LES RÉCITS DE MONSIEUR KAFKA D‘APRÈS FRANZ KAFKA – Traduction et adaptation de Sylvie BLOTNIKAS – MISE EN SCÈNE ET AVEC SYLVIE BLOTNIKAS ET JULIEN ROCHEFORT AU LUCERNAIRE 53, rue Notre-Dame-des- Champs 75006 PARIS -du 15 Janvier au 1er Mars 2020 à 19 H du mardi au samedi, dimanche à 15 H.

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Photo Fabienne Rappeneau

D’après FRANZ KAFKA
TRADUCTION ET ADAPTATION DE SYLVIE BLOTNIKAS
MISE EN SCÈNE ET AVEC SYLVIE BLOTNIKAS ET JULIEN ROCHEFORT

LUMIÈRES : LAURENT BÉAL
PRODUCTION : LA PETITE COMPAGNIE
CORÉALISATION : LUCERNAIRE
PARTENAIRE : ACTE 2

Se rendre chez Monsieur Kafka pour se distraire, quelle idée ! Il a une réputation des plus sinistres, franchement il y a mieux pour se changer les idées ! Et pourtant  un curieux pressentiment, l’intuition qu’il était possible de se réjouir en côtoyant cet homme-là par l’intermédiaire de ses récits, m’a incitée à me rendre au spectacle conçu par Sylvie BLOTNIKAS et Julien ROCHEFORT.

 Nous savons que Kafka fut un employé d’assurance pour gagner sa vie, il aurait d’ailleurs plutôt dit « pour gagner sa tombe » et il n’écrivait que la nuit ses chefs d’œuvre, le Procès et le Château etc. publiés après sa mort. Cependant de son vivant il a dispersé quelques récits ou nouvelles très savoureuses qui sont même venues aux oreilles de ses patrons.

 Quelle était donc la nature de ses relations avec la direction de son entreprise ? Plutôt cordiales si nous nous en référons aux correspondances qu’il lui a adressées et que Sylvie Blotnikas a eu la bonne idée de nous dévoiler.

 Ces lettres devraient figurer dans une anthologie destinée à tout employé qui se prend la tête pour demander une augmentation de salaire, une promotion ou un congé.

 Certes la secrétaire qui communique les précieuses lettres au Directeur est assez conventionnelle. Mais le respect des conventions n’est-il point la marque de fabrique des entreprises. Il faut jouer le jeu c’est comme ça, c’est un rôle que celui de secrétaire et c’en est un autre que celui d’être Directeur. N’importe comment cela vous permet de répondre à la sempiternelle question « Que faites-vous dans la vie ? ».

 Kafka passait pour un employé modèle, extrêmement sérieux, le jour. Mais la nuit, il s’évadait et les nouvelles récoltées par Sylvie Blotnikas sont le fruit de ses fructueuses évasions, de ses rocambolesques virées nocturnes. Kafka c’est un cambrioleur de la réalité, l’artiste invisible qui se faufile aux yeux de tous, pour aller dénicher ce qui se cache sous la table, ce qui tremble derrière un tableau que l’on finit par ne plus voir tellement il fait partie des meubles. Elle a quelque chose de figé la réalité à cause de nos habitudes, à cause par exemple de cette routine qui cloue au sol un employé de bureau.

 Kafka ne va pas refaire le monde, il va le démonter en visiteur nocturne pour décocher ce qui grince sous la poussière, ce qui peut reprendre de l’éclat à la lumière fébrile de son imagination.  Mais ce n’est pas juste de l’imagination, Kafka ne cesse de prêter attention aux choses inopportunes, à se planquer devant le miroir gelé pour ramasser toutes ces brisures, tous ces indices, toutes ces traces humaines que laissent sur leur passage, tous ces gens que nous ignorons « dévoyés » par leur apparence.

 De ce point de vue, nous sommes tous des personnages de Kafka en quête d’identité, qui nous heurtons non pas à nos ombres mais à nos silhouettes en carton-pâte qui nous permettent de circuler sans trop d’encombre. C’est le laissez-passer de notre bonne mine qui nous empêche de sourire sur nos cartes d’identité.

 Grâce à la belle mise en scène de Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort, nous le retrouvons notre sourire !

 La douceur de Sylvie BLOTNIKAS et la drôlerie de Julien ROCHEFORT s’accordent heureusement aux récits de Kafka cocasses et pleins d’humour, pénétrants comme un charme insolite et précieux !

