Le double de Dostoïevski au Théâtre LE RANELAGH – 5, rue des Vignes – 75016 Paris – Adaptation et mise en scène : Ronan Rivière – Durée du spectacle 1h25 DU 14 SEPTEMBRE 2019 AU 12 JANVIER 2020 – Du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h Relâches les 9, 24 et 25 octobre, 29 novembre, 25 décembre et 1er janvier Supplémentaire exceptionnelle le mardi 31 décembre à 19h –

double_web

Auteur : Fiodor Dostoïevski

Adaptation et mise en scène : Ronan Rivière

En collaboration avec : Amélie Vignaux

Avec : Ronan Rivière, Xavier Lafitte, Michaël Giorno-Cohen, Jérôme Rodriguez, Jean-Benoît Terral, Laura Chetrit

Au piano : Olivier Mazal

Musique : Léon Bailly

Décor : Antoine Milian

Costumes : Corinne Rossi

Lumière : Marc Augustin-Viguier

 

double_visuel

Dostoïevski n’avait que 25 ans lorsqu’il écrit son 2ème roman « Le double » qui reçut un accueil glacial. Inspiré par Gogol auquel il a été comparé lors de la parution de son premier roman à succès « Les pauvres gens » Dostoïevski s’immisce à fond dans le registre fantastique. C’est qu’il vient de se découvrir « double », le succès lui a monté à la tête mais peut-il oublier l’homme qu’il était avant sa réussite ? Il fallait donc que Goliadkine surgisse pour remettre les pendules à l’heure.

 Monsieur Goliadkine, banal fonctionnaire à l’instar du héros des carnets du sous-sol, publiés 20 ans plus tard, fait partie de ces personnages qui ne cessent de clamer leur existence le plus souvent désespérément, déchirés par cette curieuse ambivalence de vouloir attirer l’attention ou au contraire passer inaperçus.

 Si le personnage de Goliadkine est si attachant c’est qu’il incarne la toute-puissance du délire, celui-là même qui nous permet de rattacher le rêve à la réalité. Bien avant Freud, Dostoïevski s’attaque à travers Goliadkine à l’inconscient qui se découvre dans les rêves mais n’a pas droit de cité à l’état de veille. Goliadkine a cette particularité de ne pouvoir repousser ce désir quasi sado masochiste d’être déboulonné par le double de lui-même. Il héberge en lui un monstre qu’il expulsera quitte à devoir subir sa présence.

 Goliadkine est un être complexé qui a le délire de la persécution, en résumé tout le monde veut sa peau, il est sans cesse moqué par ses collègues qui le jugent ridicule. Mais au fond Goliadkine est juste un original qui refuse de composer « Je ne porte de masque qu’en carnaval, je n’en porte pas quotidiennement devant les gens » Son double fera exactement le contraire.

 La mise en scène de Ronan Rivière est à l’image du personnage qu’il incarne par ailleurs parfaitement. C’est l’espace mental de Goliadkine qui s’y exprime comme dans le brouillard d‘un rêve où le rêveur ne sélectionne, il va sans dire inconsciemment, que les figures qui l’obsèdent.

 On y entend la douloureuse incantation d’un homme qui ne réussit à s’imposer que par l’intermédiaire d’un double et qui poursuit cependant sa méditation personnelle, en s’assumant hors sujet dans un monde où la vanité bat son plein.

Dominée par son ambiance onirique, cadencée musicalement avec ses décors amovibles, cette mise en scène du « double » se révèle très pénétrante, elle ne force pas le trait offrant juste au spectateur ces coulures de rêve qui s’estompent ou débordent à l’entrée d’un miroir. La buée qui s’y installe, c’est celle de la respiration d’un homme imaginaire.

Paris, le 27 Octobre 2019

Evelyne Trân

En ce temps là, l’amour – Une pièce de Gilles SEGAL – Mise en scène par Christophe GAND avec David BRECOURT au Théâtre des Mathurins – 36, rue des Mathurins 75008 Paris – A partir du 11 octobre 2019 – Du mercredi au samedi à 21h , le dimanche à 16h30 –

brecourt

David BRECOURT était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE, sur Radio Libertaire 89.4,  le samedi 26 Octobre 2019, ci-dessous en podcast 

« Comme j’ai envié ce père capable de susciter un tel regard d’admiration dans les yeux de son fils » Ce cri du cœur émane d’un individu qui sait faire partie du commun des mortels avec cette particularité cependant, celle d’avoir connu l’enfer, un enfer justement inimaginable pour le commun des mortels.

