Un chien dans ma vie. Une comédie canine de Sophie GUITER au Grand Parquet du 7 Juin au 1er Juillet 2012

 « Chienne de vie » Ben voyons ! Ne râlez pas, c’est inutile ! Dîtes plutôt, ma vie est une chienne. Allez savoir pourquoi, le mot chienne à des relents péjoratifs. Un chien dans ma vie, voilà un titre qui résonne plus doux, plus sensible. Mais à quelle sorte de chien avons-nous affaire dans la pièce que nous délivre la talentueuse auteure, comédienne Sophie GUITER ?

 Un sans domicile fixe, un pauvre chien  « décanisé » qui n’a rien à envier au sort d’une pauvre  vétérinaire qui finit par échouer dans le hangar déshumanisé de croquettes pour chiens et chats.

 Il y a de la psyché dans l’air. De tout temps, les hommes se sont demandé si les animaux avaient une âme. Sophie GUITER ne se pose même  pas la question. Pour elle, cela va  de soi et pour preuve, elle met en scène une sorte d’histoire d’amour entre un chien et une jeune femme solitaire.

 C’est une situation plutôt confondante que celle d’un chien qui trouve refuge chez une vétérinaire qui se prend pour un psychanalyste et installe sur son divan le chien bourru, abandonné par son maître.

 Quelques tableaux surréalistes sont de bon aloi. D’autant que le chien est joué de façon très convaincante par Thierry Gibault qui se gratte le museau et grogne avec beaucoup de malice.

 On croit rêver lorsque l’on voit la vétérinaire en robe de mariée allongée côte à côte avec son compagnon sur l’herbe. Chien-homme, femme-chienne ? Pourquoi pas. Nos réflexes ne vont-ils pas dans le  même sens, que nous soyons humains ou chiens.  Que demandons-nous à la  vie ? Un peu d’amour, un peu de rêve.  Le chien qui s’appelle « Fous le camp » aboie de temps en temps parce qu’il a besoin d’être aimé. Et la vétérinaire qui n’est pas intellectuelle bien qu’elle se soit essayée à la psychanalyse, a un cœur si tendre.

 Il s’agit probablement d’une situation vécue transposée au théâtre. Une histoire d’amour si curieuse qu’elle devrait permettre à bien des insensibles de regarder d’un autre œil ces animaux domestiques.

Après tout, s’ils avaient une âme et s’ils parlaient, ils pourraient remplacer bien des hommes au chevet des femmes.

 Dans la pièce, « Fous le camp »n’a qu’un seul défaut, il est bavard.Nous l’excuserons, parce que c’est un chien très intelligent qui comprend sa dame. Etre compris, quel bonheur !

Sophie GUIBERT signe un bel hommage à nos compagnons les chiens. Cela se passe au GRAND PARQUET,  sous un chapiteau de cirque chatoyant et le spectacle de ce couple inattendu, donne le vertige.

 Paris, le 10 Juin 2012   Evelyne Trân

YAACOBI ET LEIDENTAL de Hanokh Levin – Mise en scène de Alain BATIS au Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie de Vincennes- Du 6 au 10 juin 2012 du mardi au samedi à 21 H , dimanche à 18 H

 Pour se remplir de bonne humeur en fourrant sous le lit tous nos mauvais sentiments, il suffit de se  lever du pied droit comme Yaacobi, un beau matin en déclarant « Je suis le maître de ma vie ». C’est comme ça, les états d’âme, ça ne s’épluche pas comme des patates, ça tombe sous le sens « Eureka, j’ai décidé d’être heureux, eureka j’ai décidé de n’en faire qu’à ma tête ». Cela fait penser  aussitôt à l’enseigne délavée du petit pavillon qui jouxte le théâtre de l’Epée de Bois, « Au fol espoir ».

Ce fol espoir, ce feu follet de la vie, éclaire les spectateurs ravis comme des enfants venant de découvrir une nouvelle pousse dans le jardin avec un orchestre d’arbres fruitiers : violoncelle, piano, clarinette et voix.

Car les personnages de cet auteur aussi attentionné qu’un entomologiste vis-à-vis de ses bestioles, sont de drôles de lézards agités, apeurés, très prosaïques en somme. Ils parlent du malheur comme d’une cuillère mal lavée, ils courent après leurs désirs comme à la chasse aux  papillons ou à l’ennui, de sorte que  cela suffit entièrement à  leur train de vie, à la trame de leur existence. Et si, et si pour changer, racontent-ils en fin de piste, je faisais de la politique, je rentrais au couvent…

Avec Hanokh Levin, tout passe à la trappe : l’amour, l’amitié, la sincérité, le sexe. Le désir leur tient lieu de casquette et quand elle n’est plus ensoleillée, ça ne tourne plus rond dans leurs petites têtes, ils rempilent pour un autre tour avec des chansons désopilantes pour se tenir les côtes, et faire rire la galerie des musiciens, observateurs planqués dans les arbres.

 Nous avons droit à des tableaux succulents : chambre nuptiale, terrasse de café, jusqu’à celui de l’homme, Leidental qui s’offre en cadeau de mariage. La vie, un jeu de farce et attrape, tout simplement. A partir de ce constat, le « tout est permis » braille comme un nouveau-né.

  Notre sens de la bienséance en prend pour son grade, mais nous sommes au théâtre là où il est encore possible d’entendre un ange passer quand la belle Ruth dont  l’estomac balance  entre deux mâles, avoue « Je suis une salope ».

 Voilà un spectacle complet pour les yeux, les oreilles et notre sens aussi de l’équilibre, car ne l’oublions pas la terre continue de tourner et si les chiens aboient après la lune, les hommes aboient après leurs rêves, en symbiose avec  les musiciens, anges ou sorciers d’après Hanockh Levin.

