PAGE EN CONSTRUCTION – Texte de Gabrice MELQUIOT – Mise en scène Kheireddine LARDJAM au THEATRE DE L’AQUARIUM – à la Cartoucherie de Vincennes – Route du champ de manoeuvre 75012 PARIS – du 10 au 22 Mai 2016 6 du mardi au samedi à 20 H 30 , le dimanche à 16 H (Relâche le 15 Mai)

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texte de Fabrice Melquiot
mise en scène Kheireddine Lardjam
collaboration artistique Estelle Gautier, lumière ManuCottin,son Pascal Brunot, musique création collective, dessinsJean-François Rossi, vidéo Thibaut Champagne et Kheireddine Lardjam

avec Larbi Bestam, Romaric Bourgeois, Sacha Carmen et Kheireddine Lardjam

Nous connaissons tous cette formule « Tisser des liens », elle résonne d’une façon un peu blafarde lorsqu’elle est utilisée par les États dans leurs relations diplomatiques, pour souligner leurs intérêts communs à coopérer. Mais que cette formule puisse être exprimée naturellement par les individus qui appartiennent à ces pays, c’est une autre histoire.

A l’échelle humaine, l’idée d’un pays, d’un continent et même de l’humanité, ne peut être que subjective. La carte de la France avec ses montagnes et ses jolis ruisseaux paraît immuable depuis des décennies et au début du vingtième siècle, tous les bons petits Français, croit-on, avaient les joues roses. Comment se fait-il qu’à l’aube du vingt et unième siècle, certains soient désormais bronzés, voire noirs et qu’il soit de plus en plus difficile aux enseignants de parler de nos ancêtres les gaulois sans faire ricaner une partie de la classe ? Il faudrait enseigner aux petits Français qu’en 1900 , la France ce n’était pas seulement ce petit quadrilatère niché dans l’Europe, c’était un grand empire colonial, le 2ème le plus vaste du monde derrière l’Empire Britannique, présente en Afrique, en Asie en Océanie…

D’un point de vue économique, La France a bien profité de ses colonies. On pourrait parler d’histoire ancienne puisque cet empire s’est dissous, que les pays colonisés ont retrouvé leur indépendance dont l’Algérie . Ceux qui ont vécu la guerre d’Algérie à vingt ans sont aujourd’hui octogénaires . N’est-il pas difficile pour leurs descendants de parler des liens qui se sont tissés entre l’Algérie et La France ? « Une chape de silence recouvre leur Histoire commune depuis la fin de la guerre d’Algérie » nous dit Kheireddine LARDJAM, comédien et metteur en scène. Il s’agit d’un véritable ressenti pour cet homme qui a pourtant l’habitude de circuler entre les deux pays depuis 15 ans. Pour l’exprimer il s’est adressé à un auteur dramatique de renom Fabrice MELQUIOT. C’est la bonne adresse, MELQUIOT est un écrivain sourcier, il fonctionne à l’intuition laquelle est absolument nécessaire lorsqu’il s’agit de faire remonter à la surface, les émotions d’un homme, d’un individu rattachées malgré lui à cette falaise de la Grande Histoire. La vérité c’est que la nature n’est pas figée, elle est toujours en mouvement, mais il n’est pas aisé de poser des mots sur des émotions emportées par le courant, notamment celui de la grande Histoire. Difficile de remuer les plaies, et justement de parler des atrocités commises par des Français pendant la guerre d’Algérie, sans jeter un froid.

Parfois la mémoire, la douleur c’est comme un pendule autour du cou, ça empêche de respirer. Top là ! s’est exclamé Fabrice, en lançant son pendule dans l’imaginaire de Kheireddine qui veut continuer à naviguer entre l’Algérie et La France de la façon la plus créative qui soit. Il le prouve avec sa mise en scène qui fait la part belle aux acteurs musiciens, Larbi BESTAM et Sacha CARMEN qui ont tous deux des voix magnifiques et Romaric BOURGEOIS, boute en train très éclectique qui danse comme s’il lui poussait des ailes.

Quant à Kheireddine, il joue son propre rôle de comédien, métis culturel, qui n’hésite pas à saisir la perche que lui tend Fabrice MELQUIOT, celle de revêtir l’habit d’un super-héros, Algéroman, alias Batman, (projeté également en bande dessinée sur un écran vidéo). Il y a toujours cette fantaisie qui éclabousse chez Fabrice MELQUIOT, qui retape l’estomac.

Il faut oser, oser, faire des déclarations d’amours à nos ennemis , nous disent encore malicieux Fabrice MELQUIOT ou Kheireddine LARDJAM. La fiction et la réalité confondues permettent de faire émerger cette Page en construction, qu’éclaire le regard généreux de toute l’équipe, généreux mais vigilant !