 L’individu en question « Z » dans la pièce est redevenu un homme normal sans histoires, invisible. Non certainement, il ne s’est pas épanché sur sa dramatique expérience de la shoah auprès de son fils qui a été épargné. La vie a repris son cours. Ce fils est loin désormais qui lui envoie d’Amérique, une photo de son petit-fils.

 Bien sûr, il songe sur les rapports entre père et fils qui à distance peuvent devenir conventionnels, distraits, banaux. C’est implicite, il n’en dit mot à ce fils, mais il y a ce déclic que représente, tombée du ciel une photo de son petit-fils. Et lui revient en boomerang, le souvenir d’une rencontre dans un train en partance pour Auschwitz, avec un père et un fils, extraordinaires.

 Qui ne s’est pas plu à observer dans les transports en commun ces relations intimes entre un parent et son enfant qui passent parfois juste par des regards, des attentions lesquelles peuvent éblouir l’observateur parce qu’elles ne sont pas criantes, seulement naturelles.

 Dans le train de la mort, Z a décidé de ne plus penser, ne plus penser à lui, durant les 7 jours du voyage, il va vivre d’une certaine façon par procuration, à travers un père et son fils d’une douzaine d’années.

 Le récit de ce voyage qu’il enregistre pour son fils, devient en quelque sorte anachronique. Qui parle, le père qu’il aurait voulu être, le père qu’il a rencontré ? Et le fils, celui d’Amérique n’aurait-il pas pu être celui du train de l’enfer ? Qui parle, le vieil homme ou le jeune homme qu’était Z à l’époque ?

 Les réactions de Z sont sans fard, il ne comprend pas tout d’abord, comment le père peut faire abstraction de la situation insupportable à laquelle sont confrontés les voyageurs, la promiscuité, l’odeur des excréments, la mort des plus faibles, les cris des survivants. Le père durant tout le voyage déploiera toute son énergie à occuper l’esprit de son enfant, un peu comme Shéhérazade des Mille et Une Nuits, pour l’étourdir, le faire sourire, le voir heureux jusqu’au bout de la nuit et de la mort …

 Alors étonnamment, le récit qui aurait pu prendre la tournure d’une oraison funèbre, devient un hymne à la vie, à sa poésie, à l’amour simplement entre un père et son fils.

 David Brécourt rayonne dans ce rôle de conteur. Nous oublions complètement qu’il s’agit d’un seul en scène tant son interprétation est vivante et l’histoire captivante.

 Gille Segal, comédien et dramaturge, d’origine juive romaine a certainement puisé dans son histoire personnelle. Il signe avec cette pièce, un bijou de tendresse et d’humanité, en donnant la parole à Z, un commun des mortels par défaut, auquel nous pouvons tous nous identifier, face à son double « extraordinaire ».

 Que ceux qui viennent au théâtre avant tout pour se distraire et se changer les idées, ne soient pas rebutés par le thème de la shoah.

La pièce, mise en scène par Christophe Gand diffuse une lumière qui ne cesse de chatoyer, mettant en valeur son interprète David Brécourt, tout juste fascinant.

 Paris, le 25 Octobre 2019

Mis à jour le 28 Octobre 2019

 Evelyne Trân

 

DIEU BRANDO ET MOI de Gilles Tourman au Studio Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles – 75017 Paris – Du 28 Août 2019 au 17 Novembre 2019 – Mercredi et jeudi à 19 Heures – Vendredi et samedi à 21 Heures Dimanche à 15 Heures –

PhotoLot DieuBrando03

Mise en scène et scénographie de Patrick Simon et Maurice Zoui

Avec Patrick Simon

La pièce nous conte l’histoire du comédien Daniel Milgram qui l’interpréta lui-même au festival d’Avignon en 2017, quelques mois avant de décéder. Daniel Milgram devait avoir du panache sur scène, empreint de mélancolie, un peu comme le Cyrano de Rostand, une belle flamme, celle-là même qui anime Patrick Simon dans ce seul en scène radieux et offensif, ourdi d’exclamations, d’invectives affectives émanant d’un homme tatoué à la naissance par l’étoile de la judaïté.

« Quand on est juif, on n’a pas le choix, on le reste. Mais je suis quand même athée et je ne crois plus en Dieu après Auschwitz« , confiait Daniel Milgram.

