LA DANSE DE MORT d’August STRINDBERG – CREATION – Mise en scène de Stuart SEIDE au THEATRE DE LA REINE BLANCHE – 2 bis passage Ruelle, 75 018 PARIS – du 27 Septembre au 29 Octobre 2017 – Du mercredi au samedi à 20 H 45 et les dimanches à 15 H 30 – Les jeudis 12 et 19 Octobre à 14 H 30 –

Avec : Jean Alibert Pierre Baux Karin Palmieri Helene Theunissen

Scénographie : Angeline Croissant

Lumière : Jean-Pascal Pracht

Son : Marc Bretonniére

Costumes : Sophie Schaal

Coiffures et maquillages : Catherine Nicolas

Régie générale / Peintre décorateur / Accessoires : Ladislas Rouge

Assistante mise en scène : Karin Palmieri

Responsable de production : Romain Picolet

Chargée de production : Julie R’Bibo

Construction du décor : Atelier Millefeuilles / Margot Ducatez / Ladislas Rouge

 

Ils donnent l’impression d’être deux rats en cage qui tournent en rond. L’air est infesté, empoisonné parce que c’est le même depuis de longues  années. Ajoutez un autre animal dans cette cage, vous pouvez imaginer facilement que les deux premiers rats vont se liguer contre le troisième et le dévorer.

Ce n’est pas exactement ce qui se passe dans cette pièce, la danse de mort de STRINDBERG, qui constitue une lugubre symphonie à partir du motif de l’enfer conjugal exploré sans aménité avec une lucidité quasi luciférienne.

Les deux personnages, Edgar, le mari, un vieux capitaine et la femme Alice, une ancienne actrice, se connaissent par coeur, ils sont capables de lire chacun dans la partition de l’autre, comme dans une partie d’échecs mais hors du jeu, il n’y a rien, juste le le néant…

Alors, il faut répéter la partie, au jour le jour, guetter l’avancement du pion qui pourra mettre fin à cette affreuse répétition, penser à la mort comme à une possible libération.

C’est en se devinant l’un l’autre, que le mari et la femme expriment une insigne lueur d’amour . Cette lueur a beau être crépusculaire, elle déborde de leurs silhouettes, elle entache leurs gestes  et toutes les démonstrations de méchanceté qu’ils vont prendre plaisir à déployer face à un visiteur inespéré, Kurt un viel ami, témoin horrifié de leur danse de mort.

La vie n’est-elle qu’un jeu ? Face à la perversité du couple, Kurt se retrouve dans la position de la mouche prisonnière d’une toile d »araignée. Parce que lui, il ne joue pas, il n’ a pas de partenaire, son rayonnement n’appartient qu’à lui seul, et c’est un rayonnement impuissant, sans consistance. Comment l’honneteté pourrait t-elle avoir une prise sur les esprits roués d’Alice et du Capitaine ?

Strindberg dans ce huis clos pathétique engage une sorte de débat philosophique sur le Bien et le Mal, faisant du mal la pièce maitresse de la partie, l’élément moteur constitutif de la vitalité du couple.

Sans la lucidité du capitaine capable de discerner la bonté de Kurt, nous croirions avoir affaire à des monstres. Le couple représenté  par Strindberg reflète une image monstrueuse mais il est indéniablement soudé, scotché par les souvenirs, la chair, la même violence animale.

La vieillesse, le pain de vie qui s’effrite, cette réalité, le couple n’a pas besoin de la regarder en face, le chiffon est usé mais tels des animaux domestiques, ils aiment se dresser sur leurs pattes, fanfaronner pour la galerie et un ultime spectateur Kurt . Il réclamerait même des applaudissements, Alice n’est-elle pas une ancienne actrice ?

La mise en scène de Stuart SEIDE dépouillée, sobre donne toute latitude aux comédiens d’occuper en quelque sorte la scène comme seuls éléments du décor. Le lieu de vie interpelle par son austérité, juste les meubles élémentaires et un télégraphe dans un recoin, aucun bibelot, ni même de livres.

Le résultat spectaculaire qu’il faut faire rimer avec crépusculaire offre une vision  ironique de ce couple qui semble jouir en se faisant mal. Alice et le capitaine ne sont pas des personnages tristes, il séduisent par leur méchanceté même. Mais les deux monstres ne peuvent être réduits à l’étiquette d’êtres malfaisants. Ils doivent faire pitié pour émouvoir. Le projecteur du metteur en scène est particulièrement tendu vers le personnage de Kurt terriblement déchiré et formidablement interprété par Pierre BAUX. Jean ALIBERT qui compose un capitaine grotesquement humain et Hélène THEUNISSEN qui ne cherche pas à rendre sympathique le personnage d’Alice, impriment cette présence du mal, son côté extérieur qui pousserait n’importe qui à s’enfuir comme Kurt.

Si le mal fortifie à ce point, tel un poing dressé contre la mort, toutes les ombres qui strient ce pauvre geste, font bien partie de notre comédie humaine. Le regard du metteur en scène justement éclaire ces ombres, il ne s’apitoie pas, il laisse courir, comme au jeu de billard, la balle avant qu’elle ne s’enfouisse dans le trou. C’est fascinant !

