L’INDIGENT PHILOSOPHE – La philosophie de la joie – De Marivaux – Adaptation de Michael Stampe – Mise en espace de Christophe Lidon – Avec Claude Brasseur Et Anne Causse en alternance avec Léa Duret, violoncellistes – au THEATRE DE L’ATELIER – PLACE CHARLES DULLIN 75018 PARIS – Du 1er MARS au 1er AVRIL 2017 – Du mercredi au vendredi à 19h00 – En matinée le samedi à 16h00 et le dimanche à 18h00 –

 

 

C’est sur le ton de la confidence, avec son costume d’époque que Claude BRASSEUR convie le public à une lecture toute joyeuse, toute lumineuse de l’indigent philosophe issu des Journaux de Marivaux.

Grâce à la présence de Claude BRASSEUR , le texte constitue une sorte de portrait idéal d’un indigent qui a suffisamment vécu pour discourir des vanités humaines avec humour et un chevaleresque détachement.

En parlant de son âme l’indigent dit «  Je l’ai stylée à tout, c’est vraiment une aventurière »

Mais derrière la bonhomie ou la nonchalance de celui qui dit « Personne ne viendra m’escroquer les moments que je prétends passer à ne rien faire, vive les loisirs de ceux qui n’en ont guère ! » il y a le regard d’un homme lucide qui voit dans la vanité la source de la méchanceté humaine.

Il est pauvre, soit mais « Ne m’humiliez pas » prévient-il ses auditeurs.

C’est que l’indigent a du poil de la bête. C’est un artiste de la vie qui sait ce que trinquer veut dire au propre et au figuré mais surtout un épicurien plein de malice.

Cette philosophie là nous pique en cette époque très matérialiste où l’éloge de la pauvreté pourrait faire frémir. Cela dit, cela n’a pas de prix d’avoir l’esprit libre, cela n’a pas de race, pas de classe sociale, cela frise l’herbe folle, l’herbe sauvage.

Paradoxalement, cet indigent philosophe et la violoncelliste qui l’accompagne semblent sortir d’un tableau au Louvre.Mais c’est un tableau vivant qui saisit nos papilles par la voix de MARIVAUX et de son interprète !

Paris, le 18 Mars 2017                            Evelyne Trân

 

UNE SAISON EN ENFER d’Arthur RIMBAUD – Mise en scène Ulysse DI GREGORIO avec Jean-Quentin CHATELAIN au THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 Rue Notre-Dame-des Champs 75006 PARIS – du 8 Mars au 6 Mai 2017 à 19 Heures – du mardi au samedi –

 

N.B. : Jean-Quentin CHATELAIN était l’invité de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 8 Avril 2017. Pour l’écouter, il suffit d’aller sur le site Grille des émissions Radio Libertaire (en podcast pendant un mois) .

Costumes : Salvador MATEU

Scénographie : Benjamin GABRIE

Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud fait partie de ces œuvres dont nous connaissons le titre pour les avoir parcourues en milieu scolaire. Pour ma part, j’ai le souvenir de cette déflagration de tous les sens qui ne concordait pas avec la présence rigide de l’enseignante censée nous ouvrir les portes de la poésie.Impossible d’évacuer ses émotions, impossible de les dire.

Curieuse démarche humaine que celle de vouloir tendre vers un public inconnu le fruit de ses expériences les plus intimes. Rimbaud était un communiquant, un chercheur, un découvreur et sa phrase célèbre « Je est un autre » nous permet de l’imaginer tout là haut à ce stade de pause après une longue course, se retourner, faire volte face, pour regarder ceux qui l’ont poussé à grimper si haut. Être devant et derrière, de plein fouet être saisi par cet éblouissement d’être parmi les autres.

Rimbaud avait le sentiment de sa force, de sa démesure, il l’appelle orgueil. Il y a chez lui une formidable pulsion de vie qui s’est trouvée brimée, contrainte par son environnement familial particulièrement austère, l’état d’esprit de ses contemporains.

Les autres sont toujours là autour de soi, ne serait-ce que par le langage, l’intention qui le submerge. Souvenons nous que Madame Rimbaud mère qui ne comprenait pas la prose poétique de son fils a néanmoins sorti son porte- monnaie pour l’aider à publier cette saison en enfer.

Comment aller au bout de la lecture de cette œuvre qui dresse le paysage d’une âme en proie aux doutes, aux vertiges, qui parle de souffrance, mais aussi de ses extraordinaires enchantements.

