LA CONVERSATION DE BOLZANO (une aventure de Casanova) De Sàndor Màrai au Théâtre de l’Atalante – 10 Place Charles Dullin 75018 PARIS – Adaptation scénique Jean-Marie Galey et Jean-Louis Thamin. Mise en scène Jean-Louis Thamin

  DATE ET HORAIRES A partir du 30 Mars 2012 Lundi, mercredi, vendredi à 20h30 Jeudi, Samedi à 19h  les dimanches à 17h

 DISTRIBUTION Jean-Marie Galey, Teresa Ovidio et Hervé Van der Meulen

La conversation de Bolzano, est une pièce de théâtre adaptée du roman de Sàndor Màrai, un écrivain Hongrois, aussi connu que Stefan Zweig. Cette pièce s’articule comme une courte nouvelle, une sorte de flash quelque peu foudroyant, tel un éclair d’orage, qui relate un épisode la vie Casanova, cet aventurier, mémorialiste notamment de ses aventures amoureuses.

 Le spectacle produit le même effet qu’une coupe de champagne qui vient d’être bue à l’improviste et qui procure juste un peu d’ivresse par surprise.

 Il y est question d’amour bien entendu, de l’amour qui serait contenu dans une coupe si belle que l’idée d’y tremper les lèvres suffit à étourdir l’âme. Cette belle coupe c’est  Francesca qui pétille de jeunesse et qui rend jaloux son propriétaire le Compte de Parme, grand seigneur, très âgé. Mais nous savons bien, nous spectateurs, qu’une femme n’est pas un objet, qu’il ne suffit pas d’épouser, pour ainsi dire acheter une femme pour s’en faire aimer. Avec dépit, le Compte découvre que Francesca est amoureuse de Casanova, un homme, à l’opposé de ses valeurs, aventurier, frivole et désargenté.

 A vrai dire, ce n’est pas tant les positions sociales des protagonistes qui jouent le rôle de ferment. Au-delà de l’amour, il  est question dans cette œuvre, de solitudes comme de branches d’un même arbre qui se pencheraient les unes vers les autres sans jamais se toucher mais qui boiraient à l’unisson dans la même ombre. L’amour s’échappe comme la vie qui se rassasierait d’illusions.

 Chacun des personnages se cherche à travers l’autre, sans retour avec une certaine tristesse. L’exercice du monologue pourtant agit comme un révélateur. C’est en parlant que les personnages vont se découvrir l’un à l’autre. Il est aussi question de masques, de déguisements et de bal costumé. Masque mortel, masque magique, celui qui colle à la peau, celui que l’on arrache ou celui qui ne sert plus à rien. Tous les personnages en portent un, visible ou invisible, mais le masque agit aussi comme un parchemin où chacun écrit son histoire et Casanova est le seul à ne pas vouloir lire, à essuyer une page blanche  pour demeurer flottant, libre, vivant.

 Bien davantage que Francesca, personnage entier et altier, c’est Casanova qui fait figure d’objet de désir, ou d’instrument. Parce qu’il parait superficiel, velléitaire, le Comte de Parme et Francesca, tous deux fort déterminés croient pouvoir l’utiliser. Du coup, le personnage attire la compassion et l’on découvre au fur et à mesure de la pièce, une étoffe hypersensible.

 Le comédien Jean Marie Galey sait exprimer les aigus et les plaintes qui affleurent le personnage avec un zeste de fantaisie et d’émotion presque féminine, féminin au sens de celui qui ne bruit pas, qui imagine, qui écoute. L’on entend les flammes crépiter autour de  Térésa Ovidio, sous le flux de la passion et Herve Van der Meulen est parfait en Comte subverti par la jalousie.

 La mise en scène inspirée, aussi attentionnée dans l’ombre que dans la clarté, est tout imprégnée du texte passionnant de Sàndar Màrai qui brûle à petits feux. Un spectacle à déguster, les yeux tournés vers … l’amour !

 Paris, le 9 Avril 2012                            Evelyne Trân              

ANTIGONE DE SOPHOCLE au Vingtième Théâtre – 7 Rue des Platrières 75020 PARIS – Mise en scène Olivier BRODA – du 28 Mars au 6 Mai 2012

  Traduction : Jean et Mayotte Bollack

Avec : Alain Macé, Maëlle Dequiedt, Sylvain Fontimpe, Laëtitia Lambert, Claire Mathaut, Anne-Laure Pons, Eve Weiss. Colloboration artistique Jean et Mayotte Bollack.

