LES VICE VERSA à L’ALHAMBRA – 21 rue Yves Toudic 75010 PARIS – Jusqu’au 28 AVRIL 2018, les vendredis et samedis à 19 Heures trente –

Photo Philippe ESCALIER

Artistes : Anthony Figueiredo, Indiaye Zami

Ils n’ont pour rênes que leur imaginaire et cela suffit à nous les rendre sympathiques dans cette société envahie par les médias, véritable trappe d’Ali Baba. Qui pense pour nous, allez savoir, qui rêve pour nous , qui anticipe nos désirs et pollue notre ciel d’enfance à grandes pelletées publicitaires ? Où le détail pharamineux, où l’insolite ?

Un peu de courage, essayons donc de nous déconnecter du réel, de sa soupape d’illusions tentaculaires.

Photo Philippe ESCALIER

Les Vice-Versa ont d’ores et déjà pris leurs jambes à leur cou, ils courent, ils courent comme des gosses qui sautent par-dessus des haies invisibles. Celles-ci explosent à la vue des spectateurs grâce à des goupilles incroyables, des bruitages multicolores qui font partie de leur langue Vice Versa.

Indiaye, a la mine réjouie d’un petit gros, très expressif, son compère Anthony a lui l’allure d’un voyou de bonne famille, à l’élégante silhouette.

Ils se métissent fort bien tous les deux sur la piste de l’imaginaire, véritable luge où leurs talents de mimes et de magiciens éclatent.

Au passage, ils saluent Charlie Chaplin, Tex Avery, ils font rire les bambins dans la salle, ils improvisent invitant une spectatrice à participer à leur sketch « L’art de tomber amoureux ».

Photo Philippe ESCALIER

En résumé, les Vice Versa ont une pèche d’enfer et par-dessus le marché, ils sont humbles car ils croient au public ouvert et actif, prêt à les suivre dans leur course débridée, l’imagination à leurs trousses !

Paris, le 7 Avril 2018

Evelyne Trân

 

« TRUDI 1933 présent composé » Cie à fleur de peau /Théâtre dansé les 22 et 23 MARS 2018 à 20 H 30 à Espace Culturel Bertin Poirée (ECBP) 8-12 Rue Bertin Poirée 75001 PARIS – AU FESTIVAL D’AVIGNON – Au théâtre de l’ Isle 80 – 18 place des 3 Pilats (derrière la Places des Carmes) à 16 H 05 – Du 6 au 29 juillet (relâche les 10, 17 et 24 juillet) –

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Photo W Trojon

Chorégraphie et mise en scène : Denise Namura et Micha Bugdahn
Auteur et interprétation : Véronique Bret

Faire venir des êtres chers disparus sur une scène de de théâtre, il fallait y penser et surtout en avoir la force.

Avoir le chic pour faire tourner le manège de la vie où le passé, le présent, le futur se confondent.

Véronique BRET est danseuse, sa perception intime des mouvements du corps, les yeux fermés, est un gage d’ouverture vers l’invisible souffle, tous ces courants indéfinis où l’on se projette, où l’on s’oublie, où l’on se perd pour se retrouver.

Véronique BRET sait comment une danseuse entrelace des êtres invisibles. Véronique danse donc pour sa mère et sa grand-mère toujours présentes en elle. Elle les incarne pour de vrai témoignant de leur parcours d’artistes femmes.

Trudi, la grand-mère était une actrice berlinoise qui a fui l’Allemagne nazie en 1933, c’était une vedette dont l’aura a quelque peu laissé dans l’ombre sa fille Lolita devenue photographe.

Qui se souvient de Trudi aujourd’hui sinon sa petite fille Véronique. La grimace de la nostalgie ne sied pas aux fortes personnalités de Trudi et de Lolita. Pour Véronique, Trudi et Lolita n’ont jamais quitté le manège. D’ailleurs, il n’est pas si vieux ce manège qui court sur trois générations.

Le disque qui tourne, parfois sonné par le fracas d’une porte battante, laisse remonter les voix. C’est magique, les voilà qui s’échappent, qui discutent avec la jeune Laura (Véronique à 20 ans), qui l’étourdissent de paroles.

Elles n’ont jamais cessé d’être artistes. Véronique reste leur seul témoin.

