Monologue pour la Paix (à partir du 19 janvier) Conception, mise en scène et interprétation: Moa Abaid – Extraits de poèmes de Katznelson, et de Noureddine Aba sur le massacre de Sabra et Chatila au THEATRE DU NORD OUEST – 13 Rue du Faubourg Montmartre, 75009 Paris – Téléphone : 01 47 70 32 75

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Prochaines dates :   le 25, à 20h45 -le 28,à 17h DANS LA GRANDE SALLE

FÉVRIER  le 1er 20h45, le 8 à 20h45,  le 11 à 19h, le 21 à 20h45

MARS le 2 à 19h, le 8 à 19h

AVRIL le 3 à 20h45, le 12 à 19h

Extraits de poèmes de Katznelson, déporté à Auschwitz en 1944 et de Noureddine Aba, écrivain, journaliste, sur le massacre « C’était Sabra et Chatila à Beyrouth 18 et 19 septembre 1982 »

par le comédien Moa ABAID

Moa ABAID est un artiste interprète binational. Son but est « de montrer que la douleur humaine est la même qu’elle que soit l’ethnie la religion ou la couleur « .

Oncle Vania d’Anton Tchekhov du 19 janvier au 19 mars 2017 le Jeudi à 19 H 30 , le Dimanche à 18 H – au THEATRE ESSAION – 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS

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Auteur : Anton Tchekhov
Mise en scène : Philippe Nicaud
Distribution : Marie Hasse, Céline Spang, Fabrice Merlo, Philippe Nicaud, Bernard Stark
 
Durée (mn) : 1h25

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« Ils viennent nous voir, ils sont de notre famille, ils repartent. Rien n’a changé ou presque… » 

En une phrase, il serait possible de traduire le désenchantement de l’oncle Vania et de sa nièce Sonia qui viennent de revoir le père de cette dernière, Sérébriakov, un vieux professeur, accompagné de sa jeune et belle épouse Elena. Un événement que l’arrivée de ce couple venu de la ville dans le quotidien blafard de l’oncle Vania et de Sonia, auquel assiste également le médecin de campagne Astrov, appelé pour soigner Sérébriakov et qui tombe aussitôt amoureux d’Elena.

Le synopsis n’a rien d ‘original. Nombre de feuilletons américains notamment reprennent l’ingrédient de base, l’amour. Il s’y trouve toujours une belle femme qui attise les passions et quelques affaires triviales qui déchirent les membres d’une même famille.

La comparaison s’arrête là évidemment car l’histoire transite à travers le regard de l’oncle Vania, le perdant, le dépressif de service auquel Tchekhov donne le premier rôle. Nous verrons sa mélancolie se muer en révolte, en désespoir. Et sa juste colère atteindra Elena prisonnière de son image de belle et jeune épouse qui chavire sur la pente des sentiments, parce qu’elle est trop sensible, pour supporter la violence des passions qu’elle suscite.

Lettres d’amour mortes avant d’atteindre leurs rives. Que de poissons morts, de rêves déçus à l’intérieur de cette rivière pourtant si riche de sentiments.

Elena brille de toute sa beauté. Serébriakov fut un intellectuel renommé, l’oncle Vania un dévoué gérant de la propriété familiale, Sonia a le cœur pur, Astrov le médecin a beaucoup de charme. Mais tous ces personnages traînent des boulets, l’oncle Vania celui de la rancœur, Sonia, la laideur, Astrov, l’alcool et l’ennui, Sérébriakov, la vieillesse, Elena son enveloppe artificielle. Tous aussi sont incroyablement seuls.

A une époque où tout le monde parle des réseaux sociaux, ou par un seul clic, un seul sms, nous pouvons avoir l’illusion d’atteindre un interlocuteur, le courrier du cœur de Tchekhov prend une toute autre dimension, il révèle ce qu’il y a de diffus, d’inexprimable chez l’être humain, le contraignant à s’exprimer parfois violemment comme l’oncle Vania.

Tous les personnages ont en commun un sentiment de frustration, éprouvent que leurs activités quotidiennes qui se résument à boire, manger, dormir, travailler, étouffent leurs aspirations spirituelles, dont la plus haute sans doute est celle de l’amour.

Il faut voir comment Sonia tend un verre d’alcool à Astrov. Tout son amour s’exprime dans ce geste. Nous savons que toute sa vie Sonia se remémorera ce geste là incompris, qu’elle le cristallisera avant qu’il ne retombe en poussière.