Que peut-il bien se passer dans la conscience d’hommes et de femmes qui sont témoins d’une guerre fratricide ? Un grand effroi, un sentiment de fatalité, d’impuissance ? Le dénouement de la guerre qui met d’un côté le vainqueur et de l’autre le vaincu, soulignera toujours l’aspect binaire des résolutions humaines. De ce point de vue, Antigone de Sophocle est éminemment politique. Antigone, sœur des deux frères ennemis et Créon, devenu le chantre du pouvoir, occupent des positions sur l’échiquier qui sont censées déterminer leurs choix. Peut-être pourrait-on comprendre avec Sophocle que ce qui oppose Antigone à Créon, n’est pas seulement affaire d’idéologie mais de vécu. Antigone se trouve directement impliquée, moralement, dans le sort réservé à son frère Polynice alors que Créon utilise l’évènement pour asseoir son pouvoir.

Pour faire le deuil d’une guerre fratricide, Antigone n’a pas d’autre choix que d’ensevelir son frère Polynice. Son geste ne devient héroïque que parce qu’il est banni par Créon. Ce qui signifie que la guerre n’est pas terminée. L’avenir des hommes d’après Sophocle dépend de leur capacité à tirer les leçons des désastres qu’ils commettent aveuglément. Pour Sophocle, par la voix d’Antigone, c’est la soumission à la tyrannie qui est fatale pour la communauté.

Le discours de Sophocle apparait très moderne; 2500 avant J.C, il remarque le machisme des hommes et dresse avec Antigone un portrait magnifique de femme qui est devenue une figure de proue de la résistance.

 Cependant le metteur en scène Olivier BRODA n’a pas choisi le paramètre des idéologies. Il entend faire entendre, seul, le texte de la pièce qui se lirait comme sur une toile mouvementée, susceptible de refléter les ombres qui s’y déploient.

 L’impression générale est d’ordre contemplatif et religieux, Religion dans la mesure où il s’agit d’office de vivants vis-à-vis des morts et que l’argument de la pièce, c’est aussi l’histoire d’un mort qui fait injure aux vivants.

Le chœur composé de femmes à plusieurs voix apporte beaucoup de fraicheur à cette cérémonie de deuils. On pourrait se croire dans un opéra. Les interprètes ne chantent pas, mais leurs accents épousent le tissus organique de solitudes adossées à un voile, symbolisant cette poussière de terre avec laquelle Antigone – dit-on car on le voit pas-  recouvre son frère Polynice.

 La scénographie  à la fois sobre et éloquente fait penser à celle d’un peintre qui exposerait un triptyque formé par le chœur, Antigone et Créon. Antigone jouée par Laetitia LAMBERT possède toute la juvénilité, la vigueur et la beauté que l’on peut rêver pour un tel personnage.

 Un beau spectacle qui permet de faire entendre cette petite musique intérieure, distanciée de SOPHOCLE, vis-à-vis de ces héros. Un spectacle à portée de nombreuses voix qui circulent dans nos consciences.

 Paris, le 8 Avril 2012                            Evelyne Trân              

 

L’AMANT de HAROLD PINTER – Traduction Gérard Watkins – au Théâtre de l’Aktéon 11 rue du Général Blaise 75011 PARIS du 30 mars au 2 juin 2012 les vendredis et samedis à 21h30

 DISTRIBUTION :

mise en scène
Alexandra Dadier
avec : Fabienne Alice Dubois, Laurent Schteiner

Le théâtre de l’AKTEON n’est pas bien grand. Il  fait penser à une petite ruche enfouie sous le feuillage d’un arbre. D’ailleurs, il jouxte un square. Les spectateurs qui s’y rendent apprécient sa modestie parce qu’ils savent qu’elle est souvent gage de qualité. Ces spectateurs qui tels des insectes recroquevillent leurs ailes et dressent leurs antennes pour écouter leurs congénères sur scène.Parce que l’on va souvent au théâtre avec l’espoir d’apprendre quelque chose sur soi et sur les autres.

