
Auteur : Evelyne Trân
L’HOMME QUI RIT – D’après le roman de Victor Hugo – Mise en scène Claire Dancoisne – Du 26 au 29 mars 2019 : La Comédie de Picardie – Amiens (62) – Du 2 au 6 avril 2019 : Le Théâtre du Nord, Centre dramatique nationale Lille-Tourcoing (59) •

Photo Christophe Loiseau
Tournée 2019 / 2020
Du 2 au 6 avril 2019 : Le Théâtre du Nord, Centre dramatique nationale Lille-Tourcoing (59) •
Le 16 et 17 mai 2019 : Théâtre du fil de l’eau, Pantin (75), dans le cadre de la Biennale internationale des arts de la marionnette de Paris •
Entre le 20 et le 29 septembre 2019 : La compagnie sera le fil rouge du Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, Charleville-Mézières (08) •
Fin 2019 : Le Boulon – Centre nationale des arts de la rue et de l’espace public de Vieux-Condé (59), en partenariat avec Le Phénix – Scène nationale Valenciennes • Début décembre 2019 : EPCC la Barcarolle – Spectacle vivant Audomarois (62), Le Palais du Littoral à Grande-Synthe (59)
Distribution
Mise en scène | Scénographie Claire Dancoisne
Adaptation Francis Peduzzi
Assistante à la mise en scène Rita Tchenko
Avec Jaï Cassart, Manuel Chemla, Anne Conti, Thomas Dubois, Hugues Duchêne, Gaëlle Fraysse, Gwenael Przydatek, Rita Tchenko
Création musicale Bruno Soulier
Création lumières Emmanuel Robert
Collaboration artistique Hervé Gary
Création des marionnettes Pierre Dupont
Création costumes Claire Dancoisne, Chicken, Jeanne Smith, Perrine Wanegue
Constructions Bertrand Boulanger, Chicken, Grégoire Chombard, Alex Herman, Olivier Sion
Régie générale et lumières Vincent Maire
Régie son François-Xavier Robert
Régie plateau Hélène Becquet
Ce qui crève les yeux, la misère, la douleur, la méchanceté ou l’amour, Victor Hugo l’a exploré tout au long de ses œuvres romanesques, théâtrales et poétiques. L’émotion a toujours guidé sa plume, elle est vitale,débordante, primaire. Pour la représenter, on peut la raccorder à cette grande vague d’Hokusai, saisie dans l’instant ou l’éternité.
L’onde de choc toujours qui stimule l’imagination, transfigure le blafard, illumine l’inerte, choque la raison, est manifeste dans l’Homme qui rit, écrit en deux années de 1866 à 1868, un roman baroque, philosophique, politique, poétique qui met en scène un personnage embrassant tous les malheurs du monde.
Il s’agit de Gwynplaine, abandonné par sa famille noble, défiguré par des comprachicos (voleurs d’enfants), sauveur d’un bébé orphelin et aveugle, Déa, recueilli par un vagabond libertaire Ursus. Devenu Lord, Gwynplaine a toute légitimité pour prendre la parole au nom de la misère et dénoncer la décadence de l’aristocratie en Angleterre, au 18ème siècle, sous le royaume de la reine Anne, représentée notamment par les personnages de Josiane et de Barkilfedro.
Cette trame complètement romanesque, invraisemblable, devient le levier des considérations philosophiques et politiques heureusement relevées par l’inspiration poétique, visionnaire de Hugo.
Dans le spectacle qui réunit deux marionnettes celle de Gwynplaine et de Déa et plusieurs comédiens, la metteure en scène Claire Dancoisne s’est visiblement imprégnée de la charge éruptive et baroque du verbe hugolien avec son propre imaginaire où se mêle sa fascination pour les créatures qu’elles soient objets, humaines ou marionnettes.
L’étoffe du merveilleux est un tissu ardent mais arrache-t-on son voile à une montagne, il faut laisser faire les nuages ou le soleil ou la neige pour comprendre que même une montagne, semble -t-il, immobile, n’est jamais tout à fait la même à nos yeux.
Mais en vérité pour parler d’une même chose, nous nous référons toujours à une première impression. D’où un décalage fortuit qui freinera nos perceptions futures. L’humain est ainsi, il s’immobilise pour ne pas être appelé par le vertige ou la grande vague. C’est toujours l’histoire d’un fétu de paille ébloui par des forces cosmiques qui le dépassent :
« Avoir sur soi l’infini comme un cachot, avoir autour de soi l’immense évasion des souffles et des ondes, et être saisi, garroté, paralysé, cet accablement stupéfie et indigne …On se sent jouet. Jouet quel mot indigne ! »
« L’âme de l’homme redoute cette confrontation avec l’âme de la nature »
Cette attraction pour le mystère qui découle des éléments de la nature est d’ordre animiste. C’est la souffle, l’intention qui prédomine. A ce stade dans son lyrisme, le poète Hugo fait figure de celui qui entend abolir toutes les frontières entre l’inanimé et l’animé puisque le souffle, l‘anima touche toutes les créatures.

