En attendant Godex, une comédie de Corneliu Mitrache au Théâtre de l’Orme. Mise en scène de Giovanni Savoia, assisté de Renato Ribeiro

Au théâtre de l’Orme, 16, rue de l’Orme 75019 PARIS  Du 11 Novembre 2011 au 28 Janvier 2012, à 20 H 30, les vendredis et samedis .

Avec Sandra Everro, Stephan Ropert, Nadia Chibani, Giovanni Savoia, Rénato Ribeiro.

N.B.  Corneliu MITRACHE et toute l’équipe du spectacle étaient les invités de l’émission « Deux sous de scène « , samedi 19 Novembre 2011, que vous pouvez écouter ou télécharger pendant une semaine  (Grille des émissions de Radio Libertaire 89.4).

Si vouliez faire un remake de l’histoire d’Adam et Eve chassés du Paradis, peut être pourriez-vous faire appel à Corneliu Mitrache, un dramaturge Roumain, qui n’a pas la langue dans sa poche. Adam et Eve s’ennuyaient, ils souffraient d’un mal insidieux qui s’appelle l’ennui, susceptible d’atteindre aussi bien un roi dans son palace  qu’une bergère au milieu de ses moutons. Si vous vous dîtes que vous attendez quelque chose, alors effectivement, vous risquez de vous ennuyer.

Occuper le temps de l’attente et comment ? Les deux personnages vagabonds, Pipi et Sissi  qui illustrent cette angoisse, ne peuvent plus se regarder dans le blanc des yeux, ils ont cessé de se désirer, ils font semblant. La seule pomme qu’ils pourraient grignoter est enfermée à clé dans une cage et Sissi, langoureuse mante religieuse, rampe lamentablement sur le sol,  en léchant de façon lubrique, chacune de ses vingt cartes de crédit, telles des reliques, des os de poulet ou des déesses tombées de leur piédestal.

Dans le fond, c’est le conte d’Aladin et la lampe merveilleuse à l’envers. Quand  la lampe s’écrase sur le sol, à la suite d’un crash boursier. Sissi, Pipi attendent Godex comme le sauveur, celui qui va  les sortir du pétrin. De par le monde, tant de figures se  targuent de sauver leurs prochains qu’il suffit de laisser pendre sa main dans le vide pour en rattraper une. C’est alors qu’apparait Godex, un méchant Aladin, un cynique marchand qui distribue récompenses et châtiments en jubilant de voir ses ouailles se repentir de n’être que les jouets de l’injustice humaine. Exaspérés, Pipi et Sissi, vont finir par le tuer. « Dieu est mort » « Godex est mort ». Gratifiés de cette victoire sur eux-mêmes, Pipi et Sissi font la fête. Ils se retrouvent la tête en bas, aussi malheureux qu’avant Godex.

Vous l’avez compris, il s’agit d’une pièce philosophique qui brasse un grand nombre d’interrogations. Mais au-delà de la réflexion, le spectateur est remué par les délires des personnages. Pour faire contraste aux dépressifs Sissi et Pipi,  Corneliu Mitrache sort de son chapeau Godex,(Giovanni Savoia)  aussi démoniaque que Jules Berry, Poponet,  une draw queen (Renato Ribeiro), explosive,  une miss,
Miss Godex ( Nadia Chibani) , aussi mordante qu’appétissante, sans oublier le squelette, Smiley, par la bouche duquel Poponet  nous offre un monologue inspiré, digne d’Hamlet.

C’est le paradoxe de ce spectacle de marier la réflexion à la dérision et la farce. Il y sourd une révolte des âmes assassinées qui trouvent néanmoins la force de se moquer d’elles-mêmes. Sandra Everro, Sissi, et Stephan Ropert, Pipi, compose un couple extrêmement attachant. Ils sont remarquables. Avec cette pièce, Corneliu Mitrache prend non seulement la suite de Beckett, mais aussi la relève des questionneurs de la condition humaine, tels que Tchekhov ou Dostoïevski, avec une sourde tendresse. Ses personnages sont vivants, il les a, à coup sûr, rencontrés, nous les avons rencontrés. Leur « A quoi bon » qui roule jusqu’au bout de la scène comme cet enfoiré, homme de paille Godex, nous laisse entrevoir plus qu’un trognon de pomme, cette idée qu’il faudrait avoir un peu pitié de nous-mêmes. Et ça, ça ne se monnaye pas.

 La mise en scène est la hauteur du texte, rythmée et chaleureuse, limpide. La scène devenue lieu de vie, de disparates insectes, égarés dans le dépotoir des nouvelles du monde, pages de journaux écornés, lit en carton d’emballage, nous rappelle que nous aussi, nous marchons dans la rue, ne serait-ce que pour attendre le bus. Mais où est passé Godex ?

 Cette pièce écrite, il y a plus de vingt ans, représentée à New York, est une réaction de Corneliu Mitrache à la lecture d’ « En attendant Godot ». Y a-t-il un après Godot, que se passe-t-il à la fin de l’attente ? Mitrache n’emprunte pas le discours politique pour exprimer sa propre expérience : « Beckett a jailli des cendres de la Secondes Guerre mondiale moi de celles du communisme. Je suis bien placé pour connaître l’espoir et l’attente ». Mais ce besoin de transmission comme une courroie nous soulève et nous surprend parce qu’il raccorde l’individu à ce qui le dépasse. Et le monde ? Et les autres ?

 Je ne saurais trop recommander aux amoureux du théâtre d’aller voir cette pièce  inspirée, émouvante et cocasse, pour découvrir un auteur vivant, eh oui, ça existe, et des intermittents du spectacle qui méritent, sans réserve, l’encouragement puisqu’ils entretiennent notre flamme, en attendant Godex !  

 Le 13  Novembre 2011

 Evelyne Trân

 

 

 

CANDIDE, spectacle masqué d’après Voltaire, par la Compagnie Zéfiro Théâtre, au Théâtre de Ménilmontant – 15, rue du retrait 75020 PARIS –

du 1er au 23 Novembre 2011 Du mardi au jeudi 21 H

Mise en scène : Rafael Bianciotto. Adaptation/Dramaturgie : Isabel Garma. Collaboration artistique : Mario Gonzalez Musique : Jean-Luc Priano. Masques : Etienne Champion.

Avec Bénédicte Budan, Anne-Dominique Défontaines, Nicolas Biaud-Mauduit, Alain Khouani/Rafael Bianciotto en alternance, Pascal Rousseau(Tuba), Nicolas Naudet(Clarinette), Jean-Luc Priano(claviers)

Candide, c’est peut-être l’ovni qu’il y a en chacun de nous, à condition de se mettre un masque, bien sûr. Suis-je donc si bête pour ne pas comprendre dans quel monde, j’ai atterri ? Et dire que Voltaire a arraché une plume à son savoir gigantesque pour la suspendre entre les lèvres balbutiantes d’un étonné qui ne demande qu’à boire les paroles de son révérend précepteur Pangloss, censé battre en mesure chacune des découvertes de son disciple, dont on ne sait d’où il vient, d’où il sort.

