IKIOU Peinture et dialogue Exposition à la Galerie Aurore 33 Rue Mazarine 75006 PARIS du 10 au 30 Octobre 2011 de 11 H à 19 H sauf le Dimanche. VERNISSAGE LE JEUDI 20 OCTOBRE 2011 DE 18 H A 20 H

 IKIOU en quête d’arbres

L’arbre objet, l’arbre nature, l’arbre femme, l’arbre viril, il n’y a pas un arbre, chez le peintre IKIOU que sa vision ne puisse faire voler en éclats tant il est dominé par ses plusieurs esprits.

 L’image de l’arbre chez lui est aussi bien l’annonce d’une impression qu’il subit, qui se prête ou qui se dérobe à travers des larmes qui ne sont que des jetées de couleurs.

 Au cœur de l’innocence abrupte, c’est un peu compliqué comme expression mais c’est pour dire comment après les avoir habillés et mis en scène ses arbres,  à travers un seul tableau, il choisit de se laisser dépouiller de ses artifices, pour laisser parler le vrai, l’inconsidéré, l‘arbre à la chevelure désordonnée, qui avance ou qui est revenu, alors même qu’il était caché, plus sauvage ou primaire, après moult détours.

 L’arbre volte-face au détour de celui qui le fixe, lui assigne une place puis l’abandonne, obéit enfin à notre besoin d’espace et d’étendue.

 C’est très étrange ce voyage à travers des arbres qui clignotent qui ont seulement l’air de se ressembler pour mimer notre ère qui s’accompagne de plus en plus d’objets virtuels, sans relation charnelle.

 Ikiou, artiste têtu à plusieurs têtes, peintre Coréen, influencé aussi bien par Cézanne que par Braque,  inaugure le chant d’arbres dans cette plus vaste forêt, pour devenir l’interprète inespéré d’un dialogue trépidant entre l’orient et l’occident (C’était le bâton de pèlerinage de Malraux), une sorte de récréation continue, tel un pêcheur très humble lève l’ombre, sans confondre le reflet de la lune avec sa canne à pèche, pour rester à l’écoute, caché derrière l’arbre totem.

 De la même façon qu’un  enfant met un coquillage à son oreille pour écouter la mer, Ikiou traverse le monde en marchant sur ses toiles, un doigt sur la bouche pour ne pas laisser s’échapper leur mystérieuse expression.

 Or, qu’elle vous soit acquise ou plus étrangère, elle règne primaire ou écarlate, grise ou orange, l’expression de chaloupe en chaloupe.

 J’invite les amateurs qui ne croient pas encore avoir le regard usé, à monter dans la barque d’IKIOU, qui a son ancre, à la Galerie AURORE. L’’entrée est libre,  laissez-vous rêver, et dévisager comme si ce n’était qu’un arbre qui vous regardait.

 Paris, le 12 Octobre  2011

Evelyne Trân

 

LA PAPESSE AMERICAINE avec Nathalie Mann au Théâtre de l’Essaïon

D’après le pamphlet d’Esther Vilar – Adaptation de Robert Poudérou – Mise en scène de Thierry Harcourt

 En 2040 une femme est  élue Pape et fait son discours d’intronisation à la télévision. Il n’y a plus de Vatican, elle est sponsorisée, coupée par des pubs et  elle  nous propose sa révolution !

Du 22 Septembre 2011
au 14 Janvier 2012
Jeudi, vendredi, samedi à 20h

  P.S. Nathalie MANN  était l’invitée de l’émission “Deux sous de scène” du samedi 8 Octobre 2011 que vous pouvez écouter et télécharger pendant une semaine sur le site de Radio Libertaire (grille des émissions).

Il faut saluer la naissance de la Papesse américaine, avec un peu de retard certes, puisqu’elle est née en 1982 d’une façon tout à fait virginale, dans les limbes d’une écrivaine allemande Esther Vilar. Cela résonne d’une façon un peu péjorative, le mot papesse ça rime aussi bien avec fesse qu’avec prêtresse. Il est étrange de voir comment la féminisation de noms voués durant des siècles au genre masculin, a du mal à être prise au sérieux.

 Et pourtant il existe ce mot papesse mais il est inutile d’aller vérifier dans le dictionnaire, il vaut mieux aller à la rencontre de celle qui l’incarne, Nathalie Mann au Théâtre de l’Essaïon.  Enfin vous pourrez dire, oui elle existe, je l’ai vue, c’est une femme et elle parle bien !

 En plus, elle est maligne, elle explique à son auditoire avec rouerie et perspicacité comment en tirant les marrons de ces feus prédécesseurs, elle jouera son rôle de papesse.