Consciente de ce privilège, Véronique n’en abuse pas, elle ne cultive pas un jardin de souvenirs sous une serre. Elle a partagé tant d’émotions avec ces femmes que pour les contenir, oui, elle doit continuer à danser, et pourquoi pas inviter ses chères âmes à goûter les siennes au temps présent !

Etre plusieurs dans un même cœur qui réunit la danse, le théâtre, le chant, la musique et le mime, au jour riant de sa mémoire d’artiste, c’est ce qu’exprime Véronique BRET dans cet étrange et fabuleux spectacle.

Le 6 Avril 2018

Evelyne Trân

UNE LABORIEUSE ENTREPRISE de Hanokh Levin , mis en scène par Véronique Widock – Au Studio-Théâtre d’Asnières 3, rue Edmond Fantin , 92600 Asnières sur seine – Du 8 au 11 Mars 2018 –

Auteur Hanokh Levin
Texte français de Laurence Sendrowicz
Une laborieuse entreprise, in Théâtre choisi I – Comédies (2001). Editions Théâtrales, éditeur et agent de l’auteur
Mise en scène Véronique Widock
Avec Geneviève de Kermabon, Yves Ferry et Jean-Marie Perez
Travail chorégraphique Sylvie Cavé
Scénographie Charlotte Villermet
Costumes Myriam Drosne
Lumières Maurice Fouilhé
Production Compagnie Les Héliades
Construction décors Eric Mariette

Ouvrir le placard d’un couple usé jusqu’à la corde par trente années de vie commune et laisser choir tous les vêtements moisis, les ressentiments repassés, les rêves fanés, enfin toute une vie qui n’a plus que l’apparence d’un cadavre en décomposition, est-ce possible ?

Comment se regarder en face, comment accepter de vieillir, lorsqu’on a encore l’âme pleine de rêves de jeunesse ? Yona ne supporte plus la vue de sa femme qu’il traite de charogne. Une nuit il la jette hors de son lit et lui annonce qu’il va la quitter.

Peut-être son épouse Léviva a-t-elle l’intention de laisser passer l’orage, elle qui, semble-t-il, est satisfaite de sa vie et s’honore d’avoir toujours été honnête, d’avoir élevé les enfants etc. « Donne-moi une chance » lance-t-elle désespérée à son époux qui continue à l’accabler d’injures.

De toute évidence, Léviva sert de punching ball à Yona incapable de se regarder lui-même vieux et probablement impuissant.

Le spectacle de cette scène de ménage serait insoutenable sans l’ironie qui perce sous le regard Hanokh LEVIN.

La metteure en scène Véronique WIDOCK dilue le cauchemar manifestement exagéré de Yona en offrant quelques ailes à Leviva qui se met à danser comme un oiseau en cage.

Léviva répond vainement par la douceur à la violence de Yona. Survient un évènement majeur, l’apparition d’un voisin déjanté, presque fou, qui donne le spectacle de sa déréliction. Yona comprend alors que c’est le sort qui l’attend s’il quitte sa femme, mourir seul, vaincu par une atroce solitude.

L’une continue à rêver, l’autre cauchemardise, cette vision d’un couple en fin de vie est furieusement réaliste. En contrepoint de la trivialité de Yona qui prétend n’aspirer qu’à la pureté et la spiritualité, il y a la féminité de Léviva qui s’exprime par la danse.

Geneviève de KERMABON interprète avec beaucoup de grâce une Léviva capable de glisser à travers le flot de haine avec candeur en répondant « Si mon univers n’était qu’une flaque d’eau, j’aurais tout à mes pieds ».

Yves FERRY réussit à rendre humain l’odieux Yona. Quant à Jean-Marie PEREZ, il excelle dans le rôle du solitaire maudit.

Véronique WIDOCK, très impressionnée par la puissance dramatique de cette pièce, assure une mise en scène inventive faisant intervenir la féerie au sein même d’une situation sordide. Perles ou serpents, tout se tient dans la langue de Hanokh LEVIN, tour à tour crue ou poétique, toujours ardente !

