POIL A GRATTER de et avec Adeline PIKETTY – Mise en scène Laurence CAMPET- Au festival off d’AVIGNON 2018 – A l’ESPACE ALYA à 14 H 30 du 6 au 29 Juillet 2018 –

 

La plupart du temps, nous passons à côté des choses, des personnes, sans même les voir ou à travers une grille d’idées toutes faites qui surplombe notre bulle, une façon de se protéger sans doute. Nous a-t-on appris à avoir peur, peur de tout et surtout des autres, ceux qui ne sont pas passe partout, ceux qui ne sont pas transparents, ceux qui ne sont acceptables qu’au cinéma au théâtre ou dans la littérature, et zut !

Intriguons nous ! Adeline PIKETTY, elle, n’est pas passée à côté d’une clocharde qui siégeait sur un trottoir dans le quartier de la Roquette. Elle était adolescente, pas encore bardée d’à priori et s’est laissée impressionner par la présence de cette femme, une sorte de pythie des temps modernes qui dérange.

Son seul luxe à cette femme, la pauvreté ! La voilà qui dégorge son dégoût de la société de consommation, la voilà qui raconte comment elle a mis le feu à tous ses papiers, factures etc. et comment elle est partie, a tout quitté.

C’est une héroïne tragique au même titre que des personnages antiques. Abandonner sa première personnalité, celle d’un médecin psychiatre, dit-on, était-ce une façon à elle de se crever les yeux comme Œdipe pour sentir, vivre autrement.

Aller au bout de soi-même, quelle idée ! Aller au bout de sa peine, impossible !

 Elle s’appelle Chantale et crie parfois son nom à tue-tête. Elle ne s’exprime plus que comme un reste, un déchet de la société. Elle ne retrouve de la force que dans l’invective, elle prétend pour elle-même qu’elle représente le chaos, le désordre dans un monde qui oublie que l’ordre pue aussi puisqu’il justifie le gaspillage   et permet à des élus de chasser à coups de pieds les S.D.F qui déshonorent les belles vitrines.

 Un déchet aurait-il quelque chose à dire ? Reconnaissons que cela nous fait mal de nous représenter déchet aux yeux des autres, il faut imaginer qu’il pèse des tonnes ce regard de mépris de l’autre, incapable de ressentir que derrière la loque, il se trouve un être.

Une maison s’est écroulée sur la tête de Chantale et l’a enterrée vivante. Mais elle continue à crier, à errer de la Roquette à la Bastille. Cela va faire quinze ans, vingt ans ! Est-ce que le temps compte !

Hantée par cette femme, Adeline PIKETTY a décidé de faire son portrait, tissé à partir de ses propres sensations.

Maintenant, elle l’incarne sur scène, Chantale, de façon saisissante, parce qu’elle est ses yeux à Chantale, son port de tête, sa voix cassée, sa détresse, cette alarme, cette souffrance, la vie, quoi toujours malgré tout !

Et soudain, nous nous surprenons à la considérer comme un bel arbre cette femme, cette clocharde qui a un tel pouvoir d’expression, un arbre tordu, ravagé certes, un arbre femme qui bouge, qui se promène sur les trottoirs,  grâce à Adeline PIKETTY, nous l’aurons suivie, elle nous a impressionnés, voilà sa marque de noblesse !

 Paris, le  5 Juin 2018

 Evelyne Trân

 

 

FESTIVAL MISE EN CAPSULES AU CINE XIII THEATRE – 1 AVENUE JUNOT 75018 PARIS – DU 21 MAI MAI AU 9 JUIN A PARTIR DE 19 HEURES DU LUNDI AU SAMEDI –

 

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 C’est la 12ème édition de ce festival de créations théâtrales qui doivent, c’est le défi, en l’espace d’une demi-heure, surprendre, interpeller, en déroulant le fil d’Ariane de l’écheveau théâtral où s’attellent main dans la main, auteurs, metteurs en scène, comédiens, techniciens.

 A tel point d’ailleurs qu’il n’est pas rare qu’un comédien ou une comédienne devienne dramaturge, mais hélas s’il y a beaucoup d’appelés, il y a peu d’élus, sur nos scènes de théâtre. Le festival donne l’opportunité à quelques auteurs inconnus de sortir de l’ombre, leurs créations telles des marrons chauds à savourer sur l’instant mais qui sait, auront de l’avenir.

 La forme courte théâtrale comme la nouvelle par rapport au roman, est un exercice haut de gamme, sportif en quelque sorte. Comment gagner le cœur du public en une demi-heure ?

