SOIREE JAQUES DUTOIT LE 16 NOVEMBRE 2017 AU CINEMA L’ECRAN – PLACE DU CAQUET – 93200 ST DENIS – METRO ST DENIS BASILIQUE – Projection de – IMMERSION à partir de 19 Heures –

L ART ET LA VIE 

Rencontre avec Jaques Dutoit, Bernard Guillot

un verre convivial conclura la soirée

IMMERSION de Jaques DUTOIT

Documentaire

France Suisse/2011/couleur/1h17 avec Bernard GUILLOT

Bernard Guillot est dessinateur, peintre et photographe. Le film nous montre son travail artistique mais aussi son quotidien dans sa maison au coeur du Massif Central.

On le voit peindre, nager, méditer, se déguiser, faucher et même faire de la confiture. Une épicurienne réflexion sur les cheminements de la création.

 

La Révolte de Villiers de l’Isle-Adam avec une mise en scène de Salomé BROUSSKY – Au THEATRE DES DECHARGEURS – 3 Rue des Déchargeurs 75001 PARIS – du 31 oct 2017 au 9 déc 2017 – du Mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 21 H 30 –

Texte Villiers de l’Isle-Adam

Mise en scène :

Comédien(s) :

Lumières :

Dominique Borrini

 

Elle donne l’impression de vomir sa vie sous les yeux ahuris de son mari. Oui, sa vie lui fait horreur, une vie étriquée, faite de petits calculs, qui pendant quatre ans et demi a projeté l’image d’une épouse parfaite, excellente comptable qui a permis la fortune de son mari banquier peu soupçonneux de la colère intérieure, du volcan qui fulmine derrière la façade de l’idéale épouse.

La révolte est une pièce écrite par Villiers de l’Isle-Adam, en 1870, représentée seulement cinq fois à sa sortie, qui donne la parole à une femme culminant toutes les raisons de se révolter contre ses conditions de vie, programmées par une étiquette bourgeoise, sans fantaisie, rigide.

 Intelligente, la femme en question a su se glisser dans le moule pour satisfaire la galerie et notamment son mari. Elle s’est résignée, a dompté ses éclairs de révolte, utilisant son énergie au travail pour s’occuper, pour oublier ses accès de rêves, ses accès de fièvre.

Avez-vous déjà vu une huitre sortir de sa coquille ? Elisabeth est une perle, une perle idéaliste. Après avoir décidé de tout quitter, son mari, son travail, sa fille, quatre heures plus tard, elle revient au bercail où elle découvre Félix, le fringant banquier, gisant à terre. Ce dernier semble-t-il n’a rien compris à l’échauffourée d’Elisabeth, comment d’ailleurs la comprendrait il, son mode de perception est différent, tellement plus terre à terre. Seulement il est attaché à cette femme, par autre chose, peut-être l’habitude, peut-être l’amour.

Au fond qu’importe qu’Elisabeth soit revenue. Le combat est d’ordre existentiel, Elisabeth n’obéit qu’à elle seule, à son corps défendant qui la ramène au bercail parce qu’il s’est trouvé démuni à l’idée sans doute d’affronter le vide, la solitude.

Du coup, le manège du banquier et de sa parfaite épouse apparait comme un moyen de s’occuper quand les autres voies, celles du rêve, de l’imagination, de la poésie ont été bouchées.

Le corps réclame du concret pas seulement des rêves, allez savoir !

Curieux rapports de force entre Félix et Elisabeth qui se supportent mutuellement, l’une ayant l’apanage de l’âme.

Elisabeth n’a rien d’une diablesse féministe, elle est une victime de la misogynie ambiante que reproduit comme un perroquet son mari, peu perspicace. Quand il parle de sa femme, Félix c’est comme s ‘il faisait le tour de sa propriété, ses compliments sont déjà révoltants. Ce qui transparait dans le monologue d’Elisabeth, c’est une souffrance exacerbée par un trop long silence. Félix qui au fond n’est qu’un pauvre bougre, souffre aussi.

 Une personne parle, incarnée par une femme qui appelle à la liberté de vivre suivant son cœur, qui s’oppose au carcan patriarcal, voire à une civilisation et rejoint le camp des poètes, des visionnaires tels que Villiers de l’Isle-Adam, Verlaine, Mallarmé ou Flaubert ses contemporains.