A moins qu’il ne soit une sorte de batard, un morveux de père inconnu et victime idéale des bien nés. Pauvre type, pauvre con, tu es et le resteras, alors accroche toi bien à la longe de mes connaissances, chante Pangloss.

Mais suffit-il d’avoir bu au biberon, Aristote, et les théorèmes de Pythagore et les contes de la mère de l’Oye pour s’en sortir dans la vie ? Candide, à l’adolescence, est chassé du paradis, « le château deThundertentronck », pour avoir donné un baiser à la bien née Cunégonde, aussi candide que délurée. Et le trio des musiciens de la vie, très opportunistes n’auront de cesse ensuite de changer de chapeaux pour trousser le valeureux Candide, démasqué par son ignominieuse candeur.

A moins que ce soit le monde qui soit affreux. Candide a des allures de Tintin avec le béret de journaliste de Voltaire qui entend dire qu’à travers le monde règne l’enfer, la barbarie, les atrocités de la guerre et voit s’enfoncer dans la vase la plupart des belles croyances. Il tombe de haut, le candide Voltaire avec son bâton d’idéal de tolérance. Le voilà devenu tout crémeux de bouse pour ne pas dire de « merde » ce fieffé bâton de la vie.

Au théâtre, pour mimer les rocambolesques mais véridiques mésaventures de Candide, la compagnie Zefiro théâtre s’en donne à cœur joie, pourfendant à travers leurs masques, les banderoles des imbécillités humaines. Les masques dont se dotent les comédiens débordent de vitalité, telles des excroissances impitoyables de nos pensées belles et méchantes. Ils sont aussi fabuleux que des personnages de Fellini.

Quel bonheur aussi que l’orchestre (tuba, claviers, clarinette et tambour) des trois musiciens comédiens, à l’embouchure de la scène, qui renouent avec le tintamarre de nos estomacs, en passant du Tango au Fado, en inventant tout ce qu’il est possible d’imaginer, sous le vent et les moulinets de Candide, en jouant aussi bien d’une truelle que d’une clé à molette. Ça bricole sec !

« Il était un joli navire » A travers ce voyage peut être un peu long, notre bon sens n’est pas ébranlé. Nous avons appris que notre Candide a tué trois hommes, il ne l’a pas fait exprès, que la délicieuse et coquine Cunégonde, violée et ancienne esclave est devenue acariâtre. Et voilà que nous soupirons d’aise, la vie accorde sa retraite à Candide qui annonce qu’il va enfin pouvoir cultiver son jardin ! La vie, à votre avis ?

Car ce conte hautement philosophique, n’est qu’une supercherie de Voltaire qui prête sa candeur à Candide. Si vous êtes comme Saint Thomas, qui ne croyez que ce que vous voyez, allez voir ce spectacle endiablé, à croire que Voltaire transpire encore sous nos voûtes célestes ! Quelle mouche a donc piqué ces artistes ? Vous pourrez fort bien imaginer, sous l’un de ses masques, Voltaire sur scène, en personne. Il bat les planches, Voltaire, au théâtre de Ménilmontant, et il est surprenant !

Le 11 Novembre 2011

Evelyne Trân

 

 

 

 

L’importance d’être Wilde de Philippe Honoré au Théâtre du Lucernaire

d’après l’œuvre et la vie d’Oscar Wilde Mise en scène de Philippe Person Avec Anne Priol, Emmanuel Barrouyer et Pascal Thoreau

Du mardi au samedi à 20 H, le dimanche à 17 Heures

 Il est pour le moins cruel le scénario de la vie d’Oscar Wilde. Dans cette toile terrestre où la Société à tête d’araignée laisse circuler ses futures proies qui s’appliquent à faire frissonner et étinceler ses fils, dans la bouche de l’auteur du portrait de Dorian Gray, l’expression « La vie ne tient qu’à un  fil »  devient solaire puisqu’il est  allé au bout de son fil, Oscar, éperdument.

Par goût du vertige, sûrement, Oscar a tendu la main à sa propre
ombre, celle- là même qui lui a permis d’écrire parce qu’on n’écrit jamais qu’avec ses pattes de mouche. Quand par bonheur, il a éprouvé qu’il n’y avait pas de raison de séparer son œuvre de sa vie, sachant qu’il n’y a pas de vibrations qui échappent au mouvement de la toile de la Sainte araignée.

A qui profite le scandale ? On a du mal à imaginer l’émotion qu’a suscitée l’annonce de l’emprisonnement d’Oscar pour crime d’homosexualité, dans les milieux mondains et intellectuels à la fin du 19ème siècle.Comment peut- on être, à  la fois, un artiste génial et un fauteur des bonnes mœurs ? Faire tourner la tête de l’araignée, allons donc, croyez-vous que c’est possible ? Opiner du chef et comment ? A cette époque aussi, il y eût  le scandale du Capitaine Dreyfus. Gobineau avait écrit son essai sur l’inégalité des races humaines. La France, l’Angleterre étaient en pleine expansion coloniale. Les femmes venaient d’obtenir l’autorisation de passer le baccalauréat. Elles affichaient sur les photos leurs superbes crinolines. Il n’y avait pour se distraire, ni radio, ni télévision, ni cinéma mais il y avait le théâtre  et les cabarets pour nourrir et dégourdir les cœurs de cette brave Société, pour le moins privilégiée. Et c’est cette même société  qui a porté aux nues Oscar, avant de le descendre.

Nous n’aurions pas fini d’explorer la  toile et les convulsions dont se pare notre épiderme. Ne sommes-nous pas tous fils de ou d’un tel.

Sur la scène du Théâtre du Lucernaire, un grand cadre affiche
une multitude de photos, une sorte de mille feuilles qui tenterait d’exprimer,toutes lueurs confondues, l’histoire d’une folie. En piste donc Oscar Wilde, On peut jouer ta vie sur un air d’accordéon, semble dire le metteur en scène qui a choisi la  carte postale pour t’évoquer .

Oui, Oscar était une célébrité, ce genre d’excentrique qui fait la une dans les journaux à sensations.   Il est devenu un mythe pour les littérateurs .Les mythes ça ne court pas les rues, tous les trophées partent chez les musiciens et stars de cinéma. Mais avec Oscar, nous sommes servis parce que cet artiste est un drôle d’animal. Il est jeune, amoureux, libre penseur.  Il ne demande qu’à disposer de son corps et de son esprit. Il court encore Oscar, il court encore car il n’y a aucune étiquette qui puisse lui coller à sa peau.

 Enfin le spectacle, plutôt gai, nous suggère que la vie fût-elle celle d’Oscar, tombe sous le sceau de la comédie. Distrayons-nous des bonheurs et des malheurs d’Oscar sans arrière-pensée. Après tout, nous sommes au spectacle, au théâtre. Mieux vaut en rire qu’en pleurer, ta vie ne fut qu’un prodigieux et lancinant vertige.Sous le vent de tes textes éparpillés, ton portrait louche encore, cher Oscar, à l’aube d’un sourire. Celui que t’accorde, sans esbroufe, la compagnie Philippe Person, en
une joyeuse fête animée de cet invulnérable  aphorisme : Les folies sont les seules choses que l’on ne regrette jamais.