Les personnages ont de la poussière dans les yeux qui les embuent de larmes : « Voici comment nous sommes, des arbres qui pensent, la crête vers le ciel, les racines dans la boue » pourraient-ils dire ensemble.

La mise en scène de Philippe NICAUD laisse crépiter la petite musique de Tchekhov, mélancolique, ardente. Nous rejoignons la solitude de chacun des protagonistes comme si chacun à mi-voix se confiait à l’invisible, ou bien à une personne inconnue pour lui dire « Vous comprenez, j’ai aimé, j’ai voulu aimer et cela seul compte ».

Et nous retenons notre souffle, nous y croyons, sans doute grâce à l’interprétation de chacun des comédiens particulièrement juste, nuancée. Et puis la mélancolie ambiante se dope du bel éclair que représente le docteur Astrov qui apporte de la gaîté avec sa guitare, pour donner le ton à l’ivresse des sentiments.

La pièce l’Oncle Vania, dans cette mise en scène nous paraît encadrée de ces deux vers d’Apollinaire :

« Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme »

« Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire »

Un bol de vie tout simplement enivrant.

Paris, le 24 Janvier 2017                     Évelyne Trân

 

LE VIVIER DES NOMS THÉÂTRE | VALÈRE NOVARINA AU THEATRE 71 – SCENE NATIONALE DE MALAKOFF – 3, Place du 11 Novembre, 92240 Malakoff – MERCREDI 18 JANVIER au JEUDI 26 JANVIER 2017 –

 

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mercredi, jeudi et samedi à 19h30
mardi, vendredi à 20h30
dimanche à 16h

TOURNÉE 2016 > 2017
14 > 16 novembre 2016 TNP à Villeurbanne | 04 78 03 30 00
9 & 10 janvier 2017 Grand R, Scène Nationale de La Roche-sur-Yon | 02 51 47 83 83
18 > 26 janvier 2017 Théâtre 71, Scène Nationale de Malakoff | 01 55 48 91 00
2 & 3 février 2017 l’Hexagone, Scène Nationale de Meylan | 04 76 90 00 45

texte, mise en scène et peintures Valère Novarina (éditions P.O.L, 2015) | avec Ivan Hérisson, Julie Kpéré, René Turquois, Dominique Parent, Claire Sermonne, Agnès Sourdillon, Nicolas Struve, Valérie Vinci, un musicien sur scène Christian Paccoud et les ouvriers du drame Elie Hourbeigt, Richard Pierre | collaboration artistique Céline Schaeffer | musique Christian Paccoud | scénographie Philippe Marioge | costumes Karine Vintache maquillage Carole Anquetil | réalisation des accessoires Jean-Paul Dewynter dramaturgie Roséliane Goldstein, Adélaïde Pralon | assistante de l’auteur Sidonie Han | lectrice Isabelle Babin | régie générale Richard Pierre
régie plateau Elie Hourbeigt | régie lumière Marine Deballon | poursuite Julie Barnoin | assistante à la mise en scène stagiaire Pauline Clermidy | assistante costumes Marion Xardel | production/diffusion Séverine Péan / PLATÔ

 

Songez que le silence précédera toujours la parole ! Au théâtre le silence juste avant la représentation, plus il paraît long, plus il est gage de l’événement « Quelqu’un vient de percer le silence» Et cette personne pourra dire ce qu’elle veut, voire n’importe quoi, nous boirons ses paroles avec avidité.

Imaginez une tour de Babel de noms qui clignoteraient autour de la Tour Eiffel, comme certains s’affichent très célèbres sur les niches de l’Opéra Garnier ou encore sur les tombes du Père Lachaise. De la célèbrité à l’oubli il n’y a qu’un pas, hélas ! Et pourtant devenus inconnus, ces noms peuvent faire rêver.

Tout cela prête au délire car quelle déception lorsque sur une tombe, nous ne voyons plus aucun nom. Une grosse voix anonyme nous incline à nous pencher sur la pierre grignotée par le vent, la pollution, le soleil et soudain cataclysme, dérangement, une horde de noms surgit d’un courant d’air, ils sont des milliers à s’annoncer, ils sortent de la bouche de l’Historienne de service, ils s’incarnent, ils s’habillent de mots évidemment, ils viennent chanter sous nos oreilles comment le corps frémit, tremble, s’émeut, s’éprouve dans le vivier des noms, celui qu’explore depuis de longues années, ce grand sorcier Valère NOVARINA.

