Je l’appelais Monsieur COCTEAU au STUDIO HEBERTOT – 78 bis Boulevard des Batignolles 75017 Paris – A partir du 24 Mars 2016 – Du mardi au samedi à 19h – Le dimanche à 17h

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Mise en scène : Pascal VITIELLO

Avec : Bérengère DAUTUN, Guillaume BIENVENU

 Jean COCTEAU filmé par le regard d’une enfant, voilà qui est inattendu, mais au fond ne nous surprend pas. Je suis la petite fille, nous dit Carole WEISWEILLER, qui eût la chance de côtoyer Jean COCTEAU pendant ses dernières années. Carole ne se prend pas pour Alice au pays des merveilles ni pour le petit Prince de Saint-Exupéry, elle sait seulement que la relation qu’elle eût avec COCTEAU fut unique, qu’ils partagèrent ensemble cette gorgée de mystère qui échappe aux adultes et qui tient à cet émerveillement pour toutes choses, à ce désir encombrant pour les âmes fortifiées, d’accorder de l’importance aux apparitions.

A travers le récit de cette enfance, nous éprouvons que la main de l’enfant n’a jamais quitté celle de Monsieur COCTEAU, que le cœur de Carole se souvient d’avoir battu au même rythme que celui du poète qui lui ouvrit en quelque sorte les portes d’un jardin de récréation libre, intuitif, amoureux.

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La Chambre des Sages, ou Chambre des Boucs, dans laquelle Jean Cocteau a dormi de 1950 à 1962

La mère de Carole, Francine WEISWEILLER fut l’amie, la muse et la mécène de Jean COCTEAU, qui séjourna souvent de 1950 à 1962 dans sa villa SANTO-SOSPIR à Saint Jean Cap Ferrat et dont il décora tous les murs.

La mise en scène de Pascal VITIELLO sobre et retenue s’articule autour de la présence de Bérengère DAUTUN qui réussit cette performance de réunir l’enfant et l’adulte pour ce conte intimiste, pudique mais fantastique « Il était une fois Jean Cocteau… ».

Alors apparaît Jean COCTEAU éternel jeune homme, frais émoulu, charmant, incarné par Guillaume BIENVENU.

Belle entorse aux règles convenues de l’espace-temps, seul l’arbre compte celui de la poésie; en soulevant les branches de ses souvenirs, Carole WEISWEILLER entend seulement faire partager son émotion, en hommage à l’être poète Jean COCTEAU avec une infinie tendresse, avec amour !

Paris, le 23 Avril 2016                        Évelyne Trân

Au coeur de la planète de Jean-Marie BLANCHE

JEAN MARIE

A U    C Œ U R    D E    L A    P L A N È T E

 à Chantal Muhaya

 Passé, Présent, Futur au cœur de la planète
Et, sur un penalty, la Terre est fécondée.
Première ovulation, une question se pose :
Au dessus de nos têtes, se trouve le Passé.
Plus nous quittons la Terre, plus nous le remontons
Afin de découvrir quel en est le début.
Grands Dieux ! c’est le Présent dont la fraîcheur ne dure
L’espace d’un instant qui fait place au Futur.

Nyirinkombwa
Moi, cosaque plus rouge aux couleurs de la fête,
De singes et pantins, je serai la vedette.

Je reprends la question ; j’y réponds en ancêtre :
Si, du lit, notre union donne une architecture
Où marche un innocent qui regarde le ciel,
Reflet de la sagesse, gageons-lui un Futur.
Il est plus grand que nous à des années-lumière,
Et tellement plus jeune qu’il n’aime que la guerre,
Enflammé par nos livres à la reliure dorée,
Charitable Présent des enfants du Passé.

Nyina wandimasso
Moi, cosaque plus rouge aux couleurs de la fête,
De singes et pantins, je serai la vedette.

