Ce livre constitue une témoignage concernant Mireille née Forichon, fille non reconnue du caricaturiste et illustrateur Sem, suite à la révélation de sa filiation, un siècle après sa naissance grâce à un test ADN.
Je me suis perdu en chemin. Mes pas n’étaient pas derrière moi. Ma vue me portait au lointain de mes traces. Je voyais la rondeur de la terre. J’osais lui demander si elle était enceinte du reste de route qu’il me restait à faire. Pas de réponse. Ou plutôt si. Le souffle venteux d’hiver, qui slalomait entre les charmes et les merisiers de la forêt. Je godillais mes absences. La vitesse de ma fable me faisait faire des festons qui m’entraînaient dans la descente du plaisir d’être. Il me semblait que des ailes d’ange me portaient. J’étais loin de la chute du brillant séraphin, plutôt dans l’essor joyeux du troglodyte sortant de son trou douillet. J’avais, m’abreuvant de crachin, imbibé de froid sec, ma force et ma vigueur. Au seuil du couchant, l’astre de vie me réchauffait d’un élan vers ses étincelants rayons. C’était la simplicité de la balade innocente qui avait oublié sa destination. Le meilleur dans la marche, en quelque sorte. J’étais l’élève de cette fantastique professeure qui guidait mon voyage. Soudain, la mémoire de ma destination me revint. Dans l’extrême objectif d’arriver là, où je découvrirai ce lieu, aux confins des silences, qui me rappelait que peut-être, je n’avais pris aucun départ. La distance parcourue m’offrit la lumière de l’effort, après avoir dissipé les ombres où dorment les lutins. Je ne savais plus si ma randonnée était une fièvre qui déréglait ma boussole intérieure. Heureusement, la mousse fraîche d’un hêtre pourpre m’indiquait le nord salvateur de mon épopée marcheuse. J’étais donc arrivé, je ne sais où. Mais j’y étais. Je comptais bien en profiter, ici et maintenant. À travers les limons, le sable, les agiles, je marchais le long d’une rivière qui était mère de toutes ces particules minérales. Cela créait un sentier féerique. Il débouchait sur un petit refuge qui fumait des nuages de cheminée. J’imaginais déjà une bonne soupe chaude et une hôtesse bienveillante. La porte semblait me sourire de toute son âme. Bref. Allai-je heurter à la bonne porte ? Ma réflexion n’eut pas le temps de répondre que déjà, c’étaient dissipés la brumeuse vision de ce que je croyais être des nuages de cheminée. Il n’y avait plus de refuge, seulement de la ramure qui donnait l’illusion d’un abri pour randonneur. Un début de je-ne-sais-quoi devenu ruine. L’eau de la rivière semblait rire de ma confusion. Le temps me posa en amont de ce cours d’eau moqueur d’où j’étais parti. J’avais retrouvé mon chemin, un peu chanceux quand même, je reconnus l’embouchure. Je n’étais plus perdu. Mes pas marquaient de nouveau sur le sol. Peut-être que la terre ne m’en voulait pas de lui avoir posé une question indiscrète ? Mais seulement me dire : « Sois dans le présent de l’air que tu respires, et ne t’inquiète pas des enfants de la nature ».
POÈME-MIROIR
Je me suis miré dans ton poème-miroir, Pour t’offrir ma vision enchantée d’un soir. Un blues d’amour et de désir, ma belle amie ; Balade d’un rêve où je te vois endormie.
Pour t’offrir ma vision enchantée d’un soir. Au pied de ton lit d’or, je me berce d’espoir. Balade d’un rêve où je te vois endormie. Ton sommeil, œuvre d’art, c’est ton portrait, ma mie.
Au pied de ton lit d’or, je me berce d’espoir. Quand tes beaux yeux s’ouvrent, abandonnant le noir. Ton sommeil, œuvre d’art, c’est ton portrait, ma mie. D’un doux baiser immaculé d’hiérogamie.
Quand tes beaux yeux s’ouvrent, abandonnant le noir. La toile éclate de lumière à te pourvoir, D’un doux baiser immaculé d’hiérogamie. Lèvre sur lèvre, d’un fil d’amour et d’envie.