 Un auteur de théâtre doit  savoir tirer les fils qui relient les spectateurs aux personnages qu’il met en scène. Cela signifie qu’il confère autant d’âme à ceux qui vont assister à sa pièce qu’aux personnages qu’il a créés.

 Harold Pinter a concocté une petite pièce délicieuse intitulée « L’amant » qui traite des rapports de couple. Il n’y a rien de plus banal comme thème. Même dans la rue, vous pourriez demander à  un quidam d’improviser sur ce thème car c’est un peu comme si l’on frottait la poussière au bout de ses chaussures, il y a toujours quelque chose à dire et surtout à inventer. C’est ce qui se passe avec le mari et la femme d’Harold Pinter, cette atroce banalité qui veut que chacun a sa vie extérieure et que lorsqu’on se retrouve à la maison, il ne reste plus que des questions domestiques à partager. Monsieur et Madame X ayant compris qu’ils étaient en train de s’enliser dans un quotidien terriblement poisseux, ont décidé comme des enfants de convier à leur domicile l’amant et l’amante, seuls capables de créer le désordre nécessaire à la survie de leur couple.

 Nous assistons à un thriller psychologique, extrêmement bien dosé où les partenaires un peu comme deux boules de chewing gum se collent et se décollent, avec ce dard d’abord enfoui dans leurs bulles, que l’on voit poindre au fur et à mesure que la tension s’élève, et recouvrir la figure triangulaire de l’amant.

 Le couple de Harold Pinter est possédé par une folie si ordinaire qu’elle fait penser prosaïquement à des brûlures d’estomac sinon à des brûlures d’âme. Quand deux êtres se frottent l’un à l’autre, ils créent l’étincelle.  Mais, il faut recommencer encore et toujours et si c’était facile, notre cœur finirait de battre.

 Avec cette pièce, croyez que celui des spectateurs a la chamade. La mise en scène d’Alexandra Dadier dépouillée à l’extrême est axée  sur les évolutions des comédiens qui se dédoublent sur scène avec toute l’ironie, l’émotion, la volupté que Pinter insuffle à ses personnages. Les interprètes, Fabienne Alice Dubois et Laurent Schteiner sont excellents. Un spectacle qui agit comme une piqûre de folie dans le quotidien de Monsieur et Madame presque tout le monde. C’est plus que récréatif, c’est jouissif.

 Paris le 7 Avril 2012             Evelyne Trân

 

 

 

FAIRE DANSER LES ALLIGATORS SUR UNE FLUTE DE PAN : CELINE et Denis LAVANT au Théâtre de l’Epée de Bois du 13 Mars au 15 Avril 2012

 Théâtre de l’Epée de Bois  Cartoucherie – Route du Champs de manœuvre 75012  Paris –

 Du mardi au samedi à 21 H. Dimanche à 16 H.

Un spectacle composé par Emile BRAMI d’après la correspondance de Louis Ferdinand CELINE. Mise en scène et direction d’acteur : Yvan MORANE

En découvrant ce portrait hallucinant de CELINE interprété par Denis LAVANT, l’on ne peut s’empêcher de penser  que cet homme était un personnage de théâtre aussi monstrueux qu’un Richard III ou un Roi Lear. C’est une révélation parce que cela bouleverse l’idée que nous nous faisons de l’écrivain en général toujours trop sage, planqué à l’intérieur de ses livres. L’écrivain CELINE est un artiste et un homme. Il revendique sa vérité charnelle, avec une violence qui n’est pas sans rappeler celle d’Artaud. CELINE a écrit une pièce de théâtre qui a été refusée par les éditeurs. Son théâtre il l’a transposé dans des romans qui dépassent aussi l’idée que nous nous faisons du roman. Comme si CELINE était toujours au travail, au sens noble du travail, celui qui passe par la perception, la conscience, l’engagement et surtout pas la routine.

