ANDORRA – AUTOPSIE D’UNE HAINE ORDINAIRE – Comédie-tragique de Max FRISCH – Mise en scène de FABIAN CHAPPUIS par la Compagnie ORTEN – au THEATRE 13 – 13 rue du Chevaleret 75013 PARIS – du 5 Janvier au 14 Février 2016 – du mardi au samedi à 20 Heures, le dimanche à 16 heures.

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Photo de répétition par Bastien CAPELA

Bande annonce   Réalisation Quentin Defalt
Musique Cyril Romoli

Andorra / Max Frisch / Fabian Chappuis – Bande annonce from Théâtre 13 on Vimeo.

Avec
Alban Aumard Le Docteur,
Anne Coutureau La Senora,
Romain Dutheil Andri,
Stéphanie Labbé L’Aubergiste,
Hugo Malpeyre Le Soldat,
Laurent d’Olce Le Maître d’école,
Loïc Risser Le Prêtre,
Marie-Céline Tuvache La Mère,
Elisabeth Ventura Barbeline,
Eric Wolfer Le Menuisier,
et les témoignages de Jean Patrick Gauthier, Philippe Ivancic, Gaëtan Peau, Benjamin Penamaria, Philippe Perrussel, Paula Brunet Sancho, Vincent Viotti.
Traduction Armand Jacob. L’Arche est agent théâtral du texte représenté.
Adaptation et scénographie Fabian Chappuis,
Assistant à la mise en scène Emmanuel Mazé,  Musique Cyril Romoli,
Chorégraphie Yann Cardin,
Lumière Florent Barnaud,
Vidéo Bastien Capela & Quentin Defalt, Régie vidéo Ludovic Champagne,
Costumes Maud Berthier et Domitille Roche-Michoudet,
Masques Sébastien Puech,
Construction décor William Defresne & Thierry Ortie (Comme sur un plateau),
Administration François Nouel,
Diffusion Isabelle Decroix,
Presse Jean-Philippe Rigaud.
Adaptation éditée aux Editions Les Cygnes – collection Les Inédits du Théâtre 13.

Est-il vraiment possible de faire l’autopsie de la haine ? A mon sens, la haine a une origine affective, c’est un sentiment aussi irrationnel que l’amour. La haine à visage découvert, à visage ordinaire, peut se propager d’autant plus facilement qu’il s’agit d’un réflexe de défense, de sauvegarde, une issue de secours à l’expression de conflits émotionnels inconscients. La haine trouvera toujours son bouc émissaire.

Qui n’a pas entendu une personne en état d’ébriété dégurgiter sa haine contre des Arabes, des Turcs, des Grecs, des Chinois, des Juifs qui ne lui ont rien fait, tandis que sur le même comptoir, ses voisins se contentent de hocher la tête . Mais à qui donc attribuer ses malheurs, ses misères sinon à cette saleté de …

Andorra est un petit pays imaginaire, paisible qui ne fait pas d’histoires mais qui est menacé par des nations frontalières plus puissantes. Les Andorriens sont très fiers de la paix qui règne dans leur pays.Ils ont même applaudi l’instituteur qui jadis a sauvé des mains d’un méchant peuple voisin, un enfant israélite.

Andri a été adopté par l’instituteur et son épouse. C’est un enfant du pays, il n’empêche, les propos des villageois ne cessent de lui rappeler qu’il est juif, qu’il n’est pas comme les autres et insidieusement qu’il ne doit pas renier sa race qui veut qu’il soit commerçant et certainement pas menuisier.

Il souffre profondément de ce sentiment d’exclusion . Seul l’amour qu’il partage avec sa sœur lui procure le bonheur. N’ayant pas de liens de sang avec sa sœur, il souhaite l’épouser, mais coup de tonnerre, voilà que son père s’oppose au mariage.

Figure très complexe que celle de ce maître d’école,déchirée, tourmentée par un terrible secret. Andri est réellement son fils qu’il a eu avec une étrangère, il n’est pas juif.

L’état d’esprit du jeune homme sera bouleversé par cette révélation. Il décidera d’endosser cette identité de juif qui fait de lui un étranger au regard des villageois, par dégoût, par tristesse et un profond sentiment de solidarité avec toutes les victimes du racisme. Est-il seulement possible de sauver sa peau en disant qu’on n’est pas juif ? Nous ne sommes plus dans la logique de la survie qui contraint de cacher ses origines. C’est toute son identité qu’il s’est construit durant sa jeune vie, une identité basée sur le mensonge, qui se trouve bafouée du jour au lendemain. Parce qu’il y a cette horreur à penser que l’on puisse mourir pour le seul crime d’être né juif.

Cela n’a pas de sens et à vrai dire les villageois n’étaient guère dérangés par Andri . N’importe, il porte si bien le «mal» qu’il devient le bouc émissaire idéal.

La mise en scène de Fabian CHAPPUIS, très sensible, est dépouillée comme le préconisait Max FRISCH. Seuls trois pans de murs suggèrent un village, des murs lessivés, propres que s’attache à repeindre en blanc Barbeline, l’amour d’Andri, et qu’elle s’acharne encore à repeindre à l’issue du drame.