 Les organisateurs Benjamin Bellecour & Pierre-Antoine Durand déclarent que « Tout est fait pour que le festival reste un réservoir de créations nouvelles ». C’est le public qui va donner le coup d’envoi des futurs succès. Une chose est sûre c’est qu’on l’entend ce cœur du public, ému dès l’entrée dans la salle, à l’idée de partir vers une destination inconnue, car quel que soit le thème proposé, ce qui importe principalement, c’est le talent, l’abattage des officiants.

 Hasard, loterie du calendrier, nous avons pu assister à deux créations parmi les 17 que comporte le festival.  Juste 2 plumes du plumage d’un paon étincelant, Terminus de Coralie Miller et Rise de Pascale Boumendil et Ariane Boumendil.

TERMINUS

Auteure : Coralie Miller
Metteurs en scène : Coralie Miller, Mikaël Chirinian
Scénographie : Natacha Markoff 
Costumes: Julia Allègre
Coordination artistique: Marie-Astrid Périmony
Musique originale: Nadir Hadjerioua et Régis Bouanha
Avec : Geneviève Casile, Zoé Bruneau, Leïla Guérémy

6/06 à 22h – 9/06 à 22h

 Dans TERMINUS, se confrontent trois générations de femmes, l’une enceinte, l’autre la cinquantaine mélancolique, la 3ème en fin de vie. Toutes trois se retrouvent dans un train de nuit vers l’Espagne. Curieux train de vie évoqué avec un humour teinté de sentiment.

Geneviève Casile brille de tous ses feux dans le rôle d’une vieille dame très coquine qui vient de fuguer de sa maison de retraite, ses partenaires Zoé Bruneau et Leïla Guérémy sont également excellentes. Cette capsule à l’affiche les 6 et 9 Juin à 22 heures n’est pas à manquer !

RISE

Auteures : Pascale Boumendil, Ariane Boumendil
Metteure en scène : Ariane Boumendil
Collaboration artistique : Anaïs Laforêt Le Gall
Avec : Alban Aumard, Constance Carrelet, Benjamin Gauthier, Pascale Boumendil, Angelique Zaini, Yilin Yang

6/06 à
19h – 9/06 à 19h45

 RISE, mystifie ou démystifie les arcanes dorés de l’intelligentsia patronale qui s’enfume et enfume ses employés cadres, aveuglés par un visionnaire K dont l’objectif autant commercial que mystique serait de permettre à chacun de s’élever. Nouvelle secte ou secte déjà à l’œuvre, les gourous commerciaux ne manquent pas, ils nous feraient pleurer si les auteures n’avaient pas choisi  de nous faire rire à travers ce pastiche fort éloquent servi par  des comédiens très alertes.

 Il ne reste plus que quelques jours pour assister à ce festival « Mises en capsules » toujours aussi effervescent, anti grise mine, anti morosité ! Courez-y !

 Paris, le 4 Juin 2018

 Evelyne Trân

 

 

Mises en Capsules

FESTIVAL NIO FAR – INDOCHINE – PERFORMANCE – CINEMA/DEBAT – THEATRE – PHOTO – DU 2 AU 8 JUIN 2018 –

 

 

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Le Festival Nio Far est un espace d’échange autour de la question de la citoyenneté, de la civilité et du «vivre ensemble». Cette réflexion aujourd’hui ne peut s’effectuer en feignant d’être amnésique et en oubliant que conscients ou non, nous sommes tous le fruit d’une histoire qui a assumé le fait colonial. Nous sommes nombreux, citoyens, artistes, intellectuels, à penser cette problématique et nous voulons présenter un florilège interdisciplinaire de nos constats, de nos questionnements, de nos expériences et de nos réponses. Le Festival Nio Far est un festival nomade et solidaire. Il se déroulera à Paris en juin 2018.

Le festival Nio Far pose des questions sur la décolonisation des savoirs et des imaginaires postcoloniaux. Ces questions sont abordées à travers l’art et la culture par le biais de documentaires, de débats, de rencontres, d’expositions et de performances, dans les domaines de la danse, du chant, du théâtre.

La programmation a plusieurs objectifs:
– La visibilité des invisibles : 
L’histoire coloniale officielle a effacé, occulté, oublié des pans entiers d’histoire qu’il faut réhabiliter si on veut construire ensemble un autre monde. Cette amnésie et ce déni se perpétuent encore aujourd’hui.
– Réhabilitation de la vérité historique selon l’expression de Cheikh Anta Diop en se débarrassant de la pollution idéologique qui affecte la connaissance, le savoir.
– Analyse critique de notre société contemporaine marquée par l’histoire coloniale.
L’abolition de «l’esclavage» et la fin des «colonies», n’ont mis fin ni au travail servile, ni aux préjugés. Tel un caméléon la déshumanisation prend de nouvelles formes.

