LES TEMOINS – Ecriture et mise en scène de Yann REUZEAU à LA MANUFACTURE DES ABBESSES – 7 Rue Véron 75018 PARIS -Jusqu’au 29 décembre, les vendredis et samedis à 20h45 et les dimanches à 17h. (Relâches exceptionnelles les 14 et 22 décembre). Prolongations 2020 : les 4, 10, 23, 25, 31 janvier, 1 février à 20h45 et 5, 19, 26 janvier, 2 février à 17h.

Avatar de Evelyne TrânTHEATRE AU VENT

temoins

Distribution :

Frédéric
Andrau

Marjorie
 Ciccone


Frédérique
Lazarini

Morgan
Perez

Tewfik Snoussi

Sophie
Vonlanthen

?

Yann Reuzeau était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE du 21 Septembre 2019 sur Radio Libertaire 89.4 .

Ci-dessous extraits

« Les Témoins », quel beau titre pour un journal ! Pour autant les journalistes désignés par ce qualificatif qui entendent rester des observateurs et ne pas servir d’idéologie quelle qu’elle soit, se retrouvent en première ligne dès le lendemain de l’accession au pouvoir du candidat d’extrême droite Thomas Mérendien.

 La pièce Les Témoins écrite et mise en scène par Yann REUZEAU fait suite à Chute d’une nation « où comment une poignée d’hommes et de femmes politiques échouaient à faire barrage au fascisme ».

C’est la face humaine de ces journalistes que nous découvrons, en d’autres termes les coulisses de la rédaction d’un journal en pleine tourmente, confronté à un électrochoc, celui de voir remise en cause du jour au…

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POINTS DE NON-RETOUR. QUAIS DE SEINE – TEXTE ET MISE EN SCENE : Alexandra BADEA – Tournée : du 4 au 7 décembre 2019 à la Comédie de Béthune les 22 et 23 janvier 2020 au Lieu Unique Nantes – le 3 février 2020 au Gallia Théâtre à Saintes – le 6 février 2020 à la Scène nationale d’Aubusson – du 12 au 14 mai 2020 à la Comédie de Saint-Étienne- le 1er juin 2020 au Sibiu International Théâtre Festival – Roumanie –

quai bis
texte et mise en scène Alexandra Badea
avec Amine AdjinaAlexandra BadeaMadalina ConstantinKader Lassina TouréSophie Verbeeck
voix Corentin Koskas et Patrick Azam
scénographie et costumes Velica Panduru lumières Sébastien Lemarchand assisté de Marco Benigno création son Rémi Billardon dramaturgie Charlotte Farcet collaboration artistique Amélie Vignals assistée de Mélanie Nonotte  stagiaire à la mise en scène Mélanie Nonnotte construction du décors Ioan Moldovan / Atelier Tukuma Works direction de production, diffusion Emmanuel Magis assisté de Barbara de Casabianca et Leslie Fefeu
Dur travail de mémoire. Les jeunes d’aujourd’hui découvrent peut-être l’histoire de la colonisation française à travers les manuels scolaires, mais ils sont surtout menacés par cette chape de fond de l’oubli où se terrent en masse ceux qui ont été délibérément jetés dans la fosse commune et qu’il importe pourtant aux vivants d’invoquer pour ne pas s’éprouver malgré eux morts vivants au présent.
Les discours politiques quels qu’ils soient ne peuvent recouvrer les histoires individuelles de ceux qui ont dû faire avec le rouleau compresseur de la grande histoire pour simplement survivre.
Tu es mort, tu te tais, tu n’as plus rien à dire, tu ne fais plus partie du suffrage universel. Pourquoi donc aller explorer des histoires anciennes pour remettre en scène des aïeux avec leurs lots de souffrances, de malheurs, indigérables. Sans doute parce qu’il est insoutenable pour les descendants de comprendre qu’ils se heurtent à un mur, cette chape de l’oubli qui plonge dans le brouillard les bredouillements des quidams sous le joug d’une épée de Damoclès impudente « Ferme ta gueule et tout ira bien ».
Pour Nora, il ne s’agit pas de s’apitoyer sur son sort. Elle se sait malade, tourmentée par les trous dans son histoire familiale qui menacent de la faire vaciller à chaque pas. Elle n’a pas tant mal à elle-même qu’à l’autre, celui qu’elle ne peut vraiment désigner parce qu’il est dans la brume, derrière des barreaux, une grille figurée par une toile sur scène derrière laquelle se jouent et se rejouent les rencontres imaginaires de ces aïeux en pleine guerre d’Algérie. Cet autre a plusieurs visages, celui de son propre père né en 1961, celui de sa grand-mère pied noir, celui d’un grand père inconnu.

