Les tentations d’Aliocha d’après les Frères Karamazov – D o s t o ï e v s k i au Théâtre de l’Aquarium du 10 au 24 Mai 2013 à la Cartoucherie – du Champ de manoeuvre 75012 PARIS –

Traduction André MARKOWICZ   Mise en scène Guy DELAMOTTE Adaptation Véro DAHURON / Guy DELAMOTTE

Avec

Véro DAHURON (Grouchenka)
Catherine VINATIER (Katerina)
David JEANNE-COMELLO (Aliocha)
Anthony LAIGNEL (Smerdiakov)
Gilles MASSON (Ivan)
Timo TORIKKA (Dmitri)
Décor Jean HAAS
Costumes Cidalia DA COSTA
Lumières Fabrice FONTAL
Vidéo Laurent ROJOL
Son Jean-Noël FRANÇOISE
Régie générale Kévin PA
 
 
 
    Pour tous ceux qui n’auraient pas lu « les frères Karamozov » la mise en scène et adaptation théâtrale de l’œuvre par Guy DE LAMOTTE et Véro DAHURON, les plongera d’emblée dans  l’univers mental de Dostoïevski, un univers hanté par l’idée du péché, le sentiment de culpabilité et cela bien au-delà des dogmes judéo chrétiens.
 
 Pour comprendre Dostoïevski, il faut savoir qu’il a vécu les pires expériences : la torture, le bagne pour des raisons politiques, le deuil de plusieurs enfants et surtout la maladie : l‘épilepsie.
 
Cet homme qui a écrit les frères Karamazov à la fin de sa vie, n’a plus rien à perdre, sauf son âme.  Ce reste d’âme qui suffoque, il l’exprime à travers le personnage d’Aliocha, le plus jeune des frères karamozov. Les tentations d’Aliocha ce sont ses frères, auxquels il est attaché par des liens non divins, des liens affectifs, même si ses frères représentent le « mal »
 
 A la mort de son père spirituel, Zosime, Aliocha le moine, retourne dans le monde, en partant à la rencontre de ses frères :   Dimitri, un homme débauché, et Yvan un intellectuel athée.
Le père décrit comme un être « sans foi ni loi » meurt assassiné par le dernier de ses fils, devenu son domestique et qui accumule les tares, celle d’être batard et épileptique.
 
 Tout indique que c’est la souffrance morale, le sentiment d’avoir été abandonnés, humiliés par un père abject qui ont conduit à la catastrophe : le meurtre du père.
 Dostoïevski continue l’enquête policière qu’il avait menée dans « Crime et châtiment » acculant le meurtrier Raskonikov à avouer son crime.
 
 Ce que suggère Dostoïevski, c’est que ce n’est pas seulement Smerdiakov qui est coupable mais toute la fratrie  puisque chacun de ses membres souhaitait la mort du père  ou bien personne n’a rien fait pour l’en empêcher.
 
 Et les femmes dans tout ça ? Dostoïevski leur assigne un rôle presque angélique. Elles sont capables d’aimer jusqu’à l’abnégation, des hommes « monstrueux ».
 
 La vision de Dostoïevski n’est pas intellectuelle. Elle parle de souffrance et de misère morale. Les personnages qu’il décrit, il  les a côtoyés, ils lui ressemblent comme des frères. Dans ces conditions « le père » aussi pourrait être un frère. Car le meurtre du père ne résout rien.  Le sentiment de fatalité héréditaire qui pèse sur la destinée de ses frères,  cette obscurité fait partie des tentations d’Aliocha et pourtant lui qui se trouve épargné par celle de la débauche, celle de du nihilisme, qui finit par douter de son père spirituel Zosime dont le cadavre pue, lui, Aliocha n’aurait plus d’autre alternative que de se supporter lui-même, impuissant spectateur des malheurs de sa fratrie et du meurtre du père ?
 
 Pas de réponse de toute façon, comme si cet Aliocha, il faisait partie du tissu humain, le nôtre. Un pays à feu et à sang n’empêche pas de vivre. L’assassinat d’un père n’entraine pas la mort de la famille. Cela signifie-t-il qu’au lieu de vivre, les humains ne feraient que survivre à leur indignité.
 
 Il est vrai, Dostoïevski donne l’impression de camper du côté des réprouvés, de peindre des personnages excessifs  et violents. Mais nous avons à cœur de les entendre parce ce sont ces hommes-là qui se font la guerre et que si le coupable désigné n’est plus Dieu, alors oui, il est possible de parler de responsabilité, plus positive que la notion de péché.
 