 

POURQUOI L’ INDOCHINE

Si le mot Vietnam est devenu emblématique des guerres contre l’impérialisme US, et aujourd’hui synonyme de «guerre», le mot «Indochine» évoque aujourd’hui un cadre lointain teinté de nostalgie, parfois même d’un soupçon de glamour. En fait, on ne sait plus très bien ce que ce nom recouvre. Quelle en a été la géographie, de quelle époque date la conquête ? Tout cela est devenu incertain. Si Dien Bien Phu rappelle encore la victoire du Vietminh sur les Français en 1954, beaucoup de faits autour de cette période historique restent méconnus. Plusieurs raisons à cette méconnaissance. En premier lieu les guerres se sont succédé sans répit : guerre froide, puis guerre américaine, ont occupé le devant de la scène et pris le dessus sur le processus de décolonisation. L’Indochine depuis 1946 appartient alors à «L’Union française», ensemble constitué de la métropole, des territoires d’Outremer et des Etats «associés», sous mandat et sous protectorat. Puis, l’empire colonial explose. La France accorde l’indépendance au Laos et au Cambodge en 1953, tandis que les trois entités Tonkin, Annam et Cochinchine, s’unissent pour former la «République démocratique du Vietnam».

Ensuite, la mémoire est sélective :  malgré l’existence de plusieurs mouvements anticoloniaux, « Ho Chi Minh » est le nom que l’Histoire retiendra, tandis que ceux de Nguyen An Ninh, Phan Châu Trinh, Ly Dong A, pour ne citer qu’eux, restent confidentiels.

Enfin, la plupart des protagonistes de l’époque de la colonisation en Indochine sont morts. Le pays natal de nos parents ou grand-parents n’existe plus. Il a changé de nom. Les traumas de la guerre et de l’exil ont recouvert ceux liés à la colonisation. Pour «exhumer» ce qui a trait à l’Indochine, il nous faut aujourd’hui faire de «l’archéologie historique», afin d’extraire délicatement ce qui veut bien affleurer sous les multiples strates de cette histoire complexe.

Interroger les archives, et les faire parler. Dire l’effacement. Parler de la violence coloniale, celle qui maltraite et humilie dans les plantations de caoutchouc, par exemple. Celle qui arrache les enfants nés de pères militaires et de mères «indigènes» avant de statuer sur le statut du «métis» comme s’il mettait en péril l’identité nationale. Donner voix aux rapatriés de la guerre d’Indochine, souvent des mères abandonnées avec leurs enfants. Donner corps aux travailleurs indochinois enrôlés dans la Main d’œuvre Indigène les textes qui stigmatisent, classifient et contribuent à construire le stéréotype de l’homme ou de la femme «annamite». Mettre en récit l’aliénation culturelle qui nie puis remplace la langue, la littérature, la culture du colonisé.

Comment un peuple en arrive à coloniser un autre peuple ? Comment un rapport de domination s’instaure-t-il ? Jusqu’à forcer à planter, à cultiver, contre son gré, à ses dépens, ou dans une relation inégalitaire ? Comment passe-t-on d’un discours scientifique et objectif sur les ressources du pays à un jugement de valeur sur les habitants qui le peuplent ? Ce que nous souhaitons donner à voir, se situe dans ce glissement. Non seulement nous sommes issus de ce monde-là, mais ce monde ci rejoue cette histoire en boucle.

Qui écrit l’histoire ? Qui produit l’information et comment est-elle reçue ?

Myriam Dao

LES LIEUX DU FESTIVAL

LA CITE INTERNATIONALE DES ARTS

18 rue de l’Hôtel de Ville dans le 75004 PARIS.

Accès :
Bus : 96 et 67
Métro : Pont Marie ou St Paul

 

LE CINEMA DES URSULINES

10, rue des Ursulines
75005 Paris

Accès :
BUS : 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon)
RER : Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Epée)
Métro le plus proche : Ligne 7 (Censier Daubenton), mais apprêtez-vous à marcher un peu…

 

LE CINEMA LOUXOR, Palais du cinéma

170, boulevard Magenta – 75010 Paris

Accès :
Métro: Barbès-Rochechouart lignes 2 et 4
Bus : 30, 31, 54, 56, 85
RER D, E, B : Magenta, Gare du Nord
Vélib : Station n° 9003 – Carrefour Barbès
Auto lib’ : 11 rue Guy Patin, 75010 Paris; 26 avenue Trudaine, 75009 Paris ; 23 Boulevard de Clichy, 75009 Paris
Parking : Goutte d’or, 10-12 rue de la Goutte d’or, 75018 Paris
Barbès Rochechouart, 104/106 boulevard de la Chapelle, 75018 Paris

