NIETZSCHE, Zarathoustra et autres textes. Conception et jeu Laurence Mayor. A la Maison de la Poésie – Passage Molière, 157 Rue Saint Martin 75003 PARIS

Collaboration artistique et lumière Philippe Ulysse.  Costume Chen Chen Yin 

Du 8 Mars au 1er Avril 2012  Du mercredi au samedi 20 H, Dimanche 16 H

Il faut  manifestement beaucoup d’audace pour emprunter le chemin de Zarathoustra. Ce grand poème philosophique de Nietzche est aussi dangereux   ou hasardeux qu’une randonnée en montagne pour les piétons des villes habitués aux routes plates. Hasardeux mais pas impossible. Innocemment d’ailleurs, Laurence MAYOR porte des chaussures vernies à petits talons et est vêtue d’une robe bleue toute scintillante comme à la fête.

C’est dire qu’elle se moque éperdument d’être réaliste. Elle embrasse le poème de Zarathoustra comme s’il lui était donné, avec délectation et gourmandise. Il est vrai que les aphorismes qui pleuvent dans l’esprit de Nietzsche pourraient lui  avoir été inspirés par ses propres tribulations. A Eze dans le midi, un petit  village perché sur un rocher, les villageois se souviennent de Nietzsche qui emprunta le chemin étroit et un peu escarpé qui descend vers la mer. Perspective magnifique pour l’esprit de la montagne qui se regarde dans la mer.

Nietzsche partagea ses promenades avec Lou Andrea Salomé dont il tomba amoureux et qui devint la muse de Rilke et la disciple de Freud. Par la bouche de Laurence Mayor, il est facile d’imaginer Nietzsche parler poésie avec Lou.  Parce que la langue de Zarathoustra est aussi mouvementée, incantatoire qu’un appel à l’amour des hommes ou d’une femme, désespéré, provocateur, ambivalent. Zarathoustra comme le double nain de Nietzsche laisse couler une plainte :

« Ils ne me comprennent pas, je ne suis pas la bouche qu’il faut à ses oreilles ils pensent que je suis froid et me prennent pour un railleur aux farces sinistres »

Les arbres pourraient souffler les paroles de Zarathoustra, les montagnes, et mêmes les lampadaires sur place aux yeux aveugles. Zarathoustra n’est pas en quête de l’impossible, l’impossible se trouve en lui et c’est celui de tout homme qui refuse d’être l’arbre qui cache la forêt, qui dit :

« J’aime celui qui ne garde pas pour lui une seule goutte d’esprit mais qui veut être entièrement l’esprit de sa vertu »

« J’aime celui dont l’âme déborde, de sorte qu’il s’oublie lui-même »

La petite cave voûtée de la maison de la poésie tremble sous le verbe de Nietzsche. Et quand la voix de Laurence Mayor rôde derrière les murs, grâce aux jeux de lumière de Philippe Ulysse, on se  croirait en plein film fantastique, derrière le miroir.

Un spectacle impressionnant qui donne envie de lire dans les paroles de Zarathoustra, en se sentant pousser des ailes comme Laurence Mayor, en prenant quelques petites pauses toutefois pour affronter avec Nietzsche « L’esprit de pesanteur » et rire aussi de ces gorgées d’aphorismes cristallins et sibyllins. Zarathoustra, viens trinquer avec nous, santé !

 Paris, le 17 Mars 2012                              Evelyne Trân

 

Lettre à ma mère. Adaptation théâtrale du roman de Georges Simenon de et avec Robert BENOIT au Théâtre du Lucernaire – 53 Rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS –

Collaboration artistique Natalia Apekisheva 

 Lumière : Emmanuel Wetischek

A partir du 29 Février 2012. Du mardi au samedi 18 H 3O

 Une écriture blanche à la fois sûre et délicate apparait sur un écran, il s’agit d’une lettre qui a peut-être été écrite à l’encre des nuages. Tandis que nous nous interrogeons, l’auteur surgit du silence et la lettre devient non pas seulement un monologue puisqu’elle est aussi bien adressée à lui-même qu’à sa mère, mais une sorte de réceptacle comme un tissus de chair.

 Grâce à la voix si tranquille et naturelle de Robert Benoit, on découvre comment l’écriture avant d’être figée en caractères d’imprimerie, possède ces éléments que sont l’eau et la roche  pour glisser dans l’intime soupière de nos corps terrestres.