Le 6 Novembre 2011

Evelyne Trân

 

 

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L’apprentie sage-femme d’après Karen Cushman, avec Nathalie Bécue au Théâtre du Lucernaire du 2 Novembre au 31 Décembre 2011 du mardi au samedi à 19 Heures

Adaptation de Philippe Crubézy, Mise en scène Félix
Prader, Lumières Cyril Hamès

P.S. : Nathalie Bécue, Philippe Crubézy et Félix Prader étaient les invités de l’émission « Deux sous de scène » du Samedi 5 Novembre 2011 que vous pouvez écouter et télécharger pendant une semaine  (grille des émissions de Radio Libertaire 89.4)

A la rubrique spectacles, l’apprentie sage-femme est rangée dans la catégorie « conte tout public ». Il est vrai que l’histoire se passe au moyen âge, plus précisément en Angleterre médiévale et campagnarde.
Voilà pour les repères du spectateur. Ceci dit, le titre de la pièce se suffit à
lui-même. Parce que le terme apprenti résonne fort bien aujourd’hui, il est utilisé pour donner du blason et du courage aux jeunes en quête de travail et de reconnaissance dans un monde où dès la maternelle, on enseigne qu’il faut travailler dur  pour trouver une place dans la société et le spectre du chômage, et de la misère rôde toujours. Quant au terme sage associé à femme, il  fait référenceà un savoir-faire qui fut l’apanage de la gente féminine depuis des temps immémoriaux.

 Comment devient-on sage-femme ? Oui, le récit est édifiant, probablement parce que s’y profile un besoin, une nécessité de raccorder l’être femme à ses racines.

Ce n’est par hasard que l’enfant orpheline est découverte sur un tas de fumier et est apostrophée d’injures par une maitresse femme brutale, La Pointue. Surgie de nulle part, voici sur scène une femme qui est partie de rien, ou plutôt de la sensation de froid, de solitude,de faim, qui va nous raconter, pendant une heure, sa vie et l’amour de sa vie, son métier. En arrière-plan, on sent sourdre l’idée que la femme en question va réussir à s’affirmer autrement qu’ à travers le prisme de son apparence. Il ne s’agit pas d’une femme vue à travers le regard d’un homme mais à travers celui d’une autre femme. Et franchement, il y a de quoi mettre au piquet cette fameuse phrase « La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a » sous-entendu, ses atours. Il n’y a aucun rapport de séduction entre la fillette, surnommée « Cafard » et la Pointue la sage-femme revêche qui la recueille. Pas d’affection déclarée, mais la brutalité du travail au quotidien, l’humiliation  et pourtant  l’enfant apprentie admire La Pointue, parce que la sage-femme fait la pluie et le beau temps dans le village et donne l’impression d’être irremplaçable.

 Envers et contre tout, l’enfant enserre dans son ventre le désir de devenir sage-femme à son tour, elle réussit parce que c’était ça ou mourir . Plus, il faut qu’elle la raconte sa vie « vous savez » parce qu’elle n’a pas seulement travaillé pour survivre, elle a travaillé par amour.

Ses mots sont parfois balancés comme des coups de pieds dans le ventre du futur marmot, cela vagit, cela piaille, et cela est tellement. vivant. Quand « Cafard » qui devient Alice raconte le sauvetage de la noyage d’un voyou ou une scène dans une auberge, on s’y croit.  C’est la magie du théâtre, alors même que sur scène, seules sur une table, trois pommes ont l’air de se moquer du monde. Etrange mise en scène de Félix Prader qui fait confiance à son tourbillon de bonne femme pour  éplucher et  manger les pommes, inopinément.

Car nous assistons  à une épopée, qui sort tout droit de la bouche
de Nathalie Bécue, avec plein  de personnages. Le texte qui colle à sa peau, à notre ouïe, est superbe, poétique et cru à la fois. le spectateur a
peine à reprendre
souffle, ébahi par tant  de jactance. Elle en a accouché combien de petits ? Serait-on tenté de se dire. En même temps, comment ne pas être captivé, hypnotisé,  reconnaissant à Nathalie Bécue de nous donner à entendre une femme, qui appartient à notre inconnu, notre monde, nos rêves, nos désirs, nos pleurs. N’importe, elle existe, elle est comme ça, c’est comme ça. Merci de crier pour nous, merci Nathalie Bécue !

Paris, le 5 Novembre 2011

Evelyne Trân



  

 

 

 

 

Le Guignol du square du Rond-point des Champs ELysées – José-Luis GONZALEZ « Monsieur Guignol » interviewé par Vincent Jarry

                Les spectacles du Guignol des Champs-Elysées ont lieu à 15h, 16h et 17h dans le square des Champs-Elysées les mercredis, samedis et dimanches et les périodes scolaires. Il y a une soixantaine de places. C’est en plein air et les places sont à 4,00 €. Groupes, tous les jours matin et après midi sur réservation 01.42.45.38.31 – 3,5 € par personne.

Il agite sa clochette pour faire venir les enfants et leurs parents. Il porte une salopette bleue, une chemise rouge et,sous son chapeau melon il arbore un grand sourire qui, avec son allure décontractée, lui donne une fausse allure d’Henry Fonda en fermier du Middle-West.

         Le public s’est assis.

         -Bonjour, vous êtes venus pour voir guignol? Appelez-le, il va venir.

         Les mômes piaillent       

         -Guignol! Guignol! Guignol!…

         Parents et grands-mères rigolent.       

         Une trentaine de personnes: il fait frisquet pour un mois de mai.

         Arrivent deux jolies mamans qui plantent leurs mômes là pour aller faire les petites folles sur un des bancs du square, derrière les arbres.

         José-Luis reprend:

         -Je vais aller chercher Guignol… Après la représentation, vous serez bien aimables et gentils de sortir par?…Par où?… C’est par là, la sortie.

         Il disparait. Bruitages, bandonéon, grand badaboum et le rideau s’ouvre sur un décor représentant un appartement XVIII° ouXIX° siècle;

         Il y a d’abord le régisseur, puis Madelon, la femme de Guignol, laquelle va lui faire un gâteau au chocolat mais chut, il ne faut pas lui dire: c’est une surprise. Elle charge Guillaume, le fils de Guignol, de lui dire qu’elle l’attend dans la cuisine.

         Malentendus: Guignol comprend non pas cuisine mais cousine, puis voisine. Ils se cognent sans arrêt en faisant des grands boum!

                Tableau suivant:

         Dans la forêt: Guignol a peur des lapins et pas  Guillaume; ils essayent de dormir. Il se blottissent l’un contre l’autre. Comique de situation. Arrive une souris verte. Guignol a peur de la souris verte et Guillaume essaye de l’attraper dans une boite et la souris n’arrête pas de s’échapper.

         Guillaumme assomme Guignol par inadvertance.

         Et puis arrive le gendarme qui, pour ce fait: assommer son père, veut emmener Guillaume en prison et qui, bien entendu, se fait rosser par Guignol qui ne veut pas qu’on emmène son fils en prison .

         Bien sûr, il y va:

         -Vous avez vu la souris?

         -Ouiiii!

         -Vous m’appelez si elle arrive.

         -Elle arrive! La souris! La souris!

         Les mômes sont pris dans le jeu.