S’il n’a jamais voulu ou pu couper le cordon ombilical avec son héritage parental, Daniel Milgram utilise cette corde comme une sorte de lasso pour embrasser à la fois son histoire et celle des autres pour témoigner comment il a réchappé de la shoah, ce tsunami de la haine, grâce à une famille de la communauté protestante de Chambon sur Lignon qui l’a accueilli à l’âge de 8 mois, en 1943 jusqu’à la fin de la guerre.

Daniel Milgram est devenu un artiste engagé, à vrai dire tout comédien l’est dans son essence. Son dialogue avec son père en fin de vie représenté par une chaise vide lui permet de rebondir sur les influences, les rencontres qui ont jalonné son parcours d’homme et de comédien.

En questionnant son père et le Dieu de son père et Brando la vedette, il se questionne lui-même évidemment, avec un formidable humour qui rend perceptible un message humaniste où la compassion prend tout son sens lorsqu’il s’agit de parler des autres, ceux auxquels nous sommes inextricablement liés.

« Il y a les autres, donc je suis » ou « moi avec les autres ». La confession de Daniel Milgram émeut profondément parce qu’au fond s’il parle de lui, c’est surtout pour témoigner de cette famille humaine qui borde chaque destin individuel.

Patrick Simon donne toutes ses tripes pour incarner ce personnage impénitent dont le message de vie est ulcérant de vérité !

Paris, le 24 Octobre 2019

Evelyne Trân

L’ÉTRANGER d’ALBERT CAMUS – mise en scène NORDINE MAROUF au Théâtre des Déchargeurs – 3, rue des Déchargeurs 75001 PARIS – Du 8 novembre au 21 décembre 2019, les vendredis à 19h et les samedis à 18h – En alternance avec LA PESTE –

Nordine MAROUF dans "L'Etranger" d'Albert CAMUS, au théâtre L'Avant-scèneREPRÉSENTATIONS – L’ETRANGER
LES DÉCHARGEURS – PARIS – SALLE VICKY MESSICA (80 PLACES)
samedi 16 novembre, samedi 30 novembre et samedi 14 décembre
LES DÉCHARGEURS – PARIS – SALLE LA BOHÈME (19 PLACES)
vendredi 8 novembre, vendredi 22 novembre, vendredi 6 décembre, vendredi 20 décembre

REPRÉSENTATIONS – LA PESTE
LES DÉCHARGEURS – PARIS – SALLE VICKY MESSICA (80 PLACES)
samedi 9 novembre, samedi 23 novembre, samedi 7 décembre, samedi 21 décembre
LES DÉCHARGEURS – PARIS – SALLE LA BOHÈME (19 PLACES)
vendredi 15 novembre, vendredi 29 novembre, vendredi 13 décembre

Texte Albert Camus
Adaptation, mise en scène Nordine Marouf
Lumières Doriane Genet
Décor et costumes Association Éducation Populaire
Avec Nordine Marouf
Coréalisation La Reine Blanche – Les Déchargeurs & Les Molières

L’étranger d’Albert Camus fait partie de ces livres qui peuvent se relire facilement. Les mots y coulent doucement, délivrés par la voix intérieure d’un homme plutôt calme et posé. C’est un homme solitaire qui n’élève pas la voix et dont la vie banale ne présage aucune surprise.

La solitude, grain de sable de tout individu, va devenir aux dépens du narrateur, ce qui va l’éjecter du monde des vivants. Il y a toujours ce qui vous sépare des autres mais auquel on ne pense pas. Cela peut se traduire par un éblouissement, un vertige, une absence, c’est ce qui arrive à M.Meursault qui devient meurtrier par mégarde.

Ses juges ne lui pardonnent pas de ne pas jouer le jeu pendant sa défense, de rester juste l’homme qu’il est, sans émotions particulières. Le fait qu’il n’ait versé aucune larme lors de l’enterrement de sa mère devient une preuve de son insensibilité et donc de sa cruauté.

A travers le portrait de cet homme, Camus s’insurge contre le poids des conventions qui étouffent la liberté. Meursault n’a pas de sens moral, les notions de bien ou de mal ne le tourmentent pas. Il n’est pas insensible pour autant, sa conscience reste un lieu d’accueil de toutes sortes de sensations mais il ne les rattache à aucune valeur sociétale.

Cet homme sera condamné non pas pour son geste meurtrier, mais pour son absence d’étiquette qui le rend indéchiffrable aux yeux de tous, tel un étranger.

Dans la langue de cet étranger, il y a le roulis des mots, étranges motifs de contemplation qui tels des aiguilles d’une montre dans l’obscurité, relaient les mouvements intérieurs du narrateur.