 Nous avons apprécié la scénographie très sobre et lumineuse qui permet à notre imaginaire et à celui des comédiens d’entrer en piste de façon époustouflante. Et nous avons envie de remercier la traductrice des pièces de Hanockh Levin, Laurence  Sendrowicz, l’auteure des Cerises au Kirsch, les comédiens tous formidables, Raphaël Almosni, Jean-Yves Duparc, Emmanuelle Rozès, les musiciens transportés par la création musicale de Cyriaque Bellot : Lousie Chirinian (violoncelle), Alain Karpati (clarinette), Marc-Henri Lamande (piano) et  bien entendu, Alain Batis, le metteur en scène, le maitre d’œuvre de ce spectacle enchanteur qui devrait faire le tour du monde !

 Paris, le 9 Juin 2012             Evelyne Trân

 

 
 
   
   
Création musicale Cyriaque Bellot
Scénographie Sandrine Lamblin
Lumières Jean-Louis Martineau
Costumes et maquillages Jean-Bernard Scotto
Direction vocale Mira  Young
Régie  tournée Nicolas  Gros et Emilie Tramier

 

 

 

 

LA DISPUTE de Marivaux Mise en scène Vincent Dussart – Récréation 2011 – Du 7 au 28 juillet 2012 au Festival Off d’Avignon Collège de la Salle / Théâtre du Préau

  Quand le sentiment du tragique découle d’un cri plaintif, inattendu. J’ai fait cette surprenante découverte en élevant une famille de cochons d’inde. En l’espace d’une année, cette famille a tout connu, les deuils, les naissances, le meurtre, l’inceste etc.

Un jour, j’ai installé dans leur foyer, ma première cochonne d’inde Bérénice avec ses deux enfants jumeaux, un mâle et une femelle. Le fils et la mère se sont si bien entendus qu’ils ont tué la 2ème femelle indésirable dont le cri résonne encore dans mes oreilles.

Fort déçue par les mœurs de ces animaux, j’ai fini par les vendre au marché aux oiseaux de l’ile de la cité. Mais j’étais assurée que Bérénice déjà grand-mère, toujours en pleine forme, continuerait ses conquêtes. Vous me direz cela n’a rien à voir avec la comédie à laquelle nous convie Marivaux. Cependant, les êtres qu’il nous demande de regarder à travers la lucarne de notre bienséance nous surprennent autant que des souris élevées en laboratoire.

Quels étaient donc les mœurs de nos ancêtres primitifs, faut-il remettre en cause le jardin d’Eden ? Cette famille nombreuse que constitue l’humanité, pourrait elle être le fruit d’une discorde originelle plus juteuse que la pomme que se sont partagés Adam et Eve. Etrange tout de même ce scénario de Marivaux qui met en scène deux couples d’échantillons humains, élevés en cage, par  des domestiques improbables, à titre expérimental, pour le bien  de l’humanité qui a besoin de savoir tout de même : Qui de la femme ou l’homme est responsable de la zizanie sur   terre,  de nos comédies ou tragédies de mœurs.

Si Marivaux pointe du doigt la femelle c’est parce qu’il est évident pour lui que l’essence féminine porte en elle le venin de la séduction. Mais, nous assistons aussi aux premiers émois de l’adolescence et les tuteurs cerbères possèdent les réflexes convenus des parents qui mettront toujours en garde leur marmaille sur la vanité de leurs désirs avant de les abandonner à leur sort. Donc, cette histoire d’élevage d’échantillons humains coupés de la société nous renvoie assez facilement au microcosme de la famille. Pourtant c’est la forme accentuée d’Eglé, la première Eve, qui retient vraiment l’attention de Marivaux. Elle est héroïne parce que solitaire et ne renoncera jamais au reflet  qui la prolonge et qui va bien au-delà de la prévenance du regard d’un seul homme. Oui, dit Marivaux l’inconstance naquit aux bords de lèvres d’une femme, et ce sont les hommes qui subissent ses caprices depuis la nuit des temps.  Ils ne sont pas infidèles, ils obéissent simplement à  leurs charmes qui doivent bien être plusieurs pour former une famille. Eglé, petite adolescente qui sonde ses charmes dans le miroir ne peut qu’être déçue par le regard du premier homme car celui s’inscrit dans la réalité dont elle n’a que faire, comprenant qu’il arrêtera sa course fantastique.

 Marivaux serait-il féministe ? Le fait est qu’il suggère une condition féminine fort complexe, qui dépasse l’argument même de la pièce.

Dans la mise en scène de Vincent Dessart, nous avons la vision de corps  qui se collent, se décollent les uns des autres, et finissent par s’entre-déchirer. Une vision de la société humaine au premier acte, tragique. Les acteurs sont rendus à leur animalité, telle que l’entend Marivaux, c’est-à-dire une animalité qui ne devient repoussante que parce qu’elle renvoie au clivage de la conscience qui aurait du mal à accepter cette origine animale, alors même qu’il s’agit encore et toujours de magnifier ce qui distingue l’homme de l’animal.

Un clin d’œil nous renvoie aux spectacles de télé réalité actuels qui n’ont rien à envier à cette mise en cage  par Marivaux d’embryons humains. C’est plutôt drôle, cela frôle l’absurde et le misérable. Faut-il donc aussi changer notre regard ? J’entends que celui qui regarde a influence sur celui qui est regardé et que celui qui louche en douce à travers le trou de la serrure pourrait bien jouer le rôle de l’arroseur arrosé .Ca peut faire très mal. La mise en abyme de Marivaux est toujours aussi actuelle. Dans ce théâtre d’ombres, les protagonistes parfois ont l’air de déplacer, de trainer soit des branches d’arbres tronqués,  soit des arbres entiers, qui émergeraient de leur conscience flageolante. Ils dansent avec leurs corps et crient avec leurs gestes. Et en suspension, la langue oh combien fraiche de Marivaux les arrose. C’est un spectacle émouvant, fort bien servi par ses interprètes et la mise en scène à la fois discrète et offensive.