Des murs comme des visages anodins quelque peu blafards, qui ne reflètent ni le bien ni le mal mais qui tremblent comme des drapeaux flétris par la bonne conscience des Andorriens incarnés par le menuisier, l’aubergiste, du Docteur, le soldat, le prêtre qui ont réussi à s’en sortir en vendant leur Juif. Les têtes de témoins sont d’ailleurs projetées sur ces murs, témoignant tranquillement de leur absence de responsabilité.

Tragique et bouleversante, la pièce a néanmoins des versants comiques avec les scènes notamment entre le Docteur, un fieffé raciste et Andri. Les comédiens de la Compagnie ORTEN la jouent de façon très vivante.

Dire que nous pouvons nous reconnaître dans tous les propos de ces gens là ! Comment, pourquoi ? Avons nous conscience combien des paroles racistes peuvent faire saigner des esprits aussi vulnérables et purs que celui d’Andri ? Cette pièce de Max FRISCH qui a nécessité une longue genèse – le scénario date de 1946 mais la rédaction de la pièce ne fut achevée qu’en 1961 – nous interpelle intimement. Nous le savons, ces Andorriens qui font si bonne figure, nous pouvons en faire partie, ne serait-ce que par notre silence !

Paris, le 18 Janvier 2016                          Évelyne Trân

LES FOURBERIES DE SCAPIN – UN THRILLER DE MOLIERE – MISE EN SCENE DE IMAD ASSAF au THEATRE DOUZE – 6 Avenue Maurice Ravel 75012 PARIS – du 12 au 31 Janvier 2016 DU MARDI AU SAMEDI à 20 H 30 et le DIMANCHE à 15 H 30.

 

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Acteur: Brice Borg, Azad Boutella, Florence Fauquet, Elise Fourneau, Angeli Hucher de Barros, Olivier Kuhn, Vivien Niderkorn, Emmanuel Rehbinder et Paul-Henri Véchambre
Auteur: Molière
Création lumière et montage sonore: Vivien Niderkorn
Mise en scène: Imad Assaf
Crédit photo: Albane Devouge
Extrait vidéo: http://vimeo.com/111868612
Son: Jizzy Jones
Costumes: Justine Bossard
Dramaturgie: Paul-Henri Véchambre
Chorégraphies: Leonid Glushchenko
Compagnie: Compagnie les Bien Roulés et Collectif La Tribu des Pendards

Les Fourberies de Scapin, un thriller, vous n’y pensez pas ! Ce classique de Molière a tant de fois été représenté, et pour la première fois en 1671, soit il y a déjà trois siècles et demi, que nous l’avions enterré sous roche dans la mémoire. En terme d’accroche, il y a bien sûr cette fameuse tirade «  Mais qu’allait il faire dans cette galère !» digne de l’apostrophe d’Arletty « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ! » dans l’Hôtel du Nord.

Eh bien justement ce classique revisité par la Tribu des Pendards a tout simplement de la gueule et le jeune metteur en scène Imad ASSAD, un flair de premier ordre.

Molière dénonce dans cette pièce la tyrannie des pères à l’égard de leur progéniture, les mariages arrangés, la maltraitance des valets, la corruption de la justice, l’injustice sociale. Des thèmes qu’il a repris dans de nombreuses comédies mais pour faire passer le message, échapper à la censure, il saupoudrait d’un soufre comique la virulence de ses propos. Du coup, ce qu’il y a de tragique, de douloureux dans le personnage de Scapin peut fort bien passer à la trappe.

Que la dramaturgie propre au triller puisse remonter à la surface de celle de la comédia dell’arte, c’est la gageure étonnamment maîtrisée par la Tribu des Pendards .

C’est au théâtre que nous spectateurs nous pouvons prendre conscience combien ce qu’il y a de plus organique chez l’homme, le cri, précède la parole. Il y a tout ce filtrage de la civilisation qui nous incline à dénier cet aspect trivial, cette réalité animale.

Ce qu’il y a de sauvage chez l’homme, d’instinctif, ne cesse pourtant pas de sourdre à l’occasion de situations les plus élémentaires. Un homme peut en tuer un autre simplement parce que celui s’est permis de le voler. La ville a remplacé la forêt mais qui peut vraiment distinguer les cris des loups de ceux des agneaux. Il n’y a plus d’agneaux, l’homme est un loup pour l’homme.

C’est bien ce qu’exprime la mise en scène qui situe les actions dans un entrepôt de palettes, d’outils divers, de tonneauxet de bidons. Géronte et Argante ne sont plus des vieillards mais des bourgeois commerçants, physiquement fort costauds, bien accrochés à leur fortune. Leur progéniture, Léandre et Octave sont des fils à papa qui n’ont de sympathique que leurs amours interdits à l’égard de jeunes filles sans situation. Et puis il y a Scapin, le plus freluquet de tous, un coquin de valet qui a fait de la prison mais à qui tous font de l’œil parce qu’il est débrouillard. Il n’a pour tout bien que son intelligence, son goût pour l’entreprise voire l’aventure.

Scapin est un apprivoiseur de loups, de gros chiens loups incarnés Géronte et Argante qui aboient davantage qu’ils ne parlent et toujours prêts à mordre. Et tout cela passe par la langue de Molière. Scapin rentre pratiquement dans une cage à lions. Ces personnages ont beau être comiques et grotesques, ils suscitent la peur. La violence de tous les protagonistes est visualisée à l’état brut, non de façon naturaliste mais elle frappe d’autant plus les esprits, notamment les jeunes spectateur étonnés, captivés.