 Dans cette gigantesque toile d’araignée où la chrétienté a vu le jour, la figure du christ parait indissoluble. On pourrait dire que la papesse est fille de…, fille de toutes ces femmes qui durant des siècles ont vécu dans un monde conjugué au masculin.

 Comme elle est cruelle, la mise en scène d’aujourd’hui ! Pour annoncer à ses compatriotes qu’elle veut faire le bien, qu’elle est prête  à donner sa vie à un idéal de justice et d’amour sur terre, la papesse ne peut pas faire l’impasse des sponsors qui l’installent sur le trône. Alors, elle devient la mère Ubu, en plus élégante, endossant la robe d’une mante religieuse ou de la reine des abeilles qui tire le miel des confidences et des désirs de soumission de ses idolâtres.

 Comment il aurait été le Dieu inventé par les femmes ? Voilà une question piège. N’oublions pas que le pape est le représentant de Dieu sur terre. Alors, d’où sort-elle cette papesse ? D’une papauté en ruines, d’une religion-fiction intersidérale ? Il faut pincer les cordes de toutes les croyances humaines, il faut tenir compte des rêves obscurs et timides des  humains, apprivoiser leur diversité, leurs contradictions, en somme c’est de la politique que le doigté féminin peut fort bien s’approprier.

 Toutes âmes confondues, auteure, adaptateur, metteur en scène  et interprète font de ce spectacle un appel d’air, où peuvent s’engouffrer les doutes, les interrogations, les révoltes aussi bien des athées que des chrétiens.

 Croyez-moi, pour une fois, vous n’aurez pas le temps de vous endormir pendant l’homélie, comme à la messe ou à un débat politique, tant il est vrai que cette papesse a de l’énergie à revendre pour faire palpiter ses électeurs futurs et à venir, en votre âme et conscience, chers spectateurs !

 Paris, le 8 Octobre 2011               Evelyne Trân

FESTIVAL FUTUR COMPOSE , RENCONTRES EUROPEENNES « CULTURE ET PSYCHIATRIE »

A propos des Rencontres Européennes  « Culture et Psychiatrie  » 

qui se sont tenues du 21 au 24 Septembre 2011– Hôtel de Ville de Paris – Institut culturel Italien  Espace Paris Plaine –

 En tant que profane sans connaissances médicales, j’ai assisté à deux des manifestations de l’Association du Futur composé visant à promouvoir les talents artistiques des personnes souffrant de troubles mentaux. Les psychiatres et leurs patients deviennent siamois dans cette entreprise. Pas question pour le public de devenir otage d’une aventure où il resterait au bord. Tant pour les médecins que pour les « malades » il s’agit de mettre en scène leur interaction, une histoire de vie commune à travers laquelle, peu ou prou sensibles, nous pouvons être amenés sinon à nous retourner dans nos tombes, à nous pincer dans nos rêves les plus récriminatoires.

Certains auront en mémoire à travers des films célèbres : « Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman ou « La tête contre les murs » de Georges Franju (avec Jean-Pierre Mocky), la vision concentrationnaire des hôpitaux psychiatriques. La camisole, l’électrochoc sont des instruments de torture. Il n’y pas si longtemps, les infirmiers y avaient recours sans sourciller. L’on imagine tout le courage qu’il a fallu à un jeune psychiatre italien Franco Basiglia, à Trieste, il y a une trentaine d’années, pour venir à bout de pratiques moyenâgeuses.

  Son histoire fait l’objet d’un film réalisé par Marco Turco pour la chaine de télévision italienne RAI : C’era una volta la citta dei matti, il était une fois la cité des fous.

 Le réalisateur met l’accent sur l’effet fusionnel qui s’instaure entre soignants et soignés à partir du moment où Brasiglia décide d’ouvrir les cages des aliénés. Basiglia est un humaniste qui se sert de son intuition bien plus que de sa science. Il ne cesse de vouloir aider et comprendre ces « fous » parce qu’en vérité, il entend lui-même des voix et que bien au-delà de l’étiquette des fous assignée aux malades mentaux, il est interpellé. L’amitié est au cœur de l’ouvrage, non pas une amitié condescendante, mais sous le signe de l’exigence parce que s’ils ne se sentaient pas concernés par l’avenir de leurs patients, c’est leur engagement en tant soignants qui n’aurait plus sa raison d’être. Un homme demande à Brasiglia « Cela veut dire quoi être fou, cela a-t-il un sens ?» Mais Basiglia répond seulement qu’il ne sait pas.

 C’est de l’avenir en tant qu’être qu’il s’agit de toute façon. Celui qui souffre et qu’on appelle malade est bien souvent un proche.