La perspective que nous offre le metteur en scène Ulysse DI GREGORIO est assez étonnante. Elle fait entrer le silence, les silences dans l’œuvre de façon spectaculaire, voire déconcertante. Car il faut les soutenir ces silences, les pousser devant soi, hors de soi et les entendre. Ils configurent la nuit, celle du fameux purgatoire, qui doit permettre de laisser surgir comme des fleurs, des images, des pigments d’étoiles, de pures apparitions, les pensées du voyageur Rimbaud.

Drapé comme un antique nomade du Sahara,, Jean-Quentin CHATELAIN qui a la stature du Balzac sculpté par Rodin, l’étoffe du voyageur rupestre, donne à toucher cette main poétique qui traverse le feu avant d’écouter l’eau qui la submerge. Dans la nuit, oui, nous avons entendu le bruit infini d’une cascade d’être, intérieure et magique .

Paris, le 18 Mars 2017                            Evelyne Trân 

WE CALL IT LOVE à LA MAISON DES METALLOS – 94 Rue Jean-Pierre Timbaud 75011 PARIS – 13 → 18 mars du lundi au vendredi → 20h30 samedi → 19h30 – durée 50min –

 

texte Felwine Sarr
mise en scène Denis Mpunga
avec Carole Karemera, Michaël Sengazi, Hervé Twahirwa
composition musicale Hervé Twahirwa
dramaturgie Carole Karemera
création et régie lumière Roman Kanobana

production Ishyo Arts Centre (Rwanda)
coproduction le Théâtre de la Poudrerie à Sevran, l’Union Européenne
en partenariat avec Positive Productions (Rwanda)

Le lieu est rudimentaire, il s’agit d’un bungalow. Les spectateurs prennent quasiment possession de tout l’espace. Trois rangées qui font face à trois autres rangées, seulement séparées tout au plus d’un mètre. C’est dans cette mince enfilade telle une traînée de terre dans un champ que vont se rencontrer une femme et l’assassin de son fils.

Pour évoquer le génocide de 1994, les jours les plus sombres du RWANDA, Carole KAREMERA auteure et comédienne de « We call it love » porte sur ses épaules le châle d’une mémoire douloureuse qui refuse de rester pétrifiée . La blessure personnelle, cruelle béance entre les vivants et les morts s’ouvre au plus profond du cœur d’une femme qui ira jusqu’à dire à l’homme, assassin de son fils « Désormais, tu es mon fils, mon fils en humanité » .

Les instruments à vent et à percussion traversent l’espace de leurs sons rauques, plaintifs, inquiétants dans l’obscurité. Mais la femme voit à travers la nuit, les morts ne sont par morts comme le chante si bien Birago Diop, les esprits du fils et du mari se manifestent naturellement.

Cette pièce tirée d’une histoire vraie a été créée à la suite de recherches sur le thème des droits de l’homme et de la mémoire des génocides.

Mise en scène de façon très sobre par Denis Mpunga , servie par d’excellents comédiens, cette création intense donne la parole à ces personnes capables de dépasser la haine, l’esprit de vengeance, par respect de la vie fût elle celle d’un assassin, par croyance en l’homme, par instinct d’amour. Un magnifique témoignage de femme !

Paris, le 21 Septembre 2015

Mis à jour le 13 Mars 2017                                  Evelyne Trân

FILS DU DRAGON, ENFANTS DE LA LUNE – MAISON DES JEUNES ET DE LA CULTURE THEATRE DE COLOMBES. 96/98 rue Saint Denis – 92700 Colombes, le samedi 18 Mars 2017 à 20 H 30 et le dimanche 19 Mars 2017 à 15 H 30 –

http://www.mcfv.eu/wp-content/uploads/2016/12/Dossier-Fils-du-Dragon-Enfants-de-la-Lune-1-1.pdf

Marie-Ann Trân était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire (89.4) le samedi 11 Mars 2017, en podcast pendant un mois sur le site « Grille des émissions de Radio Libertaire. »

C’est un véritable poème vivant musical que cette invitation au voyage dans les méandres de la mémoire collective et intimiste, proposée par Marie-Ann Trân et Cédric BONFILS.