Emile BRAMI a composé un spectacle à partir d’un choix de correspondances de CELINE où il parle de son rapport à l’écriture. Il s’exprime comme un déchainé, un lion en cage, il parle de l’écriture comme d’une maitresse et quand il dit :  « Je ferai danser des alligators sur ma flute de pan » c’est qu’il ne la veut pas soumise l’écriture, il la veut émotive, aussi  vivante qu’un tableau. Il y a des moments aussi où il fait penser à Frankenstein car c’est tout de même incroyable cette volonté de vouloir pétrir l’écriture comme la chair. CELINE était aussi médecin, médecin des pauvres à CLICHY LA GARENNE. Il a fait la guerre de 14. Alors la chair, il connait,  aussi bien celle des morts que celle des vivants. C’est une expérience à laquelle n’importe quel humain ne peut pas songer sans douleur.

 De fait Denis LAVANT ne joue pas CELINE. Il est CELINE, sa fureur, ses tripes, sa peau, son imagination aussi car il a une façon de bouger spectaculaire comme si les images de CELINE il fallait qu’elles gambadent aussi sur la scène. Mais c’est le corps qui les invente, c’est fantastique comme le rêve pris dans les rets du réel.

 Dans le fond, on a l’impression d’assister au travail de création d’un artiste dans une chambre obscure, celle de la solitude, lorsqu’il déballe ses fantasmes. Quand il jette pêle mêle  les livres de ses contemporains en les traitant de tous les noms, ne serait-ce pas avec l’idée secrête d’en extraire la substantifique moelle pour la pétrir à sa façon.

 La scène de l’Epée de bois pourrait presque faire penser à un vaste grenier dont les objets seraient tous familiers. Le metteur en scène a simplement voulu donner une scène, un espace à l’écrivain pour qu’il devienne à son tour un personnage de théâtre et c’est réussi grâce à Denis LAVANT, indomptable CELINE. C’est vrai qu’avec CELINE, on ne peut s’empêcher  de croire que le mot création dérive du mot chair. Souvenons-nous tout de même que dans l’œuvre de cet écrivain, le meilleur conspire contre le pire.

Aux spectateurs qui ne sont pas fervents du « seul en scène » j’objecterai qu’il ne s’agit pas d’un monologue mais d’une course à l’écriture trépidante, mouvementée et forte en gueule. Un spectacle de nature à séduire même les enculeurs de mouche, c’est rare !

  2  AVRIL 2012                                 Evelyne Trân

« A quoi sert le théâtre ? » Edito d’André BENEDETTO pour la Rue des Poètes

  Je n’ai jamais eu envie de m’exhiber où  que  ce soit, ni même de me faire remarquer de quelque manière que ce soit. Je souhaite passer inaperçu, ne pas attirer l’attention et ne jamais faire aucun mal.

 Je suis prêt cependant à monter chaque soir sur une scène pour m’exprimer en pleine lumière devant un public et jouer. Je fais même tout ce que je peux pour cela. Il me semble que (malgré tout) c’est bon pour ma santé et il me semble aussi que j’ai quelque chose de très intéressant à dire et à montrer à mes congénères.

 Quoi exactement je dis et je montre, je ne le sais pas bien et ne peux guère l’expliquer. Ça me parait être d’une absolue nécessité. Si nécessaire même qu’il se trouve toujours au moins quelques personnes pour venir me voir et m’écouter.

 Elles m’assistent en quelque sorte et alors le théâtre a lieu. Après quoi, soit dit en passant, mes chers amis, il vaut mieux ne pas trop s’attarder à manger et à boire.

 Ces personnes qui viennent savent peut-être mieux que moi à quoi sert et à quoi leur sert le théâtre. De même que la lumière leur donne une ombre et que le miroir leur donne un reflet, de même le théâtre leur donne un double et même plusieurs : le petit bonhomme dedans qui crie au secours, et toute une foule de sosies bien différents les uns des autres.

 Ce reflet, cette ombre, ces doubles qui bougent et se modifient sans cesse fournissent à ces gens des indications précieuses sur leur corps, sur leur situation dans l’espace et dans le temps, sur leur apparence, leurs airs, leurs gestes, leurs pensées secrètes, leurs sentiments cachés…

 Elles savent ainsi beaucoup mieux où elles sont, qui elles sont, d’où elles viennent et même où elles vont ! Elles ont du moins l’impression de le savoir intensément un bref instant.

 Plus la tempête est grande sur la scène, plus le héros est malmené, et plus il sert de phare pour faire le point à tous ces immobiles dans le silence de la salle, très agités à l’intérieur d’eux-mêmes et très désemparés.