 Avec beaucoup de sensibilité, Maud WYLER interprète cette femme exsangue, exténuée, tandis que Dimitri STOROGE, laisse percer derrière l’enflure, l’inconsistance de l’homme social face à l’homme tout court.

La mise en scène de Salomé BROUSSKY privilégie l’intériorité des personnages, elle est réaliste, sans excès superfétatoires, la limpidité des propos de Villiers de L’Isle-Adam serre la gorge d’autant plus.

 

Paris, le 1er Novembre 2017            Evelyne Trân

L’Art de Suzanne Brut de Michael STAMPE – Mise en scène et scénographie de Christophe LIDON avec Marie-Christine DANEDE au THEATRE DES DECHARGEURS – 3, rue des Déchargeurs 75001 PARIS – du 31 oct 2017 au 23 déc 2017 – Mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 19 H 30 –

 

Il y a l’œuvre qui existe pour elle-même, l’œuvre, seulement l’œuvre. Et puis il y aussi l’intention de l’auteur, comment se fait-il que cette intention puisse prendre forme, toucher le spectateur « brutalement » sans qu’il ait besoin de se référer à sa culture, à son savoir, à ses notions d’ordre, de beauté, de connu ou d’inconnu. Il y a cette phrase inculte au bout des lèvres « Je n’ai jamais vu ça ! ».

Nous avons tellement soif d’émotions, il n’y a qu’à voir le nombre de gens qui se pressent pour visiter une exposition  de Gauguin au Grand Palais, quitte à faire deux heures de queue. Il y a de l’art brut chez Gauguin, soutenu certes par une grande expérience, du génie, mais devant un tableau qui nous fascine, nous pouvons oublier l’auteur, c’est comme une image qui fait écran à nos désirs, qui zigouille notre tranquillité, notre assurance, notre indifférence, qui brutalise nos certitudes « Ah, j’ai déjà vu ça ! ».

Certains artistes parce qu’ils sont submergés par leurs émotions vont nous offrir des visions déconnectées de notre routine. Nous ne pouvons pas les analyser suivant nos critères objectifs. Mais leurs créations s’imposent comme jaillies de nulle part, elles répondent parait-il à des pulsions. Pulsions d’êtres sacrifiés à la norme. Eh oui, il y a des larmes, des cris, de souffrances, des sensations, des visions si intenses qu’elles peuvent trouver leur chemin d’expression, hors les normes de l’homme normal.

Nous sommes bien contents de prendre des trains qui ne déraillent pas mais nous sommes également heureux de pouvoir accéder à des visions qui s’écarquillent bien au-delà des soucis matériels, qui répondent à nos seules sensations, et que nous importe qu’elles soient vérifiées, homologuées, validées, elles nous appartiennent en propre comme le jour naissant, et si elles peuvent être partagées c’est parce qu’elles sont nées pour cela, mais demanderez-vous à une fleur si elle demande à être regardée !

Suzanne BRUT joue le rôle de fleur dans notre jardin imaginaire. Fleur en pot, muette, elle résiste à l’indifférence des religieuses qui l’ont recueillie. A travers un filet d’ombre, Michael STAMPE, est entré dans l’œil ouvert de la peintre, dans le compost de ses rêves étourdis où tout s’entremêle. Oui, dans la terre de Suzanne BRUT, il y a des signaux de souffrance dont elle ne peut se prémunir qu’en peignant, en parlant à Sainte Jeanne ou à la Sainte Vierge. C’est cruel, comment croirez-vous à ce qu’elle peint ? Il n’y a pas de plantes qui ne recherchent la lumière ou le regard de l’autre et Sainte-Jeanne pour Suzanne représente ce jour qui lui permet, quoiqu’il arrive, de peindre par bonheur.

 Stupéfiant tableau que ce spectacle mis en scène par Christophe LIDON, rarissime vision d’une fleur femme peintre sous le flux de l’ombre. La présence de Marie-Christine DANEDE appelle le regard et l’ouïe d’une façon quasi fantastique !

Paris, le 1er Novembre 2017              Evelyne Trân

 

 

LA PUTAIN DU DESSUS d’Antonis Tsipianitis au Théâtre de la Huchette – 23 rue de la Huchette 75005 PARIS – à partir du 3 Octobre 2017 – Du mardi au vendredi à 21h – samedi 16h

Un texte d’Antonis Tsipianitis

Adaptation: Haris Kanatsoulis et Chantal Stigliani

Mise en scène de Christophe Bourseiller

Avec Emilie Chevrillon

 

Il n’est pas si évident de faire sauter le cadenas sur la réalité de la condition féminine, tout simplement parce qu’il pèse très lourd.