Est-il possible d’apprivoiser la douleur ? Dans le film Basiglia et son équipe s’y efforcent comme des pompiers se battent contre le feu. Certaines scènes très violentes sont insoutenables. L’une d’elles raconte comment un homme devenu fou suite à un traumatisme d’enfance pendant  la guerre, va sublimer sa douleur. En plein délire, il applique ses mains saignantes contre un mur et  le sang qui dégouline devient un instrument de peinture. De ce délire, de cette douleur vomie sur un mur, va surgir sa vocation de peintre.

 Et puis, il y a cette fameuse histoire de «Cheval bleu» une sculpture géante en papier mâché, une sorte de cheval de Troie, que tous les patients de l’hôpital ont nourri de leurs rêves, leurs désirs, les plus fous. Il s’appelle Marco, un jour, il décide de sortir, supporté aussi bien par l’équipe soignante que par ses créateurs. Comme il est trop grand, il ne peut pas passer par la porte. Alors, Basiglia décide de casser les murs de l’hôpital San Giovanni, Marco Cavello fonce,  parcourt toute  l’Italie et devient l’emblème d’une nouvelle psychiatrie. La mouche qui a piqué Basiglia était contagieuse, tous les espoirs étaient permis. Aujourd’hui l’Association du Futur Composé compte bien poursuivre cette belle aventure humaine qui vaut bien le premier pas de l’homme sur la lune !

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 En hommage à Franco Basaglia,  l’Academia della Follia a présenté

« La luce di dentro, viva Franco Brasiglia» une pièce de Gianni Fenzi, mise en scène par Giuliano Scabia avec la collaboration de Claudio Misculin.

Marco Cavallo, le grand cheval bleu, est devenu le symbole de la libération des hôpitaux psychiatriques en Italie, qui a abouti à leur fermeture avec la loi 180 de 1978. Nous serions naïfs d’imaginer que depuis, tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais la dynamique amorcée par Brasiglia avec son équipe, se poursuit notamment avec le travail de l’association Européenne du Futur Composé dont le but est de défendre une psychiatrie à visage humain.

 Celui qui souffre dit-on est malade. Evidemment si vous vous  accrochez à une vision très ordonnée de la vie où il serait bienvenu de fermer les yeux face à la misère parce que ce n’est pas beau, pas propre, pas publicitaire et pas convenable et qu’avec le curriculum vitae de nos problèmes, en paraphrasant Tartuffe, une petite voix surenchérit : «Cachez donc cette douleur … », passez votre chemin.

 Il y a pourtant des gens qui prétendent que pauvres, moches ou malades ou chômeurs, nous sommes encore des humains aux ressources insoupçonnées. Leur message c’est la tolérance qui nous parle de société où il faut lutter sans arrêt contre nos préjugés et nos réflexes primaires de protection et de sécurité.

 

Nous pourrions, s’agissant des comédiens de L’Academia della Follia, mettre entre  parenthèse «qui souffrent de troubles mentaux». Tous les artistes savent très bien que dès lors qu’ils rentrent en scène, ils oublient leurs problèmes physiques ou moraux, ils ne sont plus les mêmes, ils jouent, ils sont leurs personnages. Le spectacle auquel j’ai assisté était juste et criant de vérité, sans esbroufe, naturel. C’était un  bonheur d’écouter ces artistes nous raconter l’histoire de Brasiglia en français avec l’accent chantant de l’italien. Du théâtre à l’état pur, sans une pointe d’académisme, ce qui ma foi, fait du bien aux tripes.

 

Ce spectacle honore tous les serviteurs de l’Association du Futur composé qui poursuit son action en faveur des personnes autistes et handicapées mentales et par la même enrichit le regard des spectateurs qui ont tant besoin des artistes d’où qu’ils viennent, pour exister.

 Artistes, malades, psychiatres paraissent solidaires de l’entreprise et c’est important en dépit des controverses sur le terrain et les idéaux de chacun. La vérité sort de la bouche des enfants, elle s’est exprimée, le jour de cette représentation, par la voix de spectateurs reconnaissants. L’objectif du Futur Composé d’amorcer une dynamique européenne est bien engagé. En tant que public même profane, nous ne pouvons que soutenir son action.  

 

Paris,  le 1er Octobre  2011                            Evelyne Trân

CINQUANTIEME FESTIVAL MONDIAL DES MARIONNETTES DE CHARLEVILLE MEZIERES

Eh oui c’est déjà du passé, le festival des Marionnettes de Charleville Mézières s’est déroulé du 16 Septembre au 25  Septembre 2011, cette année. J’ai eu la chance d’y faire un tour deux jours seulement, mais cela m’a suffi pour éprouver l’ambiance extraordinaire, un peu enchantée de la ville à ce moment là. Un coup de baguette magique assené par les organisateurs pour faire de cette belle ville trop sage aux dires de ses résidants, le rendez vous international des marionnettistes. Un coup de baguette magique qui doit beaucoup au labeur et à la ferveur des carolomacériens, c’est le nom des habitants, dont la plupart sont bénévoles et offrent même le gîte aux artistes.