Reprenons la leçon : le Passé tout autour,
Le Futur en son sein. La guerre des religions
Explose dans le ciel, y imprime la mort
À l’encre des étoiles et des idées froissées. 
La Mort, ça donne faim ! Imaginez qu’enfin
Je la fasse sourire en vous faisant rougir.
 Il ne vous resterait, par implosion du temps,
Que l’étrange univers de l’amour au Présent.

Nyira gashimbihembe 
Moi, cosaque plus rouge aux couleurs de la fête,
De singes et pantins, je serai la vedette.

Vous vous êtes perdus. Le Futur n’est pas mort,
Le Passé donne vie au Présent imparfait.
Tant qu’il faudra la guerre à chaque nouveau monde,
Les volcans cracheront le sang dans les récits,
Les âmes délétères aux doctrines immondes,
En rimes, sèmeront la haine dans l’esprit.
Chérie, je vous attends pour, une bague au doigt,
Vous offrir mon amour, mes plaisirs et ma foi.

Moi, cosaque plus rouge aux couleurs de la fête,
De singes et pantins, je serai ta vedette.
Raha ya dunia, iko mambo mingi.

L’ Enfant – Mammouth de Jean-Marie BLANCHE

L’ Enfant – Mammouth L’erreur l’a emporté sur le grand ordinateur La discrimination ne s’apprend plus Les églises ont disparu La science n’a plus de cimetière Les vieux livres brûlent faute d…

Source : L’ Enfant – Mammouth de Jean-Marie BLANCHE

L’ Enfant – Mammouth de Jean-Marie BLANCHE

JEAN MARIE

L’ Enfant – Mammouth

L’erreur l’a emporté sur le grand ordinateur
La discrimination ne s’apprend plus
Les églises ont disparu
La science n’a plus de cimetière
Les vieux livres brûlent faute de lecteurs
Le soleil publie sa toute dernière exposition
Les couleurs dégradées quittent tous les musées
L’arc-en-ciel défoncé consume l’horizon
Et la terre, mise à nue, s’arrête de tourner

Son visage couvert de vers néolithiques
Caché derrière un masque en carton recyclé
Le dernier des mammouths, réfugié de l’arctique
Recherche le repos contre un mur effondré

Si ton enfant s’amuse à découvrir la terre
Pourras-tu refuser enfin de faire la guerre ?

L’éveil encor sonnera
Et le soleil encor se lèvera

 
Fait le 2 août 2006 à 10h30 au 9, rue des Épinettes, 75017, Paris, sixième étage sans ascenseur avec vue sur le Sacré-Cœur.
Dit au cours de l’émission « Deux sous de scène » sur Radio Libertaire le 00 xxxxx 2010 à 00h00 par Jean-Marie Blanche.

POEMES de Daniel Bahloul Druelle

Photo du 20-12-15 à 13.23POEMES

Rêve d’été

Coquelicot des champs à la veine vermeille
Tu sais le jour heureux de la petite abeille
Elle danse en secret dans la ruche de miel
Un chemin tout tracé de parfum sensoriel

Tu sais le jour heureux de la petite abeille
Te menant par le nez et le bout de l’oreille
Un chemin tout tracé de parfum sensoriel
Rougeoyante beauté dans un ciel sans pareil

Te menant par le nez et le bout de l’oreille
La bête fait la fleur et toi le pince-oreille
Rougeoyante beauté dans un ciel sans pareil
Tu te piques à l’amour tu jouis du soleil

La bête fait la fleur et toi le pince-oreille
Le vert est (sur ta tige) enrobé de merveille
Tu te piques à l’amour tu jouis du soleil
C’est ton rêve d’été jusqu’au bout de l’orteil

Le vert est (sur ta tige) enrobé de merveille
Assouvi de l’azur dans le simple appareil 
C’est ton rêve d’été jusqu’au bout de l’orteil
Coquelicot des champs à la veine vermeille

Libre de tous les temps 

Libre de tous les temps en héros de la fable
Dans un ciel sans soleil d’un éternel minuit
Buvant au puits d’amour pour étancher ma nuit
En typhon déchainé en tornade de sable