Poème rimes-tu l’adieu ?
Poème, rimes-tu avant de dire adieu ? - Oui, la mort s’écrit pour tous et même pour Dieu. Le corps, bûche d’âme, voit le feu qui s’allume. Sa braise chante l’essor d’une aile sans plume.
Le Phénix nage dans les flammes du secret. Dans l’océan brûlant de tout esprit en paix. Ce qui reste de pleurs, sèche ici et demeure. Les témoins du défunt ne prient pas pour du beurre.
Mais célèbrent la fumée noire qui s’envole, Dans l’azur de leurs yeux, sans larmes ni obole. La tombe vide d’os et de chair, chante et danse, Au bal du cimetière, où les spectres cadence.
Dans les cris, les hourras, où s’enrouent toutes voix, La vie rit fort, sa délivrance, sans émoi. Impose le silence au poème envolé, Sur le papier sonore du cher oublié.
POÈME DANS UNE CHAPELLE DÉSAFFECTÉE
Par mon poème seul, tu me reconnaîtras, Par ma voix, mes rimes vraies ont pris leur éclat.
Toi et moi, d’amitié, nous vivons l’un en l’autre, Jamais chez toi, jamais ! Aucun vers ne se vautre. Je t’ai reconnu alors, chantant. C’est ta voix !
Et moi, je t’ai entendu depuis l’abat-voix.
Oui, dans la chair désaffectée d’une chapelle… Mes mots ont été là où l’on se rencontra.
L’écriture est en notre âme ; est la phrase belle. Dis-moi ! Chanteras-tu, à tue-tête, là-bas ?
Non, je dois fredonner bas ; à touche nouvelle. Ma poésie n’est pas celle d’un ancien jour ; Elle chante au futur avec l’enfant d’amour.
Des poèmes souvenirs qui couvrent plusieurs années. Sont-ils intemporels, je l’ignore. C’est le vent qui les sèmera !
Interview réalisé par Pascale LOCQUIN en 2ème partie dans l’émission Faites Nous des Chansons le Jeudi 18 Décembre 2025 en podcast sur le site de Radio Libertaire 89.4 et ci-dessous :
N.B : Vincent TRAN et Cécile DEVISME étaient les invités de l’émission Deux sous de scène sur Radio libertaire le 30 Août 2025 en podcast avec le lien ci-dessous :
Mais quelle idée, quelle idée ! Peut-être l’ignorez vous, l’auteur de ce dessin a pour nom d’artiste Sem, caricaturiste de la Belle Epoque. Eh oui, songez y en dégustant ces gourmandises !
On ne meurt jamais finalement ! Un dessin c’est comme une fleur qui s’épanouit dès qu’on la regarde . Et nous voilà telles des abeilles qui butinent, butinent pour notre plaisir !
Article mis à jour le 30 Décembre 2025
Evelyne Trân
Pour en savoir plus, vous pouvez cliquer sur le lien suivant :
N’est-ce point un scoop, Sem, le caricaturiste de la Belle époque est le père de ma chère mère Mireille, nous venons de le découvrir, nous ses petits enfants, les trois oeufs de Mireille : Elfie, Emmanuel et Evelyne.
Un secret familial qui aura duré 103 ans. Ce livre vient à la suite de Mon cher enfant, édité aux Éditions du Net en 2022, il a pour objet une mise à jour des propos que j’ai tenus sur Sem, et je me suis permis d’y inclure quelques réflexions en parallèle.
