DARLING d’après Darling de Jean Teulé – mise en scène Laurent Le Bras au STUDIO HEBERTOT – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS – DU 7 MARS AU 7 AVRIL 2019 – Mercredi 21 H, Jeudi, vendredi, samedi 19 H, Dimanche 17 H. Relâches les 16 et 29 Mars, les 5 et 6 Avril 2019.

Duo pour une comédienne et un guitariste électrique
Adaptation :
Claudine Van beneden, Chantal Péninon
et Laurent Le Bras
Mise en scène : Laurent Le Bras
Chansons :
Grégoire Béranger
Distribution :
Claudine Van Beneden et Simon Chomel
Scénographie :
Sophie Toussaint et Laurent Le Bras
Création lumières : Matthieu Bassahon
Lumières : Olivier Richard
Son : Magali Burdin
Création vidéo :
Stephen Vernay
Régie et conseils vidéo : Clément Marie Mathieu

 

Quel récit éclaboussant que celui de la vie de Darling, oui qui trouble profondément notre notion de la fatalité !

 Comprendre ce qui nous arrive, nous est arrivé et pourquoi un jour il y a cette pénible impression d’avoir abouti à une impasse.

Les événements collent rarement avec nos désirs et nos rêves, ils les contrarient plutôt. Il y a toujours quelqu’un pour vous dire que vous avez fait le mauvais choix alors que vous avez la terrible impression de n’avoir pas eu le choix.

 Darling est née paysanne dans un environnement familial assez rude. Le voisinage des bêtes, leur présence introduit dès le plus jeune âge une vision du monde cruelle et brutale, sans aménité. Darling qui n’a pas pourtant l’air d’être une poule mouillée a peur des vaches. Si elle ne dramatise pas la façon dont elle a vécu une scène d’horreur, celle où son frère a un jour arraché les oreilles d’un porc avant de le tuer, cette scène s’est imprimée dans sa mémoire.

 De là à penser que la cruauté fait partie du génome humain, que c’est peut-être normal puisque c’est ainsi, Darling ne s’est pas posé la question jusqu’au jour où elle a découvert que cette cruauté ordinaire, des gens pouvaient l’avoir intériorisée au point de l’exercer dans leurs rapports humains.

 C’est toute une histoire du corps, le sien que nous raconte Darling, un corps assimilé à celui d’un animal destiné à pondre, à être domestiqué, à subir les violences et les appétits sexuels d’un mari alcoolique capable de laisser violer sa femme par ses amis pour un tour de poker.

 Darling a subi tous les outrages, les humiliations d’une esclave. Son corps s’est révolté, il a pris conscience qu’il devait prendre la fuite. Darling a alors quitté son mari, ses enfants dont elle a été privée pendant 6 ans, après un divorce prononcé à ses torts.

 Darling ne s’apitoie pas sur elle-même. Son instinct de vie l’a en quelque sorte sauvée. Il faut imaginer le courage de cette femme complètement seule pour ne pas sombrer dans le désespoir ou la folie.

 C’est parce qu’elle avait le sentiment de ce que représentait cet exploit d’avoir réussi à se libérer de cette fatalité, la cruauté d’un homme qu’elle a demandé à Jean TEULE, un cousin éloigné de lui écrire son histoire.

 Au moins que son histoire serve à quelque chose, qu’en l’apprenant d’autres femmes battues la rejoignent dans le même combat, libèrent leur parole pour dénoncer l’inacceptable. Il y a de la véhémence chez cette femme, une générosité, une force de vie impressionnante.

 Cette vie que l’on enferme dans un sac poubelle pour ne plus y penser, Darling lui donne un coup de pied de bonheur. C’est ce qu’expriment les deux interprètes, Simon CHOMEL à la guitare électrique qui rythme les turbulences de sa vie et Claudine VAN BENEDEN qui parle avec tout con corps, nous rappelant qu’en fin de compte, les mots lorsqu’ils jaillissent, lorsqu’ils sont expulsés du silence, ils ont les ressorts de nos tripes. Alors évidemment, cela ne sent pas le laurier mais Darling a de la gouaille comme une vendeuse au marché qui hèle les clients au milieu des cageots écrasés et des épluchures mais aussi de merveilleuses pommes.

 Nous adorons comment elle se défend de n’être qu’une femme passe partout dont la dégaine reflète impitoyablement une vie cabossée. Elle est tout un paysage à elle seule, sincère si éloigné de nos critères aseptisés de la beauté. Mais le soleil se déplace aussi sur son visage, oui il l’entend, il lui dit comme s’il venait à sa rencontre dans un bus bondé « Madame ne restez pas assise sur votre malheur, levez-vous, d’autres stations vous attendent ».

 Et nous spectateurs interloqués, nous continuons à poursuivre du regard cette personne qui vient de descendre avec sa valise usée jusqu’à la corde, les chansons qu’elle a entonnées au milieu de ses confidences tintent dans nos oreilles.

 Darling n’a pas le physique d’une belle Antigone et pourtant ! Nous savons juste que comme elle, elle a décidé de vider son sac dont Jean TEULE a tiré le meilleur, avec son flair manifeste et son humour tendre, et qu’à livre ouvert l’adaptation théâtrale et musicale de ce spectacle mis en scène par Laurent LE BRAS est formidable.

 Elle témoigne de la force du récit de Darling que les interprètes Claudine VAN BENEDEN et Simon CHOMEL ont à cœur de signifier, avec leur propre énergie minérale, un mental à toute épreuve, une pèche revigorante.

