i feel good (reprise) d’ Aude Léger, Pascal Reverte, Vincent Reverte au THEATRE DES DECHARGEURS – 3, rue des Déchargeurs 75001 PARIS – du 21 février 2017 au 18 mars 2017 – Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 21h30 – Durée : 1h15 –

 

Une conscience lâchée dans l’espace, l’homme qui parle qui dialogue avec une autre femme, donne l’impression d’être enfermé dans un cageot spatial sans d’autres repères que les turbulences de ses sensations.

Nous le comprenons assez vite, ces personnes sont dans le service de réanimation d’un hôpital, dans un état comateux, livrées au bon savoir, au bon vouloir des docteurs et des infirmiers. Les commentaires des uns et des autres qu’elles repêchent, les pénètrent comme dans une sorte de rêve éveillé. Ont-elles vraiment besoin de manifester leur présence, les autres parlent pour elles, ce sont des malades, des victimes d’accident, au pronostic vital engagé.

Seul, terriblement seul, l’homme doit se débrouiller dans l’espace confus de sa mémoire, s’accrocher certainement pour résister à la souffrance, aux assauts de piqûre de morphine.

Alors, il devient spectateur de cette unique, incroyable expérience, de se trouver là entre la vie et la mort, comme un fétu de paille pourtant encore embrasé par ses souvenirs, des fantômes qui se moquent de lui, qui s’amusent avec lui, qui lui font tourner la tête.

La vilaine pendule affiche délibérément les 29 secondes, le temps de leur évanouissement, qui permettent à cet homme et cette femme d’engager un dialogue fortuit comme dans une salle d’attente, ici l’antichambre de la mort.

La femme et l’homme parlent à tue tête, nous devinons qu’il s’agit de la même personne qui s’est divisée pour exprimer ses sentiments contrastés, où l’angoisse et l’humour se mêlent.

Le metteur en scène, Vincent REVERTE, fait cligner l’œil des spectateurs à travers les rayures du papier peint sinistre qui cernent la scène, faisant penser aux pyjamas rayés des bagnards. La réalité en somme la plus attristante se paie, il suffit d’y croire, le luxe de la fantaisie, celle de la femme qui abandonne sur le sol ses jolies paires d’escarpins à talons aiguilles, tels une nuée de pigeons égarés.

La mort fait partie de la vie nous dit en quelque sorte Pascal REVERTE, et il célèbre à sa façon un espace de liberté inouï celui de la création, l’instant de suspension suprême, un I feel good aussi doux qu’un je t’aime.

Servie par d’excellents interprètes, Pascal REVERTE, lui même, et Aude LEGER et une mise en scène suggestive qui met en valeur la force de la présence humaine dans un lieu qui frise l’inhumain, celui de l’infâme tristesse, celui de l’indifférente réalité, I feel good est une jolie pièce, une belle partition poignante et drôle, sur l’existence, quoiqu’il arrive…

Paris, le 6 Mars 2016  

Mise à jour le 25 Février 2017                  Évelyne Trân

LES BANQUETTES ARRIERES / A LA SCENE DU CANAL – 116 Quai de Jemmapes 75010 Paris – Tél : 01 48 03 33 22 – Les 6 et 7 MARS 2017 à 20 Heures –

Distribution : Fatima AMMARI-B (chant), Cécile LE GUERN (chant), Marie RECHNER (chant et auteur)

Philippe CHASSELOUP et Les Banquettes Arrières (arrangements)

Avec le soutien de l’Adami et de la Région Pays de la Loire.

Contact  Presse :  Valérie Gérard : 06 03 22 44 14 – valerie.gerard@neuf.fr

DOSSIER DE PRESSE (cliquer ici)

Production : SITE            Teaser: LIEN

En tournée : 5 mars Fresnes (94), 8 mars Bagneux (92), 10 mars St Mathurin (49), 24 mars Festival Chantons sous les pins(40), 31 mars Martignas sur Jaille (33), 1er avril Dax (40), 7 avril Montoire sur Loir (41), 8 avril Bouaye (44), 22 avril St Père en Retz (44), 23 avril St Georges de Didonne (17),29 avril Reichshoffen (67), 30 avril C olmar (68), 12 mai Fleury les Aubrais (45), 13 mai La Ferté Bernard (72), 18 mai Bruxelles (Bel.), 19 mai Uckange (57), 20 mai Uckange (57), 4 juin St Omer (62), 10 juin Taillis (35), 11 juin Louvigné de Bais (35), 21 juin Isbergues (62), 24 juin Neuvic (24) et encore et encore….