C’est le genre de spectacle dont on sort heureux, réchauffés, qui draine l’espoir, un beau message d’altérité !

Paris, le 15 Mai 2016                                   Évelyne Trân

 

L’IRRESISTIBLE ASCENSION DE MONSIEUR TOUDOUX au Théâtre 13 / Seine, rue du Chevaleret – 1 h30 sans entracte – conseillé à partir de 9 ans – Nouveaux horaires : du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h, relâche le lundi.

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Photos de répétition © Cie Théâtre de l’Homme

Distribution

Texte Georges Feydeau d’après Léonie est en avance, On purge bébé, Mais n’te promène donc pas toute nue.

Mise en scène Dimitri Klockenbring

Avec Romain Francisco, Agathe L’Huillier, Benoît Moret, Patrick Paroux, Juliette Poissonnier et Bernadette Le Saché.

Production le Théâtre de l’Homme

Spectacle crée en collaboration avec le Théâtre 13.

Dimitri KLOCKENBRING a eu l’heureuse idée de réunir trois farces conjugales de FEYDEAU qui forment une saga familiale burlesque qui débute par cet événement majeur la naissance du petit Toto, ( dans Léonie est en avance, il s’agit en réalité d’une grossesse nerveuse) et s’achève par l’ascension sociale de son père, Monsieur TOUDOUX, en dépit de l’image désastreuse que ne cesse de lui renvoyer sa charmante épouse.

Ce qui est formidable dans ces trois pièces réunies, Léonie est en avance, On purge bébé, Mais n’te promène donc pas toute nue,  c’est l’impression d’assister en direct à des situations qui n’ont cela d’abracadabrant que d’être profondément réalistes. Un réalisme qui décoiffe et qui fera toujours saliver car dépeindre la nature humaine en déballant en public son linge sale, nous ne sommes pas certains aujourd’hui d’en être capables, aseptisés que nous sommes par notre petit confort matériel qui paraît nous éloigner si bien de notre nature animale.

FEYDEAU, c’est le stade anal à l’aube du vingtième siècle qui tend à le dépasser grâce au progrès industriel et technologique. S’il est obnubilé par le motif du pot de chambre, c’est qu’il a compris que tant que l’homme ne se sera pas libéré de son complexe animal, sa vanité continuera à gonfler comme la grenouille qui voulait devenir aussi grosse qu’un bœuf.

Du coup, la femme bien que sérieusement éclaboussée par sa peinture, apporte sa garantie de nature, ses réponses très terre à terre, aux vanités de Monsieur TOUDOUX qui entend élever le débat à un niveau supérieur, celui du commerce, la politique etc.

L’époux, l’épouse, la belle mère, le môme, le député, chacun en prend pour son grade, dans cette ménagerie humaine cernée par par de rutilants barreaux dont on ne mesure pas l’étau sur nos pauvres cervelles. FEYDEAU c’est un lion en cage, à coup sûr ! Mais un lion en cage, rêve, ronfle.

Dans la mise en scène de Dimitri KLOCKENBRING, les rêves de Monsieur TOUDOUX qui patauge dans ses croûtes quotidiennes, sont aussi attendrissants que cette vision d’une famille de singes rassemblés pour le meilleur et le pire sous une butte au zoo.

Servi par d’excellents interprètes, voilà un spectacle qui rend hommage à la modernité de FEYDEAU, à son génie visionnaire, à sa capacité de nous indigner férocement et suavement !

Paris, le 14 Mai 2016                         Évelyne Trân

L’Homme neuf de Marc-Henri LAMANDE – Editions EDILIVRE 2016 –

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PS : Marc-Henri LAMANDE était l’invité de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » sur Radio Libertaire 89.4 , le samedi 7 Mai 2016. En podcast sur la grille des émissions de Radio Libertaire pendant un mois. 

Vous remuez votre langue dans la bouche mais vous ne dîtes rien. C’est alors que vos yeux s’ouvrent grand, ébahis, ils respirent, il n’y a plus d’envers ni d’endroit, ils se disent partout non pas pour la démesure mais pour être ensemble avec la bouche, son museau, son espace animal. Chouette, il y a du soleil !

Le poète commence par ne pas penser. Lui seul ne peut pas se dire penseur, il faut qu’il rencontre un arbre qui lui dise « Je suis ton penseur » . C’est très rare mais cela arrive. Disons qu’il s’agit de rencontres inopinées. N’est-elle pas en train d’écrire cette rangée d’arbres avec ses branches au dessus de l’ombre au bout de l’allée ? Les meilleurs écrivains, ce sont les arbres, il faut leur rendre cette justice.