 Et me revient le cri plaintif d’Eglé qui s’échappe de notre miroir !

   Paris, le 23 Janvier 2011   et le 6 Juin 2012                   Evelyne Trân

SOUS MA PEAU de et avec GENEVIÈVE DE KERMABON – Le Théâtre Lucernaire et L’Esperlu&te du 2 Mai au 30 Juin 2012 – du Mardi au Samedi à 21 H 30, le Dimanche à 15 H

 Il faut remercier Geneviève de KERMABON de faire avancer ce « monstre » antique qui hante les esprits et que l’on appelle sexe.  C’est que les grondements  du désir sexuel rapprochent l’homme de l’animal de façon odieuse. Ils représentent pour une catégorie d’individus la frontière à ne pas dépasser pour ne pas être happés par cette effrayante vision des organes génitaux qui signent  l’appartenance des humains à la gente animale. Il ne faut pas voir, il ne faut pas montrer. Très difficile à apprivoiser ce monstre. Il faut d’ailleurs reconnaitre qu’il ne vient pas frapper à toutes les portes ou alors très malin il se déguise de sorte que l’on ne le reconnait pas. A cet égard le film « La belle et la bête » de Jean Cocteau est une fantastique métaphore du désir charnel sublimé par son esthétique et sa morale. La bête devient humaine grâce à l’amour de la belle mais saura-t-on jamais ce qu’aura retenu dans son for intérieur, la belle,  de sa fascination pour la bête.

Dans les années 70, quelques féministes militaient pour l’orgasme féminin. C’était assez bizarre et plutôt excitant pour les hommes devenus cois et intimidés devant la virulence de leurs revendications. Le plaisir de naturel devenait de l’autre côté, celui des femmes, quelque chose de difficile, une sorte de contrée mystérieuse à explorer. En plein délire « baba cool » on ne faisait pas l’amour pour faire des enfants mais par désir de communion, d’échanges sensoriels qui pouvaient s’associer par ailleurs à des quêtes spirituelles, artistiques. Faire l’amour cela revenait à dire, il n’y a plus de frontières. On ne se libérait pas face à un monstre mais pour participer à une sorte de création, pour entrer dans l’orchestre de musiciens des sens. Idéalement, tout le monde pouvait aimer tout le monde. C’était l’état de grâce de la belle vis-à-vis de la bête et vice versa.

Nous voici loin des confidences recueillies par Geneviève de KERMABON sur le plaisir et la frustration mais pas tant que ça. Parce que le fait de rapprocher des confessions isolées, c’est une façon de faire s’étinceler sur un même tambour   les multiples baguettes du désir dont s’approvisionne la « sorcière » Grisélidis Réal, une prostituée suisse qui s’exprime dans le spectacle.

Le passage par la parole permet de comprendre combien sont démunis les hommes et les femmes dès lors qu’il s’agit de réfléchir sur leur intimité. La solitude des sexes est grandement évoquée. L’on peut éprouver que l’angoisse rôde et que l’expression orgiaque peut s’associer aux douleurs de l’accouchement. Il s’agit peut-être pour chacun des acteurs, ceux qui parlent, d’accoucher d’eux-mêmes. Le plaisir si proche de la douleur pour savoir qu’on est là. Comment oublier que chacun des êtres vivants est le fruit d’un acte sexuel qui peut être jouissif ou pas. Qu’une explosion des sens puisse présider à la naissance de n’importe quel être, voilà qui n’est pas si mécanique et qui préjuge de nos sens et de notre perception existentielle.

Là où les mots objets suffisent à nous faire détourner la tête « Que se cache t-il dans ma tête et dans mon ventre d’inavoué, de trouble, de sulfureux » Geneviève de KERMABON réussit à  laisser parler nos visions tronquées à travers les visages de marionnettes peinturlurés, monstrueux car aussi inédits et bizarres que des peintures de Picasso. Nous sommes dans l’excroissance où mi-hommes mi- bêtes, sans être confondus par notre nudité, nous exprimons par le toucher et par les yeux ce que racontent nos sens. Elle manie ces personnages avec une dextérité digne de Casanova dansant avec une automate dans le film de FELLINI.

A vrai dire « le sulfureux » n’est pas au rendez-vous et les jambes qui dansent en l’air ont un côté cocasse, presque enfantin.

Geneviève de KERMABAN a beaucoup de grâce, elle est le seul visage humain au milieu de toutes les marionnettes « monstres » un peu comme si elle jouait le rôle de la belle avec la bête. Mais une belle qui s’est affranchie de la facture glacée de la beauté, pour n’être qu’une peau humaine.

C’est un spectacle essentiellement poétique, à fleur de peau, qui réjouira bien des rêveurs autrement sulfureux mais palpitants d’effluves, tels qu’Apollinaire, Baudelaire, PICASSO et combien d’anonymes également femmes qui se reconnaitront.