 Parce qu’ils savent qu’il est unique, ce festival, et que c’est une occasion trop rare, pour les petits et pour les grands  de pouvoir s’inviter aux spectacles de rue, aussi naturellement que l’on se rend à l’épicerie ou chez le coiffeur. Certains spectacles ont cela de fabuleux qu’ils paraissent à portée de main, et cela tombe bien puisque tout est question de mains et de délicatesse pour donner vie à des petits personnages capables de nuancer sans paroles, juste parfois avec un peu de musique, toutes sortes de sentiments et de désirs. Les marionnettes savent tout faire, jouer du piano, faire du patin à roulettes, cracher du feu etc…

Les marionnettes deviennent les ambassadrices des artistes à petites ou à grandes voix. Certains spectacles nécessitent un grand échafaudage, d’autres seulement 2 M2 de trottoir, mais cela ne les empêche pas de communiquer justement à travers les spectateurs et de se renvoyer la balle.

Il y a depuis toujours, un trait d’union entre le théâtre d’ombres et celui de marionnettes. Cela doit remonter au temps ancien, à une époque où il n’y avait pas encore le cinéma. Quand le mouvement créait l’image, bien sûr que cela ne date pas d’hier. Grâce au spectacle « Y es Tu ?» de la Compagnie s’appelle reviens, sans complexe,  la ménagère de 50 ans peut retrouver ses premières émotions enfantines. Alice Laloy scénographe et plasticienne explore le thème de la peur de façon poétique et déroutante, n’usant que des artifices de l’attrape-ombres. Marionnettistes, projecteurs, contrebassiste, et même un enfant sont conviés à projeter un rêve collectif qui laisse pantois le public.

Cela trépide dans tous les sens, et cela reste inatteignable, des mains qui surgissent d’un panier, un pouce, une pomme, un loup qui aurait une tête de grand-mère. L’on songe aux recherches de Mélies tant le spectacle semble rattrapé par sa volubilité créatrice.

Cela dépasse les bornes de notre imagination de sorte qu’on finit par ne  plus savoir qui de la metteure en scène, des marionnettes ou des artistes font la loi dans ce théâtre.

 Dans un autre registre mais qui rentre cependant dans le cadre du théâtre d’ombres, j’ai assisté au milieu de la foule rassemblée dans l’immense et imposante Place Ducale (il parait qu’elle est sœur de la Place des Vosges à Paris) au spectacle halluciné de Luc Amoros, « Page Blanche ». Sur un  échafaudage géant, des travailleurs du bâtiment, attachés à la ceinture, courent au milieu de neuf toiles en peignant frénétiquement des fresques sur des pages qu’ils arrachent en lambeaux, au fur à mesure comme des colleurs d’affiches. Ils donnent de la voix également, en s’accompagnant de morceaux de  musique conjecturale, montagneuse, ténébreuse ou volcanique, le tout en jouant de leurs ombres qu’ils manient en coups de pinceaux délirants.

Ces artistes font penser à la jeunesse éternelle tant leur fougue semble sortir de braises immémoriales associant aussi bien les aborigènes (dixit le réalisateur) que l’énergie mythique des civilisations antiques. Bâtisseurs de rêves, oui, au propre  et au figuré devant un public médusé qui lève les yeux au ciel, étonné d’ être au milieu de tout ça, réuni sur le même tableau d’une Place Ducale qui retient son souffle, la gorge nouée par l’émotion.

 Les programmateurs  du festival travaillent déjà pour le prochain qui va avoir lieu dans deux ans. Il ne faut pas manquer le rendez vous. C’est unique, une sorte de foire magnétique pour tous les manipulateurs de marionnettes qui si elles n’empêchent par la terre de tourner, savent bien faire tourner celle d’un public devenu de plus en plus demandeur. Puisque le public fait la manche, il sera toujours le bienvenu à Charleville Mézières !

 Paris le 6 Octobre 2011

 

Evelyne Trân

 

 

 

 

 

Le Colonel suspicieux de et par Marc-Henri Lamande au Colombier – 20 Rue Marie-Anne Colombier 93170 BAGNOLET

Scénographie et création musicale de Marc ROQUES

Les vendredi 30 Septembre, samedi 1er Octobre à 20 H 30 et le dimanche 2 Octobre à 17 H.

 Magistrale interprétation, hier soir, du Colonel suspicieux par Marc-Henri LAMANDE.