Paris, le  9 Octobre 2017         Evelyne Trân

 

Morgane Poulette au THEATRE LE COLOMBIER 20 rue Marie-Anne Colombier 93170 BAGNOLET – Du lundi 09 octobre 2017 au dimanche 22 octobre 2017 – Du lundi au samedi à 20h30 – – Dimanche à 17 heures, relâche le Jeudi –

© Day-for-night / Cie Anne Monfort

Hugo Dragone (Création lumières) , Clémence Kazémi (Scénographie) , Emmanuel Richier (Création son) , Cécile Robin (Création lumières) Clémence Kazémi (Costumes), Marion Begin (Stagiaire à la mise en scène), Coralie Basset (Administration)
Avec la voix de Jean-Baptiste Verquin
Remerciements : Quentin Barbosa, Genséric Coléno-Demeulenaere, Marianne Deshayes et Hélène Morelli

Connaissez-vous Morgane Poulette ? Ah si vous saviez, c’est tout un monde Morgan Poulette ! Non, ce n’est pas la statue de la liberté fichée sur son rocher au milieu de vagues bouillonnantes, non, c’est une pauvre fille, qui ne sent pas bon, qui sent la gerbe, la défonce, une chanteuse junkie, dont s’est pourtant amouraché Thomas Bernet, un acteur de série télévisée.

De l’eau de rose donc ! Pas vraiment ! La verve de Thibault FAYNER est particulièrement fantasque, déplacée, « coïncidentielle », cérébrale, bancale, bousculante, atypique, explosive, romantique !

Son imagination et celle des spectateurs subissent les assauts d’un monde « cinglé » où pêle-mêle font irruption dans les cervelles les figures du pire médiatisées. Alors cette pauvre chanteuse défoncée, qui essaie de se relever tant bien que mal, pourrait bien faire  « figure » d’une sainte !

« Ils disent que… Tu racontes…. » Dans ce long poème de voyage , de course intrépide et désespérée – c’est que Londres ne dort jamais complètement – le « Je » n’a pas de visage, il est plusieurs, en quête de conscience, il suffoque, devient chanson, fait des sandwiches de la misère et de la beauté, et « ce ne sont plus des mots mais des pierres coupantes…Ce n’est plus du rock mais de la peine pure et sincère… ».

La mise en scène, le jeu des lumières créent l’atmosphère mystérieuse, ténébreuse d’un lieu hanté par la poésie.

La vitalité, la sensualité de la jeune et talentueuse interprète Pearl MANIFOLD aussi fine qu’une danseuse, donnent au récit toute sa force, sa juvénilité. On l’entend bouillonnante la voix du fleuve aux pieds du récif auquel s’attache passionnément Morgane Poulette pour scruter notre horizon.

Paris, le 5 Juin 2017  

Mise à jour le 3 Octobre 2017       Evelyne Trân

LE CHIEN de Eric-Emmanuel SCHMIDT – Mise en scène de Marie-Françoise et Jean-Claude BROCHE au THEATRE RIVE GAUCHE – 6 Rue de Gaité 75014 PARIS – A partir du 29 Septembre 2017 – Vendredi et Samedi à 19 heures jusqu’au 14 Octobre 2017 puis Mardi à 19 Heures et DImanche à 18 heures à partir du 17 Octobre 2017.

 Avec Mathieu BARBIER dans le rôle de l’écrivain

et Patrice DEHENT dans le rôle du Docteur Samuel HEYMANN

 

Qui voudrait faire d’un chien le héros d’un roman ? Un chien est une personne aurais-je envie de dire. C’est la première idée qui me vient à l’esprit. Seulement comme nous avons tendance à rapporter nos sentiments, nos pensées à l’humain, en parlant de personne, c’est encore à l’humain que nous nous référons.

 Avoir à côté de soi un être qui ne parle pas mais s’exprime par le regard, des mouvements, qui parait à l’écoute de vous-même alors même que vous ne lui prêtez pas attention, c’est extraordinaire !  

Dans un sketch succulent, Raymond DEVOS racontait comment un chien avait pris sa place. Chien donc !

Si j’étais un chien, comment m’aborderiez-vous se demande l’homme. L’esprit a une capacité d’adaptation infinie. Si par un tour incongru de circonstances, vous vous trouvez affublé d’une tête de chien, vous n’avez qu’à attendre de voir comment les humains vont se comporter avec vous. Ils penseront chien à votre place, vous n’aurez quasiment strictement rien à faire.

Passons… Ce n’est pas vraiment le sujet de la nouvelle d’Éric-Emmanuel SCHMITT, quoique…

C’est l’histoire d’un couple, un médecin retraité et un chien, qui intrigue le narrateur. Comment un chien peut prendre tellement de place dans l’existence d’un homme, se demande-t-il. En effet, nous apprendrons qu’à la suite de la mort accidentelle de chien, l’homme s’est suicidé.

Le fait divers n’est pas anecdotique, il suffit de suivre la piste de l’écrivain qui emprunte un chemin de terre grimpante et sensuelle. Nous l’entendons cette terre à travers la voix de Mathieu BARBIER qui impressionne par sa stature, son calme, sa détermination aussi. Tandis qu’il monologue surgit la silhouette immobile du vieux médecin. Est-il mort, est-il vivant, est-ce une statue ?  Quel mystère le recouvre ?