 Paris, le 18 Février 2020

 Evelyne Trân

 

LES CARNETS DE HARRY HALLER Extrait du roman Le Loup des Steppes de Hermann Hesse au Théâtre du Roi René – 12 Rue Edouard Lockroy 75011 PARIS jusqu’au 7 Mars 2020 – Jeudi, vendredi, samedi à 19 H 30 –

ROI RENEMise en scène : Jean-Christophe Barbaud

Interprétation : Frédéric Schmitt 

Frédéric Schmitt était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio libertaire 89.4, le samedi 15 Février 2020 en podcast sur le site de radio libertaire.  

Le Loup des steppes a élu domicile au Théâtre du Roi René qui se niche humblement dans la cour d’un immeuble au cœur du 11ème arrondissement de Paris. Vous pouvez bien sourire, ce loup-là existe bel et bien et pour vous en convaincre, nous vous invitons à pénétrer dans sa tanière, celle-là même où il gémit au jour le jour avant de sortir la nuit, se fondant dans l’obscurité, sans que personne ne soupçonne son existence.

 C’est à un écrivain allemand Hermann Hesse que nous devons sa découverte et la révélation de ses carnets intimes dans « une obscurité lumineuse » mise en scène par Jean-Christophe Barbaud.

 Curieuse mission que celle de lire à haute voix les élucubrations d’un pauvre type qui ne sait plus où il en est, qui ne comprend pas le monde qui l’attend dehors, bien qu’il soit prémuni, semble-t-il, par quelque existence antérieure et qu’il porte en lui quelques codes pour appréhender ce monde qui de toute évidence l’insupporte.

 Il faut préciser qu’il ne s’agit pas d’une lecture. Simplement, en nous projetant sur l’intimité du propos, nous retrouvons l’étrange émotion de celui qui entend lire par un autre, un instituteur par exemple, une composition personnelle.

 Englué dans la solitude, ce sentiment désespérant de n’exister pour personne, un homme, un dénommé Harry Haller découvre qu’il est habité par un loup d’une vitalité étonnante qui annonce d’emblée la couleur en ces termes : « Je sens brûler en moi un désir sauvage d’éprouver des sentiments intenses, des sensations ; une rage contre cette existence en demi-teinte, plate, uniforme et stérile ; une envie furieuse de détruire quelque chose »

 Du gite devenu trop étroit au monde de la rue, il n’y a qu’un pas et il faut tenir debout, oui, avec en tête ces grandes échasses qui allongent l’ombre du petit homme jusqu’à lui permettre d’atteindre, un peu comme Alice au pays de merveilles, ce qui remue derrière les portes muettes et aseptisées de ce monde « moderne » aussi factice qu’un décorum en carton-pâte envahi par les panneaux publicitaires.

 Nous sommes en 1927 mais aussi en 2020. Le loup des steppes ne fait pas partie de ces espèces en voie de disparition, il continue à arpenter les rues, c‘est un récolteur de sensations. Il a bien compris que grâce à des pauvres types comme Harry Haller, les ruelles de la nuit peuvent retrouver un visage humain.

 Le loup des steppes à une pêche à revendre, il est lumineusement incarné par Frédéric Schmitt, qui célèbre en quelque sorte ces petites épopées intérieures, ce trousseau de clés personnelles qu’il importe de faire tinter dans la rue en tant que citoyen du monde.

Paris, le 15 Février 2020          Evelyne Trân

 

Correspondance avec la mouette d’après ANTON TCHEKHOV & LIKA MIZINOVA Mise en scène NICOLAS STRUVE – Les Déchargeurs 3, rue des Déchargeurs RDC Fond Cour 75001 Paris – Date(s) : du 4 fév 2020 au 29 fév 2020 – Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 19h – Durée : 1h10

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D’après la correspondance entre Anton Tchekhov et Lika Mizinova
Traduction, adaptation, mise en scène Nicolas Struve
Geste scénographique Georges Vafias
Lumières Antoine Duris
Chorégraphie Sophie Mayer
Jeu David Gouhier, Stéphanie Schwartzbrod
Coréalisation La Reine Blanche – Les Déchargeurs & Cie l’Oubli Des Cerisers
Production Cie l’Oubli des cerisiers

Par esprit, rien que par esprit, c’est-à-dire sur le mode de l’évocation un peu comme lorsque Mallarmé dit « Une rose » et celle-ci apparaît.