Arlequin Arlequin poignardé Sur les quais du vieux Londres L’enquête est mal conduite Et Scotland Yard s’y perd On a fouillé en vain la chambre Addlestone Square La dame de l’hôtel refuse de répondre On recherche un vieux clown Qui le soir du crime Réparait sur les docks Un cerceau en papier Car en effet, lui seul pourrait Nous révéler quelle était la chanson Que chantait la victime
Interpol a lancé trois agents sur l’affaire On a interrogé les amis du défunt Polichinelle à Rome Colombine à Berlin Et Pierrot, Pierrot qui faisait Du ski à Val d’Isère
Tous trois ont répondu D’un air un peu bizarre Car ils savent déjà Que ce sera bientôt leur tour Ils connaissent le nom du tueur de guitare Mais pendant ce temps–là L’assassin court toujours L’assassin court encore Il s’appelle « chacun »…
Chacun de nous, de vous Aux treize coins du monde Chacun a plus ou moins Dans les brouillards de Londres Un soir sans le savoir Poignardé Arlequin…
Ne vous est-il pas familier ce visage d’Apollinaire portraitisé par Picasso, Marie Laurencin et Jean Cocteau avec cet air bonhomme voire jovial ? Cet homme là est poète et d’après Eric NAULLEAU de nature à nous faire signe tous les jours . Rappelons nous la chanson de Charles TRENET, L’âme des Poètes :
Longtemps, longtemps, longtemps Après que les poètes ont disparu Leurs chansons courent encore dans les rues
Apollinaire fait partie de ces poètes et ces poèmes ont été mis en musique par Léo FERRE !
Apollinaire a écrit les plus beaux poèmes d’amour de la langue française, il a ouvert la porte à la poésie en prose, il a inventé le mot surréalisme pour qualifier son drame Les Mamelles de Tirésias « drame surréaliste en deux actes et un prologue ».
Toujours fleuri l’arbre de poésies d’Apollinaire, et il suffit d’en cueillir quelques unes pour imaginer l’homme. C’est toute la puissance de la poésie de pouvoir évoquer un homme ou une femme .
Par la voie, la voix de Judith MAGRE, comment ne pas être saisi par une lettre d’amour à Lou, écrite dans une tranchée bombardée d’obus. Mais il ne faut pas croire qu’Apollinaire, l’auteur du mélancolique Pont Mirabeau soit toujours triste . Des extraits de Zone nous le prouvent, l’artiste était un bon vivant, curieux de tout, toujours prêt à mordre la vie à pleines dents.
La causerie sur Apollinaire concoctée par Judith MAGRE et Eric NAULLEAU recèle des anecdotes savoureuses que nous ne vous dévoilerons pas, il suffit d’aller les applaudir pour en apprécier la substantifique moelle.
Eric NAULLEAU tout en finesse communique son admiration pour le poète et Judith MAGRE possède cet art unique, propre à l’artiste : faire entendre l’âme du poète !
Une causerie ? Le terme est léger mais il convient tout à fait à Apollinaire. A l’issue de la représentation, on croit encore l’entendre converser derrière nous. Vive Apollinaire !
Evelyne Trân
Le 27 Mai 2025
LISTE DES POÈMES DITS PAR JUDITH MAGRE
Le Pont Mirabeau Zone (I et II) Hôtels Marizibill La Chanson du mal-aimé Sur les prophéties À la Santé Réponse des Cosaques Zaporogues au Sultan de Constantinople Le Chat Le Serpent Le Lion L’Éléphant La Puce Le Poulpe Scène du 22 avril 1915 Poème à André Billy La Loreley
C’est l’histoire de l’amour incommensurable d’une mère pour son fils. C’est l’histoire d’une mère qui est prête à tout pour offrir la meilleure vie à son fils. C’est l’histoire d’une réussite…
Fin septembre, réunion de parents d’élèves : elle est là, « la mère du Burt ». Celle qu’on n’a pas vue depuis des années, celle qu’on aurait sans doute préféré ne pas revoir. Elle n’a plus aucune raison d’être là, pourtant elle s’est invitée. Alors, comme le prof principal est en retard, elle se lève et parle. En combat contre les mots, elle se raconte, raconte son Burt, cet « enfant difficile ». Dans ce texte ciselé et haletant, cette mère courage n’a aucune limite pour son fils qu’elle embarque sur les routes de France, en quête d’un rêve hollywoodien. Et au fil de ce parcours entre musique, danse et cinéma, une vraie émotion se dévoile peu à peu. On comprend alors qui elle est, et pourquoi elle est là…
Equipe artistique
Interprétation: Pamela Ravassard Violoncelliste: Nathan Minière Collaboration artistique : Garlan Le Martelot Collaboration artistique et création lumière: Cyril Manetta Création sonore et arrangements: Frédéric Minière: Scénographie et costumes: Hanna Sjödin Chorégraphie : Johan Nus Coach vocal: Stéphane Corbin
Le spectacle ZOOM de Gilles GRANOUILLET interprété et mis en scène par Pamela RAVASSARD donne tout son sens ( c’est le cas de le dire car nous l’avons découvert au Festival SENS ) au qualificatif de Seule en scène .