Dans un ciel sans soleil d’un éternel minuit
Être pareil à l’air boire l’azur gratuit
En typhon déchainé en tornade de sable
Dévaster les dictons créer une autre table

Être pareil à l’air boire l’azur gratuit
Angélique à foison donc ingérable en diable
Dévaster les dictons créer une autre table
Proclamer l’autre loi sans fiel ni sauf-conduit

Angélique à foison donc ingérable en diable
Voler de nid en nid piller le sous-produit
Proclamer l’autre loi sans fiel ni sauf-conduit
Rénover l’édition en ange impitoyable

Voler de nid en nid piller le sous-produit
Ô voler dans l’azur ne plus être éconduit 
Rénover l’édition en ange impitoyable
Écrire mon poème à compte publiable 

Ô voler dans l’azur ne plus être éconduit 
Loin du monde asservi et plutôt introduit
Écrire mon poème à compte publiable 
Envoyer les nantis à la chose jetable

Loin du monde asservi et plutôt introduit
J’irai dans les salons où l’on me reproduit
Envoyer les nantis à la chose jetable
Libre de tous les temps en héros de la fable

Question

Que vois-je dans l’éther ? Mon âme qui se pose 
Dans la fable des dieux où mon esprit repose
Et le vol prédateur du martinet fécond
Gobant les mouches d’or dans le bleu du plafond

Dans la fable des dieux où mon esprit repose
Le rien qui d’avenir sera bien quelque chose 
Gobant les mouches d’or dans le bleu du plafond 
Se réveille et engendre un sentiment profond

Le rien qui d’avenir sera bien quelque chose 
Dans la terre d’automne et le vert qui chlorose 
Se réveille et engendre un sentiment profond 
Que rien ne dormira en cet œuf qui se pond

Dans la terre d’automne et le vert qui chlorose 
Le bien-être des rais chauffe mon cœur qui ose 
Que rien ne dormira en cet œuf qui se pond 
Je couve le secret qui jamais ne répond
Pantoum pour l’anarchie

Loin est l’humanité tu dois rêver encore
Mâche avec tes dents d’acier tes mots de guerrier 
Annule jusqu’au fragment d’épure le gore
Crache au plus loin ton fiel dans l’impure cendrier

Mâche avec tes dents d’acier tes mots de guerrier 
Donne de la couleur dans le voeu d’artifice
Crache au plus loin ton fiel dans l’impure cendrier
Garde en ton corps le sang pour l’autre sacrifice

Donne de la couleur dans le voeu d’artifice
Aux yeux les plus brumeux le regard le plus clair 
Garde en ton corps le sang pour l’autre sacrifice
Suave parfum noir éjaculé d’éclair

Aux yeux les plus brumeux le regard le plus clair
Voit l’aura d’anarchie flamme d’âme nouvelle
Suave parfum noir éjaculé d’éclair
Son essence éclairée rend pure ta prunelle

Voit l’aura d’anarchie flamme d’âme nouvelle
Dans le cri et sans dieu se parfumer d’aurore
Son essence éclairée rend pure ta prunelle
Loin est l’humanité tu dois rêver encore

2014

Paris censuré

Un grand soleil suait tout l’or de sa lumière; 
L’orpailleur déversait, sur le flot parisien,
Des rayons flamboyants qui dessinaient un chien. 
Sur la vague une esquisse aboyait sa misère.

L'addict à Dionysos ne fait pas bon devin;
L'ombre du SDF s'amarre à l'infortune,
Aux bateaux-mouches d'eau, aux larmes de la lune; 
Comme un ange déchu à l'alcool aigre-vin.

Servante nuitamment de l’espace pleuré, 
L'étoile décroissait bien avant d’être pleine, 
Elle enfantait le tain, où réfléchit la Seine.

Miroir pour un roi nu d’un Paris censuré,
Où son clown se transforme, en une souris grise, 
Petit spectre des ponts, hantise de la "crise"

Mars 2014 sous le pont-neuf

Dieu que la vie est belle par Jean-Marie BLANCHE

JEAN MARIE

Offre-lui des présents qui font battre son cœur.
Démonte le passé que, de rire, elle en pleure.