La femme que met en scène Antonis TSIPIANITIS, un dramaturge grec contemporain, fait penser à une chienne tenue en laisse dans une cave pendant des années qui s’étourdit du bonheur d’être enfin libre à la mort de son maître.

Nous pourrions nous croire dans une fable de LA FONTAINE. Une femme pour échapper à l’autorité paternelle, épouse un beau policier qui se révèle être un odieux personnage. Trop tard, elle est attachée à cet homme par les liens du mariage et n’a pas d’autre issue que de se ronger les sangs.

Cette femme ne connaît rien de la vie, elle n’a pas vu le jour. Tout ce qui se passe autour d’elle lui échappe complètement. Quand elle ouvre la fenêtre et écoute les vrombissements d’une manifestation, elle ne comprend pas. De même, elle n’entend rien au manège de ceux qui s’installent au-dessus de son appartement, une vingtaine de migrants dans un deux pièces. Que peut-elle opposer aux actions de son mari un vilain ripou qui exploite la misère de migrants pour finir par louer le même logement à une putain, sinon sa naïveté, son étonnement. Comme elle rêve de bonheur, elle confectionne des plats pour les migrants qu’elle dépose à leur porte. De même parce qu’elle y croit au bonheur, elle admire les performances de la putain qui sait si bien simuler la jouissance.

 Comment rêve-t-on d’un monde meilleur à travers des barreaux ? A travers la figure d’Erato, l’auteur dresse le portrait vivant et poignant d’un être qui ne dispose que son bon sens fragile pour palper la lumière, se palper lui-même, et éprouver sa capacité de résistance, son instinct de vie face à l’oppression, à la dictature.

A l’égal de Dario FO, l’auteur manifeste son empathie vis à vis de la femme dont la condition d’opprimée pendant des siècles et toujours encore dans ce monde, fait partie des combats pour la vie.

Mise en scène avec une sobriété pleine de délicatesse par Christophe BOURSEILLER, Emilie CHEVRILLON, bouleversante de fraicheur et de vitalité, est magnifique.

Paris, le 28 Octobre 2017                Evelyne Trân

 

LE QUAI DES BRUMES – Une adaptation théâtrale inédite tirée du scénario original de Jacques Prévert au THEATRE ESSAION .6, rue Pierre au lard 75004 PARIS – Du 6 octobre 2017 au 14 janvier 2018, les vendredis, samedis à 19h30 et les dimanches à 18h Relâches : 24 et 31 décembre

  • Auteur : Jacques Prévert
  • Mise en scène : Philippe Nicaud
  • Distribution : Idriss, Sara Viot, Fabrice Merlo, Pamphile Chambon, Sylvestre Bourdeau, Philippe Nicaud

Le scénario de Quai des Brumes a été tiré d’un roman de Mac Orlan qui a salué son adaptation pour le cinéma par Jacques PREVERT. Eh bien sûr, tout le monde se souvient de cette célèbre phrase « T’as de beaux yeux, tu sais » qui a immortalisé le regard Michèle MORGAN.

Par son aura, le couple mythique de Michèle MORGAN et Jean GABIN a tiré vers lui toute la couverture du film, laissant dans l’ombre les autres protagonistes.

Grâce à la remarquable adaptation de Philippe NICAUD, il n’y a plus vraiment de personnages secondaires car tous font partie de la toile d’atmosphère du roman noir de Jacques PREVERT servi comme un poème.

Il y a toujours eu des poèmes histoires chez Jacques PREVERT et ce Quai des brumes en fait partie comme si la poésie il l’entendait la dénicher partout et notamment dans les endroits les plus « louches ».

Sous son regard,  les truands, les assassins, les déserteurs, les prostituées et les pauvres artistes ont leurs mots à dire. Et il y a toujours quelque chose les illuminant qui les rend humains, troublants, voire mystérieux.

Parce que tous ces personnages en dépit de leurs crimes ont du sentiment, qu’ils soient humiliés, désespérés ou jaloux.

 Le spectacle superbement interprété par tous les comédiens est un hymne au sentiment, celui qui vibre dans la chair et la fait chanter. 