          Et puis, c’est fini: ça a duré à peu près une demi-heure.

         José-Luis nous emmène -il y a aussi une photographe de presse- visiter l’intérieur du castelet (le castelet, c’est l’édifice éventuellement mobile du théâtre de marionnettes N.D.L.R.):

          -Ou y a d’la gaine, y a du plaisir (rire)

          L’envers du décor, c’est un bastringue, un fatras organisé: des marionnettes espagnoles et françaises, accrochées, la tête en bas à une étagère sur laquelle rôdent un bandonéon, des casseroles, des batons, des clochettes, un gant de boxe. C’est tout restreint, bordèliquement précis: un chapeau melon, un machin pour faire crouic-crouic au micro,un ou deux appeaux, une sonnette et, en dessous de l’étagère, une grande tôle verticale pour, en donnant des coups de pieds dedans, faire les bruits de tonnerre et surtout de coups de bâton, de choc.

          Deuxième séance, José-Luis nous a invités, la photographe et moi, à l’intérieur du castelet, dans cet espace tellement restreint.

         José fait le brigadier, puis le rideau se lève, le régisseur annonce le spectacle.

         Monsieur Boulou qui est bien enroué rencontre Guignol et lui raconte: il vient de recevoir un véritable magot d’un oncle d’Amérique et le lui confie.

         La prestesse de José à changer les gaines est stupéfiante.

         José danse littéralement dans les coulisses. Il donne de grands coups de pieds dans la tôle. Sa voix barre dans tous les sens: enfant, vieillard enroué, femme, gendarme, guignol etc.

         -Eh, les enfants que vous êtes courageux. Vous n’avez peur de rien?

         -Non!

         -C’est bien, ces enfants, ils sont courageux, ils n’ont peur de rien.

         Guignol dort. Puis arrive un crocodile.. Puis un vendeur de tirlipon qui est un bâton magique qui rend invisible. Le vendeur est un bandit et il assomme Guignol et lui prend l’or.

         Il y a une grande bagarre et finalement, c’est Guillaume, le fils de Guignol qui gagne mais, dans la foulée, il assomme aussi Guignol et le gendarme.

         C’est encore plus rigolo de l’intérieur. Au moment de la grande bagarre, José-Luis danse comme un derviche-tourneur: c’est la véritable transe, il se fend la pipe comme un illuminé; comme il n’arrête pas d’assommer tout le monde, il abandonne une marionnette assommée sur la bande pour renfiler une autre gaine tout en bougeant dans tous les sens.

         Voilà, on s’est bien amusés.

         -Un jour, j’ai eu une révélation totale en jouant ici. Après, j’ai tout oublié. Je me suis complètement arrêté: c’était une clairvoyance totale. C’était comme un fou dans mon village qui s’appelait Ramon: avec son bâton, il donnait des coups dans les cailloux ce qui créait frousse et fascination auprès des mômes.

          J’ai commencé les marionnettes à cause de la « Passion du Général Franco » d’Armand Gatti au T.N.P..Je devais y tenir le rôle du commissaire politique.

         Mais la pièce a été interdite. Malraux est venu. Il a pleuré. Il nous a dit que c’était interdit par le gouvernement. Malraux faisait confiance aux acteurs mais ça ne pouvait pas être joué sur une scène nationale.

         Alors, on l’a transformé en spectacle de marionnettes. Ca a été ma première approche des marionnettes. Le marionnettiste, c’était Tourneur. Il y avait des marionnettes de Pie XII, de Franco, de de Gaulle, de Malraux…

         On jouait dans des entreprises désaffectées, dans la rue.

         C’est là que j’ai appris la distorsion visuelle. Ce qui est intéressant, qui m’est venu grâce aux marionnettes, c’est qu’on peut exprimer la révolte par des expressions simples.

         A l’origine du guignol, qui reste un art populaire, il y a la Commédia d’el Arte et ses masques. Ils viennent en France. Les masques donnent une expression à chaque personnage avec sa voix. Ce qui m’intrigue c’est qu’on dirait que c’est passé par l’Espagne pour arriver en France. Ca se jouait quelquefois en prison, quelquefois à la cour. Les masques permettaient de réduire le nombre des acteurs: autrement, ça faisait au moins dix bouches à nourrir.

         Lorca aussi s’est inspiré de ce théâtre de marionnettes: c’est un théâtre de révolte avec des ellipses.

         C’est un art mineur mais populaire. Les arts dit majeurs sont minoritaires.

         Guignol se joue basé sur des canons: il y a le présentateur, Madelon cherche Guignol. Ce sont des situations de l’ordre du quotidien.

         Guillaume, le fils de Guignol tombe amoureux de la fille du proprio: si tu n’as pas d’argent, tu n’auras pas ma fille…

          C’est un théâtre oral: Molière s’est mis à écrire mais il jouait avant.

         Mon fils s’est retrouvé tout seul dans une école espagnole et il s’est mis à faire du théâtre de marionnettes pour ses copains.

         Le castelet des Champs Elysées,j’y suis depuis vingt ans. Avec un copain on avait rencontré l’ancien guignoliste, monsieur Guentleur – curieusement, il s’appelait Guentleur mais ils étaient guignolistes de père ou de mère en fils: ça explique sans doute le nom.

         Un jour, il est tombé malade et il m’a demandé de le remplacer à brûle-pourpoint. Ensuite, il venait régulièrement me voir. Il ne m’a jamais donné que des conseils techniques.

         Dans le Guignol, il y a un rituel dans l’esprit du jeu. Au Moyen-Age, il y avait le chemin de croix au moment de la passion, ce qui était une sorte d’auto-sacrement et, ensuite, il y avait les trois jours des fous pendant lesquels, par rapport à Marie ou à la religion, on utilisait des marionnettes.

         C’est une catharsis à travers des masques: si moi, je suis sacrilège, un bout de bois, c’est un bout de bois.

          En France, je découvre le vin, les femmes et puis, -c’est arrivé en 1960, j’avais vingt ans et j’étais réfugié politique, j’étais en représentation-, j’ai appris à manger piquant: chez moi, on ne mangeait pas piquant. J’étais un pélerin, c’est à dire un étranger: au Moyen-Age, il y avait le pélerin qui était forcément l’étranger

         La Vie de Lazare de Tormes, on l’a préparé avec Pepe Ortas dans un château qui appartenait à Pierre Gay. C’était le courant anti-psychiatrique. Pepe Ortas, il avait l’âge de mon père. Ce qu’il y a d’amusant, c’est que son fil s’est marié avec Sophie Dutertre, celle avec laquelle on est en train de faire des bouquins pour Le Seuil.

         Pepe, c’était un type du genre de Léonard de Vinci, à la fois peintre et manuel. On a fabriqué ensemble le petit castelet que vous avez vu. Il était un peu le vizir avec les anti-psychiatriques. Dans le château, c’est lui qui donnait la vie à l’époque soixante-dix et plus. C’est devenu un endroit branché: il y avait des gens comme Deleuze et Gattari…

         Quand j’y suis allé, comme on était ensemble, on a monté Lazare de Tormes et puis il y a des jours où il n’y avait pas de sous. Pierre Gay venait une fois par mois avec des huitres et tout ça mais le quotidien n’était pas assuré. Alors, on a mangé les poules et les pintades. On attrapait les lapins au lacet. On  ouvrait la volière et et on mettait des grains pour les oiseaux. Après, on mangeait les oiseaux frits, c’est une tradition espagnole: on est passé pour des sauvages. D’abord, on était dans les grandes pièces et on a fini dans les écuries, au moment du castelet. Mais il y avait une cheminée et un bois: à côté des château, il y a toujours un bois.