Marc Henri LAMANDE cligne de l’œil. Il sait toutes ces choses qui réclament de l’attention tout simplement parce qu’elles sont des des trésors enfouis à destination d’univers si éloignés de l’homme civilisé. Mais qu’est-ce que l’homme civilisé ?

L’homme neuf a couché avec un arbre. L’arbre qui autrefois fut un peintre voyage dans l’esprit du poète. Suis-je un homme, suis-je un arbre ? A perte de vue, l’arbre dans l’œil d’un artiste. Le voyez vous se retourner l’arbre enfin, aller à la rencontre de l’homme neuf qui surgit de l’homme souvenir ? C’est la pensée d’un chemin qui s’exprime qui permet à des cailloux de nous dire « Nous sommes timides ». Croyez vous que cela soit facile pour un homme de se laisser guider par les esprits des choses. Les mots qui désignent ne doivent pas faire de bruit, Marc-Henri LAMANDE qui est musicien connaît l’empreinte des mots, c’est leur écho qui importe, leur manège. Vous ne dissocierez jamais le signifiant du signifié mais vous l’entendrez !

« Je pense à l’homme neuf, un intouchable mécanicien, peut-être a -t-il quelque parenté avec l’homme de cristal de Max Jacob, je ne sais pas, il a quelque chose de cela, de l’homme de verre s’il faut choisir. Et il travaille dans une matière existante ».

C’est un magnifique texte que celui de « L’homme neuf » . Fluide et peu bavard, il témoigne de l’expérience poétique d’un homme qui se fraie un chemin vers la légèreté de l’être, espace lumineux possible d’extraordinaires rencontres.

Marc-Henri LAMANDE est un grand écrivain !

Paris le 8 Mai 2016                                         Evelyne Trân  

 

LA CHAIR ET L’ALGORITHME – Théâtre La Reine Blanche 2 bis passage Ruelle, 75 018 Paris – MARDI 19 AVRIL > JEUDI 23 JUIN – les mardi, jeudi et samedi à 21h Relâches : 26, 28 mai et 21 juin 2016 –

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DE JEAN-LOUIS BAUER
SCÉNOGRAPHIE, COSTUMES ET MISE EN SCÈNE : ANTOINE CAMPO
LUMIÈRES : ANTOINE CAMPO, PAUL HOURLIER

DISTRIBUTION

 ELISABETH BOUCHAUD et MARIE CHAUFOUR

Avons nous vraiment conscience de notre addiction au téléphone portable ? Le nombre de lignes mobiles en France dépasse le nombre d’habitants. L’essor de ce petit appareil sur le marché a débuté dans les années 1990, ce qui signifie que les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas connu l’époque bénie où il était possible de circuler dans la rue, en rase campagne, dans le métro sans être interrompus par l’appel d’un proche, d’un ami ou même d’un inconnu. Communiquer, communiquer c’est le fer de lance de la vie en société. Eh oui, grâce à cette machine extraordinaire, vous pouvez discuter avec une personne à l’autre bout du monde. Le seul inconvénient c’est que si par hasard un individu vous demande un renseignement au coin de la rue, vous seriez bien en mal de lui répondre à cause de votre casque ou de vos oreillettes, d’ailleurs vous ne ferez pas attention à lui .

Nous voilà devenus des zombies nous dit en quelque sorte Jean-Louis BAUER, l’auteur de « La chair et l’algorithme » qui met en scène une jeune femme fort sympathique, le type de femme battante, journaliste reporter, monoparentale qui a une vie de patachon vu qu’elle voyage beaucoup et ne rencontre que des hommes volages. Sa détresse affective est évidente et sans son hochet de portable qu’elle utilise à tout bout de champ, elle serait bien seule. Car apparemment, elle ne communique que via son portable, que celui tombe à l’eau ou disparaisse, quel scénario catastrophe !

Est-il possible que l’intrusion de cet appareil dans la vie quotidienne, rétrécisse le champ de perception d’un individu au point qu’il en oublie sa nature charnelle, ses merveilles antennes que sont nos six sens ?

Le voilà, le scénario catastrophe : nos sentiments véhiculés par des SMS répétitifs, aussi passe-partout que des formules de politesse, dénués de personnalité, cris et larmes brouillés par le gosier de l’appareil et cette représentation d’un être en chair et en os qui ne se manifesterait plus que par la voie d’un téléphone.

C’est une perspective cauchemardesque que nous donne à imaginer l’auteur. Élisabeth BOUCHAUD, compose avec sensibilité ce personnage de femme vulnérable, déchiré qui se retrouve seule face à une machine qui la piégera, via des faux messages et utilisera même sa propre voix, post mortem, grâce à des applications ingénieuses qui la feront basculer du monde terrestre au monde virtuel !