 Néanmoins celui qui ne s’est jamais senti coupable au point de sombrer dans la dépression, ne peut que retirer les tisons du feu.
 
C’est une histoire d’amour entre frères que relate Dostoïevski. Quand tout a brûlé, restent encore les souvenirs d’enfance heureux. Pour un seul de ses souvenirs, Aliocha dit que la vie vaut la peine d’être vécue.
 
 Timo TORIKKA, Dmitri, et Gilles MASSON, Yvan, tous deux remarquables, incarnent les sentiments de honte, de révolte, de désespoir qui minent un homme jusqu’à la déréliction. Comment ne pas se sentir bouleversés par la véhémence de leurs propos. Ils ne cessent de se frapper : « Le diable et le bon Dieu qui  luttent ensemble avec pour champ de bataille, le cœur des gens… »
 
David JEANNE-COMELLO, incarne avec subtilité, la fragilité d’Aliocha, plus délicat, moins expansif que ses frères.
 
Anthony LAIGNEL souligne fiévreusement, l’aspect maladif, répulsif et odieux de Smerdiakov.
 
Véro DAHURON est une Grouchenka aussi excessive par sa vitalité que Dmitri, tandis que Catherine VINATIER incarne une Katerina manifestement plus froide et fière.
 
Le metteur en scène, très habilement, met de temps en temps en perspective des séquences filmées où l’on voit en champ narratif, les personnages marcher dans une ville, rencontrer leur père etc. Une rue sépare le cinéma du théâtre en quelque sorte. Mais il s’agit d’une rue si voisine du rêve. Les visages y apparaissent souvent silencieux, inquiets, très expressifs.
 
 Cette adaptation des « Frères Karamazov » fort soutenue, travaillée, se distingue par son intensité. Sans conteste, le metteur en scène  et les comédiens sont si bien imprégnés par l’œuvre de Dostoïevski qu’ils se rejoignent généreusement, physiquement, pour exprimer à haute tension, la présence incroyable de leurs personnages  qui disent tout haut ce que parfois nous pensons tout bas. N’importe, cela fait du bien de savoir que ces êtres déchirés, impossibles, mais réels, aient trouvé leur place au théâtre, sous les auspices de la Compagnie PANTA-THEATRE.
 
 Paris, le 12 Mai 2013                 Evelyne Trân

LA BANDE DU TABOU AU THEATRE 13/JARDIN – 103 A, boulevard Auguste-Blanqui – 75013 Paris (métro Glacière) du 14 Mai au 23 Juin 2013

 P.S. : Claire BARRABES, Lorraine de SAGAZAN, Guillaume TARBOURIECH,  était  invités  à l’émission « Deux sous de scène » sur RADIO LIBERTAIRE, le samedi 25 Mai 2013 (disponible à l’écoute sur le site « grille des émissions de Radio Libertaire » et téléchargeable.)

  • Avec
    Claire Barrabès (Françoise),
    Fiona Chauvin
    (Zazie),
    Sol
    Espeche (Juliette),
    Antonin Meyer-Esquerré (Jean-Paul),
    Pascal
    Neyron (Boris),
    Yoann Parize
    (Serge),
    Lorraine de Sagazan (Simone),
    Jonathan Salmon
    (Jacques),
    Guillaume
    Tarbouriech (Marcel)
    et les musiciens
    Cédric Barbier (percussions),
    Delphine Dussaux (piano)
    Lucas Gaudin (saxophone)

Il doit y en avoir encore quelques bougres qui ont connu la  cave du Tabou dans les années 50. Je pense notamment à Jo DEKMINE le directeur du Théâtre 14 à BRUXELLES. Le mythe veut que la cave ait été découverte par Juliette GRECO qui laissa tomber son manteau par inadvertance dans la cave. A cette époque, ni Gainsbourg, ni Ferré, n’étaient encore connus. Simone de Beauvoir et Jean Paul Sartre étaient jeunes, déjà célèbres et attiraient comme des papillons, des artistes fauchés au Café de Flore.

Il faut dire que rien que le nom Tabou résonne comme un défi. Boris Vian, surnommé le Prince du Tabou, y installa avec ses frères un orchestre de Jazz.  Un vent d’Amérique soulevait les tables et les esprits, on y croisait Miles Davis, Henri Salvador, et les danseurs improvisaient leurs danses sous des airs de bebop.

Véritable créateur d’ambiance, Boris Vian noctambule et lunatique y enfanta ses meilleures chansons. Oui, il faut bien imaginer que c’est au milieu de la danse, en plein boum, au cœur de l’estrade  dans un espace confiné mais explosif que s’emballèrent ses chansons les plus disjonctées : Déshabillez-moi, La java des bombes atomiques,  Fais-moi mal Johnny etc.