Petite comptine

Poilue

 

Il arrive parfois qu’un conducteur exaspéré par le chahut de ses mômes sur la banquette arrière de sa voiture, leur hurle de se taire souvent sans succès. Celles qui se prénomment Banquettes Arrières, peut être en souvenir de toutes les aventures qu’elles ont essuyées, ne manquent en tout cas pas de carburant.

De vraies saltimbanques que ces filles, des vraies bourlingueuses, qui n’arrêtent pas de sillonner les routes de France et de Navarre dans le seul but de communiquer leur joie de vivre théâtrale.

Nous avons eu l’occasion de les écouter à la radio chanter a cappella quelques unes de leurs compositions fraîches et désopilantes mais il faut reconnaître que leur talent ne tient pas seulement à leur grain de voix. Il faut les voir sur scène pour comprendre, oui en chair et en os, pour comprendre toute la force comique qui se dégage de ces Banquettes Arrières.

Déchaînées mais inséparables, toutes trois jouent de leurs contrastes physiques, les explorent et s’en amusent. C’est un jeu de miroir incessant et désespérant pour chacune d’elles. Dire que la ronde Marie RECHNER, n’a face à elle qu’une grande perche Cécile LE GUERN et une taille moyenne, Fatima AMMARI-B et inversement. Qu’est ce à dire ? Que  l’esprit de la trinité rôderait et pour notre bien à tous, serait prêt à supplanter notre esprit binaire !

Vous connaissez l’expression « à géométrie variable ». Il s’agit d’un cas de figure à mon sens qui peut fort bien convenir à ces Banquettes Arrières, reines de l’improvisation gestuelle sur scène.

Il revient à la ronde Marie RECHNER de pondre les textes et le terme pondre est juste car ses créations semblent aussi fraîches qu’un œuf pondu du jour, un œuf bio bien entendu avec un peu de paille, collée à la coquille.

La preuve qu’ils sont bons ces œufs c’est que ses partenaires s’en délectent d’autant plus qu’ils leur permettent d’assurer leur numéros, leurs solos en toute liberté et enfin se déclarer « chanteuses par accident ».

Ces Banquettes Arrières ont vraiment du talent ! Ceux qui auront la chance de les découvrir lors d’une de leurs tournées seront d’accord pour faire l’éloge de leur originalité, leur présence, dignes du petit théâtre de Bouvard qui a révélé grand nombre de vedettes.

Leur spectacle, c’est une bouffée d’oxygène, de bonne humeur, de rire, en toute simplicité. C’est rare !

Paris, le 31 Janvier 2016

Mise à jour le 19 Février 2017                  Évelyne Trân

STAVANGER de Olivier SOURISSE – A PARTIR DU 17 FEVRIER 2017 du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h au Studio HEBERTOT – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS –

D’OLIVIER SOURISSE. DERNIÈRE MISE EN SCÈNE DE QUENTIN DEFALT.

AVEC SYLVIA ROUX ET THOMAS LEMPIRE, en alternance avec OLIVIER MARTIAL.

Collaboration artistique : Alice Faure

Scénographie : Agnès de Palmaert  – lumière : Olivier Oudiou

Création sonore : Ludovic Champagne – costumes : Mine Vergès

presse : Vincent Dumont diffusion

Sabine Desternes (Courants d’Art Productions)

Curieuse écriture que celle de ce jeune dramaturge Olivier SOURISSE. Nous l’imaginerions volontiers accroupi devant une rivière toucher l’eau avec un simple bâton pour observer les remous qui capturent, le temps d’un regard, quelque chose d’inattendu, d’inconnaissable, qui serait bienvenu pourtant, qui donnerait de l’écho au désir d’éblouissement d’une conscience endormie.

Il y a ce désir et cette peur de troubler l’eau dormante, ce qu’une conscience ne peut vraiment réunir qu’à l’état de rêve.

De l’eau trouble s’échappent deux formes, deux créatures que l’auteur décide de suivre en se laissant guider par son imaginaire.

Que peuvent bien faire deux âmes égarées, surgies d’une eau noire, la nuit ? Elles ignorent ce qui les a réunies, elles ignorent ce qui les rassemble. Des deux créatures, nous ne savons qui rêve ou supporte, dans son sens plein, l’autre.

Une jeune femme, Florence BERNSTEIN, auréolée de son prestige social, elle est avocate, vient de sauver un homme du suicide qu’elle emmène à son domicile. Florence manifeste d’emblée son intérêt pour le jeune homme prénommé Simon, très méfiant vis à vis de son hôtesse. Elle réussit cependant à l’apprivoiser, à obtenir de terribles confidences, en se dévoilant elle-même mais sans jamais se départir de son mystère.