Tension et suspense mènent la danse de tous ces énergumènes fort bien interprétés par l’équipe de la Tribu des Pendards. Emmanuel REHBINDER, Géronte et Angeli HUCHER DE BARROS, Argante, sont très impressionnants. Quand à Brice BORG, excellent, il compose un Scapin va-nu-pieds, fier et blessé, qui fait penser aux voyous étincelants de Jean Richepin ou de Villon.

Une très belle découverte que cette représentation des Fourberies de Scapin, forte en gueule, efficace, décapante !

Paris, le 18 Janvier 2016                                  Evelyne Trân

PSYCAUSE(S)2 au STUDIO HEBERTOT – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS – A partir du 12 JANVIER 2016 du mardi au samedi à 21 Heures, le Dimanche à 15 Heures.

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Texte et interprétation

Josiane Pinson    mise en scène de Gil Gaillot

Coïncidence de la programmation du Studio HEBERTOT, après la valse du hasard de LA FEMME, jouet d’un ange, voici que nous la retrouvons cette femme réincarnée, maîtresse de son destin, psychologue quinquagénaire, bon chic, bon genre, qui vraiment a beaucoup à confesser sur la nature féminine.

Avec un humour pas piqué des hannetons, cette femme passe en revue les incontournables situations auxquelles est confrontée une quinquagénaire, le vieillissement, la future retraite, la perte des parents, l’émancipation des gosses, l’arrivée des petits enfants etc.

Dieu merci, cette femme étoffe la banalité morose du quotidien grâce à son cabinet de psychologue, qui lui permet de se frotter aux billevesées de l’inconscient féminin, servies sur le plateau par ses clientes . Exploration hors norme, un peu comme si vous visitiez la femme du côté de son système digestif sexuel.

Les clientes que joue Josiane PINSON, se mettent à table, de façon très crue : la bourgeoise précieuse qui tombe amoureuse d’un « viril » inculte, une certaine Madame GRAS qui se masturbe devant elle, la libérée qui chante la poly-fidélité, des vertes et des pas mûres.

Voilà de bons coups de pied dans le bas ventre des ruminations pourtant peu audibles de la gente féminine. C’est un peu Georges Bataille, traîne de force par la Mère Ubu. Que peut bien faire dans cette galère, le galimatias psychanalytique des émules de Jacques Lacan ?

Josiane PINSON, a pris le parti d’en sourire, en mettant en scène la femme qui essaie bon an mal an, d’assumer la condition d’une quinquagénaire, plusieurs femmes en une, la mère, la professionnelle, l’épouse, la fille … C’est ce qu’une femme ne devrait jamais oublier, cette chance de pouvoir être plusieurs, tout en restant maîtresse de ses désirs. Un spectacle mordant qui met en appétit, en appétit de la vie tout simplement.

Oubliez vos travers, vos maladies, vos rides, votre cou qui s’affaisse, vous n’avez plus la chair fraîche, Mesdames les quinqua, mais vous avez plus d’une clé dans votre sac, et celle de l’humour vous sied à ravir !

Paris, le 17 Janvier 2016                            Evelyne Trân

La valse du hasard de Victor Haïm au Studio HEBERTOT 78 bis, boulevard des Batignolles 75017 Paris du 05 janvier au 13 mars 2016 du Mardi au Samedi à 19 Heures, le Dimanche à 17 Heures.

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Mise en scène

Patrick Courtois  Carl Hallak

Avec

Patrick Courtois  Marie Delaroche

La valse du hasard, ce n’est pas tout à fait le big bang de l’univers ni le sac de nœuds imaginé par David BOWIE, ni le jeu de l’oie, ni l’histoire d’une pauvre araignée suspendue au bout de son fil, ni, ni et ainsi de suite… C’est un exercice de style à deux personnages où deux pions, un dominé et un dominant doivent pendant un certain temps avant d’expirer ou de s’essouffler, se délester de leurs énergies affectives pour mettre à nu leur moi vibrant qui titille leurs méninges.

Le scénario est simple, un ange reçoit une jeune morte et lui fait passer des tests d’évaluation lui permettant de décider si celle ci est apte soit pour l’enfer, soit pour le paradis.

Pour une fois qu’on s’intéresse à elle, LA FEMME, qui ça on, L’ANGE, une créature du Bon Dieu ! De bonne grâce, la jeune morte, encore choquée par son accident, se résout à formuler quelques confidences sur sa vie à l’instigation de cet ange qui manifeste un malin plaisir à la déstabiliser pour lui tirer les vers du nez. La carotte c’est la sortie, avec une belle étiquette sur le front, gagnant ou perdant.

De toute évidence, Victor HAIM s’amuse dans cette valse du hasard où les régles du jeu sont pipées dès le départ par l’appréciation d’un juge attribuant de bonnes ou de mauvaises notes à la pauvre femme, suivant ses humeurs.