BETONSALON – Centre d’art et de recherche

9 espla­nade Pierre Vidal-Naquet- 75013 Paris
Rez-de-Chaussée de la Halle aux Farines
Face aux Grands Moulins de Paris sur le campus de l’Université Paris 7 – Denis Diderot

Accès :
M :Ligne 14 ou RER C, Arrêt Bibliothèque François Mitterrand (sortie 3 Goscinny)
Bus 62, 89 et 132 arrêt Bibliothèque François Mitterrand, bus 64 arrêt Tolbiac-Bibliothèque François Mitterrand, bus 325 arrêt Thomas Mann
Tram T3a arrêt Avenue de France

Parade(s), festival des arts de la rue de NANTERRE les 1er, 2 et 3 juin 2018 ! – 29ème édition –

Un rendez-vous artistique et populaire dans le centre ancien de Nanterre, où les artistes sont invités à partager cette grande fête avec vous.

Parade(s) est l’occasion de découvrir de nombreux spectacles dans une ambiance festive et conviviale avec près de quarante compagnies programmées.

Les arts de la rue s’inventent entre cirque, théâtre, musique, danse, marionnettes, installations et performances… de jour comme de nuit, ils permettent de vivre autrement l’espace public.

Parade(s) est un festival gratuit, ouvert et accessible à toutes et tous.

 http://www.nanterre.fr/133-parade-s-.htm

Programme-Parardes-juin2018

POUR L’AMOUR DE SIMONE – SIMONE DE BEAUVOIR ET SES AMANTS – MISE EN SCENE ET SCENOGRAPHIE DE ANNE -MARIE PHILIPE AU STUDIO HEBERTOT – 78 Bis Boulevard des Batignolles 75017 Paris – LE 9 JUIN 2018 A 15 HEURES –

Photo D.R.

AVEC

CAMILLE LOCKHART ( L A S I M O N E D E J ACQUES-LAURENT BOST)

AURÉLIE NOBLESSE (LA SIMONE DE NELSON ALGREN)

ANNE-MARIE PHILIPE (LA SIMONE DE JEAN-PAUL SARTRE)

ALEXANDRE LAVAL ( J ACQUES-LAURENT BOST, J E A N – PAUL SARTRE, NELSON ALGREN)

BANDE SON : CLÉMENT GARCIN
LUMIÈRE : FOUAD SOUAKER

Etre une femme et aimer. Ce fut la grande aventure de Simone. Il n’est pas évident d’imaginer que l’auteure du deuxième sexe ait pu être une femme sentimentale en proie aux mêmes jouissances et tourmentes amoureuses que le commun des mortels.

Les correspondances avec deux de ses amants, Jacques-Laurent BOST, Nelson ALGREN et Jean-Paul SARTRE possèdent cette vertu d’être inaltérables, par leur simplicité même, comme si débarrassée de tout souci de vitrine intellectuelle, Simone en écrivant à ses amants accédait à l’émotion pure, son jardin intime, d’autant plus sauvegardé qu’il était un gage de son pacte passé avec Jean-Paul SARTRE, vivre librement leurs amours contingentes en restant un couple uni.

Il faut croire que la passion s’exalte dès lors que se profile à l’horizon un interdit. Simone qui jure son amour aux différents amants qui ont occupé son cœur à travers des lettres enflammées, s’interdit toujours de « laisser tomber » Jean-Paul Sartre. Ce faisant, elle n’était pas seulement fidèle à Jean-Paul, elle était fidèle à elle-même puisqu‘un véritable cordon les liait, un cordon vital. La vie amoureuse de Simone c’était donc Jean-Paul et les autres.

Simone avait t- elle toujours dans son miroir l’œil de Jean-Paul. Ses passions ne les aurait-elle pas cultivées à escient pour renvoyer à Jean-Paul l’image d’une femme pleine de vie, libre et passionnée ? A-t-elle connu la dépression, le doute ? Voulait-elle fortifier pour elle-même le sentiment de sa propre liberté qui puisse aller de pair avec celle de Jean-Paul ?

Le chassé-croisé des correspondances à travers l’excellent montage d’Anne-Marie PHILIPE permet de prendre la mesure de l’effervescence amoureuse qui soutenait le couple de Simone et Jean-Paul. Chacun se racontait ses amours, ses liaisons dangereuses.

Les amants de Simone font partie de l’essaim d’abeilles autour de la ruche du couple. Cette sensation d’essaim qui tournoie pour parler d’amour, est fort bien exprimée par la mise en espace fluide des trois comédiennes qui interprètent Simone et le comédien qui joue seul les amants et Jean-Paul en variant les accessoires, pipe, lunettes, chemise à carreaux.

