet 2016 à 14 H 15 –

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  • Interprète(s) : Emmanuelle Rozès, Bénédicte Jacquard
  • Metteur en scène : Claude Bonin

 

 

Une tranche d’humanité au comptoir d’une vie quotidienne écorchée au fil du rasoir par quelques évènements croustillants qui relèvent sa sourde pesanteur.

 Les têtes de  Miss FOZZARD et de Mrs HORROCK ont tout d’abord surgi sur l’écran télévisuel de la BBC pour raconter quelques épisodes de leur vie, pour respirer, pour sortir de leur trou, émettre leurs vérités, quelques confidences inouïes.

 Alan BENNETT est un véritable portraitiste, il agit comme un peintre sauf qu’au lieu d’utiliser un pinceau, il utilise le verbe, le verbiage de personnes qu’il laisse s’étendre sur sa toile. Les états d’âme de Miss FOZZARD et de Mrs HORROCK ont la consistance de ces multiples grumeaux, sensibles au toucher mais invisibles à l’œil nu, qui font transpirer la toile, leurs pâles destins hors des murs.

 Sur le chevalet de leur vie, les événements passent et ne s’accrochent pas, Miss FOZZARD et Mrs HORROCK sont des petites Madame BOVARY qui s’ignorent. Elles n’ont pas vraiment l’impression d’exister, elles vivent par procuration, l’une pour son frère handicapé, l’autre avec son mari qui semble l’ignorer.

Mais voilà que quelques fientes tombent sur la toile. Fientes magiques à coup sûr, la rencontre avec un pédicure libidineux  pour Miss FROZZARD, la rencontre avec une voisine meurtrière d’un mari bourreau sexuel, pour Mrs HORROCK.

 Miss FOZZARD et Mrs HORROCK n’ont pas besoin de se poser des questions. Elles ont besoin de vivre tout simplement. Dès lors qu’importe que sa voisine soit une meurtrière pour Mrs HORROCK qui en fait son unique amie. Qu’importe l’étrange comportement du pédicure puisqu’il divertit de son sombre quotidien Miss FOZZARD.

 Chacune a son jardin intime, l ‘amour des chaussures pour l’une, l’amour des jardins pour l’autre. Chacune a son pigment capable de séduire des pigments autrement plus prononcés.

 On se lèche bien souvent les babines aux récits de deux bonnes femmes, qui agitent leur bol de vivre avec simplicité. La vie est si brève qu’à courte paille, les deux dames passent à travers la lie pour en savourer la lumière.

 Un escarpin géant qui a pourtant l’allure d’un toboggan dans un jardin d’enfant, c’est le décor, le nid de Miss FOZZARD, sa broche imaginaire, bouclier de son quotidien morose. Mrs HORROCK quant à elle, au fur et à mesure de son histoire, démonte comme dans un jeu de construction, les pans de murs recouverts de vigne vierge de son jardin.

 La mise en scène de Claude BONIN ouvre un sorte de couloir intime au parloir de ces deux femmes, faisant résonner leurs similitudes leurs façons de braver leurs limites, leurs solitudes.

 Au-delà du rire et des aspects picaresques des récits, l’ironie et la lucidité critique, Alan BENNETT s’attache à dérouler les ressorts les plus feutrés, les plus humains comme si en scrutant des visages ordinaires, il avait compris qu’il suffisait d’un rai de soleil pour les animer.

 Emmanuelle ROZES,  Miss FOZZARD et Bénédicte JACQUARD, Mrs HORROCK, vivent avec passion, leurs personnages qui éclaboussent les spectateurs sur l’eau dansante de leurs émois.

 La mise en scène tout en finesse de Claude BONIN suit  du regard l’œil malicieux et jubilatoire d’Alan BENNETT. Nous songeons en rougissant  à  cette citation d’Apollinaire : Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme ».

 C’est dans ce verre d’humeur caustique et tendre que nous buvons pendant tout ce spectacle libérateur.

 Nous saluons cette belle initiative tout à fait réussie de l’adaptateur Jean-Marie BESSET et du metteur en scène Claude BONIN de transposer théâtralement ces monologues d’Alan BENNETT, un auteur britannique contemporain particulièrement percutant, et tout de même,  fils de boucher comme Pierre Dac…

 Paris, le 28 Mars 2015 

mis à jour le 9 Juillet 2016                 Evelyne Trân

 

LE DINER – PIECE IMPROMPTUE – au FESTIVAL OFF d’AVIGNON 2016 du 7 au 30 Juillet 2016 à 19 H 35 – FABRIK THÉÂTRE – 10 route de Lyon Impasse Favot –

Visuel 4 © Eric BallotUn spectacle du Collectif Jacquerie

Mise en scène Joan Bellviure

Avec  Joan Bellviure, Jean-Philippe Buzaud, Olivier Descargues, Véronic Joly, Juliet O’Brien, Richard Perret, Jennie-Anne Walker

Avec le soutien du Conseil Départemental du Val de Marne et de la Municipalité de Villejuif

La proposition est alléchante. Elle séduira tous ceux qui ontrêvé un jour ou l’autre d’être scénariste sinon de sa propre vie, d’une soirée, d’un dîner justement.

Il s’agit tout simplement de mettre vos idées à l’épreuve. Et vous savez que vous n’en manquez pas. Vous en auriez même un peu trop. Qu’à cela ne tienne, un chef d’orchestre très accommodant va les prendre en charge, vous inciter à les partager car vous êtes nombreux à avoir répondu à l’appel. Il suffit que vous suiviez l’un des cinq comédiens de la future pièce et que vous répondiez aux vingt questions élaborées par Joan Bellviure. Les réponses vous appartiennent et peuvent être retenues grâce à un vote à main levée . Que va t-il en advenir, suspens ? Alea jacta est, la balle est désormais dans le camp des comédiens qui vont endosser les personnages que vous avez étoffés de vos désirs.