Photo Christophe Loiseau
Les personnages s’affirment en tant que créatures. Ils se délogent de leurs cadres, ils entrent en scène. Ils déboulent d’une galerie de caricatures car c’est leur expression qui importe, il s’agit d’être vu, montrer, être montré, d’annoncer ses goûts et ses couleurs et surtout ses sentiments comme dans un bal masqué.

Photo Christophe Loiseau
Les monstres ne sont pas ceux que nous croyons. Après avoir parlé avec la metteure en scène, une évidence s’est imposée, le moins monstre de tous les personnages, c’est L’homme qui rit, Gwynplaine représenté par une marionnette, la créature la plus humaine de tout le spectacle.
Le spectacle essentiellement visuel nous offre des tableaux sublimes avec une sobriété de décors indiscutable. Quelle magnifique scène que celle de la tempête où l’on voit juste des silhouettes accrochées à des planches qui se déhanchent sous les vagues.
La scène finale où Gwynplaine devenu Lord prend la parole et devient la risée de la chambre des lords et de la reine est fabuleuse.
Il semble que Victor Hugo quasiment submergé par sa vision de L’homme qui rit n’ait pas réussi à le faire descendre sur terre sans doute parce que voulant représenter la misère, il savait qu’elle n’avait pas sa place dans l’arène politique. Gwynplaine est un personnage fantastique, une sorte de Frankenstein, il est seul. Qui invitera de nos jours un SDF à la tribune du parlement ou du sénat ?
Gwynplaine fait partie du quart monde. Enfant issu d’une famille noble, abandonné, devenu monstre de foire après subi la défiguration de son visage, élevé par un forain sans toit ni loi, il cumule tous les attributs d’une destinée tragique et marginale.
Tel quel, absolument romanesque, il peut continuer à hanter les esprits. D’ailleurs, derrière l’épouvantail, se dresse la silhouette de Victor Hugo, c’est son propre discours politique qu’il prête à L’Homme qui rit, et la risée que subit le personnage, Victor Hugo l’a lui-même éprouvée.
Derrière L’homme qui rit, il y a l’homme blessé dans sa propre représentation, le mystère propre à Hugo, grand bourgeois, bouleversé par le spectacle de la misère. Il eut pu dire « L’homme qui rit, c’est moi »

Impressionnant par la beauté de ses tableaux tous inspirés par les descriptions effarantes de Hugo, l’inquiétante étrangeté des créatures monstrueuses et comiques, mouvementée par une musique très éclectique, le spectacle de Claire Dancoisne et de toute son équipe, constitue une magnifique récréation de L’homme qui rit magnifié par une marionnette tragiquement humaine.
Paris, le 5 Avril 2019
Evelyne Trân
APRES LA NEIGE – CREATION 2018 – TOUT PUBLIC – TEXTE ET MISE EN SCENE D’AURELIE NAMUR – AU THEATRE POPULAIRE D’UZES – Cour de l’Ancien Évêché 30700 UZES le 4 AVRIL 2019 –
TOURNEE 2019
• 6 avril au centre culturel d’Alénya à 20 H 30
• les 17 & 18 AVRIL à L’Illustre Théâtre à Pézenas (34) à 20h45 dans le cadre de la saison culturelle du Théâtre de Pézenas avec SortieOuest-EPIC Hérault Culture et le Théâtre Le Sillon-Scène conventionnée d’intérêt national Art en Territoire.
• APRES LA NEIGE sera au festival d’Avignon off 2019 à La Manufacture
– le 10 OCTOBRE à la Scène Nationale d’Alençon (61) – (Horaire défini ultérieurement)
Assistanat mise en scène Anna Zamore
Collaboration artistique
Félicie Artaud
Scénographie
Claire Farah
Construction décor
Bernard Caumel
Création sonore et
régie générale
Antoine Blanquart
Création lumière
Claire Eloy
Régie lumière
Bruno Matalon
Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima, nous en avons tous entendu parler et à vrai dire nous préférerions ne pas y penser, il y a tellement d’autres urgences à régler au jour le jour au quotidien.
Aurélie NAMUR justement s’est saisie de cette notion du quotidien de façon très perméable pour écrire une pièce qui mobilise à la fois notre imaginaire et notre conscience.
Elle entend faire partager l’émotion qu’elle a ressenti lors de la réception d’un documentaire « Le monde après Fukushima » de Kénichi WATANABE et une scène en particulier où l’on voit une mère exhorter sa fille de 6 ans « à ne jouer dehors qu’une heure seulement, et à ne pas toucher le sol… ».
Une perspective de fin du monde en quelque sorte où tout ce qui fait partie de l’ordinaire, est soudain remis en question, requiert une vigilance, une attention de tous les instants parce que le sol se trouve contaminé et qu’il n’est plus possible de se déplacer sans un dosimètre mesurant la radioactivité.
La pièce met en scène une famille juste composée du père, de la mère et de leur petite fille, réfugiés dans un préfabriqué à quelques kilomètres du lieu de la catastrophe.
Il faut pourtant continuer à vivre, supporter le sentiment de se trouver en quarantaine, coupés du monde par le malheur. Les parents composent avec leurs angoisses car crier au secours devient dérisoire.