D’une certaine façon, la correspondance amoureuse de Simone de BEAUVOIR nous éclaire sur son œuvre et ses combats existentiels, puisqu’elle témoigne de la même ardeur, la même passion.

Le spectacle très émouvant constitue un bel hommage à Simone de BEAUVOIR qui au-delà de sa façade de grande intellectuelle, avait aussi un cœur naïf et sentimental, vulnérable !

Paris, le 9 Septembre 2017

Mis à jour le 22 Mai 2018

Evelyne Trân

LE MAITRE ET MARGUERITE de Mikhaïl Boulgakov adaptation et mise en scène Igor Mendjisky au THEATRE DE LA TEMPETE – Cartoucherie, Route du champ de manoeuvre – 75012 – Paris – Salle Serreau • Durée : 1h50 du 10 Mai au 10 Juin 2018 – Repris du 6 au 27 juillet à 19h40 à Avignon au 11 • Gilgamesh Belleville –

 

avec Marc Arnaud, en alternance avec Adrien Melin, Romain Cottard, Pierre Hiessler, Igor Mendjisky, Pauline Murris, Alexandre Soulié, Esther Van den Driessche, en alternance avec Marion Déjardin, Yuriy Zavalnyouk 

assistant à la mise en scène Arthur Guillot – traduction du Grec ancien Déborah Bucci – lumières Stéphane Deschamps – costumes May Katrem et Sandrine Gimenez – son et vidéo Yannick Donet – scénographie Claire Massard et Igor Mendjisky – construction décors Jean-Luc Malavasi – service de presse @ Zef (01 43 73 08 88)  – Isabelle Muraour (06 18 46 67 37) et Emily Jokiel (06 78 78 80 93) / www.zef-bureau.fr

N’était-il pas audacieux d’introduire comme personnage principal de son roman « Le Maitre et Marguerite » le Diable en personne ? Il faut croire que ce roman demeuré inachevé, écrit par Boulgakov de 1928 à 1940, sous le régime de Staline, était particulièrement subversif puisqu’il ne fut publié à titre posthume, en version non censurée qu’en 1967.

 Dans ce roman prodigieux Boulgakov déplace des montagnes, celle des croyances et des mythes qui constituent les limites du genre humain dans sa perception du bien et du mal.

 Le Diable représenté par le Professeur Woland, spécialiste de la magie noire prend un malin plaisir à provoquer l’intelligentsia du monde du spectacle et de la littérature ligotée par la censure comme l’était Boulgakov lui-même.

 Curieux Diable tout de même qui vient à la rescousse de pauvres écrivains internés en asile psychiatrique à cause de leurs propos délirants. Ce Diable ne fait donc plus figure d’ange exterminateur mais d’ange libérateur qui entend offrir la liberté à ceux qui n’y croient plus, faute de pouvoir l’exercer.

 Véritable manifeste de résistance, contre la censure qui mina la carrière de l’écrivain, ce roman constitue en quelque sorte le journal intime de Boulgakov qui sait qu’il ne dispose qu’une seule arme, son imagination pour s’extraire de la torpeur ambiante.

 La fameuse scène où deux intellectuels rencontrent le Professeur Woland alias le diable, dans le parc des Etangs du Patriarche, donne le ton ironique et fantastique qui parcourt toute l’œuvre. C’est à l’occasion d’une discussion entre le professeur Berlioz et le poète Ivan sur l’existence de Jésus que le professeur Woland intervient et déclare en substance à ses interlocuteurs « Comment pouvez-vous croire gouverner le monde, vous qui n’êtes pas capable de connaitre votre avenir » Ce dernier prédit sa mort au professeur Berlioz incrédule. Puis inopinément s’ensuit une scène entre Ponce Pilate et Jésus, sujet du poème d’Ivan…

 Le va et vient constant entre la réalité et la fiction devient le moteur du roman puisque ces deux dimensions forment les deux pôles du tourbillon mental qui submerge les personnages.

 L’adaptation théâtrale de ce roman profus, d’emblée se situe sur la lisière du rêve, toutes les situations fictives ou réelles, se déroulant sur le même plan, le champ d’exploration de Boulgakov, hanté par un Diable capable d’effacer les frontières entre une réalité qui fige les protagonistes et leurs rêves, les fantasmes qui les habitent.

 Il s’agit donc de créer l’illusion d’une fusion entre la réalité assumée par les personnages qui confine au cauchemar et leurs désirs que seul le diable pourrait réaliser.

 Le Diable devient l’amant idéal qui orchestre l’orgasme onirique de ses victimes consentantes.

 De ce point de vue, l’adaptation théâtrale d’Igor MENDJISKY est réussie. Elle intègre une dimension diabolique dans la mise en scène, avec un écran géant où se projettent les décors tandis que sur la scène dénudée, les personnages jouent leur vie.