 Le théâtre ça les apaise, ça les soulage et ça les éclaire dedans. On peut alors penser qu’ils deviennent un peu meilleurs tous ensemble.

 André BENEDETTO Théâtre des Carmes Avignon   

 Article paru dans Rue des Poètes en Mai 2000

 

VOLPONE AU THEATRE DU RANELAGH – 5 RUE DES VIGNES 75016 PARIS- DU 28 MARS AU 2 JUIN 2012 –

 De Toni CECCHINATO et Jean COLLETTE d’après Ben JONSON  Adaptation : Jean COLLETTE et Toni CECCHINATO  Mise en scène : Alfred LE RENARD, Céline SORIN  Assistant à la mise en scène : Yannick ROSSET  Conseiller artistique : Serge PAPAGALLI Création musique : Samir DIB Scénographie : Daniel MARTIN Costumes et perruques : Marie-Ange SORESINA Masques et Marionnettes : Christophe KISS Création lumières : Arnaud VIALA Maquillage : Johannita MUTTER  Diffusion : En Votre Compagnie

Avec : Grégory BENOIT, Samir DIB, François JUILLARD, Anne MINO, Yannick ROSSET, Céline SORIN.

Dates / Horairesdu 28 MARS AU 2 JUIN 2012 Du mercredi au samedi à 19h, matinée samedi à 14h et dimanche à 15h RELACHES EXCEPTIONNELLES 1er avril et 11 mai

 Il trône sur  la scène une curieuse boîte, une armoire métallique sans yeux, de la taille d’une cabane qui a l’allure d’un bunker abandonné muni, d’un tout petit cadenas très mignon qui fait déjà sourire. A peine notre regard s’y est-il attaché, magique sans le savoir que la boite s’ouvre comme une fleur.

 Sous nos yeux ahuris, apparait une sorte de bête, assez proche de l’orang outan, cintré par de beaux mannequins androgynes, qui exécute pour la galerie une superbe danse de Saint Guy. On se croirait dans un stand de foire et l’animal en question, Volpone expose ses pectoraux.

 L’histoire du riche marchand autour duquel gravite une quantité de parasites est vieille comme le monde. Mais le personnage de Volpone créé par Ben Janson  contemporain de Shakespeare, n’est pas si bête.  Avec le leurre de l’héritage comme appât, il entend faire son miel de la convoitise de ses parasites, en se faisant passer pour mourant.  Volpone, capitaliste à coup sûr, puisque le beurre et l’argent du beurre, ça marche.

 Dans cette farce truculente, ce n’est pas l’amour qui est ’aveugle mais l’argent. De sorte que l’âme damnée de Volpone, Mosca n’a aucun mal à duper à tour de bras tous les prétendants. Mosca s’y emploie avec un malin plaisir, et tout le monde rit de voir le sort de ces misérables marionnettes, suspendu aux verdicts  d’un tribunal de juges à têtes de crapauds et aux allocutions d’un avocat véreux. Qui a dit que nous pouvions faire confiance à la justice humaine ? La parole est à l’avocat. D’ailleurs, Mosca en porte l’habit avec une élégance à faire pâlir tous nos politiciens.

 La mise en scène finement diabolique et réglée comme du papier à musique déploie sa galerie de pantins avec un charme ravageur, celui du théâtre de guignol quasi intemporel. C’est très expressif et surtout très divertissant.

 Les enfants pourraient voir en Volpone un personnage de dessin animé; il a une façon de montrer son derrière… Enfin, ne le répétez pas, Volpone à mi chemin entre Caliban, Bacchus ou plus près de nous, Oncle Picsou, a de beaux jours devant lui. Il s’exhibe au Ranelagh, un théâtre qui fait penser aux « Enfants du  paradis» et rutiler de plaisir.