Il faut se jeter dans ce vivier des noms, comédiens, spectateurs compris, faute de quoi, vous resteriez en dehors, et vous ne vivrez pas cette élucubrante expérience d’être submergés par des mots qui lèchent vos chevilles, grignotent vos orteils, agacent votre mémoire, soulèvent votre estomac.Ils sont aussi mouvants que des vers de terre, les mots, vivants, exténuants, impossibles.

Valère NOVARINA invente des mots non pas pour se faire plaisir, quoique, mais parce que l’exercice de la profération l’exige. Disons que les mots se transforment, qu’ils jouissent au moment même où ils sont proférés.

Les mots, ceux que nous utilisons tous les jours, fourbus de références, de conventions, bon gré ou malgré eux accrochés à la grammaire, peuvent-ils se recycler, créer l’étincelle en se frottant les uns aux autres, en se culbutant, poussés par cet étrange animal, l’homme, son garde-manger, son garde-frontières, son survivant ?

Démoniaque question ! «Chacun de nous se change en animal prophétique parce qu’il se souvient » nous dit Valère NOVARINA. Cette mémoire prophétique est à l’œuvre certainement dans ce spectacle, grâce aux comédiens rompus aux bals masqués de Valère NOVARINA, mais dans ce vivier, les noms se cachent pour mieux sourire, grimper au-dessus des oubliettes, rire comme une souris verte qui courait dans l’herbe.

Le bonheur de peindre avec des noms comme un cheval est capable de peindre avec sa queue un magnifique tableau ! L’arbre et son ombre aussi sont spectateurs de toute espèce de créatures notamment les humains, hors décor, hormis quelques toiles de Valère lui même, seuls paroliers de la nature faite homme.

Que les goûteurs de mots se fassent plaisir, ce spectacle est pour eux, il intriguera ceux qui préfèrent grimper aux arbres, il éblouira les sportifs de la langue qui possèdent l’art de l’apostrophe intra et extra-terrestre !

Paris, le 22 Janvier 2017                        Évelyne Trân

LE PREMIER (reprise) d’ Israël Horovitz au THEATRE Les Déchargeurs / Le Pôle – 3, rue des Déchargeurs 75001 PARIS – du 5 Jan 2017 au 18 fév 2017 – Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 21 Heures –

Texte :

Traduction :

Mise en scène :

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C’est un phénomène de nature, arithmétique, culturel. A partir de trois individus alignés de façon verticale ou horizontale, tout dépend dans quel sens, avec quelle boussole elle est observée, il est possible de parler de queue humaine. Il importe peu de savoir pourquoi ces individus font la queue, l’évidence est d’ordre vital, il suffit de comprendre que chacun de ces individus ont un intérêt commun à assouvir et qu’une des premières expériences du groupe, pour chacun des membres est d’appréhender sa place à l’intérieur.
Faire la queue pour obtenir un bol de soupe, une baguette à la boulangerie, un billet au spectacle etc, avoir la chance d’être le premier pour élever le fameux sésame et repasser devant les autres toujours piteux, avec fierté, quelle belle chandelle !
Il faut se gargariser comme on peut de quelque vanité, faute de quoi, la vie manquerait de charme et nous serions atrocement jaloux des moineaux, ces petits anges qui ne font jamais la queue, eux, lorsqu’il s’agit d’aller cueillir quelque miette de pain.

Ils se trémoussent, ils représentent à cinq une phrase musicale un peu tordue, ver humain à plusieurs membres, qui se retourne, se renverse, s’écarte de la ligne, revient au point de départ, pour reformer l’accordéon qui soufflera en chœur sur la ligne de départ, le ruisselant bonheur d’avoir été choisi, d’avoir été élu, d’exister sous le projecteur car ainsi l’exige le rayon solaire qui illumine le premier quidam mais jamais le dernier, invisible refoulé dans l’ombre.Même le soleil est injuste, c’est révoltant, pourquoi assaisonne t-il telle plante et pas une autre ? Face à cette injustice qui dure depuis la nuit des temps, il faut tricher, exercer son inventivité, devenir voyou, car la tentation est grande et si humaine d’avoir la première place au soleil.

 Israël Horovitz, l‘auteur de cette pièce comico-humaine « Le premier » s’amuse à faire saillir avec truculence, les intempérances de quelques paumés, lesquels stimulés par la pression du groupe, rêvent tous d’être premier et découvrent chacun à leur tour que cette fameuse place de premier est aléatoire, en tout cas pas éternelle.