Le sublime Marcel MOULOUDI fût son interprète ainsi que la délicieuse Magali NOEL. Je profite de l’occasion pour rappeler  que le grand mélodiste Claude VENCE a mis en musique 23 chansons de Boris Vian dont la fameuse « Je voudrais pas crever ».

Dans la cire de ce nid d’abeilles, nombres d’artistes et écrivains ont laissé leurs empreintes, tels que Prévert, Queneau, Brel, auxquels se sont associés les compositeurs : Kosma, Jimmy Walter, Michel Legrand et bien d’autres.

La bande du Tabou s’est donc réincarnée sous les traits de jeunes venus du Studio d’Asnières qui inaugurent de très jolies chorégraphies d’abeilles capables de tirer de nos mémoires parfois jaunies, ce miel dont nous avons tant besoin pour réveiller nos ardeurs. Qui danse, qui chante, qui parle ? Qui rêve sinon les spectateurs qui croient vivre un rêve éveillé, celui de la bande du Tabou, quand les mots font la  fête et s’entrelacent joyeusement, se conjuguent aux corps pour les faire danser, s’échappent du piano, des percussions,  guidés par leur seul flair.

Les chansons de Boris Vian et de ses complices n’ont pas pris une ride. Même plongées dans leur sirop d’époque, elles sont en train de manifester qu’elles appartiennent à la jeunesse de tous les temps qui grimpe sur les tables pour chanter, fanfaronne ou pleine de résolutions, à qui veut bien l’entendre, sous la plume de Prévert : « Je suis faite comme ça ».

Véritable comédie musicale où chaque danseur- chanteur- comédien s’amuse à sur jouer des personnages célèbres : Françoise, Simone Jean Paul, Marcel, Serge, Jacques que les spectateurs se feront un plaisir de retrouver derrière leurs  prénoms.

 Les spectateurs de ce joyeux cabaret dansant, piqués par ces guêpes effrontées, sauront reconnaitre le dard de Boris et les autres, en guise de tatouage de leur éternelle jeunesse.

Vous qui refusez de vieillir, empressez-vous d’aller boire cet élixir au Théâtre 13, à consommer sans modération !

   Paris, le 10 Mai 2013              Evelyne Trân                     

 

 

 

PARLOIR Pièce de Christian Morel de Sarcus au GUICHET MONTPARNASSE – 15, rue du Maine 75014 PARIS – Les mercredis et vendredis du 8 Mai au 14 Juin 2013 à 19 H.

Mise en scène :
Paul-Antoine Veillon et Mélanie Charvy

Avec : Jean-Dominique Peltier Frédérique Van Dessel, Romain Picquart.

Un homme et une femme, divorcés depuis une vingtaine d’années, se retrouvent dans la salle d’attente d’un hôpital, suite à l’accident de leur fils, tombé dans le coma.

 Nous assistons à l’affrontement entre deux personnes qui se sont aimées puis détestées, mais l’issue de cette rencontre, inattendue, est révélatrice de la confusion des sentiments de ces deux êtres qui masquent leur solitude, en s’attisant l’un et l’autre dans l’ouvroir de leur détestation réciproque. Mais puisque leur couple parle de destruction, qu’officiellement il n’y a plus rien entre eux, alors, pourquoi pas, tout recommencer à zéro.

 Il s’agit d’un véritable duel verbal où chacun décide de  frapper là où le bât blesse car évidemment les deux êtres se connaissent bien. Dans ce combat quelque peu sado masochiste, il n’y a pas de vainqueur. Les parents se révèlent aussi odieux l’un que l’autre comme s’ils avaient déteint l’un sur l’autre et que leur dénominateur commun à défaut de l’amour, était la hargne et la méchanceté qui recouvrent une véritable souffrance : le deuil d’un amour disparu mais qui flotte encore dans les décombres et dont on ne sait s’il peut renaitre de ses cendres.

 C’est l’enfant qui se fera l’écho impuissant du désastre, du tsunami affectif dans lequel se débattent ses parents, en tant que témoin assisté d’un procès qui le dégoûte sincèrement « Se peut-il qu’il soit issu d’une telle union dangereuse ». Sa fibre d’amour filial pourrait en prendre un coup. De fait, il chancelle, craint de ne pas se relever sous le poids de ce lourd héritage. « Il me faudra du génie pour aimer » dit-il et cet humour-là, recèle de l’espoir.