Paris, le 13 Mai 2012                                   Evelyne Trân

 

 

JOYEUX DEUIL au Théâtre de l’Aktéon 11 rue du Général Blaise 75011 PARIS. Mise en scène de Bernard BOURDEAU

Tous les vendredis et samedis à 20h    Du 04 mai au 30 juin 2012    Durée 1 H

Compagnie Toutes Les Mêmes. Mise en scène : Bernard BOURDEAU  Ecrit et interprété par : Sabrina AMGHAR, Orane DUMAS, Syndie Kourte

Dialogues : Sabrina AMGHAR Création sonore : Gérard Bôle du Chaumont Crédits photos : Rémi Dumas Création Graphique : Julien Sibert – Kalesty Créations

 Il faut deux aiguilles et une pelote de laine pour fabriquer la grenouillère du futur bébé. Le fil conducteur quant à lui, il se perd dans la nuit des temps. Et la fille conductrice quant à elle, figurez-vous qu’elle fait du trampoline sur un matelas qui commence à avoir les ressorts fatigués. C’est la faute à la mère qui est montée au septième ciel avec plusieurs hommes. Dans le fond, les histoires familiales qui permettent de tricoter la future grenouillère, vous pourrez si vous le voulez bien,  vous les offrir  à la fête foraine avec au choix  un cornet à l’encre rose pour les filles et un cornet à l’encre bleue pour les garçons.

 A l’AKTEON, trois jeunes femmes surgissent de la surprise à l’encre  rose. Elles ont toutes des comptes à régler avec leur origine. Elles ne se ressemblent pas mais elles se retrouvent  au bout de leur langue bien pendue au croisement des rencontres de leurs chers parents dont l’absence est au demeurant un gage de liberté.

 Molière, notamment dans sa pièce « L’avare » a su de manière confondante instaurer le schème des retrouvailles des pères avec leurs rejetons, parce que les liens du sang n’est-ce pas ça incline à bien des concessions.

 Ainsi, deux demi-sœurs se découvrent une autre sœur avec une femme issue de l’immigration, une étrangère qui fait en quelque sorte figure du loup dans la bergerie.

 Mais ça tombe très bien puisque les charmantes demi-sœurs ayant à faire le deuil de leur mère, ont pour se consoler une sœur venue d’ailleurs, un père qui annonce son arrivée et un bébé prêt à naître. Merci Papa, merci Maman.

 Les feux de l’amour responsables de tous ces nœuds de filiation, disparates, là-haut doivent s’amuser de ces incroyables retrouvailles.

 Il s’agit bien d’une histoire vraie que sous le coup de l‘émotion, trois comédiennes décidées à tordre le cou aux conventions,  exorcisent avec humour en agitant les quatre points cardinaux des destinées humaines : amour, naissance, anniversaire, deuil, qu’il faut se palucher n’est-ce pas au nom du père, de la fille et de la mère et du futur bébé qui clamerait son innocence dans sa pochette surprise. Rions !

 Paris, le 12 Mai 2012                    Evelyne Trân             

 

 

 

 

 

TERRES ARBITRAIRES une installation vidéo immersive de Nicolas Clauss et ILLUMINATION (S) une performance-spectacle d’Ahmed Madani du 3 mai au 3 juin 201 au Théâtre de l’Epée de Bois / Cartoucherie, route du Champ de manoeuvre 75012 PARIS

  du mardi au samedi à 21h – le dimanche à 18h En dehors des représentations, l’exposition est visible du mardi au samedi de 14h à 18h et le dimanche de 13h à 15h30.

Kalifa KONATE et Yassine CHATI, comédiens, étaient les invités de « Deux sous de scène » le samedi 26 Mai 2012 sur Radio Libertaire 89.4 , émission que vous pouvez écouter pendant une semaine ou télécharger sur le site.

 « Mon visage n’est pas un paysage » lance un jeune beur à la face du monde. C’est devenu une habitude de brandir en hameçons par le biais d’une caméra toutes sortes de visages épinglés comme des papillons. A la télévision, n’importe quel visage devient une image  pour de rire dès lors que l’on sait qu’on peut la manipuler comme une marionnette. Parait-il que l’image a une fonction subliminale. En tout cas, une chose est sûre, la télévision est un instrument formidable de matraquage de nos neurones sensoriels. Il vous rappelle quoi mon visage, est-ce bien le mien, est-ce bien celui que vous avez vu dans le journal, non c’est celui de mon frère !

 Dans une mer démontée de têtes de jeunes beurs qui jaillissent d’une trentaine d’écrans de télévision, sous fond sonore de faits divers ayant défrayé les chroniques, et roucoulades politiques,voilà que nous spectateurs nous avons l’impression d’être fléchés jusqu’aux entrailles. Eh oui, parce que bien qu’une image ne soit qu’une image, quelle réaction aurions nous, nous les voyeurs, si c’était notre propre visage « à poil » qui était baladé  et utilisé pour faire la une d’un fait divers ? La démonstration de Nicolas Clauss est éloquente, elle nous plonge dans nos mirages, là où notre petit nombril si mignon prêt à couiner hurle de bonheur, ouf, pas vu, pas vu, ni entendu !

 Un visage pour étiquette, quelle tristesse ! Stéréotypes, clichés, jouent le rôle de fourchettes et de couteaux dans nos estomacs. Une belle pâture facile à digérer. Mais c’est comme un plat qui sort du micro-ondes, chaud à la surface et gelé à l’intérieur.

 Ahmed Madani a choisi de mettre en scène des jeunes du Val Fourré, troisième génération issue de l’immigration post-coloniale. C’est évident pour lui, ces jeunes d’origine étrangère vont finir par prendre souche dans ce beau pays la France, si bien chanté par Trenet.