Le collectif et l’intime ne sont-ils pas étroitement liés. Ce sont une infinité de petites vagues qui forment la mer. Une vague en entraîne une autre et ainsi de suite… Celle qui a poussé la famille de Marie Ann Trân à quitter le Vietnam en 1959, l’a transportée en France avec seulement deux valises remplies de quelques reliques.

Les parents de Marie Ann Trân ne lui ont pas raconté leur histoire. Les blessures de l’exil, ils les gardaient pour eux, ils ne pouvaient pas les évoquer, ils ne voulaient sûrement pas les transmettre à leurs enfants.

Marie Ann et son frère François, nés en France ont vécu ces non-dits dans la solitude et dans l’angoisse. François s’est mis à délirer, développant une maladie mentale. Sous la façade du tout aller bien, il y avait donc quelque chose qui cloche qui venait d’ailleurs.

Cet ailleurs, il est enfoui dans toute âme, il est confus, composite, il peut rassembler des souvenirs aussi bien heureux que malheureux, il peut être très lourd comme ce drame de l’exil qui empêchait les parents de Marie Ann de parler.

Marie Ann s’est dit que la petite vague pouvait se mettre à causer, à chanter, à faire de la musique, l’entraîner autrement dans ce tourbillon de mémoire confus pour atteindre ses proches, ses amis doucement, sans les bousculer et réunir leurs émotions.

Des personnes dont les parents étaient étiquetés indigènes, au vingtième siècle par les colons, côtoient aujourd’hui des Français dont beaucoup ont oublié l’histoire de la colonisation.

Cette histoire nous concerne tous que nous soyons français de souche ou français naturalisés. Marie Ann élargit même son propos en s’adressant à tous les migrants, tous les exilés souvent malgré eux.

La salle était comble au Centre Culturel ARAGON TRIOLET d’Orly pour assister au spectacle. Marie-Ann Trân est vietnamienne d’origine mais elle est aussi française de cœur. Elle chante des tubes de Tino Rossi avec une fraicheur désarmante.

La metteure en scène Anne BARLIND avec beaucoup de doigté soulève quelques trames de cette mémoire collective et intimiste en laissant miroiter, flotter quelques images issues d’archives, quelques motifs vietnamiens du dragon, sur des grand panneaux de paravents dont on imagine le tissu aussi léger et souple que des ailes de papillons.

Le compositeur et musicien Singhkéo PANYA est excellent et le comédien Boun SY LUANGPHINITH apporte sa note de fantaisie et de gaîté.

Marie Ann Trân, telle une fileuse de conte, déroule avec grâce sa petite pelote d’histoire qui trouve la force de rejoindre bien d’autres histoires, les vôtres, les nôtres, réussissant à faire vibrer leurs nombreux fils, sans pathos, avec pudeur, avec cœur !

Nous disons bravo à toute l’équipe de ce spectacle véritablement tendre et heureux !

Paris, le 15 Janvier 2017

Mis à jour le 13 Mars 2017                      Evelyne Trân

LILI – Du 07 Mars au 09 Avril 2017 du Mardi au samedi à 20 H 30. Dimanche à 16 H – D’après Le désespoir tout blanc de Clarisse Nicoïdski – Mise en scène de Daniel MESGUICH au THEATRE DE L’EPEE DE BOIS à la Cartoucherie – Route du champ de manoeuvre – 75012 PARIS –

Quels pas irions nous rejoindre dans la conscience ? Y en a t-il qui grondent plus que d’autres ? La salle en bois du Théâtre de l’Épée de bois est à demi-obscure . La lumière est spéciale, elle fait penser à celle qui rôde dans les églises entre les parapets des chaises et les touches de clarté fugitives aléatoires, confinées dans l’ombre, l’on imagine facilement qu’elles puissent être habitées, occupées de concert par des êtres invisibles.

C’est sans doute parce que Lili est à la fois un être monstrueux et invisible que la demi-obscurité lui sied. Lili c’est l’idiote de la famille, l’idiote du village qui a cette voix discordante et usée à force d’avoir essayé de s’entendre ou d’être entendue.

En vérité, elle s’entend Lili. Ses mots, ses pensées qui témoignent de sa luminosité active, occupent avec beaucoup de vivacité l’espace de réclusion qui lui a été réservé.