Grâce à l’interprétation de Sylvia ROUX, le personnage de Florence BERNSTEIN devient une héroïne digne de celle qu’incarnait Maria CASARES dans les films de Jean COCTEAU, Orphée et le Testament d’Orphée. Mais elle fait penser aussi à une autre héroïne, oh combien vulnérable, Sonia dans Crime et châtiment de DOSTOIEVSKI . C’est un magnifique personnage de femme.

Simon interprété par Thomas LEMPIRE, à la fois désenchanté et rebelle peut faire figure de l’adolescent éternel.

En termes d’ambiance, la mise en scène de Quentin DEFALT est réussie. Les oppositions marquées entre les deux protagonistes ont pour objet d’exprimer cette curieuse alchimie du jour et de la nuit lorsqu’ils se rencontrent à l’aube ou au crépuscule. Une émotion scrutée par de nombreux poètes rêveurs dont fait partie Olivier SOURISSE.

Le charisme des deux comédiens Sylvia ROUX et Thomas LEMPIRE rend haletant le thriller de deux êtres en quête d’âme sœur.

Paris, le 29 Mai 2016

Mise à jour le 21 Février 2017              Evelyne Trân

Dans le cadre du cycle « Amours singulières » au STUDIO HEBERTOT – 78 bis Boulevard des Batignolles 75017 : COMPARTIMENT FUMEUSES de Joëlle Fossier depuis le 5 Février 2017, tous les Dimanches à 19 H 30 –

 

mise en scène de Anne Bouvier

avec Bérengère Dautun, Sylvia Roux et Florence Muller

Assistant metteur en scène Pierre Hélie
Scénographe Georges Vauraz

Lumières : Denis Korensky

Musique : Stéphane Corbin

 Quelles sont les réponses humaines possibles à une expérience inhumaine impossible, celle de la prison notamment ? Pour en parler faut-il l’avoir vécue ?  Paradoxalement, ce sont les êtres les plus épris de liberté qui croient à la toute puissance de leurs désirs, les insoumis, ceux qui ne respectent pas les lois de la société qui peuvent se retrouver en prison.

Ces personnes auront au moins un point commun, le sentiment d’être de l’autre côté du mur infranchissable, incompréhensible d’une société qui se réserve le droit de les punir, les éduquer pour les mater.

Les mises en scène du parloir, de la fouille, les horribles clés qui chuchotent à l’intérieur des serrures de grilles de la geôle, la promiscuité ou le cachot, font partie de l’arsenal dissuasif pour tout réfractaire à l’ordre social que les détenus soient de droit commun ou politiques.

Prononcez le mot « prison », aussitôt c’est celui de la liberté qui s’impose à vous. Comment s’empêcher de penser au seul film de Jean GENET« Chant d’amour » qui parle d’une relation amoureuse entre deux taulards, séparés par un mur et épiés par un maton. Le film muet en noir et blanc qui ne dure que 35 minutes est une véritable lettre ouverte sur l’infini. C’est le genre de film que l’on garde en soi parce qu’il pourrait bien nous rendre inaltérable, imperméable à toute violence inique, il ne parle que d’amour.

Dans sa pièce « Compartiment fumeuses » écrite, il y a une vingtaine d’années, Joëlle FOSSIER reprend le thème de l’amour en prison. Qui pourrait imaginer qu’une femme âgée, raffinée et noble puisse s’amouracher d’une jeune femme au bas de l’échelon social, peu cultivée et cleptomane ?

Il faut croire qu’au théâtre tout est possible, car la cellule où les deux femmes s’apprivoisent puis découvrent l’amour devient le théâtre d’émotions qui progressivement l’envahissent, fusionnent les deux cœurs meurtris en quête de lumière, attisée par la présence hostile de la surveillante, exclue de ce « chant d’amour ».

Bérengère DAUTUN est vraiment étonnante dans le rôle de cette femme qui se moque de sa condition sociale, parce qu’elle est allée au bout d’elle même, qu’elle s’est en quelque sorte libérée du fardeau de son existence, de la présence en elle de l’enfant silencieuse, violée par son père.

Elle semble découvrir enfin la vie grâce à sa co-détenue rebelle sans retenue, interprétée par Sylvia ROUX avec nature, passionnément.

Le rôle de la surveillante est joué de façon très nuancée par Florence MULLER qui compose le portrait d’une femme qui serait méchante parce que malheureuse.

Bérengère DAUTUN et Sylvia ROUX forment un beau couple d’amoureuses, inattendu mais imparable. Le réalisme de la mise en scène d’Anne BOUVIER, les flottements de lumière musicaux, semblent ne s’exercer que pour mettre en valeur l’imaginaire, sa force irradiante, ancrée dans l’idéal, hors normes comme cette belle échappée théâtrale !