La démonstration est éloquente et cérébrale. Nous sommes d’autant plus remués par la présence d’Élisabeth BOUCHAUD, que l’environnement du personnage est délétère …

Paris, le 5 Mai 2016                                   Evelyne Trân

Les prisonniers du château d’If d’après le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas au Théâtre côté cour – 12, rue Edouard Lockroy – 75011 Paris (M° Parmentier) du 29 AVRIL AU 29 MAI 2016 – Les vendredis et samedis à 21h et les dimanches à 18h.

les PRISONNIERS
RÉSERVATION OBLIGATOIRE Par mail: theatrecotecour@free.fr
ou par Téléphone: 01 47 00 43 55     
Création originale de la compagnie BOSS’KAPOK !
Adaptation et mise en scène: Gabriel Laborde
Distribution: Thibaut Truffert, Gabriel Laborde, Guy Bourgeois, Marc Nadel

 

Quatorze années se seront écoulées entre le moment où vous vous serez assis  face à la scène du théâtre «côté cour » et le moment où vous pourrez frapper dans vos mains. Dix-sept années qu’un jeune marin injustement condamné aura passées dans un cachot et durant lesquelles il parviendra à entrer en contact avec l’abbé Faria qui deviendra son compagnon d’infortune.

Ce qui va donner la force à Edmond Dantès et à L’Abbé Faria de continuer à vivre, durant ces longues années d’enfermement, c’est l’amitié profonde qui s’établira entre eux ; c’est elle qui permettra que fusionnent leur intelligence, leur volonté leur ingéniosité et leur patience à tel point qu’il sera finalement permis au plus jeune d’entre eux de retrouver la liberté mais il faudra pour cela que L’Abbé Faria meurt et lègue tout ce qu’il possède à celui qu’il considère désormais comme son fils ; il ira jusqu’à lui léguer son linceul. Dans ce linceul, symbole de mue nymphale, Edmond Dantès franchira incognito les murailles du Château d’If et achèvera de se métamorphoser en Comte de Monte Cristo. Ainsi pourra-il reprendre en main son destin.

Bien qu’un siècle et demi se soit écoulé depuis que furent écrits ces dialogues, Thibaut Truffer et Gabriel Laborde nous donnent l’impression d’avoir été choisis par Alexandre Dumas lui-même pour nous en faire pleinement profiter.

Paris, le 3 Mai 2016                                      Michel TOURTE

 

MAZEL TOV, TOUT VA MAL ! Une comédie de Jean-Henri BLUMEN au Théâtre de l’ESSAION – 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS – du 21 Avril au 18 Juin 2016, le jeudi, vendredi, samedi à 19 H 30, le dimanche à 18 Heures.

MAZEL TOV

Mise en scène : Mariana Araoz Décors d’après l’œuvre d’Alain Kleinmann Musique : Jean-Henri Blumen Scénographie : Marta Cicionesi Masques : Etienne Champion Lumières : Jean Grison

Avec Christian Abart, Sophie Accaoui, Francesca Congiu, René Hernandez, Yasmine Nadifi.

En hommage à Cholem ALEIKHEM, le grand-père de l’humour juif, Jean-Henri BLUMEN a écrit trois petites pièces pétillantes et malicieuses destinées à transmettre aux générations, un peu comme dans des contes, l’esprit yiddish et sa philosophie,

Les personnages épinglés font souvent preuve d’une ténacité redoutable. Ainsi un écrivain pourtant fort imaginatif devra déclarer forfait face à la mauvaise foi d’un inconnu venu lui demander conseil mais décidé à ne pas l’écouter.

Dans la 2ème pièce c’est la femme d’un honnête commerçant qui entend déplacer des montagnes pour inscrire son gosse dans un collège privé et huppé.

Dans la 3ème, particulièrement drôle, ce sont les journalistes d’un journal satirique féminin (oui, il en existe !) proche de la faillite qui ont toutes les peines du monde à se débarrasser d’un importun, un vieux rabbin, hélas, un vieux radin, qui comme dans un sketch de Francis Blanche, revient à la charge pour tirer profit grotesquement d’un incident matériel anodin qui finit par grossir à vue d’œil.

Un joli décor inspiré de l’œuvre d’Alain KLEINMANN, tel un rideau transparent laisse entrevoir masqués, ces absents , le fils, l’épouse, les beaux parents, tous générateurs de dilemmes pour les protagonistes sur scène.

La mise en scène de Mariana ARAOZ est fort bien rythmée. Les interprètes sont formidables, ils excellent dans leurs compositions de personnages quelque peu juteux, sans verser dans le cliché. De toute évidence, ils s’amusent dans cette cour de récréation yiddish, un plaisir transmis au public heureux de pouvoir se divertir aux dépens de ces drôles de juifs !