 Chacun de ces jeunes trimballe avec lui un bout de craie qui a essuyé des déboires. Il n’est pas rose, il n’est pas blanc mais il permet d’écrire encore sur le tableau noir. Ahmed Madani sait qu’ils ont des choses à dire ces jeunes, qu’ils n’ont pas à mendier la belle baguette française parce qu’ils savent l’apprécier et participent à sa fabrication. Mais trouver la mie de pain sous la croûte, c’est pas si évident. Quoiqu’il en soit, ils le disent fermement « Nous ne serons pas les grumeaux de la France »

La belle langue française ne s’étourdit pas seulement de pain, elle passe par la poésie et voilà que Rimbaud, poing à la ligne fait irruption dans leur mémoire, cette grande mer qui brasse beaucoup de vagues. C’est dingue, Rimbaud n’était pas arabe ? Comme c’est bizarre, Ahmed Madani aurait-il interprété à l’envers les vers de ce cher poète quand il dit « Leurs ancêtres ne sont pas encore les Gaulois, mais un jour ils le deviendront ».La faute à Rimbaud, c’est sûr. Faudrait pas l’enseigner à l’école parce qu’il est « submersif », heu, subversif.

En tout cas ces  jeunes-là qui ont poussé dans les cages à lapin comme beaucoup d’autres bons français, pourraient bien devenir poètes eux aussi. « Mauvais sang » écrivait encore Rimbaud. Mauvais pour faire parler ? Allons donc ! Dans ce spectacle, les jeunes chorégraphient leurs vies en jouant au ballon avec leurs propres clichés. Ils font « tourner manège » les impressions qui leur collent à la peau avec un plaisir communicatif comme les drôles d’oiseaux de Baudelaire, capables de faire bruire leurs ailes en caressant les vagues.

Chaque motif d’histoire personnelle devient alors une boussole.   Cet appel de pied à la jeunesse peut paraitre agaçant et pourtant il sonne juste, c’est un coup de pinceau qui deviendrait magique et puis c’est vraiment une question de respiration.

« Ma vie est un poème,  pourrait dire chaque participant au spectacle et j’entends lui apporter ma signature avec tout ce que j’ai appris, entendu ou subi… ».

Ils signent avec ce spectacle une belle déclaration d’amour au théâtre, à la danse, à la vie en somme avec beaucoup d’humour. Bain de jouvence, pas seulement. Ahmed Madani déclare : « Au théâtre, il faut faire juste un pas pour passer de l’autre côté du miroir ». Comme nous sommes contents que derrière le miroir, il y ait des gens en chair et en os pour nous tendre la main.

Tambour battant, ils nous ont entrainés sur leur bateau ivre, sans jamais nous lâcher … Et nous nous sommes rincés l’œil avec bonheur !

6 Mai 2012                                 Evelyne Trân

 

 

  TERRES ARBITRAIRES
Une installation vidéo immersive de Nicolas ClaussEn dehors des représentations, visible du mardi au samedi de 14 H à 18 H et le dimanche de 13 H à 15 H 30 (entrée libre)
Conception, réalisation Nicolas Clauss
Programmation et aide à la composition Christian Delécluse
Production Nicolas Clauss, en coproduction avec le Théâtre de l’Agora-Scène nationale Evry-Essonne, L’EPCC La Condition Publique de Roubaix, ZINC Friche de la Belle de Mai à Marseille, en partenariat avec la Maison Populaire de Montreuil et avec le soutien du DICREAM (CNC), d’ARCADI et de DRJSCS-DRAC PACA (Identité, Parcours & Mémoires 2011)

 

 

 

 

ILLUMINATIONS

Texte et mise en scène Ahmed Madani
Avec Boumes, Abdérahim Boutrassi, Yassine Chati, Abdelghani El Barroud, Mohamed El Ghazi, Kalifa Konate, Eric Kun-Mogne, Romain Roy, Issam Rachyq-Ahrad.
Assistant à la mise en scène Mohammed el Khatib
Création sonore Christophe Séchet
Création lumière et direction technique Damien Klein
Costumes Ahmed Madani et Virginie Houdinière
Coach chant Arnaud Vernet
Coach danse Hervé Sika
Régie son Yann Cividino
Régie lumière Pascal Messer
Régie Eugénie Marcland, Vincent Tedesco et Hassan Elbaz
Machinistes Thomas Klein et Cyrille Klein
Photographies François-Louis Athénas
Making off vidéo SBien Rezonable
Administratrice de production Claire Guièze
Relations publiques Richard Kalfa, Rozenn Chevillotte, Said Bahij et Soraya Ouici
Production: Madani Compagnie Coproduction Théâtre de l’Epée de Bois. Avec le soutien financier de EDF Entreprise et sa Fondation, le soutien en résidence du Comité d’entreprise d’EDF-GDF et de l’Espace Culturel Multimédia le Chaplin, le Ministère de la Culture et de la Communication/DRAC Ile-de-France, avec la complicité du Théâtre de la Tempête. Avec le soutien du Fonds d’Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques, D.R.A.C. et Région Provence- Alpes-Côte d’Azur
 
 
   
 
 
 
 

 

LES DESCENDANTS d’après Sedef Ecer / mise en scène Bruno Freyssinet au Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie Route du Champ de Manoeuvre

du 2 au 27 mai 2012 du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16 H
Documentariste associé Serge Avédikian, traduction Christoff Bleidt (Allemagne), Yvette Vartanian (Arménie) et Sedef Ecer (Turquie) en collaboration avec Izzeddin Calislar, assistant mise en scène Arthur Navellou, costumes Antonin Boyot Gellibert , lumière Mariam Rency, musique Gérard Torikian, son Samuel Serandour, vidéo Marion Puccio, construction Albert Hambardzumyan

avec Julia Penner – Andreas Worsch (Allemagne) Tatevik Ghazarian – Vardan Mkrtchian (Arménie) Hadrien Bouvier – Gérard Torikian (France) Selin Altiparmak – Serra Yilmaz (Turquie)

coordination / direction de production Juliette Bompoint (France), production Christoff Bleidt (Allemagne), Hella Mewis (Allemagne), Banu Ecer (Turquie), Burcin Gercek (Turquie), assistants de production Armen Baghdasaryan (Arménie), Hrachya Nersisyan (Arménie), Élise Gonin (France

  La mémoire doit être douloureuse de ceux, de celles qui en se retournant sur leur passé, sur celui de leurs parents découvrent qu’ils sont nés au bord de précipices, ces énormes cratères creusés par la folie  humaine.