Qu’est-ce à dire sinon que tout un chacun est soumis au cours de sa vie au bon vouloir d’un quidam alors même que son destin est en jeu. Ainsi le poste où vous vous êtes porté candidat va dépendre de celui qui vous reçoit en entretien d’embauche, votre aptitude à travailler du visa du médecin de travail, votre réussite à un examen oral de l’indulgence ou sévérité d’une examinateur etc.

C’est révoltant mais c’est comme ça. Néanmoins, quelqu’un qui a un peu vécu, finit par entrevoir que la course d’obstacles d’une vie appelée désir, n’est pas tant déterminée par le bon vouloir d’un quidam que par le temps . L’être humain étant mu par une force du désir incontrôlable, il faut bien que la nature lui ménage quelques freins. Le maître mot c’est l’adaptation, la capacité d’adapter son moteur à son environnement. A ce propos, Victor HAIM – qui pourrait fort bien jouer le rôle de l’ange – fustige les lieux communs dans cette scène cocasse où la pauvre femme est obligée d’en vomir quelques uns pour redevenir propre.

Mais pourquoi donc l’ange s’intéresse t-il tant à cette femme ? Sans doute parce qu’immunisé par son immortalité virtuelle, il est touché par sa vulnérabilité, par le sentiment que quoiqu’elle dise sur sa vie, c’est la manière dont elle s’exprime qui importe, son ressenti qui échappe en réalité à tout jugement de valeurs.

Une sorte de chantage affectif s’instaure entre l’ange et la femme, le pompon de la bonne réponse ne servant qu’à exacerber le désir de la femme d’exister, d’affirmer son existence face aux dictats de cet ange énigmatique, une sorte de père idéalisé que toute fille dans ses fantasmes, encore un lieu commun, rêve de séduire.

L’ange interprété par Patrick COURTOIS à la mine chafouine, est aussi truculent qu’un moine défroqué, et la femme jouée par Marie DELAROCHE, frémissante de féminité, est très émouvante.

Sur scène, un empilement de valises usées jusqu’à la corde suggère la bonne pâte de nos bons vieux clichés sur les portes de paradis ou d’enfer . Aspect vieillot qui fait songer aux étiquettes effacées et humides qui résistent sur les bouteilles de vin en cave.

Mais c’est une bonne bouteille que cette valse du hasard . Il faut la goûter presqu’à jeun (vomir ses lieux communs) pour se laisser doucement gagner et enivrer par les vapeurs de la femme, juste le temps de croire voir passer un ange, assurément  !

Paris, le 17 Janvier 2016                              Évelyne Trân

VICTOR F. d’après le roman Frankenstein de Mary Shelley du 5 au 24 janvier 2016 / création au Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de VINCENNES Route du Champ de Manoeuvres, 75012 Paris du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h – Tél. 01 43 74 72 74

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d’après le roman Frankenstein de Mary Shelley

texte et mise en scène Laurent Gutmann

scénographie Alexandre de Dardel, costumes Axel Aust, lumière Yann Loric,
son Estelle Gotteland

avec Éric Petitjean, Cassandre Vittu de Kerraoul, Luc Schiltz et Serge Wolf

Après tout Victor Frankenstein n’était qu’un homme ! Pauvre exclamation qui risque de laisser sur leur faim les amateurs de films d’horreur et ceux qui confondent le créateur d’un monstre avec sa créature.

Mary SHELLEY a écrit FRANKENSTEIN il y a deux siècles, presque au coin du feu, raconte-t-elle, pour combler l’ennui de quelques soirées d’hiver entre amis lors d’un séjour en Suisse. C’est alors qu’elle eut l’idée lumineuse de coupler ses informations scientifiques avec ses propres lectures d’histoires allemandes de fantômes.

Les adaptations cinématographiques du roman, ont mis l’accent sur l’aspect fantastique du scénario. Que se passerait-il si l’homme à l’instar du créateur était capable de créer une créature dérivée de lui-même ? Mary SHELLEY imagine que la créature qui ne peut être qu’un monstre se révolte contre son créateur qui le renie parce qu’il considère avoir complétement raté son objectif celui de créer un humain immortel, fort et lumineux, libéré de toutes les vicissitudes humaines marquées par la souffrance, la peur etc.

 Ainsi sans le savoir Mary SHELLEY soulève un lièvre, celui de l’eugénisme (prôné par les nazis) qui fait débat et questionne les manipulations génétiques actuelles et à venir des savants sur les embryons d’animaux et humains.

 Il est probable que les savants d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec la folie anxieuse du savant Frankenstein particulièrement captivante dans le roman de Mary SHELLEY. L’ombre de cette folie plane tout le long du récit parce que l’auteure entend permettre à « l’imagination de cerner les passions humaines de manière plus complète et plus riche qu’un enchaînement de faits réels ».

Bizarrement, l’adaptation théâtrale du roman par Laurent GUTMANN va délibérément à contrepied de cette visée, espérant sortir du brouhaha confus de la conscience du savant une figure du monstre plus objective, plus adaptée au contexte de notre époque d’esprit hélas, mais ce n’est qu’un point de vue,  plus matérialiste,  en tout cas, très éloignée du romantisme gothique de Mary SHELLEY, épouse du célèbre poète Percy SHELLEY ami du scandaleux et ténébreux Byron.