Il appartiendra au docteur Samuel HEYMANN à travers une lettre posthume de donner enfin un visage à ce chien. Patrice DEHENT est bouleversant.

De toute évidence, la nouvelle pour être transposée au théâtre devait être incarnée par de grands comédiens et c’est le cas dans la mise en scène de de Marie-Françoise et Jean-Claude BROCHE à l’affût du mystère comme un courant de sable qui passe et qui repasse et dont les grains s’agglutinent parfois pour réveiller une page oubliée, un chiffon de papier qui se balance tant sous nos prunelles que nous hésitons à le scruter.

 Enfin, dirons-nous, nous avons vu le chien. Nous avons écouté cette histoire. Et si vous voulez en savoir plus, rendez-vous sans tarder au théâtre, vous risquez juste d’être captivés !

Paris, le 1er Octobre 2017            Evelyne Trân

 

 

OPERATION ROMEO – TCHECOSLOVAQUIE 1984 – TEXTE DE VILIAM KLIMACEK – MISE EN SCENE ERIC CENAT – AU THEATRE 13/SEINE – 13 RUE DU CHEVALERET 75013 PARIS – DU 21 SEPTEMBRE AU 4 OCTOBRE 2017 DU MARDI AU SAMEDI A 20 HEURES – DIMANCHE A 16 HEURES –

Avec Jacques Bondoux, Jaromír Janeček, Thomas Silberstein, Claire Vidoni et Marc Wyseur.

Présenté sous le Haut Patronage des Ambassades slovaque et tchèque

D’après Komunizmus, une comédie de Normalisation de Viliam Klimáček, traduit du slovaque par Jaromir Janeček et Claire Vidoni, édité en français aux Éditions Infimes (2014). Scénographie et costumes Kristina Novotná, Création lumière Vincent Mongourdin, Création son Christophe Sechet, Régie général & Photographies Jean-Pierre Legrand, Assistantes  Katerina Chybova & Jitka Berunka, avec la participation amicale pour le photo reportage Stéphane Godefroy

Production : Le Théâtre de l’Imprévu, Orléans – Compagnie portée par la Région Centre-Val de Loire, conventionnée par la Ville d’Orléans, et subventionnée par le Département du Loiret.
Partenaires financiers : La DRAC Centre-Val de Loire, la Région Centre-Val de Loire, l’Institut Français, l’Adami et la Spédidam.
Résidences de création : Le Théâtre de Pardubice (République-Tchèque), le Studio Théâtre de Charenton-le-Pont, la maison d’Europe et d’orient à Paris et la MJC Village de Créteil.
Avec le soutien de : L’Institut Slovaque, le Centre Tchèque de Paris, le Théâtre et la région de Pardubice, l’Alliance Française de Pardubice, le Printemps de l’Europe et les Éditions Infimes.

21 Août 1968. Je me souviens encore de l’émotion de mes parents en apprenant par les journaux alors que nous étions en vacances, l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques. La pièce de Viliam KLIMACEK qui se situe dans la journée du 14 Février 1984, ravive d’autant plus ce souvenir qu’elle a pour personnages, les membres d’une famille apparemment unie qui vont assister à l’effondrement de leur noyau, en conséquence de la trahison du père chargé par le régime totalitaire d’espionner son beau-père un écrivain dissident.

 A l’occasion de l’anniversaire de la mère, nous faisons connaissance avec une famille aimante. La seule ombre au tableau est le comportement du père certainement dépressif qui s’isole sur le toit avant de se résoudre à rejoindre son épouse et son fils pour faire la fête. Il vient d’être rétrogradé de sa fonction de directeur à un poste subalterne. Le fils est un étudiant en médecine qui affiche une attitude désinvolte alors que sa mère se soucie de son avenir. En arrière-plan, il y a la figure du grand-père dont on apprend qu’il est dissident et donc surveillé. Mais cette circonstance ne devrait pas être pas de nature à les empêcher de vivre.

Viliam KLIMACEK n’a pas la main lourde, il ne porte pas de jugements sur les personnages et ce qui est passionnant dans la représentation de cette famille, c’est sa vision réaliste qui découle d’expériences vécues, ressenties, faisant ressortir tous ces blancs, ces non-dits au sein d’une famille qui lorsqu’ils éclatent en plein jour l’atteignent en plein cœur.

 Le régime totalitaire a instauré un climat de suspicion susceptible d’empoisonner les relations affectives du corpus familial. Sous un régime démocratique, il va de soi que les opinions politiques des uns et des autres aussi diversifiées soient-elles, n’engagent pas les rapports affectifs. Sous le régime totalitaire qu’ont connu les pays de l’ancien bloc communiste et notamment la Tchécoslovaquie, des individus sont devenus des otages de l’ordre établi, contraints de garder le silence pour la sécurité de leur propre famille.

Ce chantage odieux sera à l’origine du drame qui fera exploser ce petit noyau familial d’apparence banale.

L’analyse de l’auteur ne se veut pas didactique, elle questionne le ressenti à une échelle humaine, celle de la petite histoire souvent bafouée. La grande histoire ne tient compte que de l’évènementiel, des grandes figures héroïques ou pas. Or les individus qui constituent une société ne sont pas des héros, leurs blessures sont intimes.