Il y a la môme Piaf chez Prévert, poète des Rues, des braves et des malheureux. C’est ce que nous inspire ce spectacle enchanteur et la jolie Nelly, Sara VIOT.

Paris, le 26 Octobre 2017             Evelyne Trân

Bérénice de Racine, une création France Culture avec la Comédie-Française le Mardi 31 octobre à 20h – Enregistrement en public de Bérénice de Racine avec les comédiens de la troupe de la Comédie-Française au Studio 104 de la Maison de la Radio .

Enregistrement en public de Bérénice de Racine avec les comédiens de la troupe de la Comédie-Française le mardi 31 octobre à 20h  au Studio 104 de la Maison de la Radio

« Titus, qui aimait passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu’on croyait, lui avait promis de l’épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire. Cette action est très fameuse dans l’histoire, et je l’ai trouvée très propre pour le théâtre, par la violence des passions qu’elle y pouvait exciter. […] Le dernier adieu que [Bérénice] dit à Titus, et l’effort qu’elle se fait pour s’en séparer, n’est pas le moins tragique de la pièce, et j’ose dire qu’il renouvelle assez bien dans le cœur des spectateurs l’émotion que le reste y avait pu exciter. Ce n’est point une nécessité qu’il y ait du sang et des morts dans une tragédie ; il suffit que l’action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées, et que tout s’y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie.» Extrait de la préface de Racine.

Direction artistique : Eric Ruf Réalisation : Blandine Masson et Christophe Hocké Dramaturgie : Adrien Dupuis – Hepner

Avec la troupe de la Comédie-Française Phenice : Claude Mathieu Paulin : Michel Favory Titus : Éric Génovèse Arsace : Alain Lenglet Bérénice : Clotilde de Bayser Antiochus : Clément Hervieu-Léger Rutile : Adrien Dupuis – Hepner

Entrée gratuite sur réservation : http://www.maisondelaradio.fr/evenement/fiction/berenice-de-jean-racine/une-creation-france-culture-avec-la-comedie-francaise

Pour plus d’informations : www.franceculture.fr

 

 

FESTIVAL TEATRO A CORTE 2017 – Une journée « Best of » le 7 octobre 2017 à la VENARIA REALE.

Il y a dix ans déjà, pour fêter l’inauguration de la restauration du Château de VENERIA REALE, TEATRO A CORTE offrait au public de magnifiques spectacles ancrés dans la mémoire de ce festival international créé par BEPPE NAVELLO.

Rendez-vous incontournable de créations in situ de compagnies européennes jeunes ou aguerries, le festival a permis a  de grands artistes d’exprimer leurs talents, citons par exemple Ambra SENATORE, Jérôme THOMAS, Yann FRISCH, Nick STEUR, la compagnie PEEPING TOM etc. Pour ma part, je me souviendrai toujours de la fulgurante représentation du théâtre du CENTAURE de Marseille, «Risorgimento» d’un troupeau de deux cents brebis ouvrant la marche aux festivaliers à travers l’immense jardin de la Reggia di Venaria Reale, jusqu’au cirque équestre.

BEPPE NAVELLO qui achève ses fonctions de directeur du festival pour se consacrer à de nouvelles aventures théâtrales, a offert au public un magnifique AU REVOIR teinté de poésie, de rêve, de fantastique .

MA BETE NOIRE

Danse, chorégraphie & mise en scène Thomas Chaussebourg
Cheval War Zao
Mise en scène, direction d’acteur Fafiole Palassio
Musique extraits de L’imprudence d’Alain Bashung
Mixage bande son Jeanno Jory
Photos François Chaussebourg
Dressage Nicolas Langlois, Julien Nicol, Coralline Ernewein
Conception du décor Rémi Jacob
Etude du décor Serge Calvier
Construction Nil Obstrat & Pascal Cuff
Régie Didier Regnier
Administrateur de production Ronan Martin

Quel extraordinaire « Chant d’amour » que cette chorégraphie pour un danseur et un cheval, sous une volière géante, dans les jardins de VENERIA REALE. Mais qu’apprivoisent donc l’homme, Thomas CHAUSSEBOURG et le cheval WAR ZAO, sinon l’instant présent, celui de la danse. Une danse motivée par l’effervescence animale du danseur, impressionné par la Bête Noire. L’homme et la bête se stimulent mutuellement mais c’est l’homme qui se met aux genoux de l’étalon, lequel  certainement sensible à la musique de BASHUNG, ouvre la danse à son propre rythme tantôt au trot, parfois au galop, très indépendant. Une histoire de couple sauvage qui se raconte à travers quelques mouvements de danse si intenses que dans un éblouissement, le public a pu saisir la musique intime du couple, son mystère, sa vivacité.