 Paris, le 17 Mars 2019

 Evelyne Trân

JEANNE PLANTE EST CHAFOUIN A L​’EUROPEEN – 5 rue Biot 75017 Paris – CONCERT LE 20 MARS à 20 HEURES – Durée du spectacle 1h15 – Première partie : Monsieur K (20 min) –

 

  • Mise en scène PATRICE THIBAUD

    Chant et comédie JEANNE PLANTE

    Guitalélé et Violoncelle PHILIPPE DESBOIS

    Casseroles JACQUES TELLITOCCI

    Claviers JEREMIE PONTIER

    Son BENOIT DESTRIAU

    Lumières ALAIN PARADIS

 

Elle a l’art de sublimer le cocasse et on l’imagine volontiers courir à travers les nuages avec un tambour en flammes. C’est en soi une déesse, une figure mythologique, chamboulée de se retrouver sur terre et de devoir se coltiner un quotidien parfois morose qu’elle a pour mission d’étourdir.

 Sa baguette magique, c’est l’humour, sa langue qu’elle n’a jamais dans sa poche et c’est plus fort qu’elle, elle dira toujours ce qu’elle pense et tant mieux car elle sait mieux que personne déclarer son amour à un Italien qu’elle décrit avachi et prétentieux.

 Elle déconcerte, Jeanne PLANTE, elle se déconcerte et ça tombe bien puisque son concert comique et sentimental s’avère une vraie bouée de sauvetage destinée aux âmes complexées de tous bords.

 Une recycleuse hors pair qui ressuscite nos bobos, les roule dans la farine et mine de rien puisqu’elle adore se travestir en bimbo, à talons aiguille, style Marylin Monroe, elle s’autorise tous les fantasmes, nous rêvons d’elle en femme à tiroirs dans un manège de foire, car elle déborde, elle n’est pas une apparition, mais plusieurs, telle Kali cette déesse indienne à huit bras, ranimant pour nous de vibrantes étoiles, Arletty en passant par Bardot avec un sourire chafouin désarmant.

 Il y a du Pierrot lunaire chez Jeanne PLANTE mais c’est pour les intimes car elle a un alibi de tonnerre celui de la bête de scène dévergondée qui fait tourner la tête de ses musiciens, des joyeux drilles visiblement heureux d’être les chevaliers servants d’un personnage imprévisible qui chante tout haut ce qu’il pense, rêve et cela le plus sensuellement du monde.

 Parmi toutes ses chansons, nous recommandons bien sûr « Je jouis » (Paroles de Jeanne PLANTE et Fred RASPAIL, musique de Fred RASPAIL) et cette irrésistible « La bouillabaise » (Paroles de Vincent ROCA et musique de Gérard BOURGEOIS)  absolument délicieuse.

 L’univers de Jeanne PLANTE est unique ou bien il est à la mode de son talent, celui d’une Diane chasseresse qui s’amuse à lancer ses fléchettes dans les nuages pour faire venir le soleil.

 Surtout ne manquez pas son prochain spectacle à l’EUROPEEN, le 20 Mars 2019, un véritable arc en ciel musical !

 Paris, le 13 Mars 2019

 Evelyne Trân

La Dégustation écrite et mise en scène par Ivan Calbérac au Théâtre de la Renaissance 20 boulevard Saint-Martin 75010 Paris, Métro : Strasbourg Saint Denis ou République

 

Avec : Isabelle Carré, Bernard Campan, Mounir Amamra, Eric Viellard et Olivier Claverie. 

Scénographie : Édouard Laug

Lumières : Laurent Béal

Costumes : Cécile Magnan

Assistante mise en scène : Kelly Gowry

Une coproduction : Théâtre des Béliers Parisiens, Théâtre de la Renaissance et Acmé Production.

Voici une pièce joliment brodée et réversible à agiter comme un mouchoir de poche parfumé.

L’arôme léger, sucré avec une pointe d’épices du breuvage est de nature à euphoriser les convives, voire les spectateurs invités à se laisser bercer par un conte quasi merveilleux pour adultes.

Le synopsis n’est guère compliqué et se plie volontiers à l’air du temps. Il pourrait servir d’annonce à une agence matrimoniale ou à un site de rencontres. Comment rencontrer l’âme sœur lorsque vous traînez le lourd bagage d’une déception amoureuse, d’un divorce ou d’un drame familial ?

Quel meilleur lieu de rencontre pour des cœurs meurtris qu’une cave à vins ?  

Quand les héros de la romance possèdent le charme d’Isabelle CARRE et l’aspect bourru tendre de Bernard CAMPAN, d’un coup de dés, le mystère se dépose sur votre coupe.

Il est curieux de remarquer que le valet de Marivaux prend désormais l’allure d’un jeune beur délinquant, que le maître des lieux tient boutique d’une cave à vins prestigieux et que la future maîtresse ne s’enorgueillit plus de ses lettres de noblesse.

Tout le monde doit travailler désormais dans ce bas monde, tout le monde veut réussir, tout le monde veut croire à l’amour et suprême gâterie de notre époque, il est même possible d’engendrer sans partenaire.

Si le synopsis ne brille pas par son originalité, il faut reconnaître que la plume d’Ivan Calbérac est vive et habile et surtout qu’Isabelle Carré et Bernard Campan sont les comédiens idéaux de  cette heureuse mélodie. Ils sont par ailleurs fort bien accompagnés par les autres interprètes, notamment Mounir Amamra qui joue avec fougue le jeune beur.

