Distribution : Claire Chérel, Bruno La Brasca, Diana Laszlo, Edith Monteil, Paul Spera, Anaïs Tobelem. Du mardi au Samedi du 6 Juillet au 7 Août 2011 à 18 H 30.
Nous ne naissons pas tout nus, de sorte que si nous nous mettons en tête de créer des plats un peu originaux, nous devons malgré tout racler la gamelle ou essuyer les plâtres des génies qui nous ont précédés.
Michelle Brûlé, débordante de vitalité, n’y va pas de main morte pour préparer sa farce. Que les théorèmes de Freud puissent paraître indigestes à certains, nous le savions déjà, mais qu’ils puissent devenir comiques, par réaction au doux jet de la langue de Molière, nous le découvrons grâce aux effets de son avenante sorcière Toinette, capable de déballer ses pains surprise à la demande.
Et il faut croire qu’elle est forte la demande des affamés de psychologie. Freud et Molière se battent en duel, l’un en brandissant ses personnages les plus représentatifs, Argan, Alceste, Béline, Célimène, l’autre en faisant surgir Œdipe de l’eau trouble de nos misères sexuelles. Parce que Freud, grosso modo, ne parlerait que sexe et que les comédies de Molière, sous le label de la psychanalyse, ne mettraient en scène que de pauvres humains «malades» de vivre.
Molière se serait sûrement moqué de Freud, ce médecin des âmes. Il l’aurait traité de charlatan. Quand à Freud, sans rancune, il eût pris Molière dans ses bras pour le remercier d’avoir amené sur son divan, Alceste et Célimène.
Michelle Brûlé se fait l’écho de cette rencontre intempestive, un pavé dans la mare, laissant le choix aux spectateurs de définir qui du pavé, qui de la mare doit résister à l’eau des songes. Plouf, plouf, nous voici dans un rêve éveillé, à grands grelots de clichés ou de colliers de pacotille, enfantins, ombres et bouffées de chaleur confondues, afin de libérer en douceur nos fantasmes les plus éculés.
Nous aurions parfois envie de demander à Toinette d’où elle sort ce Freud. Est-ce donc le marchand de tapis du coin qui a le toupet de le battre devant nous, par pur narcissisme. Ça tombe bien ! Le saviez-vous ? Avant de devenir comédien, Molière avait été le tapissier du Roi, il avait pour rôle, oh combien privilégié, de s’occuper de la chambre de Louis XIV. Alors avec un peu d’imagination, nous pouvons visionner l’ombre de Freud rôder dans cette chambre, autour du lit du Roi, tenant bon, n’est ce pas, la main de Molière.
Du lit au divan, il n’y a qu’un pas ou quelques siècles, lesquels à grands coups de ciseaux dans le rideau, favorisent cette belle échauffourée théâtrale, un spectacle drôle et grinçant, aux plans de scène truculents, rabelaisiens où des comédiens inspirés se lèchent les babines avec Molière, en glissant sur les peaux de bananes de Freud.
Spectateurs, trop sérieux abstenez-vous ! Quand à vous, spectateurs qui rêvez de dépoussiérer au théâtre les hardes de Molière et Freud, allez donc les surprendre pendant leur remue-ménage au grenier du Lucernaire, le Théâtre Noir. Vous n’en reviendrez pas !
Paris, le 9 Juillet 2011
Evelyne Trân

TCHEKOV, côté jardins, en plein air : La demande en mariage, L’ours, Les méfaits du tabac, par le Centre dramatique de la Courneuve
Mise en scène : Jean HACHE et Roland HEGAULT. 
Oui, nous sommes tous dirigés que nous le voulions ou non, pour aller où, nous n’en savons rien. L’opium du peuple aujourd’hui, ce sont les médias, ce sont ces miraculeuses inventions techniques qui nous permettent de tenir dans la paume de la main un portable en train de diffuser les cérémonies de la béatification du pape, du mariage de princes soi-disant modernes, ou la coupe mondiale de football. Et personne ne peut y échapper, même le bébé dans sa poussette à qui sa mère tend comme un hochet, toujours ce fameux portable.