 En réalité, pour apparaitre presque limpide, l’écriture de Georges Simenon a été travaillée. Ce n’est pas la même chose d’écrire un roman policier et de parler de sa mère. Elle est morte, elle vient de mourir mais il peut bien lui parler puisqu’à partir d’elle, il renoue  d’une façon plus charnelle avec ses interrogations sur la vie : qu’est ce qui fait qu’un homme est un homme et sa propre mère une femme ? Qu’est ce qui peut bien rapprocher des êtres et qu’est ce qui peut les élever au-delà de la circonspection sournoise, sinon le sentiment que chaque être est une personne.

  Il s’agit pour Simenon d’élever sa mère au rang de personne non pas seulement parce qu’elle l’a mis au monde mais aussi pour réparer une injustice authentique, la séparation, ou l’impossible ou difficile communication entre les êtres, leurs destinées qui se vouvoient davantage qu’elles ne se tutoient, leurs solitudes.

 L’enquête est extraordinaire  car de la même sorte que l’on assiste à la tombée du soir, l’on assiste à la tombée de souvenirs qui pour  être anecdotiques sont  aussi indéfinissables que les personnes qui nous touchent.

 L’intrigue est si captivante qu’il est impossible de décrocher des lèvres de Robert Benoit qui avance, avance toujours pour dessiner devant nous le portrait d’une femme à travers le regard de Simenon, attentif, et qui se plait à jouer le rôle de fils, être pour une fois présent avec sa mère dans un roman.

 La voix de Robert Benoit a la qualité de l’éponge de mer, elle ne s’autorise aucune redondance, et grâce à lui l’on découvre un Simenon, plus impressionné qu’impressionnant, toujours en quête de visages. C’est passionnant !

Paris, le 11 Mars 2012                 Evelyne Trân

GEORGES CLOONEY ET MOI de Norbert SAFFAR à LA COMEDIE SAINT MICHEL – 95 Bd Saint Michel 75005 PARIS –

Avec Norbert SAFFAR et Alexandra SARRAMONA. Mise en scène : Myriam BENAIM . Les samedis à 20 H et les dimanches à 18 H 30

Un homme et une femme et c’est reparti. Depuis la séquence d’Adam et Eve au Jardin d’Eden, nous avons des circonstances atténuantes. Une pomme nous est tombée sur la tête. Commotion oblige, nous nous en sommes jamais remis. Au paradis, il faut bien le dire, Adam et Eve s’ennuyaient, ils n’avaient pas grand-chose à se raconter. Ils passaient leur temps à faire l’amour  et à éplucher des légumes. A cette époque, il n’y avait pas la télévision. Qu’importe, puisqu’il y a encore des auteurs pour nous prouver qu’Adam et Eve voyagent dans le temps et n’ont pas pris une ride. Le mythe ne dit pas si la fameuse pomme qui est à l’origine de toutes nos convoitises et désillusions, a été croquée jusqu’au trognon.

  A grand renfort d’ouvrages philosophiques, qui pèsent des tonnes, notamment ceux de Freud et de Schopenhauer, un homme voit  sortir de la pomme sa belle secrétaire, tandis que la femme, actualité oblige, s’apprêterait à croquer Georges Clooney en personne.

 Rassurez-vous, la pomme n’est pas empoisonnée, elle est juste un peu aphrodisiaque. Alexandra SARRAMONA qui joue Eve, est très sexy et pimpante,  Norbert SAFAR en rôle d’Adam, chamboulé,  est aussi attendrissant, voire comique, que Jacques Brel muté en Bourvil. Mais hélas, nous ne sommes plus au paradis, mais en pleine société de consommation, des Georges Clooney, en veux-tu, en voilà ! Et les secrétaires, elles courent les rues ! Quant au thème de l’infidélité conjugale, il a beau avoir été sucé jusqu’au trognon, on n’a pas encore trouvé de vaccin contre ces vers :

« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » ou encore

«J’ai réchauffé un serpent dans mon sein

Pendant ma vie toute entière »

 Que l’on badine ou pas avec l’amour, nous avons bien raison de rêver pour rire;  en tout cas c’est ce que nous suggère l’auteur de « Georges Clooney et moi » avec sa pétulante partenaire Alexandra SARRAMONA.