TRANSPORTS EXCEPTIONNELS
Duo pour un danseur et une pelleteuse

Photo Frédéric DAVID

Chorégraphie : Dominique Boivin assisté de Christine Erbé
Interprétation : Philippe Priasso ou Aurélien Le Glaunec
Conducteur : Guillaume Olmeta ou Williame Defresne
Technique : Eric Lamy
Administration : Xavier Mouchère

Le 2ème spectacle qui s’est produit juste à l’entrée du château, est particulièrement insolite. Il s’agit d’une chorégraphie de Dominique BOIVIN – au compteur plus de 600 reprsentations à travers l’europe – qui met en scène un duo pour un danseur et une pelleteuse.

Le gigantisme de la machine, sa mâchoire favorisent tous les fantasmes . La pelleteuse fait penser à un dinosaure qui se serait reconverti . N’est-elle point vivante cette pelleteuse puisqu’elle bouge ? Evidemment celui qui la manipule avec dextérité, est invisible. Seul le danseur acrobate, très élégant, s’affaire autour d’elle. Un chant d’opéra traverse le spectacle comme pour signifier que la pelleteuse aurait des oreilles et surtout qu’elle a le premier rôle dans cette chorégraphie. En dépit de la rigidité structurelle de la machine, l’émotion circule faisant appel à nos derniers souvenirs de pelleteuse, à la poussière qu’elle soulève au milieu des constructions à venir ou à disparaitre. C’est une ouvrière dans l’âme qui rumine face à un homme coincé dans un habit de ville, complètement décalé.

GALILEO, UNE HISTOIRE »ASTRONOMIQUE –  SPECTACLE AERIEN – 

Spectacle Galileo

Photo D.R.

C’est à 21 heures, juste après un sublime coucher de soleil que la Compagnie DEUX EX MACHINA a déployé au dessus des jardins et de leurs jets d’eaux – les façades du château en fête, éclairées de peintures vivantes – une nacelle étincelante de couleurs à trente mètres du sol, pour dix tableaux d’acrobaties à couper le souffle.

Pour son pot de départ, Beppe NAVELLO a réussi à déplacer près de 5000 spectateurs. Nous garderons un souvenir très ému de cette journée de festival. Est-ce un hasard si Beppe NAVELLO a choisi trois compagnies françaises en best of de TEATRO A CORTE ? Nous voudrions lui renvoyer l’ascenseur. Qu’on se le dise, les artistes italiens qui rayonnent de générosité et de talent seront toujours les bienvenus en France !

Paris, le 15 Otobre 2017        Evelyne Trân

 

COMPARUTION IMMEDIATE, UNE JUSTICE SOCIALE ? de DOMINIQUE SIMONNOT – MISE EN SCENE MICHEL DIDYM – COLLABORATION ARTISTIQUE ET INTERPRETATION DE BRUNO RICCI AU THEATRE DU ROND POINT – 2 Bis Av Franklin Roosevelt 75008 PARIS – du 27 SEPTEMBRE au 22 OCTOBRE 2017 à 20 H 30 – DIMANCHE 15 H 30 – RELACHE LES LUNDIS –

Pris sur le fait, entre deux yeux, entre deux phrases, les instantanés judiciaires recueillis par le journaliste Dominique SIMONNOT, font penser à de vilaines photos qui jaillissent d’un photomaton, destinées à s’afficher sur un passeport et qui pour être conformes, rappelez-vous, ne doivent surtout pas être souriantes.

Chassez le naturel, il revient au galop. Il faut bien que le sourire se niche quelque part.

Le cocasse resurgit sous la plainte, on se croirait parfois en plein Feydeau, au milieu des poules, des coqs et des canards mais il s’agit pourtant d’hommes, de juges, de prévenus, d’avocats, enrôlés dans cette comédie de COMPARUTION IMMEDIATE à laquelle personne ne semble croire mais s’y résigne parce que l’air du temps c’est le temps, qu’il faut faire vite.