Visuellement, la créature du monstre est très réussie, elle peut frapper l’imagination par son caractère avenant à la façon d’un masque de théâtre, de grosse tête de carnaval à qui il ne manque qu’un fouet.

Le décor restituant un paysage de montagne dans les environs de Genève est rutilant de couleurs, magique à souhait. C’est dans ce décor merveilleux mais glacé que Victor F, son ami aveugle, sa dulcinée et le monstre errent comme des pantins. La glace va-t-elle se fissurer pour laisser place au procès qui appelle à la barre Victor F jugé pour les meurtres de ses amis, commis par sa créature ?

Il appartient aux spectateurs d’en juger à la faveur de cette proposition déconcertante qui entend ouvrir le débat, en humanisant la créature de Victor F. Il est dit que Dieu créa l’homme à son image. Conclusion,  les hommes ne risquent-ils pas de créer des monstres à leur image ?! Quel danger ! Car l’homme qui n’a pas encore vaincu la mort ne sait pas non plus se regarder dans un miroir !

Paris, le 11 janvier 2016               Evelyne Trân

 

 

Un beau ténébreux de Julien Gracq / Matthieu Cruciani / Cie The Party à la COMEDIE DE SAINT ETIENNE du mar. 5 au ven. 8 janvier / 20 h

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Photo Jean Louis FERNANDEZ

de Julien Gracq

adaptation et mise en scène Matthieu Cruciani

avec Sharif Andoura, Clara Bonnet*, Émilie Capliez, Frédéric de Goldfiem,  Pierre Maillet, Maurin Olles*, Pauline Panassenko*, Manuel Vallade

dramaturgie Yann Richard
scénographie Marc Lainé
lumière Bruno Marsol
son Clément Vercelletto
vidéo Jean Antoine Raveyre
costumes Véronique Leyens
régie générale Arnaud Olivier
décors et costumes Ateliers de La Comédie de Saint-Étienne

production La Comédie de Saint-Étienne – Centre dramatique national / Compagnie The Party – Compagnie associée / Théâtre Dijon Bourgogne – Centre dramatique national
coproduction Centre dramatique national de Haute-Normandie, Rouen

Cet écrivain énigmatique, Julien GRACQ dont le nom résonne dans la bouche de façon ensoleillée et montante comme un chemin de montagne à parcourir, est un véritable compagnon de voyages. Le titre de son roman « Un beau ténébreux » dont il commença l’écriture en 1941 alors qu’il était prisonnier dans un camp, opère comme une apparition, et c’est dans notre imaginaire, Julien Gracq lui même qui surgit.

Dans un hôtel en bordure de mer appelé banalement « Les Vagues » de jeunes vacanciers riches, dégagés de toute préoccupation matérielle ou professionnelle, se trouvent livrés à eux mêmes. Jacques le narrateur s’ennuie, les états d’âme de la jeune bande ne suffisent plus à occuper son esprit . L’arrivée d’un couple extraordinaire, selon lui, vient mystérieusement jeter le trouble dans cet hôtel calme et sans histoires.

C’est la forte personnalité d’Allan dont les propos ont les accents ténébreux d’un Lautréamont, d’un Rimbaud ou de Byron qui déroutent les vacanciers et notamment Jacques fasciné par la beauté de l’épouse d’Allan, Dolorès. Tout le monde s’inquiète de la raison de leur présence dans un lieu si paisible.

Le roman a l’étoffe d’une véritable tragédie sauf que contrairement aux tragédies raciniennes ou cornéliennes, la fatalité n’est pas mise en cause. Nous le saurons, le couple a rendez vous avec la mort parce que les deux époux se sont promis de se suicider. Personne ne le sait mais quelque chose transpire du comportement de couple qui trouble le narrateur au plus profond de lui même.

Parole de jeune, rêve exalté. Parce qu’il a décidé de mourir, Allan a pu croire que s’ouvrait devant lui la possibilité de tout vivre en toute liberté . Ce ne sera pas le cas parce que son secret se révèle trop lourd, donnant une importance à la mort que les autres ne peuvent entendre.

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Photo Jean Louis FERNANDEZ

Défi orgueilleux de celui qui lève son verre à la vie, à la mort. Allan n’est pas un kamikaze, mais il croit peser le prix de la vie en affrontant la mort. Le prix, c’est aussi le regard des autres, leur suspicion, leur incompréhension, leurs peurs, leur amour ou leur haine.

Dans ce roman où l’œil semble vouloir toujours toucher les silences, il y a les traversées fulgurantes des monologues des personnages qui éclaboussent comme de hautes vagues, trahissant la jeunesse des protagonistes, celle de Christel, fragile parce que trop ardente, celle de Dolorès trop belle, celle d’Allan, exalté, celle de Jacques trop curieux.

La force incantatoire des monologues et dialogues du texte, nous la découvrons de façon tout à fait inattendue grâce à l’adaptation et mise en scène de Matthieu CRUCIANI. C’est une révélation d’éprouver que la langue de Gracq si poétique et réfléchie à la fois, puisse, incarnée par de grands comédiens, révéler sa puissance émotionnelle.

Les mots chez Gracq sont pleins, tels quels ils traversent les corps, ils ont été traversés par eux, ils sont ouverts aux sortilèges de Rimbaud qu’évoque le narrateur.