 Au travers sa pièce, Christian Morel de Sarcus fait l’autopsie du cadavre d’un amour et rêve même à sa résurrection par analogie avec le retour de l’enfant prodigue en amour.

 Tel un  thriller psychologique, le duel entre la femme et ‘Lhomme captive, agace, émeut.  Jean Dominique PELTIER sous l’épaisseur d’un personnage cynique et provocateur arrive à faire entendre la désespérance d’un homme saccagé intérieurement.

 De même Frédérique VAN DESSEL, arbore une figure féminine prompte à se masquer sous quelques dehors hystériques, mais toujours aux aguets, pour non seulement esquiver les coups, mais les observer de loin, sans doute parce qu’il s’agit de son homme, un homme qu’elle a aimé.

 La mise en scène et direction d’acteurs sont dues à deux jeunes metteurs en scène, très efficaces. On les penserait volontiers dompteurs de fauves dans un manège, manège infernal de l’amour et la haine. Mais même dans cette cage à lions, la main sur les barreaux, ils témoignent de la sensibilité de l’auteur, une pudeur de tendresse ineffable.

 Une très bonne pièce, des comédiens surprenants, que dire de plus sinon qu’il faut vraiment se déplacer pour aller voir ce spectacle qui donne beaucoup à réfléchir, qui parle d’amour féroce, d’amour inverti, d’amour tout court, « Et comme  l’espérance est violente » chante Apollinaire.

 Paris, le 9 Mai 2013                        Evelyne Trân

 

Histoire d’un poète – Conte dédié à Vincent JARRY-

Le saviez-vous, il y a un pays qui s’appelle la poésie et ses habitants s’appellent les poètes. Le saviez-vous, les mots passent comme des courants d’air et parfois ils ne s’entendent pas.

« Moi, j’ai quelque chose de très important à vous dire disait l’un  d’eux » et il tapait du poing sur la table pour que tout le monde se taise pour l’écouter.

Mais la poésie ce n’est rien d’autre qu’un peu de vent, un peu de sel, du souffle  sur des mots qui sont des réalités abstraites.

Je vais vous raconter l’histoire d’un poète qui braillait comme un bébé dans son berceau. Ses parents accouraient, le berçaient puis le poète s’endormait. Tous les jours, le même cirque recommençait.

A la fin les parents ont dit au poète « D’accord tu existes, mais s’il te plait, exprime toi de façon que nous puissions te comprendre car les cris nous en avons assez, qu’as-tu donc de si important à nous dire ? Est-ce la faim ou le manque d’amour qui te démangent ? » .

Et le poète de répondre à ses parents «  Je voudrais exprimer tout ce qu’il y a en moi, je suis un être humain unique et j’ai, hélas,  l’impression de ne pas vous intéresser, vous vous occupez de moi comme d’une plante mais j’ai un esprit aussi ».

« C’est entendu lui disent les parents. Nous allons te laisser un coin de jardin et tu pourras cultiver des mots et faire des poèmes autant que tu voudras mais saches une chose, la poésie c’est comme n’importe quelle plante, elle a besoin de soleil et de pluie pour pousser »

L’enfant poète écrivit quelques mots sur un bout de papier et les enterra dans le jardin. Il avait écrit trois fois le mot amour et puis le mot arbre, et puis le mot esprit. Une année s’écoula et il ne voyait rien venir, pas la moindre pousse de petit poème en fleur.

Alors l’enfant reprit une feuille de papier, il écrivit à la plume plusieurs mots et pour une raison inconnue se mit à pleurer. Les larmes se mélangèrent aux mots  et il ne pouvait plus lire ce qu’il avait écrit. Les mots s’étaient noyés dans ses larmes.

C’est alors que le mot larme avança vers lui. Il se dessina sous ses yeux et se mit à danser, à faire des pirouettes et à descendre, descendre jusqu’à l’arête de la page, au bord du précipice.

Larme bateau, songea-t-il et dans un sursaut, il décida de se suspendre  aux lettres décousues  et de suivre le courant de la coulure  à l’intérieur de la larme.

Il couvait de ses yeux la larme sur la page : un mot et une chose. Quel bonheur de voir la larme écrite sous la goutte comme  si elle s’était dessinée elle-même.

Il ferma les yeux. L’encre et les larmes séchèrent. Il se remit à pleurer et à dessiner des mots qui se souriaient, animés d’une force étrange à la lumière de ses songes comme dans un bateau.