Les descendants dont il est question, les orphelins de guerre s’apparentent à des survivants. L’idée charnière de Sedef ECER est de faire se rencontrer les enfants des bourreaux et des victimes  sur leur lieu commun, celui de la désaffection. Si la mémoire est douloureuse, elle ne circule pas par la haine. Les descendants passent par une forêt de signes dans une mise en place, scénographie interstellaire, où l’observatoire, lieu de rencontre symbolique a une allure de paravent, sorte d’antenne qui continue à émettre les voix des ancêtres.

Parce  qu’il s’agit aussi d’un dialogue entre les vivants et les morts comme dans une tragédie Shakespearienne. En ligne discontinue, plane le projet d’inscrire les descendants dans la foulée de ceux qui ont commis l’inexorable. Cela s’exprime aussi confusément que dans un cauchemar où les unités de lieu, de temps d’espace se dissolvent pour atteindre l’ultime lueur d’espoir. L’enquête des orphelins, devient une conquête, celle d’une jeunesse qui entend tirer les leçons d’un passé convulsif.

Cette perspective onirique s’enfouit dans l’idée de demeure. Qu’est ce qui peut bien demeurer encore dans l’esprit de ceux qui ne sont que les descendants des crimes de leurs parents ?  Ma mère était bourreau, mon père était victime et alors ? Le sentiment de désolation est commun, de sorte que c’est le refrain de la vie qui doit marquer le pas même s’il piétine autour de conglomérats de douleurs gelées, de secrets inavouables, et de morts inexpugnables qui ont agi sans vraiment croire que l’esprit d’un humain n’appartient qu’à lui seul, fût-il le fils ou la fille de. L’indépendance, elle existe  et elle débute par l’être, c’est le primat de la naissance en dépit de tous les héritages.

La pièce qui donne voix à des individus venus d’horizons divers, qui parlent allemand, arménien, anglais et français, pourrait aussi s’intituler « Nous ne sommes pas des étrangers ». Parce qu’ils ont en commun la même quête, le même souci de se rebeller contre la fatalité. Ils refusent l’isolement de la douleur, de la haine et de l’indifférence. Leur quête d’identité humaine peut paraitre invraisemblable à une époque où l’on brandit le spectre des communautarismes. Qu’ils puissent parler d’une seule voix, sur les traces d’une terre souillée, nous apporte une autre vision de l’histoire qui se décline en dates  en faits, en apologies de victoires. L’histoire avec un grand H est une mémoire de surface, celle des individus est celle qui active leur raison d’être.

La pièce telle qu’elle est présentée a un aspect expérimental. Fruit d’une commande à l’auteure turque et francophone Sedef ECER qui a rencontré beaucoup de témoins, historiens, sociologues, c’est une pièce toujours en devenir puisqu’elle dit elle-même «  Je ne sais pas si les comédiens prendront des libertés sur  les dialogues ou sur la structure, comme c’est la régle du jeu dans toute création collective ».

Le metteur en scène Bruno Freyssinet résume ainsi le projet : « Nos dialogues partent de la réconciliation franco-allemande et de l’impossible réconciliation arméno-turque. Comme une convocation de nos histoires personnelles face à l’histoire de nos pays d’origine.»

Dans la mise en scène de Bruno Freyssinet, c’est le climat de veilleuse qui prime. Les protagonistes se déplacent un peu comme dans un rêve. D’où viennent t’ils, ou vont-ils ?  De la même façon, les personnages du passé s’expriment à la suite des contemporains ou inversement. Cela fait vaciller nos repères banaux d’unité de lieu, de temps, d’espace. Enfin les comédiens ne parlent pas la même langue. L’émotion est tangible. Il semblerait que ce sont les comédiens eux-mêmes qui doivent explorer le champ de leur mémoire meurtrie.

Il s’agit d’une expérience collective très sensible qui ne demande qu’à s’extérioriser de plus en plus pour creuser et tracer un chemin possible et pas seulement indéfinissable aux douleurs entremêlées converties en lueur d’espoir. Le public d’adolescents qui assistait à la représentation de la générale, n’a pas bronché. Faut-il qu’il se soit senti « descendant » lui-même et concerné par ce spectacle  hors normes et prometteur…

Paris, le 5 Mai 2012                           Evelyne Trân                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES TRAVAUX ET LES JOURS DE MICHEL VINAVER au Théâtre du Lucernaire du Mercredi 25 Avril au 2 Juin 2012

Du mardi au samedi à 21h30 Du 25 avril au 2 juin 2012 Auteur: Michel Vinaver Mise en scène: Valérie Grail Musique originale : Stefano Genovese Avec: Cédric David, Luc Ducros, Agathe L’Huillier, Julie Ménard, Mireille Roussel Durée: 1h25

Excellent, excellent, le spectacle « Les travaux et les jours »  auquel nous convie » la Compagnie Italique. Et pourtant le titre  de la pièce est plutôt rébarbatif. On croirait que l’auteur forcément impliqué, a voulu exprimer le contre-pied des visions pessimistes d’un Kafka ou d’un Dostoïevski sur la vie de quelques éphémères employés de bureaux, enfermés dans une boîte.