Comment ne pas évoquer la manifestation violemment réprimée des travailleurs Algériens le 17 Octobre 1961, qui dénonçaient le couvre-feu décrété par le préfet Maurice Papon. Alors qu’à l’époque, l’évènement fut minimisé, les historiens font état d’un véritable massacre des manifestants.

Venons-nous au monde avec les blessures de nos aïeux ?
Si oui pas seulement, l’histoire le prouve : les épreuves, les tâtonnements, errements, folies, ignorances de nos aïeux témoignent cependant de l’évolution des mentalités jusqu’à nos jours. Une évolution qui parait trop lente mais qui est cependant tracée sur la courbe des générations.Qui d’autres, sinon les générations qui se succèdent
peuvent témoigner du chemin parcouru ? A ce titre, l’exploration d’Alexandra Badea ne peut faire que des émules, parce qu’elle nous concerne tous.

« Au suivant » chantait Jacques Brel. Or, l’héroïne Nora livre un message d’espoir. Sa quête de l’histoire de sa famille aussi éprouvante soit-elle, n’est pas vaine. Le brouillard laisse place à une certitude, celle de son désir de saisir le témoin légué par ses aïeux et il s’agit d’un acte non seulement affectif mais politique !

Nous saluons le talent des comédiens et notamment celui de Sophie Verbeek, interprète de Nora, absolument bouleversante.

Paris, le 11 Décembre 2019

Article précédemment publié sur le Monde Libertaire
HTTPS://MONDE-LIBERTAIRE.NET/INDEX.PHP?ARTICLEN=4365

Evelyne Trân

CAMILLE CONTRE CLAUDEL d’Hélène ZIDI à compter du Jeudi 19 Décembre 2019 à 21 Heures au Théâtre Lepic – 1 avenue Junot – 75018 Paris 01.42.54.15.12

camille contre Claudel

Bande annonce

Auteur : Hélène Zidi

Artistes : Lola Zidi , Hélène Zidi, Gérard Depardieu dans la voix de Rodin

Metteur en scène : Hélène Zidi

C’est une Camille à l’état brut que nous découvrons dans ce spectacle, l’artiste muselée  dont le destin déchirant ravive toute une mémoire de femmes victimes d’une société patriarcale qui leur déniait ce qui était l’apanage des hommes, le pouvoir de création, l’indépendance en dehors du carcan familial, la liberté d’esprit.

 La vérité c’est que Camille Claudel a fait les frais d’une société hypocrite qui lui a fait croire que son talent, sa beauté, sa jeunesse devaient suffire à lui ouvrir les portes du succès, de la reconnaissance artistique.

 Sa chute est à la mesure du gouffre entre la condition masculine et la condition féminine au début du 20ème siècle.

 Toute jeune, admirée aussi bien par son père que par son professeur Rodin, elle n’a pas pris conscience du précipice qui l’attendait.

 Son isolement, la misère affective et matérielle ont eu raison de la violence de ses sentiments. D’un tempérament passionné et obstiné, Camille ne pouvait faire semblant, composer avec son entourage. Dès lors ses délires de persécution manifestaient une souffrance intolérable aussi bien pour elle-même que pour ses proches.

 Pour la faire taire de façon définitive, sa mère l’a placée dans un asile psychiatrique avec pour consigne aux médecins l’interdiction de communication avec le monde extérieur. Trente ans de réclusion soit une condamnation à mort lente.

 La pièce d’Hélène Zidi confronte deux apparitions de Camille Claudel, celle de la jeune fille belle et naïve, amoureuse et celle de la vieille femme qui se penche sur Camille jeune comme s’il s’agissait d’une autre personne.

 Cette confrontation sur scène entre la jeune et la vieille Camille, permet aux spectateurs de saisir à vif, le destin tragique de l’artiste, éjectée de la société,  fauchée à 48 ans.