Les mots, cette obscure matière qui résonne. L’interprète, Nordine MAROUF les incorpore, les transporte dans l’ailleurs d’une petite salle intime pour faire chanter, juste le temps d’un éblouissement, le grain de sable de l’étranger.

Paris, le 25 Mars 2018

Mis à jour le 23 Octobre 2019

Evelyne Trân

TOUTES LES CHOSES GÉNIALES – Texte Duncan Macmillan avec Jonny Donahoe au Théâtre la Reine Blanche 2 bis, passage Ruelle 75018 Paris – Métro : La Chapelle ou Marx Dormoy -Du mardi 19 novembre au samedi 28 décembre Mardi, jeudi, samedi à 19h Durée : 1h –

TOUTES LES CHOSES GENIALES (c) Bruno Dewaele (2) - min

Photo : Bruno Dewaele

Le sujet de la pièce de Duncan MACMILLAN, la dépression d’un proche, à laquelle s’est trouvé confronté un enfant, est grave. Comment formuler la mélancolie, la tristesse que peut nous renvoyer le comportement d’un parent. L’auteur donne la parole à un homme anonyme qui se confie sur son parcours du plus jeune âge à l’âge adulte.

 Comment l’enfant qui a assisté à l’hospitalisation de sa mère après une tentative de suicide peut-il réagir ? Un homme se confesse, raconte comment la mort lui est apparue, brutale à travers celle de son chien. Sachant que sa propre mère voulait mourir, il n’a eu de cesse de combattre cette angoisse parce qu’il aimait la vie.

 Elles sont là devant soi ces choses de la vie qui, à tout moment, impromptues et passagères comme des pensées, des fugaces émotions, des surprises, sont susceptibles de vous faire sourire, rire, chanter, voyager, taper sur l’épaule de votre voisin « Vous avez vu ça ! ».

 L’enfant sent que tous ses petits bonheurs enfantins, légers, innocents, volatiles, étranges, farfelus, si personnels, peuvent lui échapper, disparaître. Alors, il les note sur une liste qui finit par grossir à vue d’œil.

 Une véritable armée de post-its de bons souvenirs qu’il collectionne et se met à inscrire un peu partout à l’intérieur de la boite de corn flakes, sous le couvercle d’un pot de confitures, etc. Ces post-its sont destinés à dérider sa mère dépressive, à lui offrir quelques bulles de bonne humeur, en silence, sans la forcer.

 Cette liste débutée dans l’enfance, il l’oubliera puis la retrouvera à l’âge adulte, elle tracera sa route comme les petits cailloux étincelants semés sur son chemin par un Petit Poucet.

 Toute la force du conte de Perrault irrigue cette pièce. Par analogie s’y exprime diffus, le sentiment d’abandon de l’enfant par ses parents, son désir d’indépendance, d’affranchissement, de découverte, son espoir de redonner le bonheur à a sa famille.

 Mais L’homme anonyme ne revêtira pas de bottes de sept lieues. Il continuera à butiner comme une abeille les multiples bonheurs à sa portée, qui conversent de tout et de rien, qui soulèvent des émotions infinitésimales, particulières ou banales, incongrues, familières.

 C’est cette familiarité avec les choses que l’homme cultive sans violence. Parce qu’il a intériorisé le silence de ses parents et qu’il le respecte, l’enfant a multiplié les tentatives d’approche par l’intermédiaire de petites pensées, des offrandes innocentes, spontanées, extraordinaires à ses yeux.

 Elle ne peut que grossir cette montagne de petits plaisirs pour  faire face au sentiment d’impuissance de l’enfant confronté au malheur.

 Dans le spectacle le comédien Didier COUSIN, remarquable, dirigé par Arnaud ANCKAERT, distribue quelques rôles aux spectateurs installés en cercle et les convie à lire à haute voix certains messages. C’est à travers des lèvres inconnues qu’ils s’échappent dans l’espace. Une façon de les faire éclore, d’évoquer leur manège intime. Sans doute parce qu’il y a des choses qui ne peuvent être dites qu’à travers des mots glissés sous la porte qui attendraient l’éblouissement d’un rayon de soleil ou simplement que quelqu’un les lise. Quel privilège que celui de la lecture d’ouvrir un champ de liberté quand les mots vous dévisagent un peu de la même façon que tout objet familier par sa seule présence.

 Chaque message constitue une petite bouteille à la mer. Il peut échoir entre n’importe quelle main inconnue. De l’inconnu au familier tout le chemin est là, celui d’une vie, celui d’un spectacle, où le spectateur complice suit le parcours d’un curieux collectionneur, participe au concert d’une myriade de petites choses géniales.