Paris, le 5 Avril 2018

Evelyne Trân

La Maladie de la Famille M. – Anatomie d’un western en famille – de Fausto Paravidino – Mise en scène de Simon Fraud au THEATRE 13 /JARDIN – 103 Bis Bd Blanqui 75013 PARIS du 6 Mars au 15 Avril 2018 – du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h – relâche le lundi –

LA MALADIE DE LA FAMILLE M de Fausto Paravidino
Traduction Caroline Michel
Le texte de la pièce est édité chez l’Arche Editeur

Mise en scène Simon Fraud
Scénographie Suzanne Barbaud
Création Lumière Cédric Le Ru
Création sonore Eskazed

Avec
Gianni / Justin Blanckaert
Fulvio / Antoine Berry-Roger
Docteur Cristofolini / Clément Bernot
Marta / Andréa Brusque
Maria / Laura Chétrit
Fabrizio / Victor Veyron
Luigi / Boris Ventura Diaz

Le thème de la famille a toujours inspiré les dramaturges classiques ou modernes, et parmi les plus connus, Molière, Shakespeare, Tchekhov, Koltès, Lagarce.

La famille c’est en quelque sorte la voix intérieure d’une société. Il faudrait dire les familles, leurs eaux vives souterraines appelées à rejoindre le grand fleuve, la mer, à se mélanger aussi.

Première peau sociétale pour un individu, sa famille, et combien de peaux mortes pour donner naissance à d’autres !

Une famille nucléaire réduite à sa peau de chagrin ? Celle à laquelle s’attache l’auteur contemporain italien Fausto Paravidino a la forme d’un arbre d’une centaine d’années peut-être. L’une de ses branches penche misérablement, c’est le vieux patriarche en train de perdre la tête, trois autres laissent éclater leurs bourgeons au milieu d’une autre desséchée, ce sont les trois enfants sans leur mère.

Il importe que la branche de la mère soit présente, même morte, parce qu’elle participe à l’esprit de famille.

Est-ce la vie qui appelle la mort ? Plusieurs courants contraires vont mettre à mal l’arbre familial. Il suffira d’un accident, la mort du fils, pour précipiter la fin de l’arbre.

Photo Lucie SASSIAT

Le tableau de Fausto Paradivino est très vivant, quasi impressionniste. Il y faut décrypter les chemins de lumière pour comprendre qu’ils sont balisés par de grandes ombres. Il montre de jeunes êtres en quête d’amour, de sensations fortes, qui doivent se délivrer de l’image du père en train de sombrer.

Photo Lucie SASSIAT

De cette famille, le portraitiste entend surtout exprimer les gestes, les attentions, les profils, les ombres, les éclaboussements de voix qui font rayonner l’arbre.

Histoire de conjurer la fatalité, d’avoir à l’esprit, une feuille de mémoire riche de tous ses crépitements, tragiques ou heureux, vivante quoiqu’il en soit !

Les comédiens interprètent avec beaucoup de justesse cette belle pièce dont la profondeur n’a pas échappé au regard du metteur en scène Simon FRAUD.

Une véritable atmosphère intimiste s’y dégage qui remue sensiblement l’âme.

Paris, le 4 Avril 2018

Evelyne Trân

LE MONTE-PLATS DE HAROLD PINTER – MISE EN SCÈNE ÉTIENNE LAUNAY au THEATRE DU LUCERNAIRE 53, Rue Notre-Dame-Des Champs 75006 PARIS – DU 28 MARS AU 20 MAI 2018 – DU MARDI AU SAMEDI A 18 H 30 – DIMANCHE A 15 HEURES –

MISE EN SCÈNE ÉTIENNE LAUNAY
AS S I S TA NT M I S E E N S C È N E PIERRE-LOUIS LAUGÉRIAS
TRADUCTION MITCH HOOPER, ANATOLE DE BODINAT ET ALEXIS VICTOR
AVEC
BENJAMIN KÜHN  (BEN 1)
SIMON LARVARON  (GUS 1)
BOB LEVASSEUR  (BEN 2)
MATHIAS MINNE  (GUS 2)
CRÉATEUR LUMIÈRE : KEVIN HERMEN
CO M P O S I T E U R : A D R I A N E D E L I N E

Ils sont tueurs à gage comme d’autres seraient facteurs. A vrai dire rien dans leur apparence ne les distingue de quelconques employés. Dans une chambre miteuse, lugubre, deux hommes attendent leur ordre de mission. Ils doivent se tenir prêts à tuer un individu qui leur sera désigné au dernier moment.

Rompus à l’exercice, les deux compères qui ont l’habitude de travailler ensemble, occupent leur temps comme ils peuvent. L’un lit le journal, il semble dominer l’autre qui s’ennuie et erre lamentablement entre la cuisine et les toilettes. Soudain, un bruit tonitruant les sort de leur torpeur, les deux hommes découvrent un monte-plats avec des consignes de menus. Croyant alors être dans le sous-sol d’un restaurant, paniqués, ils se croient obligés de glisser dans le monte-plats le peu d’aliments dont ils disposent.