 Paris, le 9 Mars 2012

Evelyne Trân

 

LA RIMB . Le destin secret d’Arthur Rimbaud d’après le texte de Xavier GRALL au Théâtre du Lucernaire

au théâtre du Lucernaire 53, rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS

Du 29 Février au 21 Avril 2012 du Mardi au samedi à 19 H

Mise en scène : Jean-Noël Dahan Distribution : Martine Vandeville,

  • Scénographie/ lumières Julien Peyssel
  • Création sonore : Jean-Marc Istria

 Composition, décomposition…Il est d’étrange d’imaginer que la figure de la mère ait pu déjà être absorbée par la figure du fils. Ou bien au contraire que la mère renaisse en tant que femme des cendres du fils. On retrouve d’ailleurs l’écho d’un hommage à la femme dans les poésies de Rimbaud.

 Que la mère puisse retentir ou s’exprimer tantôt comme une ogresse, tantôt comme une femme aimante à travers le regard d’un enfant, cela épingle notre rêve de l’être femme. Qui voudrait tel un monstre s’offrir à la vision de l’être aimé, déformé par ses multiples visages. C’est une histoire d’amour impossible  que nous raconte Xavier Grall, celle d’une mère et de son enfant.

 La Rimb souffre dans ses entrailles parce que toute son existence elle l‘a attelée à son rôle de mère, gardienne du foyer, gardienne de l’ordre, sous la tutelle de la religion.

 La Rimb a beau jeu de clamer qu’elle fait partie de la terre noire des Ardennes, elle n’a pas d’autre choix que de la cultiver et de la révérer. Il ne se passe rien à Charleville, il faudrait ausculter les briques, les pierres, les tombes du cimetière pour espérer voir suinter quelques confidences des habitants. Le paysage, les ponts qui enjambent la vallée sont volontiers plus amènes et souriants que les bâtisses bourgeoises et bourrues, figées dans un spectral silence.

 Rimbaud, c’est celui qui amorce le tremblement de terre, la terre mère, il est né pour faire souffrir sa mère. Bouche comme une cicatrice infâme disait à peu près Apollinaire.  Xavier Grall parait tout imprégné de la poésie du poète. Quel adolescent n’a pas  eu l’impression de voyager en lisant Rimbaud, nombre de ses poésies  sont le fruit de ses vagabondages dans les Ardennes. Mais il n’ a pas voyagé seulement avec ses pieds, ses genoux, il a voyagé avec son esprit. Il a voyagé aussi en tant que fils dans la tête de sa mère, concrètement : il lui a souvent écrit; fantastiquement : il était toujours ailleurs.

 A travers le soliloque de la Rimb, on entend une mère qui part à la recherche de son fils, un fils idéalisé,  mais aussi un fils qu’elle décrit comme un être témoin de son propre orgueil, sa dureté, son ignorance, son impuissance.

 La Rimb n’entend rien, dit-elle à la poésie. Elle crache son venin sur « La Verlaine ».Et pourtant à brûle pourpoint,  elle parle de douleur, elle s’accroche à la douleur pour se rapprocher d’Arthur. Est-il possible qu’elle ait pu être témoin du délire poétique de son fils, au moment de mourir ?

 A quoi sert la poésie ? Le soliloque est en réalité l’entonnoir où affluent protégées ou abusées par la pénombre, les plusieurs voix d’une femme qui convoque l’esprit de son fils. Elle l’appelle comme si elle voulait se rappeler à lui. Et petit à petit se dessinent les figures d’une mère et d’un fils déchirés, hors normes, hors idéal, tout simplement humains.

  Impressionnant délire, porté par une grande tragédienne Martine Vandeville. Elle est à la fois grave et ailée, la mère Rimb, si peu conformiste finalement, si entachée qu’elle est, sans se l’avouer,  par la destinée de son fils.

 La scénographie nous entraine dans un endroit à la fois familier et secret, une buanderie ou un grenier où les ombres jouent entre elles, pour  accueillir l’invisible et des fantômes d’ objets aussi dérisoires qu’une canne ou un lustre qui pendouille. Et pourtant elle est bien vivante, cette mère Rimb, capable aussi bien de sortir de ses gonds que de se replier dans le chuchotement.