« Allons donc, mais arrête donc de voir des antisémites partout ! » dit à sa femme, l’honnête commerçant.

L’humour juif relevé par Jean-Henri BLUMEN ne manque vraiment pas de saveur. Flotte dans l’air le violon tzigane de Chagall, sa poésie, tout cet arc en ciel de couleurs yiddish !

Paris, le 1er Mai 2016                                  Évelyne Trân

TCHERNOBYL FOREVER D’après le Carnet de Voyage de Alain-Gilles Bastide Adaptation et mise en scène de Stéphanie Loïk du 26/04/2016 – 30/04/2016 – ANIS GRAS – LE LIEU DE L’AUTRE – 55 Avenue Laplace 91110 ARCUEIL –

TCHERNOBYL

Avec : Vladimir Barbera, Aurore James, Elsa Ritter, Lumières : Gérard Gillot Musique et chef de choeur : Jacques Labarrière, Chants russes : Véra Ermakova,Assistante à la mise en scène et régie son : Ariane Blaise Assistant Compagnie : Igor Oberg. Durée : 1h05.

Production : Théâtre du Labrador Coproduction : Anis Gras/Le lieu de l’autre – Tropiques Atrium, Scène nationale de la Martinique. Coréalisation : Anis Gras/Le lieu de l’autre.

Avec le soutien du fonds d’insertion professionnelle de l’Académie-ESPTL, DRAC et Région Limousin. Le Théâtre du Labrador est conventionné par la DRAC Ile-de-France.

L’enfer, le purgatoire, le paradis, toutes ces notions véhiculées par la bible pour décrire l’au delà après la mort des pécheurs, expriment en réalité les conditions de vie sur terre des hommes. Ces chères petites têtes blondes ou brunes couvées par le regard de leurs mères n’ont-elles pas l’air de venir directement du paradis, avec leurs faciès angéliques.

Vraisemblablement, l’humanité ne survivrait pas à l’enfer total. Parmi les témoignages des Tchernobyliens qui eux ont connu l’enfer, les récits des mères qui ont mis au monde des enfants « monstrueux » sont les plus poignants.

Croit-on que c’est pour le plaisir que les victimes de Tchernobyl témoignent de cette catastrophe. Il y a trente ans, le 26 Avril 1986 explosait le réacteur N°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl . En préliminaire à son carnet de voyage en enfer «  Tchernobyl for ever » Alain-Gilles Bastide écrit :

« La vieille expérience de l’homme, sa culture, sa philosophie, son système de représentation, tous ses sens ont été pris de court par Tchernobyl. Les conséquences moléculaires, physiques, psychiques , ont fait basculer l’humanité dans un autre monde, le monde ancien n’existait plus, nous étions devenus des Tchernobyliens » .

L’adaptatrice et metteure en scène de ce carnet de voyage, Stéphanie Loïc répond à cette nécessité de faire entendre les témoignages des Tchernobyliens. Il s’agit de voix nues qui énumèrent des faits, des statistiques, des chiffres, tout cela qui formule une réalité froide, indéniable et abstraite. Il est impossible d’enfermer des individus derrière des faits, des chiffres aussi éloquents et précis soient-ils. Mais ces repères délimitent un espace, ils créent déjà une frontière. Cela se passait en Biélorussie, un petit pays de 10 millions d’habitants, pas chez nous.

Ces voies nues pourtant ne vont pas se contenter de remplir une page d’histoire, une page oubliée, occultée, à la fois trop récente et déjà éloignée.Les politiques n’ont pas encore tiré les leçons des catastrophes de Tchernobyl et Fukushima, les centrales nucléaires tiennent bon.

Ces Tchernobyliens sont des survivants qui relèvent à bout de bras leurs vies dévastées, compromises, crispées par la douleur mais dignes. Parce que l’émotion, la souffrance est trop forte, il faut s’accrocher aux faits, à ses lambeaux, à ses déchirures qui laissent écarquillée la mémoire avant l’oubli. Il faut du courage pour ne pas oublier, beaucoup de courage. Mais les Tchernobyliens parlent pour leurs morts et les enfants à venir.

Sans esprit, il n’y a pas de matière, il n’y a même pas l’idée du sarcophage qui été bâti à la hâte pour enterrer le réacteur.

C’est au corps esprit que Stéphanie Loïk s’adresse pour tenter d’exprimer l’inexprimable. Les paroles rejoignent les gestes, ou ce sont les mains, les bras, qui recueillent ce qui découle de la bouche, de façon à faire circuler lentement la vie, le sang dans la conscience.

Des gestes simples comme des caresses, des souffles, qui engagent l’être à s’éprouver simplement humain, à se tâter, à se souvenir qu’après tout il n’est jamais qu’un humain, et que l’essentiel peut être dit, exprimé avec son corps.