L’ignorance dans laquelle sont tenus les deux employés qui n’ont d’autre objectif que leur paie prend une dimension catastrophique.
Quelle réponse donner à des ordres absurdes, en l’occurrence, celui de préparer des plats alors qu’ils n’en ont pas les moyens pour un restaurateur inconnu.

Cauchemar, trou noir, il n’y a guère d’issue pour deux aveugles manipulés, confinés dans l’obscurité.

Deux individus pris au piège comme des mouches à l’intérieur d’une immense toile d’araignée, qui se débattent pour rester en équilibre, alors même que les fils invisibles se resserrent de plus en plus, quelle cruelle sensation !

Quel employé n’a pas éprouvé un jour que son travail n’avait pas de sens parce qu’il n’était qu’un maillon d’une chaîne impossible à remonter, parce que conditionné pour obéir, accomplir ses taches, il n’avait pas le droit de penser, de s’interroger sur des ordres venus d’ailleurs, d’une hiérarchie invisible. En prime de son silence, une paie mais aussi un vaste sentiment de frustration.

Quatre comédiens interprètent les rôles de Gus 1, Gus 2, Ben 1, Ben 2 qui apparaissent et disparaissent de la scène divisée en deux plateaux, créant un effet de miroir, de distanciation.

Cette mise en scène originale souligne un sentiment diffus, celui de la précarité de l’existence. A peine le spectateur a-t-il eu le temps de s’intéresser à Gus 1 qu’il disparaît pour faire place à Ben 1 ou plus tard à Gus 2 qui poursuit sa conversation avec Ben 2.

Les va-et-vient constants des personnages, la rapidité de leurs mouvements peuvent soit distraire le spectateur soit produire un sentiment de panique. Il s’agit d’un parti pris du metteur en scène de décrire un état de confusion général. Ce sont les situations – un lit défait, une chasse d’eau qui coule, la coupure de gaz etc.- qui retiennent l’attention du metteur en scène Etienne LAUNAY, plus que la définition des personnages.

Comme si les situations sujettes à l’effet de miroir étaient condamnées à se reproduire mais pas nécessairement de la même façon. Nous voyons trouble, nous nous mettons à douter, et cette idée que nous nous sommes fourré le doigt dans l’œil – ce qui fait mal – nous invite à relever la tête. Combien du Gus et de Ben sommes nous pour faire face à l’ordonnateur invisible ?

Les 4 comédiens qui se partagent les 2 rôles de la pièce, ont la gageure d’accorder leurs gestes, d’être synchro avec leurs partenaires tout en incarnant des personnages qui ne soient pas seulement des silhouettes retranchées dans l’ombre.

Servie par une jeune équipe de comédiens, très dynamique, la pièce d’Harold PINTER offre une brassée d’espérance à une armée de Gus ou de Ben. Quoiqu’il arrive, chacun appelle l’autre.

Paris le 3 Avril 2018

Evelyne Trân

Sandre – Confession d’une Médée moderne -Solenn Denis / Erwan Daouphars / Collectif Denisyak – A LA MAISON DES METALLOS – 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e – Du 27 Mars au 8 Avril 2018 – Mardi → 20h Mercredi → 20h Jeudi → 19h Vendredi 30 mars → 19h – Vendredi 6 avril → 20h – Samedi → 19h – Dimanche → 16h – Durée 1 heure –

texte Solenn Denis (Editions Lansman)
interprétation Erwan Daouphars
mise en scène Collectif Denisyak
conception lumière Yannick Anché
conception scénographique Philippe Casaban et Eric Charbeau
costumière Muriel Leriche
construction décor Nicolas Brun
diffusion Drôles de Dames

Ces solitudes qui hurlent et que nous n’entendons pas. Nous passons à côté comme le mari de cette femme qui tue son nouveau-né.

Quels mots, quelles phrases pour exprimer ce que l’on entend que de l’intérieur ?

Denis SOLENN a choisi la simplicité, des phrases courtes, une langue sans fioritures, sans effet littéraire.