Vivre au jour le jour désormais prend tout son sens. Il n’y a plus de place pour les futilités extérieures. Il faut reprendre possession de soi, de l’essentiel, ses rêves, ses sentiments. Dans une telle situation, lever les yeux vers la lune, lui parler comme fait la mère c’est du bonheur.
Et puis il y a l’être enfant, la petite fille qui dispose d’un tel capital de vie qu’il est impossible d’oublier son rayonnement. Comme si l’enfant avait d’autres antennes que celles des adultes.
La petite fille prénommée Alice comprend le danger mais il ne lui fait pas peur. Elle réussit à communiquer avec les animaux dont elle capte la présence souvent invisible mais irrésistiblement prégnante. Une biche qu’elle poursuit jusque dans un terrain très éloigné de son gite, devient son interlocutrice fantastique et magique.
Mais que vient donc faire le rêve dans la réalité ? Le rêve nous parle de vie possible, de lutte pour la vie, d’instinct de vie qui bataille contre l’instinct de mort.
La pièce d’Aurélie NAMUR, de facture très poétique questionne notre présence au monde. Puisque nous ne pouvons pas nous mettre à la place des irradiés de Fukushima, elle a transposé l’histoire dans un pays imaginaire où il est juste question d’humains dont les expériences tragiques interrogent notre avenir, celui primordial de nos enfants.
Elle plonge le noyau dur, celui d’une situation extrême, dans le courant d’un rêve qui permet d’entrer dans les têtes des personnages de façon fluide, d’intercepter leurs mouvements, leurs sensibilités de l’intérieur. Tout devient langage dans le sable mouvant de la pensée, tous les sens sont sollicités.
A la fois dépouillée et onirique, la mise en scène réussit de façon surprenante à nous parler d’un sujet particulièrement difficile, les catastrophes nucléaires, par le prisme du rêve, du fantastique.
Il s’agit d’un spectacle merveilleusement sensible, interprété par des comédiens particulièrement réceptifs, sans d’autre prétention que de nous parler doucement, en s’adressant aussi bien à l’enfant qui est en nous qu’à l’adulte responsable, de l’avenir du genre humain, ici et maintenant.
Paris, le 25 Décembre 2018
Mise à jour le 29 Mars 2019
Evelyne Trân
APRES LA NEIGE – TOUT PUBLIC – TEXTE ET MISE EN SCENE D’AURELIE NAMUR – Cie Les Nuits Claires – Festival off Avignon -du 5 au 25 juillet à 10h ( relâches les 11 et 18 Juillet) à la Manufacture, La Patinoire – Accessible uniquement en navette, départ 2 rue des écoles Avignon.

Assistanat mise en scène : Anna Zamore
Dramaturgie & collaboration artistique: Félicie Artaud
Interprétation : Julie Méjean, Brice Carayol,
Brunelle Damond et Chloé Marty-Ané (en alternance)
Scénographie : Claire Farah
Construction décor : Bernard Caumel
Création et régie sonore : Antoine Blanquart
Création lumière : Claire Eloy
Régie lumière: Claire Eloy et Bruno Matalon
Chargée de production : Laure Desmet
Administration de production : Elisa Cornillac
Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima, nous en avons tous entendu parler et à vrai dire nous préférerions ne pas y penser, il y a tellement d’autres urgences à régler au jour le jour au quotidien.
Aurélie NAMUR justement s’est saisie de cette notion du quotidien de façon très perméable pour écrire une pièce qui mobilise à la fois notre imaginaire et notre conscience.
Elle entend faire partager l’émotion qu’elle a ressenti lors de la réception d’un documentaire « Le monde après Fukushima » de Kénichi WATANABE et une scène en particulier où l’on voit une mère exhorter sa fille de 6 ans « à ne jouer dehors qu’une heure seulement, et à ne pas toucher le sol… ».
Une perspective de fin du monde en quelque sorte où tout ce qui fait partie de l’ordinaire, est soudain remis en question, requiert une vigilance, une attention de tous les instants parce que le sol se trouve contaminé et qu’il n’est plus possible de se déplacer sans un dosimètre mesurant la radioactivité.
La pièce met en scène une famille juste composée du père, de la mère et de leur petite fille, réfugiés dans un préfabriqué à quelques kilomètres du lieu de la catastrophe.
Il faut pourtant continuer à vivre, supporter le sentiment de se trouver en quarantaine, coupés du monde par le malheur. Les parents composent avec leurs angoisses car crier au secours devient dérisoire.
Vivre au jour le jour désormais prend tout son sens. Il n’y a plus de place pour les futilités extérieures. Il faut reprendre possession de soi, de l’essentiel, ses rêves, ses sentiments. Dans une telle situation, lever les yeux vers la lune, lui parler comme fait la mère c’est du bonheur.
Et puis il y a l’être enfant, la petite fille qui dispose d’un tel capital de vie qu’il est impossible d’oublier son rayonnement. Comme si l’enfant avait d’autres antennes que celles des adultes.
La petite fille prénommée Alice comprend le danger mais il ne lui fait pas peur. Elle réussit à communiquer avec les animaux dont elle capte la présence souvent invisible mais irrésistiblement prégnante. Une biche qu’elle poursuit jusque dans un terrain très éloigné de son gite, devient son interlocutrice fantastique et magique.