Être premier s’il n’y a pas les autres, cela n’a pas de sens. Alors il faut composer. Dans cette cour de récréation, pour passer le temps, pour oublier qu’attendre c’est drôlement long, chacun va y aller de sa profession de foi, de mérite, de charisme, d’affirmation de son petit ego.

Le chant du coq aura t-il lieu pour remettre tous ces gens à leur place. L’orgasme du rire tant attendu, celui qui soulage enfin sera t-il au rendez vous ?

L’effervescence des comédiens, leur aplomb, la maestria du metteur en scène, Dimitri Dubreucq, sans aucun doute distrairont les attentes du public, conquis par le sourire moqueur de l’auteur, salutaire rayon de soleil !

Paris, 22 Janvier 2017                  Evelyne Trân

BRASSENS N’EST PAS UNE PIPE au THEATRE DE L’ATALANTE – 10 place Charles Dullin, 75018 Paris – Du mercredi 1er au lundi 6 février 2017 –

Brassens FT A2Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30
Les jeudis et samedis à 19h
Les dimanches à 17h
Relâche les mardis

DISTRIBUTION

Mise en scène Susana Lastreto

Arrangements musicaux :Annabel de Courson et Jorge Migoya
Lumières : Stéphane Deschamps
Accessoires : Danièle Heusslein-Gire
Assistant : Igor Oberg
Régie : Antoine Duris

Avec
François Frapier
Hélène Hardouin
Annabel de Courson
Jorge Migoya
Susana Lastreto

Nom d’une pipe, Brassens, Georges B. si vous préférez, ne finira jamais de nous étonner ! « J’étais né pour devenir un arbre «  disait-il. L’arbre n’a pas fini de fleurir, Brassens est chanté dans toutes les langues du monde mais il se moque bien d’être respecté. La Compagnie GRRR  implantée dans le 14ème arrondissement ne hume pas seulement l’air où Brassens a vécu, elle s’en parfume avec humour.

 Voilà une poignée de comédiens musiciens qui paraissent tout droit échappés non pas d’un asile de fous mais de quelque chose d’assez proche, une ruche à chansons, qui électrisent de leurs humeurs saugrenues, fantasques, mélancoliques, une multitude de personnages.

 Des comédiens tisserands en quelque sorte qui glissent sur plusieurs toiles, à plusieurs voix, pour faire saillir de façon tellement accrue, tellement actuelle, « La tondue », « La mauvaise réputation «  et bien d’autres.

Brassens  est un fablier de la même aune que La Fontaine. Que l’on retourne le sablier dans un sens ou un autre, ce qui est formidable dans ce spectacle, c’est l’incroyable vivacité de tous ces petits grains de vie qui soulèvent des montagnes, quand ils causent de la mort, du sexe féminin et de la connerie humaine. 

Brassens, homme de cabaret est bien présent dans ce spectacle, et donne carte blanche aux personnages de ses chansons pour revenir après moult aventures,  s’incarner librement et joyeusement à travers quelques  hôtes inspirés de la compagnie GRRR.

D’ailleurs, qui pourrait dire qu’il ne se trouve pas dans la salle en train de rire avec nous de la mise en scène complètement loufoque de « sa brave Margot ».

Franchement, ses personnages continuent encore de nous regarder dans les yeux, attention !

La meneuse de revue, drôle et suave joue le rôle de la reine des abeilles pour nous faire entrer dans la ruche. Le miel conçu à partir d’un florilège de chansons est peu ordinaire, piquant, doux, fort. Il ensoleillera vos cerveaux embrumés par l’hiver ! Vive Brassens !

Paris, le 24 Janvier 2017                   Evelyne Trân

 

LES 7 FOUS (création) Auteur Roberto Arlt, d’après le roman Los siete locos aux Éditions Belfond. Traduction Isabelle et Antoine Berman – Au THEATRE DE BELLEVILLE – 94 Rue du Faubourg du Temple 75011 PARIS du 10 AU 21 JANVIER 2017 DU MAR. AU SAM. à 21H15 –

 

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le lien vers le site de la compagnie EN CAVALE
http://www.compagnie-en-cavale.com/

N.B : Théo Pittaluga et  Adrien Noblet étaient les invités de l’émission DEUX SOUS  DE SCENE sur Radio Libertaire, 89.4, le samedi 14 Janvier 2017 (en podcast pendant un mois sur le site « Grille des émissions de Radio Libertaire ») .