Pas de mise en scène nous dit le metteur en scène très humble. Tout juste une table et des chaises. C’est encore le public qui choisit toujours à main levée les musiques d’introduction et de fin du spectacle.

Pas de coulisses, les comédiens s’habillent sur la scène. Ils n’ont pas eu le temps de se concerter. Leurs personnages, un couple et trois invités doivent apprendre à se connaître au fur et mesure de la pièce, et donc improviser !

Aucun dogmatisme dans la démarche de la Compagnie mais un réel désir d’exploration de l’essence même de la dramaturgie qui se trouve dans la vie elle même où  découlent nos affects, nos désirs, notre fantaisie et nos folies…

Les comédiens donnent très vite le ton de leurs personnages équipés du seul trousseau de clefs confiées par les spectateurs.

Une belle occasion pour le public devenu dramaturge d’un soir d’exercer son esprit critique face aux situations invraisemblables ou trop vraisemblables qu’il aura suscitées.

Reconnaissons que la complicité des spectateurs donne des ailes aux comédiens manifestement très heureux d’incarner pour un soir et une unique représentation, une pièce cousue de leurs mains.

Un spectacle participatif, jouissif, insolite et stimulant à ne pas manquer !

Paris, le 21 Octobre 2015

Mis à jour le 30 Juin 2016                                                Evelyne Trân 

 

LA REINE DE BEAUTÉ DE LEENANE – Comédie noire de MARTIN MCDONAGH – Mise en scène : Sophie Parel -Théâtre des Corps Saints (Place des Corps Saints) – du 7 au 30 juillet 2016 à 21h15 –

REINE DE BEAUTE

Avec : 

Catherine Salviat, sociétaire honoraire de la Comédie-Française
Grégori Baquet (Molière de la Révélation Masculine en 2014)
Sophie Parel, 
Arnaud Dupont.

 

Les touristes qui aiment bien parcourir les villages à l’heure de la sieste sont souvent subjugués par leur calme; pas une porte qui grince, ni de musique qui s’échappe de volets clos. Parfois leurs regards s’attardent sur des affiches encore pimpantes quoique boursouflées par l’humidité, qui annoncent une fête qui a eu lieu quelques mois auparavant. Alors il est permis de rêver, de toucher du doigt le portail jauni d’une maison muette, toujours aux aguets de quelque vision surprenante.

C’est ainsi que le dramaturge irlandais Martin Mc DONAGH semble être entré dans l’intimité d’un foyer familial dans un village rural d’Irlande pour nous conter un de ces petits drames familiaux, chargés de la même mélancolie distraite qui embue le regard lorsqu’en contemplant une fleur fanée dans son pot, nous nous dépêchons de rire intérieurement pour l’entendre nous apostropher « Mais je fus belle, voyons, je n’ai pas eu de chance, c’est tout, le jardinier n’avait pas la main verte ».

Nous découvrons cette reine de beauté à travers le personnage de Maureen, une belle fille aux allures d’adolescente quoique déjà âgée de 40 ans,  en train de servir son perpétuel plat de résistance à sa mère Mag qui trône sur sa chaise roulante telle un bébé froissé sur sa chaise haute.

Maureen et Mag forment un couple. Leurs racines se sont enchevêtrées, et la jeune Maureen a beau soupirer, elle pressent qu’elle risque, hélas, de crever dans son pot parce qu’elle est encore vierge . Pourtant un prince charmant franchit un jour la porte, c’est un vieil ami d’enfance, Pato, revenu de voyage qui l’invite à un bal. Une idylle se noue entre eux, et après une nuit d’amour platonique, Pato amoureux écrit une belle lettre à Maureen lui demandant de la rejoindre à Boston. Mais Mag qui ne supporte pas l’idée d’être abandonnée par sa fille, réceptionne la lettre et la détruit.

Martin Mc DONAGH décrit la situation avec humour, le pathos ne l’intéresse pas. C’est un véritable thriller psychologique, tourné en comédie qui rappelle par certains aspects, un autre dramaturge irlandais Samuel BECKETT, dans notamment Fin de partie.

Catherine SALVIAT est géniale dans ce rôle de vieillarde chipie, elle est drôle à tout moment et aussi émouvante qu’une enfant. Sophie PAREL est étonnante dans celui de vieille fille prisonnière qui déborde de vie. Grégori BAQUET interpréte avec beaucoup de nuances le voisin qui rêve aussi de s’en sortir, de partir à l’aventure. Arnaud DUPONT est également épatant dans le rôle du frère messager plutôt beauf, quelque peu responsable malgré lui du mauvais sort de la reine de beauté.

Avec une mise en scène alerte, une scénographie juste et simple, Sophie PAREL réussit à faire scintiller l’épaisseur de cette boule de drame dont on ne s’attend pas à ce qu’elle explose, car en vérité elle implose de l’intérieur.

N’attendez pas d’être échauffés par un incongru rayon de soleil au-dessus d’un pot de fleurs fanées, allez voir cette pièce étrange et venimeuse de Martin McDONAGH, servie par d’excellents comédiens, assoiffée d’eau, de vie, elle brûle de tous ses éclats !

Paris, le 21 Février 2016 

mis à jour le 28 Juin 2016              Evelyne Trân