Le personnage qu’il convoque dans son imaginaire n’a pas le physique impérial de la mythique Médée, mais celui d’un homme. Assis, replié sur un fauteuil qui fait penser à un trône, le personnage parle doucement lorsqu’il dit « J’ai tué quelqu’un même si je ne suis pas folle ». Le flux des pensées est lent, entrecoupé de silences et parfois saisi par des cris de révoltes « On ne fait pas semblant d’aimer ».

C’est la voix intérieure qui sort du ventre qui s’exprime, celle qui n’a pas grand-chose à voir avec l’apparence, celle qu’utilise les ventriloques pour donner vie à une créature qui n’a pas la langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de parler à notre place.

La voix raconte l’histoire d’une femme néonaticide déchue du rôle de bonne épouse et de bonne mère qui lui collait à la peau, une femme qui a pris au mot de la lettre la déclaration d’amour de son mari, qui y a tellement cru qu’elle s’effondre le jour où elle apprend que son mari l’abandonne.

Mais elle ne dit rien, « elle est engourdie comme une tarte renversée ». Et c’est son silence qui petit à petit l’engloutit jusqu’à l’amener au geste fatal de l’infanticide.

Le silence a rejoint celui des meubles, celui du tic-tac de l’horloge, parce qu’hélas, il arrive que vaincus par la routine, le quotidien, nous n’avons plus besoin de regarder les autres pour savoir qu’ils existent. Sauf que pour Monsieur X, Madame X était devenue un meuble fané, sans attraits, ce genre de meuble dont on se débarrasse lorsqu’on a décidé de changer de décor.

Madame X l’a compris, elle peut continuer à vaquer à ses occupations en attendant que son mari se tire, elle peut continuer aussi à être enceinte. La vie suit son cours, il n’y a pas eu de cris, pas de révolte, « C’est calme comme un précipice ».

Et puis, il y a eu le déclic comme une éventration, le jour où l’enfant est venu au monde. Madame X avait devant elle le fruit d’un amour disparu, saccagé. C’était là aussi bien un morceau de sa propre chair que celle de son mari.

Comment comprendre puisque nous ne connaissons par cette langue du ventre, qu’ordinairement elle ne passe pas par les mots, qu’elle rumine dans le silence, qu’elle aurait le plus souvent le souffle coupé…

En écrivant Sandre, Denis SOLENN entend offrir un espace de parole à une femme néonaticide. Mais à travers cette femme, osons le dire, nous pouvons également entendre nos propres démons intérieurs, nos pulsions les plus primaires.

Erwan DAOUPHARS interprète cette Médée moderne de façon magistrale.

Paris, le 2 Avril 2018

Evelyne Trân

TOURNÉE 2018 – 2019

27 mars > 8 avril : Paris – Maison des métallos 25 > 28 octobre (à confirmer) : La Roche-sur-Foron – Festival éclats de scène. Tél : 04 50 03 05 29 9 ou 10 octobre (à confirmer) : Saint-Gratien (95) – Centre culturel du Forum. Tél : 01 39 89 24 42 13 > 16 novembre : Bruxelles (BE) – Théâtre 140. Tél : +32 2 733 97 08 17 novembre : Eghezee (BE) – l’écrin. Tél : +32 81 51 06 36 29 novembre : Poligny (39) – la Chapelle de la Congrégation. Tél : 03 84 37 24 21 1er décembre : Neuves-Maisons (54) – Centre Culturel Jean-l’hôte. Tél : 03 83 47 59 57 29 janvier 2019 (à confirmer) : Agen (47) – Théâtre d’Agen. Tél : 05 53 66 26 60 31 janvier ou 5 février 2019 (à confirmer) : Théâtre d’Aurillac (15). Tél : 04 71 45 46 05 Les 8 et 9 février 2019 (à confirmer) : Limoux et Pennautier (11) – ATP de l’Aude. Tél : 04 68 69 53 65 12 février 2019 : Noisy-le-Sec (93) – Théâtre des Bergeries. Tél : 01 41 83 15 20 8 mars 2019 (à confirmer) : Oyonnax (01) – Centre culturel Aragon. Tél : 04 74 81 96 80 14 et 15 mars 2019 : Charenton (94) – Théâtre des 2 rives. Tél : 01 46 76 67 00 19 mars 2019 : Courbevoie (92) – Espace Carpeau. Tél : 01 46 67 70 00 26 mars 2019 : Oloron-Sainte-Marie (64) – Espace Jeliote. Tél : 05 59 39 98 68 28 mars 2019 : Vallauris (06) – le Minotaure. Tél : 04 97 21 61 05