Mais que vient donc faire le rêve dans la réalité ? Le rêve nous parle de vie possible, de lutte pour la vie, d’instinct de vie qui bataille contre l’instinct de mort.
La pièce d’Aurélie NAMUR, de facture très poétique questionne notre présence au monde. Puisque nous ne pouvons pas nous mettre à la place des irradiés de Fukushima, elle a transposé l’histoire dans un pays imaginaire où il est juste question d’humains dont les expériences tragiques interrogent notre avenir, celui primordial de nos enfants.
Elle plonge le noyau dur, celui d’une situation extrême, dans le courant d’un rêve qui permet d’entrer dans les têtes des personnages de façon fluide, d’intercepter leurs mouvements, leurs sensibilités de l’intérieur. Tout devient langage dans le sable mouvant de la pensée, tous les sens sont sollicités.
A la fois dépouillée et onirique, la mise en scène réussit de façon surprenante à nous parler d’un sujet particulièrement difficile, les catastrophes nucléaires, par le prisme du rêve, du fantastique.
Il s’agit d’un spectacle merveilleusement sensible, interprété par des comédiens particulièrement réceptifs, sans d’autre prétention que de nous parler doucement, en s’adressant aussi bien à l’enfant qui est en nous qu’à l’adulte responsable, de l’avenir du genre humain, ici et maintenant.
Paris, le 25 Décembre 2018
Mise à jour le 14 Juin 2019
Evelyne Trân
VIVE DEMAIN ! Michèle BERNIER – ONE WOMAN SHOW au Théâtre des Variétés 7 Bd Montmartre 75002 PARIS – A partir du 17 Janvier 2019 -• Durée : 90 min – • Horaires: Du mercredi au samedi à 20h30 et matinées le samedi et dimanche à 17h00 –

Créateurs
Auteure : Marie Pascale OSTERRIETH et Michèle BERNIER
Metteuse en scène : Marie Pascale OSTERRIETH assistée de Hélène CHRYSOCHOOS
Décors et Images : Pierre-François LIMBOSCH
Lumières : Laurent CASTAINGT
Musique : Jacques DAVIDOVICI
Costumes : Charlotte DAVID
Impressionnante Michèle BERNIER, virtuose du coq à l’âne ! Sauf que chez elle, la césure n’est pas brusque, elle est invisible, ce qui lui permet de surfer intelligemment sur toute une mine de sujets qui orientent de nos jours nos conversations, stigmatisés par les médias, la crise climatique, la robotisation grandissante, la fin du monde, projetant sur l’avenir de l’homme une ombre décidément monstrueuse.
Qu’à ne cela ne tienne, Michèle BERNIER n’est pas du genre à se laisser abattre et puis elle dispose de cette qualité hors normes, l’humour qui suggère de ne jamais se prendre au sérieux.
Songeons que les esprits d’Aristophane, Rabelais, Molière, Socrate et toute une constellation de philosophes ont survécu aux guerres, aux annonces d’apocalypse.
Donc, la bonne humeur, le système D, notre capacité d’adaptation la méthode Coué, peuvent en découdre avec cette épée de Damoclès brandie par les Cassandre de tous bords.
Michèle BERNIER n’a pas besoin de beaucoup d’artifices pour oser imposer sur scène sa présence, somme toute vulnérable, mais bouillonnante.
Avec cette niaque qui la caractérise, Michèle BERNIER suscite l’empathie du public ravi de cette belle opportunité de s’entendre dire : Vive demain !
Paris, le 28 Mars 2019
Evelyne Trân
BONHOMME Un spectacle de Julien Tauber (conteur) et Vincent Godeau (illustrateur) – Un conte visuel et farfelu – Un spectacle tout public dès 7 ans – Le 20 mars à 19h30, 21 mars à 10h et 14h30 Théâtre A Malraux – Chevilly Larue (94) et Théâtre d’ETAMPES (91) le mardi 2 avril à 10h et 14h30 et le mercredi 3 avril à 15h –


Texte de Julien Tauber
Avec Julien Tauber conteur
Décors : Vincent Godeau assisté d’Arnaud Finix
Mise en scène : Sylvie Faivre
Création musicale : Linda Edsjö
Conception sonore : Pierrick Le Rille
Création lumières : Colas Reydellet
Teaser : Marie Cogné
Photos : Stéphanie Gutierrez-Ortega
Avec le coup d’œil avisé et le soutien logistique de Floriane Soyer, avec le regard bienveillant d’Abbi Patrix et le soutien de Marina Tullio et de la compagnie du cercle.
TOURNEE
AVRIL 2019 –
Théâtre d’Etampes (91)
mardi 2 avril à 10h et 14h30 et le mercredi 3 avril à 15h
Grande Halle de la Villette – Salle B Vian – Paris
16 avril à 10h, 17 avril à 10h et 15h
18 avril à 10h et 14h30
19 avril à 10h et 19h
20 avril à 15h
MAI 2019 –
22 mai à 10h et 15h
Espace 600 – Grenoble (38) dans le cadre du
festival des arts du récit en Isère.