Les interprètes enchaînent calmement, voire avec douceur les propos des Tchernobyliens . La scène est devenu un espace de recueillement, de méditation, pour les spectateurs.

Ici et là où sourdent la douleur, l’incompréhension, où la tentation du couvercle et de l’oubli est de mise, il faut entendre ces voix qui viennent de loin nous dire leur sentiment :

« Nous vivons dans un pays de pouvoir et non un pays d’êtres humains. L’État bénéficie d’une priorité absolue. Et la valeur de la vie humaine est réduite à zéro ».

Nous ne sommes pas dans le béni oui-oui, le puzzle croupi de nos défenses, la carte de l’humanité a des viscères, des muscles, aurait t-elle une âme. C’est grâce à ces vaisseaux humains, ces émotions magnifiées par l’art, le chant, la danse, le théâtre, nous dit Stéphanie Loïk, que nous existons.

Les interprètes dessinent l’espace avec une scrupuleuse, infinie déchirante concentration. Certaines paroles extraites de la « supplication » de Svetlana Alexievitch se suffisent à elles mêmes. Qu’elles puissent occuper cet espace de rencontre qu’est la scène de théâtre, c’est une évidence soulignée avec talent et délicatesse par toute l’équipe de ce spectacle !

Paris, le 1er Mai 2016                                 Evelyne Trân

Les Événements / The Events – CRÉATION dans le cadre du festival Festival Ring 2016 – Nancy | Théâtre de la Manufacture – du 21 au 23 AVRIL 2016 –

 LesEvénements©EricDidymDe David Greig (UK)
Mise en scène Ramin Gray (UK)
Traduction Dominique Hollier
Avec Romane Bohringer et Antoine Reinartz

Ramin Gray est metteur en scène associé de cette 5ème édition de RING

 C’est l’histoire de  Claire, jeune prêtre de gauche,  directrice d’une chorale qui à la suite d’un  événement tragique, l’irruption d’une personne venue semer la mort parmi « ceux qui ne sont pas d’ici »  cherche désespérément à comprendre le geste de cet homme.

Une nouvelle relation s’instaure entre Claire et la chorale qu’elle dirige.  Comme  dans les tragédies antiques, le chœur a un rôle central, dans cette pièce, celui de miroir du public, de ces autres inconnus et anonymes pouvant devenir la cible d’un fou, de terroristes et dont le seul crime alors serait d’être vivants aux yeux des assassins.

 C’est toute l’empathie naturelle que Claire manifeste vis-à-vis des autres qui se trouve remise en cause par cette épreuve terrible.

Dans la pièce de David GREIG, la chorale représente cette communauté en quelque sorte haïe par le tireur fou, peut-être parce qu’il s’éprouve exclu et humilié dans cette société.

Un personnage le Garçon  fait penser à nombre de jeunes gens paumés, en déshérence morale. Il n’est donc pas étonnant que Claire soit interpellée. Elle peut se demander si la société n’est pas coupable ou malade puisqu’elle génère de tels comportements. C’est un choc, un tremblement de terre pour Claire que l’on voit au début de la pièce aller au-devant de l’homme qui va tirer …

La mise en scène ne visualise pas l’acte terroriste. Très curieusement à la représentation du samedi 23 avril 2016, l’alarme incendie s’est déclenchée inopinément. Pendant 5 minutes, la chorale et les interprètes se sont immobilisés sur scène tandis qu’une voix off monocorde ne cessait d’inviter  tout le monde à quitter le lieu. Nous étions en pleine théâtrale réalité, certains spectateurs se demandant si l’alarme ne faisait pas partie du spectacle.

 Il y avait de l’émotion dans l’air. La chorale « Chœur Swing  nous a paru vulnérable. Nous avions devant nous des individus faisant partie d’une chorale, d’une communauté, pas un troupeau.  C’est une véritable expérience que celle du groupe, mais comment un vécu à la fois collectif  et individuel  se transmet-il, s’exprime-t-il ?

 David GREIG et le metteur en scène Ramin GRAY considèrent que le meilleur forum se trouve être « l’espace public et commun du théâtre ».

Compte tenu de cette ambition, il nous parait important que la chorale invitée communique avec les interprètes. Malgré les efforts des comédiens Romane BOHRINGER et Antoine REINARTZ, elle est restée un peu  timide, ne donnant pas le meilleur d’elle-même.

 Evidemment, il y a la présence magnétique de Romane BOHRINGER habitée par son personnage, à la fois doux et violent.  Antoine REINARTZ qui incarne plusieurs personnages est également épatant.

C’est un spectacle très fort, engagé, qui a le mérite  d’explorer cette part d’inconscient collectif qui remonte à la surface lors de telles  tragédies. The Events s’est joué plus de 400 fois au Royaume Uni.