 Dans l’Opération ROMEO, l’amour que se portent les deux époux ne suffit pas à les sauver du naufrage. Il faut du temps pour digérer les mensonges, les trahisons, une force morale à toute épreuve.

Il importe donc de dérouler la grande histoire sous la perspective individuelle, il s’agit d’une mémoire nécessaire. Comprendre comment un individu peut se trouver démuni face à un pouvoir totalitaire, face aux règles d’une société qui le dépassent et le dépasseront toujours, quitte à l’engloutir.

La pièce de Viliam KLIMACEK est démonstrative du fait que la politique ce n’est pas seulement des dogmes, des grandes idées, des idéaux, c’est une histoire de vie et de mort dans laquelle se trouvent embarqués bon gré mal gré, des êtres avec pour seule béquille, leur conscience personnelle, vulnérable et complexe.

La part de l’affectif dans le politique, c’est la grande question, parce que nous ne pouvons imaginer l’homme dominé par des monstres insensibles, l’insensibilité hélas ça existe, ni non plus par des émotions qui se transforment en haine.

Sur scène, c’est un cube quasi surréaliste, avec son antenne lumineuse sur le toit qui figure l’isolement de la famille, son enfermement, sans horizon dans l’espace-temps du régime totalitaire, un pauvre engin spatial destiné à exploser en plein vol.

L’imaginaire a sa place malgré tout dans la vision de cette scénographe talentueuse Kristina NOVOTNA. Les interprètes sont très justes notamment Jacques BONDOUX, l’officier.

La mise en scène et le jeu des comédiens épousent le tracé intérieur des protagonistes qui dévoile lentement mais inexorablement, les étincelles qui mettront le feu au foyer.

Il n’est pas évident d’exprimer à travers des scènes du quotidien banales, ce qui consume chacun des personnages, leurs non-dits, leurs inquiétudes. L’auteur scrute finement ce que recouvre très souvent la banalité des conversations. La réception se joue au niveau des intonations, à ces fils invisibles du vivre ensemble.

 Voilà une pièce d’une grande sensibilité, saisie avec doigté par le metteur en scène et les comédiens, sans ostentation, avec simplicité, aux pieds de notre petite échelle humaine, la seule qui à notre sens fera basculer la tour de Babel.

Paris, le 30 Septembre 2017           Evelyne Trân

Diptyque Affabulazione ; Œdipe roi – 23 septembre – 1er octobre 2017 – mise en scène Gilles Pastor – Création à partir des textes Affabulazione de Pier Paolo Pasolini, Oidípous Týrannos (Œdipe roi) de Sophocle au THEATRE NATIONAL POPULAIRE – 8 place Lazare-Goujon 69627 VILLEURBANNE –

 AFFABULAZIONE

a

Avec Jean-Philippe Salério, Kayije Kagame, Alex Crestey, Alizée Bingöllü, Antoine Besson, la voix de Jeanne Moreau et les footballeurs : Zephyr Frahi, Arbenit Terholli, François Sall, Ibrahim Souare, Arber Terholli, Tim Anton

production KastôrAgile
coproduction Théâtre National Populaire, Théâtre Jean-Vilar, Bourgoin-Jallieu
en partenariat avec le Théâtre du Vellein, Villefontaine

texte français Michèle Fabien, Titina Maselli

assistante à la mise en scène Catherine Bouchetal
costumes La Bourette et Clément Vachelard
lumière Nicolas Boudier
son Sylvain Rebut-Minotti
vidéo Vincent Boujon
régisseur général Olivier Higelin

avec Antoine Besson, Alizée Bingöllü, Alex Crestey, Emmanuel Héritier, Kayije Kagame, Wanderlino Martins Neves dit Sorriso, Jean-Philippe Salério

texte français d’Œdipe roi Jean Grosjean © Editions Gallimard

assistante à la mise en scène Catherine Bouchetal
collaboratrice artistique Astrid Takche de Toledo
costumes Clément Vachelard
assistante costumes Marine Lagarde
lumière Nicolas Boudier
son Sylvain Rebut-Minotti
vidéo Vincent Boujon
régisseur général Olivier Higelin

production KastôrAgile
coproduction Théâtre National Populaire
avec le soutien de Consulat Général de France à Recife, Spedidam
Et de l’Alliance Française de Salvador, du Dimus|Diretoria de Museus do Estado da Bahia, de l’Université Fédérale de Bahia (École de théâtre), du Musée d’art moderne de Bahia.

Prochaines dates :

Le 26/09/2017 20:30   Œdipe roi    

  • Le 27/09/2017 20:30   Œdipe roi    
  • Le 28/09/2017 20:30   Œdipe roi    
  • Le 29/09/2017 20:30   Œdipe roi    
  • Le 30/09/2017 18:00   Diptyque Affabulazione et Œdipe roi    
  • Le 01/10/2017 15:00   Diptyque Affabulazione et Œdipe roi    

 

Faire parler Œdipe, le fils, le père, l’amant ou le frère, c’est le pari que se sont donnés Gille Pastor et son équipe à travers un voyage à l’intérieur même des tripes du cœur humain. Un cœur qui rime absolument avec chœur.