 Cette légèreté est perméable dans les lettres que s’échangent Lika Mizinova et Tchekhov durant une dizaine d’années. Il y plane l’instant et le sentiment de l’éternité, celle de l’attente d’ultimes retrouvailles parce qu’il y a, c’est compréhensible à demi-mot, à la fois le désir et la crainte de cette fusion entre deux êtres qui s’appelle l’amour.

 Lika Mizinova, c’est quasiment l’âme sœur de Tchekhov. Chacun s’inquiète l’un pour l’autre et parmi leurs pensées, certaines semblent jetées comme des bouteilles à la mer, toujours dans l’espérance de leur réception, mais aussi avec la prégnance de l’incertitude, de l’écume des jours et de l’inconnue de la vie de l’autre.

 Il y a cette fulgurance de l’instant évanoui. La pensée se pose, s’éternise au bout des lèvres et puis s’envole un peu comme un oiseau, cette mouette si indépendante qu’elle ne se soucie pas d’être regardée et toujours au moment où l’on ne s’y attend pas s’élève dans le ciel.

 Ah ces mots qui ne seraient là que pour toujours retenir une âme prête à s’envoler vers une destination inconnue ou chez l’être espéré, invoqué qu’il ne faut surtout pas brusquer sinon par quelques flèches d’humour, de moquerie pour l’entendre comme s’il était vraiment là, rire et sourire tel un rayon de soleil soudain envahit une pièce solitaire. Qui est là derrière le soleil sinon l’être aimé.

 La mise en scène inspirée de Nicolas STRUVE, sobre et retenue comme sur un fil invisible, donne toute liberté aux deux comédiens de suggérer sur leur nuage, telle une partition comment ils rêvent leur amour bien au-dessus des parapets des mots.

 Rimbaud souhaitait peindre des vertiges, nous spectateurs nous les avons touchés, devinés, car l’histoire d’amour entre Lika et Tchekhov est aussi charnelle et la chair n’est pas triste si l’amour est là. Que dire de plus sinon que Stéphanie SCHWARTZBROD et David GOUHIER forment un prodigieux couple de mouettes ! Ne manquez pas ce spectacle !

Paris, le 14 Février 2020

Evelyne Trân

POINTS DE NON-RETOUR. QUAIS DE SEINE – TEXTE ET MISE EN SCENE : Alexandra BADEA – Tournée : le 3 février 2020 au Gallia Théâtre à Saintes – le 6 février 2020 à la Scène nationale d’Aubusson – du 12 au 14 mai 2020 à la Comédie de Saint-Étienne- le 1er juin 2020 au Sibiu International Théâtre Festival – Roumanie –

Avatar de Evelyne TrânTHEATRE AU VENT

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texte et mise en scène Alexandra Badea
avec Amine AdjinaAlexandra BadeaMadalina ConstantinKader Lassina TouréSophie Verbeeck
voix Corentin Koskas et Patrick Azam
scénographie et costumes Velica Panduru lumières Sébastien Lemarchand assisté de Marco Benigno création son Rémi Billardon dramaturgie Charlotte Farcet collaboration artistique Amélie Vignals assistée de Mélanie Nonotte  stagiaire à la mise en scène Mélanie Nonnotte construction du décors Ioan Moldovan / Atelier Tukuma Works direction de production, diffusion Emmanuel Magis assisté de Barbara de Casabianca et Leslie Fefeu
Dur travail de mémoire. Les jeunes d’aujourd’hui découvrent peut-être l’histoire de la colonisation française à travers les manuels scolaires, mais ils sont surtout menacés par cette chape de fond de l’oubli où se terrent en masse ceux qui ont été délibérément jetés dans la fosse commune et qu’il importe pourtant aux vivants d’invoquer pour ne pas s’éprouver malgré eux morts vivants au présent.
Les discours politiques…

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Dieu est mort et moi non plus je ne me sens pas très bien de Régis VLACHOS : Le Funambule Montmartre 53 rue des saules, 75018 Paris – du dimanche 2 février 2020 au mardi 3 mars 2020 – Le dimanche à 20 Heures, le mardi à 21 Heures – Tel : 01 42 23 88 83 –