Auteur Roberto Arlt, d’après le roman Los siete locos aux Éditions Belfond. Traduction Isabelle et Antoine Berman

Adaptation Cie en Cavale
Mise en scène Théo Pittaluga
Avec Adrien Noblet, Elsa Canovas, Victor Garreau, Raphael Mostais et Clément Séjourné
Compositeur Philippe Wojtyra
Costumes Manon Lancerotto
Scénographie Théo Pittaluga
Conception scénographie Chloé Ambrogi
Lumière Victor Arancio

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LE QUATRIEME MUR – CREATION FRANCO-LIBANAISE – Mise en scène de Julien BOUFFIER à partir du roman de Sorj CHALANDON – Les 11 et 12 Janvier 2017 à 20 H à LA FILATURE Scène nationale de MULHOUSE – le Jeudi 2 Février 2017 à 19 H 30 et le Vendredi 3 Février 2017 à 20 H au THEATRE JEAN VILAR à VITRY SUR SCENE

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Adaptation et mise en scène : Julien Bouffier – Scénographie : Emmanuelle Debeusscher et Julien Bouffier

Création vidéo : Laurent Rojol

Interprètes : Diamand Abou Abboud, Nina Bouffier, Alex Jacob, Vanessa Liautey

À l’image : Raymond Hosni, Yara Bou Nassar, Joyce Abou Jaoude, Mhamad Hjeij, Elie Youssef, Joseph Zeitouny   – Voix : Stéphane Schoukroun

Création musicale : Alex Jacob – Création lumière : Christophe Mazet

Travail sur le corps : Léonardo Montecchia – Ingénieur son : Eric Guennou

Régie générale : Christophe Mazet  – Régie plateau : Louis Guerry

Durée : 1h30    –  Tout public à partir de 14 ans

Production Compagnie Adesso e sempre

 

La figure d’Antigone a toujours fasciné. Elle est l’expression d’une volonté de résistance au pouvoir qui va au-delà du politique. C’est à dire qu’une personne qui n’entend rien à la politique, peut être interpellée par son message. Antigone tient tête au dictateur représenté par Créon parce que son devoir, sa nécessité vitale, celle qui la constitue, est de rester entière, juste avec sa propre loi, celle qui est dictée par son cœur, par un sentiment de sa présence au monde inaltérable qui la rattache aux siens, à ses frères, à sa terre, et finit par devenir sa raison d’être.

Le personnage d’Antigone est exprimé en quelques phrases par l’un des protagonistes de la pièce Le quatrième mur, tirée du roman de Sorj CHALANDON, adapté et mis en scène par Julien BOUFFIER.

Nous serons toujours sur des charbons ardents avec Antigone. Des hommes se font la guerre de façon abominable dans ce monde pour des questions de territoire, de religion, d’idéologie et ce sont ceux qui ne demandent qu’à vivre en paix qui peuvent se trouver le plus durement touchés moralement, parce qu’ils ne sont pas écoutés, parce que les paroles de guerriers les étouffent.

Antigone se dresse au dessus de la mêlée. Ses deux frères se sont combattus, puis sont morts. Créon entend se servir de cet événement pour magnifier son pouvoir, et marquer le coup. L’un des frères est honoré, l’autre banni, privé de sépulture. Antigone refuse cette raison d’état inique. Elle devient la porte-parole de tous ceux, toutes celles qui s’élèvent contre les dictatures et qui veulent œuvrer pour la paix, engager le dialogue avec tous ces frères devenus ennemis.

Pour dégager ce sentiment de fraternité, en pleine guerre du Liban (1975 -1990), il faut disposer d’une sacrée dose d ‘idéalisme. La jeune étudiante qui reçoit en héritage le dernier vœu de son ami Sam, un combattant juif pacifiste de la dictature en Grèce, celui précisément de monter la pièce d’Antigone d’Anouilh, avec des acteurs issus des différentes factions ennemies, «la troupe se compose d’une palestinienne sunnite, d’un druze, d’un marinite, d’un chiite, d’une catholique », ne sait pas où va la conduire ce projet incroyable.

Elle qui se croit porteuse de paix, de réconciliation va découvrir la guerre, côtoyer des soldats, parcourir le camp de Sabra et Chatila après les massacres. Elle ne s’en remettra pas.