 Jean-Noël Dahan signe une mise en scène, toute en exaltation retenue qui fait penser à  BERGMAN ce cinéaste amoureux de visages de femmes. Vous irez, grâce à ce spectacle, là où la terre et la poésie jaillissent de la bouche d’une même femme, la Rimb, Vitalie RIMBAUD, née CUIF et paysanne. Quel voyage !   

 Paris, le 3 Mars 2012

Evelyne Trân

VINCENT JARRY – Rue des ¨Poètes – des poèmes à dire dans la rue –

– Dis, monsieur, tu nous racontes un poète ?

         Prendre une bille dans sa main

         La faire rouler lentement

         Délicatement

         Zyeux jouant sur chatoyance

         Agathe

         Ou terne terre

         Et puis la lancer

         Délicatement

         En considérer le dessin

         Et puis la ramasser

         Pour la relancer

         Plus loin

         Délicatement

         Jusqu’au dessin qui suffit

         En contempler le dessin

         Et puis s’allonger

         Foutre ses yeux dans le soleil

         Et attendre que le chant de la mer revienne enfin

         -Eh! le Poète, tu nous racontes un poème?

         Ca, c’est six ou sept ans après, à Arcueil: les moustaches ont poussé, les pompons sont descendus et les tétons s’offrent en gloire…

         Avril

         Ne te découvre pas d’une fille

         Mai

         Fais ce qu’il lui plait

         Juin

         Eternue bien dans ses foins

         Juillet

         Soigne bien son coin douillet

         Août

         Broute où que ça vous goûte

         Septembre

         Etends-toi bien de tous tes membres

         Octobre

         Si tu restes trop sobre, ce sera l’opprobre

         Novembre

         Installe-toi dans l’antichambre

         Décembre

         Dresse-toi quand elle se cambre

         Janvier

         C’est le mois de tous les pieds

         Février

         Si le coeur y est riez

         Mars

         Et bientôt le mois des petites farces

 Vincent JARRY

 

PROUDHON MODELE COURBET de Jean PETREMENT au Théâtre du Lucernaire 53 Rue Notre-Dame des Champs 75003 PARIS

Du 8 Février 2012 au 18 Mars 2012 Du mardi au samedi à 20 H, dimanche à 17 H

Nul n’est censé ignorer la loi. Nul  non plus n’est censé ignorer que  PROUDHON, père de l’anarchisme et COURBET peintre du réalisme étaient amis. Leurs noms nous sont familiers mais nous devons surfer sur plus de 150 pages de notre histoire avant de pouvoir poser un doigt sur leur rencontre. Grâce à Jean PETREMENT, nous voici transportés un jour d’hiver 1854, à ORNANS, dans le DOUBS, dans l’atelier de COURBET qui reçoit en compagnie de sa modèle Jenny, son respectable ami PROUDHON.

Nous savons que les deux hommes chacun dans leur domaine, ont bouleversé l’histoire. Ce que nous ignorons véritablement, c’est ce qu’ils se sont apporté, l’un à l’autre.

 Extérieurement, COURBET a l’allure d’un paysan rougeaud, bon vivant et PROUDHON d’un pasteur ou d’un professeur plutôt renfrogné et peu amène. Ce qui les réunit, c’est ce qui se trame dans leurs corps respectifs, c’est leurs combats, leur idéal qui pousse l’un à bâtir une œuvre picturale destinée à exprimer son propre vécu, pour rendre l’art au peuple d’une certaine façon, et pousse l’autre à rêver de nouvelles fondations pour une société plus juste.

 Nous savons grâce aux correspondances échangées entre les deux amis qu’ils se sont toujours soutenus, PROUDHON ayant salué l’esprit novateur de COURBET, ce dernier l’ayant fait figurer notamment dans sa fameuse toile de l’Atelier.

 Jean PETREMENT s’est intéressé davantage aux différences de ces grands hommes qui sauteraient à l’œil d’un enfant. Différences de sensibilités, de tempéraments, l’un est introverti, l’autre extraverti. C’est assez banal en somme, cela le devient moins si l’on considère que ce qui est inné en soi peut conditionner sinon notre existence, sinon notre manière de penser et d’agir.

 Dans ce court spectacle d’une heure environ, nous pourrions craindre d’assister à des joutes oratoires un peu intello. Il n’en est rien parce que les escarmouches et la vivacité de la discussion entre les personnages restent très naturelles.