C’est un monde à part, celui de Lili puisqu’elle n’est pas comme les autres. Alors mieux vaut ne pas s’en approcher, ne pas lui parler. Il lui manque un case, laquelle, allez savoir ? Lili supporte les brimades de ses proches depuis tant de temps, c’est devenu son quotidien, comment se révolterait-elle ? Cette case qui lui manque selon les autres, elle en a fait sa corbeille de fruits, son jardin de liberté, d’innocence, de découvertes. Lili a sa façon à elle d’interpréter le monde, qui est d’autant plus sensible qu’elle n’est pas limitée par l’ordinaire, les règles du politiquement correct qui sévit aussi en famille.

D’une certaine façon Lili parle une langue étrangère à celle de sa famille qui la traite comme une allogène.

Et cela pèse de tout son poids sur les épaules de Lili, ce sentiment d’être l’idiote, cela pèse si lourd qu’elle doit se dédoubler, dépasser le cadre du miroir, elle qui se trouve au bord, juste au bord.

Les autres agissent comme un buvard, les autres qui sont le jour n’en finissent pas de vouloir la faire reculer dans l’ombre. Le jour la menace d’engloutissement.

Qui est Lili ? Cette femme un peu difforme, originale qui raconte ce qu’elle vit comme elle le ressent dans un milieu étranger et hostile que son imaginaire apprivoise pourtant avec aplomb ou bien cette autre, beaucoup plus souffreteuse, qui gesticule sans parole, cherche en vain quelque refuge du côté des meubles abandonnés, elle qui n’est considérée de fait non pas comme une personne mais un objet encombrant.

Dans sa mise en scène, digne des plus grands portraitistes, Daniel MESGUICH, sans aucune prétention de réponse, nous donne à voir celle qui s’impose par sa présence, qui existe et celle qui se tait, celle qui fuit, insaisissable, apeurée, celle qu’on n’appelle pas. Toutes les deux sont Lili, l’héroïne du roman « Le désespoir tout blanc » de Clarisse NICOIDSKI .

Il appartient au public de recevoir ces deux Lili, superbement interprétées par Catherine BERRIANE et Flore ZANNI, d’éprouver confusément qu’elles nous concernent terriblement.

Entre la silhouette difforme de Lili, belle comme un arbre, et l’autre Lili effarouchée, aussi légère qu’une nymphe, pas à pas croissant vers la clairière, oui, se distingue notre Lili.

Paris, le 12 Mars 2017                                    Evelyne Trân

METAMORPHOSES d’après Les Métamorphoses d’Ovide et Contes d’Ovide de Ted Hughes (Editions Phébus), au THEATRE DE L’AQUARIUM à la Cartoucherie de Vincennes – Route du champ de Manoeuvre 75012 PARIS – du 1er au 26 Mars 2017 du mardi au samedi à 20 Heures, le dimanche à 16 Heures –

Projet du DEUG DOEN GROUP d’après Les Métamorphoses d’Ovide et Contes d’Ovide de Ted Hughes (Editions Phébus),

mise en scène Aurélie Van Den Daele assistée de Julie Le Lagadec, dispositif scénique et technologique collectif INVIVO (lumière, vidéo, scénographie, son) Julien Dubuc – ChloéDumasGrégoire Durrande, dramaturgie Sidney Ali Mehelleb, costumes ElisabethCerqueira
avec Alexandre Le Nours et Mara Bijeljac (comédiens), Christophe Rodomisto (guitare) et Tatiana Mladenovitch (batterie)

Ceux qui ont dû laborieusement traduire quelques extraits des Métamorphoses d’Ovide au lycée ne se souviennent pas forcément de cet auteur avec bienveillance. Il faut donc applaudir les professeurs véritablement soucieux de transmettre à leurs élèves, quelques indices qui leur permettront plus tard de découvrir l’œuvre dans toute son ampleur, de les emmener au théâtre de l’Aquarium assister à une mise en scène de ces Métamorphoses revisitées par le regard d’Aurélie Van Den Daele.

Aurélie Van Den Daele s’est inspirée profondément des Contes d’Ovide de Ted Hughes, un grand poète anglais qui s’est attaché à relever toutes les traces volcaniques du poème d’Ovide, sa force visionnaire et allégorique.

Ovide lui même s’était déjà inspiré des légendes grecques et des cinq mythes fondateurs dans lesquels les hommes, à mi chemin entre le divin et l’animal sont toujours condamnés par les Dieux qui punissent leur orgueil, leurs passions criminelles.