 Lola Zidi interprète une jeune Camille, frémissante et bouleversante face à Hélène Zidi, qui campe une vieille femme qui n’a plus pour miroir que sa propre caricature.

 Les deux comédiennes expriment par la danse cet amour qui a toujours manqué à Camille. La scène reproduit l’atelier de l’artiste.

 Nous ne pouvons-nous empêcher de nous reporter à cette belle sculpture de vielle femme implorante, créée par Camille au sommet de son art comme si elle avait eu le pressentiment de ce qui l’attendait. Les artistes sont toujours voyants !

Le spectacle saisissant devient le porte flamme de l’appel de cette grande artiste qui écrivait à son frère Paul « Je réclame la liberté à grands cris ».

Paris, le 3 Novembre 2018

Mis à jour le 10 Décembre 2019

 Evelyne Trân

La méduse démocratique d’après Robespierre et Sophie Wahnich Adaptation Damien Houssier et Anne Monfort au Théâtre Studio, 16, rue Marcelin Berthelot 94140 Alfortville – Générale le 6 janvier à 18h -Du lundi 6 au samedi 11 janvier à 20h30

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Production : Cie day-for-night

Texte :  Robespierre et Sophie Wahnich

Adaptation : Damien Houssier et Anne Monfort

Mise en scène : Anne Monfort

Distribution : Damien Houssier

Lumières : Hugo Dragone et Romane Margueritte
Costumes : Louise Yribbaren
Photos : Patrice Forsans- Studio Marulaz

Diffusion : Florence Francisco – Les Productions de la Seine

Y avait-il une raison d’être Robespierre au moment de la Révolution Française ?  Sa profession de foi « démocratique » ressort de ses propos extraits de différents discours notamment ceux où il se défend des calomnies de ses ennemis l’accusant de « despotisme d’opinion » et de préconiser la dictature.

 Voir en Robespierre essentiellement un agent de la Terreur, impitoyable et sanguinaire, c’est évidemment faire abstraction de la complexité du personnage qui se réfère à ROUSSEAU « Le peuple veut toujours le bien, mais il ne le voit pas toujours ». J’ajouterais, moi, que les mandataires du peuple voient souvent le bien mais ne le veulent pas toujours. Cependant le bon sens du peuple est souvent supérieur à l’esprit des habiles gens, mais sa bonté naturelle le dispose à être la dupe des charlatans politiques. Ceux-ci le savent bien et ils en profitent ».

Le spectacle s’inscrit pour Anne MONTFORT « dans la suite de No(s) révolution(s) où j’interrogeais la possibilité aujourd’hui d’une révolution ».

Il s’agit d’un montage de textes de Robespierre avec ceux de Sophie Wahnich, l’auteur du Radeau démocratique.

Ledit montage se révèle très habile puisqu’il permet de s’interroger sur une question toujours d’actualité, la démocratie. « Pourquoi faire l’effort d’être libre ? » demande Robespierre qui se positionne contre l’état d’urgence.

 Le personnage semble complètement habité par son idéal de liberté qui le pousse à combattre et à utiliser  la terreur « sans laquelle la vertu est impuissante ».

 L’interprète Damien HOUSSIER est remarquable, il réussit à captiver le public, à rendre crédible, voire hallucinante la présence de Robespierre, tel un personnage shakespearien, tragique, incandescent mais aussi humain.

  Ce spectacle est à voir absolument !

 Paris, le 8 Mai  2018

Mis à jour le 10 Décembre 2020

 Evelyne Trân

CHANSON PLUS BIFLUORÉE…SPÉCIAL FÊTES au Théâtre de LA BRUYERE – 5, rue de la Bruyère 7500 PARIS – 12 représentations exceptionnelles du 21 Décembre 2019 au 5 Janvier 2020 – 21, 28, 31 décembre et 4 janvier : 18h45 – 22, 25, 29 décembre, 1er et 5 janvier : 16h – 23, 30 décembre : 20h3 – 24 décembre : 19h

Chanson Plus Bifluoré 2016 - Théâtre de la Bruyère - ©www.pallages.com

Mise en scène Marinette MAIGNAN

avec Sylvain RICHARDOT : piano, guitare, chant (baryton léger), Michel PUYAU : guitare, chant (ténor), Xavier CHERRIER : chant (baryton)

Si vous souhaitez vraiment faire plaisir à l’un de vos proches pour les fêtes de Noël, offrez lui sur le champ une place au Théâtre de la Bruyère où se produit actuellement pour 30 représentations exceptionnelles, le groupe CHANSON PLUS BIFLUOREE, mis en scène par l’excellente Marinette MAIGNAN.