Le temps n’a plus de lois ; d’ailleurs plus rien à dire.
Étendue près de toi, entends comme elle respire.

Elle dépose les armes, fait mine de dormir.
Délace ta pudeur, embrasse son sourire.

Elle souhaite nourrir ton amour du combat,
Elle frissonne et soupire et se recroqueville.

Bien que te désirant, elle ne te déshabille.
Applique ses désirs qu’elle nomme la foi.

D’accords en désaccords, que vos deux corps s’unissent,
Découvrent en harmonie la note du délice.

Dans ton sommeil d’enfant, Dieu que la vie est belle :
Tu renais de tes cendres, elle replie ses ailes.
Donner vie au Présent, connaître le Passé,
Mémoire d’un Avenir bientôt dans les musées.
Répondez aux questions de l’enfant d’aujourd’hui,
Il saura vous aimer quand il aura compris.

 

 

Deux coquelicots par Jean-Marie BLANCHE

JEAN MARIE

Deux coquelicots font la grève; 
L’abeille bourdonne de douleur;
Le peintre sorti de ses rêves,
Préfère le miel au malheur.
Des mille facettes, il se reflète
le traitement des pesticides;
vous le lirez dans vos gazettes,
Les décideurs sont trop avides.
Leurs essaims attaquent les bébés;
des recherches privées le prouvent.
Par le sang se nourrit le blé,
mais le prix du pain s’y retrouve.
Coquelicots, tant de points rouges
au temps où peu de nouveaux nés
survivent à des guerres déclarées
par la société qui les couve.
Le nombre de chômeurs grossit.
Les fleuristes vont comparaître,
les bébés-boulangers aussi.
Non, les amours n’ont plus lieu d’être.
Un couple de coquelicots,
de la famille des pavots,
suivi de l’abeille tombe à terre,
comme un manteau de la patère.
Levons le poing vers le pouvoir,
d’abord sur le parti des verts,
l’unique raison à savoir :
LE MIEL CHIMIQUE EST DECOUVERT!
Poème écrit le lundi 6 août 2012 à 13h42, revu le 12 juin 2014 à 3h30 & le 19 juin à 16h55,
9, rue des épinettes, 75017, Paris, 6ème étage sans ascenseur avec vue sur le Sacré Cœur par Jean-Marie Blanche.

Dit lors de l’émission « Deux sous de scène » Radio Libertaire le xx juin 2014 vers 15h45 par Jean-Marie Blanche.

ADAMA OUEDRAOGO dit « Flute man » en concert le 30 AVRIL 2016 à 16 H 30 à la Librairie PUBLICO – 145, rue Amelot 75011 PARIS –

adama-Ouedraogo-1024x724Adama Ouedraogo joue des instruments traditionnels du Burkina Fasso : la flûte , l’arc à bouche, la sanza qui proposent autant de voyages dans un temps mythique.

Concert en participation libre .

Nous vous invitons à visionner « Le Souffle de la tradition »: un reportage assez poignant sur le parcours artistique et humain d’Adama Ouédraogo.

DOSSIER DE PRESSE

P.S. : Adama OUEDRAOGO était l’invité de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE  » sur Radio Libertaire 89.4 , le samedi 16 Avril 2016, en podcast sur le site Grille des émissions Radio Libertaire pendant un mois.