 On adore la bonhomie impétueuse d’Alain Leclerc, COURBET, le pinceau à la main. Proudhon, le visage circonspect, aux allures pudibondes est  moins sympathique. Survient aussi, le braconnier de passage, qui va réconcilier tout le monde avec sa liqueur à la mirabelle et son pâté de lapin. Et puis surtout, il y a Jenny, la jolie modèle qui entend faire crépiter son existence dans un monde d’hommes.

 Un cocktail très  explosif ! Pas simple l’espèce humaine, avec toutes ses contradictions, oscillant toujours entre la chair et l’esprit, le fond et la forme, entendez par là, pourquoi pas, Proudhon et son associé, Courbet,  et regardez Jenny;  tous arrivent  tout de même à tenir devant et derrière une même toile, celle de « L’atelier » allégorie réelle, d’une page de vie. C’est formidable !

Jean PETREMENT nous invite à la tolérance et la réflexion, c’est jouissif, et ça s’avale cul sec !

Tous les comédiens sont excellents. Un peu enivrés après le spectacle, gageons que vous penserez encore à PROUDHON et à son modèle COURBET. Des expositions leur sont consacrées mais il fallait réunir les deux amis sur une scène de théâtre, c’est fait !

Merci, Jean Petrement pour cette comédie très vivante, instructive et éloquente !

 Paris, le 26 Février 2011                              Evelyne Trân

 

 

BRASSENS N’EST PAS UNE PIPE AU THEATRE DEJAZET 41 BD DU TEMPLE 75003 PARIS

  • Du  22 février 2012 du  11 mars 2012

Du mardi au samedi à 20 H 30, matinées Samedi et Dimanche à 14 H 30

Distribution : Par la Compagnie G.R.R.R, mise en scène Susana Lastreto. Avec Annabel de Courson, François Frapier, Hélène Hardouin, Cristine Combe, Susana Lastreto, Jorge Migoya Arrangements musicaux :.Annabel de Courson, Jorge Migoya . Lumières :  Stéphane Deschamps. Costumes : Danièle Heusslein Gire.    

Nom d’une pipe, Brassens, Georges B. si vous préférez, ne finira jamais de nous étonner ! « J’étais né pour devenir un arbre «  disait-il. L’arbre n’a pas fini de fleurir, Brassens est chanté dans toutes les langues du monde mais il se moque bien d’être respecté. La Compagnie GRRR  implantée dans le 14ème arrondissement ne hume pas seulement l’air où Brassens a vécu, elle s’en parfume avec humour.

 Voilà une poignée de comédiens musiciens qui paraissent tout droit échappés non pas d’un asile de fous mais de quelque chose d’assez proche, une ruche à chansons, qui électrisent de leurs humeurs saugrenues, fantasques, mélancoliques, une multitude de personnages.

 Des comédiens tisserands en quelque sorte qui glissent sur plusieurs toiles, à plusieurs voix, pour faire saillir de façon tellement accrue, tellement actuelle, « La tondue », « La mauvaise réputation «  et bien d’autres.

 Brassens  est un fablier de la même aune que La Fontaine. Que l’on retourne le sablier dans un sens ou un autre, ce qui est formidable dans ce spectacle, c’est l’incroyable vivacité de tous ces petits grains de vie qui soulèvent des montagnes, quand ils causent de la mort, du sexe féminin et de la connerie humaine. 

 Brassens, homme de cabaret est bien présent dans ce spectacle, et donne carte blanche aux personnages de ses chansons pour revenir après moult aventures,  s’incarner librement et joyeusement à travers quelques  hôtes inspirés de la compagnie GRRR.

 D’ailleurs, qui pourrait dire qu’il ne se trouve pas dans la salle en train de rire avec nous de la mise en scène complètement loufoque de « sa brave Margot ».

Franchement, ses personnages continuent encore de nous regarder dans les yeux, attention !

 La meneuse de revue, drôle et suave joue le rôle de la reine des abeilles

pour nous faire entrer dans la ruche. Le miel conçu à partir d’un florilège de chansons est peu ordinaire, piquant, doux, fort. S’il peut vous faire éternuer, il peut aussi vous guérir de votre rhume, c’est  probablement le meilleur fortifiant dont vous avez besoin pour résister. Vive Brassens !