Œdipe n’est-ce point à l’origine une histoire de souffle, celui qui passe au-dessus de nos têtes, qui balaie tout sur son passage, celui qui fomente les rêves et les fantasmes d’un dormeur éveillé, celui qui peut aussi se transmuter en berceuse ou en râle, cri de naissance ou de mort et qui devient musique des mœurs, associant à jamais le petit homme à l’ogre, le monstre humain.

Dans AFFUBULAZIONE, cette pièce trop peu connue de Pasolini, nous assistons interloqués au tremblement de terre de l’image du père à travers un personnage qui se révolte contre cette « forfaiture » conventionnelle, qui le désigne comme père vis-à-vis de son fils. De toute évidence, la relation qu’il a avec son fils est vouée à l’échec ou à la déception, puisqu’il refuse de voir en son fils son alter égo, ne s’aimant pas lui-même, et que d’autre part, le fils ne peut se détacher d’une image du père primaire, un père tout puissant, un père raisonnable, un père dominant.

« Venons-en aux simples pères menteurs ! … Venons-en aux ¨Présidents de la République ! Venons-en aux Autorités religieuses, aux Grands industriels ! »

Ce père « malade » finira par tuer le fils mais son histoire – il le déclarera – n’est pas histoire d’un seul père mais aussi celle de ceux qui envoient leurs fils à la guerre pour mourir.

 Il s’agit à notre sens d’une pièce magistrale de Pasolini, ce Père qui n’a de cesse de s’introspecter, est bouleversant parce qu’il est travaillé par ses contradictions, ses ambivalences, parce qu’il se met dos au mur face à son fils. La mise en scène de Gilles Pastor très sobre, suggère la jeunesse universelle à travers une petite équipe de foot qui joue sur scène, un plateau de gazon. Et c’est cette innocence là, celle de la copine du fils ou de sa femme qui alertent le père « coupable ». Ajoutons que le père est interprété par un grand comédien Jean-Philippe SALERIO .

Nous avons eu à peine le temps de nous remettre de cette intense mise en abîme du père annoncée par le spectre de Sophocle – qui a la voix magique de Jeanne Moreau – que la scène s’ouvre sur la tragédie antique d’Œdipe Roi beaucoup plus courte (une heure environ).

Dionysos ou Bacchus sont passés par là, pensons-nous, en observant des objets épars sur la scène notamment des écuelles remplies d’eau et surtout des personnages déguisés en train de danser frénétiquement.

Puis Œdipe se fraie un chemin, d’une voix quasi laconique, il est le roi puisqu’il porte la couronne. La mise en scène par contraste avec la précédente se veut plus baroque, plus clinquante, voire échevelée, presque caricaturale par rapport à la dimension abyssale du mythe. Sans doute, parce que depuis Freud, il serait possible de rejouer pour soi le mythe d’Œdipe tel un psychodrame aussi élémentaire que l’histoire d’Eve et Adam chassés du paradis, coupables d’avoir croqué la pomme.

Le drame d’Œdipe dépasse tellement les bornes que Gilles Pastor a choisi de les dépasser également en projetant les personnages dans la ville de Salvador au Brésil, où se succèdent quelques plans filmés au marché, une aire de circulation automobile, au cœur d’une rue où un chœur de visages semble exprimer le drame à fleur de peau de mythes et de religions. Gilles Pastor a choisi le Brésil à cause de cette présence des Dieux, à fleur de trottoir.

Dieux oracles, Dieux faits hommes qui jongleraient avec les boules de la destinée ou de la fatalité… par la voix du spectre de Sophocle imaginée par Pasolini « Ah, je regretterai toujours de ne pas avoir représenté plus souvent dans mes tragédies cette volonté de la terre à revivre; cette touche de rose, cette légèreté de l’air – des choses, pas des mots »

 « Aujourd’hui au théâtre on parle comme dans la vie » Il y a du remue-ménage dans l’air. Sophocle et Pasolini sont dans la foule nous suggère Gilles Pastor, ils ont pour mots nos visages et nos corps !

 

Paris le 27 Septembre 2017           Evelyne Trân

 

 

 

LA CHUTE D’ALBERT CAMUS avec IVAN MORANE AU THEATRE DU LUCERNAIRE 53 Rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS – DU 30 AOUT AU 14 OCTOBRE 2017 A 21 HEURES DU MARDI AU SAMEDI –

ADA P TAT I O N CATHERINE CAMUS E T FRANÇOIS CHAUMETTE

M I S E E N S C È N E , S C É N O G R A P H I E , LU M I È R E S E T AVE C IVAN MORANE

CO L L A B O R AT I O N A RT I S T I Q U E : B É N É D I C TE N É C A I LLE

S O N : D O M I N I Q U E BATA I LLE

La chute est un roman très noir d’Albert CAMUS, écrit en 1956, constitué par le monologue tourmenté d’un homme qui raconte  «sa descente « aux enfers » à  un compatriote rencontré dans un bar d’Amsterdam.

 Jean-Baptiste CLAMENCE, avocat, devenu juge pénitent, ne va cesser tout le long du récit de sa chute,  d’instruire de manière quelque peu maniaque, obsessionnelle, son propre procès, par une sorte de haine invraisemblable envers lui-même qui l’a submergé, le jour où il a pris conscience de son inertie lors d’un drame, le suicide d’une jeune femme .