Paris, le 17 Février 2017                        Évelyne Trân

DARIUS de JEAN-BENOIT PATRICOT au THEATRE DES MATHURINS – 36 RUE DES MATHURINS 75008 PARIS – A partir du 24 JANVIER 2017 – Du mardi au samedi à 19h. Le dimanche à 18 H.

affiche_darius_mathurins_web_converted-694x1024Une pièce de Jean-Benoît PATRICOT
Mise en scène Anne BOUVIER

Avec : CLÉMENTINE CELARIÉ – PIERRE CASSIGNARD

Scénographe-plasticienne Emmanuelle ROY
Musique Raphaël SANCHEZ Lumières Denis KORANSKY

 

Une pièce de théâtre axée sur l’invisible, tel est le joli défi de Jean-Benoît PATRICOT, l’auteur de la pièce DARIUS.

Les protagonistes, Claire, une chercheuse au CNRS, et Paul un célèbre créateur de parfums ne se voient pas, ils n’échangent que par lettres et le personnage principal, Darius, qui est le sujet de leurs correspondances, est invisible sur le plateau.

Est-il possible de voyager au cœur de l’invisible, de s’émouvoir, de se surprendre, y a t-il du tangible dans l’invisible ? Ce qu’il y a de formidable dans les échanges épistolaires, c’est qu’ils font toujours appel à la divination et les mots, les phrases peuvent rester suspendus en l’air, peuvent être soulevés du regard, ils vous poursuivent tandis que le destinataire essaie de deviner l’expression de son correspondancier et inversement.

Le tour de force des interprètes est justement de laisser toute sa place à cet invisible représenté par Darius le fils de Claire, immobilisé et aveugle suite une maladie dégénérative. Claire propose à Paul de créer des parfums qui permettront à son fils de voyager par l’odorat, dans sa mémoire et aussi dans l’inconnu. Avec humour, elle décrit son fils comme un pluri-handicapé très proustien.

Le résultat sur scène est à la fois très subtil et très concret comme un parfum. Et somme toute, c’est l’odeur de Darius, sa présence invisible qui donne le tournis à Claire et Paul qui voyagent, évoluent également grâce à leur projet fabuleux, donner du rêve à Darius.

Providence d’un parfum, d’une émotion, d’une trace, la mémoire sensorielle est inépuisable, elle est la vie qui ne peut faire mourir les êtres aimés, éteindre ce que l’on croit passé ou enfui à jamais. Il suffit d’ouvrir les portes de sa perception.

Claire donne l’impression d’être une femme autoritaire qui a toujours su donner corps à ses désirs, mais qui sous sa façade de gagnante est au fond très vulnérable. Paul est un artiste qui doute de lui même, a besoin d’être poussé, valorisé pour réaliser des miracles.

Clémentine CELARIE a tout à fait l’étoffe du personnage, elle a un parfum reconnaissable entre tous, une sensualité enjouée où la mélancolie ne se sépare jamais de la gourmandise, du bonheur sensoriel.

Pierre CASSIGNARD, dans le rôle du créateur, joue le rôle du baroudeur de parfums de façon nerveuse et récréative.

La présence de ce beau duo de comédiens donne corps à cet inimaginable idée de l’auteur, celle de représenter un être par son seul parfum. Le flacon de l’imaginaire se déverse sur les âmes sensibles, serti d’une musique douce et bienveillante, dans un décor élégant et raffiné. Mais ce qui touche le plus, c’est le grain de voix des artistes qui s’échappe dudit flacon qui a des accents Baudelairiens, c’est magnifique !

Paris, le 12 Février 2017                  Evelyne Trân

 

ENSEMBLE – PIECE DE FABIO MARRA au PETIT MONTPARNASSE 31 RUE DE LA GAITE 75014 PARIS – DEPUIS LE 24 JANVIER 2017 du MARDI AU SAMEDI A 21 H – LE DIMANCHE A 15 H –

ensemble-avec-logo-et-tpa-roseavec Catherine ARDITI, Sonia PALAU, Floriane VINCENT et Fabio MARRA

Pièce de : Fabio MARRA
Mise en scène de  l’auteur
Décor : Claude PIERSON
Costumes : Céline CURUTCHET
Lumières : Jean-Luc CHANONAT
Musique (conception et interprétation): Les Guappecarto

Fabio MARRA défend une certaine idée de l’homme, celle de l’homme nature, tous les personnages de ses pièces sont « nature », leurs affects sont souverains, ce sont eux qui leur dictent leurs choix de vie, qui leur assurent cette liberté d’être, de s’exprimer comme ils le sentent et d’échapper aux moules qu’impose la société qui privilégie la norme et met de côté ceux qui n’y répondent pas.