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De Régis Vlachos
Mise en scène Franck Gervais et Christophe Luthringer

Avec Charlotte Zotto, Régis Vlachos

Lumières Franck Gervais

Durée 75 min

Elle est plutôt bon enfant cette citation issue de la genèse dans la Bible « Et Dieu créa et le ciel et la terre » Un vrai conté de fée… L’énergumène qui a fourré dans ses poches ladite citation pour faire l’école buissonnière a fait du chemin comme le Petit Poucet avec ses bottes de géant. C’est qu’il fallait franchir le vide ou plutôt sauter par-dessus pour mûrir, passer du communiant au catéchisme, de l’élection de Mitterrand en 1981, au prof de philo qui doit se démener pour faire comprendre à ses élèves que la croyance en Dieu ou en Allah ne peut justifier l’attentat de Charlie Hebdo ni celui du 13 Novembre.

Jésus en sucre d’orge, tout le monde n’a pas connu ça ! Et l’épreuve du confessionnal où il fallait se mettre à genoux pour raconter ses péchés au curé, c’était le bon temps ! Quoi comment, toutes ces affreuses guerres de religion, l’inquisition, tout cela serait donc tombé aux oubliettes pour se transformer en œufs de pâques en chocolat !

Dieu merci, l’énergumène ne nous fait pas l’apologie de sa culbute.

Comment se remettre d’un bisou de sa mère qui lui rappelle qu’il ne doit pas tripoter son petit Jésus, cet ustensile érectile hyper dangereux.

Monsieur patine sur une vitre pleine de buées et il y grêle, il y grêle toutes sortes de souvenirs épidermiques, qui vont de Michel SARDOU, au grand cou de la girafe, au divan du psychanalyste et à la guitare électrique.

Ruer dans les brancards et comment ! Lorsqu’on se retrouve face à un bocal avec pour seul interlocuteur un impavide poisson rouge.

L’homme a gardé sa frimousse d’enfant, il sort de son coffre à jouets, une mouette en peluche, une Barbie en plastique. Il fait parler Dieu, il le houspille même, il l’invente. Dieu un jouet, fallait y penser !

Nous voilà au cœur d’une cour de récréation. L’énergumène sait bien qu’en donnant des coups de pied à la fourmilière, il se fera mal, très mal. Pensez donc, six milliards de croyants pour un milliard de mécréants !

Il a recours à la grâce, celle de l’enfance pour décliner à sa façon, l’amour de la vie et sa tendresse pour les croyants parce qu’être croyant cela ne signifie pas uniquement croire en Dieu, cela peut tout simplement dire exister.

Régis VLACHOS forme avec la charmante Charlotte ZOTTO un joyeux tandem et dans leur cour de récréation, l’arbre de vie jubile de plaisir !

Paris, le 12 Février 2018

Mise à jour le 30 Janvier 2020

Evelyne Trân

Adieu Monsieur Haffmann de Jean-Philippe DAGUERRE au Théâtre de LA RENAISSANCE – A partir du 7 février 2020 Du mardi au samedi à 19h Dimanche à 17h 20 Bd Saint Martin 75010 PARIS –

HAFFMANNAvec en alternance :
Charles Lelaure ou Benjamin Brenière ou Simon Larvaron
Pauline Caupenne ou Julie Cavanna ou Anne Plantey
Alexandre Bonstein ou Marc Siemiatycki
Franck Desmedt ou Jean-Philippe Daguerre ou Benjamin Egner

Charlotte Matzneff ou Salomé Villiers ou Herrade von Meier

Nous connaissons Jean-Philippe DAGUERRE pour ses mises en scène très vives des classiques de Molière, notamment. Dans un registre contemporain, une pièce qui aborde un sujet délicat, l’occupation de la France par les Allemands, lors de la 2ème guerre mondiale, il s’avère également très inspiré.

 Les personnes qui ont vécu l’occupation représentent aujourd’hui nos parents ou aïeux les plus proches, ils étaient enfants ou adolescents. C’est dire si le sujet est encore brûlant, épidermique.

 Le port de l’étoile jaune obligatoire pour les juifs n’a guère rencontré de résistance dans la population. Du jour en lendemain, des personnes ont fait l’objet d’une traque par les nazis mais également ont été dénoncées par leurs voisins.