 De fait, il faudrait faire la part entre ce qui ressort de la mélancolie, une dépression latente du personnage et cette obstination à enfoncer le clou, tel un homme se cognant la tête en hurlant « C’est ma faute, c’est ma faute, ma très grande faute… ».

 Les propos amers de CLAMENCE relèvent du constat, d’une vision assez pessimiste de l’homme qui découlerait d’une blessure narcissique mortelle. Dans le miroir, l’homme idéalisé qui se prend pour un dieu,  qui jouit de lui même, est en réalité un fantoche, un lâche, auto-satisfait, si planqué dans sa bulle, qu’il ne peut en sortir.

 La flagellation n’est sans doute pas la meilleure solution. Mais ce qui frappe dans ce roman, c’est la solitude du personnage. Une solitude si intense qu’elle renvoie au suicide la jeune femme noyée sous un pont de Paris.

 Nous pensons qu’il lui manque un interlocuteur, que cette adresse à un compatriote est un artifice.  C’est effectivement un artifice, celui dont usent les écrivains, les théâtreux, qui bénéficient d’un troisième œil, celui du lecteur ou du public, véritable parapet pour échapper aux sirènes de la solitude, aux vanités de l’autarcie.

 La douleur peut elle se penser elle-même ? En tout cas elle devient le dard qui pousse Jean-Baptiste CLAMENCE à s’examiner sans pitié et à se confesser.

 Le monologue de Jean-Baptiste CLAMENCE, est si dense qu’il demandait à être incarné au théâtre.

 Physiquement, Yvan MORANE impose l’inquiétude de l’homme blessé qui se débat contre lui même et porte les stigmates d’une souffrance morale, inexplicable intellectuellement. Son interprétation généreuse ne noircit ni « n’innocente » un personnage qui, en somme, préfère avoir mauvaise conscience que de se voiler la face . Dès lors, sa véhémence dans  la dénonciation des vanités humaines transgresse le désespoir. 

 On ressort du spectacle, ému dans tous les sens. Dans « son buisson ardent » l’homme désigné par Camus reste un homme de combat.

 Paris, le 31 Octobre 2014              

Mis à jour le 22 Septembre 2017   Evelyne Trân

 

Ismène par Isabelle Adjani, en exclusivité sur France Culture, Ismène de Yannis Ritsos, lu par Isabelle Adjani et Micha Lescot, sur France Culture le 24 septembre à 21h dans la Fiction / Théâtre et Compagnie.

Ismène

Lecture par Isabelle Adjani et Micha Lescot Collaboration artistique Valérie Six

Réalisation Alexandre Plank

Enregistré en public au festival d’Avignon 2017 – 18 juillet 2017

Suivi de Roma de Marguerite Duras

Roma de Marguerite Duras est publié aux éditions Gallimard dans le recueil Ecrire

Communiqué de presse :

Pour la première fois de sa carrière, au Festival d’Avignon, Isabelle Adjani a choisi France Culture, pour porter, aux côtés de Micha Lescot, la voix d’Ismène. Dans une cour du Musée Calvet comble et saisie d’émotions, Ismène de Yannis Ritsos a été créée, le 18 juillet 2017 en exclusivité. La diffusion aura lieu sur France Culture le 24 septembre à 21h dans la Fiction / Théâtre et Compagnie.

« Chère Ismène, ma sœur, toi qui partages mon sort… » dit Antigone en ouverture de la tragédie de Sophocle. Ces deux figures féminines, Antigone et Ismène, sont liées par la famille, le destin et pourtant elles sont le contraire l’une de l’autre : Antigone choisit la mort, Ismène choisit la vie.

En 1966, le grand poète grec Yannis Ritsos entreprit de rendre la parole à Ismène, souvent éclipsée par le caractère intraitable, rétif aux compromis, d’Antigone. Ce poème dramatique de toute beauté est un plaidoyer en faveur de l’existence et de la liberté écrit par un homme, qui connut le nazisme puis la dictature des colonels en Grèce : c’est sur l’île de Samos en 1971 où il fut déporté après la prison qu’il acheva son poème.

Cette fiction est suivie de la lecture à deux voix, par Isabelle Adjani et Micha Lescot, de Roma de Marguerite Duras, dialogue hésitant entre poésie et théâtre, glissant de Rome à Césarée sur les rives de la Méditerranée, de l’Antiquité à aujourd’hui.

VIVE LA MOUSSON D’ETE 2017 ! – MEEC [Maison Européenne des Écritures Contemporaines] du 24 au 30 Août 2017 – Rencontres théâtrales internationales à l’Abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson (54700) .

en compagnie des auteurs

Marion Aubert (France), Lola Blasco (Espagne),

Joseph Danan (France), Nathalie Fillion (France),

Marie Henry (France), Pascale Henry (France

Rebekka Kricheldorf (Allemagne), Collectif Le Grand Cerf

Bleu (France), Rasmus Lindberg (Suède), Wolfram Lotz

(Allemagne), Philippe Minyana (France), Lola Molina

(France), Lisa Nur Sultan (Italie), Nathalie Papin (France),

Christophe Pellet (France), Pauline Peyrade (France),

Tiago Rodrigues (Portugal), Roland Schimmelpfennig

(Allemagne), Marc-Emmanuel Soriano (France),

Helena Tornero (Espagne), María Velasco (Espagne),

Ivan Viripaev (Russie)

 

Voici la 23ème édition de la MOUSSON D’ETE à l’Abbaye des Prémontrés qui permet chaque année à des auteurs dramatiques d’assister à la naissance de leurs pièces grâce à des mises en espace  ou des lectures effectuées par des metteurs en scène et comédiens  chevronnés.