Sortilèges et fantômes, toute cette nuit fabriquée par les songes sont-ils ceux que renvoient les paysages mouvants, sombres, inquiétants , très suggestifs, en fond de scène tels des paraphrases des âmes tourmentées de ces jeunes gens.

A dessein, la scénographie est dépouillée, juste quels bancs de sable, des tables et des chaises, tant il est vrai qu’il n’est pas besoin de se substituer à l’imaginaire de Gracq qui découle de sa langue propre.

Gracq dût être « un beau ténébreux » à sa façon, invisible, élégante, mais jamais sournoise. Dans ce spectacle, toute l’équipe rend hommage de façon vibrante à un auteur réputé difficile, mettant en lumière, l’éclat de son style.

Jeunesse insolente aux portes de la nuit, instinct de vie et de mort à la fois. Jolie gamme de mélancolie exaltée et pénétrante aussi captivante qu’une vague qui avance. Il s’agit d’émotions presque convulsives, sortilège d’une eau qui n’est jamais endormie chez Gracq et sur laquelle marchent radieusement les interprètes Sharif ANDOURA, Clara BONNET, Manuel VALLADE, Emilie CAPLIEZ, Frédéric de GOLDFIEM,  Pierre MAILLET, Maurin OLLES, Pauline PANASSENKO. Remercions les !

Paris, le 11 Janvier 2016                              Evelyne Trân

 

Et en tournée 2015 / 2016

2 et 3 février 2016 – Centre dramatique national de Haute-Normandie, Rouen* / réservations : 02 35 03 29 78

10 février 2016 – Le Dôme Théâtre, Scène conventionnée d’Albertville / réservations : 04 79 10 44 80

du 10 au 13 mars 2016 – Les Ateliers, Lyon – en coréalisation : Célestins, Théâtre de Lyon, Théâtre Nouvelle

Génération – Centre dramatique national / réservations : 04 78 37 46 30

du 27 au 29 mai – Festival Théâtre en mai – Théâtre Dijon Bourgogne – Centre dramatique national /

réservations : 03 80 30 12 12

 

ARTAUD TOTEM avec Marc-Henri LAMANDE, le mercredi 9 décembre 2015 à 21h au Théâtre de la Reine Blanche – passage Ruelle 75018 PARIS

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UNE CRÉATION DE MARC-HENRI LAMANDE ET ANTOINE CAMPO

« Antonin Artaud aura 120 ans en 2016. Nous préparons activement la fête avec des feux de musique, des bengales de mots et des chants d’images. Soyez les premiers à venir célébrer l’immense Artaud qui nous interroge plus que jamais sur le présent éternel de cet art nommé théâtre. Cette création aurait pu s’intituler Artaud et son double. Marc-Henri Lamande donne à entendre la voix mais aussi l’humour, il incarne l’artiste qui fit don de sa vie à la création poétique et théâtrale. »

 Distribution :

MARC-HENRI LAMANDE, PIANO IMPROVISÉ ET INTERPRÉTATION

ANTOINE CAMPO, MISE EN SCENE, SCÉNO ET LUMIÈRES

FILM : SANDRINE ROMET-LEMONNE, ASSISTÉ DE JÉRÔME JAVELLE

CRÉATION PHOTOGRAPHIQUE : STUDIO CAMPO ET BURCKEL

CHORÉGRAPHIE : KATHY MÉPUIS

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Photo J.M. BLANCHE

Un bel hommage a été rendu à l’homme ARTAUD, au Théâtre de la Reine Blanche par Marc-Henri LAMANDE et ses amis.

C’est toute la lumière intérieure d’Artaud qui inspire l’interprète pour une récréation affective, improvisée, ouverte aux cheminements d’un homme à travers cette chair qu’épaulent les mots, qu’agrippent les pensées comme autant de feuilles de branches au-dessus de la tête, bouleversent le corps tout entier.

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Photo J.M. BLANCHE

Marc-Henri Lamande danse, frotte son corps contre le sol, se faufile sous le piano comme un enfant qui veut tout découvrir, humer, respirer.

Curieuse sensation de braise dans une forêt humide, les pensées d’Artaud extra-lucides prolongent notre regard, le poussent à lever les obstacles de l’obscurité pour se laisser éblouir.

Artaud était extrêmement sensitif, il entendait soulever la pierre trop lourde de la douleur pour autre chose.

Quand les pensées, les paroles deviennent gestes, il ne faut plus essayer de comprendre mais plutôt éprouver le bonheur de se deviner.

MARC HENRI ET LE LIVRE ACCORDEON

Nous entendons Artaud et ses destinataires se deviner à travers leurs correspondances, le témoignage fantastique d’Alain GHEERBRANT qui assista à l’enterrement d’Artaud, l’impressionnant documentaire de Marc-Henri LAMANDE qui raconte le calvaire d’Artaud pendant ses années de déportation en asile, et aussi à travers ses conférences sur le théâtre.

Et puis soudain le poème se fait chair, il parle contre un mur, il devient un arbre étonné qui vibre et sourit de toutes ses branches, éclairant la figure d’Artaud, d’un halo de tendresse !

Magnifique rencontre avec ARTAUD, émouvante, gracieuse, imaginative, heureuse !