 Dans la pièce, les intérêts du bijoutier Juif, de son ex employé collaborateur et du nazi amateur de tableaux sont étroitement liés.Cela pourrait constituer un sinistre jeu de société, une partie à trois où chacun a sa carte à jouer ce que nous dévoilera la pièce.

Monsieur HAFFMANN demande à son employé de le cacher. En échange ce dernier peut profiter de la notoriété de sa bijouterie qui sera désormais à son nom. Ce n’est pas assez pour son ex employé qui n’ignore pas les risques encourus par un cacheur de juifs. Ce qu’il va exiger de M.HAFFMANN est plutôt extraordinaire, il demande à ce juif de faire un enfant à sa femme.

 Voilà bout à bout deux situations extrêmes où la vie ne tient qu’à un fil, Joseph HAFFMANN doit se cacher pour survivre, son ex employé Pierre VIGNEAU a la hantise d’être privé de postérité à cause de sa stérilité.

 Dans le pot commun, la carte du pragmatisme est lancée. Il suffirait d’aller jusqu’au bout de ses objectifs tout en sachant que la mort rôde en la personne du nazi.

 Chacun a annoncé sa couleur et ne croit défendre que ses intérêts propres en composant, en faisant profil bas. Mais évidemment, il arrive un moment où il faut abattre ses cartes faute de quoi la partie s’arrête, pour rien.

 Chacun joue sa vie et ce n’est pas tant la peur de la mort qui motive les protagonistes mais plutôt un instinct de conservation.  La carte de la générosité que ne tend pas l’ex employé à son ex patron, effectivement n’est pas jouable mais celle de la solidarité le devient.

 Quant à la femme porteuse de vie, elle sait que l’enfant à venir trace une ligne d’horizon hors frontières, le vent est de son côté.

 En un mot la pièce fait réfléchir sous haute tension.  Il s’agit d’une course contre la mort. Tous les ressorts intimes des protagonistes sont touchés.

 Comment nous empêcher de penser que nous pourrions occuper une de leurs places, lorsque nous les voyons tous assis à la même table, le juif, l’employé collaborateur et sa femme enceinte, le nazi et son épouse. Cynique situation !

 Servie par d’excellents interprètes, Adieu Monsieur HAFFMANN, illustre avec intelligence, un épisode terrifiant de notre histoire à travers des personnages qui ne sont pas des héros, juste des humains qui définissent leurs propres cartes suivant qu’ils sont animés par la peur, le courage, l’amour ou la haine.

 La pièce tient en haleine jusqu’au bout le public. Elle vaut acte de résistance contre l’oubli, l’indifférence, la peur qu’utilisent toutes les dictatures. Elle va droit au cœur !

 Paris, le 23 Mars 2018

Mise à jour le 30 Janvier 2020

 Evelyne Trân

PSY CAUSE(S) 3 – De et avec Josiane Pinson à la Scène Parisienne 34 Rue Richer 75009 PARIS – Les samedis du 18 Janvier au 25 Avril 2020 à 17 Heures –

JOSIANE PINSON

Mise en scène : Gil Galliot, assisté de Marie-Céline Nivière
Auteur : Josiane Pinson

Avec : Josiane Pinson – avec les voix de : Judith Magre, Anie Balestra, Achille Orsoni et Bruno Magne

 

Savez-vous que les psys sont des gens comme les autres, pour ainsi dire. En tout cas, la psy que campe Josiane PINSON fait partie de celles que nous voudrions prendre dans les bras pour la dorloter, lui faire passer son stress avec quelques berceuses.

 La pauvre vient de perdre sa mère (nous l’entendons à travers la voix aguicheuse et gouailleuse de la charmante Judith MAGRE), ses enfants se moquent d’elle, son amante la délaisse et elle ne supporte plus les confidences de ses patients.

Faire office de machine à laver pour essorer les fantasmes, les malheurs, les frustrations affectives et sexuelles de sa clientèle, a fini par l’épuiser moralement.

 Il est vrai que sans quelques démangeaisons existentielles, l’être humain serait voué à l’ennui. De toute façon, il n’a guère le choix, vu du ciel psychanalytique, Dieu est mort et Lacan semble atteint de la maladie d’Alzheimer.

 Autrefois, il y avait le confessionnal. Il était possible de se taper soi-même en hurlant « Mea culpa », aujourd’hui, vous pouvez, si le cœur vous en dit, frapper à la porte d’un psy, qui secret professionnel oblige, ne racontera jamais toutes les insanités que vous déchargerez devant elle.