Rappelons que cet évènement fondé par Michel DIDYM en 1995 a révélé un bon nombre d’auteurs et qu’il s’agit dorénavant d’un rendez-vous majeur de la création contemporaine par ailleurs très convivial et très prisé par le public.   

Quelle belle équipe ! Les participants de longue date de ce rendez-vous estival dans la charmante ville de PONT A MOUSSON et la superbe abbaye de PREMONTRES, confieront volontiers qu’ils restent dans leur bulle toute la durée du festival particulièrement effervescent.

 Le festival a son propre journal ‘ Temporairement contemporain » dont les articles écrits par Laura ELIAS, Charlotte LAGRANGE et Olivier GOETZ distribuent de façon très éclairante et passionnante toutes les informations relatives aux LECTURES ET SPECTACLES parfois 4 en une journée.

La programmation, cette année, semble avoir opté pour une sorte d’état des lieux des mœurs, des états d’âmes individuels révélateurs d’une vision du monde désenchantée et angoissée, borderline, à travers le regard d’auteurs contemporains venus aussi bien d’Espagne, de France, d’Allemagne, de Russie,  de Belgique et de Suède.

Il émane néanmoins de tous les personnages incarnés par une belle troupe de comédiens qui jouent tous dans plusieurs pièces, une impressionnante vitalité quasi Pirandellienne qui intrigue, étonne, interpelle et noue les tripes, celles qui s’efforcent de manifester leur présence contre vents et marées politiques et mal être collectif.

 La question sera toujours de se demander quelle place, quel rôle échoient aux libertés individuelles, dans des sociétés dominées par la surenchère du tout pouvoir de l’économie, pourvoyeuse de rêves formatés au détriment d’aspirations spirituelles ou tout simplement personnelles qui crieraient famine.

 « LAS COSAS HERMOSAS » Délivre-toi de mes désirs de Maria VELASCO, auteure espagnole, à travers le personnage de Maria, une intellectuelle ayant pour amant Pap un Sénégalais, fait le portrait d’une « Espagne vivante et frémissante » toujours coincée dans ses entournures par ses casseroles de préjugés racistes. Le tout dans une langue vibrante, crue, lapidaire, toujours à brûle pourpoint.

Violence et souffrance, mal être, fissurent les masques qu’endossent les personnages au sein d’une même famille dans Solstice d’hiver de Roland SCHIMMELPFENNING, un auteur allemand et Insoutenablement longues étreintes de l’auteur russe Yvan VIRIPAEV qui accentue de façon radicale le délire qui gagne ses personnages « aux destins brisés » à travers la promesse d’un meilleur monde généré par leur force intérieure.

Aucune lecture ne laisse indifférent, les pièces proposées par le jury de la Mousson ne manquent pas de souffle poétique et politique. Leurs styles qui incluent souvent la narration et privilégient les tableaux plutôt que les scènes classiques avec leurs unités d’action, de temps et de lieu, peuvent déconcerter. C’est le parler vrai qui importe plus que l’effet littéraire avec le risque d’introduire une certaine banalité des propos. Mais le courant passe et véhicule une réelle énergie investie par une équipe de comédiens formidables !

Nous n’oublierons donc pas ce bel artifice théâtral de la cuvée 2017 en rêvant déjà aux moissons de l’été prochain !

Paris, le 15 Septembre 2017          Evelyne Trân

 

 

 

 

De Pékin à Lampedusa de GILBERT PONTE avec Malyka R.JOHANY au THEATRE DE L’ESSAION – 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS – du 28 août au 9 janvier 2017 Les lundi et mardi à 19 h 45 – Relâches : le 25 décembre 2017 et le 1er janvier 2018 –

  • Auteur : Gilbert Ponté
  • Mise en scène : Gilbert Ponté
  • Distribution : Malyka R.Johany
  • Durée (mn) : 1 h 10
  • Site de la compagnie : http://www.labirba.net

Personne ne pourrait les arrêter, pensons-nous, ces amazones qui s’élancent entre ciel et terre sur les pistes d’athlétisme offrant aux caméras du monde entier l’image de leurs jeunes corps messagers de la flamme olympique.

Gilbert PONTE qui dit « être fasciné par les personnages qui portent en eux une passion » est tombé un jour sur l’article d’une écrivaine italienne d’origine somalienne, Lagiaba SCEGO  qui relatait l’histoire de Samia, une jeune athlète, morte noyée avec d’autres migrants au large de l’ile de LAMPEDUSA alors qu’elle tentait de gagner Londres en vue des jeux olympiques de 2012.

 L’histoire est tragique, elle pourrait faire songer, toutes proportions gardées, au conte de la chèvre de Monsieur Seguin qui arrachant ses chaines par soif de liberté inextinguible, va se battre toute une nuit en vain contre le grand loup occidental.

N’est-ce point ce désir de liberté qui pousse de nombreux migrants à fuir leurs pays, sachant souvent le risque de mort qu’ils encourent.