Dans les différents tableaux qu’elle propose, la metteure en scène insiste sur le déchaînement des passions, leur aspect primaire. En voyant s’agiter les personnages même dans le décor d’une salle de fête ordinaire, nous avons la tentation de songer qu’il s’agit d’êtres préhistoriques, dont les pulsions quasi bestiales sont absolument sidérantes.

Comment une femme peut-elle avoir l’idée de faire dévorer son enfant à son époux lors d’un banquet funèbre, sinon par vengeance. Ce peut-il que le monstre ait son siège dans l’esprit de l’homme, pourtant créé à l’image des dieux ?

Qu’avons nous à voir avec ces monstres, 2000 ans après Jésus Christ, après Ovide ? Sans aller chercher très loin, lorsque nous voyons Erysichton présenté comme un galeriste snobinard, exposer un arbre famélique dans sa galerie, puis finir par se dévorer lui même, nous ne pouvons nous empêcher de penser à la faim dans le monde, sous l’indifférence totale des pays riches.

Nous laissons le soin aux spectateurs de découvrir les autres scènes teintées de cynisme, abordées de façon trash avec une ambiance musicale rock et disco parfois endiablée.

Les fervents de poésie pourront regretter que le verbe d’Ovide qui se trouve être le limon des Métamorphoses, soit textuellement insuffisamment exprimé.

Les interprètes ont peu de texte en bouche. Leur expression est essentiellement physique, gestuelle.

Néanmoins cette évocation des Métamorphoses qui réussit à faire sourdre l’origine mythique de nos pulsions modernes, est séduisante, elle fait la part belle à nos fantasmes, à nos imaginaires contrits. Cela fait déjà un bon bout de temps que l’homme hésite entre Dieu et l’animal, en attendant la prochaine métamorphose !

Paris, le 5 Mars 2017                              Evelyne Trân

Michel Hermon chante Léo Ferré / Bobino 1969 – Michel Hermon (Conception) au THEATRE DE L’ATALANTE – 10, place Charles Dullin 75018 Paris -Du mer. 01/03/17 au dim. 19/03/17 – Tel. +33 (0)1 46 06 11 90 –

Prochaines représentations

Salut du terrien au cosmos ! Léo FERRE avait ce panache comme un Cyrano de donner l’impression qu’il s’adressait à l’univers entier, qu’il ne réveillait pas les morts mais qu’ils étaient tous là autour de lui, ceux qu’il aimait par dessus tout, les poètes, Verlaine, Rimbaud, Apollinaire et tous ces gueux, les artistes dont il faisait partie. Il suffisait qu’ils le tirent par la manche, qu’il les embrasse de son regard musical fulgurant, amoureux, dans une sorte de chevauchée fantastique pour créer son petit vaisseau spatial à lui, capable de tourner autour de la lune, du soleil et surtout de nos propres rêves.

Rêve de révolution par exemple, Mai 68. Michel HERMON avait vingt-ans lorsqu’au début de l’année 1969, il assista au récital de Léo FERRE à Bobino. Ce fut un choc, une révélation dont il conserve l’impression telle une marque au fer rouge ou le premier pas d’un homme dans cette voie royale où le sortilège de l’art embrase chaque coin de rue.

Avec humilité, Michel HERMON raconte que Léo FERRE a toujours été à ses côtés . Il l’a chanté lors de deux de ses spectacles Thank you Satan et Compagnons d’enfer et aussi lors de sa participation à la création de son Opéra du pauvre.

Le récital qu’il nous offre BOBINO 69 respecte toute la dramaturgie créée par Léo FERRE . Seize chansons au total avec un entracte. De véritables fleurs musicales qui défient le temps, certaines très connues comme les Anarchistes, Ni Dieu ni maître, Pépée, d’autres moins avec ce bonheur de la découverte.

L’enchaînement se déroule de façon magnifique comme si l’interprète suivait une route connue de lui seul, qu’il jouait le rôle de guide pour le public en terre inconnue.

Car nous croyons les entendre pour la première fois par la voix de Michel HERMON, celles que nous connaissons déjà. C’est tout le sortilège de l’art de permettre à une chanson de renaître chaque fois qu’elle est chantée.

Le piano semble bouillonner sous les doigts de Christophe BRILLAUD et Michel HERMON offre toutes ses tripes aux chansons comme un amoureux passionné, il est bouleversant.

Il n’y a qu’un adjectif pour décrire ce spectacle, il est beau. C’est tout le parcours d’un homme inspiré par FERRE qui s’y dessine comme un chemin de montagne avant d’atteindre le haut plateau, son sommet artistique !