Photo Antonia BOZZI

 Sont-ils projetés par le regard d’un Diable, allez savoir ! Le Professeur Woland interprété par Romain COTTARD a un côté  dandy, plutôt cool, il est agaçant mais jamais agressif.

 L’équipe de la Compagnie Les Sans cou, offre une lecture onirique, libertaire du conte, sans débordements d’humeurs. Le cocon du rêve absorbe la cruauté. Il appartient aux spectateurs, livrés à la flamme occulte de ce Professeur Woland, d’apprécier son étonnant message de paix et de liberté.

 Paris, le 21 Mai 2018

 Evelyne Trân

 

 

Dans le cadre du focus EXIL du 4 au 27 Mai 2018 – CROCODILES -L’HISTOIRE VRAIE D’UN JEUNE EN EXIL – Adaptation et mise en scène Cendre Chassanne et Carole Guittat au THEATRE DES METALLOS – 94 rue Jean-Pierre Timbaud 75011 PARIS du 16 au 20 Mai 2018 à 19 Heures, le dimanche à 16 Heures –

Photo M.JACOB

adaptation et mise en scène Cendre Chassanne et Carole Guittat
avec Rémi Fortin
images Mat Jacob/Tendance Floue
montage José Chidlovsky
création et régie son Édouard Alanio
création, régie lumière, régie générale Sébastien Choriol
régie tournée Sébastien Choriol
construction Édouard Alanio, Sébastien Choriol, Jean Baptiste Gillet

production Compagnie Barbès 35
coproduction Scène conventionnée d’Auxerre, la Cité de la Voix-Vézelay, Théâtre Dunois-Paris
soutiens La Minoterie – Création jeune public et éducation artistique – Dijon (21), le NTDM-Montreuil, la Maison des métallos
avec l’Aide à la création de la D.R.A.C Bourgogne Franche-Comté, du Conseil Régional Bourgogne Franche-Comté, et du Conseil Départemental de l’Yonne

TOURNÉE

 10 au 21 juillet : Tournée CCAS (Centres de jeunesse)

23 et 24 novembre : Auditorium de Châtenay-Malabry (94)

30 Novembre et 1er Décembre – Lognes 77 Tél 01.60.06.88.88

13 et 14 Décembre 2018 : La Rochette (77) Act’Arts, scènes rurales Tél. 01.64.83.03.30

 2019

27 > 31 janvier : Homécourt (54) – Centre culturel P. Picasso, scène conventionnée de Homécourt. Tél : 03 82 22 27 12 

5 > au  8 février : Le Volcan, scène nationale du Havre (76). Tél : 02 35 19 10 20 

11 et 12 février : Saint-Genis-Laval (69) – La Mouche. Tél : 04 78 86 82 28

14 > 16 février : Fresnes (94) – La Grange Dimière. Tél : 01 49 84 56 91

 

Il revient de très loin et il n’en revient pas lui-même le jeune Afghan Enaiat qui raconte son parcours de migrant de plusieurs années qui l’ont mené du Pakistan à l’Iran, la Turquie, la Grèce jusqu’en Italie.

Il n’avait que dix ans lorsque sa mère l’a conduit clandestinement au Pakistan afin qu’il échappe aux persécutions des Hazaras, l’abandonnant entre les mains d’un propriétaire de maison d’hôte qui l’a hébergé en contrepartie de son travail, l’école de la vie en quelque sorte pour ce môme.

Enaiat n’a pas besoin de tel commentaire, il rapporte juste les faits, le souffle coupé, comme s’il revivait encore et encore ses évènements qui ont mis fin à son enfance du jour au lendemain. Jamais, il n’aurait voulu quitter son village très pauvre où sa famille disposait d’une vache, deux brebis et un champ de culture de blé, il était juste heureux. Quelle école de la vie pour cet enfant qui assiste au meurtre de l’instituteur par des talibans, au sein même de son école. Les talibans pas seulement Afghans, mais aussi Pakistanais, Egyptiens ou Sénégalais «Des ignorants qui empêchent les enfants d’apprendre » s’indigne Enaiat.

 Enaiat n’a pour bagage que quelques instructions de sa mère : ne pas prendre de la drogue, ne pas utiliser d’armes, ne pas voler.  Ultimes recommandations d’une mère à son fils avant leur séparation permettant d’imaginer l’état de désarroi et d’angoisse de la mère.