Paris, le 29 Mars 2012                               Evelyne Trân

 

 

 

PLATONOV MAIS… d’après Platonov d’Anton Tchekhov au Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes – Route du champ de manoeuvre 75012 PARIS

  • ·         du 23 mars au 15 avril 2012 du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h
  • ·         traduction Françoise Morvan et André Markowicz (Ed. Solitaires intempestifs)
  • ·         par le Théâtre à cru
  • ·         adaptation, conception et mise en scène Alexis Armengol batterie, son : Stéphane Bayoux, lumière : François Blet, scénographie : James Bouquard, régie générale : Rémi Cassabé, diffusion et création costumes : Audrey Gendre, production : Marie Lucet, administration : Isabelle Vignaud
  • ·         avec Stéphane Gasc, Céline Langlois / Valérie Moinet (en alternance), Alexandre Le Nours, Édith Mérieau, Christophe Rodomisto, Laurent Seron-Keller, Camille Trophème

D’emblée, mieux vaut le dire, le nouveau spectacle de la compagnie THEATRE A CRU, PLATONOV MAIS…. ne s’adresse pas aux puristes de Tchekov.Il s’agit d’une adaptation d’une première pièce inachevée de Tchekhov qu’il écrivit  à 18 ans alors qu’il était encore au lycée, et qui ne fut jamais jouée de son vivant.

Qu’est-ce qui pousse un jeune à écrire ? Pourquoi, comment ? Un exégète de  de TCHEKOV, devrait trouver dans cette pièce de jeunesse la marque de son œuvre future.

De fait, cette pièce foisonne d’interrogations existentielles. Il y sourd une certaine angoisse, celle d’un jeune qui se demande ce qu’il va devenir, qu’est ce qu’il va pouvoir faire dans une société qu’il appréhende d’un regard cynique.

Tchékhov vient de vivre l’éclatement du foyer familial suite à la ruine de son père. Dans cette pièce, il évoque le milieu petit bourgeois dont il est issu, il fustige l’oisiveté, l’inertie des étudiants, il s’adresse aussi au père de façon extrêmement crue et violente mais surtout il porte son regard sur les femmes de manière assez inouïe comme si l’avenir de son personnage Platonov, pouvait dépendre d’une ou plusieurs femmes.

Comment aborder une femme ? Quel adolescent ne s’est pas posé la question ? Il y a toujours eu plusieurs types de femmes : l’amante, la mère des enfants, l’amie confidente.

Voilà le cynisme affiché du personnage mis à dure épreuve. Platonov ne veut pas choisir, il parle à toutes à la fois parce qu’il les aime toutes et que sans doute à travers elles, il a le sentiment d’exister.

Est-il criminel d’aimer plusieurs femmes ? Platonov se pose aussi cette question. Cela peut paraitre très naïf aux esprits adultes et corrompus. Mais Platonov, aux prémisses, peut encore la soulever cette épine dorsale du désir, le sentiment.

Dans la navette qui ramenait les spectateurs au métro, un jeune homme a demandé, l’air plutôt inquiet, à une dame mûre inconnue : « Quelle femme  choisiriez-vous ? – Si j’étais un homme a répondu la dame, je me les serais toutes faites». Les copines ont éclaté de rire mais le jeune homme est resté muet devant cette réponse plutôt vulgaire.

Parce que Tchekhov est tout sauf vulgaire. C’est là où le bât blesse. C’est l’un des auteurs qui a su peindre de façon la plus subtile les intermittences du cœur de ses héroïnes. Dans cette œuvre de jeunesse, le regard de Tchekhov est encore brouillé mais il annonce d’autres pièces majeures comme « Les trois sœurs », La cerisaie », » La mouette » et nous ne pouvons qu’inviter les jeunes spectateurs à les découvrir également.

Le metteur en scène dit avoir voulu capter dans cette pièce : la volonté de changement intime et politique. La scène du théâtre est spacieuse, elle permet de faire se mouvoir sur un même plateau plusieurs plans, plusieurs champs de vision concomitants. Ceux-là même qui assiègent l’esprit du personnage  débordé par ses affaires amoureuses et ses velléités de départ, de changement. Voilà qui n’est pas nouveau. On croirait entendre le cri de révolte de Daniel BALAVOINE dans un face à face avec MITTERAND, le 16 Mars 198O et sa chanson « Je ne suis pas un héros » :

Quand les cris de femmes 

S’accrochent à mes larmes, je sais 

Que c’est pour m’aider à porter tous mes chagrins 

Je me dis qu’elles rêvent 

Mais ça leur fait du bien

 Un espace d’ailleurs est réservé à un petit orchestre (batterie, piano, guitare) tantôt joyeux, tantôt discret. Il faut saluer la performance de Camille Trophème au piano, au chant, qui joue l’épouse de Platonov et la fiancée de Nicolaï.