Le spectacle de Julien BOUFFIER constitue un véritable voyage initiatique. Il est essentiel dans la mesure où il permet à nombre de spectateurs par référence à l’héroïne de toucher du doigt ce quatrième mur – au théâtre il signifie la ligne imaginaire qui sépare les spectateurs du public – sensé nous protéger de la réalité. Il fait écran à l’intolérable, mais nous tient en éveil vivants puisqu’il importe de rester vivants pour lutter.

Nous connaissons le pouvoir hypnotique des images. Le spectacle n’en use qu’à bon escient. L’enchevêtrement des scènes filmées et des scènes sur plateau plus intimistes a pour effet de mettre en parallèle les conditions extérieures et l’intériorité solitaire de l’héroïne.

Le contraste est éloquent. Capturés par l’image sur l’écran, nous avons du mal à nous en désolidariser, elle nous scotche. Est-ce donc cette fraction de la réalité à laquelle doit se confronter l’héroïne qui va lui coller à la peau ?

C’est l’œil de la narratrice qui nous promène dans la ville de Beyrouth aujourd’hui qui nous permet d’écarquiller nos propres yeux comme dans un rêve. Il nous conduit au cœur de son projet à la rencontre des protagonistes invités à interpréter les personnages de la pièce Antigone, qui vivent dans la réalité un drame, celui de la guerre du Liban. L’héroïne se heurte violemment à cette réalité . Pourtant le temps d’une pause, d’une répétition, les belligérants, les ennemis, auront eu le temps de s’exprimer à propos d’Antigone.

La structure narrative du spectacle fait écho à la dimension romanesque du récit qui emporte le spectateur de la même façon que le lecteur dans un roman, aux confins de son imaginaire. Une sorte de lyrisme est à l’œuvre délivrée par la musique omniprésente qui semble sortir de terre qui est un choeur à elle toute seule. Musique sombre qui parle de mort, très impressionnante.

Ele est mince et pourtant irrévocable la frontière entre la fiction et la réalité. Il est pourtant là ce défi énorme de vouloir monter Antigone avec tous ces frères ennemis. Une chose est sûre c’est que comme l’héroïne, nous cherchons à comprendre le pourquoi de ces guerres, à saisir le tison de cette réponse d’un soldat qui assure qu’il est déterminé à tuer même des enfants pour protéger les enfants de son propre camp. Oeil pour œil, dent pour dent, la loi du talion. Cette détermination, cette rage, ont étouffé tout scrupule, créant une bulle, un cocon mortifère, où les occupants ne pensent plus qu’en termes de guerre.

Sue la plateau, nous restons sur le fil de la pensée de la narratrice, dans le recueillement; elle est vraiment belle cette histoire d’amitié entre Sam, l’homme mourant et l’étudiante. Dans l’obscurité, la voix de l’interprète Vanessa LIAUTEY, à la fois ferme et douce, nous pénètre.

C’est une Antigone moderne qui nous parle, qui a essuyé les plâtres de la guerre, qui reste toujours lumineuse, qui nous sonde aujourd’hui à travers les murs de ces immeubles bombardés en Syrie.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce spectacle intense, fruit d’un remarquable travail en amont qui réussit à juxtaposer de magnifiques scènes filmées et des scènes sur plateau avec une habilité déconcertante. A cela s’ajoutent la musique et la voix d’Alex JACOB à la fois souterraines et volcaniques.

Il y a tout à gagner à aller voir ce spectacle inspiré, il ne s’agit pas d’une lettre aux aveugles mais d’une lettre aux voyants même à travers la nuit.

Paris le 15 Janvier 2017                        Évelyne Trân

LE MOCHE de Marius von Mayenburg au THEATRE DE L’ATALANTE – 10 place Charles Dullin, 75018 Paris – Du mercredi 4 au dimanche 29 janvier 2017 –

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Traduction Hélène Mauler et René Zahnd 

 Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30
Les jeudis et samedis à 19h
Les dimanches à 17h
Relâche les mardis

Mise en scène : Nathalie Sandoz

Scénographie : Neda Loncarevic Lumières et vidéo : Philippe Maeder Univers sonore : Cédric Liardet Costumes : Diane Grosset Maquillages : Nathalie Mouschnino Médiation : Carine Baillod Régie technique : Julien Dick Diffusion : Julie Visinand

Jeu : Nathalie Jeannet, Guillaume Marquet, Gilles Tschudi et Raphaël Tschudi

 

La pièce de Marius von Mayenburg fait vraiment penser à une fable, une sorte de conte moderne universel auquel nous pourrions rattacher l’histoire de Riquet à la Houppe et certainement bien d’autres.