          Guignol? Ce n’est pas le mien. Il n’y a pas d’appropriation possible: il y en a une dizaine à Paris. C’est un deus ex machina. En petit, c’est comme Hamlet, Faust, Don Juan, Cyrano – pour Lorca, Cyrano était important. Lorca n’est jamais allé en Italie, comment est-il arrivé à retrouver ça dans son coin perdu.

         La tradition? Les dates sont faites pour démarquer: le Guignol lyonnais de Laurent Mourguet est devenu Lyonnais depuis qu’il ne l’a plus été. Mais qui connait Lafleur qui est resté en Picardie? C’est resté un étrusque, c’est à dire un masque.

         La particularité du guignol des Champs-Elysées, c’est Guillaume, le fils. A Lyon, il s’appelle Cadet. Le bâton, c’est le médium: il soutient le jeu de scène des comédiens, le bâton, c’est l’outil de travail. Le gendarme rossé, c’est l’ordre qui est rossé. La mort jamais. Guignol se doit de taper sur le gendarme parce que c’est la justice.

          Quand on m’invite à un festival, on m’écrit: tu dormiras dans une baignoire pleine de vin et tu reviendras. Le festival donne le sens du guignol.

         Quand il y a plusieurs nationalités, si celui de quinze heures parle, la parole masque le suivant: là, elle prend le pouvoir. Si c’est c’est le contraire, ça inverse.

         A Barcelone, ils commençaient avec leur catalanité, alors, j’ai joué en français.

          J’ai failli faire une balade en Chine pour donner une vision de la Chine par Guignol.

          Toutes les pièces se jouent à un rythme différent: c’est une tendance; Il y a deus ex machina mais pas manipulation; Il y a l’ordre naturel et le sur-naturel, c’est à dire mécanique mais il n’y a pas manipulation. Kleist parle de ça à propos du centre de gravité.

         Tout est inventé à l’intérieur du canevas. Les grands comédiens le savent. Le jour où quelqu’un sait qu’il fait toujours la même chose, il meurt.

         La marionnette est distanciée, surtout la marionnette à fil qui possède une beauté infernale de l’ordre de la contemplation et qui est différente de Guignol qui est un spectacle forain où il faut interpeller les badauds, ce qui fait une production très courte: ce sont des enchaînements de moments.

         Ce qui importe, c’est l’instant, l’instinct. Si tu vas à l’hôtel main dans la main, l’hôtelier va te dire: « C’est pour un petit moment? » et il va te faire moitié prix.

          Les marionnettes, ce sont celles de Guentleur.

         Au départ, avec Kasidanos, on a fait des morceaux de la Passion du Général Franco. On était prêt à monter le Roman de Renard.

         Guentleur, c’était un ouvrier électricien. Il y avait eu deux femmes marionnettistes dans sa famille: la mère et la grand-mère. Il a bénéficié d’être tombé amoureux d’une femme poivrote qui l’a poussé dans tous les sens: tu sais Vénus et Bacchus (rire). C’était une sacrée poivrote, elle lui faisait des scènes pas possibles.

         Je suis espagnol. Au début, ils m’appelaient « Monsieur Guignol », maintenant, ils m’appellent « Guignol ». C’est très français.: dans la mesure où le pélerin va oeuvrer pour la collectivité, il est reconnu. Mais pendant longtemps, le fait que Guignol soit tenu par un espagnol, ça a choqué plein de gens

         Des fois, les personnages me surprennent par leurs voix. Pourtant, c’est moi qui fait les voix mais c’est eux qui prennent les voix. Si je n’ai pas mes gaines, je ne suis pas sur de pouvoir faire les voix.

         (nous sommes dans un bar à vin en train de boire du vin et de manger du fromage, il fait un essai de voix de femme et, effectivement, çà n’est pas terrible)

         Les répétitions sont très difficiles à cause du manque de public.

         La seule chose à faire avec les marionnettes, c’est de leur faire confiance.

    Le cahier des charges date toujours de Napoléon III: il interdit de parler de politique ou de religion.

         Là, je vais en juillet en Espagne, puis à Buenos-Aires, sur les traces de Lorca, puis à New-York.

         Les Noces de Don Cristobal, je le joue tout seul. Avant on le jouait à trois, puis à deux avec une amie, maintenant tout seul. Mais ce n’est pas par misogynie (rire).

         Tu veux encore un verre?

 (Propos recueillis par Vincent Jarry, le 12 Juin 1998)

 

Hervé Breuil du Lavoir Moderne Parisien et de l’ancien Olympic . Interviewé le 21 Mars 2000 par Vincent Jarry pour la revue ‘Rue des Poètes’

   Je suis né dans un hameau de six habitants dans le Puy de Dôme, dans la commune d’Ambert.J’ai été émancipé à seize ans.Mon père m’avait foutu dehors.

         Jusqu’à ce quartier, j’ai fait des petits boulots de gauche à droite.

         (Salut, on t’a attendu hier. Ben, c’est ma biographie que t’écris)

 Oui, j’ai fait des petits boulots avant d’arriver là, dans ce quartier, avant d’ouvrir le Lavoir Moderne Parisien. Je suis arrivé  dans le quartier, j’avais vingt et un ans. C’était en 83 et on a ouvert en 85.   C’était un projet pluridisciplinaire transversal.

         Un projet pluridisciplinaire transversal? Qu’est-ce que ça veut dire?

         Je me suis trimballé de squat en squat, de Berlin à Paris en passant par Copenhague et Amsterdam. C’était  au début 80, en pleine explosion: il y avait beaucoup de connexions, beaucoup de lieux. C’est pour ça que ça m’a intéressé.J’espère de la continuité dans tous les mouvements Il n’y a personne ce soir, je vais fermer.

         Bon, i’ faut que j’aille servir

          Hervé sert à boire;

         Une contrebasse passe

         Les Négropolitains sont dans le coin.

         Momo est arrivé

         Hervé sert une noisette. Hier, il était énervé.

          Ma première cuite, c’était à cinq ans: des petits beurres Lu trempés dans la gnôle (c’est de l’alcool fait à partie de pommes à cochons : on a droit à cinq litres par an et par vache; c’est pour les empêcher de gonfler avec l’herbe mouillée du printemps (rire) Les vaches sont toutes folles au printemps: elle n’arrêtent pas de se grimper dessus.

          Hier, il y avait des sud-américains. Ils se foutaient sur la gueule. Comme à chaque concert avec eux. Il y a des embrouilles pour des histoires de gonzesses.

          Momo (serveur-chef : rire): Et pendant que ça se règle, la gonzesse se tire…

         Les squats artistiques, je les vois toujours.