 Est-ce si sûr ? Un doute nous assaille. Josiane PINSON est vraiment douée pour la caricature. Elle est féroce !  Et inquiétante, comment cette femme au visage si affable, à l’allure si élégante peut-elle changer de visage en un tour de scène, se transformer en harpie hystérique puis reprendre sa posture de psy charismatique fouaillant dans la poubelle de ses fiches freudiennes, lacaniennes, doltoniennes etc.

 Faut croire que ça l’amuse ! Sa cure psychanalytique, ce sont ses jeux de rôles qui lui permettent de scénariser sa vie de la façon la plus risible possible.

Et les spectateurs qui rient de ses débordements font office de psys à leur corps défendant. Ils répondent par le rire qui est le meilleur antidote à l’ennui, la morosité.

Les salades existentielles que leur offre Josiane PINSON ont beau être fort juteuses, c’est son petit côté fleur bleue et tendre qui allume la mèche, décidément Josiane PINSON est irrésistible !

 Paris le 22 Octobre 2018

 Mis à jour le 22 Janvier 2020

Evelyne Trân

 

Les 4 Barbu(es), LE PARI D’EN RIRE à la Divine comédie 2, rue Saulnier 75009 PARIS – Du 19 janvier au 8 mars (journée internationale des femmes) – Tous les dimanches à 15h30 et 20h00 –

BARBUES

L’équipe artistique 😐
Les 4 Barbu(e)s Danielle Bonito Sales (chant, jeu, flûte traversière),
Caroline Fay (chant, jeu, ukulélé), Dominique Glory (piano, jeu, chant),
Sabine Venaruzzo (chant, jeu, mélodica basse)
Arrangements et direction musicale Benjamin Laurent
Mise en scène Jean Jacques Minazio
Dramaturgie Marie-Hélène Clément
Direction des jeux et chorégraphies Olivier Debos
Création lumières et conduite son et lumières Raphaël Maulny
Costumes et accessoires Caroline Fay
Photographie Eric Clément-Demange
Administration Marion Llombart
Enregistrement | Spectacle entièrement déposé à la SACEM

Qui se souvient des Quatre Barbus, ce groupe vocal né dans les années 1939 ? Leur répertoire très vaste fait partie du patrimoine musical français. Nous leur devons notamment un disque de chansons anarchistes, un grand nombre de chansons paillardes et des adaptations de chansons de Francis Blanche et Pierre Dac.

Nous  avons été heureux de découvrir que 4 barbues femmes avaient décidé de mettre leurs pas dans la route tracée par ces artistes aux mines un peu patibulaires, en apportant  leur grain de sel, le meilleur sans doute celui de la folie. Mêmes déguisées avec des barbes fleuries, leur féminité explose et pendant tout le spectacle où elles chantent en solo, à tue-tête ou en chœur sous la férule d’une pianiste redoutable  et d’un metteur en scène avisé,  c’est un véritable bouquet de  fleurs vocales, un feu d’artifice  qui illumine la scène.

S’enchaînent de façon vertigineuse musiques et paroles de l’Ouverture du Barbier de Séville (Blanche, Dac, Rossini) , la Cantate des boîtes (Vian), La Pince à Linge (Blanche, Beethoven), l’Age de raison (Blanche)  Honneur aux Barbus, Chant d’Allégresse (Chopin, Dac) , Parti d’en Rire (Ravel, Blanche et Dac), la Chanson des compagnons (populaire), La Tyrolienne haineuse (Dac) , Le Rat (populaire), L’homme de Cro-Magnon (populaire), Le Cheval de corbillard (populaire) et autres surprises.

Voilà un spectacle hautement recommandable qui inspirera  les grands et petits pour le karaoké . En sortant du spectacle, nous avions encore l’air de la Danse macchab (Saint Saëns, Blanche) dans la tête.

Courez donc à la Divine comédie, vous aurez du soleil, plein les yeux, plein les oreilles, pour longtemps !