« Tout peut sortir d’un mot » disait Victor Hugo. Tout peut sortir d’une image de nos jours. Julien TAUBER et Vincent GODEAU se sont donné la main pour créer l’univers de Bonhomme un personnage pas plus haut qu’un pouce, digne héritier de Tom Pouce.
Un paysage en carton-pâte, luxuriant de couleurs, aussi mobile qu’un jeu de construction géant qui affiche tantôt des visages, des immeubles, des portes, des corps, qui pourraient nous rappeler ces immenses placards publicitaires qui surgissent de tous côtés à la sortie des villes.
Julien TAUBER s’inspire de quelques grappes de notre environnement quotidien, notamment de cet ogre, le Centre commercial qui « envahit tout l’espace » telle une ville tentaculaire, pour imaginer le parcours de Bonhomme qui n’a pour seul moteur que son imagination renversant les balises de notre perception.
Juste le pouce d’une main qui court, court, nage à contre-courant pour devenir le héros d’un conte invraisemblable où une choucroute garnie devient un palais doré qui brille au soleil.
Sans complexes, Julien TAUBER déménage les motifs des contes traditionnels, faisant débarquer les personnages de Roi, de Princesse sur l’image gourmande d’une choucroute (invisible) mais superbement bien décrite, pour redorer le blason d’un héros qui a le pouvoir, lui, de tout voir. Il est d’ailleurs appelé le Regardant.
Julien TAUBER est un conteur magicien très inspiré qui jongle aussi bien avec les aventures de Bonhomme aussi filandreuses qu’une choucroute qu’avec les cartons aux dessins joyeusement épurés de Vincent GODEAU, dans une ambiance musicale très suggestive émanant des sons émis par les cartons et du marimba, un xylophone africain.
Il nous vient à l’esprit la chanson de Prévert » En sortant de l‘école ». Ici, hypnotisé par l’œil d’une affiche, notre héros Bonhomme auquel tous les enfants peuvent s’identifier, arpente debout tous les wagons d’un train imaginaire, muni du seul fouet de son imagination débridée.
Nul doute que les enfants qui découvriront le spectacle auront envie d’écrire ou d’oraliser leurs propres contes à partir, qui sait, juste un bateau en papier qu’ils colorieront eux-mêmes.
Julien TAUBER s’adresse directement à l’enfant « Imagine que chaque brin d’herbe est plus haut que toi » et la magie opère car le conteur mêle si bien le geste à la parole que Bonhomme sort véritablement de sa bouche. Sacré Bonhomme !
Paris, le 26 Mars 2019
Evelyne Trân
LE SOURIRE AU PIED DE L’ECHELLE D’APRES LA NOUVELLE D’HENRY MILLER – ADAPTATION DE IVAN MORANE – MISE EN SCENE DE BENEDICTE NECAILLE AVEC DENIS LAVANT AU THEATRE DU LUCERNAIRE 53, rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS -1H10 / DU 27 MARS AU 14 AVRIL 2019 DU MARDI AU SAMEDI À 19 H ET LE DIMANCHE À 16 H

Photo D.R.
N. B : Denis Lavant, Bénédicte Nécaille et Ivan Morane étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur RADIO LIBERTAIRE 89.4 le samedi 2 Février 2019, en podcast sur le site https://media.radio-libertaire.org/
Interprétation Denis LAVANT
Mise en scène Bénédicte Nécaille
Scénographie, lumière Ivan Morane
Son Dominique Bataille
Ombres Philippe Beau
Costume Géraldine Ingremeau
Production : REALITES / CIE IVAN MORANE et ID PRODUCTION
« Le sourire au pied de l’échelle », quel joli titre pour ce spectacle adapté de la nouvelle éponyme d’Henry MILLER, une commande de Fernand Léger pour illustrer ses dessins de clown. Disons-le d’emblée, la mise en scène onirique de Bénédicte NECAILLE, la scénographie et lumière d’Ivan MORANE et l’interprétation de Denis LAVANT concourent à faire de cette création une pépite de cette rentrée théâtrale.
Auguste a le vertige ! L’homme qui parle n’a pas besoin de s’appeler, il s’assimilerait volontiers à un animal, peut-être bien à un chien errant, une fourmi sur le dos de la main. Ceux qui le nomment, le reconnaissent, ceux sont les spectateurs, pour eux, il est Auguste, un clown génial qui les fait tordre de rire. Mais un jour, pourtant l’homme qui ne s’appelle pas, oublie qu’il est Auguste, il est envahi par une autre sensation d’être qui l’éblouit, une joie indéfinissable.
Exit Auguste. La gloire, les rires, c’était trop et pas assez ! Comme si Auguste lui avait volé son identité d’homme simple, amoureux des choses simples, en quête d’émotions plus timides, plus rares. L’homme n’a pas besoin de s’appeler mais quelque chose l’appelle qui doit redonner un sens à sa vie.
Le doute qui submerge l’artiste engagé dans la création, Henry MILLER l’a sûrement éprouvé, lui qui a connu la misère et est devenu célèbre à la suite de la publication de son roman « Le Tropique du cancer ».
Dans ce texte d’une certaine façon l’auteur ordonne au clown de sortir du tableau dans lequel il s’est figé pour ne renvoyer au public que ce qu’il attend de lui, des pitreries qui déclenchent le rire.