L’innocence du plaisir, celle de la dégustation d’un élixir du bonheur au Théâtre de la Renaissance, soyons honnêtes, c’est un joli coup de fouet pour le moral !

 Paris le 12 Mars 2019

Evelyne Trân

YSTERIA – Texte et mise en scène Gérard Watkins – Du jeudi 7 au samedi 16 mars Mardi à Vendredi 20h / Samedi à 19h au Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine – Du 21 mars au 14 avril 2019 Théâtre de la Tempête Cartoucherie Rte du Champ-de-Manœuvre 75012 Paris- Représentations du 21 mars au 14 avril 2019 salle Copi du mardi au samedi 20 h 30 – dimanche 16 h 30 – durée 2h00 – Rencontre avec l’équipe dimanche 24 mars après la représentation –

 

Avec
Julie Denisse
Eleonore
David Gouhier
Jean-Marc
Malo Martin
Arthur
Clémentine Menard
Charlotte
Yitu Tchang
Anaïs

Lumières
Anne Vaglio
Création sonore
François Vatin
Aide à la création costumes
et décor
Kam Derbali,
Estelle Couturier
et Patricia Cazergues

Dans son nouveau spectacle Gerard WATKINS aborde un sujet particulièrement complexe, celui de l’hystérie.  Pour la plupart, nous croyons ne pas être concernés par l’hystérie considérée dans l’antiquité selon Hippocrate comme une maladie ne touchant que les femmes, manifestant des troubles émotionnels spectaculaires ayant pour origine leur utérus.  Au Moyen âge, ces femmes étaient considérées comme diaboliques et brûlées vives.

 La médecine depuis a évolué notamment à partir des travaux de Charcot, Breuer et de Freud au début du 20ème siècle. Le terme hystérie n’est plus utilisé par les psychiatres qui préfèrent parler de conversion hystérique, synonyme de transformation de malaise psychique en malaise physique, pouvant être diagnostiquée chez des malades aussi bien de genre masculin que féminin.

 Le spectacle est l’aboutissement de trois ans de recherches. De toute évidence, l’histoire de l’hystérie passionne Gérard WATKINS parce qu’elle témoigne du fossé entre la société dominante et ceux qui s’en trouvent exclus en manifestant leurs difficultés d’adaptation par un comportement « hors norme », ingérable, bizarre.

 Ceux qui sont atteints de conversion hystérique sont effectivement malades, ils souffrent. Mais d‘où vient leur mal. Il ne tombe pas du ciel.  Il peut avoir diverses origines, des traumatismes affectifs, sexuels, des conflits psychiques, des mécanismes de défense destinés à refouler des angoisses, celles notamment liées à la pression exercée par le milieu familial, le monde du travail.

 Les psychiatres savent qu’ils ont beaucoup apprendre de leurs patients. Il importe bien davantage de les écouter que de les faire taire avec une camisole médicamenteuse.

 Les paroles des malades sont souvent révélatrices de malaises qui nous concernent tous mais que nous avons banalisés, occultés parce que soit, nous avons réussi à vivre avec, soit parce qu’ils font partie de ces non- dits criants, inacceptables en société où le mot d’ordre est « Jouez le jeu ou sortez ».

 Le spectacle plonge les spectateurs d’emblée dans l’ambiance d’un centre médical ou hôpital de jour, leur permettant d’assister à des entretiens des psychiatres avec leurs patients.

 Les séances auxquelles nous assistons sont ’passionnantes. C’est une sorte  de bobinette cherra de la parole qui se dévide mettant à nu les foyers de résistances obscurs de notre inconscient, la face cachée de la lune. Aussi bien les médecins que les patients tâtonnent.

 « Que nous disent ces malades Anaïs et Arthur que nous voudrions aider à s’adapter à la société ? »  se demande sans cesse l‘équipe médicale. Ne sont-ils pas en train de remettre en question nos propres valeurs ? Après tout, les corps de ces malades n’ont-ils pas eu raison de se révolter face à des situations intenables ?

 Chaque individu a son histoire, ses propres traumatismes qui pèsent pour certains très lourd. Mais il faut se présenter vierge dans le monde de l’entreprise, laisser dans le placard ses béquilles et ses angoisses.

 Ainsi Arthur se trouve en conflit entre son moi et son surmoi, il rêve d’être chez d’entreprise mais il a été viré de son emploi dans une pizzeria. Quant à Anaïs, en raison de sa maladie, elle a dû abandonner ses études d’architecture, son esprit est accaparé par un projet de mariage qui nous l’apprendrons à la fin, sera annulé.

 Les séances sont entrecoupées de sketches visant à remonter dans le temps où l’hystérie était jugée démoniaque. Ces scènes sont volontiers saisissantes et plutôt comiques. Elles épaississent la démonstration comme un pavé dans la mare, celui classique de l’hystérie.

 Or ce que nous disent Anaïs et Arthur n’a rien de spectaculaire.  Leurs crises cataloguées d’hystériques ne sont que l’arbre qui cache la forêt de malaises psychiques qui infusent tout leur être.

 Est-ce à dire que les personnes que nous qualifions d’hystériques en raison de leur comportement exubérant et extravagant seraient en réalité très introverties, voire timides.

 De toute évidence l’auteur et metteur en scène Gérard WATKINS est très impressionné par ce vocable d’hystérie qui s’est délité au fil du temps n’étant plus guère employé par les psychiatres depuis les années 80.