Le 17 Janvier 2020                 Evelyne Trân

CROCODILES L’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari – D’après Dans la mer il y a des crocodiles de Fabio Geda Mise en scène et adaptation Cendre Chassanne et Carole Guittat Avec Rémi Fortin ou Zacharie Lorent en alternance. Le Rayon vert, Saint Valéry en Caux (76) jeudi 23 janvier 2020 à 10h, 14h et 19h vendredi 24 janvier à 10h et 14h -Nouveau Théâtre de Montreuil, Centre dramatique national (93) du lundi 27 janvier au mardi 11 février –

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Nouveau Théâtre de Montreuil, Centre dramatique national (93)
du lundi 27 janvier au mardi 11 février
lundi 27 janvier 10h et 14h30
mardi 28 janvier 10h et 14h30
jeudi 30 janvier 10h et 14h30
vendredi 31 janvier 10h et 14h30
samedi 1er février 18h
dimanche 2 février 17h
lundi 3 février 10h et 14h30
mardi 4 février 10h et 14h30
jeudi 6 février 10h et 14h30
vendredi 7 février 10h et 14h30
samedi 8 février 18h
dimanche 9 février 17h
lundi 10 février 15h
mardi 11 février avec Rémi Fortin ou Zacharie Lorent

adaptation, mise en scène Cendre Chassanne, Carole Guittat
d’après le livre de Fabio Geda
images Mat Jacob/Tendance floue
montage José Chidlovsky
création lumière et régie générale Sébastien Choriol
création son et régie lumière, son, vidéo Edouard Alanio
construction du dispositif scénique Sébastien Choriol, Edouard Alanio, J-B. Gillet

Production Compagnie Barbès 35 Coproduction Théâtre d’Auxerre – scène conventionnée, La Cité de la Voix – Vézelay, Théâtre Dunois – Paris
Aide à la création DRAC Bourgogne Franche-Comté, Conseil Régional de Bourgogne Franche-Comté, Conseil départemental de l’Yonne
Soutien La Minoterie – création jeune public et éducation artistique – Dijon, Nouveau théâtre de Montreuil – CDN, Maison des métallos – Paris, Bourgogne Active

Il revient de très loin et il n’en revient pas lui-même le jeune Afghan Enaiat qui raconte son parcours de migrant de plusieurs années qui l’ont mené du Pakistan à l’Iran, la Turquie, la Grèce jusqu’en Italie.

 

Il n’avait que dix ans lorsque sa mère l’a conduit clandestinement au Pakistan afin qu’il échappe aux persécutions des Hazaras, l’abandonnant entre les mains d’un propriétaire de maison d’hôte qui l’a hébergé en contrepartie de son travail, l’école de la vie en quelque sorte pour ce môme.

Enaiat n’a pas besoin de tel commentaire, il rapporte juste les faits, le souffle coupé, comme s’il revivait encore et encore ses événements qui ont mis fin à son enfance du jour au lendemain. Jamais, il n’aurait voulu quitter son village très pauvre où sa famille disposait d’une vache, deux brebis et un champ de culture de blé, il était juste heureux. Quelle école de la vie pour cet enfant qui assiste au meurtre de l’instituteur par des talibans, au sein même de son école. Les talibans pas seulement Afghans, mais aussi Pakistanais, Egyptiens ou Sénégalais «Des ignorants qui empêchent les enfants d’apprendre » s’indigne Enaiat.

 Enaiat n’a pour bagage que quelques instructions de sa mère : ne pas prendre de la drogue, ne pas utiliser d’armes, ne pas voler.  Ultimes recommandations d’une mère à son fils avant leur séparation permettant d’imaginer l’état de désarroi et d’angoisse de la mère.

 « Il te faut toujours avoir un rêve au-dessus de la tête qui te porte quel qu’il soit ». Il faut croire qu’Enaiat avait au moins le courage, l’inconscience de l’innocence. Comment devient- on migrant, balloté de pays en pays ? Quelle est donc cette spirale qui fait d’un enfant un migrant ? C’est qu’il est impossible de se résigner à la misère, aux squats, aux camps de détention, à l’esclavage du travail. Dès lors, comment ne pas devenir la proie des trafiquants d’hommes qui proposent toujours un avenir meilleur dans un autre pays, au prix de quelques années de travail, d’épuisants et dangereux périples à travers les frontières. Enaiat finira par être accueilli par une famille en Italie, reprendra les chemins de l’école.  Il a désormais 15 ans mais sans doute est-il bien plus âgé dans sa tête. Il dit seulement à la fin du récit « Je suis vivant ! ».