 C’est dans les entrailles d’une solitude époustouflée, soufflée, broyée comme du verre que nous conduit l’acteur via ce personnage énigmatique, un colonel à la retraite qui dresse un bilan ostentatoire d’une vie tracée à l’aveuglette.

  Dans le dortoir de ses catacombes, les mots qu’il soulève deviennent d’inquiétants insectes qui se fondent avec leurs ombres et se piègent volontairement.

 Comme si les mots lui tombaient dessus, il les porte à sa bouche : il entend se faire bouffer lui même par les mots. Etale la ligne d’horizon jouxte pourtant avec l’émotion.

 A travers ce voyage où les mots comme des wagons vides foncent vers le néant, c’est notre inconscient qui est sollicité; alors la fissure autour de l’anse parapet d’une  phrase versée à la louche, devient l’indicible fente ou la prière et les mots qui grommellent au bout des mains gantées du Colonel suspicieux et facétieux, retrouvent leur versant comique.

 A bout de bras, des mots comme carnage, folie ou espoir s’ils ne paralysent pas celui qui devient leur pâte molle ou celui qui plonge ses mains dans le limon pour se saisir lui-même, quitte à se défigurer, sans doute reprennent-ils le chemin de terre gorgée de sang et de fumier.

 La stature du colonel, pourtant, en fait un personnage inavoué qui refuse de rompre avec l’absence, sa propre absence. Ce n’est pas étrange, il y a une porte ouverte, la sienne, car après tout, être une porte c’est quelque chose. Oui le colonel est une porte avec son encoignure, ses angles, son haut de forme, son habit. Cela devrait suffire, une porte qui marche avec des yeux, un menton et un œil de bœuf. Cette porte fait de la musique impressionniste avec Marc Roques, tandis qu’un poulet embroché dans une rôtissoire à droite de la scène,  imperturbable dit seulement : suivez l’odeur.

 Les mots à la renverse relèvent le Colonel. Dans la soupe de l’univers, qui sait, un marchand d’étoiles sera fort aise de brouter quelques unes de ses phrases à l’aune de leur diseur. Comme ça fait plaisir, des mots qui jouent à la marelle avec un Colonel !

 Paris, le 2 Octobre 2011                      Evelyne Trân

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce que le monde sait qu’il me parle ? par la Compagnie Ktha

Spectacle pour un container, 2 acteurs, 1 vidéo projecteur et 100 poupées

 Au festival Mondial des Théâtres des Marionnettes de Charleville-Mézières du 16 au 25 Septembre 2011

 Paumé au milieu de la superbe Place Ducale de Charleville-Mézières, le container, couleur bleue cire, a piètre mine et il faut l’avouer n’attire pas les curieux qui courent dans tous les sens pour assister aux petits spectacles de marionnettes de rue qui enchantent leur ville, tous les deux ans grâce à leur festival.

 Et pourtant cet objet ingrat a trouvé sa place au sein du festival parce qu’il parle. Il est auréolé d’une belle phrase peinte en blanc : Est-ce que le monde sait qu’il me parle. L’on ignore qui en est l’auteur. Toutes seules, les lettres qui dansent au soleil pourraient faire figure de marionnettes pour faire se venger Rimbaud de ses propres lettres qui stagnent encore quelque part dans les ruelles de nos enfances.

 C’est avec une petite appréhension que les spectateurs s’engouffrent dans cette poubelle en tôle, ils ont peut être à l’esprit que ce genre d’objet peut être hissé sur un bateau, qu’il représente à sa manière une malle qu’ils vont habiter, l’espace de 40 minutes, pour écouter la plaidoirie d’un ailleurs ou des ailleurs en frange si souvent occultés.

 « Suis-je donc moi aussi un  cobaye ? » se demande le spectateur qui est assailli d’emblée par le dévergondage de deux acteurs en habits de travail, venus réciter tout ce que notre environnement nous sert en termes d’étiquettes, de consignes, publicités, annonces enregistrées, papiers gras, formules de politesses, et j’en passe…

 Au fur et à mesure qu’ils écoulent les petites phrases bien peignées qui assurent notre quotidien, et notre mode d’emploi, de grosses poupées à poil mais en tissu tombent de la lucarne et s’affaissent dans un bruit glauque. Cadavres exquis, pas si sûr, ces poupées flasques ne sont que des sacs insignes qui ne comprennent rien, aussi vides de sens qu’un drapeau humain planté sur la lune.