Et c’est tout de même dommage que les juges et les avocats n’aient pas le temps de s’apesantir sur les prévenus qui n’ont pour seul visage que l’énoncé de leur délits, de sorte que ce ne sont pas eux qui sont jugés mais leurs crimes tamponnés à la hâte de peines de prison.

Une espèce de mépris plane dans l’air qui rend cet air insupportable, voire révoltant. Suffit-il d’un délit pour perdre d’un seul coup la dignité, la respectabilité et devenir l’instant d’une comparution l’homme ou la femme du délit flasché et épinglé par un jugement sans appel.

Quelques textes poétiques émanant de témoignages de quelques délinquants rappellent leur humanité, celle là même qui ne peut pas se manifester dans ces procès expéditifs.

Bruno RICCI qui campe tous les rôles est un virtuose, il réussit à placer son empreinte d’humain à travers les reflets artificiels de colonnes de fer cinglantes. La scénographie de David BROGNON est justement glaçante. Les chimpanzés seraient-ils plus humains que nous?

La mise en scène décapante de Michel DIDYM fait résonner le marteau et l’enclume avec humour. Faut-il que nous riions alors que devrions pleurer ?

Paris, le 14 Octobre 2017                            Evelyne Trân

 

 

Oncle Vania d’Anton Tchekhov du 5/10/2017 au 11/01/2018 le Jeudi à 19 H 20 – au THEATRE ESSAION – 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS

  • Auteur : Anton Tchekhov
  • Mise en scène : Philippe Nicaud
  • Distribution : Céline Spang, Marie Hasse, Idriss, Fabrice Merlo, Philippe Nicaud

Durée (mn) : 1h25

« Ils viennent nous voir, ils sont de notre famille, ils repartent. Rien n’a changé ou presque… » 

En une phrase, il serait possible de traduire le désenchantement de l’oncle Vania et de sa nièce Sonia qui viennent de revoir le père de cette dernière, Sérébriakov, un vieux professeur, accompagné de sa jeune et belle épouse Elena. Un événement que l’arrivée de ce couple venu de la ville dans le quotidien blafard de l’oncle Vania et de Sonia, auquel assiste également le médecin de campagne Astrov, appelé pour soigner Sérébriakov et qui tombe aussitôt amoureux d’Elena.

Le synopsis n’a rien d ‘original. Nombre de feuilletons américains notamment reprennent l’ingrédient de base, l’amour. Il s’y trouve toujours une belle femme qui attise les passions et quelques affaires triviales qui déchirent les membres d’une même famille.

La comparaison s’arrête là évidemment car l’histoire transite à travers le regard de l’oncle Vania, le perdant, le dépressif de service auquel Tchekhov donne le premier rôle. Nous verrons sa mélancolie se muer en révolte, en désespoir. Et sa juste colère atteindra Elena prisonnière de son image de belle et jeune épouse qui chavire sur la pente des sentiments, parce qu’elle est trop sensible, pour supporter la violence des passions qu’elle suscite.

Lettres d’amour mortes avant d’atteindre leurs rives. Que de poissons morts, de rêves déçus à l’intérieur de cette rivière pourtant si riche de sentiments.

Elena brille de toute sa beauté. Serébriakov fut un intellectuel renommé, l’oncle Vania un dévoué gérant de la propriété familiale, Sonia a le cœur pur, Astrov le médecin a beaucoup de charme. Mais tous ces personnages traînent des boulets, l’oncle Vania celui de la rancœur, Sonia, la laideur, Astrov, l’alcool et l’ennui, Sérébriakov, la vieillesse, Elena son enveloppe artificielle. Tous aussi sont incroyablement seuls.

A une époque où tout le monde parle des réseaux sociaux, ou par un seul clic, un seul sms, nous pouvons avoir l’illusion d’atteindre un interlocuteur, le courrier du cœur de Tchekhov prend une toute autre dimension, il révèle ce qu’il y a de diffus, d’inexprimable chez l’être humain, le contraignant à s’exprimer parfois violemment comme l’oncle Vania.

Tous les personnages ont en commun un sentiment de frustration, éprouvent que leurs activités quotidiennes qui se résument à boire, manger, dormir, travailler, étouffent leurs aspirations spirituelles, dont la plus haute sans doute est celle de l’amour.