On trouve de tout dans leur spectacle comme à la Samaritaine qui va rouvrir ses portes ! Le groupe vient de célébrer ses vingt cinq ans et se porte comme un charme . C’est un véritable ovni qui réussit à déverser aussi bien sur nos chères têtes blondes que nos têtes devenues blanches, sans oublier les noires, une sorte de bazar collectif, haut de gamme puisqu’il fait partie du patrimoine français ou gaulois – on ne sait plus – , aussi démonté qu’un bateau ivre qui maîtrise l’art de l’enflure pour faire craquer ces vieux paquebots si bien nommés Brel, Ferré, Trenet, Luis Mariano, Tino Rossi, Barbara, Frédéric François etc.

Le public se tient véritablement les côtes en écoutant une chanson de Barbara interprétée par Michel PUYAU au visage étrangement élastique, il se rince les oreilles de rire et d’étonnement en entendant Xavier CHERRIER interpréter Avec le temps de FERRE sur la musique de Y‘a D’la Joie de Trénet. Il tangue véritablement secoué par le shaker aux chansons, créateur de couples inattendus notamment celui de Barbara et Yves Duteil.

La groupe possède l’art de faire exploser chacune de ses goupilles avec le sourire effronté de l’enfance. Y’a de la joie à gogo certes mais aussi cet esprit frondeur qui ne désemplit pas, un véritable puits de mémoire qui tout à coup laisse remonter à la surface la Marseillaise de la paix créée par les enfants d’un orphelinat en 1893, un poème de Victor Hugo écrit après une visite au bagne, magnifiquement interprété par Sylvain RICHARDOT «Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne  »– ou le sketch de marionnette Pat et Marconi, jubilatoire.

Cette cuvée spéciale où les fans retrouveront leurs chansons phares  – Grosse chignole de mes amours, Oui je fais la vaisselle, Avoir du sopalin, Voilà la voix, Bon public, Pelez les noix, L’informatique etc. – a le toupet de remettre au diapason nos montres folles avec le tact et l’art d’horlogers hors pair, ciselant cet indispensable tic tac du cœur et du rire aphrodisiaque !

Paris, le 18 Décembre 2016  

Mis à jour le 10 Décembre 2019

Évelyne Trân

CHANSON PLUS BIFLUORÉE…SPÉCIAL FÊTES au Théâtre de LA BRUYERE – 5, rue de la Bruyère 7500 PARIS – 12 représentations exceptionnelles du 21 Décembre 2019 au 5 Janvier 2020 – 21, 28, 31 décembre et 4 janvier : 18h45 – 22, 25, 29 décembre, 1er et 5 janvier : 16h – 23, 30 décembre : 20h3 – 24 décembre : 19h

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Mise en scène

Marinette Maignan

Avec

Sylvain Richardot (piano, guitare, chant – baryton léger), Michel Puyau (guitare, chant – ténor), Xavier Cherrier (Chant – baryton)

GOURMANDISES VOCALES

 « CHANSONS PLUS BIFLUOREE…SPECIAL FETES », le spectacle du fameux trio vocal, poursuit son aventure parisienne au THEATRE LA BRUYERE avant de partir en tournée dans toute la France et bien au-delà. Fondé en 1985, le quartette devient trio en 2001. Longévité exceptionnelle pour ces comédiens-vocalistes hors pair à la gestuelle drôlatique et, par ailleurs, experts…en grimaces.

Idées farfelues, délire joyeux, la construction de ce parcours scénique doit beaucoup à Marinette Maignan qui ne mérite que des éloges : mise en espace fluide, rythmée, inventive. En un mot, épicée. Nos trois larrons Xavier Cherrier, baryton, les deux ténors Sylvain Richardot (au piano) et Michel Puyau impressionnent tout au long de leur roborative prestation.