           Le L.M.P., c’était une usine Citroën avec 150m de verrière J’en connais une cinquantaine

         L’Art-Cloche? (ce sont des amis: nous sommes en relations depuis plus de vingt ans. N.D.L.R.) Ils ont été expulsés. Ils ont tout déballé chez moi. Avant d’être expulsés, ils ont tout fait cramer. Ca a été filmé. Il reste encore plein de tableaux chez moi.

         C’est en 86 que les squats artistiques ont eu des problèmes; C’est la bande à Pasqua-Pandraud qui a fermé tous ces squats.

          Je ne sais pas ce qu’ils font en Autriche…

         Pour Momo (il est maghrébin N.D.L.R.), les accords de Schengen, ça n’est pas la même chose en Espagne et au Portugal quant à ce qui est du permis de séjour.

          Pour ici, c’est un bail commercial: c’est légal. Bien sûr, il y a eu des pressions; Les stups sont venus perquisitionner jusqu’à mon domicile. Quand on a ouvert le théâtre, ils ont contrôlé plusieurs fois les papiers des comédiens.

         J’habite rue Doudeauville (c’est la rue d’à côté N.D.L.R.), ils sont venus chez moi pour voir si je n’avais pas du matériel volé. La troisième fois, je les ai foutus dehors. Ils cherchent tout: la drogue, le recel etc..

          Oui, bien sûr, on a eu des problèmes avec la sécurité. On nous a interdit le local. Ca a été un long dialogue avec la préfecture… Cinq ou six ans de travaux.

         Quand on était interdit, si on le faisait quand même? Ben, évidemment, oui….

 Le Lavoir, ça a commencé sur un mode festif, sur de travail, plutôt de répétition, sans public. Il n’y avait pas de salle de spectacle: une soirée de temps en temps à cause de la trésorerie.

         C’était festif, avec un léger fonctionnement jusqu’à la guerre du Golfe qui nous a tout cassé la gueule.

 Quant au financement, c’est de l’autofinancement avec les recettes de spectacles, les soirées, les ventes de tableaux; Une société de production qui pourrait bien fonctionner. A chaque fois, il faut se démerder.

         Aujourd’hui, c’est le bar( Ancien Olympic, 20 rue Léon, N.D.L.R.), parce que les pouvoirs publics n’aident pas. L’économie privée libérale n’est pas tellement éloignée de l’objectif artistique: la liberté, c’est très dur.

         J’aimerais avoir du pognon pour faire profiter la liberté.

          Au 35, (Le Lavoir Moderne Parisien ), on peut mettre deux cents personnes: il y a 100 fauteuils et puis, l’entrée, l’expo et la buvette.

         A l’Olympic, on est toujours à l’affût d’un relais économique. Le lavoir est très plein.

         J’ai toujours les mêmes projets, beaucoup ne verront pas le jour, ce sont des compromis. Peut-être que les projets les plus beaux sont à la trappe.

         Le deuxième lieu, l’Olympic, c’est le projet maximum. Au niveau de la culture, ce sont des projets à plus gros risque. C’est un lieu d’accueil foisonnant au niveau des performances: le cabaret, les poètes ont accès à une salle de spectacle… On dépoussière… On dépoussière…

          Un verre cassé. Hervé prend le balai et nettoie le long du bar.

          J’ai commencé avec 80F. J’ai toujours rien de plus.

         Ce n’est même pas ça l’histoire.

         Mon père m’a foutu dehors, j’avais zéro, c’était le début du printemps. Je n’avais qu’une chemise et une petite veste de merde. Je rentrais à cinq heures du matin, complètement bourré, j’avais sauté le mur et je passais par la fenêtre et il m’attendais : pour me foutre à la porte. ..Je suis parti dormir dans des granges, dans la paille. Après, je suis arrivé en Corse. J’avais quatre-vingts balles en poche. Je me suis retrouvé pêcheur sur un chalutier. Ca m’a fait un peu d’argent, j’ai acheté une bagnole, une R6 et j’ai pu aller à Paris, voir les squats d’Europe.

 L’écriture?

         J’ai toujours un petit carnet. Ca fait longtemps que je fais une page par jour, Une petite page: comme le feuillet que t’as pris. Une vingtaine de lignes.

         Ca m’aide à lutter contre la dépression…

         Non, mais la dépression, ça va jamais très loin… (rire)

          Vous reprenez quelque chose?

 Propos recueillis par Vincent Jarry le 21 Mars 2000 pour la revue « Rue des Poètes »

 

A quoi sert la poésie ? Une lettre de Monsieur A.Ejjoud, poète marocain à Vincent Jarry, Directeur de « Rue des Poètes »

Irhoud, le 30 – 07 – o1

Cher Vincent Jarry,

 A quoi sert la poésie ?

La dernière fois que cette miséreuse question m’a été lancée dans la figure, c’était au consulat de France, à Agadir, lorsque je me suis présenté pour demander un visa de quelques jours pour la France à l’aimable invitation de votre association « Poèmes en es Gros & ½ Gros ».

Il n’y a que l’argent qui peut servir non pas la poésie et, pour avoir un visa pour le Pays de Baudelaire, il faut être riche. Poète ? Ils s’en foutent : le visa m’a été refusé.

            Quand j’avais sept ans et pour arriver à l’école de mon village reculé, je devais faire neuf kilomètres chaque matin sur un âne. Nos instituteurs étaient plutôt des bourreaux que des éducateurs, ils punissaient avec, et surtout, sans raison. Quand mes deux frères plus jeunes ont atteint l’âge de l’école, nous étions trois à monter sur le dos du même âne et faire le même trajet. A midi, nous mangions du pain et du thé froid. Mon père, qui a servi dans l’armée française (et qui a été contraint de la quitter avec une invalidité sans rien avoir comme indemnité) avait gardé un tempérament militaire et il essayait de l’appliquer, à sa façon, sur ses enfants. Lorsque les vacances arrivaient, les travaux les plus pénibles nous attendaient dans les champs.

Dans une enfance, qu’elle soit douce ou amère, ou ni l’autre ni l’autre, peut-on imaginer une place à la poésie ? et que peut la poésie dans une situation régie par une condition aussi mystérieuse que l’enfance ?

            L’enfant fragile et sensible que j’étais, pensait toujours qu’il y avait au delà de la misère un autre monde plein de beauté et de marches de splendeurs et de joies : il avait une certitude presque totale de l’existence de ce monde, les séances de lecture à l’école l’emmenait pour un voyage différent, surtout quand il s’agissait de poésie, et, bien qu’il ne comprenait pas tout ce qu’il lisait, il a commencé à avoir cette envie bizarre qui le poussait à l’écart de ses frères pour lire Albouhtouri et rêver de son monde à lui qui s’étendait à des horizons infinis. Il lui arrivait, quelques fois, d’oublier le fardeau quotidien, de s’enfuir, de se sentir plus grand et de voir sa situation d’en haut, même si ce n’était que pour que quelques instants. De là, a commencé, une longue compagnie avec la poésie et qui n’a jamais cessé depuis.