Qu’attendrions nous d’un seul.e en scène s’il était proposé au quidam auquel chacun.e de nous pourrait s’identifier ? Il y a une bonne quinzaine d’années au Théâtre Le Lucernaire grâce à la bienveillance de son directeur Christian LE GUILLOCHET, le dernier dimanche du mois un poète slameur Vincent JARRY organisait une scène ouverte permettant à « n’importe qui » de s’exprimer . De fait cette scène était réservée aux personnes n’ayant pas les moyens de payer pour la scène suivante destinée aux professionnels.
Cette opportunité de s’exprimer face à un public, sans détenir les codes des artistes professionnels, il fallait la saisir car elle était exceptionnelle . Imaginez le fantasme, se retrouver seul.e face à un public inconnu pour délivrer quelque chose d’intime qui nous tient au cœur, ou un message urgent qui nous relie à la vie.
Ce personnage de Zoom, une mère qui vient frapper à la porte d’un public inconnu, ici, un groupe de parents d’élèves pour lui raconter son histoire de mère avec un enfant « difficile » évoque cette émotion de se retrouver seul.le pour raconter l’inaudible qui a pourtant un lien avec la société, qui se trouve sans doute en dessous du goudron de la rue, parcouru par tout le monde, qui est comme le terre plein du coeur qui bat à tout rompre, dans l’urgence, mais dans l’urgence de quoi ?
Cette femme qui s’est complètement identifiée à son rôle de mère a oublié qu’elle était une personne à part entière . Elle s’est effacée de son propre miroir pour se projeter sur le destin de son fils Burt devenu la prunelle de ses yeux. Elle rêve pour lui la gloire d’un acteur tel que Burt LANCASTER, parce qu’elle l’a conçu lors de la projection au cinéma du film « Tant qu’il y aura des hommes ».
La confession de cette femme est bouleversante parce qu’elle n’est pas lisse. Nous sommes tellement habitués au langage conventionnel, suffisamment léché pour entrer dans les oreilles de quiconque, que nous sursautons dès que nous entendons une personne qui parle trop fort, qui crie, lance des insultes etc.
« Passez votre chemin » aura-t-on envie de dire à cette dame. Vous nous importunez avec votre histoire. Pauvre femme ! » On pourrait la qualifier de toxique la mère de Burt parce que c’est évident à cause de son manège insensé elle a rendu la vie de son gosse impossible. Et si nous essayions de faire Zoom comme Gilles GRANOUILLET sur ces détails qui prennent une importance inouïe sans même que l’on s’en rende compte.
Nous ne sommes pas psychiatres, nous n’avons pas les codes pour juger et comprendre sans doute, mais cela nous fait du bien de l’entendre cette femme parce qu’elle nous renvoie à des fantasmes que nous avons peut être eu en tant que parents, parce qu’elle nous parle de la vie tout simplement.
Et puis cette pauvre femme est aussi une mère courage, nous laissons au public imaginer la suite…
Gilles GRANOUILLET sait trouver le langage qui ne coule pas de source mais qui est révélateur de la vie intérieure de la mère de Burt jusqu’à ce qu’elle arrive à se dire. Pamela RAVASSARD est saisissante. Elle crache le morceau mais il est de taille à nous subjuguer.
Evelyne Trân
Le 26 Mai 2025
N.B : Paméla RAVASSARD était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 24 Mai 2025, en podcast sur le site de Radio Libertaire.
Le spectacle aura lieu Festival off d’Avignon du 4 Juillet au 26 Juillet à 10 H (relâche les 8, 15, 22 juillet) au Théâtre GIRASOLE 24 Bis rue Guillaume Puy 8400 AVIGNON