Paris, le 5 Mars 2017                               Evelyne Trân

MON CŒUR – Texte et mise en scène Pauline Bureau – Création le 28 février et le 1er Mars 2017 au Volcan, scène nationale du Havre – 8, place Niemeyer, 76600 Le Havre – Du 16 mars au 1er avril 2017 du mardi au samedi à 20 H 30, matinées le samedi à 15 H 30 – au Théâtre des BOUFFES DU NORD – 37 (bis), bd de La Chapelle, 75010 Paris –

Crédit photo – répétitions du spectacle – Pierre Grosbois

Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rébecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia,  Marie Nicolle, Anthony Roullier, Catherine Vinatier.

Dramaturgie : Benoîte Bureau – Composition musicale et sonore : Vincent Hulot – Scénographie : Emmanuelle Roy – Costumes et accessoires : Alice Touvet – Perruques : Catherine Saint Sever – Lumières : Bruno Brinas – Vidéos et images : Gaëtan Besnard – Collaboration artistique : Cécile Zanibelli – Régie Générale : Thomas Coux – Régie Vidéo : Christophe Touche – Régie Plateau : Guillem Picq – Développement et diffusion : Olivia Peressetchensky – Administration : Christelle Krief – Presse : Isabelle Muraour.

 

Ces vies qui nous appartiennent, noyées dans la masse, silencieuses, ignorantes du fait que bien ou malgré elles, elles alimentent la grande roue économique de la société, qu’elles la font tourner comme la terre tourne sur elle même, n’ont guère l’occasion de faire entendre leurs voix anonymes.

Le scandale du médiator ce médicament proposé aux femmes en tant que coupe-faim pendant des décennies, avant d’être retiré de la circulation, est révélateur de l’immense fossé creusé entre les gens de pouvoir et ceux qui leur font confiance.

Ceux qui font partie des gens installés dans la vallée et qui utilisent la manne venue d’en haut, celle par exemple d’une industrie pharmaceutique qui leur promet des miracles, n’ont aucune chance d’être entendus lorsque la manne se révèle être un poison pernicieux. Que peuvent les ténors politiques et même l’élite intellectuelle contre de tels scandales ?

Quel grand gourou médecin aurait l’idée de descendre jusqu’au cœur de la vallée pour l’écouter ? C’est au propre et au figuré que ce cœur résonne dans le spectacle de Pauline BUREAU et sa compagnie. Il s’agit d’un travail collectif d’archéologues du temps présent qui se sont attachés à remuer notre bonne vieille terre inculte, empêtrée dans le silence, l’ignorance, la résignation. Toutes les paroles ne partent pas en fumée quand justement elles partent du cœur, le héros de ce spectacle.

Vous ne l’entendrez pas pleurer, récriminer ou jacasser. Parce qu’il faut parler aussi du silence entre chacun de ses battements, du temps qui s’écoule, du long parcours de combattant du médecin pneumologue, Irène FRACHON et des victimes du médiator à travers l’histoire d’une femme ordinaire appelée Claire TABARD – incarnée à brûlepourpoint par Marie NICOLLE – qui contient un peu de chacune des femmes rencontrées »

Du jour au lendemain, cette femme a dû se faire opérer à cœur ouvert pour remplacer ses valves détruites par des valves mécaniques. Handicapée à vie, elle a découvert la cause de son empoisonnement presque par hasard lorsque sa sœur a entendu parler du médiator à la radio. Aidée par Irène FRACHON et un jeune avocat, elle réussira à faire entendre sa voix passant de la position de victime à celle de combattante citoyenne.

La réalité est impitoyable, elle dépasse la fiction nous dit Pauline BUREAU. Si nous avons des haut-le-cœur en assistant au face à face entre la victime et la commission des experts qui l’examinent froidement, se permettent des réflexions déplacées sur sa vie privée, tandis qu’elle doit afficher aux yeux de tous, son horrible cicatrice, c’est qu’hélas, ce genre de situations nous interpelle, que nous savons que dès lors que nous osons prendre la parole ne serait-ce que pour se défendre, nous courons le risque d’être exposés au mépris, aux sarcasmes, à l’incompréhension. Pour tenir le choc, il faut une résistance morale, celle du cœur certainement.