Devenant adulte, j’ai gardé sans le savoir, une vision de l’existence ravivée par le sentiment de l’ »à-quoi-bon », et lorsque j’ai écrit mes premiers poèmes, on m’a fait remarquer le côté splénétique dominant dans ce que j’écris L’écriture serait-elle la continuation de l’enfance par d’autres formes ? Je ne sais pas, mais moi, je ne pense pas à tout cela en écrivant, je me contente seulement d’errer dans l’univers magique des mots.

 Il m’arrive, quand le plaisir de m’assurer que le vin est bien le « breuvage éternel », s’offre à moi, de penser à Khayyâm qui, à travers la poésie, a essayé de capter la lumière, d’y nager à son extrême profondeur et, puisqu’il était en perpétuel désaccord avec la vie, il l’a « répudiée » et a « épousé la fille de la vigne ». Afin de vivre sa poésie en elle sous d’autres formes, il la vivait jusqu’à l’enivrement. Comme faisaient les soufis. Tant d’éléments nourrissent le désaccord : l’ennui de cette farce de tous les jours, le vide insoutenable, la sécheresse des instants trop lourds… Ainsi la poésie, pour Khayyâm et ses amis, devient le refuge qui protège de la folie, devient le silence profond et vertigineux où l’âme retrouve son ardeur et ses « Illuminations », où le poète devient maître du silence, exactement comme l’était Rimbaud, « c’est trop beau, trop ! Gardons notre silence » disait-il.

A quoi sert la poésie ? Ou encore que peut faire la poésie face à la misère du monde ?

Je pense que sans la poésie , le monde sera en face de deux misères : la misère du monde et la misère du monde sans la poésie.

Je ne sais pas, cher Vincent Jarry, pourquoi ma lettre a pris cette forme. Je voulais seulement te dire merci. Comment exprimer ce qui est simple dans un monde loin d’être intelligible ?… Je veux aussi te dire bravo pour la »Rue des Poètes » qui, de ce coin reculé, grâce à notre ami Gérard Muth, m’a permis des belles rencontres avec des gens formidables : G. Jafeu, M.P. Sandrin, W. Lambersy, V. Jarry…

Avec mes amitiés

A.Ejjoud.

 

Nota :

Comme nous avions trouvé que ce charmant poète marocain qui cite avec raison Omar Khayyam, chantre de la liberté et de la volupté, méritait bien de nous faire plaisir en venant raconter ses poèmes au Lucernaire, nous lui avions envoyé une sorte de contrat mais son visa a été refusé…

Pourquoi ?

Omar Khayyam, poète du XII° ou XIII° siècle persan, grand algébriste, pré-rabelaisien a été interdit dans son pays d’origine, l’Iran, de 1978 à 2.000 ou 2.001, ce qui démontre bien à quoi sert le poète : à démontrer par l’absurde la fragilité et donc la férocité aveugle des dictatures, même si elles se prétendent douces.

Bon, c’est un peu tout partout sous des formes différentes  mais vive la liberté du mot qui chante.

Bon, ben, maintenant voici des poèmes attenants…

 Vincent Jarry

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JE ME SERS D’ANIMAUX POUR INSTRUIRE LES HOMMES, un spectacle au tour des Fables de la Fontaine, par la Compagnie Aigle de Sable à partir du 10 Novembre 2011 au Théâtre Douze

Au Théâtre Douze : 6 Avenue Maurice Ravel 7012 PARIS

Du 10 Novembre au 11 Décembre 2011

Du Jeudi au Samedi à 20 H 30, Dimanche à 15 H 30. Relâche, les 11, 26 et 27 Novembre 2011. Durée : 1 Heure

La Fontaine, on aime ou on n’aime pas mais il y a une chose certaine, l’eau de ses fables court encore. Faut-il donc être assoiffé pour goûter à sa fraicheur ? La Fontaine est un musicologue averti et un traître, oui comme tous ses personnages, le loup, le renard , la lionne. Se faire avoir par  de belles paroles, prendre des vessies pour des lanternes, quand ce que vous avez dit ou entendu que vous croyiez à mille lieues sous terre (dixit Victor Hugo dans son poème «le mot»)  vous pourriez l’écouter dans la bouche de votre frère, votre sœur, votre voisin et pourquoi pas à travers les pépiements de moineaux.

Cela converse tout autour de nous dans de multiples langues mais puisqu’il s’agit de celle de La Fontaine, à l’origine de plusieurs proverbes, il est probable qu’elle nous sert encore tous les jours.

Ne sont-ils pas bien à propos, ces jolis vers, pour calmer une colère : Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.

Le spectacle de la compagnie Aigle de Sable s’appuie sur l’aspect comique d’un bouquet de neuf fables (certaines à redécouvrir comme « les obsèques de la lionne») pour nous servir une représentation théâtrale, divertissante et joyeuse, très boute-en- train mais on ne sait pas toujours qui illustre qui. Des personnages issus de la commedia dell’arte, se piquent de dire des fables un peu comme dans une comédie musicale. La soubrette interprétée par Milena Vlach, est délurée, impertinente à souhait tandis qu’Alexandre Palma Salas, compose une sorte de Pantalon grossier, qui se prend pour La Fontaine.

Peu rancunier, La Fontaine trouve sa respiration en cadence sous le flux de morceaux du répertoire français et étranger, Marais, Forqueray, Tobias Hume, Simpson, Ortiz) exprimés gracieusement par une talentueuse harpiste, Audrey Saad.

Ce spectacle devrait trouver les faveurs d’un public familial désireux de goûter aux charmes de la musique baroque, sans se prendre la tête, pour le plaisir de rejoindre l’univers plutôt fantastique de la Fontaine qui continue, mine de rien,  à abreuver nos chères petites consciences.

 Le 23 Octobre 2011

Evelyne Trân

MASTERKLASS de Pierre Byland à l’Epée de Bois dans le cadre du Festival « Le clown fait le Byland »

Théâtre de l’Epée de Bois
La Cartoucherie
Route du Champs de Manoeuvre

75012 Paris  Tél. 01.48.08.39.74

Salle en pierre du 6 Octobre au 13 Novembre 2011 Du Mardi au Samedi 21 H et Dimanche 18 H

 Artistes : Pierre Byland, Mareike Schnitker, Dante Carbini, Giovanni Foresti, Carmen Götz, Gerardo Mele, Paola Omodeo Zorini, Manuel Rytz, Kate Hannah Weinrieb.
Metteur en scène : Pierre Byland Assistante à la mise en scène Mareike Schnitker, Scénographie Erhard Stieffel, Cordination musicale : Manuel Ritz

Dans le cadre du Festival LE CLOWN FAIT LE BYLAND du 6 Octobre au 27 Novembre 2011 du mardi au samedi 2 spectacles 19 H et 21 H.  Dimanche 2 spectacles 17 H et 19 H

 Comment nous les humains, nous débrouillons nous pour avoir l’air parfois si ridicules ? Est-ce à cause d’une de nos molécules cérébrales, victime d’une insolation pendant l’ère préhistorique   que prenant conscience de notre indomptable résistance au feu du miroir et surtout de notre supériorité par rapport à notre cousin le singe, nous sommes auréolés d’une vanité indécrottable qui finit par tenir lieu à l’homo sapiens d’instinct de conservation, d’assurance dans un monde dont il serait le seul dominant.