 Un spectacle pluriel -, chant, musique, texte, lecture – qui entend tirer des arcanes d’une pièce inachevée d’un jeune écrivain Tchekhov, quelques signaux pour l’avenir, comme une bouffée d’oxygène, capable d’aller à la rencontre d’un public vaste et très demandeur.

 Paris, le 24 Mars 2012                        Evelyne Trân

 

 

Brûle ! de Ludovic POUZERATE à L’espace CONFLUENCES – 190 Bd de Charonne 75011 PARIS

Du 21 au 31 mars à 20h30 (relâche le 26 mars) Complet le 30 mars

Le 25 mars concert du groupe de rap Les Indics à l’issue de la représentation.

Mise en scène : Ludovic Pouzerate Avec : Stéphane Brouleaux, Étienne Parc, Antoine Brugiere, Elsa Hourcade, Clément Victor, Bertrand Barré et Les Indics Durée : 1h 30

Le moins que l’on puisse dire c’est que sur le plateau de l’espace Confluences, ça sent le soufre car l’auteur et metteur en scène de « Brûle !» n’y va pas à la petite cuiller pour ausculter  les ressentis de certains membres de notre société. La pièce pourrait être qualifiée de politique parce que les témoignages sur le monde du travail posent toujours cette question de la place de l’individu dans une société où la loi du plus fort reste toujours la meilleure. Tant pis pour le cliché, car l’auteur fait partir comme des pétards et autant de résonances possibles, les prises de consciences d’individus que la collectivité regarde du mauvais œil, en les pointant du doigt « Pauvre type, va ! ».

Vas-y que je te regarde à la loupe. Nous n’avons pas les mêmes valeurs. Casse-toi pauvre … Vous n’avez pas le monopole de la vulgarité, vous savez. Vous allez assister à des règlements de comptes.

 En vérité, la parole individuelle ne se fond pas complètement dans le discours social. Oui, il existe des gens qui refusent de sacrifier leur individualité pour faire partie d’une collectivité. Mais il y en a d’autres qui se confondent avec leur rôle social au point de s’oublier.

 Si le patron d’une petite entreprise a comme slogan en tête « Chacun pour soi, Dieu pour tous », nul doute qu’il risque à plus ou moins long terme le naufrage. Ludovic Zouerate met en scène le court-circuit d’une petite entreprise sans relief, en épinglant les réflexes primaires de ses protagonistes qui se tapent dessus et finissent par laisser entrer dans leur vaisseau fantôme, les rats, les paumés qui étaient à leur porte. Et en définitive, ce sont ces crétins de la vie qui ont le plus de choses à dire.

 Cela donne un spectacle assez unique en son genre, psychédélique. Comme s’il voulait gommer toutes les frontières, exprimer l’égarement, l’impression de dérive et d’angoisse de ces gens, Luc Pouzerate ne nous tend à aucun moment la perche d’un répit pour respirer. Pourtant, le propos exigeant requiert une certaine lisibilité et donc un certain recul du spectateur. Les irruptions des monologues et des lames de fond du groupe de rap, Les Indics, créent des ruptures qui ne facilitent pas la communication entre chacun des comédiens parfois isolés dans leurs rôles.

Ont-ils vraiment besoin de tendresse tous ces personnages ?  La violence dans cette pièce ne réside pas dans la bataille de polochons, elle est là pour masquer l’impuissance, la désespérance, la honte ou exprimer une sorte d’abrutissement.

Sommes- nous tous tant que nous sommes des ânes bâtés ? Allons-nous nous identifier à ces déçus de la vie ? « On n’est pas là pour se faire engueuler » chantait Boris Vian. Vous en serez convaincus en allant à ce spectacle au propre et au figuré. C’est réfléchissant !