 Les deux personnages qui empruntent l’allure d’employés robots sont juste en train de nous dire que nous passons notre temps à  nous faire avoir par des mots qui parlent à notre place, à tel point que bientôt, il ne sera plus nécessaire de remuer sept fois notre langue avant de parler, ni de mettre des cailloux dans notre bouche pour apprendre à bien articuler, nous n’aurons plus besoin que de réciter d‘une voix blême ce qu’on nous aura appris, assené cent fois par jour, à la télé, au cinéma, sur les pancartes publicitaires.

 Ce qui nous guette au final c’est de devenir les domestiques de robots étincelants et bientôt la différence sera nulle, nous ne saurons plus qui du robot qui de l’humain  parle. Au secours, a-t-on jamais vu un robot se suicider ? Si, dans « 2001, l’odyssée de l’espace » de Kubrick, espoir un peu hard mais tout de même.

 Une allusion qui fonctionne quand soudain la porte du container – vaisseau spatial – s’ouvre, c’est vers l’infini que semble se diriger l’employée domestique …

 Face à cette vision désincarnée du monde, pince-sans-rire, les acteurs deviennent presque fluides, ce sont leurs larmes étoiles qui rayonnent. Oh, juste une image, juste un confetti bleu, tombé du ciel, un détail pour nous emporter, dire que nous sommes libres de créer notre monde.

 Après cette petite saignée de mots, nous savons bien que nous replongerons dans le monde des étiquettes mais il y a encore tellement de choses à faire, n’est ce pas,  pour se réveiller de notre torpeur. C’est le paradoxe d’une telle mise en scène où les spectateurs sont partie prenante d’un discours qui leur appartient de ranimer.

Voilà un spectacle de qualité, substantiel et généreux, servi par de remarquables comédiens !

 Paris, le 28 Septembre 2011

      Evelyne Trân

Habemus papam, un film réalisé par Nanni Moretti avec Michel Piccoli

Sortie en salles le 07 Septembre 2011 Durée 1 H 42

 Comment une image, des images peuvent-elles rendre compte d’une émotion partagée par une foule humaine. L’on imagine volontiers le cinéaste fondu dans la foule, happé par sa propre caméra dans une vertigineuse descente, s’évanouir un instant comme s’il avait été meurtri égratigné par un caillot de souvenir, venu en trombe brouiller son paysage et laminer sa raison. Où suis-je ?

 Le personnage de ce quidam égaré mis en scène par Nanni Moretti raconte, témoigne d’une extraordinaire confusion mentale où se meuvent se côtoient tant de désirs et d’émotions anonymes que tout à coup surgit comme un indésirable celui qui découvre qu’il doit choisir entre son individualité propre et le rôle qui peut lui être assigné.

 Cette trace humaine qui subsisterait au-delà et malgré le poids de cette tour de Babel censée juguler le génie humain, le cinéaste l’explore sur un visage d’homme devenu une éponge parce qu’il a beaucoup vécu, un visage qui ne peut plus se retenir  parce qu’il a entendu qu’il va être statufié, momifié pour devenir l’idole d’un peuple, d’une religion fût elle sa propre religion.

 A dessein, Nanni Moretti ne parle que de lui-même, il n’a pas d’autre message que sa propre résolution d’images, qui se heurtent d’elles mêmes, parce qu’elles sont les lieux où soit les discours glissent, soit reprennent la chandelle en gravissant les peines par hoquets et  poufs de désespoirs ou d’espoirs parce qu’on peut chanter dans la rue et parler comme Tchékov dans un bar.

  L’humain en partage, soit ! Le rituel de l’élection d’un pape vécu comme une mascarade avec des cardinaux aussi attendrissants que des poupées fanées qui jouent une pièce et qui ne sont pas de bons acteurs. Le cinéaste, par provocation, semble avoir soufflé à ces curieux personnages d’être mauvais dès lors qu’ils sortent de leur rôles ou bien parce qu’ils ne savent pas qu’ils sont filmés chacun par le regard de l’autre ou qu’ils en ont pris le parti, comment faire autrement. La fatalité ? Dire qu’il vient s’émousser ce sentiment de fatalité par celui qui dit non, leur confrère qu’ils viennent d’élire pape.

 La pièce qui été relue et jouée tant de fois,  vient de prendre l’eau. Les cardinaux n’ont plus de partition et l’acteur qui vient de leur faire faux bond, surpris par sa propre réaction, parce que le cri qu’il vient de pousser n’est pas prémédité, va pouvoir vivre enfin un brin d’une partition attachée à l’enfance, juste un sentiment de liberté.