 Existentiellement vôtre, le clown exprime cette dérive, cette rupture mal consommée, entre l’homme et le singe, celui à qui il manque un  grain dans un monde normalisé, qui n’entend pas ce qui lui est dit mais reste toujours étonné par ce qu’il découvre.

 Le clown n’est pas seulement un animal de cirque destiné à amuser les spectateurs. Les savants commencent à s’intéresser à cette espèce d’humain (l’homo stupidens)  qui parait impossible à domestiquer par nature, son essence étant probablement animale et son allure humaine juste un mauvais papier collé entre l’homme et le singe.

 Dans cette masterklass où un prétendu chef « petit con » organise un concours de clowns, l’expérience est manifeste. Qu’ils soient affublés de moustaches ou de chapeaux de maternelle, ou qu’ils acceptent de se dépouiller sous l’œil averti de leur maître, de leurs apparats clownesques, ils restent clowns. Pleins de bonne volonté, ils ne demandent qu’à obéir, croire ce qu’on leur demande de faire mais ils ne comprennent  rien, puisque ce que leur dicte leur chef n’a pas de sens et qu’il faut bien remplir le vide de leur état d’être : je joue, je ris, je chante, je m’étonne, je me dispute, je t’embrasse, je t’aime, je suis content.

 Pour vous donner conscience de votre valeur, dans cette parodie d’examens, de concours, de palmes, il convient d’avaler quelques couleuvres, d’être humilié par votre professeur «  au coin, au coin, vous qui riez … ». En guise d’enseignement, vous aurez réussi à comprendre que vous avez une chance sur deux, de retomber sur vos pattes, pile ou face comme une tartine beurrée.

Vous glisserez doucement de votre conscience de clown vers celle d’adulte avant d’être rattrapé et c’est salvateur par plus guignolesques que vous-même, quelques chants tyroliens pour une dernière messe en hommage au gagnant du concours qui après des efforts sur-clownesques pique du nez dans une appétissante  et mélancolique tarte à la crème.

 Etre ou ne pas être clown, tel est l’emblématique dilemme qui ressort  de cette manifestation prodigieuse. Planète de singes, planète de demeurés, parait quand même que ce sont des humains de divers pays,  ils sont huit, un prof, un surveillant, trois femmes et trois hommes, ils sont à l’école … L’enseignement c’est le nerf de la guerre. Je ne saurais trop conseiller les aspirants au trône du Clown d’aller assister à ce cours très, très instructif. Emmenez vos enfants, votre singe et votre poule, on ne sait jamais…

 

 

 

 

 

 

 

Au carnaval des animaux et des clowns en particulier, c’est toujours l’homme qui gagne, et c’est ainsi, depuis toujours, qu’il fait ses gammes en pleurant et en riant en même temps.

 Paris, le 16 Octobre 2011

Evelyne Trân

UNE RONDE MILITANTE, une comédie politique de Jacques JOUET, mise en scène par Gérard LORCY au Vent se lève – 181 Av Jean Jaurès 75019 PARIS

A 20 H 30  par la Compagnie ô Fantômes Avec : Jehanne Carillon, Francis Coulaud, François Decayeux,
Nora Gambet, Christian Jéhanin, Sylvie Jobert.

Scénographie et costumes : Robin Chemin
Lumières et régie générale : Jeff Palusrek        Durée : 1h30 environ

 Les 20, 21, 22/27, 28, 29 OCTOBRE 2011 à 20 H 30

 Le sujet est particulièrement ambitieux : retracer à travers sept scènes de vie des années cinquante à nos jours soit six décennies et plusieurs générations, une histoire du militantisme français marqué par l’idéal communiste.

La pièce a été écrite à partir des témoignages recueillis auprès de militants syndicaux, politiques ou associatifs la plupart retraités du bassin creillois.

A travers cette chaine humaine, ce tableau qui en l’espèce pourrait  avoir l’air d’une vieille toile décrochée laissant apparaitre un pan de mur prêt  à être abattu ou ravalé, ce qui attire l’attention ce sont les vieux crochets ou la corde qui continue à battre des ailes sur la surface de la peinture devenue aussi obsolète qu’une image de Lénine en patriarche de la Révolution Russe.

 La pièce a beau commencer après guerre, il est impossible de parler de communisme sans se référer à la Commune, à Marx, à Lénine, au colonialisme, à l’Internationale, au S.F.I.O, au  Front populaire,  etc…  Que les bottes des valeurs de gauche soient trop étroites ou trop larges ou percées, il faut croire qu’elles ont jalonné de nombreuses routes et que ceux qui veulent prendre modèle sur elles, savent tout simplement qu’ils doivent se garder de tout esprit de nostalgie pour aller de l’avant.

Faut-il penser que les militants de gauche font partie d’une église qui cache en son sein un dieu qui s’appellerait Lénine ? La politique n’est pas seulement un mot, c’est une réalité, tout un chacun fait partie de la société. Etymologiquement, la politique, c’est la vie de la cité. Au-delà des dogmes, des théories, de la science,  il est passionnant d’écouter ce qui découle de voix anonymes d’individus qui ont voulu être acteurs plutôt que de subir leurs conditions de travailleurs. Mais le sentiment communautaire ne suffit pas, il manque le loup dans la bergerie.

L’histoire, leur histoire puisqu’ils sont capables de se remettre en question, ces gens de gauche, devient une  farce cynique qu’ils peuvent exposer par l’entremise de deux scènes,  celle où leur propre élu au pouvoir exprime qu’il est bâillonné et celle où le vieux militant est étouffé par sa propre petite fille.

Nous assistons à de véritables petits psychodrames qui mettent en lumière les blessures, les déceptions, et aussi les espoirs, l’énergie à travers plusieurs couches d’individus, secrétaire de cellule, permanent syndical, couple communiste, ministre, jeune fille, et le fantôme de Kroupskaïa, la veuve de Lénine, interprété de façon très réjouissante et vivante par Sylvie Jobert.

La direction des comédiens est généreuse et les acteurs si convaincants qu’on oublierait qu’ils sont en train de jouer.

  Les représentations sont suivies de débats aves les spectateurs en présence de témoins, ce qui permet de poursuivre la ronde qui souhaite s’enrichir des réactions du public et qui donc reste ouverte.

 L’auteur a indiqué qu’il travaillait à un roman. Voilà une bonne idée, pour exprimer toutes ces voix, raconter leur mouvement, et comprendre que même si certaines se sont tues, elles ont une source commune qui alimentent et obligent une certaine raison d’être en société en tant qu’individus, à paroles et visages humains.

  Est-ce utopiste de penser que nous sommes loin à travers la perspective de l’auteur, du cliché d’un communisme dictateur, le couteau entre les dents. Ce qui fait du bien, c’est d’écouter pour une fois, au lieu des représentants du peuple toujours sanglés dans leurs belles phrases, ou même les intellectuels trop pointus, ceux qui travaillent derrière, qu’on ne voit pas, et qui peuvent en dire long parce qu’ils n’ont pas d’autre ambition que de donner un sens à leur vie. Une histoire d’apprendre à vivre autrement qu’entre le marteau et l’enclume, voilà et c’est pas fini…

 Paris, le 14 Octobre 2011

Evelyne Trân