Mais être clown, cela fait partie de sa vie. Qu’il le veuille ou non, il est clown et en est conscient. Il lui suffirait alors de retrouver l’anonymat pour exercer son métier librement, sans la charge de la célébrité.
Il reprend du service en se faisant passer pour un autre clown malade, il est une nouvelle fois applaudi. Mais refusant de vivre ce qu’il a déjà vécu, il quitte définitivement le cirque pour embrasser un autre rêve, celui du bonheur, celui de l’extase impérissable.
Le titre de la nouvelle suffit à rendre compte de sa dimension poétique et fantastique.
Sur scène, nous avons le privilège de voir un clown qui rêve, qui grimpe sur l’échelle d’un rêve pour attraper la lune et tombe plusieurs fois. Denis Lavant le représente, il réussit à le faire vivre enfin ce clown heureux et humain, débarrassé de ses grimaces, tel un poète lunaire, un Pierrot « au pied de l’échelle tendue vers la lune ».
Nous ne ferons pas tomber ce clown sous un tonnerre d’applaudissements. Nous lui réservons notre sourire, notre infinie reconnaissance pour ce moment de grâce !
Paris, le 17 Janvier 2019
Mise à jour le 24 Mars 2019
Evelyne Trân
LES CHAISES D’Eugène IONESCO – Mise en scène Bernard Levy – Théâtre de l’Aquarium La Cartoucherie – Route du Champ de Manœuvre 75012 Paris du 19 mars au 14 avril 2019 –


texte d’Eugène Ionesco (Ed. Gallimard – collection Folio théâtre), mise en scène Bernard Levy
collaboration artistique Jean-Luc Vincent, scénographie Alain Lagarde, lumière Christian Pinaud, son Xavier Jacquot, costumes Claudia Jenatsch, maquillage/coiffure Agnès Gourin Fayn, construction du décor Atelier MC2 : Grenoble
avec Thierry Bosc, Emmanuelle Grangé, Michel Fouquet
L’irruption de l’intrusif, ce quelque chose qui vous frappe parce qu’il ne repose sur rien sinon un vague sentiment, qui ne l’a pas éprouvé par exemple lorsque égaré dans un couloir, il ouvre au hasard une porte et se retrouve devant une salle vide avec cette sensation que ce vide le soulage de l’angoisse d’avoir à affronter quelques visages curieux. Dans la posture de l’intrus avoir affaire au vide, à l’absence, n’est ce point bouleversant ?
Non l’irruption de l’intrusif, ce n’est pas encore cela, ce serait plutôt le détail qui choque qui touche les rêveurs dont fait partir Eugène IONESCO, qui raconte comment à force d’avoir sous les yeux une immense bâche recouvrant sa multitude de livres, il crut avoir affaire à un cadavre qui ne cessait d’enfler. De cette impression naquit sa pièce Amédée ou comment s’en débarrasser, postérieure aux Chaises, où l’on voit un couple résister tant bien que mal à l’envahissement progressif de leur logement étroit par un cadavre en pleine croissance. Dans la réalisation télévisée de la pièce en 1968, interprétée par Alice Sapritch et Jean-Marie Serreau, un plan permet de saisir les chaussures énormes du mort faisant éclater l’armoire.
L’impression de fantastique et de terrifiant se double d’une certaine drôlerie parce que l’objet de la terreur n’est en réalité qu’un objet banal en soi, insignifiant.
La mise en scène de Bernard LEVY nous procure une émotion semblable, celle d’éprouver que l’irruption d’un rêve, d’un souvenir, d’un fantasme ne dépend que de nous-mêmes, d’un claquement de doigts pour renverser la réalité. Allons-nous faire abstraction de la distance, une baie vitrée qui nous sépare de ce couple dont la vieillesse nous saute aux yeux ? Progressivement en observant leur affairement, nous découvrons que ce que vient de dire la vieille « Alors, c’est vraiment pour ce soir ? Au moins, les as-tu tous convoqués, tous les personnages, tous les propriétaires et tous les savants ? » se réalise.
Elles sont là pour de vrai ces chaises qu’ils transportent pour accueillir leurs invités, elles finissent par former une forêt invraisemblable. Ce sont elles les principaux personnages, ce sont elles qui mobilisent cette course contre le temps que jouent follement ensemble ces deux vieillards.
Ces chaises ont une âme comme le rappelle le vieux parce qu’elles ont été construites par des artisans, qu’elles ont une histoire, et surtout qu’elles focalisent une intention de bienveillance, elles sont là pour répondre au désir de n’importe qui de s’y asseoir et pourquoi pas des fantômes.
Cette bienveillance des chaises est compromise par leur grand nombre, il ne peut y avoir de place pour tous les invités des deux vieux qui se retrouvent séparés un moment. Le trop plein de leurs rêves, leurs désirs, leurs souvenirs, leurs oublis, tout cela pèle mêle, le couple l’invoque ou le convoque une dernière fois. Leur vie a été bien remplie remarque après tout la vieille, y mettre fin cela fait partie du jeu.