Comment ne pas sourire en songeant qu’aujourd’hui il est interdit de sourire sur une photo de carte d’identité pour offrir un visage complètement figé, mort né, sans expression, avec pour signe distinctif « néant ».

Pour se rassurer de la crainte de devenir un homme robot, dont toutes les questions réponses auront été homologuées, fichées, dépecées comme pour un inventaire, celui là même dont se sont servi les nazis qui rêvaient d’éliminer de la terre tous ceux qui ne respectaient pas leurs normes, nous avons le droit de hausser les épaules et de défier du haut de nos petits talons les dictateurs de la norme.

Dans « Ensemble » Fabio MARRA brosse le portrait d’une famille ordinaire si ce n’est que l’un des membres est un peu simplet, disons, débile léger. Isabella la mère se moque du regard des autres sur son fils, Miquélé, qu’elle aime pour ce qu’il est avec ses qualités et ses défauts, tandis que sa sœur Sandra qui a de l’ambition, a honte de ce frère au point qu’elle ne peut avouer à son fiancé son existence.

Il y a de l’Almodovar chez Fabio MARRA, avec une ronde de personnages bien trempés, qui disent bien haut leur sentiments. Le choix des interprètes est déterminant, celui de Sonia PAULA, que l’on retrouve dans toutes ses comédies et qui est vraiment excellente. Pour camper la mère, il a choisi Catherine ARDITI , géniale dans ce rôle, naturelle sans aucune ostentation. La petite éducatrice est jouée avec malice par Floriane VINCENT. Quand au rôle du fils, c’est Fabio MARRA lui même qui le joue, en accentuant sa touche de tendre comique.

Le style de Fabio MARRA, c’est aussi la grâce de la simplicité, sa capacité à saisir les atmosphères d’un foyer, d’un petit appartement qui respire la propreté et la frugalité. Ses personnages sont attachés aux petites choses simples de la vie, la famille reste le noyau dur, celui où il est possible de se ressourcer, de trouver refuge face à une société déshumanisante.

L’art de captiver le public avec des scènes de la vie ordinaire, sans frou frou, toujours avec un zest de commedia dell’ arte, toujours avec le sourire, l’art de se pencher sur les êtres dans leur quotidien qui peut être aussi le nôtre, avec une douce ironie, sans pathos, l’art de faire rire aussi. Le spectacle « Ensemble » dispose d’une si jolie palette qu’il est impossible de résister à son charme !

Paris, le 11 Février 2017                          Evelyne Trân

LE BAL d’Irène NEMIROVSKY – Adaptation Virginie LEMOINE – Mise en scène Virginie LEMOINE et Marie CHEVALOT – DEPUIS LE 28 JANVIER 2017 – Du mardi au samedi à 19h au THEATRE RIVE GAUCHE – 6, rue de la Gaité 75014 PARIS –

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D’Irène NEMIROVSKY
Adaptation Virginie LEMOINE
Mise en scène Virginie LEMOINE et Marie CHEVALOT

Avec
Lucie BARRET
Brigitte FAURE
Serge NOEL
Françoise MIQUELIS
Pascal VANNSON

 

Une poignée de braises que cette nouvelle d’Irène NEMIROVSKY  « Le Bal » et pourtant si rafraîchissante ! Cela tient sûrement au fait que l’héroïne de l’histoire est une adolescente de quatorze ans, en pleine révolte contre ses parents, des nouveaux riches à l’esprit étriqué qui lui imposent leur mode de vie sans se soucier le moins du monde de ses états d’âme.

En butte aux harcèlements de sa mère, à l’indifférence de son père, aux brimades de son professeur de piano, Antoinette rumine en elle des ressentiments qui la conduiront à commettre un acte vengeur détonateur.

Le regard de l’adolescente sur ses parents est impitoyable. Irène NEMIROVSKY traduit avec fluidité les remous intérieurs d’Antoinette qui découvre sa sensualité, commence à rêver d’amour et observe ses parents tels des geôliers destinés à l’empêcher de vivre.

Virginie LEMOINE, l’adaptatrice au théâtre de ce texte, avec une belle finesse, a su tirer la nappe où se déploient les personnages, vers la rire, la cocasserie, le ridicule. Les parents d’Antoinette seraient plus bêtes que méchants. La déconvenue qui les attend est due à leur aveuglement notamment vis à vis de leur fille.