 Son approche théâtrale apporte cependant une bouffée d’oxygène à la représentation d’un cabinet médical où médecins et malades se rejoignent pour sonder le mystère de leurs propres conversions.

 Le spectacle superbement interprété – notamment par Julie DENISSE, la directrice du centre, Yitu TCHANG, Anaïs et Malo MARTIN, Arthur – est captivant. Il gagnerait toutefois à être élagué d’une ou deux scènes d’hystérie édifiantes. Au grain de l’hystérie moyenâgeuse, nous préférons celui que moud cette vaillante équipe médicale qui déclare « Cette maladie on ne va pas la regarder, on va l’écouter ».

 Paris, le 10 Mars 2019

 Evelyne Trân

BARBER SHOP QUARTET – AU THEATRE ESSAION – 6, rue Pierre au lard (à l’angle du 24 rue du Renard) 75004 Paris – du 8 janvier au 28 mai 2019 Les mardis à 19h45 –

  • Auteur : Bruno BUIJTENHUIJS
  • Direction vocale :Marie-cécile ROBIN-HERAUD
  • Mise en scène : Barber Shop Quartet
  • Avec : Bruno BUIJTENHUIJS, Marie-Cécile ROBIN-HERAUD
  • France TURJMAN, Xavier VILSEK
  • Site de la compagnie : http://www.barber-shop-quartet.net

BARBER SHOP Quartet. De la dentelle a cappella

Chaque mardi jusqu’au 28 mai, le Théâtre ESSAION accueille CHAPITRE IV, le nouveau spectacle d’humour musical d’un quatuor vocal à nul autre pareil. Le dossier de presse nous apprend les origines d’un concept singulier qui a inspiré son nom au BARBER SHOP Quartet : « Au début du XXème siècle, les clients des échoppes de barbiers avaient pour habitude de pousser la chansonnette en attendant leur tour. De là naquit le Barbershop Music, un style reposant sur un chant en harmonie à quatre voix et a cappella ». C’est ainsi que notre quartet girondin a repris et adapté ce style à la manière hexagonale.

 Concepteur du spectacle, Bruno Buijtenhuijs, issu du classique et du jazz, est l’auteur d’une bonne moitié des textes. Sa plume, originale entre toutes, affirme un sens de l’humour débridé mêlant l’absurde à l’irrévérencieux (formidables « Ce tout petit train » et, sur la musique de Michaël Geyre, « Le tire-bouchon » entre autres perles qui mériteraient toutes d’être citées…).  Au cours des sept (!) rappels nous avons apprécié la saveur de deux chansons, que l’on doit, respectivement, à Jean Mouchès et Alain Sourigues, deux tempéraments méritant la plus grande estime. Tout comme le compositeur Hervé Saint-Guirons, révélé ici pour cinq titres. (Trois d’entre eux sont repris opportunément sur l’indispensable CD éponyme disponible sur place. A noter, uniquement sur ce bel objet, une chanson du regretté Ricet Barrier.

 Parmi les reprises, l’inoxydable  » Le parti d’en rire » signé Francis Blanche sur le « Boléro » de Ravel; la curieuse « Tyrolienne haineuse » de Pierre Dac et un moment d’anthologie avec « Comme d’habitude » revisité… façon atypique. Et puis, tendez l’oreille, vous reconnaîtrez la musique du Brésilien Chico Buarque sur une création : « La vache et le poète ».Elle vous rappellera par moments Pierre Vassiliu chantant « Qui c’est celui-là » : première adaptation française de cette chanson, sans rapport aucun avec les paroles originales…il est vrai. Là non plus, mais quel régal…

 Parmi les détournements majeurs, notre auteur, Bruno Buijtenhuijs, a posé trois textes sur les musiques d’époques diverses : Renaissance (Clément Janequin), baroque (J.-S. Bach) et classique (Gounod) pour une seule et même chanson. Ainsi que sur Mozart pour une  » Reine de la Nuit » mémorable…Une suggestion toute personnelle? Un CHAPITRE V qui serait axé – intégralement – sur cette thématique. Pas avant cinq ans, sans doute…mais rêvons un peu.

 Ce show vocal au rythme échevelé, empli de surprises, finement ouvragé entre reprises, parodies et réinterprétations, fait naître quelques moments inattendus d’émotion. Ainsi s’opère le partage du « plaisir de la polyphonie » à travers une précision millimétrée, une énergie douce, un naturel confondant au charme irrésistible. D’autant plus que l’esthétique d’ensemble privilégie le chant mezza voce. C’est pourquoi, sur le ton de la confidence, le message passe. Pleinement. Entre suavité et ironie décapante dans un esprit chansonnier en prise directe sur notre temps (« Dieu, es-tu là ? »).

 Fin diseur et ténor accompli, l’architecte de CHAPITRE IV,  fédère des personnalités tout aussi  attachantes. La soprano Marie-Cécile Robin-Héraud possède une technique superlative doublée d’une présence magnétique. Comédienne à la gestuelle épurée, au regard expressif comme aux silences…percutants. A ses côtés l’alto France Turjman séduit pareillement : charmeuse, espiègle, délicieuse en fausse ingénue. Tandis que Xavier Vilsek, comédien et vocaliste venu du monde de la chanson, se fait aussi bien bruiteur que mime ou conteur.

 Le succès de ce spectacle, en termes d’affluence et de réactivité des spectateurs, est amplement mérité. A vos agendas. Pour découvrir cet humour inclassable. Hautement recommandable. Le meilleur antistress du moment.