 « Il te faut toujours avoir un rêve au-dessus de la tête qui te porte quel qu’il soit ». Il faut croire qu’Enaiat avait au moins le courage, l’inconscience de l’innocence. Comment devient- on migrant, balloté de pays en pays ? Quelle est donc cette spirale qui fait d’un enfant un migrant ? C’est qu’il est impossible de se résigner à la misère, aux squats, aux camps de détention, à l’esclavage du travail. Dès lors, comment ne pas devenir la proie des trafiquants d’hommes qui proposent toujours un avenir meilleur dans un autre pays, au prix de quelques années de travail, d’épuisants et dangereux périples à travers les frontières. Enaiat finira par être accueilli par une famille en Italie, reprendra les chemins de l’école.  Il a désormais 15 ans mais sans doute est-il bien plus âgé dans sa tête. Il dit seulement à la fin du récit « Je suis vivant ! ».

 Inspirée de l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari rapportée dans le livre « Dans la mer, il y a des crocodiles » de Fabio GEDA, la mise en scène très épurée de Cendre CHASSANNE et Carole GUITTAT s’érige en porte-voix du témoignage d’un enfant à l’état brut, qui raconte son histoire, sans intention de faire pitié, pour dire simplement  comment, pourquoi,  il est un rescapé et exprimer sa  reconnaissance à ceux qui l’ont accueilli.

 Sans doute est-il plus évident de porter une oreille sensible au témoignage d’un enfant innocent. Une chose est sûre, c’est que notre regard sur les migrants en général, a besoin de projecteurs sur l’humain. On ne nait pas migrant, on le devient par malheur. Le courage d’Enaiat, son bonheur d’entendre sa mère au téléphone après plusieurs années de séparation, justifient au-delà de tout discours, ceux qui tendent leurs mains aux migrants.

 

Photo M.JACOB

La présence de Rémi FORTIN fait penser à un petit Prince moderne qui porterait la nuit sur ses frêles épaules et aurait le pouvoir de l’apprivoiser, apprivoiser ses crocodiles, grâce à sa capacité d’étonnement, un désir de vivre invincible. C’est troublant et beau, c’est une parole d’espoir !

 Paris, le 20 Mai 2018

 Evelyne Trân

LA LOI DES PRODIGES (Ou la réforme GOUTARD) Ecriture et interprétation François de Brauer – AU THEATRE DE LA TEMPETE – Cartoucherie – Route du champ de manoeuvre 75012 PARIS du 25 Avril au 13 Mai 2018.

Le spectacle a cartonné et a affiché complet pendant toute sa programmation. Il s’avère que l’auteur et interprète de La loi des prodiges François de Brauer est lui-même un petit prodige capable de donner corps sur scène à une cohorte de personnages.

 Il ne dispose pourtant comme tabloïd que de sa fine silhouette et d’une chaise. Mais il est mu par un impérieux défi, non par l’opération du Saint Esprit mais par le truchement d’une sorte de psychanalyse au chevet d’un curieux personnage, un certain GOUTARD qui a cru en toute bonne foi, éliminer de la sphère publique, les artistes considérés comme des êtres nuisibles.

 Il faut dire que son adversaire politique n’est autre qu’un peintre snob sans scrupules, profitant du flou artistique de l’art moderne qui permettrait à n’importe quel imposteur aux motivations commerciales d’édifier en œuvre majeure, la peinture d’un yaourt ! Et puis il y a cette figure du père, artiste maudit, devenu fou à force de dialoguer avec l’ombre d’un géant, Bernard Blanc, digne de Jean Gabin.

 Le fantôme du père réussira à réconcilier avec l’art, le pauvre M. GOUTARD, bel et bien victime d’une sévère névrose ayant affecté son discernement, ladite névrose s’avérant meurtrière puisqu’il est tout de même question de lobotomiser des créatures afin de tuer dans l’œuf leurs velléités artistiques.

 Le public rit beaucoup à ce spectacle plein de panache qui mobilise constamment son attention tant le registre de l’interprète qui passe d’un personnage à l’autre à la vitesse de l’éclair, est varié.

 L’émotion au final est au rendez-vous avec ce baume au cœur que représente  la chanson « Les gens qui doutent « d’Anne Sylvestre « Qu’on leur dise, on leur crie : Merci d’avoir vécu » !

 Paris, le 19 Mai 2018

 Evelyne Trân

 

 

La mécanique du cœur d’après Mathias Malzieu A La Folie Théâtre – 6, rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris – Du 12 avril au 24 juin 2018, jeudi à 19h30 – samedi à 18h – dimanche à 16h30.

Mise en scène : Coralie Jayne
Avec : Nicolas Avinée, Gregory Baud, Clara Cirera, Gabriel Clenet, Mylène Crouzilles, Laurent Vigreux
Création lumières : Jérôme Chaffardon
Scénographie : Maxime Norin 
Musique : Laurent Vigreux

Voici un très joli spectacle susceptible de charmer aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Adapté du roman de Mathias MALZIEU le spectacle raconte l’histoire d’un étrange bonhomme Jack, né à Edimbourg en Ecosse à la fin du 19ème siècle, ce qui confère à l’histoire une ambiance à la Dickens.