L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine de Ruwen OGIEN – Au Théâtre De La Reine Blanche – 2 Bis Passage Ruelle, 75018 Paris – Du ven. 30 mars 2018 à 14:30 au dim. 22 avr. 2018 à 15:30 –

Durée: 1h25

Distribution :

De Ruwen Ogien

Éditions Grasset

Adaptation : Hervé Dubourjal

La Compagnie Tabard-Sellers

Mise en scène : Éric Bu Hervé Dubourjal
Scénographie : Jean-Marc Toussaint
Avec : Jean-Louis Cassarino, Hervé Dubourjal

Hallucinant, ce philosophe Ruwen OGIEN qui étourdit nos sens moraux les plus inconscients !

A partir de situations quasiment absurdes dans la mesure où nous avons peu de chance d’y être confrontés, le philosophe réussit à troubler notre bonne conscience.

Choisir ou ne pas choisir ? Répondre ou ne pas répondre ? Notre relation à l’autre, c’est-à-dire à l’espèce humaine dont nous faisons partie, implique quelques principes moraux. Sur quelle base reposent-ils ? Quel est leur impact dans la vie courante, et lorsque ceux-ci interviennent de façon manifeste dans nos choix mettent-ils en danger l’image nécessairement passe-partout que nous donnons de nous-mêmes ?

Un principe moral est-il seulement culturel ou se niche-t-il plus profondément dans notre perception individuelle de l’environnement sociétal et affectif ?

Voici un exemple de situation : Un train fou menace d’écraser 5 personnes sur la voie. Vous observez l’évènement du haut d’un pont et savez qu’il n’y a pas d’autre solution pour arrêter le train que de jeter sur les rails un énorme objet. Un gros homme est avec vous sur le pont, allez-vous le balancer par-dessus bord pour sauver les 5 personnes et se faisant commettre un meurtre ?

Si vous n’avez aucun lien avec ces individus, il est probable que vous ne ferez rien. Mais le principe « Tu ne tueras point » qui est sous-entendu et non énoncé, faillit dès lors que le gros homme est décrit comme malade, dépressif etc. Certains parmi le public pensent qu’il peut être sacrifié pour sauver les 5 autres personnes.

Réponse mathématique : une vie vaut une vie. Donc de ce point de vue, le chiffre 5 impose sa loi. C’est évidemment discutable. Imaginons une société régie par un mathématicien qui pour le bien-être de la société envisagerait de soustraire tous ceux qui sont handicapés, parce qu’ils font partie de la minorité ?

De la même façon qu’un bétail entier est supprimé pour cause de maladie, pourquoi ne pas envisager de tuer tous les porteurs d’une maladie infectieuse qui menace la société.

Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Ruwin OGIEN ne donne pas les réponses, tout simplement parce qu’elles ne vont pas de soi. De plus, s’agissant de notre perception morale et affective, elles peuvent fort bien évoluer au cours de la vie.

A partir de quelques situations invraisemblables mais non dénuées de sens, voire de direction, tirées du livre « L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine » Hervé Dubourjal et Jean-Louis Cassarino, ouvrent un vaste champ de fouille. Lorsqu’il s’agit de bécher à l’intérieur de la bonne conscience, mieux vaut enduire les instruments d’une belle huile, celle de la bonne humeur, de la jovialité.

Impossible de sortir indemnes de ce joyeux labourage qui laisse filer quelques vers sans autres principes moraux qu’alimentaires.

Faut-il se méfier de l’odeur des croissants chauds, susceptible de contrarier nos principes ? Quant à l’influence de la lune, des réseaux sociaux, des insomnies, des problèmes de couple, de la publicité, n’en parlons pas. Sollicité de toutes parts, l’individu n’aurait d’autre issue que le « sauve qui peut » en dévorant allègrement un croissant.

Qui est heureux peut rendre heureux. Cet aphorisme vaut bien une farce philosophique.

Ce spectacle interactif, servi par deux trublions en verve, répond à l’appel de l’odeur des croissants chauds, il est alléchant !