 Paris, le 25 Février 2012      Evelyne Trân

 

 

HINTERLAND de Virginie Barreteau – Création 2012 de la Compagnie La Mandarine Blanche (Lorraine)

Mise en scène : Alain Batis Scénographie : Sandrine Lamblin Lumières : Jean-Louis Martineau  Costumes : Jean-Bernard Scotto Régie Lumières : Nicolas Gros Régie Son : Emilie Tramier

interprétation Raphaël Almosni, Calypso Baquey, Claude Barichasse, Jérémie Bedrune, Aurore Erguy, Camille Forgerit, Julie Piednoir, Laetitia Poulalion, Joséphine de Surmont

Le 21 Février 2012 à la Salamandre Vitry-le-François (51)

Le 16 Mars 2012au Théâtre Gérard Philipe de Frouard (54)

Le 15 Mai 2012 à la Maison des Arts de Thonon Evian (74)

Du 13 Juin au 24 Juin 2012 au Théâtre de l’Epée de Bois Cartoucherie de Vincennes à Paris

 Hinterland, le titre du spectacle, a cette particularité délicieuse pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec la langue allemande, d’évoquer un lieu inconnu qui appartiendrait à sa résonnance propre, un peu comme un nuage qui n’existe que vu de loin ou parce qu’il réjouit notre désir de le regarder dans une durée spectaculaire.

 L’émotion musicale est au cœur du spectacle et cet ailleurs auquel est convoqué le spectateur, c’est un peu comme l’envers de soi, l’idée pourtant banale qu’avant d’entrer dans le monde, nous nous trouvions à l’intérieur, comme un fœtus dans le ventre de la mère.

 Le désir d’autarcie d’une communauté de femmes recluses qui s’adonnent au chant et sont gardiennes du feu, comme les vestales des temples grecs, agit comme un réflexe d’autoconservation, face à l’intrusion toujours possible d’un élément extérieur diabolisé. Comment l’innocence d’adolescentes coupées du monde extérieur, n’agirait-il pas aussi comme un ferment des âmes de nature à les impliquer, dans leur jardin secret, toujours en veille ou en surveillance d’elles-mêmes.

 Cette question d’innocence n’est pas propre à la femme, elle se pose aussi bien à l’homme, elle ne se poserait sans doute pas si elle n’était pas moquée. L’innocence c’est peut être un état d’inconscience ou d’extra-conscience, cela peut être la vérité d’une fleur dans un champ, d’un marin qui regarde l’horizon ou d’un enfant qui reconnait son frère dans la foule. Il n’y a pas d’abois pour l’innocence si proche de l’étonnement des poètes.

 Dans le propos de l’écrivaine Virginie Barreteau, il n’est pas question de dogmes religieux, c’est important de le souligner parce que le besoin de contemplation et d’abstraction est universel. Pas besoin d’étiquettes pour être sensible à une atmosphère d’église ou goûter la musique religieuse de Bach.

Elle explore d’une façon très personnelle des impressions pour donner du grain aux fables que se racontent des hommes et des femmes qui ne se regarderaient qu’à travers un mur ou ne se connaitraient qu’à partir de rumeurs.

 L’argument, le quotidien d’un chœur de femmes dans un sanctuaire, mis en émoi par le rappel des hommes,  est décliné de façon assez abrupte et ostentatoire. Reste un point firmament, qui sonne juste, celui des questionnements de l’adolescente Anne,  superbement interprétée, qui endosse la figure de la dissension au sein de la soumission.

 La scénographie due à Sandrine LAMBLIN offre des tableaux d’une beauté stupéfiante : drap blanc de la virginité qui rougit au soleil ou bien lambeaux de tissus pour suggérer la forêt, la prêtresse presque comique juchée sur une chaise aussi élancée qu’une patte de libellule. Le doigt posé sur la chair de l’homme se « mixte » ou bien alors fusionne avec l’image de la surveillante, les bras levés vers…le ciel.

 La création musicale de Cyriaque BELLOT, par petites gouttes sonores en pointillés, donne l’impression de suinter des peintures elles-mêmes.

 La mise en scène ne manque pas d’humour avec ce clin d’oeil adressé aux hommes réduits à des silhouettes qui ne savent pas comment entrer dans la caverne du deuxième sexe.

 Nous sommes dans un mystère au sens que l’on donnait autrefois aux drames religieux, avec cette espèce de lyrisme et de baroque digne de Victor Hugo qui nous ramène au poème « correspondances » de Baudelaire :

La nature est un temple où de vivants piliers

 Laissent parfois sortir de confuses paroles.