Paris, le 6 Mars 2019

Laurent Gharibian

 

Chaque mardi – 19h45 précises. Attention ! 11 représentations restantes.

Réservations :  www.essaion.com  / 01 42 78 46 42

MESURE POUR MESURE – Texte de Shakespeare – Mise en scène : Arnaud Anckaert – Libre adaptation d’Arnaud Anckaert – Au TANDEM – SCENE NATIONALE à ARRAS les 26-27-28 février 2019 –

Tournée

Le Manège, Maubeuge
8 mars 2019
La Comédie de Béthune,
CDN Hauts-de-France
26, 27, 28 & 29 Mars 2019
La Comédie de Picardie,
Amiens
2, 3 & 4 AVRIL 2019
Théâtre Romain Rolland,
Villejuif
6 avril 2019
Théâtre Benno Besson,
Yverdon-les-Bains
10 & 11 avril 2019
Le Bateau Feu, Dunkerque
25 & 26 avril 2019
La Barcarolle,
Arques
21 mai 2019
Chateau d’Hardelot
23 & 24 mai 2019

Distribution
Adaptation et mise en scène Arnaud Anckaert
Assistanat mise en scène Marie Filippi
Scénographie Arnaud Anckaert
Création lumières Daniel Lévy
Création musique Benjamin Collier
Création costumes Alexandra Charles
Régie générale Frédéric Notteau
Régie son Olivier Lautem
Construction décor Alexandre Herman
Photo Bruno Dewaele
Avec
Chloé André
Alexandre Carrière
Roland Depauw
Pierre-François Doireau
Amélia Ewu en alternance avec Gaëlle Voukissa
Fabrice Gaillard
Maxime Guyon
Yann Lesvenan
Valérie Marinese
David Scattolin
Production : Compagnie Théâtre du prisme, Arnaud
Anckaert et Capucine Lange
Coproduction : La Barcarolle, EPCC Audomarois – Le
Tandem, Scène Nationale Douai / Arras – Le Bateau Feu,
Scène Nationale Dunkerque – Manège Maubeuge, Scène
Nationale Transfrontalière – Le Théâtre Jacques Carat à
Cachan – Comédie de Picardie à Amiens

« Mesure pour mesure » est probablement l’une des pièces les plus austères de Shakespeare, la plus politique aussi. L’argument a valeur de démonstration des abus du pouvoir. Un Duc d’une cité imaginaire donne les clés de son royaume à un homme réputé pour sa rigueur, espérant qu’il réussira à remettre de l’ordre dans la cité en mettant fin à la permissivité des mœurs. Le Duc déguisé en moine décide d’observer, ni vu ni connu, les manœuvres de son protégé.

 Cet homme Angelo entend soumettre la loi à la morale. Il s’avère que cette morale est largement véhiculée avec les dogmes religieux de la chrétienté, notamment par celui de la chasteté avant le mariage. Il interdit la débauche et la prostitution.

 Peut-on interdire ce qui a toujours existé de mémoire d’homme ? C’est une question de bon sens et c’est Lucio, un libertin qui se moque le mieux d’Angelo : Quand il pisse son urine est de la glace congelée (On croirait entendre Rabelais).

 Qui veut faire l’ange fait la bête. Angelo qui, pour l’exemple, condamne à mort un jeune homme Claudio, coupable d’avoir engrossé une jeune femme avant le mariage, se prend de désir pour la sœur du condamné Isabella, une nonne vierge, venue réclamer la grâce de son frère. Angelo propose un marché infâme à Isabella, celui de se donner à lui pour sauver son frère.

 Abus de pouvoir, abus sexuels, le parallèle est foudroyant. En dépit de son habit de religieuse qui eût dû la préserver elle aussi du désir charnel, Isabella se voit ravalée par Angelo à sa seule nature de femme et à se défendre en tant que femme. Elle refusera le marché par conviction religieuse qui dresse ses interdits et ne lui permettent pas de s’ouvrir à ses propres sentiments. Or et c’est tout le paradoxe, il est évident qu’elle est à même d’utiliser les mêmes arguments de défense de son frère pour elle-même. Ce qui n’échappe pas au pervers Angelo.

 La nature a force de loi semble nous dire Shakespeare. Encore faut-il la maitriser, sans pour autant la contraindre de façon tyrannique, inhumaine. Le débat est lancé et a toujours cours aujourd’hui dans un monde toujours en prise aux pouvoirs d’intégristes religieux qui dénient aux femmes leur liberté.

 Voilà une pièce qui porte magnifiquement son titre « Mesure pour mesure ». Aucun des personnages n’est ni blanc ni noir. Tous sont faillibles. « Mon mensonge est plus lourd que ta vérité » crie Angelo à Isabella effondrée.

 La scénographie de la pièce est aussi carrée que celle d’une pièce à thèse, froide, sévère, anguleuse sans superflu de décor. Comme si le metteur en scène entendait souligner l’intemporalité de ce débat entre le bien et le mal que s’approprient les pouvoirs sous couvert de la morale ou de la religion.

 A l’intérieur de la cage rigide de la loi, des êtres se retrouvent livrés à eux-mêmes, le dos au mur. C’est pourquoi, le Duc a souhaité en sortir pour prendre du recul.

 « Cherchez l’humain » nous somme Shakespeare. Deux visions du monde semblent s’opposer, celui de la débauche assumée par Lucio, le bon vivant et celui du puritanisme d’Angelo et d’Isabella, mais elles occupent  le même courant, le même sang, la même nature, ce dont a pleinement conscience le Duc qui assiste aux débordements d’Angelo.