C’est un combat de longue haleine pour Irène FRACHON, très justement interprétée par la comédienne Catherine VINATIER. Pour une victime indemnisée après de longues années de procès, combien d’autres attendent ?

La mise en scène n’a pas recours à une théâtralité tapageuse, elle déroule simplement les volets de l’existence ordinaire d’une femme qui a basculé dans le tragique. La scénographie remarquable permet de suivre en parallèle, grâce à deux plateaux, les différents champs des protagonistes avec leurs va-et-vient d’ombres tournantes, et leurs paroles résonnent parfois comme des crescendos, crachats de souvenirs tels qu’ils se présentent à la conscience qui rejoue l’instant passé pour l’instant présent.

Ce sentiment d’instance est à l’œuvre dans ce spectacle saisissant qui défend la cause d’Irène FRACHON et la nôtre du même coup avec vigueur et pudeur.

C’est toute une conscience théâtrale qui s’ouvre sur une parole à visage humain, tangible, celle qui rythme notre quotidien et délivre son souffle, à portée de notre cœur battant !

Paris, le 4 Mars 2017                          Évelyne Trân

L’AMANTE ANGLAISE DE MARGUERITE DURAS AU THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 RUE NOTRE-DAME DES CHAMPS 75006 PARIS – DU 25 JANVIER AU 9 AVRIL 2017 du MARDI AU SAMEDI A 19H – LE DIMANCHE A 15 H –

DE MARGUERITE DURAS

MISE EN SCÈNE THIERRY HARCOURT

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JUDITH MAGRE (CLAIRE LANNES)

JACQUES FRANTZ (PIERRE LANNES)

JEAN-CLAUDE LEGUAY (L’INTERROGATEUR)

ASSISTANT MISE EN SCÈNE : THOMAS POITEVIN

LUMIÈRES : JACQUES ROUVEYROLLIS, ASSISTÉ DE JESSICA DUCLOS

COSTUMES : VICTORIA VIGNAUX

PRODUCTION : ID PRODUCTION ET LE THÉÂTRE DANS LE PRÉ – CIE

 

D’un fait divers criminel particulièrement atroce et rare datant de 1949, l’histoire d’une femme qui dépèce son mari et se trouve incapable d’expliquer son geste, Marguerite DURAS a fait un roman puis tiré une pièce, l’Amante anglaise.

Dans cette pièce, elle met en scène trois personnages, l’héroïne Claire Lannes, le mari, Pierre Lannes, et un curieux inquisiteur qui pose des questions.

Sous les décombres du fait divers – car il y a tout ce qui se dissimule derrière l’énoncé d’un fait – nous assistons au pataugement des protagonistes comme si le crime en question n’était que l’arbre qui cache la forêt.

Les personnages interrogés chacun séparément, tout d’abord Pierre Lannes, ensuite la meurtrière ne semblent en aucune façon regretter la mort de la cousine sourde muette qui servait de femme de ménage au couple. C’est cette indifférence là plutôt choquante que Marguerite DURAS soulève, met en lumière dans cette pièce.

A travers leur interrogatoire mené par une personne dont on ignore l’identité et qui n’est pas un juge, nous découvrons que Pierre Lannes et Claire Lannes ont vécu dans la même maison pendant des années comme des étrangers, et qu’ils ont pu se supporter grâce à la présence de cette cousine, qui leur a servi de frontière invisible d’autant plus qu’elle était sourde et muette. Son meurtre a au moins permis au couple de se séparer de façon inéluctable, définitive.

L’indifférence est sans doute pire que la haine parce qu’elle n’a pas d’écho, elle crée réellement du vide entre les personnes d’où le sentiment de précipice qui finit par absorber Claire Lannes lorsque par exemple elle jette sans aucune raison un transistor dans le puits.

Marguerite DURAS semble exprimer que les conventions sociales, celle du mariage notamment, ne sont là que pour masquer, rendre invisible tout ce qui dans les comportements humains peut révéler leur nature immorale.

Cette nature immorale c’est Claire Lannes qui l’affiche sans pouvoir l’expliquer. Comment peut-on devenir indifférent à son entourage, résigné, vivre pendant des années avec un homme « étranger », là aussi est la question qu’a explorée de façon moins virulente et plus intérieure, François MAURIAC avec Thérèse DESQUEYROUX.

Chez Marguerite DURAS, le sentiment d’indifférence, cette désaffection de la vie, cette dépression, ne peuvent être culbutés que par la folie, un détachement de la réalité, le rêve et la fantaisie.