 Un concert orchestré par un enfant devenu adulte qui agite sa baguette magique de récolteur de bonheurs sinon pour effacer le malheur, lui résister de bonne guerre.

 Paris, le 21 Octobre 2018

Mise à jour le 23 Octobre 2019

 Evelyne Trân

TOURNÉE 2020

23 Janvier
Culture Commune, Scène
Nationale du bassin minier
9 > 12 avril
Le Bellovidère, Beauvoir
25 avril
Communauté de Commune
Osartis-Marquion, Quéant
29 mai
Le Fil et la Guinde,
Wambrechies
5 juin
Festival Traverse, Festival
Itinérant des Arts de la Parole
du Haut Val de Sèvre
Août
Festival l’été de Vaour
Communauté de Commune
du Pays Solesmois
(date en cours)

 

 

 

TANT QU’IL Y AURA DES COQUELICOTS… de Cliff Paillé au théâtre de l’ESSAION – 6 rue Pierre au lard 75004 PARIS – Du 05 septembre au 23 novembre 2019, • les jeudis, vendredis, samedis • à 19h30 • Genre : Théâtre contemporain- tout public, à partir de 8 ans •Durée : 75 mn

Vice-Versa-57-72 (1)

Voir la bande annonce

 

N.B : Cliff PAILLE était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur RADIO LIBERTAIRE 84.4 en 0ctobre 2019, en podcast sur le site de Radio Libertaire.

  • Auteur : Cliff Paillé
  • Mise en scène : Cliff Paillé
  • Distribution : Pauline Phélix, Cliff Paillé

Lire, lire, lire !!! Entrer dans un livre comme on entre dans la mer, après avoir marché les pieds nus sur un sable humide parfois dur et collant. Alors, l’on ne sait qui pénètre qui, les vagues ou soi la mer. Enchantement solitaire, allez savoir, il n’y a personne entre soi et un livre, juste le bruit du silence et un sentiment de liberté incroyable. Il n’y aura personne pour vous dire comment il faut lire Rimbaud, comment il faut regarder la mer, vous êtes seul avec vous-même et le temps n’existe plus, celui de la contrainte, vous êtes juste un matelot qui scrute l’horizon vers une terre inconnue où l’imagination sera reine.

 Les écrivains sont juste des lecteurs qui voudraient communiquer aux autres le bonheur qu’ils ont éprouvé lors de leurs premières lectures, celui de pouvoir se transporter ailleurs, hors de sa chambre, de son lit, hors d’atteinte des paroles de ses proches qui devront se satisfaire de la seule réponse qui vaille « Laissez-moi tranquille, je lis ».

 Les livres ne sont pas des mirages, ce sont de véritables embarcations, des bateaux en papier certes, mais qui peuvent vous entraîner très loin, à la rencontre de voyageurs de la pensée, de rêves ou d’idées de toutes sortes qui réalisent ce miracle de communiquer avec vous, sans frontières ou sans d’autres obstacles que ceux que vous devrez franchir pour avancer, vous laisser interroger, interpeller, émouvoir.

 Cliff Paillé est un amoureux transi des livres. Son histoire ressemble à un conte de fées. Il se remémore le petit garçon qui ne voulait pas lire qui préférait bien davantage son ballon pour s’évader. L’un n’empêche pas l’autre d’ailleurs. Grâce à sa grand-mère et à une institutrice zélée, tel le petit Poucet, il n’a de cesse de découvrir « les cailloux qu’elles ont semé pour moi dans les livres ». Elles furent des guides précieux, inespérés d’une certaine façon pour l’enfant solitaire, confronté à l’absurdité d’un monde qui vante le bonheur à la publicité et aux actualités parle du chômage, de la misère, la pollution, les guerres.

Comment s’y retrouver ? « Tant qu’il y aura des coquelicots » est le témoignage ému de cet enfant qui a réussi à espérer, à respirer à travers ses découvertes, en passant par Barbara, Proust, Philippe Claudel, Zola, Pagnol etc.

Accompagné de Pauline Phélix qui interprète les deux fées, il campe un attendrissant matelot qui agite avec fougue un mouchoir de livre, debout face à la mer et ses vagues de mots qui scintillent, qui annoncent le voyage à perte de vue !

 « Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux ! » (Mallarmé)

 Cliff Paillé, c’est aussi un terrien poète, grâce à son ballon. Dites « Coquelicots » et laissez-vous rêver !  