Il faut voir comment Sonia tend un verre d’alcool à Astrov. Tout son amour s’exprime dans ce geste. Nous savons que toute sa vie Sonia se remémorera ce geste là incompris, qu’elle le cristallisera avant qu’il ne retombe en poussière.

Les personnages ont de la poussière dans les yeux qui les embuent de larmes : « Voici comment nous sommes, des arbres qui pensent, la crête vers le ciel, les racines dans la boue » pourraient-ils dire ensemble.

La mise en scène de Philippe NICAUD laisse crépiter la petite musique de Tchekhov, mélancolique, ardente. Nous rejoignons la solitude de chacun des protagonistes comme si chacun à mi-voix se confiait à l’invisible, ou bien à une personne inconnue pour lui dire « Vous comprenez, j’ai aimé, j’ai voulu aimer et cela seul compte ».

Et nous retenons notre souffle, nous y croyons, sans doute grâce à l’interprétation de chacun des comédiens particulièrement juste, nuancée. Et puis la mélancolie ambiante se dope du bel éclair que représente le docteur Astrov qui apporte de la gaîté avec sa guitare, pour donner le ton à l’ivresse des sentiments.

La pièce l’Oncle Vania, dans cette mise en scène nous paraît encadrée de ces deux vers d’Apollinaire :

« Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme »

« Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire »

Un bol de vie tout simplement enivrant.

Paris, le 24 Janvier 2017  

Mis à jour le 12 Octobre 2017         Évelyne Trân

RENDEZ-VOUS de Bruno FOUGNIES avec une mise en scène de Rubia MATIGNON à l’ALHAMBRA THEATRE MUSIC HALL – 21 Rue Yves Toudic 75010 PARIS – Les mardis à 19 H 30 du 17 Octobre au 19 Décembre 2017 –

Avec:

Robert ABURBE, Lola ACCARDI, Catherine TOUBLANC.

« Ne m’oublie pas ! »  C’est un véritable nuage que cette interjection, un parapluie renversé qui voguerait sur l’eau pour une pluie de souvenirs à courir l’océan.

Zut, zut, j’ai oublié, j’ai oublié ce que je voulais vous dire alors je vais me raccrocher  au mot oubli, imaginer un champ d’oublis, oui, les oublis seraient des fleurs qui ne savent pas qu’elles sont des fleurs mais dans le murmure du vent, parait-il qu’elles chuchotent le mot oubli en hochant la tête.

Nymphe et Pussy, les deux héroïnes,  de la pièce de Bruno FOUGNIES,  peuvent bien  être associées à des fleurs. Toutes deux ont été danseuses autrefois dans le même cabaret, toutes deux ont succombé  au charme d’Orlando, le meneur de revue, qui leur donne un rendez-vous amoureux  dans sa maison de campagne. Mais oh surprise, Orlando a tout oublié et ne reconnait pas ses dulcinées …

C’est la déception, le désenchantement total pour les deux femmes qui voulaient renouer avec leurs souvenirs de jeunesse et leurs paillettes. Mais elles se ressaisissent et décident d’accompagner Orlando devenu innocent dans ce passé dont il se souvient encore, celui du music-hall…

Un sujet grave que celui de la maladie d’Alzheimer qui touche 900.000 personnes en France.  Bruno FOUGNIES qui signe une pièce légère et piquante ne s’est pas laissé impressionner par ce chiffre accablant. En tout cas à travers ses héroïnes qui trouvent le moyen de raccrocher Orlando à la vie,  une vraie lueur d’espoir illumine son propos.

  Dans une mise en scène menée tambour battant par Rubia Matignon, les deux comédiennes  Lola Accardi, Michèle Bourdet  drôles et sexy ont une pèche d’enfer et Robert Aburbe, Orlando est vraiment très touchant !

Bien jolie pièce qui d’une façon joyeuse, amicale et tendre nous dit tout simplement   » N’oublions pas ceux qui sont atteints de la maladie d’Alzheimer ! « 

Paris, le 18 Décembre 2015 

Intitulée auparavant « Ne m’oublie pas », la pièce revigorante de Bruno FOUGNIES est à nouveau à l’affiche à L’ALHAMBRA .

Catherine TOUBLANC remplace Michèle BOURDET. 

Mise à jour à Paris, le 11 Octobre 2017              Evelyne Trân