Paris, le 2 Janvier 2015                               Evelyne Trân

 

 

PROMESSE A LA POUSSIERE – UNE PIECE DE THEATRE DE DASHIEL DONELLO – EDITEE AUX EDITIONS EDILIVRE –

PAYSAGE BIS E TRAN

Photo E. Trân

Est-il possible que la mort prenne le visage d’un être aimé ? Des temps silences qui s’ouvrent, balbutient l’impossible. Le poète enfouit son visage dans ses mains, il converse avec cet impossible, le sien, se laissant assaillir par tout un corbillard de souvenirs dans lequel trône la figure idéale de sa bien aimée . Qui ne se souvient lors d’une promenade dans un cimetière avoir surpris de loin un homme ou une femme, seuls, vaquer autour d’une tombe, et s’être caché pour ne pas porter atteinte à l’intimité de cet homme ou de cette femme ?

Le long cri poème de Dashiell DONELLO m’évoque de façon lumineuse, de façon quasi transparente, les transports de ces inconnus qui parlent à des êtres invisibles venus à leur rencontre.

« C’est difficile l’incarnation » dit le poète. Il y a et surtout des douleurs, des solitudes, des désespoirs absorbés par nos paysages qui trouvent refuge peut-être – le sait-on – dans la beauté d’une montagne muette, qui sollicitent notre regard sans que que l’on sache pourquoi. Est-ce possible, cette fleur sur un balcon touchée par un rayon de soleil et au même instant le mouvement du visage d’une femme qui tire le rideau ? Cette femme nous a certainement regardés sans que nous soupçonnions sa présence et elle peut tout être dans un seul éclair fugitif, perçue par hasard par un quidam sur le trottoir.

Tout être avec cet organe de la parole qui se relève invisible qui crée ses propres mouvements parce qu’elle a pris naissance on ne sait où, on ne sait comment, et pourquoi ?

Dashiell DONELLO a écrit « Promesse à la poussière » pour le théâtre. Il s’agit d’une pièce d’une délicatesse extrême, exigeante.Je retiendrai cette phrase « Combien de ces Untel ont gardé secrètement en eux mêmes, un « je t’aime » qui aurait tout changé … ».

« Promesse à la poussière» c’est un rêve qui peut s’épancher, s’incarner au théâtre, s’élever, respirer !

Paris, le 1er Janvier 2016                         Evelyne Trân

Et pendant ce temps, Simone veille ! Au studio Hébertot – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS – du 27 Novembre au 10 Janvier 2016 du mardi au samedi à 21 Heures, le Dimanche à 15 Heures –

Et pendant ce temps, Simone veille !

Auteurs  Trinidad, Bonbon, Hélène Serres, Vanina Sicurani et Corinne Berron – Mise en scène et Création lumière : Gil Galliot
Interprètes : Trinidad, Fabienne Chaudat,
Agnès Bove, Serena Reinaldi
Direction musicale : Pascal Lafa
Textes chansons: Trinidad

Elles ont bien raison de le souligner, Marcelle, France, Giovanna, et Simone (celle qui veille) qui trèpignent chacune du haut de leurs talons d’ouvrière, de petite bourgeoise ou de classe moyenne, la dépénalisation de la pilule contraceptive avec la loi Neuwirt votée en 1967, ce fut un petit pas pour la femme mais un grand pas pour l’humanité qui vaut bien celui de l’homme sur la lune.

Une loi qui semblait renvoyer aux calendes grecques celle du 31 Juillet 1920 qui interdisait toute contraception sous peine d’amende et de prison et déclarait « crime contre l’État » l’avortement . En effet, la pilule n’était pas remboursée par la sécurité sociale et il faudra attendre la promulgation de la loi Veil, le 17 Janvier 1975, pour la dépénalisation de l’avortement, sous certaines conditions.

Les premières femmes qui ont bénéficié de la pilule contraceptive sont tout au plus sexagénaires aujourd’hui et encore fort pimpantes.Leurs tribulations féministes couvrent trois générations, certaines sont issues de familles de 14, 20 enfants, ce qui est inimaginable de nos jours.

TRINIDAD, l’auteure principale de cette épopée féminine, a pris le parti d’en rire, en faisant sortir de leurs gonds trois femmes aux destins différents, mais toutes allumées par un désir d’affirmer leurs droits, de se reconnaitre en tant que femmes dans un monde où elles peuvent encore être éclaboussées, humiliées en tant que sexe faible.

Photo Simone HD ©Jogood

Photo Simone HD (C)  Jogood

Tu nais homme ou tu nais femme, tu veux ou tu veux pas d’enfant, un coup de dés du hasard !! ?? Dire que le vingtième siècle a bouleversé cette fatalité binaire ! Les femmes d’aujourd’hui ont en héritage des siècles de luttes pour la libération morale et sexuelle de la condition féminine. « On ne nait pas femme, on le devient », constatait amèrement Simone de Beauvoir. Mais le racisme sexiste écorne aussi bien les hommes. Dame nature a somme toute bien fait les choses, nous nous ennuierions dans un monde asexué.