Nous pensons que cette récréation en France devrait toucher le public  Il n’obtiendra peut être pas de réponse au « pourquoi » désespéré de Claire, mais il se sentira concerné. Comment ne pas admirer cette Claire qui regarde en face l’auteur d’une tuerie ignoble sans oublier qu’il est issu de notre monde.

Paris, le 28 Avril 2016                    Evelyne Trân

 

 

– DRIVE IN – DANS LE CADRE DU FESTIVAL RING A NANCY – SAMEDI 23 AVRIL 2016 A 22 HEURES AU PARC DE LA PEPINIERE –

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Avec  Jean-Thomas Bouillaguet,  Philippe Dubos,  Benoit Fourchard,  Nicolas Marchand

Compositeur, musicien   Till  Sujet –  Textes   Carole Prieur

Chorégraphie   Nathalie Pernette –   Danseuse   Marielle Durupt

Régie   Thomas Ménoret

« Macha un fantôme, moi un homme invisible ! » s’exclame un homme avant de s’engouffrer précipitamment dans sa voiture, sa commande étant enfin arrivée. Seulement il ne s’agit pas d’un repas fast-food qu’un employé vous remet sans que vous ayez besoin de quitter votre véhicule, il s’agit de Macha la meilleure prostituée du site, un parking obscur où quatre voitures inquiétantes (parce qu’il faut qu’elles s’approchent du public pour découvrir leurs occupants) tournent en rond.

Quatre ou cinq groupes de spectateurs se partagent les gradins comme sur un stade de football. L’atmosphère est humide, il ne fait pas chaud au parc de la Pépinière, un 23 avril à 22 heures à Nancy. Pendant le spectacle, ils feront la connaissance des différents conducteurs qui viendront chacun à leur tour se présenter comme les clients de Macha.

 Ils sont tous différents. L’un, le visage satisfait, nous a apparu carrément veule tenant des propos à faire vomir. Il est évident que pour lui la prostituée est un produit de consommation comme les autres qui fait partie de l’économie du marché. Qui s’en plaindrait ?!   Un 2ème par contre parait plus déchiré, il se défend contre les réactions (imaginées) de son épouse qui l’accuse « Tu aimes coucher avec un fantôme avec une femme absente à elle-même ». Le 3ème qui n’hésite pas à répondre à la voix enregistrée  lui demandant de faire son choix   « Pour Macha taper 1, pour Sonia taper 2 » de lancer « Viande fraiche ! » se présente comme un obsédé du sexe. Le quatrième, quant à lui a conscience de participer à un marché de dupes, et parle des « désespérés sexuels ».

A la fin de ce road movie, le public rassemblé assiste à l’apparition de Macha qui tel un oiseau de nuit relève ses ailes avant de sombrer dans le silence tandis que ses clients errent piteusement.

 Depuis le 6 Avril 2016, après de nombreux débats,  le Parlement a adopté définitivement la pénalisation des clients des prostituées. La France est le cinquième pays européen à pénaliser les clients des prostituées après la Suède, la Norvège, l’Islande et le Royaume Uni. Il est évidemment trop tôt pour mesurer les effets de cette loi en France où selon les estimations officielles, il est comptabilisé 30 à 40000 prostituées dont « 80 % sont d’origine étrangère et le plus souvent victimes des réseaux de  proxénétisme et de traite ».

Le spectacle conçu par Carole PRIEUR et HOCINE CHABRA qui donnent la parole à ces clients « invisibles » interpelle le public de façon intelligente et démonstrative.

 Leur réflexion s’est cristallisée sur une question d’Anne ZELENSKY, présidente de la ligue des droits des femmes « Comment se fait-il que des hommes continuent à aller voir des prostituées alors que la liberté sexuelle existe ? ». Mais elle met aussi le doigt sur le fait que « la prostitution a déjà « rejoint la loi des grands marchés » avec un marketing agressif (forfaits clients illimités etc.).

L’enfer est pavé de bonnes intentions rétorquent ceux qui condamnent la loi du 6 avril 2016.  « La prostitution existe depuis la nuit des temps » est l’argument le plus usité. Il n’empêche, il importe que la communauté prenne conscience des crimes perpétrés contre des femmes qui ne peuvent pas se défendre, utilisées comme des esclaves sexuelles. Bon gré, mal gré, les clients qui ne se voilent pas la face peuvent se considérer complices. Il est temps justement que l’argument de la nuit des temps cesse de justifier l’injustifiable.

 Avec une mise en scène très opérationnelle, un texte pertinent et d’excellents interprètes, la Compagnie la Chose publique a offert au public un spectacle très fort, apte à ébranler ceux qui continuent à s’interroger sur ce problème de société et dans tous les cas bienvenu dans le cadre du festival RING 2016 !