Paris, le 31 Mars 2018

Evelyne Trân

LA BOURRASQUE DE NATHALIE BECUE – MISE EN SCENE DE FELIX PRADER AU THEATRE DE LA TEMPETE à la Cartoucherie de Vincennes – Route du champ de manoeuvre 75012 PARIS – du 16 Mars au 15 Avril 2018 – Salle Copi • Durée : 1h40 – du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30 –

avec
Nathalie Bécue Alice Burke
Pierre-Alain Chapuis Daniel Burke
Théo Chedeville Michaël Dara
Philippe Smith John
scénographie et costumes Cécilia Galli
son Estelle Lembert
lumières Thibault Gaigneux
collaboration artistique Aurélia Guillet
direction des combats François Rostain


Il lui fallait un texte à sa hauteur, un texte qui l’habite, Nathalie BECUE. Elle l’a trouvé en infusant l’œuvre du poète et dramaturge irlandais John Millington SYNGE (1871-1909). Un conte a inspiré sa pièce » Bourrasque » « In shadow of the glen », l’ombre de la vallée.

Elle met en scène une espèce de culs-terreux, une femme et son mari, un berger qui vivent dans un trou perdu.

Lorsque la pièce commence, la femme vient de découvrir son époux mort sur sa chaise. Elle a du mal à réaliser l’événement, elle continue à lui parler et puis rapidement reprend son esprit. La mort en Irlande, encore dans les campagnes, donne lieu à des festivités qui débutent par la veillée funèbre et dure plusieurs jours.

Au moment où elle se dit qu’elle doit prévenir le village et surtout la sœur du mort, survient en pleine bourrasque un étranger qui lui demande l’asile pour la nuit. Elle accepte puis laisse l’étranger seul avec le mort. Ce dernier se réveille…

L’aspect fantastique de l’histoire est parfaitement intériorisé dans la pièce. Il intervient comme une petite lumière, une sorte d’électrochoc des consciences, mais il colle tout à fait à la réalité rude des personnages.

Chez « Ces gens-là » comme dans la chanson de Jacques BREL, on ne se parle pas, on se cuite au whisky. C’est normal, Madame BURKE rêve d’une autre vie, elle n’a peur de rien mais tout de même…

Il faut la faire décoller du sol cette colère intérieure, ce désespoir qui habitent les personnages qui semblent happés par le vide de leur existence.

Madame BURKE est amenée à brailler pour s’entendre et Monsieur BURKE à sortir de ses gonds pour la faire taire. L’étranger, poète sans ressources, finit par offrir sa petite bulle d’air à la femme affamée de liberté. Un autre personnage, un berger incompétent, prend conscience que sa solitude lui pèse et accepte l’aide de Monsieur BURKE.

Si l’issue est positive, elle aura tout de même demandé l’apport d’une belle bourrasque pour faire sortir de leur terrier le couple de paysans.

Elle semble jaillir de la terre même, la langue de Nathalie BECUE, sensuelle et poétique, parfois même explosive.

La bourrasque était déjà dans les cœurs nous suggère l’auteure, elle transfigure les interprètes qui incarnent de pauvres bougres les pieds sur terre et à l’ouest dans ce spectacle, mis en scène sans artifice, par Félix PRADER et pourtant jubilatoire.

Paris, le 29 Mars 2018

Evelyne Trân

UNE ACTRICE DE PHILIPPE MINYANA – MISE EN SCÈNE PIERRE NOTTE – Avec JUDITH MAGRE au THEATRE POCHE MONTPARNASSE – 75 Bd du Montparnasse 75014 PARIS – Du 20 Mars au 20 Mai 2018 à 21 Heures – Le dimanche à 15 Heures –

Judith MAGRE
Pierre NOTTE
Marie NOTTE
Lumières Éric SCHOENZETTER

Judith MAGRE a le chic pour raconter des histoires surréalistes sans faiblir. Elle est surréaliste par nature. En la regardant, on imagine à la fois la fleur et l’abeille. D’ailleurs, elle envoie bouler l’écrivain irréaliste qui la bombarde de questions en lui conseillant de s’intéresser plutôt aux abeilles en voie de disparition.

En piste pour un étrange monologue imaginé par Philippe MINYANA, elle donne l’impression d’être plusieurs, à la fois la vigne vierge et le lézard qui s’y faufile et pointe son museau pour illustrer une histoire de vie, celle d’Anne-Laure tombée, un jour, amoureuse d’un dos.

Applaudie par l’écrivain irréaliste interprété par Pierre NOTTE, la voilà dans la situation de l’actrice célébrée qui se laisse attaquer par le paparazzi.