 Dans cette pièce, nous voyons une nappe humaine tentée de se soulever en dépit des pierres lourdes, celles de la morale, des dogmes religieux, des lois arbitraires qui la clouent au sol.

 Il n’y a pas d’autre lumière que celle de la conscience, toujours troublée qui se manifeste chez tous les personnages, et surtout ceux particulièrement complexes d’Angelo et Isabella.

 Ce sont des êtres malheureux qui occupent un terrain devenu sec et qui se réveillent en pleine nuit. Ils se heurtent à leurs propres murs et c’est saisissant.

 La scénographie dans l’épure appréhende aussi les protagonistes dans leur dimension onirique, cette prégnante obscurité qui les pousse à parler avec leurs tripes.

 La distribution est épatante. Mais il est vrai que nous d’yeux que pour Angelo et Isabella. Maxime GUYON est bouleversant en transi amoureux et ange déchu, et Chloé ANDRE est poignante dans le rôle de l’intransigeante et vulnérable Isabella, déchirée par ses multiples figures que lui renvoient cette société patriarcale, celle de sœur, de vierge religieuse, de  putain, de mère et peut être d’épouse idéale.

 Pierre- François DOIREAU quant à lui, il excelle en Lucio libertaire, indomptable qui joue le rôle de torche à réveiller les morts.

 En résumé, nous sommes frappés par le caractère visionnaire de cette pièce dont les motifs évidemment nous ramènent aux tensions de notre propre époque.

 La mise en scène d’Arnaud ANCKAERT relève brillamment avec mesure cette pièce à thèse convulsée d’ombres jusque dans ses profondeurs.

 Paris, le 6 Mars 2019

 Evelyne Trân

Chanson plus bifluorée… passe à table – Mise en scène Marinette Maignan – Au Théâtre LA BRUYERE – 5 rue La Bruyère 75009 Paris – Les dimanches à 14h30 – Dernières irrévocables : Dimanches 3 et 10 mars 2019 – 14H30 précises

Mise en scène

Marinette Maignan

Avec

Sylvain Richardot (piano, guitare, chant – baryton léger), Michel Puyau (guitare, chant – ténor), Xavier Cherrier (Chant – baryton)

GOURMANDISES VOCALES

 « CHANSONS PLUS BIFLUOREE…PASSE A TABLE », le nouveau spectacle du fameux trio vocal, termine bientôt son aventure parisienne au THEATRE LA BRUYERE avant de partir en tournée dans toute la France et bien au-delà. Fondé en 1985, le quartette devient trio en 2001. Longévité exceptionnelle pour ces comédiens-vocalistes hors pair à la gestuelle drôlatique et, par ailleurs, experts…en grimaces.

Idées farfelues, délire joyeux, la construction de ce parcours scénique doit beaucoup à Marinette Maignan qui ne mérite que des éloges : mise en espace fluide, rythmée, inventive. En un mot, épicée. Nos trois larrons Xavier Cherrier, baryton, les deux ténors Sylvain Richardot (au piano) et Michel Puyau impressionnent tout au long de leur roborative prestation.

 Nombreuses créations originales où le thème de la gastronomie est ici un prétexte inégalé à la convivialité, à l’échange avec un public ravi. Les titres donnés aux chansons sont déjà très parlants : » Repas Boogie Wouah-Vive le vin », « Les rostis », « Spaghettis bolo », « Le chocolat ». Mais le trio se fait allègrement philosophe avec « Je suis vegan », « La vaisselle », « Les micros-ondes », « Sopalin », »Label bio ». On appréciera l’ode à « L’ami Mélenchon », diversion haute en couleurs…

Focus sur d’étonnants détournements de tubes immortels : »Quand on n’a que l’humour », « Grosse chignole de mes amours » ou « L’OGM », respectivement Brel, Luis Mariano et Aznavour. Du lourd. Façon virtuose. 

 Dérision et insolence pimentent les textes que relève aussi un parfum de poésie libertaire. De même, le trio réinvente les brillances oubliées du music-hall. Il confère à ce maelström pantagruélique un aspect jouissif, totalement abouti.  Entre truculence et fine réflexion sur notre monde légèrement déjanté.

 Il faut se précipiter pour vivre ce moment de folie capable de réunir  toutes les générations. Alertez vite vos amis, ils vous le rendront au centuple. 

 Paris, le 2 Mars 2019

 Laurent Gharibian

ET MA CENDRE SERA PLUS CHAUDE QUE LEUR VIE D’APRÈS LES CARNETS DE NOTES DE MARINA TSVETAEVA AU THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 Rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS – 1H15 / DU 13 FÉVRIER AU 6 AVRIL 2019 DU MARDI AU SAMEDI À 21H –

D’APRÈS LES CARNETS DE NOTES DE MARINA TSVETAEVA
ADAPTÉ DU RECUEIL VIVRE DANS LE FEU PRÉSENTÉ PAR TZVETAN TODOROV
TRADUCTION NADINE DUBOURVIEUX © ÉDITIONS ROBERT LAFFONT
MISE EN SCÈNE MARIE MONTEGANI
AVEC
CLARA PONSOT
IMAGES EXTRAITES DE JAMAIS LA MER SE RETIRE DE ANGE LECCIA
LUMIÈRE-VIDÉO : NICOLAS SIMONIN
SON : M A R I A N N E P I E R R É
PRODUCTION : CIE LES BACCHANTES
CORÉALISATION : THÉÂTRE LUCERNAIRE, LIEU PARTENAIRE DE LA SAISON ÉGALITÉ 3 INITIÉE PAR HF ÎLE-DE-FRANCE

Marina TSVETAEVA (1892-1941) est aujourd’hui reconnue comme l’une des plus grandes poétesses russes.