Paris, le 22 Octobre 2019

Evelyne Trân

L’HISTOIRE D’UNE FEMME – Texte et mise en scène Pierre Notte Texte publié aux éditions quatre-vents/avant-scène – Au Théâtre du Rond-Point 2 bis, av. Franklin Roosevelt 75008 Paris Métro : Franklin Roosevelt – 75008 Paris – Avec Muriel Gaudin – MERCREDI 6 NOVEMBRE > DIMANCHE 1ER DECEMBRE mardi > samedi à 20h30 dimanche à 17h30 Relâche le lundi – Durée 1h10 –

histoire dune femme

« L’histoire d’une femme qui n’en peut plus d’avoir à supporter une société d’hommes » C’est ce qu’a voulu écrire Pierre NOTTE. Toutes les femmes ne s’identifieront pas forcément au personnage qui n’a pas de nom, incarné par Muriel GAUDIN.

S’agit-il d’un transfert de féminité ? Paradoxalement, il y a des hommes encore plus sensibles que les femmes elles mêmes au machisme qu’elles subissent.

Il serait intenable dans la réalité de se focaliser de façon obsessionnelle sur le geste déplacé de quelques hommes vulgaires qui croient qu’en mettant la main aux fesses d’une jolie femme, ils affirment leur virilité. Le machisme est tellement véhiculé au cinéma, dans les western notamment, à la publicité, qu’il est en effet insupportable. Mais les hommes n’ont pas l’apanage du désir. Il y a des femmes qui souhaiteraient bien, elles aussi, mettre la main aux fesses de quelques mâles.

« Qu’attends-tu de moi » pourrait dire une femme à un homme et inversement l’homme à la femme. Identité sexuelle, identité morale, identité tout court !!! « Je suis une femme », « Je suis un homme » quelle déclaration d’identité ! Dans nos grammaires, la loi du genre continue à nous rappeler que le masculin l’emporte sur le féminin.

Sans conteste, Pierre NOTTE a capté cette émotion qui ronge beaucoup de femmes, le sentiment d’être brimé, humilié à cause de leur sexe. C’est leur identité de personne qui se révolte parce qu’elles se retrouvent face à un mur.

Il est salutaire de pouvoir exprimer un tel émoi.L’épreuve de l’humiliation concerne aussi bien les hommes que les femmes d’ailleurs. Sur le terrain de l’émotion, il n’est pas évident que les défenses individuelles se relâchent tout de go, mais cela peut enclencher une prise de conscience.

Muriel GAUDIN qui devient la porte-parole d’une émotion partagée par nombres de femmes et d’hommes est bouleversante.

Paris, le 26 Mars 2017

Mis à jour le 16 Octobre 2019

Evelyne Trân

IL Y AURA LA JEUNESSE D’AIMER DE LOUIS ARAGON ET ELSA TRIOLET MISE EN SCÈNE DIDIER BEZACE AVEC ARIANE ASCARIDE E T DIDIER BEZACE AU THEATRE LE LUCERNAIRE 53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris -1H15 / DU 16 OCTOBRE AU 24 NOVEMBRE 2019 À 19 HEURES DU MARDI AU SAMEDI, DIMANCHE À 16 HEURES.

AFFICHE Il y aura la jeunesse daimer (logo 50ans).jpgCOLLABORATION À LA MISE EN SCÈNE,

SON ET VIDÉO : DYSSIA LOUBATIÈRE

CHOIX DES TEXTES ET DES MUSIQUES :   BERNARD VASSEUR

MONTAGE DES TEXTES : DIDIER BEZACE

 LUMIÈRE : LÉO THÉVENON

PRODUCTION : L’ENTÊTEMENT AMOUREUX,

COMPAGNIE DIDIER BEZACE, CONVENTIONNÉE PAR LE MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION

ADMINISTRATION DE PRODUCTION : KARINE MÉRAUD

SOUTIENS : MAISON ELSA TRIOLET-ARAGON

CORÉALISATION : LUCERNAIRE

 

« Car par le temps qu’il fait il est de pauvres gens

Qui ne pouvant chercher dans les dictionnaires

 Aimeraient des mots ordinaires »

Aragon (extrait du poème « Ces vers sont obscurs »)

Des mots taillés comme des diamants juste à la lueur de la nuit, pour les imaginer, les entendre avant même d’en percevoir le sens, histoire  d’une lune bercée entre les nuages, histoire d’un jeu de rôles pour se projeter quelque part toujours à cache cache derrière l’ombre de l’autre et le surprendre, en vérité la langue d’Aragon est si suave, insatiable qu’elle optimise le moindre silence, la moindre pause, qu’elle est une impatience toujours contemplative, en un mot, elle est musicienne.