 Nombreuses créations originales où le thème de la gastronomie est ici un prétexte inégalé à la convivialité, à l’échange avec un public ravi. Les titres donnés aux chansons sont déjà très parlants : » Repas Boogie Wouah-Vive le vin », « Les rostis », « Spaghettis bolo », « Le chocolat ». Mais le trio se fait allègrement philosophe avec « Je suis vegan », « La vaisselle », « Les micros-ondes », « Sopalin », »Label bio ». On appréciera l’ode à « L’ami Mélenchon », diversion haute en couleurs…

Focus sur d’étonnants détournements de tubes immortels : »Quand on n’a que l’humour », « Grosse chignole de mes amours » ou « L’OGM », respectivement Brel, Luis Mariano et Aznavour. Du lourd. Façon virtuose. 

 Dérision et insolence pimentent les textes que relève aussi un parfum de poésie libertaire. De même, le trio réinvente les brillances oubliées du music-hall. Il confère à ce maelström pantagruélique un aspect jouissif, totalement abouti.  Entre truculence et fine réflexion sur notre monde légèrement déjanté.

 Il faut se précipiter pour vivre ce moment de folie capable de réunir  toutes les générations. Alertez vite vos amis, ils vous le rendront au centuple. 

 Paris, le 2 Mars 2019

Mis à jour, le 10 Décembre 2020

Laurent Gharibian

BERLIN 33 – CRÉATION Théâtre La Reine Blanche — Scène des Arts et des Sciences 2 bis passage Ruelle, 75018 Paris- du 20 nov. au 29 déc. 2019 mercredi, vendredi, dimanche : 19h Relâches les 08 & 25 décembre 2019.

berlin33_photonathervieux03-680x476TEXTE – Sebastian Haffner

TRADUCTION – Brigitte Hébert

ADAPTATION – René Loyon

CONCEPTION – Laurence Campet , Olivia Kryger, René Loyon

JEU : René Loyon

SON : Hervé Le Dorlot

LUMIÈRES :François LuberneE

 

Le livre témoignage de Sebastian HAFFNER  » Histoire d’un Allemand, souvenirs 1914 -1933 –  » dont est tirée l’adaptation en monologue par René LOYON de la 2ème partie, consacrée à l‘année 1933 et l’accession au pouvoir d’Hitler, a bien failli sombrer dans les oubliettes.

 Ecrit en 1938 à Londres où l’auteur fuyant le nazisme s’était exilé, le livre ne fut pas publié. Ce sont ses héritiers découvrant le manuscrit après sa mort qui décidèrent sa publication en 2000.

 A travers ce témoignage, nous découvrons avec effroi la terrible solitude d’une majorité silencieuse allemande complètement dépassée par la montée du nazisme, littéralement prise au piège par l’idéologie fasciste.

 Sebastian Haffner était à l’époque un jeune étudiant en magistrature, aussi insouciant que l’on peut l’être à son âge. Issu d’une famille bourgeoise, il n’avait pas de souci matériel et il n’avait pas de raison de s’inquiéter des discours antisémitiques – monnaie courante – qui ne le concernaient pas, n’étant pas juif lui-même.

La vérité c’est que comme nombre de ses concitoyens, il n’avait pas pris au sérieux la possibilité de la venue au pouvoir d’Hitler. « Je vivais dans la même apathie que des millions d’autres personnes, je laissais venir les choses. Elles sont venues » confesse t-il. 

 L’araignée tueuse a d’abord inoculé son venin sourdement, puis elle a resserré sa toile de façon stratégique, étouffant au fur et à mesure et impudemment toute velléité de résistance.

 Tous les individus étaient fichés à partir de questionnaires auxquels ils devaient obligatoirement répondre. Sebastian Haffner raconte comment son propre père a dû se soumettre au questionnaire, pour éviter le pire. Il était âgé, il n’avait pas le choix, mais il n’a pas survécu à la dépression morale qu’a entraîné l’effondrement de toutes ses valeurs.

 Il y a urgence nous dit René Loyon « à faire entendre la parole vive de Sebastian Haffner ». L’auteur ne se ménage pas lui-même. Il analyse les situations ,sur le double plan extérieur et intérieur, qui l’ont conduit à s’exiler par instinct de survie morale.