 La force des carnets de notes de Marie TSVETAEVA est de s’enraciner dans la source la plus intime de la pensée, celle qui prend souche au ras du sol, juste la peau d’une page de papier. Combien d’anonymes se sont un jour épanchés sur un cahier pour témoigner de leur désespoir, leurs angoisses, leurs rêves confus. Marie TSVETAEVA le dit, elle écrit pour toutes ces femmes qui se sont tues. A travers sa voix, ce sont des milliers d’êtres anonymes contraints au silence, à l’exclusion que nous entendons.

 A-t-on le droit d’être poète dans une vie marquée par la misère, les bouleversements politiques, la révolution d’Octobre, les exils, la dictature stalinienne ? Marina TSEVETAEVA revendiquait ce droit, celui de ne pas savoir ce qu’était un kolkhoze « Si les masses sont en droit de s’affirmer, pourquoi les individus ne le seraient-ils pas . » 

 Lucide sur elle-même, Marie TSEVETAEVA disait « Un poète n’est dangereux que lorsqu’il n’écrit pas ». La poésie serait le bastion de défense d’une âme écorchée vive qui ne peut vivre qu’en rêve.

 Marie TSEVETAEVA marche sur des charbons ardents, non par masochisme, mais pour subvenir à sa nature ardente, exprimer sa révolte, son indignation, son effarement et un immense sentiment de solitude face aux épreuves, la mort de sa fille cadette Irina, morte de faim, l’exil, l’arrestation de sa fille Alia et de son mari Sergueï Efron, fusillé deux semaines avant son suicide le 31 Août 1941.

 Ces lettres à Boris Pasternak, Rilke et à d’autres amis amants, résonnent aussi comme des charbons ardents, elle écrit à l’un d’eux « Je suis déjà toute en vous au point de ne plus avoir ni yeux, ni lèvres ni mains rien que le souffle et le battement du cœur ».

 La voilà qui témoigne d’une certaine façon, le poing levé, qu’elle n’était pas faite pour ce monde, et curieusement sa voix rejoint celle de Léo FERRE lorsqu’il s’exclame « Poètes, vos papiers ! ».

La mise en scène de Marie MONTEGANI met en valeur la présence magnétique de Clara PONSOT. D’une voix ferme et passionnée, elle traverse nos chairs, elle a pour horizon le soleil, celui qui laisse bouillonner les larmes autour du rocher, elle incarne une poétesse à pieds nus, désespérément humaine !

 Paris, le 27 Février 2019

 Evelyne Trân

Edna délinquante de Martine Pouchain – Spectacle tout public (à partir de 11 ans), bilingue en Français et Langue des signes – Mise en scène : Annie Mako – A LA MANUFACTURE DES ABESSES 7 Rue Véron 75018 PARIS – Du 20 février au 23 mars 2019. Les mercredis, jeudis, vendredis et samedis à 19h.

  • Auteure: Martine Pouchain

  • Mise en scène: Annie Mako

  • Avec: Cécile Morelle, Julia Pelhate

  •  La pièce Edna délinquante, adaptée du roman pour la jeunesse de Martine POUCHAIN « Délinquante » donne la parole à une jeune fille Edna qui se remémore l’époque où en pleine crise d’adolescence, pour se distinguer auprès de ses potes, elle commettait des vols dans les magasins surtout pour le plaisir de la transgression, celui de ne pas se faire prendre « Une sensation de puissance m’envahissait, je me sentais comme un chat dans le soleil ».

     Mais un jour, heureusement pour elle, elle finit par se faire prendre et réaliser que son comportement était de nature à mettre en danger sa relation de confiance avec son père, un homme intègre qui aurait été bouleversé s’il avait appris la conduite de sa fille. La réaction positive de sa belle-mère lui permettra de mettre fin à son addiction au vol.

     Qui n’a pas volé un jour ? La question peut faire sourire un bon nombre d’adultes qui se souviennent avoir chipé occasionnellement soit un disque, soit un bouquin, soit du rouge à lèvres au cours de leur jeunesse. Chez Edna, le plaisir et l’obsession du vol révèle un trouble affectif, un manque de confiance en elle qu’elle compense en devenant une sorte d’héroïne, seule contre tous.

     Pour traiter ce sujet complexe sous l’angle de la sensibilité frémissante d’Edna, plutôt que sous celui de la morale rigide, Annie MAKO, directrice artistique de la Compagnie de théâtre gestuel CLAMEUR PUBLIC, a fait appel à deux interprètes, l’une s’exprimant en français et l’autre en langue des signes qui incarnent en miroir le personnage d’Edna.

     Il importe de souligner que l’interprète en langue des signes Julia PELHATE joue véritablement. Son rôle n’est pas celui d’une traductrice à l’intention d’un public de personnes sourdes ou malentendantes.

     La perception du public entendant, sourd et malentendant s’enrichit de cette sensation d’assister à un spectacle bilingue où les deux comédiennes réunies par la même intention se renvoient la balle dans l’espace pour faire rebondir le personnage d’Edna sous ses différents angles, intérieurs ou démonstratifs.