 Dans le spectacle conçu par Didier BEZACE, les mots vont jouer à cache cache comme des fantômes, seuls susceptibles d’évoquer l’univers poétique et romanesque du couple que formèrent Aragon et Elsa .

 Ils partagent le même territoire, la même langue mais ne se confondent pas, ils se répondent par voie de textes, de messages. Il n’y a pas d’avant, ni d’après, il y a toujours le basculement, comme cette extraordinaire indécence des nuages qui en se déplaçant découvrent un morceau de soleil ou disparaissent.

 Nous assistons à une véritable projection de rêves et d’histoires qui s’agitent à travers un jeu d’ombres et de lumières.

 Evidemment que les mots prennent le chemin de la voix pour exister, il y a des poèmes tableaux qui respirent, qui semblent n’avoir été conçus que pour faire corps avec leurs interprètes, prendre souche à travers leurs voix.

Le choix des textes, pertinent de Bernard Vasseur et Didier Bezace permet d’appréhender la densité et la pluralité des œuvres croisées d’Aragon et d’Elsa Triolet. d’avoir accès à certaines de leurs portes secrètes, au mystère entretenu de leurs relations.

 Aragon, l’auteur de si beaux  poèmes d’amour, avait aussi beaucoup d’humour, en témoigne le texte “ça s’est passé comme au cinéma” extrait du roman “ Servitude et grandeur des français”.

Du côté d’Elsa Triolet, nous découvrons le merveilleux texte introspectif “Moi, je voudrais écrire pour plaire à un homme” issu des nouvelles “Le premier accroc coûte deux cents francs”et une lettre inédite à son époux “Il n’est pas facile de te parler”.

Le spectacle tient du sortilège poétique grâce au charisme de ces deux grands interprètes Ariane ASCARIDE et Didier BEZACE !

Paris, le 4 Novembre 2018

Mis à jour le 16 Octobre 2019 

Evelyne Trân 

 

LES TEMOINS – Ecriture et mise en scène de Yann REUZEAU à LA MANUFACTURE DES ABBESSES – 7 Rue Véron 75018 PARIS -Représentations à partir du 29 août, les jeudis, vendredis, samedis à 20h45 et dimanches à 17h .

temoins

Distribution :

Frédéric
Andrau

Marjorie
 Ciccone


Frédérique
Lazarini

Morgan
Perez

Tewfik Snoussi

Sophie
Vonlanthen

 

Yann Reuzeau était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE du 21 Septembre 2019 sur Radio Libertaire 89.4 .

Ci-dessous extraits

« Les Témoins », quel beau titre pour un journal ! Pour autant les journalistes désignés par ce qualificatif qui entendent rester des observateurs et ne pas servir d’idéologie quelle qu’elle soit, se retrouvent en première ligne dès le lendemain de l’accession au pouvoir du candidat d’extrême droite Thomas Mérendien.

 La pièce Les Témoins écrite et mise en scène par Yann REUZEAU fait suite à Chute d’une nation « où comment une poignée d’hommes et de femmes politiques échouaient à faire barrage au fascisme ».

C’est la face humaine de ces journalistes que nous découvrons, en d’autres termes les coulisses de la rédaction d’un journal en pleine tourmente, confronté à un électrochoc, celui de voir remise en cause du jour au lendemain, sa liberté d’expression, minée progressivement mais inéluctablement par l’instauration de lois destinées à la bafouer.

Thomas Méridien a été élu démocratiquement. Mais comment accepter que sous la bannière de la démocratie, ce soit le loup qui entre dans la bergerie, la dictature qui va broyer tous les droits et libertés acquis de longues luttes.

Cela nous parait inimaginable ! Il s’agit certes d’une fiction, d’un thriller psychopolitique mais la plaie est toujours béante, celle des conséquences désastreuses, meurtrières du fascisme et du nazisme, il y a seulement quelques décennies pendant la 2ème guerre mondiale. Hitler a accédé au pouvoir par la voie démocratique !

Cette vigilance qui s’impose, elle ne peut être exercée que par des esprits libres. Les journalistes en question n’appartiennent à aucun parti, l’indépendance est leur credo mais comment la conserver sans soutien financier et politique. Ces journalistes croient encore en leurs lecteurs et s’attachent à les informer le plus objectivement et honnêtement possible. Si leurs enquêtes s’avèrent explosives, c’est parce qu’elles sont révélatrices des maux qui gangrènent la société, la corruption, les manœuvres sans foi ni loi des politiques sans scrupules.