Le 23 Mars 2012                               Evelyne Trân 

 

L’exhortation du poète

L’exhortation du poète

  

  Il  pleuvait et personne n’a voulu raccompagner tes paroles à la berge. Quelqu’un a trouvé du scandale à tes mots sans excuse. L’un, les a badigeonnés d’indifférence, l’autre a désiré les ignorer. Alors le poème est tombé dans la trappe, il s’est mû en effluve, en colère. Il s’est arraché en lambeaux de la feuille de papier et il s’est dit à lui-même : Sur cette tombe transparente, les mots en aveuglette ont le droit de sortir et de tricher avec le soleil.
Le poète s’agenouille devant une grande vasque qu’il appelle poème et il en sort des mots, capsules d’étincelles et de rêves. Il dit : l’eau s’est transformée en caillou et vous aussi pouvez avoir l’allure de cailloux ordinaires qui tapisseraient le corps de l’homme. Vous ne demandez qu’à être réveillés. Alors, témoignez de vos transparences aveugles. Un cri, une pensée vous porteront. Sortez du dictionnaire, logez vous dans un corps et tant pis si ce corps parle une langue anxieuse comme une bête, si vous transitez par l’estomac ou par le sexe.

D’où sortez-vous sinon d’un homme ou d’une femme ? Soyez vivants, témoignez pour eux que leur condition soit misérable ou honnête. Témoignez, racontez  comment vous sortez de leurs tripes parfois, d’un verre de vin ou d’une délicieuse contemplation ? Retenez-vous à leur souffle, à leur respiration, à leur bégaiement. Soyez humains et pas trop déguisés, s’il vous plaît. Loin des couverts et des tables bien mises, retrouvez votre fonction première, celle d’exprimer les cris, les chuchotements, les tremblements de corps qui s’insurgent contre la censure, qui crient pour trouver un peu d’air tout simplement. N’attendez d’autre reconnaissance que le bonheur d’avoir pu sortir d’un homme ou d’une femme, dans le cheminement, les buissons, les épines, les clairières de leurs voix.

Ainsi dit le poète qui se débarbouillait le visage dans une grande vasque.

Evelyne Trân

 

 

 

CELINE CAUSSIMON en concert au Théâtre du Lucernaire – 53, rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS –

Le dimanche à 19 Heures, jusqu’au 1er Avril 2012

Avec : Céline Caussimon (chant) et Thierry Bretonnet (accordéon)
Durée : 1h05

Elle a quelque chose d’indomptable Céline CAUSSIMON . « Quel drôle d’animal, on dirait une artiste » aurait dit Francis Blanche. Plusieurs plumes à son arc : comédienne, chanteuse, poète, compositrice, rêveuse, humoriste . En vérité, on l’imaginerait bien en déesse indienne à plusieurs bras, à plusieurs têtes. Une déesse ou tout simplement une femme toujours en train de s’inventer  à partir de tout ce qui lui tombe sur la main, des histoires à bout de sens, à bout, à bout, ou à contre sens. tant il est vrai qu ‘il n’est facile pour personne de  naviguer entre la pluie et le beau temps en rêvant de refaire le monde.

Ce n’est pas à tout bout de champ que l’on essaie de réfléchir sur nos bons vieux réflexes et notre conscience très poilue : le pouvoir d’achat, l’amour bio, le commerce équitable par exemple.Mais Céline CAUSSIMON n’écrit pas sur commande, elle est gouvernée par ses coups de coeur, avec une horloge à plusieurs tempos, qui tient aussi bien de la tortue que du lapin lorsqu’il sort de son terrier, les oreilles dressées.

Elle ne fait pas que chanter d’ailleurs parce que ses chansons dit-elle, elle les connait par coeur. Elle les joue en nous prenant à témoin de sa capacité d’improviser sans tricher. Comment faire pour avoir un pied dans la réalité et arborer parce que c’est le seul habit qui tienne, un petit air d’oiseau détaché qui avoue dans une chanson « Cette vieille petite fille, c’est moi ».

La marelle de Céline CAUSSIMON qui accueille de fortes chansons à l’âme têtue dont font partie la corde, la camisole mais aussi caressons-nous, nous réserve encore de belles surprises.

Cela se passe au Théâtre du Lucernaire, au Théâtre Rouge, le dimanche à 19 heures. Courez-y, c’est vraiment le moment, et lorsqu’il s’agit de faire plaisir aux spectateurs, on peut le dire,   Céline CAUSSIMON accompagnée de l’impromptu et  talentueux accordéoniste Thierry BRETONNET, fait la pluie et le beau temps en chantant !

Paris, le 20 Mars 2012                             Evelyne Trân