 Nanni Moretti qui joue le rôle du psychiatre, s’amuse à faire tinter et s’agiter un trousseau de clés hétéroclite –  psychanalyse, bible, sport, théâtre – mais il n’y a pas de clé qui vaille. Le cri de douleur de l’homme qui n’entend pas devenir un guide ‘Ni Dieu, ni maître» pour dire seulement « Je suis un homme », ce cri ramassé à travers un être qui choisit d’ être humain parmi les humains plutôt qu’un dieu, voilà ce qui est ressenti grâce à l’humble et bouleversante interprétation de Michel Piccoli, à fleur de peau. C’est un film magnifique, c’est tout.

 Paris, le 17 Septembre 2011

      Evelyne Trân

LE LAVOIR, un tableau vivant à voir à l’Epée de Bois du 20 Septembre au 2 Octobre 2011 à 21 Heures

Texte de Dominique Durvin et Hélène Prévost . Mise en scène Brigitte Damiens .Une création de la Compagnie Théâtre et Toiles au Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie – Route du Champs de manœuvre -75012 – Paris

 Un portrait éblouissant de femmes à l’Epée de Bois. Eblouissant, comme l’eau qui bout au soleil, une sorte de tableau vivant traversé en trombe par une colonie de lavandières sous l’égide de  la Liberté d’Eugène Delacroix.

Les spectateurs ont devant eux, de plain-pied, un lavoir et croient rêver. Ont-ils gardé trop longtemps l’œil fixé sur la peinture de Delacroix, de sorte que les voilà pris au piège d’une hallucination collective. Ce tableau n’a rien à envier à celui de Delacroix, il est sublime. Et en plus, il parle, il chante, il danse.

La scène comme une véritable toile, oui, grâce à la mise en scène inspirée de Brigitte Damiens, le talent de la scénographe et costumière de Laurence Bruley, qui font de cette création, une sorte d’opéra  à mains nues. Car la beauté du spectacle est naturellement portée par l’émotion qui saisit les entrailles des comédiennes, à l’aube d’un évènement tragique, la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France, le 3 Août 1914.

Nous n’assistons pourtant qu’à une journée ordinaire de lavandières si rompues à la tâche qu’elles pourraient l’exercer les yeux fermés. Frotter, laver, battre le linge, c’est très physique mais ça n’occupe pas entièrement l’esprit. Joindre le geste à la parole ? Laver, laver la vie en somme. Eternel recommencement, l’œil rivé sur les salissures, avoir la tête qui s’étourdit sous le feu du soleil. Toujours le même manège, toujours les mêmes soucis qui rôdent : la misère, les mômes, le mari etc. Les lavandières s’émulent, elles ont toutes des chagrins, des rêves  cachés. Pour égayer leur travail monotone, elles papotent, se chamaillent,  et se racontent leur vie. Les peines et les joies qu’elles trimballent comme des paquets de linge autour de la taille ou sur le dos, finissent par épouser leurs gestes, leurs manières, leur combat et leur révolte.

Comment ne pas espérer que toute cette énergie qui se dégage de ces femmes, du déballage du linge sale à l’étendage du drap propre, puisse servir aussi à la prise de conscience de leur rôle dans la société. Cette réflexion, elle est au cœur du travail, d’une certaine vision du travail dans la société, elle peut devenir véhémente. Elle est incluse dans la mémoire des corps, elle résonne à travers eux et se poursuit de génération en génération. Le corps pourrait-il guider l’esprit ? Oui, lorsqu’il n’est plus assimilé à une bête de somme. Quelle mouche les pique donc, ces lavandières qui en viennent à se trémousser ou à chanter en plein labeur ? Le compositeur méditatif qui joue du hang, un instrument à percussions, semble improviser au fur et à mesure, par petites notes, par petites perles de sueur, réfléchissant, tel un zeste de soleil, chaque geste, chaque parole, bruits et silences de cette grande lessive. Il s’agit d’une création exigeante, travaillée vive que je salue sans réserve et avec admiration. Un tableau vous dis-je, plus qu’épique ou impressionniste, une vision, étourdissante !                                                                                

Evelyne Trân

L’arbre poète

Avez-vous déjà vu un arbre marcher dans la rue ? C’est un arbre qui rêve, voyez-vous et qui a pris l’habit d’un homme mais il ne faut pas s’attarder aux apparences. Après tout un homme peut bien se cacher dans un arbre et réciproquement un arbre se prendre pour un homme.

 Ah j’ai vu ça, l’autre jour, quand j’attendais le bus. J’ai vu un arbre traverser la route. Je lui ai crié :

– « Attention, attention, tu vas te faire écraser par une voiture.

 – Et pour qui me prends tu, m’a répondu l’arbre, je suis un poème. Où as-tu vu que les voitures écrasent les poèmes !

J’ai soupiré et j’ai dit :

–  Elles écrasent bien les pigeons, ah Monsieur l’arbre, vous trichez, la vie n’est pas si drôle que ça.