Ce que comprennent avec beaucoup d’humour les femmes que met en scène la comédie de TRINIDAD. Pas question de renoncer à sa féminité, aux plaisirs de la séduction et de se ficeler dans le carcan d’une idéologie féministe. Il y a du bonheur à se sentir femme, à le dire, à le chanter, c’est ce qui frappe vraiment dans ce spectacle où les comédiennes se fondent dans cette épopée effarante des années 5O à nos jours, de façon jubilatoire, quasiment explosive.

Photo Simone 2 HD©Jogood

 Photo Simone HD (C)  Jogood

Les chansons de TRINIDAD font sauter le bouchon de vieux tubes décapants où s’engouffrent pêle mêle sur l’écran de nos souvenirs, les clins d’œils de Gainsbourg et Birkin, Claude François etc. sans oublier les désuètes mais toujours à l’oeuvre, publicités ménagères. Jolie pommade des actualités des 20ème et 21ème siècles qui continuent à suer – eh oui, les images transpirent – elles le peuvent en levant leur regard vers Simone VEIL, impassible et souriante, qui réussit à faire voter la loi sur l’avortement face une assemblée ahurie d’hommes stupéfaits.

Voilà un spectacle en pleine ébullition, joyeux et instructif, servi par la mise en scène légère et super bien cadencée de Gil GALLIOT. Un quatuor de femmes qui continue à ruer dans les brancards pour que tienne à l’affiche cette Simone qui veille – dit-il – au Féminin.

Paris, le 31 Décembre 2015                           Evelyne Trân

LE VOYAGE IMMOBILE DE PENELOPE par la Cie la main d’œuvres – Conception, scénographie, interprétation Katerini Antonakaki – THEATRE D’OBJETS, D’IMAGES ET DE SONS – au THEATRE DUNOIS 7, rue Louise Weiss 75013 PARIS du 15 au 20 Décembre 2015 puis en tournée à AMIENS et à AVIGNON –

penelope

théâtre d’objets, d’images et de sons, spectacle tout public à partir de 7 ans,

jauge 60 spectateurs –

conception, scénographie, texte, interprétation Katerini Antonakaki

regard extérieur, lumières, bruitages Sébastien Dault

piano enregistré Ilias Sauloup    vidéo Mickaël Titrent

extraits  l’Odyssée d’Homère – la lettre de Pénélope à Ulysse d’Ovide –les plaisirs de la porte de Francis Ponge

Figure mythique de l’Odyssée, Pénélope appelle l’apaisement. Son voyage immobile, il apparait déjà sur son visage, par exemple sur un vase grec la montrant en train de tisser un voile. Il ne s’agit que d’une image bien sûr, apparemment immobile, mais les esprits contemplatifs savent bien que l’immobilité est une illusion de notre perception et que le temps s’amuse avec les vivants car en dépit de toutes les horloges et mesures du monde, il reste très  subjectif.

 Que peuvent bien peser les vingt années de Pénélope en train d’attendre son époux Ulysse par rapport à une course de marathon, l’explosion d’un bouchon de champagne ou l’attente insupportable devant un guichet quelconque.

Le temps c’est comme une cruche qui aboie. Imaginez une porte entrouverte qui laisse passer un rai de soleil. Vous n’avez rien à faire, sauf à entrer, sauf à vous laisser guider par cette mince lumière incarnée par Katerini ANTONAKAKI qui entraine les spectateurs dans un audacieux et fantastique jeu de piste à la découverte des nombreuses pièces de la maison de Pénélope.

Auparavant, le public avait pu découvrir les maquettes miniatures des meubles qui composent l’intérieur de la maison dont le plan est dessiné à même le sol.  Equipée d’une petite valise, Katerini, Pénélope, jette le dé qui va décider de l’ordre de son parcours. A chaque pièce correspond un morceau de puzzle de carte de ce pays imaginaire. Chacun des petits objets sur la route de Pénélope, loin de représenter des temps morts, appellent le clin d’œil, ils transpirent, ils crient dans le silence, ils rougissent d’exister tout à coup dans l’incongruité d’un regard inconnu, celui d’un spectateur.

 Katerini ANTONAKAKI marche pieds nus comme si elle avait conscience que le silence et la fixité apparente des objets pouvaient être bouleversés par la venue d’un humain et qu’il fallait aller très doucement à leur  rencontre.

 Les bruitages, les lumières assurés par Sébastien DAULT sont en symbiose avec cette Pénélope dont le voyage immobile se révèle très actif : elle est non seulement danseuse, équilibriste mais aussi l’interprète d’extraits de l’Odyssée d’HOMERE, la lettre de Pénélope à Ulysse d’OVIDE et les plaisirs de la porte de Francis PONGE.

 Extraordinaire voyage immobile, ineffable, Katerini ANTONAKAKI cultive le temps presque à la façon des enfants. Disons qu’elle apprivoise  le temps, celui qui se dépose sur les objets vivants  dont on a besoin pour se rappeler à soi-même, mais qui peuvent  être aussi capricieux, inconnus et bizarres à l’image de notre ombre, touchés, vécus !

 Paris, le 30 Décembre 2015       Evelyne Trân

N. B : En tournée

Le Safran, scène conventionnée d’Amiens Métropole

3, rue Georges Guynemer – 80080 Amiens   > les 23 et 24 mai 2016

Festival Avignon Off  lieu à préciser  > en juillet 2016