 Son témoignage a valeur de « lanceur d’alerte » aussi bien pour lui-même, car il s’agit aussi d’une introspection, que pour tous ceux qui refusent de tolérer les valeurs de l’extrême droite qui s’appuie selon LA HORDE sur 5 piliers idéologiques : le racisme, le sexisme, le nationalisme, le traditionalisme et l’autoritarisme.

 Nous le savons, l’extrême droite n’agit pas forcément à visage découvert. Elle entend aussi rassurer ses ouailles, avec des arguments sécuritaires et identitaires destinés à faire croire que l’ennemi ce sera toujours l’étranger qui vole le pain au bon français. En période de crise économique et de chômage, ce qui était le cas en Allemagne en 1933, ses discours font recette auprès d’électeurs qui n’imaginent pas le danger qu’elle représente pour la démocratie.

 La mise en scène est austère. René LOYON invite les spectateurs à se pénétrer du témoignage de Sebastian HAFFNER, d’autant plus dense et instructif qu’il est proféré d’une voix très posée et très calmement à la hauteur d’une voix intérieure, celle dont il ne faut jamais se débarrasser même à l’extérieur, notre petite lueur de conscience.

 Paris, le 8 Décembre 2019

 Evelyne Trân

G.R.A.I.N. Histoire de fous – Un spectacle de la Compagnie Mmm…. Ecrit et joué par Marie–Magdeleine – Co-écrit et mis – en – scène par Julien Marot – Durée 1H40 – Au Théâtre de la Manufacture des Abbesses 7, rue Véron 75018 Paris – Du 17 novembre au 31 décembre 2019 – Du Dimanche au Mercredi à 21H –

GRAIN

  • Texte et interprétation Marie-Magdeleine
  • Co-écriture et mise en scène Julien Marot

G.R.A.I.N. Histoire de fous – Manufacture des Abbesses – Novembre 2019 – Dossier de Presse (1)

Votre vision se trouble, votre rate vous démange, vous avez mal à l’estomac, vous voyez tout en noir ou au contraire tout en rose mais vous n’osez l’avouer. Rappelez-vous cette bonne Jeanne d’Arc qui entendait des voix, elle a fini au bûcher !

Ai-je vraiment envie de plaisanter à propos de troubles psychiques dont sont affectés les personnes diagnostiquées bipolaires.

Comme le disent les créateurs du spectacle « G.r.a.i.n histoire de fous » on est toujours la folle ou le fou de quelqu’un.

Mais nous ne pouvons évacuer la réalité de la souffrance des personnes qui s’éprouvent en marge de la norme et ont du mal à s’intégrer dans la société. Est-ce donc si difficile de vivre dans ce monde, et comment le supporter lorsqu’on a conscience de sa cruauté ? La plupart des gens tiennent le coup parce qu’ils sont soi-disant normaux, mais les autres ceux qui ne peuvent maîtriser leurs émotions parce qu’ils n’ont plus de repères, parce qu’ils sont dépassés, que leur perception est décalée par rapport à la norme, sont dits malades ou fous, faute de mieux.

Il leur faut des camisoles médicamenteuses pour survivre, disons qu’elles n’ont pas le choix ces personnes dites bipolaires pour tenter d’être acceptées ou tolérées dans ce monde.

Marie Magdeleine qui lors de son parcours de comédienne a animé un stage de théâtre dans une association accueillant des « usagers bipolaires » a l’audace de se mettre en scène parmi eux dans un « seule en scène » aussi mouvementé qu’un roman de Rabelais.

En un mot, les personnages et les situations qu’elle mime avec une virtuosité incroyable, sont désarmants par leur caractère épique, déjanté, cru et innocent.

Innocent parce que la réalité de « ces gens-là » comme dirait Brel n’est pas faussée par un quelconque jugement. Il s’agit d’une véritable entrevoyure (beau terme utilisé par Léo Ferré) théâtrale où s’engouffre une pléiade de personnages avec leurs tics, leurs grimaces, leurs incongruités, leurs pensées qui écarquillent tous les corsets de nos défenses puisque nous aussi, avouons-le, nous avons aussi nos camisoles, histoire de faire bonne figure et de passer notre chemin.

La folie à échelle humaine, oui tout simplement, c’est ce que nous propose Marie-Magdeleine à plusieurs voix avec un talent hors normes !