Cela se passe à la belle époque, dans les années vingt. L’écriture d’Irène NEMIROVSKY dans cette nouvelle (il importe évidemment de découvrir toute son œuvre dont « Suite française » publiée 60 ans après sa mort) contraste avec celles de ces illustres prédécesseurs Français, Balzac ou Zola, par son style délié, léger, qui ne s’embarrasse guère de descriptions mais s’appuie sur les éclairs des sentiments, leur vivacité pour tenir en haleine le lecteur.

Cette vivacité rayonne dans la mise en scène alors même que le décor fait office d’image à l’ancienne qui voudrait parler de raffinement ce dont les personnages manquent éperdument.

C’est un petit bijou de spectacle drôle et percutant servi par d’excellents interprétes, qui rend hommage à cette écrivaine talentueuse,Irène NEMIROVSKY, tuée à 39 ans parce qu’elle était d’origine juive, ne l’oublions pas !

Paris, le 5 Février 2017                            Evelyne Trân

LE MOUVEAU MONDE – CREATION 2017 – de GILLES CAILLEAU de la Cie ATTENTION FRAGILE – Les 4 et 5 Février 2017 à A LA VALETTE DU VAR (83) dans le cadre de la BIENNALE INTERNATIONALE DES ARTS DU CIRQUE ARCHAOS MEDITERRANEE.

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Photo Catherine BRIAULT

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Ah si nous pouvions, nous adultes, nous mettre à la place d’un enfant qui vient au monde, si nous pouvions lire dans son regard étonné et son sourire d’ange l’histoire d’un monde infiniment meilleur qui s’annonce !

Belle illusion que celle du nouveau monde, la vérité c’est que le petit homme rêve d’éternité, d’immensité, qu’il voudrait pouvoir dialoguer avec les montagnes, avec les vieux arbres, le soleil et la lune qui ont vu ces pauvres fourmis d’humains se faire la guerre, mourir et renaître depuis des millénaires.

Qu’est-ce qu’un siècle à l’échelle de l’humanité ? Va t-elle se briser cette belle échelle tel un roseau pensant qui ignore démesurément ses limites ?

Nous ne les rejoindrons pas ces limites, ce sont des vues d’esprit. Mais restons positifs, il y a encore beaucoup de chemins à explorer pour le petit homme, notamment ceux qui sont dédaignés par le monde en place.

Gilles CAILLEAU, qui se décrit comme un vieil acrobate, est véritablement dérangeant pour le commerce actuel. C’est avec des objets de récupération, des vieilles chaises, des bouts de carton, du papier journal, des pétards et des petites marionnettes qu’il réussit à mettre en scène les événements les plus marquants de ce début du 21ème siècle, l’écroulement des tours jumelles du 11 Septembre, la galère des migrants.

Il invoque son corps de petit homme capable de traverser une planche ballottante sans écraser les corps des noyés, de marcher sur les mains au milieu de clous .

« Ton spectacle, il est bien, lui a dit un enfant, mais il n’est pas moderne ». Gilles CAILLEAU aussitôt rebondit, il se pose la question tout haut  » Qu’est ce donc qu’être moderne ?  » Il y a mille ans on parlait déjà de modernité. Pour ma part, je n’oserai demander à un arbre s’il est moderne, les arbres on les aime parce qu’ils ne nous appartiennent pas, comme le soleil, la pluie et la lune et même les pauvres y ont droit, figurez-vous !

L’humanité au bout des bras comme un arbre avec ses branches : Toi, tu es un arbre aussi petit homme, tu ne devrais jamais l’oublier et tu as cette chance, t’es un arbre qui marche.

Chez Gilles CAILLEAU, l’arbre est tout sauf immobile, il transpire, il est acrobate, penseur, musicien,  terriblement émotif. Il vit les saisons, celles de l’orage, de la douleur, de l’inquiétude, celles du rêve aussi.

Son spectacle se nourrit des floraisons de questions et de réponses du public lui-même. C’est un arbre ouvert dans lequel nous pouvons entrer muets, nous souvenir qu’il est possible de communiquer avec le monde en touchant la terre, avec les mains, les pieds, en écoutant sourire le corps juste par la peau, cette chair si fragile et si précieuse, notre véritable antenne humaine.

Gilles CAILLEAU dit « C’est un spectacle d’enfant qui ne comprend pas le monde,…». Une réponse traverse pourtant l’épopée du petit homme « Connais-toi toi-même » Quelle belle initiation au devenir du nouveau monde ! L’arbre ouvert nous a bouleversés !