Faites venir les chaises et aussitôt arriveront avec elles, toutes les personnes que privilégie notre mémoire. Car une chaise n’est jamais vide, seulement parfois nue, ou simplement en attente d’un visiteur, rayon de soleil, chat, de passage.
Les deux vieux n’ont pas perdu leur capacité d’émerveillement, leur imagination est aussi galopante que celle de jeunes enfants, c’est ce qui ressort de l’interprétation lumineuse de Thierry BOSC et Emmanuelle GRANGE qui transforment leur appartement en cour de récréation. Nous confondons volontiers les comédiens avec leurs personnages. De cette vieillesse qui nous rit au nez comme une passerelle, une dernière route vers la mort, nous apprécions qu’elle s’exprime inondée d’un sourire malicieux, avec ce puit de tendresse manifeste et ce rayonnement indicible, ce regard tendu vers la lumière, étonné toujours étonné !
Impossible de s’enliser dans tous les commentaires dont a fait l’objet Les Chaises de IONESCO. L’essentiel pour nous, c’est l’émotion primaire, irréversible, subjective évidemment qui nous gâte comme des vieux enfants. Ne manquez pas cette nouvelle mise en scène qui rajeunira votre regard !
Paris, le 23 Mars 2019
Evelyne Trân
VOYAGE EN ITALIE – Adaptation de Michel Didym, d’après le Journal de voyage de Michel Eyquem De Montaigne , Les Essais de Michel Eyquem De Montaigne – Mise en scène Michel Didym du mardi 12/03/19 au vendredi 22/03/19 à La Manufacture CDN Nancy-Lorraine Centre dramatique national Nancy-Lorraine –


Photo Eric DIDYM
Distribution
Avec
Luc-Antoine Diquéro (Montaigne)
Bruno Ricci (Secrétaire de Montaigne)
Loïc Godec (Le palefrenier)
le cheval Réal
et les deux poules Aliénor et Barcelonnette
Adaptation : Michel Didym
Scénographie : Jacques Gabel
Lumière : Joël Hourbeigt
Musique : Marie-Jeanne Séréro
Dramaturgie : François Rodinson
Costumes : Christine Brottes
Assistant à la mise en scène Yves Storper
Production
Centre Dramatique National Nancy Lorraine, La Manufacture
Coproduction
Théâtre de l’Union – CDN du Limousin I La Comète – Scène Nationale de Châlons-enChampagne I Le Volcan – Scène Nationale du Havre I MC2: – Scène Nationale de Grenoble
Tournée :
Du 26/03/2019 au 30/03/2019 à Bordeaux (33) | TNBA
Du 02/04/2019 au 03/04/2019 à Châlons-en-Champagne (51) | La Comète
Du 14/05/2019 au 15/05/2019 à Angoulême (16) | Théâtre d’Angoulême
Le 06/06/2019 à Palaiseau (91) | Théâtre de la Passerelle
Un journal de voyage qui ne soit pas carte postale ni trop bavard, comme une bouteille à la mer pour attiser la curiosité de ses découvreurs, bien plus inspiré qu’un guide touristique, c’est ainsi que nous imaginons celui de Montaigne.
Ecriture et voyage vont de pair chez Montaigne et chez beaucoup d’écrivains d’ailleurs. Comment donc mieux brider sa pensée qu’en la prenant pour guide d’une véritable aventure.
« La chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres » Montaigne s’imaginait-il pur-sang à sa façon en train de galoper pour fuir les soucis domestiques, ses charges de notable, en s’offrant cette parenthèse, un voyage, où il n’aurait de compte à rendre à personne sauf à lui-même.
En 1580, Montaigne entreprend un circuit de 17 mois et 8 jours en traversant l’Europe pour se rendre en Italie. Son journal n’était pas destiné à la publication. Mais tel quel, il est apparu comme un phare spirituel à ses éditeurs et au metteur en scène Michel DIDYM, qui en offre une lecture théâtrale concentrée.
Sans doute Michel DIDYM a-t-il jugé que le Boute-dehors (c’est ainsi que Montaigne appelait le langage) du journal, si riche, si vif, pouvait tenir la distance entre les passeurs, les comédiens et les témoins, les spectateurs.
Il appartiendra à chacun d’en jauger. Un souffle de naïveté, telle une boule à neige, fera-t-elle sourire nos écoliers, en train de bûcher sur les écrits de Montaigne ? Dans ce spectacle, ce qui tombe du ciel, c’est un magnifique cheval blanc, et une poule dont la présence indéniable a certainement pour mission de distraire les spectateurs. Tombe également du ciel, un slam rock interprété par Maxime Keller tel un éclair foudroyant.
Voilà que s’imprime sur notre rétine, l’idée que Montaigne n’avait besoin pour voyager que d’un cheval, quelques poules et des feuilles de papier, soit le passeport le plus prosaïque, le plus sobre, le plus propre en quelque sorte si nous nous en référons à nos propres moyens.
Les échanges entre Montaigne et son secrétaire destinés à livrer une belle anthologie d’anecdotes souvent étonnantes, et truffées de renseignements sur les mœurs de Montaigne, plutôt bon vivant et hélas accablé par la maladie de la gravelle, ne constituent pas un dialogue théâtral. Les comédiens, Luc-Antoine Diquéro (Montaigne) , Bruno Ricci (Secrétaire de Montaigne)
Loïc Godec (Le palefrenier) prennent en charge la lecture à la manière de conteurs ou de récitants.