 

 

CIORAN/ENTRETIEN d’après « Entretien avec Leo Gillet » – Adaptation et mise en scène : Antoine CAUBET – au THEATRE DE L’ATALANTE -10 Place Charles Dullin 75018 PARIS – du 1er au 18 Avril 2016 -Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30 Les jeudis et samedis à 19h00 – Matinées les samedis à 16h00 et les dimanches à 17h00 –

Modèle créé by Pixartprinting
Modèle créé by Pixartprinting

Adaptation et mise en scène : Antoine Caubet

Avec Cécile Cholet et Christian Jehanin

Régie générale : Victor Veyron

Quel dommage que CIORAN soit rangé dans la catégorie « philosophes » dans les bibliothèques . Car il y a cette suspicion de jargon philosophique souvent pesant qui n’engage guère le lecteur aventureux à la recherche de quelques feux follets d’âme, qui soupirent, croit-il toujours, à l’intérieur de quelques pages serrées et qui n’attendent qu’un doigt invisible, inattendu, pour frémir, s’envoler.

CIORAN à mon sens est un véritable poète. A la faveur de cet entretien qu’il eût avec Léo GILLET à la Maison DESCARTES à Amsterdam, en 1981, transposé et mis en scène par Antoine CAUBET au théâtre de l’ATALANTE, les spectateurs vivent une véritable rencontre avec un voyageur de la pensée de façon quasi aérienne.

CIORAN ne fait pas une conférence assis derrière un bureau, il se trouve dans une salle de café restaurant et répond aux questions d’une charmante hôtesse, Cécile CHOLET, qui semble peser l’air très tranquillement, juste à l’écoute comme ces bibliothécaires qui accueillent les lecteurs sans faire de bruit. Est-ce à dire que la pensée d’où qu’elle vienne, du lecteur et de l’écrivain, c’est ainsi qu’elle forme un tout, a besoin d’attention, pour s’exprimer, qu’invisible naturellement, furtive, elle est capable de tressaillir en s’entendant elle même, elle se surprend d’émerger du cerveau d’un tel, mais elle jouit aussi de pouvoir circuler en silence.

A l’époque de l’entretien, CIORAN a soixante dix ans, il a écrit beaucoup de livres dont les titres qu’énumère la jeune femme ont tous une connotation négative : les Cimes du désespoir, De l’inconvénient d’être né etc. CIORAN répond simplement qu’il a écrit pour passer le temps, pour s’occuper, qu’il n’avait pas de métier. Exilé de Roumanie, en 1946, apatride,  il a vécu comme un éternel étudiant à Paris, la plupart du temps à l’hôtel dans le quartier latin. Est- ce à dire que tous ces livres formaient en somme les rames qui lui ont permis de pousser sa barque silencieuse pendant ses nuits d’insomnie, à la rencontre d’autres âmes errantes et solitaires.

Le personnage interprété par l’excellent Christian JEHANIN est sympathique. Visiblement, CIORAN aime la vie. Il est attaché à ses surprises, à ces inconnues, ce sont les comportements irrationnels des êtres qui l’inspirent. S’il est philosophe, il l’est par ce désir d’exprimer l’intime, l’expérience, il s’agit d’une mémoire consentie aux personnes rencontrées . Et c’est la raison pour laquelle aussi qu’un lecteur de ses aphorismes peut les lire comme des haïkus, véritables pense bêtes d’ironie douce et pétillante.

Délicieuse rencontre qui donne vraiment envie de découvrir les livres de CIORAN, qualifié de nihiliste, sceptique et même de fasciste.

Ce qui ressort de cette rencontre, tout de même, c’est qu’il ne faut jamais s’arrêter aux étiquettes et donc aux apparences qui exercent leur police pour faire barrage aux inconnus que nous sommes.

Dans cet entretien, CIORAN s’exprime avec une telle simplicité que nous voudrions la faire nôtre. Évidemment, cette simplicité recouvre beaucoup de tumultes et de tourments, mais l’humour de CIORAN y ajoute cette lueur d’humanité, qui éclaire, oui, fait sursauter l’âme.

Paris, le 17 Avril 2016                              Evelyne Trân

RIEN, PLUS RIEN AU MONDE un monologue de MASSIMO CARLOTTO – mise en scène Fabian Ferrari avec Amandine ROUSSEAU – Au théâtre Le Proscenium, 2 passage du Bureau, 75011 Paris – Les mercredis du 13 Avril au 1er Juin 2016 à 19 H 30 –

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PS : Amandine ROUSSEAU était l’invitée de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » sur Radio Libertaire 89.4 , le samedi 7 Mai 2016. En podcast sur la grille des émissions de Radio Libertaire pendant un mois.