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers.

Un spectacle à voir absolument !

Paris, le 19 Février 2012                          Evelyne Trân

 

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NOCES, FANTAISIES NUPTIALES POUR 4 ACTEURS AU THEATRE DE BELLEVILLe 94 rue du Faubourg du Temple 75011 PARIS

Fantaisies nuptiales pour quatre acteurs, une autruche, un coup de foudre, une banane, un corset armani et une mobylette

De Carlotta Clerici, Laurent Contamin, Benoît Szakow, Luc Tartar, Carole Thibaut et Dominique Wittorski, Roland Fichet

Mise en scène Gil Bourasseau et Cécile Tournesol Assistés de Marie-Thérèse Lorenz Avec Eric Chantelauze, Ludovic Pinette, Anne de Rocquigny, Cécile Tournesol, scénographie Jean-Baptiste Manessier, Création lumières et régie générale Chloé Bouju, Univers sonore Jean-Noël Yven, Costumière Elisabeth de Sauverzac, Production L’art mobile, Co-production Cie BlonBa –Théâtre de l’Arlequin . Avec le soutien de l’Adami . Résidences de création Théâtres de Fleury-Mérogis et de l’Arlequin à Morsang-sur-Orge.  Du 14 février au 8 avril Du mardi au samedi à 21H, dimanche à 17H

Noces, c’est un très joli mot et pour peu que l’on ait l’antenne littéraire, André Breton surgit à l’improviste. Subsiste-t-il un seul album de famille qui  n’expose pas sa photo de mariage ? Les robes de mariées dans les vitrines font autant rêver qu’une belle poupée entre les mains de Cosette.

 L’amour canaille, l’amour vache, l’amour fleur bleue d’Autant en emporte le vent, du Docteur Jivago en passant par Jules et Jim, et un homme et une femme,  peuvent bien se donner la main, le cliché du mariage, surtout en rêve, parce qu’il nous tombe  du ciel, est hors concours.

 Plusieurs auteurs se sont donné le mot pour faire rebondir sur scène 4 comédiens, alléchés par l’odeur, capables de cuisiner devant les spectateurs des recettes aussi salées que sucrées.

 Esprits critiques, rassurez-vous, vous ne tomberez pas dans le panneau. Il se promène tout seul sur le plateau, il est géant, il s’ouvre comme un paravent ou un éventail à miroir, refuge des amoureux qui s’y brûlent les ailes.

 C’est l’unique accessoire d’une mise en scène très naturelle qui fait la bise à la fiction comme dans les conversations où en se raclant la gorge, on démolit, on reconstruit des souvenirs où le rêve et la réalité font la paire. Dans ce magasin à textes ou à chaussures, il y a vraiment le choix. En tout cas, les comédiens contaminés par leur sujet, donnent le sentiment de prendre leur pied ou de tendre la main à notre imaginaire, sans complexes comme s’ils étaient toujours en train de rêver eux-mêmes à leurs futures noces.

 Parce qu’on est toujours dans le futur quand on trimbale des histoires qui traversent la passoire de nos émotions. Et on a  beau frotter, rincer,  tordre le linge, ce qui importe à nos yeux c’est que l’image reste belle  aussi naïve, aussi resplendissante qu’un jour de noces.

 Sur la corde à linge, plusieurs textes certes, mais surtout un joli essaim de comédiens, qui les butinent avec ardeur et dextérité.

Comment caresser l’insecte qui butine une fleur ? Pour en éprouver la flagrance, il faut se déplacer. Suspense garanti, clic clac, la jolie photo de mariage a beau être un cliché, elle n’a pas dit son dernier mot et ces comédiens du Théâtre mobile nous le prouvent avec talent. L’on rit à se fendre l’âme, ça fait du bien, et les neurasthéniques ont droit aussi à leur fleur funèbre, un peu trop allongée en fin de spectacle. Oh tant pis, car il y a pour la fine bouche, l’image d’un homme-fleur à genoux qui fait fondre dans notre cœur méli-mélo, le mot Noces en pollen, en poème.