Tous ces journalistes qui n’ont pas le même parcours s’accrochent désespérément à leur devise d’indépendance et de dignité alors même que les valeurs qu’ils défendent s’effondrent sous leurs pieds.

Leurs débats poignants nous interpellent. Comment réagirions-nous, nous-mêmes ? Les réactions sont contrastées, elles dépendent du vécu et de la personnalité de chacun et elles évoluent tout le long de la pièce qui explore avec acuité les répercussions d’un événement politique sur le plan humain, moral et psychique.

Yann Reuzeau et l’excellente équipe des comédiens tiennent brillamment les rênes de ce thriller captivant qui emporte le spectateur vers la seule issue que nous puissions rêver, la résistance face aux discours d’intolérance et de haine, germes de dictature et d’extinction de la liberté d’expression.

Paris, le 10 Octobre 2019

Mis à jour le 15 Octobre 2019

Evelyne Trân

 

L’INGÉNU DE VOLTAIRE AU THÉÂTRE DU LUCERNAIRE 53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris 1H15 / DU 23 OCTOBRE AU 8 DÉCEMBRE 2019 DU MARDI AU SAMEDI À 1 8 H 3 0, DIMANCHE À 15 H.

 

AFFICHE Lingénu.jpg-MISE EN SCENE : JEAN-CHRISTOPHE BARBAUD

AVEC THOMAS WILLAIME

LUMIÈRES : SOPHIE CORVELLEC

COSTUMES : MADELEINE LHOPITALIER

Voltaire semble avoir éprouvé un malin plaisir en créant L’Ingénu,  un personnage, hors normes, hors continent, capable de faire trembler les mœurs de tout un canton de Bretagne, par sa liberté d’esprit et de parole.

 L’ignorance des valeurs du monde dans lequel il débarque lui permet d’exprimer son étonnement et de faire valoir son innocence autour de lui, notamment auprès d’un respectable prieur et sa sœur qui pensent avoir affaire à leur pauvre neveu, dont les parents auraient disparu tragiquement pendant leur traversée vers le Canada.

 Dans ce conte l’Ingénu, paru en 1767, l’écrivain pianote avec virtuosité sur plusieurs touches, celle de la romance sentimentale, le rocambolesque et naturellement la satire des mœurs de son époque avec une ironie absolument savoureuse.

 Qui pourrait donc clamer son innocence face à une levée de boucliers d’ordre religieux, sinon un ingénu, un étranger, sachant que ces mêmes boucliers ont conduit à la torture et à la mort, le 1er Juillet 1766, un jeune homme, le chevalier de La Barre, reconnu coupable de blasphème – il n’aurait pas ôté son chapeau, lors d’une cérémonie religieuse – et pire ignominie, il conservait dans sa chambre des écrits anti-religieux de Voltaire.

 Voltaire fit sa propre enquête sur cette affaire et découvrit qu’elle recouvrait des histoires d’amour et de vengeance. Le conte s’en fait l’écho et le rapprochement est voulu entre le Chevalier de La Barre, neveu d’une abbesse et cet ingénu, neveu d’un prieur.

 Il semble bien que Voltaire dote son personnage de toutes les qualités qu’il aurait voulu voir reconnues chez le Chevalier de La BARRE, le courage, l’opiniâtreté, la noblesse d’âme.

 Cet ingénu est aussi le porte-parole du parcours de jeunesse de Voltaire emprisonné à la Bastille et de son effarement face aux imbroglios religieux et politiques de son temps.

 Voltaire à 74 ans, prend sa plume, la plus affûtée pour voler au secours et de sa jeunesse et de ses rêves les plus fous de liberté, annonçant déjà la rébellion féminine à travers le personnage de Mademoiselle Saint-Yves, l’amour de l’Ingénu, victime de la lâcheté masculine.

    

 Thomas WILLAIME, l’interprète de ce conte mouille sa chemise. Il traverse le texte comme un cheval fougueux, intrépide, sur le chemin d’une histoire qui relève toujours ses manches, nous interpelle, nous bluffe par sa modernité.

 Sous la main de velours du conte philosophique, se dresse toujours la férule indignée de Voltaire contre les assassins de la liberté.

 Paris, le 17 Septembre 2018

Mise à jour le 10 Octobre 2019

 Evelyne Trân