Paris, le 5 Février 2017                                Évelyne Trân

FAUST DE GOETHE AU THEATRE DU RANELAGH – MIS EN SCENE PAR RONAN RIVIERE – 5 RUE DES VIGNES 75016 PARIS – JUSQU’AU 26 MARS 2017 –

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du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h

relâches les 3 février / 8 – 9 – 10 – 22 – 23 – 25 mars

supplémentaire: mardi 7 février 20h

genre : Théâtre Classique

durée : 1h25

Artistes : en alternance: Aymeline Alix, Laura Chetrit, Romain Dutheil, Anthony Audoux, Ronan Rivière, Jérôme Rodriguez, Olivier Lugo, Jean-Benoît Terral, Léon Bailly, Olivier Mazal
Metteur en scène : Ronan Rivière

Qui donc accuser sinon le diable ou Satan de l’épreuve du malheur. Il s’agit d’une réaction spontanée qui a son siège dans le psychisme et qui peut aussi bien être partagée par les adeptes d’une religion que par les sans religion.

Le génie de Goethe, nous semble t-il, ait d’avoir donné figure à des fantasmes produits par des rapports de forces émotionnels d’une intensité telle qu’ils peuvent conduire à la folie.

L’on pourrait se demander si la figure mythique du diable n’a pas précédé celle de Dieu lui même. Il, est assez facile de se référer aux pulsions de mort et de vie de la psychanalyse. Une chose est sûre c’est que ni la culture ni l’éducation qu’elle ait été religieuse ou pas n’épongent ce qui relève de la subjectivité, du sentiment identitaire d’un individu submergé par la souffrance.

Faust représenterait cet individu qui découvre que le savoir auquel il s’est identifié a asséché son âme et même son désir de vivre. L’illusion de la toute puissance est proprement organique. Il est banal de dire que l’homme est capable du pire et du meilleur, avec la même énergie. Le Méphistophélès qui apparaît à Faust est drôlement humain ou tout simplement vivant parce qu’il adhère à cette philosophie de la vie qui observe que le lâcher prise vaut bien tous les tumultes de la passion : « Quoi, vous voudriez empêcher la terre de tourner, le soleil de briller, les guerres et les tremblements de terre, la souffrance inéluctable ? Étes vous donc un surhomme pour promulguer de tels vœux ? »

En somme Méphistophélès dit à Faust « Fais ce que tu veux puisque de toute façon … » Donner son âme, cela signifie symboliquement le renoncement à toutes les valeurs fondatrices, celles notamment qui garantissent le sentiment de dignité, celles forgées par la morale, la religion, le savoir.

Il reviendra à Marguerite figure vivante du malheur, cœur pur déchu, d’exprimer qu’il ne lui est pas possible de renoncer à ses sentiments intimes et donc de sauver son âme.

La version resserrée du Faust de Goethe que nous offre Ronan RIVIERE, nous plonge dans une atmosphère fantasmatique qui rappelle celle du film éponyme de MURNAU. Son interprétation de Méphistophélès, très humaine est particulièrement remarquable. La modernité de Faust représenté par un jeune homme qui se cherche est frappante, mais c’est la nature même de Marguerite, sa féminité, sa simplicité transcendant le surnaturel qui éclaboussent le spectateur d’une émotion inestimable et ce grâce au talent de Laura CHETRIT.

Un bel escalier amovible, jouet des ombres et lumières du jour et de la nuit, de ce diable de désir et passions tourmentées, fait office de personnage à lui seul sur la scène, sa silhouette évoque celle de Méphistophélès dont la longue robe rouge s’apparente à celle d’un insecte grimpeur parasite des forêts.

Évidemment, il serait présomptueux de prétendre avoir épuisé le mythe de Faust. Dans la version de Ronan RIVIERE qui utilise la traduction de Gérard de Nerval, il dégage toute sa puissance onirique, si chère à Freud. Aussi, sans avoir abordé l’œuvre authentique de Goethe et la profusion des commentaires qui l’entourent, il est possible d’en éprouver les effets.

Est-il imaginable que Faust ce héros si humain se mirant dans une flaque d’eau éclairée par la lune, ait compris que ses remous formaient l’illusion totale de la vie avec pour interlocuteurs Méphistophélès et Marguerite. Qui peut rêver mieux !