Paris, le 5 Décembre 2019

Evelyne Trân

LÉONARD DE VINCI, L’ENFANCE D’UN GÉNIE CRÉATION – TOUT PUBLIC – De Brigitte Kernel et Sylvia Roux au Studio Hébertot – 78 bis Boulevard des Batignolles – 75017 Paris – DU 09 NOVEMBRE 2019 AU 25 JANVIER 2020 -​ Les samedis à 17h -​ Représentations supplémentaires les 27 et 30 décembre et le 3 janvier à 17h –

leonard

De Brigitte Kernel et Sylvia Roux

Adapté du roman de Brigitte Kernel (Édition LEDUC.S)

Mise en scène Stéphane Cottin

Avec Grégory Gerreboo

leonard bis

L’enfance d’un génie ! L’autoportrait de Léonard de Vinci en auguste vieillard ne permet pas d’imaginer que cet artiste fut un enfant comme les autres.

 Mais nous pouvons renverser la donne si notre regard vacille pour s’engouffrer là-bas vers ce que Léonard nous tend comme un mystère celui de la vie elle-même qu’il traversa par monts et vaux de ses transformations.

 L’autoportrait est peu amène, voire sévère, mais au-delà de la pause, suggère que le peintre est absorbé par la contemplation de quelque chose et c’est donc là-bas au bord de ses pupilles qu’il faut imaginer ce qui accapare toute son attention.

 Il faut passer de l’autre côté de la berge semble nous dire ce rêveur et même si cela doit prendre toute une vie.

Pour les spectateurs, cela prendra juste le temps d’aller chercher l’enfant que fut Léonard avant de devenir le génie humaniste aussi célèbre pour ses peintures que ses inventions extraordinaires.

Grégory GERREBOO qui a tout à fait l’allure d’une Petit Prince jeune homme, beau, affable, généreux et surtout enthousiaste, tourne les pages d’un livre géant – très jolie mise en scène de Stéphane Cottin – pour nous conter son enfance qui a toutes les résonances d’un conte de fée qui commence mal et finit bien.

Nous apprendrons que Léonard était un enfant bâtard. Le terme « bâtard » n’est pas anodin. Cela nous porte à penser que dès la naissance Léonard a dérogé aux normes. Ce n’est pas rien de savoir que l’on est né illégitime et que son propre père n’a pas cru nécessaire de vous reconnaître parce que vous êtes le fruit d’un amour interdit en dehors du mariage. Parce que sa mère n’était qu’une pauvre paysanne, le père de Léonard, notaire de son état, a décidé de séparer l’enfant de la mère.

Léonard développa donc de bonne heure son indépendance d’esprit et son imagination pour combler un manque affectif certain. Il réalisa cet exploit de convertir l’enfant illégitime, non reconnu, en artiste célèbre.

Cette illégitimité lui permit malgré tout de n’avoir pas à suivre les traces don père en devenant notaire à son tour. Libéré de cette charge de succession, il put donner libre cours à ses talents encouragés très tôt notamment par son grand-père et par Verrochio, un ami peintre de son père.

Par la grâce du spectacle charmant et délicat conçu par Brigitte Kernel et Sylvia Roux qui partagent l’aphorisme de Baudelaire « Le génie, c’est l’enfance retrouvée à volonté », les spectateurs sont invités à passer de l’autre côté du miroir dans le pays de l’enfance de Léonard de Vinci, là-bas, là-bas de l’autre côté de la berge.

Paris, le 4 Décembre 2019

Evelyne Trân

WILDE-CHOPIN SCHUBERT, SCHUMANN, RAVEL, BACH…Lecture musicale De Profundis au Théâtre Le Ranelagh – 5, rue des Vignes 75016 Paris – 9 représentations exceptionnelles – Tous les lundis à 20h30 à partir du 7 octobre 2019 jusqu’au 9 décembre 2019. Par Laurent Gharibian.

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Direction musicale
Mickaël LIPARI-MAYER

Complicité musicale, Pascal AMOYEL

Avec

Michel VOLETTI récitant adaptateur

Mickaël LIPARI-MAYER au piano

« De Profundis » – ultime oeuvre en prose d’Oscar Wilde (1897) – précède le point final de son oeuvre que constitue le long poème « La Ballade de la geôle de Reading » écrit deux ans avant sa mort à Paris en 1900.