     Nous pourrions parler de mise en abyme bien que l’expression soit galvaudée et dénote dans ce spectacle épuré, mais c’est pour témoigner d’un petit vertige d’interprétation qui remet en question nos perceptions figées malgré soi par les consensus, les injonctions sociales morales ou religieuses, par rapport au thème du vol – un acte parait-il assez banal commis par les adolescents – et nous ouvre l’accès à une langue universelle, celle des signes qui sans avoir l’abondance du vocabulaire français, est d’une richesse visuelle expressive sans égale.

     Nous recommandons vivement ce spectacle d’une grande délicatesse, interprété par un duo de comédiennes talentueuses Cécile MORELLE, Julia PELHATE. Les yeux et les oreilles s’ouvrent simultanément ravies de communiquer sur les mêmes ondes, celles de la poésie, du partage des sensations. Ne soyons plus jaloux des oiseaux, nous avons nos propres ailes, il suffit de les faire battre, nous suggère si subtilement cette Edna délinquante !

     Paris, le 25 Février 2019

    Evelyne Trân

Breaking the Waves – Adapté d’après le scénario de Lars von Trier, David Pirie et Peter Asmussen et le film de Lars von Trier – Mise en scène et adaptation Myriam Muller – CREATION en langue française – AU GRAND THEATRE DE LA VILLE DE LUXEMBOURG – LE 1er Février 2019 – du mer. 27/02/19 au sam. 02/03/19 au Théâtre de Liège, Centre Scénique de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Tournée :

Saint-Etienne du jeudi 14 Mars au vendredi 15 Mars 2019

Rouen du  du jeudi 21 Mars au Vendredi 22 Mars 2019

Avec Louis Bonnet, Mathieu Besnard, Olivier Foubert, Brice Montagne, Valéry Plancke, Clotilde Ramondou, Brigitte Urhausen, Jules Werner, Chloé Winkel

Mise en scène Myriam Muller
Assistants à la mise en scène Antoine Colla & Sally Merres
Scénographie & costumes Christian Klein
Création lumières Renaud Ceulemans
Lumière Steve Demuth
Création sonore
Bernard Valléry
Son Patrick Floener
Vidéo
Emeric Adrian
Cadre Sven Ulmerich

Adaptation théâtrale Vivian Nielsen
Traduit de l’anglais par Dominique Hollier
Dominique Hollier est représentée par l’Agence MCR. 
Présenté en accord avec Nordiska ApS, Copenhague
Relecture de la traduction
Marianne Segol
Presse française La Strada et Compagnies

Construction du décor Atelier des Théâtres de la Ville
Peintures Noémie Toudoux, Tiziana Raffaelli
Habillage Manuela Giacometti
Maquillage Claudine Moureaud
Accessoires Marko Mladjenovic

Préparation & régie des surtitres Claire Northey, Lydie Pravikoff, Richard Neel

 

Il n’est pas nécessaire d’avoir vu le film de Lars Von Trier « Breaking the waves » qui date de 1996 et reçut le grand prix du Jury au festival de Cannes pour être interpellé par la proposition  théâtrale de Myriam MULLER. En l’occurrence, la comparaison entre le film et la pièce tirée du scénario nous amènerait à superposer une perception cinématographique à une perception théâtrale, ce qui n’est évidemment pas l’objet de la mise en scène de Myriam MULLER.

 Myriam MULLER s’attache essentiellement à l’intrigue du scénario, spectaculaire du point de vue émotionnel. En résumé, la pièce raconte la vie d’une femme « atteinte d’une maladie rare et grave, la bonté ». Cette bonté, elle trouvera l’occasion de l’exprimer contrairement à la morale et au rigorisme de la communauté religieuse de son berceau. Par amour pour son époux, un étranger, devenu tétraplégique, elle acceptera de se donner à d’autres hommes de façon à convaincre son mari qu’il peut continuer à vivre à travers elle.

 Le contexte est celui du mélodrame plutôt brut. La difficulté ou l’intérêt est d’en dégager les archétypes irrationnels.

Dans sa note d’intention Myriam MULLER l’énonce d’ailleurs clairement « La mise en scène devrait exprimer des sentiments forts et bruts, sans se soucier d’aucune logique et d’aucune loi ».

 Myriam MULLER et l’équipe théâtrale font donc confiance au charisme de leurs propres émotions pour porter sur scène une histoire incroyable, voire choquante d’une femme sous l’emprise de la bonté, une bonté perçue comme diabolique par sa confrérie.

 La mise en scène nous fait penser à une peinture expressionniste avec ses couches de pinceau sombre soulignant la terrible  pression religieuse, et les percées de lumière, ses gouttes de transpiration, à travers le seul corps d’une femme, son corps est un cri !

 Les esprits cartésiens se cabreront volontiers. A vrai dire, nous ne pensons pas que l’intention de Myriam MULLER soit de produire du spectaculaire scandaleux. Sa démarche est d’explorer les aspects considérés comme subversifs de la nature humaine. La bonté, ce n’est par normal dans un monde de brutes et le parcours de don de soi de Bess remet en question des valeurs féministes. Quant au miracle peut-il avoir une autre résonance que religieuse ?

 Au-delà de sa forme, le spectacle sur le fond suscite bien des questions. C’est tout le mérite et la force de ce « Breaking the waves » – Briser les vagues – . Un exercice accompli par une belle équipe théâtrale en osmose avec l’interprète principale Chloé WINKEL dont la performance nous laisse pantois !

Paris, le 19 Février 2019

Evelyne Trân