A l’instar du personnage de Beckett, Winnie dans « Oh les beaux jours » Claire Lannes s’est enlisée dans une réalité qui ne lui était pas propice, et la tête de sa victime dont elle refuse d’indiquer l’emplacement, ne serait que la sienne fantasmée. Fleur coupée de la vie, elle appelle au secours « Si je vous disais où est la tête, vous me parleriez encore…si j’avais réussi à vous dire pourquoi j’ai tué cette grosse femme sourde, vous me parleriez encore, moi à votre place, j’écouterai, écoutez-moi je vous en supplie ! ».

Judith MAGRE illumine cette Claire LANNES par son charme, sa vitalité, elle est la véritable fleur de cette réalité lugubre et mesquine que lui tendent son mari et l’interrogateur interprétés justement par Jacques FRANTZ et Jean-Claude LEGUAY.

Le portrait de cette criminelle n’est sans doute pas réaliste mais c’est tant mieux. Le fait divers relaté par Marguerite DURAS devient dans cette mise en scène de Thierry HARCOURT,  la rose qui éclot à travers un mur délabré, telle la rose de Jean GENET. Imaginaire, elle a surgi, c’est elle, la tête que nous cherchions !

Paris, le 26 Février 2017                          Evelyne Trân

 

6ème édition du FESTIVAL ZANZAN, CINEMA ET ARTS DES DIFFERENCES 2017 – RENNES, BRETAGNE, 8 mars 2017 20:30 – 12 mars 2017 20:00 –

Né de la volonté de Philippe Thomas, réalisateur – producteur Infirme, Moteur Cérébral, de promouvoir le handicap hors des sentiers battus.
 
Cinéma,Théâtre, Expositions, un Concert, une Table Ronde et des Visites sensorielles accessibles à tous !
 
2 temps forts 
 La soirée d’ouverture du Mercredi 8 Mars
Cessez le feu 
Film d’Emmanuel Courcol avec Romain Duris, Céline Sallette, Grégory Gadebois, Julie Marie Parmentier… 
Avant-première en présence du réalisateur. 
Ce film a été nominé au Festival du Film de Locarno (2016) et au Festival du film francophone d’Angers 2016)

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Dimanche 12 Mars à 18H
Dernières nouvelles du Cosmos 
Film documentaire de 1h25 de Julie Bertucelli – Nominé au César 2017 du meilleur film documentaire : 
Hélène ne peut pas parler ou tenir un stylo et n’a jamais appris à lire ni à écrire. C’est à ses 20 ans que sa mère découvre qu’elle peut communiquer en agençant des lettres plastifiées sur une feuille de papier. Un des nombreux mystères de celle qui se surnomme Babouillec…

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Précédé de, à 15H
Algorithme Eponyme
 Lecture en musique des textes Barbouillec SP  par Bénédicte Michel et Marie Foulatier
Algorithme éponyme est le texte magnifique, déroutant et inclassable d’une jeune femme « autiste » qui ne sait pas parler ni écrire avec la main, mais qui est malgré tout parvenue à nous communiquer la puissance, l’intelligence et la poésie de sa pensée par le biais d’un casier de lettres en carton qu’elle dispose sur une feuille de papier.
A voir également : 
Jeudi 9 Mars – 9h30,10h15 &11h
 La demoiselle aux grands manteaux  
Spectacle clownesque à la sensibilisation de la langue des signes jusqu’à 4 ans.
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9, 10,11 Mars -10h/18h
 Journées sensorielles – exposition à voir et à toucher – 
Peintures de Mustapha Ben Malek 
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9 Mars – 20H30 – 
Dîner dans le noir au Bar-Restaurant du TNB

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10 Mars – 20H30 –
Un jour de neige – Concert d’Erwan Roux. 
Ce concert mêle musique, danse et chansons à partir des textes de Babouillec SP et de sa mère Véronique Truffert.

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Samedi 11 Mars- 10h/18H – 
Stand de découverte mutisensorielle & atelier « Il était une fois »
par l’association L’d’Illusion, travail interactif sur la lumière et le le toucher.

https://ldilussion.com/

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Samedi 11 Mars – 20H30 – 
CHUT(E) – Théâtre – 
Des cascades ratées, des rebondissement acrobatiques, des numéros poétiques 
par Confitures @ Cies

http://www.zanzan-films.com