Imaginez une page de journal à scandale, maculée de sang, épinglée sur un mur blafard d’une cité dortoir où seules claironnent quelques enseignes de supérettes. La jeune femme qui tient l’affiche revient du marché, elle porte une robe fleurie et les taches rouges qui colorent ses bras, ses mollets donnent à penser qu’elle a été éclaboussée par une teinture.

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Photo Françoise BEAUQUION

Nous comprenons très vite qu’elle est une fenêtre sur le monde à sa façon. Physiquement, elle est très acceptable, elle pourrait illustrer un spot publicitaire qui vante quelques articles de ménage. A condition de lui clouer le bec, ce qui n’est pas évidemment pas le propos de Massimo CARLOTTO qui brosse un portrait saignant d’une ménagère ordinaire en plein burn out.

« Moi femme » va t-elle marteler tout le long d’un monologue terrifiant par sa crudité. Toute ce qu’elle raconte peut paraître improbable dans une société où il faut prendre soin de ne pas laisser s’exhaler les mauvaises odeurs, les mauvaises pensées, toute cette misère juste bonne à faire valoir les prodiges des produits de ménage.

Elle est pourtant bien rythmée la vie de cette femme de ménage qui passe sa vie à compter, à repérer les articles les moins chers, à regarder les émissions de télé réalité, qui rêve comme toute Madame Bovary d’avoir un amant, à grandes gorgées de vin rouge. Un amant qui s’appellerait ailleurs, qui l’extirperait de sa prison.

C’est une société pieuvre que décrit Massimo CARLOTTO à travers une de ses victimes sans nom, empoisonnée, sulfatée, asservie, devenue un monstre parce que toutes ses pensées n’ont plus de couleurs, et que dans son cerveau ne défilent que les étiquettes de discount, la peur de manquer, et l’horizon fatal d’un mari impuissant et d’une fille indécente.

Cette vision pathétique impitoyable reflète pourtant bien nos réflexes ordinaires. Nous avons tellement vite fait de recouvrir les odeurs nauséabondes d’une serpillière en l’aspergeant de parfum à la lavande ! Cachez cette saleté que je ne saurais voir !

Photo Françoise BEAUQUION071-Avignon-Francoise.Beauguion

C’est une belle idée du metteur en scène Fabian FERRARI de faire incarner ce monstre par une jeune femme aussi fraîche qu’Amandine ROUSSEAU. Sa prestation met en évidence tous ces petits démons invisibles capables de faire plonger un individu quelconque. Curieusement, à notre corps défendant, ce personnage antipathique finit par émouvoir parce qu’il renvoie à la solitude, au sentiment d’impuissance, d’échec de tout individu dès lors qu’il prend conscience que ses rêves ne s’aligneront jamais sur sa réalité.

Une jeune femme qui souffre qui ne peut plus dire sa souffrance  parce qu’elle est devenue un monstre. Cela nous concerne humainement nous dit le metteur en scène Fabian FERRARI . Plutôt que de la juger, nous aurions envie de l’embrasser par instinct de survie, parce qu’elle est en danger. Elle ne s’aime pas, son cœur est devenu sec à cause d’une société qui consomme, consume l’individu, inhumaine ?

Un fait divers, un individu comme un grain de poussière fondu dans la masse, invisible, banal, c’est ce dont s’occupe le regard de Massimo CARLOTTO qui avance vers l’affiche déchirée de cette ménagère qui dit « Moi, femme… » sans faire de belles phrases, en ressassant juste cet ordinaire qui la conduit au néant.

Par la grâce du metteur en scène et la composition remarquable de la comédienne, nous sommes scotchés par ce cruel et éloquent témoignage !

Paris, le 16 Avril 2016                               Évelyne Trân