Voici le synopsis :

Un jeune inventeur qui pensait pouvoir défendre son invention lors d’un congrès est écarté par son patron au profit de son associé moins compétent mais plus beau. Bien qu’il ne se soit jamais rendu compte de sa laideur,  le héros très pragmatique décide d’avoir recours à la chirurgie esthétique. Devenu beau, il devient la coqueluche d’une foule de femmes et peut défendre son projet. Le succès se révèle éphémère car le chirurgien du style Méphistophélès a pour ainsi dire vendu l’âme de l’inventeur en décidant  de reproduire son facies phénoménal en de multiples exemplaires. Du coup Lette prend conscience trop tard qu’en livrant son visage au chirurgien, c’est son identité particulière et unique  qu’il a perdue. Il se console en contemplant sa copie, en se trouvant beau à travers un autre qui lui servirait de miroir.

La satire plutôt énorme n’épargne pas ce  regard de l’autre, alier en latin qui a enrichi le vocabulaire de la folie avec les termes d’aliéné ou d’aliénant. L’importance du regard de l’autre, nous voudrions bien l’occulter, mais elle se rappelle toujours à vous de la façon la plus sournoise et après tout naturelle. N’oublions pas que nos réflexes sont d’abord primaires,  et qu’il parait normal d’être plus attiré par belle  personne que par une moche.

La société de consommation connait bien ces réflexes et tire le meilleur parti de cet instinct grégaire qui pousserait les gens à adopter la même attitude, à acheter la même chose… C’est ce phénomène du même  qui parait dangereux  bien plus que l’antagonisme entre laideur et beauté. Noyé dans la masse, l’individu peut bien avoir la sensation d’être vidé de son identité et du coup perdre le goût de la vie, de la découverte.

La  mise en scène de cette pièce très philosophique donne le tournis; les scènes se succèdent quasi à l’emporte-pièce comme si le spectateur était convié à se représenter le bouleversement mental de Lette qui finirait par confondre son épouse avec d’autres femmes, son patron avec le chirurgien, son associé avec le fils de sa maitresse etc.

Pour satisfaire quelque réflexe puéril, nous aurions bien aimé le voir pour de vrai « ce moche ». La laideur peut être fort attrayante, telle celle de King Kong ou de Quasimodo .Cela dit, le comédien Guillaume MARQUET réussit fort bien à infuser de la personnalité à ce pauvre Lette et à le rendre émouvant.

Voilà une fable en forme de boomerang, interprétée avec chaleur par toute l’équipe qui délivre un laissez-passer sinon à tous les moches de la terre, à tous ceux qui revendiquent leurs particularités, leurs différences. Nous nous joignons à eux pour manifester contre ce monde de clones trop bien vendeur !

 Paris, le 13 Janvier 2017                  Evelyne Trân

LE CORPS DE MON PERE de Michel ONFRAY – Mise en scène et interprétation de Bernard SAINT OMER – du 12 janvier au 25 février 2017, du jeudi au samedi à 19h45. – Au THEATRE ESSAION – 6, rue Pierre au Lard PARIS –

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Il n’est pas besoin de connaître l’œuvre philosophique de Michel ONFRAY pour s’attacher à ce texte extrait du journal hédoniste du tome 1 « le désir d’être un volcan » paru en 1996.

Ce texte est en écho à sa vision d’enfant, relayée certes par des mots d’adulte mais c’est ce regard d’enfant qui transperce la page se juxtaposant en ligne de mire au portrait du père.

Bernard Saint Omer sculpteur et comédien l’appréhende comme un poème ou peut être bien une sculpture car tandis qu’il parle, ses mains et c’est un passionnant voyage, sont toujours occupées.

Des gestes frugaux comme celui de couper une pomme, malaxer une pâte, ôter un vêtement, sont en adéquation muette avec les mots du fils qui scrute presque en apnée le silence du père.

Si cette expérience, Michel ONFRAY tient à la raconter c’est qu’il croit qu’elle est à l’origine « de manière réactive» à son goût pour les mots.

Michel ONFRAY a été lui même silencieux enfant un peu malgré lui et le silence était la tierce personne. Il ne faut pas croire que le silence soit vide bien au contraire, il permet à l’esprit de s’engager vers de multiples directions, de s’attacher aux détails, de devenir réceptif aux moindres bruits, d’observer, de se laisser toucher, accrocher, impressionner par toutes ces choses qui ne parlent pas et notamment le corps du père.