 Né le cœur gelé, le jour le plus froid du monde, il est sauvé par une sage-femme sorcière qui lui greffe une horloge à coucou.

Toute émotion forte qui le mettrait en danger de mort est interdite à Jack. Or, ce dernier est plutôt malmené par la vie. Ses camarades se moquent de cette horloge qui dépasse de sa poitrine et par malheur il tombe amoureux d’une petite chanteuse de rue. Avec la fougue de la jeunesse, Jack part à l’aventure poursuivre sa bien-aimée. Mais il demeurera mal aimé à cause de « son cœur détraqué ». Avant de mourir, ce n’est plus le tic-tac de l’horloge qu’il entendra mais bien son cœur de chair et de sang en train de pousser « il n’a besoin ni de Docteur ni d’horloger, il a besoin soit de l’amour soit d’une âme ».

 Nous sommes en plein mélodrame poétique. La mise en scène fait penser à certains tableaux du film « Les enfants du Paradis » où l’on voit le mime DEBURAU charmer une fleuriste. Impossible de quitter des yeux l’interprète de Jack qui sous son fard blanc ne peut masquer ses émotions.

 Tous les comédiens sont grimés en blanc et adoptent une gestuelle quasi chaloupée, excentrique, de marionnettes.

 Costumés de façon loufoque, ils font penser à des personnages du peintre Chagall circulant sur une scène de théâtre.

 C’est très réjouissant pour l’œil et l’imagination.

 Applaudi par l’auteur lui-même, le spectacle donne toute son ampleur poétique à ce conte qui raconte comment résister au tic-tac monotone de l’existence et aussi à ses cruelles réalités.

 Car ce tic-tac qui dénonce aussi un cœur qui bat trop fort, peut signifier également tous ces battements que l’on n’entend pas et qui accompagnent la vie de tout un chacun.

 Il faut être à l’écoute de son cœur quoiqu’il arrive nous suggère l’auteur de ce magnifique conte qui est loin d’être du béni-oui-oui. C’est un véritable manifeste poétique !

 Paris, le 18 Mai 2018

 Evelyne Trân

 

L’ETRANGER d’Albert CAMUS avec Nordine MAROUF au THEATRE DES DECHARGEURS – 3, rue des Déchargeurs 75001 PARIS – Prolongations du 11 Mai au 30 Juin 2018 (relâches les 1, 2, 22 et 23 juin), les vendredis et samedis à 19 H 30 –

L’étranger d’Albert Camus fait partie de ces livres qui peuvent se relire facilement. Les mots y coulent doucement, délivrés par la voix intérieure d’un homme plutôt calme et posé. C’est un homme solitaire qui n’élève pas la voix et dont la vie banale ne présage aucune surprise.

La solitude, grain de sable de tout individu, va devenir aux dépens du narrateur, ce qui va l’éjecter du monde des vivants. Il y a toujours ce qui vous sépare des autres mais auquel on ne pense pas. Cela peut se traduire par un éblouissement, un vertige, une absence, c’est ce qui arrive à M.Meursault qui devient meurtrier par mégarde.

Ses juges ne lui pardonnent pas de ne pas jouer le jeu pendant sa défense, de rester juste l’homme qu’il est, sans émotions particulières. Le fait qu’il n’ait versé aucune larme lors de l’enterrement de sa mère devient une preuve de son insensibilité et donc de sa cruauté.

A travers le portrait de cet homme, Camus s’insurge contre le poids des conventions qui étouffent la liberté. Meursault n’a pas de sens moral, les notions de bien ou de mal ne le tourmentent pas. Il n’est pas insensible pour autant, sa conscience reste un lieu d’accueil de toutes sortes de sensations mais il ne les rattache à aucune valeur sociétale.

Cet homme sera condamné non pas pour son geste meurtrier, mais pour son absence d’étiquette qui le rend indéchiffrable aux yeux de tous, tel un étranger.

Dans la langue de cet étranger, il y a le roulis des mots, étranges motifs de contemplation qui tels des aiguilles d’une montre dans l’obscurité, relaient les mouvements intérieurs du narrateur.

Les mots, cette obscure matière qui résonne,  l’interprète, Nordine MAROUF les incorpore, les transporte dans l’ailleurs d’une petite salle intime pour faire chanter, juste le temps d’un éblouissement, le grain de sable de l’étranger.

Paris, le 25 Mars 2018

Mis à jour le 18 Mai 2018

Evelyne Trân