 Inspirée de l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari rapportée dans le livre « Dans la mer, il y a des crocodiles » de Fabio GEDA, la mise en scène très épurée de Cendre CHASSANNE et Carole GUITTAT s’érige en porte-voix du témoignage d’un enfant à l’état brut, qui raconte son histoire, sans intention de faire pitié, pour dire simplement  comment, pourquoi,  il est un rescapé et exprimer sa  reconnaissance à ceux qui l’ont accueilli.

 Sans doute est-il plus évident de porter une oreille sensible au témoignage d’un enfant innocent. Une chose est sûre, c’est que notre regard sur les migrants en général, a besoin de projecteurs sur l’humain. On ne nait pas migrant, on le devient par malheur. Le courage d’Enaiat, son bonheur d’entendre sa mère au téléphone après plusieurs années de séparation, justifient au-delà de tout discours, ceux qui tendent leurs mains aux migrants.

La présence de Rémi FORTIN fait penser à un petit Prince moderne qui porterait la nuit sur ses frêles épaules et aurait le pouvoir de l’apprivoiser, apprivoiser ses crocodiles, grâce à sa capacité d’étonnement, un désir de vivre invincible. C’est troublant et beau, c’est une parole d’espoir !

Paris, le 20 Mai 2018

Mise à jour le 17 Janvier 2020

 Evelyne Trân

UNE VIE d’après le roman de Guy de Maupassant .Avec : CLEMENTINE CELARIE – Mise en scène : ARNAUD DENIS au THEATRE DES MATHURINS 36 Rue des Mathurins 75008 PARIS – Depuis le 4 Octobre 2019 du Mardi au Samedi à 19 Heures – Le Dimanche à 16 H 30 –

Avec Clémentine CELARIE

Mise en scène de Arnaud DENIS

Création Lumières de Denis KORANSKY – Scénographie de Hermann BATZ – Créations Musicales de Carl HEIBERT et Abraham DIALLO – Photo de Bruno TOCABEN – Graphisme de Guillaume SAI

CELARIE

 

C’est un mystère, cette capacité qu’ont les grands écrivains ou dramaturges de pénétrer au plus profond dans le cœur d’une femme. Nous leur devons tout de même d’avoir révélé Antigone, Phèdre, Violaine, Mara, Anna Karénine et cette Jeanne, personnage de toute une vie qui nous oblige et nous renverse parce que chez elle, c’est toujours l’émotion qui culmine, c’est toujours la nature qui parle.

 Imaginez un abyme de sensations, de soif de vivre, si à l’étroit dans un corps de femme qu’il suffise de s’en approcher pour reconnaître dans tous ses remous la mer qui divague.

 De l’attitude d’une femme ou d’un homme face à la mer, il est possible d’extraire l’essentiel, l’universel écho de l’immensité.

 Que nous dit donc Maupassant en nous contant la vie de Jeanne, une femme simple mais si vivante, aussi véhémente dans la joie que dans le malheur sinon que la vie est un voyage, que tout s’y mêle : bonheur, enfantement, déceptions, folie et mort.

 Témoin de son époque, Maupassant nous livre des renseignements sur la condition de la femme limitée au mariage et la procréation et au bon vouloir du mari.

Mais même si nous pouvons imaginer Jeanne plus libérée au 21ème siècle, c’est l’être femme dans tous ses états qui s’exprime.

 Le prisme du fantastique sur une vie pourtant banale, le souffle de la poésie règnent dans ce spectacle mis en scène par Arnaud DENIS avec une scénographie superbe de Hermann BATZ. Nous sommes reconnaissants au metteur en scène de ne pas s’être laissé absorber par une reconstitution historique. Que nous soyons vieux, jeunes, riches ou pauvres, cette Jeanne nous parle, nous émeut, nous bouleverse et c’est toute la sensualité de la langue de Maupassant qui rejaillit à travers l’interprétation intense et lumineuse de Clémentine CELARIE, vraiment exceptionnelle.

 Une vision ne nous quittera pas, celle de Jeanne debout devant les falaises d’Etretat, respirant de plein fouet ce qu’elle attend de la vie, comme si elle lisait dans les vagues de la mer…

 Paris, le 15 Janvier 2020

Article précédemment publié sur le Monde Libertaire :

https://www.monde-libertaire.fr/?article=deux_pieces_(de_theatre)_a_visiter_au_36_rue_des_Mathurins

 Evelyne Trân