 L’entreprise familiale à dimension humaine, avait le cœur battant  dans les années soixante. Des insectes qui se battent pour la bonne image de l’entreprise qui absorbe toute leur vie : c’est épique, confondant, émouvant.  Ça sent le vécu, ça ne peut pas s’inventer.

 A la trappe, les documentaires sur la vie des employés aux visages détrempés, coincés dans le métro. Tout se mélange à l’intérieur d’une boîte, le passé, le présent, l’avenir. On est plusieurs. Chacun arrive avec son histoire, chacun essaie de placer sa petite identité sous l’œil sournois de l’horloge et de la sacro-sainte image pour laquelle il est censé travailler. C’est tellement drôle de voir comment dans la conversation,  Monsieur un tel ou Madame un tel, beurrent leur soumission à la tâche de désir de vie beaucoup plus intense. Ça peut se traduire en flirts, en confidences, en rêves. Car il faut tenir bon, il faut se sentir exister derrière le téléphone, derrière la pile de paperasses, il faut savoir qui couche avec qui.  Il faut se raconter le baptême de sa petite fille, s’intéresser aux malheurs d’un collègue et ceci et cela avant de se demander « Qu’est-ce que je fous là ? » Le reportage est terrible, les employés sont manipulés, ils obéissent à des ordres venus d’ailleurs. Tout vient d’ailleurs, d’ailleurs, les réclamations des clients que l’on ne voit pas, les décisions de patrons invisibles, et le tout pour finir dans un cercueil. Parce qu’à force de confondre sa vie avec l’entreprise,  lorsque celle-ci est rachetée, c’est normal et de triste augure, l’employé fidèle qui s’est donné corps et âme, n’a pour lui, devant lui que le gouffre, le précipice. On voudrait bien encore les entendre ceux qui ont toujours dans leur langue de bois, la rétorque « Vous êtes payés pour ça »

 Pas de pathos, pas de politique. La metteure en scène balaie,  toute poussière de récriminations avec une virtuosité digne de Mary Poppins. L’histoire est tragique certes puisque l’on assiste à la vie et la mort d’une entreprise. Mais qu’importe semble dire l’auteur, les employés ont partagé tant d’années ensemble, tant  de bons et mauvais souvenirs émergent; ils ont ri, pleuré soupiré, ils se sont même embrassés !

 Les rapports amoureux qui s’instaurent entre membres d’une même entreprise, à taille humaine, c’est pas de l’invention.

Paternaliste, la petite entreprise n’est-ce pas ? Que le patron déniaise la petite jeune, c’est normal. Ce sont les situations qui créent l’homme. Pavlov ne disait pas autre chose.  Enfermés dans une boîte, des humains n’ont pas d’autre choix que de se déclarer l’amour, la guerre ou le statu quo.

 Michel VINAVER ne cesse de faire des clins d’œil à l’horloge dont les aiguilles marchent à reculons parfois. Hallucination ou illusion d’optique ? Tout de même à l’heure où nous allons, malgré toutes ces voix robotisées qui chloroforment nos téléphones, que nous puissions écouter quelques râles d’Amour, quelques soupirs et quelques prières à travers la bouche d’employés à vie et pauvres pécheurs d’oseille, eh bien oui, ça rafraichit nos oreilles.

Michel VINAVER visionnaire et humain sûrement.

 Nous n’avons pas rêvé. Il y a des spectacles de vie qui se forgent à mains d’hommes et de femmes, et dépasseront les frontières de la machine, ex machina.

 Enfin, il faut rendre grâce à Valérie GRAIL et aux comédiens de nous plonger justement dans une sorte d’hyper réalité où le temps, la parole se déchainent.C’est tellement froissant, tellement réel que l’on  comprend que la valeur hystérique du travail puisse se muer en danse syncopée avec décharges d’électrogènes.

A se demander s’il n’existe pas une hormone du temps de travail et un vaccin contre ses dérives.

 Un spectacle éloquent, superbement bien agencé et rythmé.  L’auteur a du se pourlécher les babines en dressant ce portrait d’entreprise. La comédie du bon vouloir devient une récréation extraordinaire et si c’était vrai ?

 Pour de rire ! Vous gagnez à être portraitisés, chers employés !

Vie de bureau, mode d’emploi, dirait Georges Pérec ! Il pense, il  transpire le joli pansement d’ironie de Michel VINAVER. Si nous n’avons pas le temps de penser, nous avons le temps de vivre, et d’aller nous voir au spectacle « Les travaux et les jours».

Voilà une belle manière de manifester que nous les travailleurs de la vie, nous ne sommes pas des machines !

 Paris, le 28 AVRIL 2012                 Evelyne Trân

 

mise en scène Valérie Grail

du mardi au samedi 21h30 au Lucernaire  53, rue Notre Dame des Champs 75006 Paris

Cie Italique  avec Cédric David, Luc Ducros, Agathe L’Huillier Julie Ménard, Mireille Roussel

ART PEKIN 2012 – SALON D’ART CONTEMPORAIN – IKIOU – EXPOSITION DU 29 AVRIL AU 2 MAI 2012

 Le peintre IKIOU, accompagné de son ami poète Jean-Marie BLANCHE fait voyager ses oeuvres jusqu’en CHINE. En effet, suite à sa dernière exposition au Salon d’Art International de CANTON, ses tableaux ont été remarqués par les organisateurs  du Salon d’Art Contemporain de PEKIN. Il y exposera une  série de tableaux où l’arbre exprime comme un humain une pleiade de sentiments et de couleurs. Nous ne manquerons pas de vous faire un compte rendu de cette exposition sur ce blog en compagnie d’IKIOU et de Jean-Marie BLANCHE.