D’où l’impression statique de ce spectacle qui s’avère par ailleurs très instructif sur le climat de cette époque traversée par les guerres de religion. Il est bienvenu d’entendre le point de vue de Montaigne « Nous sommes chrétiens au même titre que nous sommes Périgourdins ou Bavarois » et de rire à cette boutade rapportée par un certain chancelier Olivier « Les Français ressemblent à des guenons qui grimpent au sommet d’un arbre, de branche en branche, et ne cessent de monter jusqu’au moment où elles sont arrivées à la plus haute branche et quand elles y sont, elles montrent leur cul ».
« Voyager me semble un exercice profitable… l’âme y est continuellement portée à remarquer les choses inconnues et nouvelles. Le corps n’y est ni oisif ni fatigué, et ce mouvement modéré le met en haleine… Nulle saison ne m’est ennemie. J’aime les pluies et les crottes. »
Ce témoignage est sans doute une des clés de la mise en scène de Michel DIDYM pour son aspect dépouillé. Il nous reste à rêver d’un Montaigne à la rencontre de Cervantes, échangeant son secrétaire avec Sancho Pança et tel un hardi Don Quichotte troquant son beau cheval pour Rossinante.
Paris, le 20 Mars 2019
Evelyne Trân
« Anaïs NIN – Une de ses vies » écrit et mis en scène par Wendy BECKETT – ATHENEE THEATRE LOUIS JOUVET – Square de l’Opéra Louis-Jouvet 7 rue Boudreau – 75009 Paris du 13 au 30 Mars à 20 H ( Sauf le 19 Mars à 19 H et les Lundis) –
écrit et mis en scène par Wendy Beckett
assistée de Diana Iliescu Vibert
traduction Park Krausen & Christof Veillon
avec Célia Catalifo, Laurent d’Olce, Mathilde Libbrecht , Laurent Maurel
scénographie et conception graphique Halcyon Pratt
création costumes Sylvie Skinazi
création lumières François Leneveu
création sonore Thomas Ray
création projections et création sonore adjoint Sébastien Angel
sculptures papier Li Hongbo
production Claire Merviel Production en accord avec Pascal Productions
Il y a de la Joconde chez Anaïs NIN, un voile de poésie et de mystère qu’elle semble tendre à tous ceux qui s’étonnent de l’audace de cette écrivaine qui n’a pas hésité à consigner ses aventures amoureuses dans ses Journaux.
Anaïs NIN a cultivé l’Amour durant toute sa vie C’était son univers et elle ne posait le pied sur ses constellations, notamment cette étoile étrange que représentait pour elle Henry MILLER que pour devenir la proie et l’accoucheuse de sensations durables qui puissent l’accrocher à la vie.
La pièce de Wendy BECKETT intitulée “Anaïs NIN et une de ses vies » n’a pas d’autre prétention que de nous transporter dans l’atmosphère des années 30, la fin des années folles, à Paris et à travers quelques scènes évoquer ses passions pour Henry MILLER et sa femme June, ses relations avec le psychanalyste Otto RANK et sa liaison ambiguë probablement incestueuse avec son père.
De toute évidence, Anaïs NIN ne recherchait pas la facilité. C’était une funambule qui tissait le propre fil lui permettant de vivre plusieurs amours à la fois, sans en briser aucun.
La jeune femme que nous montre Wendy BECKETT ne s’est pas encore affirmée, elle pressent les nœuds qui pourraient la faire faillir et l’emprisonner. Quelque chose est en train de l’éblouir, la liberté du désir, à travers Henry MILLER et sa femme June. Cette liberté peut aller jusqu’à l’inceste et être rejetée par la morale. Cette liberté c’est celle aussi de la création.
Célia CATALIFO interprète une jeune femme troublée qui n’a pas encore l’assurance de l’écrivaine qui n’en est encore qu’à ses prémices.
Face à elle, les personnages d’Henry MILLER, joué par l’excellent Laurent MAUREL, June, le psychanalyste Otto RANK et son père font figure de personnages offensifs et provoquants.
Il est sans doute illusoire de se représenter les amants d’Anaïs NIN aussi exubérants. Cela dit Anaïs NIN avait la notion du vaudeville et certainement de l’humour. Peut-être ne cessait-elle pas de jouer à cache cache, toujours désireuse de déloger de leurs cachettes ses amours, les yeux bandés.
Le joli décor des années 30 facétieux qui se laisse recouvrir de l’écriture prolixe d’Anaïs NIN, les beaux costumes, offrent une vision quelque peu écervelée de cette page de vie d’Anaïs NIN.
Fort heureusement, la transparence de cette page laisse entrevoir des zones plus sombres ou plus denses, notamment la scène où Anaïs NIN se débat avec son psychanalyste.
Tel quel, le spectacle est une approche divertissante et instructive d’une des pages de vie d’Anaïs NIN, à peine sortie de son cocon, prêtant son sein aux désirs de l’étourdissant Henry MILLER.
Paris, le 18 Mars 2019
Evelyne Trân