Cela dit confondu par la résistance de l’actrice, l’écrivain devient pianiste et allège l’atmosphère par quelques balades interprétées suavement par la chanteuse Marie NOTTE.

Le fard du projecteur ne surprend pas Judith, elle y est habituée. Les questions ont beau tourbillonner, elle va à l’essentiel juste à la crête de quelques émotions pour raconter ses rencontres avec Jean Genet, Simone de Beauvoir, Sartre, Giacometti et le mystérieux homme de dos. Son regard perce l’inconnu toujours au détour d’une anecdote.

Comment devient-on une actrice ? Si Judith MAGRE ne répond pas à cette question, c’est qu’elle est dotée de beaucoup de bon sens et qu’évidemment, elle a du métier. Faut l’écouter lorsqu’elle dit qu’elle ne joue pas des personnages mais qu’elle interprète avant tout des textes.

C’est évident Judith MAGRE aime jouer, se trouver au bord d’une scène. Parce que le projecteur joue le rôle du soleil, elle y mène sa barque comme une étoile mystérieuse.

Et nous l’aimons pour ça, d’être naturellement si onglée, d’arpenter les rives du rêve, riche de l’illusion qu’elle partage avec le public, riche et humble à la fois !

Paris, le 29 Mars 2018

Evelyne Trân

« MONSIEUR » Un spectacle du Théâtre de la Communauté de Seraing (Belgique) – Spectacle visuel dès 7 ans – Ecriture scénique et mise en scène par Claire Vienne- Jeu : Luc Brumagne au Centre Wallonie Bruxelles – 46, rue Quincampoix 75004 PARIS – le 26 Mars 2018 à 14 H 30 et à 20 H – puis à Avignon Festival OFF – La Factory, Salle Tomasi – 4, rue Bertrand 84000 Avignon – du 6 au 29 juillet 2018 à 13H10 –

Ecriture et mise en scène
Claire Vienne
Jeu
Luc Brumagne
Scénographie
Daniel Lesage
Régie
Loïc Blanc
Maryse Antoine
Construction des décors
Maryse Antoine
Adnan Insel
Chloé Verbaert

C’est son histoire à Monsieur, ses instants de grâce, sa vie comme un ballon fragile qui ne tient qu’à un fil, celui de la rêverie.

Ce Monsieur-là est pauvre certainement, à nos yeux sans doute parce que nous ne disposons pas de baguette magique. Lui, il l’a comme la petite fille aux allumettes d’Andersen. Il sait faire craquer les choses, les plus cabossées, les plus usées, leur donner vie en les couvant d’un regard tendre.

Il se raconte, musicien dans un coin d’ombre, son instrument c’est comme un chien, ou encore en train de faire sa toilette en se regardant dans le miroir d’une vieille boite de pharmacie. Sa marotte c’est de jouer avec les tiroirs où il cache et retrouve ses objets fétiches.

Il se raconte en train de courir après le temps. Le temps c’est un personnage à lui seul, par seulement le coucou de l’horloge, le temps avec ses faces riantes et esseulées, c’est un drôle de furet sauvage, le temps, ça s’apprivoise.

Monsieur est un grand peintre qui aime les couleurs vives et assoupies, il anime l’espace au gré de son imagination, de ses habitudes, les choses lui parlent, il leur parle, voilà son histoire.

Monsieur est seul, et alors ? La solitude est sortilège parfois, elle permet de planter son drapeau, de devenir une antenne pour toutes sortes d’yeux rieurs invisibles.

Monsieur est un grand diable aussi. Il a ses humeurs, ses secrets. Nous avions déjà dit qu’il était magicien. Le clou du spectacle c’est l’apparition d’une créature exubérante, monumentale qui chante comme Dalida.

Monsieur, parait-il, était S.D.F, il s’appelait Marcel Creton. Il voulait faire du théâtre, et le Théâtre de la Communauté de Seraing lui a permis de monter son spectacle sans un mot parce qu’il n’avait pas beaucoup de mémoire. A sa mort en 2015, le spectacle a repris avec un étincelant interprète Luc BRUMAGNE.

Pari réussi pour Marcel, comme un ballon qui court dans le ciel, son histoire voyage avec ce frisson de liberté insatiable, si juste, si pur, juste un instant de grâce !

Paris, le 28 Mars 2018

Evelyne Trân