 

L’arbre aux valises

Au pied de son arbre épanoui dans le ciel,

Ikiou peint un carré : l’esprit se réalise.

Un être absent vous manque, il est providentiel :

Sa place devient chaise, il pose ses valises.

Ce tableau interroge. Des idées plurielles

Siègent en ses couleurs si calmes qui hypnotisent.

Un prénom s’en retourne de l’extrasensoriel.

Approchez-vous du cadre –serait-ce convoitise-

Plongez dans l’océan du rêve existentiel,

Dont les reliefs abrupts, bleu, rouge, vert, jaune, vous grisent.

Hanté par le démon de l’enfant éternel,

Que de cris, de chansons, de pleurs, de gourmandise.

Oh, peinture, je t’écoute : tes sons ascensionnels

Epandent au soleil des flots de friandises.

 Jean-Marie Blanche

 

 

DRACULA MON HISTOIRE …au Théâtre de la Huchette 23 rue de la Huchette 75005 PARIS

De Alan Commitie et Gaetan Schmid, d’après l’œuvre de Bram Stoker

Conférence sur l’état du vampirisme au 21ème siècle  DATE ET HORAIRES : A partir du 2 avril 2012  du lundi au samedi 21h

DISTRIBUTION : adaptation et mise en scène : Nathalie Juvet
avec : Adriano Sinivia, Bernard Gabay

P.S Adriano Sinivia, Bernard Gabay sont les invités de « DEUX SOUS DE SCENE » sur l’antenne de Radio Libertaire 89.4, Samedi 21 AVRIL 2012 de 15 H à 17 H.  

  Il faut quand même le dire, Dracula a vu le jour ou la nuit à une époque où les écrivains pouvaient laisser libre cours à leur imagination de façon artisanale en compulsant leurs grimoires, leur environnement et en voyageant aussi beaucoup. Parfois les auteurs sont supplantés par les personnages qu’ils ont imaginés, de sorte que l’on se souvient bien davantage de Dracula que de son géniteur un certain Bram Stoker contemporain d’un individu très louche qui défraya la chronique à Londres, un certain Jack l’éventreur. Dracula vampirisa à ses débuts, le cinéma puisqu’il contraint le cinéaste MURNAU, en 1922 à raconter son histoire sulfureuse dans NOSFERATU. Son esprit délétère ou maléfique inspira également Roman Polanski dans le Bal des vampires et Werner Herzog dans des films époustouflants.

 Il manquait cependant à DRACULA une incarnation de visu, celle que nous offre de façon instantanée une représentation théâtrale. Pour convaincre de  son existence un public de plus en plus large, Dracula a guidé la plume de deux auteurs sud-africains très  humoristiques Alan Committie et Gaétan Schmid et nous devons à  Nathalie  JUVET l’adaptation théâtrale de cette pièce qui se joue actuellement au théâtre de la Huchette en  pleine campagne électorale.

De la même façon que Dieu préfère laisser parler ses disciples à sa place, Dracula qui fait davantage référence au diable, ne se présente que par l’intermédiaire de ses valets qui déploient tous leurs efforts pour apologiser leur maître. Le résultat est catastrophique. En effet, nous croyions Dracula capable de terroriser les spectateurs, en les faisant hurler de frayeur. Hélas, ses deux domestiques ne réussissent qu’à  nous faire sangloter de rire. Il s’avère que l’un est analphabète et n’est capable que de mimer quelques bribes de son histoire, quand à l’autre qui voudrait revêtir l’aspect de Dracula lui-même, s’emmêle les pinceaux. Nous étions venus pour écouter une conférence sur le vampirisme, mais les vampires que nous avons devant nous sont anémiés, ils ne tiennent pas debout et nous les soupçonnons de faire diversion au milieu du public pendant que Dracula invisible mais bien présent serait en train de guetter sa future proie. Oui ces vampires, Adriano Sinivia et Bernard Gahey sont des imposteurs, des créatures malfaisantes et pitoyables qui ne disposent plus que d’accessoires obsolètes, crucifix, gousses d’ails, ou manche à balai et boite à musique,  oubliant entre leurs mains tout leur pouvoir horrifique.

 Très souvent les maîtres ont de mauvais serviteurs, Dracula n’échappe pas à la règle. Ces deux zigottos réussissent quand même à nous mettre l’eau à la bouche en nous racontant l’aventure de la belle fiancée du notaire, victime de Dracula et nous avons droit à un sursaut d’angoisse lorsqu’ils choisissent parmi le public une jeune femme pour la représenter.

 Hormis cet épisode, ces deux imbéciles qui ne savent pas lire, s’évertuent avec moult fanfaronnades à incarner quelques personnages du roman de Dracula, faisant davantage appel à l’imagination du public qu’à leur talent. Des pitres, des clowns, des baudruches, des monstres dégonflés, et peut être des âmes damnées que Dracula nous a envoyées dans l’espoir de titiller notre curiosité, sans nous asperger d’eau bénite. Nous avons compris qu’il se cachait derrière ses pâles acolytes, lesquels avant de devenir vampires étaient des humains.

Ce n’est pas tout à fait une espèce en voie de disparition. Des suceurs de sang  qui ont le toupet de se déclarer comme tels, il n’y a pas de meilleure façon de les étudier que d’assister à leur exhibition au Théâtre de la Huchette. Il y a un risque celui de se faire vampiriser à son tour, mais c’est pour la bonne cause, C’est le rôle des spectateurs de donner le change, ne serait-ce que pour délier le vrai du faux. Erudits et naïfs à vos marques, Dracula est de retour !

A défaut de grincer des dents, vous vous tordrez de rire et en cette époque de crise de foi, ça fait un bien fou !

 Paris, le 15 Avril 2012                            Evelyne Trân.