« De Profundis » est une lettre d’amour rédigée à l’intention du jeune Lord Alfred Douglas lequel n’en prit jamais connaissance…

L’écrivain et dramaturge connut deux années de travaux forcés à la suite de trois procès perdus contre le père de son amant. Dans ce contexte tragique l’homme de lettres a opéré un travail de réflexion voire d’introspection. Plus de cent soixante pages – des fragments attendraient encore leur publication – dans lesquelles Oscar Wilde se livre avec une sincérité bouleversante. La relation entre le jeune lord et son aîné, parvenu au faîte de la gloire, fut traversée des soubresauts inhérents à toute passion amoureuse. L’homme déchu en déroule le film aux scènes crépusculaires alternant avec de rares éclaircies. La musique de l’âme sonne juste; elle se déploie, pétrie d’humanité et nourrie de la grandeur éblouissante du pardon.

Voici quelques années, le comédien Michel Voletti avait adapté pour le théâtre et interprété ce texte. Il le reprend aujourd’hui « dans une forme nouvelle pour le porter plus loin ». C’est là qu’intervient en amont le magnifique pianiste Pascal Amoyel en proposant son aide à Mickaël Lipari-Mayer afin que celui-ci réalise la direction musicale de la présente lecture.

Le jeune prodige de 24 ans – disciple, notamment, d’une élève d’Emil Guilels –  aborde l’instrument dès l’âge de 5 ans avec Pascal Amoyel et obtiendra à l’unanimité du jury son Prix de fin d’études au Conservatoire National de Région de Paris. Rien d’étonnant s’il produit aujourd’hui des étincelles : de son jeu émane la lumière du coeur, tantôt irisée, tantôt palpitante. Lumière toujours inspirante à l’évidence. Eclairant un spectacle aux rythmes comme aux climats subtilement différenciés. Mais toujours en harmonie.

En guise d’ouverture : Philippe Hersant pour la bien nommée « Ephémère n°13 ». Puis, de Frédéric Chopin -qu’affectionnait grandement  Oscar Wilde – un prélude. D’autres préludes suivront, associés à deux mazurkas et une valse toutes entremêlées d’oeuvres signées César Franck, Edvard Grieg (surnommé « le Chopin du Nord »), Robert Schumann (ami proche de Chopin), Franz Schubert, Olivier Messiaen et Jean-Sébastien Bach dont on sait l’influence sur le tout jeune Frédéric. Touche finale : Franz Liszt pour une « Bénédiction de Dieu dans la solitude » qui synthétiserait à elle seule l’absolue cohérence d’un propos.

Un propos d’une extrême densité et pour lequel Michel Voletti, en respectueux « passeur », a su développer d’instinct l’humanisme que peut requérir l’acte d’adapter : les incises effectuées dans l’imposant texte original se révélant, ici, invisibles.

Portant l’émotion à son paroxysme, le comédien évite cependant toute théâtralité et captive ainsi l’auditoire au fil de l’heure et demie où résonne cet oratorio à trois voix présenté sans mise en scène et sans décor. Le récitant – par sa présence, son naturel, son implication comme sa nécessaire distance avec le texte – nous rend celui-ci infiniment proche. Nous devenons, plus que des spectateurs, les confidents de ce qui apparaît bien souvent comme une confession des plus intimes.

Au cours de cette longue lettre Oscar Wilde conserve encore, semble t-il, quelques traces infimes du bonheur perdu. Dans un état de rédemption et d’humilité. A cet égard, la spiritualité et le mysticisme – dont parfois les mots portent l’empreinte – forment un volet pour le moins inattendu dans l’oeuvre de l’écrivain.

 C’est pourquoi la dimension musicale prend ici sa place légitime.

Michel Voletti transcende le tragique. Mickaël Lipari-Mayer y concourt à part égale. Tous deux sobres et intenses à la fois. Le partage se vit sur scène. Tout comme avec le public, recueilli, subjugué. Puis infiniment reconnaissant…pour ce fascinant « moment de plénitude » voulu et obtenu par deux artistes sensibles. Pleinement conscients de l’enjeu. Tout simplement.

                                                            Laurent Gharibian