Alors l’arbre m’a répondu :

– Je fais ce que je veux et je vois des choses que tu ne voies pas. C’est point d’arrêt sur une image que celle d’un oiseau mort. C’est moche. Mais toi et moi nous savons bien que s’il n’y avait plus d’oiseaux qui chantent, nous serions bien handicapés. Ah tous les chants des oiseaux morts disait Francis Blanche, grâce à eux, je traverse la route.

– Où vas-tu ?

– Simplement ramasser un poème tombé dans la rigole. Je le lirai demain dans un de tes songes »

 Evelyne Trân

 

 

LA NUIT DERNIERE De Christian Morel de Sarcus au Théâtre du NORD OUEST- 13 Rue du Faubourg Montmartre 75009 PARIS

Nouvelle mise en scène de  Mag

Mercredi 21 Septembre 2011 à 21 H 45  Dimanches :  25 Septembre 2011 à 17 Heures et 2 0ctobre à 12 H 30

 

Avec: Valentin Terrer, Romain Jouffroy, Marine de Gouvello, Florian Bernard, Alain MIchel, Antoinette Guédy, Svétlana Malkovic, Gérard Cheylus, Martine Delor, Cécile Descamps, Evelyne Sellès…Distribution en cours

 

 Ceux qui connaissent la grande salle du Théâtre du Nord Ouest seront d’accord pour dire qu’elle se prête à ravir aux drames et atmosphères chimériques, drapée d’obscurité avec des parfums d’alcôves où l’on devine à chaque coin deviser Baudelaire avec Shakespeare, ou Musset avec George Sand.

La programmation du Théâtre du Nord Ouest est tellement riche que l’on se demande si ceux ne sont pas ses murs eux-mêmes qui imposent leur altière et humble étrangeté aux comédiens qui s’y frottent.

L’auteur de la Nuit dernière, investi de cette lumière, parcourt la scène comme s’il tenait entre ses doigts un  verre qui contiendrait déjà quelques siècles et qu’il ne doit surtout pas renverser puisqu’il est porteur de l’âme de sa pièce.

S’affranchir de la pudeur, tel est l’enjeu pour un auteur qui ne joue pas mais est en train de revivre, un drame, l’histoire d’un divorce.

 L’homme frappé de plein fouet par ce qu’on pourrait appeler un coup du sort – Racine ou Corneille, en effet ne sont pas loin – réussit à travers une prose qui reste limpide, à faire parler les différents protagonistes d’une famille dont il devient le principal accusé, le principal coupable.

 Qui est l’auteur de ce drame que je suis en train de vivre ? Assailli, pointé du doigt par la fille, le fils, la mère plus que l’épouse, voici le père qui tombe de son piédestal. A genoux, il voit se relever à ses côtés, celui qui va faire office de mauvaise conscience, un polichinelle venu l’inonder d’un breuvage infesté de vilaines pensées. Byron et Shelley se disputent ce polichinelle terriblement cynique, qui dresse le portrait d’un fou de solitude. Croyez-vous possible, à notre époque machiavéliquement  matérialiste, d’invoquer Byron sans faire rire l’auditoire?

A ceci près que les sentiments et les vagues à l’âme résistent à la mode. Plus nous les croyons éloignés de nous, plus volontiers ils   règnent quelque part dans la soucoupe ou le ciboire d’un rêve, d’un fantasme.

A cet égard, le mot rêve souffre d’être tellement prononcé qu’il vaut mieux se pencher sur certaines peintures pour l’évoquer. Dans ce spectacle, chevauchent des scènes entoilées qui rappellent les fêtes galantes de Watteau et les femmes voilées de Gustave Moreau.

Tout de même, nous ne sommes pas à l’église, ni dans un musée, et la mise en scène manque parfois de vivacité. L’interlude du cocktail mondain, trop long, est de nature à impatienter des spectateurs qui, ne l’oublions pas,  sont tenus de rester immobiles. Certains comédiens donnent parfois aussi l’impression de réciter leur texte.

Mais il s’agit d’une pièce qui a besoin d’être jouée et qui ne peut que devenir meilleure au fil des représentations.

L’auteur ne manque pas d’audace dans sa manière de traiter une affaire familiale. S’agit-il d’un texte à messages ?  Quelle imbécile question ! L’auteur a tout simplement des choses à dire. Maintenant c’est aux spectateurs d’être au rendez vous. En 2011  il y a encore des écrivains qui ont la foi en l’écriture, pour le pire et le meilleur comme dans la vie et le mariage. Amateurs de risques épistolaires, prenez en de la graine, et soutenez ces travailleurs qui cherchent des lettres d’or !

 Paris, le 12 Septembre 2011

 Evelyne Trân