Paris, le 29 Janvier 2017                         Evelyne Trân

LES ENFANTS DU SILENCE de Mark Medoff – Mise en scène Anne-Marie Etienne – Avec la troupe de la Comédie-Française – AU THEATRE ANTOINE – 14 boulevard de Strasbourg 75010 PARIS – A partir du 17 janvier 2017 – Mardi au samedi à 21h – Dimanche à 15 H – Surtitrage : tous les mardis à 21h et dimanches à 15h –

 

  • les-enfants-du-silenceDistribution : De Mark Medoff, mise en scène Anne-Marie Étienne. Avec, de la Comédie-Française, Catherine Salviat, Alain Lenglet, Coraly Zahonero, Françoise Gillard, Laurent Natrella, Elliot Jenicot, Anna Cervinka
  • A l’origine, la pièce les Enfants du silence (titre original Children of a Lesser God) de Mark MEDOFF, représentée à Broadway en 1980, était interprétée par des comédiens sourds et malentendants. Il s’agit d’une pièce bilingue en langue des signes et langue parlée. 
  • Cette pièce met en scène à travers une histoire d’amour,  celle d’un orthophoniste et d’une jeune sourde, les difficultés relationnelles entre deux univers, deux modes d’expression, celui  des entendants et celui des sourds. Sarah la jeune sourde qui refuse de parler, entend s’exprimer exclusivement dans la langue des signes. Ce faisant , elle affirme sa différence et le fait qu’elle fait partie d’une minorité . Lâcher du lest pour mieux s’intégrer aux codes de la majorité, ceux des entendants, cela signifie pour elle d’une certaine façon, perdre l’identité qu’elle s’est construite contre vents et marées lorsque durant son enfance, elle a du lutter affectivement, moralement  contre l’incompréhension de son entourage, familial et social  qui la considérait comme une attardée mentale. Le malentendu est de taille, il a créé un fossé affectif notamment entre la mère et la fille qui ne peut pas être résorbé par un coup de baguette magique.  La surdité que revendique Sarah parce qu’il s’agit de sa propre vie, de son mode intrinsèque d’existence  constitue aussi une frontière, un mur pour son entourage et naturellement son amoureux, le mari orthophoniste qui pense qu’au nom de l’amour, le couple qu’ils forment, doit, en dépit de leurs différences, les amener à partager leurs cultures, leurs émotions propres. 
  • La pièce se focalise donc sur ce charbon ardent du droit à la différence. Schématiquement, il s’agit d’une confrontation entre deux entités, la minorité et la majorité : une communauté de sourds entend œuvrer pour son indépendance et sa liberté et doit lutter contre la communauté dominante des entendants qui l’a opprimée et  ignorée. De fait, la langue des signes en France n’a été reconnue officiellement qu’en 2005. Aujourd’hui elle est enseignée également aux entendants qui sont séduits par ce mode de langage. Il est évident que la langue des signes est très attractive mais il ne suffit pas de l’apprendre pour entrer dans l’univers, la culture et tout simplement l’intimité et la réalité au quotidien des sourds et malentendants. 
  • La communauté des sourds qui ne dispose pas des mêmes moyens qu’un théâtre institutionnel, a manifesté d’ailleurs son désaccord concernant l’interprétation de cette pièce par des comédiens entendants.

     Il est juste d’entendre son émotion mais il faut reconnaître que les comédiens entendants mis  en scène  par Anne- Marie Etienne paraissent très engagés dans leurs rôles de sourds . Nous ne sommes pas à même de juger de leur dextérité dans le maniement de la langue des signes mais d’un point de vue théâtral et expressif , Françoise GILLARD est  particulièrement captivante. Elle fait véritablement passer le message de cette jeune sourde Sarah, écorchée,  à la fois fragile et agressive. Quant à Laurent NATRELLA, l’orthophoniste amoureux, son jeu enjoué permet de faire rayonner une atmosphère qui autrement glisserait dans le tragique. Des situations cocasses de malentendus entre entendants et sourds parsèment par ailleurs la pièce.

     La mise en scène de Anne-Marie Etienne se déroule habilement en plans séquences,  les coutures sont réversibles de sorte que les changements de situations glissent comme dans un film. Les décors sont dépouillés, élémentaires, comme si les personnages absorbés par leurs problèmes ne les voyaient pas. Ce sont des espaces qui brillent par leur effacement, leur neutralité, leur pauvreté aussi, celle la même que l’on retrouve dans les lieux publics.

     L’essentiel demeure la présence des comédiens sur l’espace texte de Mark MEDOFF adapté par Jean Dalric et Jacques Collard, qui fait preuve d’une grande virtuosité, galvanisé par ce défi de dialogue entre sourds et entendants.

     Le spectacle est parlant, poignant, il est de nature à sensibiliser le public  sur cette fraction de l’humanité sourde qui a réussi à créer sa propre langue, que nous côtoyons sans la connaitre, par ignorance . Non, semble nous dire la metteure en scène Anne-Marie Etienne, la culture de sourds  n’est  pas un jardin défendu aux entendants, sa richesse, doit les interpeller. C’est une question de créativité laquelle s’enrichit des différences  en confrontant les imaginaires, les rêves aux réalités coites et rigides.

     Paris, le 19 Avril 2015  

  • Mise à jour  le 27 Janvier 2017           Evelyne Trân