Présence inéluctable du père qui s’offre en paysage à l’enfant qui le découvre, le devine, le guette, à l’affût de son mystère.

Dans ce regard du fils plein d’amour, on entend la volonté de l’auteur de parler de l’homme tout court tel qu’il lui est apparu à travers son père. Pour redonner du sens au mot humain. Celui qu’il décrit est particulier, mais il est d’autant plus éloquent qu’il est silencieux.

Ce père ouvrier agricole, taciturne, bourreau de travail, exploité et fataliste est un peu l’opposé de ce que va devenir l’auteur intellectuel prolifique, rebelle :

« Nos trajets nous ont conduits lui et moi sur deux planètes étrangères l’une à l’autre, l’une d’immanence, de silence, de paix, de générosité, de sérénité, l’autre de mots, d’idées, de ferme, de mouvements, d’inquiétude… » .

Le corps du père aboie comme une souche d’arbre. Ici, il est arbre feuillu dans ses plusieurs saisons, il peut ouvrir ses branches à l’intérieur de n’importe quel regard, il est au cœur des choses, du toucher et des songes.

Un spectacle exceptionnel, nous n’avons pas d’autre mot pour qualifier le travail de Bernard Saint Omer qui réunit le père et le fils par sa seule présence.

Paris, le 17 Septembre 2016

Mise à jour le 13 Janvier 2017                  Evelyne Trân

LE CORPS DE MON PERE de Michel ONFRAY – Mise en scène et interprétation de Bernard SAINT OMER -• Du 22 au 31 Août 2019, les jeudis, vendredis, samedis à 19h45 puis du 2 septembre au 5 novembre, les lundis, mardis à 19h15. Au THEATRE ESSAION – 6, rue Pierre au Lard PARIS –

le corps de mon père

Il n’est pas besoin de connaître l’œuvre philosophique de Michel ONFRAY pour s’attacher à ce texte extrait du journal hédoniste du tome 1 « le désir d’être un volcan » paru en 1996.

Ce texte est en écho à sa vision d’enfant, relayée certes par des mots d’adulte mais c’est ce regard d’enfant qui transperce la page se juxtaposant en ligne de mire au portrait du père.

Bernard Saint Omer sculpteur et comédien l’appréhende comme un poème ou peut être bien une sculpture car tandis qu’il parle, ses mains et c’est un passionnant voyage, sont toujours occupées.

Des gestes frugaux comme celui de couper une pomme, malaxer une pâte, ôter un vêtement, sont en adéquation muette avec les mots du fils qui scrute presque en apnée le silence du père.

Si cette expérience, Michel ONFRAY tient à la raconter c’est qu’il croit qu’elle est à l’origine « de manière réactive» à son goût pour les mots.

Michel ONFRAY a été lui même silencieux enfant un peu malgré lui et le silence était la tierce personne. Il ne faut pas croire que le silence soit vide bien au contraire, il permet à l’esprit de s’engager vers de multiples directions, de s’attacher aux détails, de devenir réceptif aux moindres bruits, d’observer, de se laisser toucher, accrocher, impressionner par toutes ces choses qui ne parlent pas et notamment le corps du père.

Présence inéluctable du père qui s’offre en paysage à l’enfant qui le découvre, le devine, le guette, à l’affût de son mystère.

Dans ce regard du fils plein d’amour, on entend la volonté de l’auteur de parler de l’homme tout court tel qu’il lui est apparu à travers son père. Pour redonner du sens au mot humain. Celui qu’il décrit est particulier, mais il est d’autant plus éloquent qu’il est silencieux.

Ce père ouvrier agricole, taciturne, bourreau de travail, exploité et fataliste est un peu l’opposé de ce que va devenir l’auteur intellectuel prolifique, rebelle :

« Nos trajets nous ont conduits lui et moi sur deux planètes étrangères l’une à l’autre, l’une d’immanence, de silence, de paix, de générosité, de sérénité, l’autre de mots, d’idées, de ferme, de mouvements, d’inquiétude… » .

Le corps du père aboie comme une souche d’arbre. Ici, il est arbre feuillu dans ses plusieurs saisons, il peut ouvrir ses branches à l’intérieur de n’importe quel regard, il est au cœur des choses, du toucher et des songes.

Un spectacle exceptionnel, nous n’avons pas d’autre mot pour qualifier le travail de Bernard Saint Omer qui réunit le père et le fils par sa seule présence.

Paris, le 17 Septembre 2016

Mise à jour le 13 Août 2019      Evelyne Trân