 Paris, le 18 Février 2012                  Evelyne Trân

 

ZAKOUSKI OU LA VIE JOYEUSE d’après des récits de Mikhaïl ZOCHTCHENKO au Théâtre de l’Opprimé

Mise en scène de Serge PONCELET
• Distribution : . Avec Marie Duverger, Olga Sokolow, Stéphane Alberici, Éric Prigent Programmation : Mercredi, jeudi, vendredi, samedi : 20h30. Dimanche : 17h.
• Tarifs : Place 16€, Tarif réduit 12€, GP : 10€
• Adresse : 78 rue du Charolais 75012 Paris 12e Métro : Montgallet (8)
• Réservation : 01.43.40.44.44
• Du 8 Février au 4 Mars 2012 Du mardi au samedi à 21 H 30, le dimanche à 15 H

NB : Monsieur Serge PONCELET et Monsieur Eric Prigent étaient les invités de l’émission « Deux sous de scène « , samedi 18 Février 2012, que vous pouvez écouter ou télécharger pendant une semaine (Grille des émissions de Radio Libertaire 89.4).

Elle est assez insolite la nouvelle création du Théâtre YUNQUE : Zakouski ou la vie joyeuse. D’une part, elle apporte sur un plateau, celui du Théâtre de l’Opprimé, un auteur méconnu, Mikhaïl ZOCHTCHENKO. D’autre part, elle défie les règles classiques d’unités de lieu, d’espace et de temps pour faire exploser sur scène pas moins de 18 personnages qui s’enchainent les uns aux autres comme par magie pour offrir aux spectateurs une sorte de kaléidoscope des années vingt en URSS., issu de la boite de pandore de l’auteur.

ZOCHTCHENKO s’était rendu célèbre en écrivant des nouvelles satiriques : les bains, l’aristocrate. Le spectacle est adapté et inspiré notamment d’un de ses principaux recueils « Contes de la vie tous les jours » par Eric Prigent, également interprète.

Au prime abord, il faut le reconnaitre, les apparitions inopinées des acteurs comme des flashes sur la rétine peuvent déstabiliser les spectateurs. Ceci dit quoique souvent masqués, les personnages ne sont pas des pantins. Nous avons parfois l’impression d’assister à des reportages sur leur vie un peu comme au cinéma avec pour références certains films de Chaplin ou de Buster Keaton.

C’est la perspective de la touche, un zeste comique, qui s’épanouit en aquarelle, sans forcer le trait. Du théâtre suggestif, pour une succession de tableaux extrêmement vivants qui oscillent entre légèreté et gravité, où il ne faut surtout pas enfoncer le doigt, pour ne pas rompre le charme qui se dégage des anecdotes, nous familiarisant au fur et à mesure avec le regard à la fois pétillant et tendre de l’auteur .

Partitions joyeuses dans la mesure où le conteur laisse la porte ouverte à ces personnages en s’abstenant de tout commentaire. C’est l’enfance du regard qui prime où tout découle des figures, des visages. Certains enfants devenus adultes se souviendront avec amusement qu’autrefois ils prenaient pour des monstres aussi bien leurs parents que leurs instituteurs et qu’ils les confondaient volontiers avec les grosses têtes du carnaval.

Ce spectacle est donc tout d’abord un régal pour les yeux quand les visages nus jouent aussi bien masqués. Restituer le fabuleux qui suinte de la comédie des mœurs, c’est un coup de pied au derrière à toutes nos prétentions.
ZOCHTCHENKO, dit-on souffrait de neurasthénie. Curieusement dans ce spectacle, la mélancolie on la ressent comme une couleur capable de rendre humaines les situations les plus grotesques, Cette couleur, cette gaze fine, éclaire la dynamique de la mise en scène.

Quatre comédiens pour 18 personnages (ouvrier, milicien, balayeuse, popesse .. .) et 23 tableaux (tramway, église, cinéma, tribunal…), qui s’animent aux fenêtres d’un castelet ambulant au théâtre de la vie, c’est une prouesse digne d’être saluée. Zakouski signifie « petits fours ». Gageons que ce spectacle mis en scène avec bonheur et simplicité par Serge PONCELET, ne fera pas un four et sera apprécié aussi bien par les mômes que par des adultes touchés d’être dragués par un peintre aux couleurs chaudes et tendres, Mikhaïl ZOCHTCHENKO car se diluent dans l’‘œil, pour notre plus grand plaisir, des parfums de CHAGALL, SOUTINE ou du DOUANIER ROUSSEAU.

le 12 Février 2012

Evelyne Trân