Samia YUSUF OMAR qui avait réussi à représenter la Somalie aux jeux olympiques de Pékin, s’est trouvée empêchée par les autorités de poursuivre son entrainement. Dès lors, il lui fallait fuir risquer le tout pour le tout.

Destin brisé, fracassé aux portes des grandes fanfares des jeux olympiques, cette vitrine aux enjeux économiques énormes.

Quel fossé entre la flamme olympique et la minuscule étincelle que représente Samia dont le corps sera jeté dans une tombe anonyme de LAMPEDUSA !

Samia ne véhiculait que son propre rêve celui de s’épanouir comme athlète. Ce rêve innocent et fébrile est incarné par une jeune comédienne Malyka R.JOHANY d’une grâce et d’une fraicheur saisissantes.

 Gilbert PONTE semble faire fuser les paroles d’une enfant sans commune mesure avec les forces obscures qui vont l’entrainer vers la mort. Il enjoint les spectateurs à cristalliser leur regard sur l’amazone inatteignable, qui joue sa vie contre la montre, l’impitoyable roue humaine.

Paris, le 15 Septembre 2017         Evelyne Trân  

 

Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie ZENATTI- Adaptation et mise en scène de Camille HAZARD – Vendredi 22 septembre; samedi 23 septembre à 20h00. Le Triton – 11 Bis rue du Coq français 93260 LES LILAS –

Nous en avons tant entendu parler dans les médias de la guerre entre les Israéliens et les Palestiniens, le sujet est brûlant, terrible et la vérité, c’est que nous avons la tentation de le chasser de l’esprit. Qui sait, si nous abordions le sujet, nous pourrions être pris à partie par les intéressés qui vivent réellement cette guerre depuis déjà un demi siècle.

Valérie ZENATTI, l’auteure d’une bouteille dans la mer de Gaza, qui a vécu son adolescence en Israël, fait partie de ceux qui n’ont pas choisi cette situation de guerre infernale. Un événement a déclenché l’écriture de son roman, un attentat le 9 Septembre 2003 au Café Hillel où une jeune fille la veille de son mariage et son père trouvèrent la mort. C’était le jour du 10ème anniversaire des accords d’Oslo en 1993 qui devaient conclure la paix mais restèrent sans effet suite à l’assassinat de Yitzhak Rabin.

Son roman donne d’emblée la parole à Tal, une adolescente israélienne. C’est sa voix intérieure que nous entendons, ses pensées, ses peurs, ses angoisses. Tal se rêve une amie à qui elle pourrait se confier. Alors un jour elle décide d’envoyer une lettre qu’elle enfouit dans une bouteille et confie à son frère soldat à Gaza, lui demandant de la jeter dans la mer. Cette bouteille qui n’est pas innocente – il s’agit de celle qu’avait bue ses parents le jour des accords d’Oslo – tombe entre les mains d’un jeune homme palestinien Naïm.

Naïm, également adolescent, en plein questionnement, va répondre à Tal par emails, tout d’abord un peu brutalement, sans doute par méfiance ou pour se protéger de son émotion. Progressivement, un véritable dialogue s’instaurera entre les deux adolescents. C’est une merveilleuse chance pour eux que cette rencontre. Comment être à l’écoute de l’autre sans le voir, comment croire pouvoir être entendu. Mais les jeunes découvrent rapidement qu’ils ont en commun les mêmes doutes, les mêmes frustrations, les mêmes révoltes. A travers leurs échanges, c’est la vie quotidienne de part et d’autre de la frontière, rythmée hélas par des attentats, que nous découvrons.

Camille HAZARD a adapté de façon remarquable pour le théâtre ce roman, de façon amoureuse pour reprendre les termes de Valérie ZENATTI vis à vis de ses personnages . Amoureuse dans le sens de la délicatesse affranchie de toute mièvrerie, celle la même contre laquelle se cabre le jeune Naïm conscient de l’hypersensibilité de son interlocutrice Tal.

Naim est volontiers provocateur dans ses propos mais Tal trouve toujours le change dans la douceur, obstinément. L’un et l’autre s’apprivoisent et l’on pressent que chacun va finir par accueillir l’autre comme une 2ème voix intérieure.

Dans la mise en scène de Camille HAZARD, l’on assiste comme à un véritable ballet de voix qui se raccordent quasi musicalement. Tal et Naïm sont juste séparés par des barbelés, leurs voix s’élèvent au-dessus, elles se répondent et s’expriment aussi solitairement. Tal et Naïm ne se disent pas tout, ce n’est pas possible, alors leurs échanges sont d’autant plus précieux !

Quelques séquences vidéo permettent aux spectateurs d’être associés à l’ambiance qui règne à Jérusalem ou à Gaza.

Nous avons eu l’impression d’assister à un opéra à mi-chant d’une grande pureté, ouvrant son espace à de jeunes voix, celles de la jeunesse étant les plus révolutionnaires assure Valérie ZENATTI.

C’est à travers ces voix que la paix se récoltera. Et nous saluons à ce titre et pour leur talent, ces magnifiques graines de comédiens, Eva FREITAS et Aurélien VACHER ainsi que la jeune metteure en scène si bien inspirée Camille HAZARD.

Paris, le 30 Avril 2017

Mis à jour le 13 Septembre 2017           Evelyne Trân