  Paris, le 26 Avril 2016                      Evelyne Trân

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

LE PERE GORIOT Du 22 Avril 2016 au 29 Mai 2016 au Théâtre Artistic Athevains 45 Bis Rue Richard Lenoir 75011 PARIS – Mardi, mercredi, jeudi, vendredi à 19 H, samedi 20 H 30, matinée 17 H uniquement en Avril, dimanche 15 H (sauf le 1er Mai) , relâches exceptionnelles , les 3,10, 11 et 12 Mai.

goriot

Avec : Jacques Bondoux (en alternance), Thomas Ganidel, Marc-Henri Lamande, Didier Lesour (en alternance)

Juliette Autin (Masque(s)) , François Cabanat (Scénographie) , Pierre Gilles (Masque(s)) , Michel Winogradoff (Création son)

Que les personnages du roman de Balzac «  Le Père GORIOT » puissent être assimilés à des marionnettes, à des créatures de Grand Guignol, n’est guère surprenant. Balzac est un grand portraitiste, ses descriptions sont un régal pour tous les caricaturistes. Dans quel vivier Balzac a t-il planté sa plume pour sortir de l’ordinaire, de leur fallacieuse banalité des créatures qui nous ressemblent, en soulignant leurs invisibles monstruosités ? Ces défauts communs à l’espèce humaine, l’envie, l’esprit de lucre, la jalousie, la passion etc, sautent au visage du lecteur non seulement à travers le récit de leurs actes, de leurs comportements mais à travers l’imagerie de leurs physionomies. Alors même qu’il dépeint la Rue Neuve-Sainte-Geneviève comme une rue ennuyeuse et terne, cette rue se transforme sous sa plume lorsqu’il  s’attache à ses habitants, pour décrire notamment La Maison VAUQUER « Pension bourgeoise des deux sexes et autres » Comment ne pas bondir sous une telle enseigne ! Et ne pas avoir envie de rire en imaginant la veuve VAUQUER «  Sa personne dodue comme un rat d’église ».

Les romans de Balzac constituent une véritable mine pour celui qui tenterait de s’initier à l’entomologie humaine. Mais la lecture de ses œuvres, requiert beaucoup de temps  et peut paraître indigeste à une époque où « le toujours plus vite » occulte les couacs, les vicissitudes du quotidien. En véritable chercheur, Balzac s’intéresse à ce qu’il y a de viscéral chez l’humain, lui découvrant avant Freud un inconscient, responsable de ses déboires, de ses drames.

A partir de la trame des faux semblants, des faux fuyants d’une galerie de personnages infestés par le désir de paraître, de réussir, d’exister en quelque sorte, Balzac explore les bas fonds d’une société peu reluisante. En résumé, le Père GORIOT c’est l’histoire d’un vieillard qui par amour pour ses filles se laisse dépouiller par elles et finit par mourir seul . Le témoin ému de ce drame est un jeune étudiant Eugène de RASTIGNAC qui perdra du coup toute son innocence .

Avec humour et audace , l’adaptateur du roman Didier LESOUR et la metteure en scène Frédérique LAZARINI, convertissent en spectacle de marionnettes « le Père Goriot » s’emparant de la devise de la Maison VAUQUER « Pension bourgeoise des deux sexes et autres ». Trois comédiens se partagent les rôles principaux, Didier LESOUR , le Père Goriot, Marc-Henri LAMANDE, Vautrin, Thomas GANIDEL, Eugène de Rastignac. Mais ils jouent aussi masqués tous les autres personnages féminins avec une aisance absolument confondante.

L’oeil s’amuse et s’habitue assez vite à l’irruption des poupées sorcières, les filles, amante ou cousine de Goriot, d’Eugène de Rastignac et Vautrin.

Et en dépit de l’aspect Guignol de la mise en scène, l’émotion est au rendez vous face à ce Père Goriot défiguré par le chagrin . On ne peut dès lors s’empêcher d’imaginer la misère morale que recouvrent les masques redondants et grotesques de toutes ces créatures.

Nous portons tous des masques. A la fin, ils font partie de nos visages sans que nous puissions distinguer le vrai du faux.Nous les affrontons aussi, ils nous font peur, ils nous font rire, ils nous démangent . Cette profonde réflexion de Balzac sur les faux semblants de la société est contiguë au travail des comédiens eux mêmes. Le désir d’illusion est immense, la vérité reste humaine.

Les spectateurs qui viendront voir ce spectacle déroutant et impressionnant pourront dire qu’ils ont vu le père Goriot à vif, dégommé par des marionnettes. Le corpulent roman de Balzac éternue à nos souhaits !

Paris, le 24 Avril 2016                                     Évelyne Trân