Paris, le 8 Mai 2013                        Evelyne Trân

 

 

 

 

 

 


 

 

 
 

ALA TE SUNOGO / DIEU NE DORT PAS – Un spectacle de BlonBa – Du 2 au 26 mai 2013 – Tout public à partir de 10 ans – Jeudi, vendredi et samedi : 20 H. Dimanche 15 H. Durée 1 h 15. Théâtre du Grand Parquet Jardins d’Eole, 35 rue d’Aubervilliers, 75018 PARIS

Avec : Adama Bagayoko, Alimata Baldé, Diarrah Sanogo, Sidy Soumaoro, Souleymane Sanogo et Tidiani Ndiaye (en alternance). Texte : Jean-Louis Sagot-Duvauroux,

Mise en scène :

Jean-Louis Sagot-Duvauroux et Ndji Traoré,

Musique : Issiaka Kanté, Idrissa Soumaoro Lumières : Youssouf Péliaba, Pierre Cornouaille et les conseils de François Ha Van (mise en scène) et Aly Karambé (chorégraphie)

 Voilà une belle initiative du GRAND PARQUET d’inviter à son bord la Compagnie théâtrale  de BLONBA,  centre d’art et de culture à BAMAKO au MALI qui a dû interrompre ses activités depuis la crise politique de mars 2012.

  L’antenne française de BLONBA dirige le Théâtre de l’Arlequin à MORSANG SUR ORGE et nous propose un spectacle haut en couleurs (prémonitoire puisque sa création a été suspendue lors du coup d’état du 22 Mars 2012), théâtral et chorégraphique, dans la tradition  du Kotéba  « farce burlesque de critique sociale jouée dans les villages ».

«   L’argument de la pièce est simple : les fonctionnaires mettent des bâtons dans les roues d’un jeune entrepreneur de spectacle qui n’en peut plus. Une jeune fille au grand cœur lui présente un danseur de rue qu’il commence par rejeter puis par accepter grâce à l’intervention de Bougouniéré, ce qui donne lieu à des joyeuses démonstrations chorégraphiques contemporaines et « préhistoriques ».

  La célèbre comédienne Diarrah SANOGO incarne le personnage de Bougouniéré, une femme du peuple « gueularde » mais  bienveillante.

 Adama BAGAYOKO interprète avec brio, à lui tout seul, 4 personnages dont une femme absolument  irrésistible, tous  fonctionnaires corrompus jusqu’à la moelle…

 Sidy SOUMAORO campe avec ferveur le  jeune opérateur culturel bamakois, Cheikna.

 Alimata BALDE joue avec tendresse Goundo, la fille de Bougouniéré,  émue par la beauté du jeune danseur muet, SOLO, enfant de la rue qui ne peut s’exprimer qu’en dansant (Souleymane SANOGO et Tidiani NDIAYE en  alternance).

  La pièce repose essentiellement sur le jeu des acteurs qui disposent de  personnages  aussi marqués que ceux de la commedia dell’ arte, mais il s’agit d’une vraie farce dans le sens où l’on trouve de tout dans ce spectacle : la drôlerie (génial Adama BAGAYOKO), la poésie (le danseur muet), la comédie de mœurs (Bougouniéré et sa fille), la politique (véhément discours de Cheikna contre la corruption).

  Mais tout s’achève par la danse et la musique Bambara,  qui galvanise les amateurs de danse africaine, moderne et traditionnelle. L’ambiance est à la fête, la scène se transforme en piste de danse et les spectateurs en valseurs. « Y a d’la joie » comme dirait Trenet.  Et mon Dieu qu’il en faut dans ce bas monde «ALA TE SUNOGO » ! 

  Paris, le 3 Mai 2013                             Evelyne Trân

 

 

 

 

 

Le Cirque des Mirages dans Vagabonds des Mers, un conte musical fantastique au Théâtre MICHEL – 38 Rue des Mathurins 75008 PARIS -Mise en scène Sarkis Tcheumlekdjian avec Yanowski et Fred Parker du 4 Avril au 31 Mai 2013

Avec ce nouveau spectacle du Cirque des mirages, voilà que notre imagination prend les voiles, bien arrimée à ces vagabonds des mers.

 Pour traduire l’emportement, la fièvre, la fascination qu’exerce sur les hommes la violence de la nature, les artistes ont créé des instruments de musique auxquels  ils associent tout naturellement la parole, le chant,  la danse,  et tout cela depuis la nuit des temps.

 L a nuit des temps, rendez vous compte ! Propre à envoyer sur scène des créatures tricotées par des écrivains extravagants tutoyant aussi bien Frankenstein, Moby Dick, Dracula,  Edgar Allan Poe, Jules Verne, etc.

 YANOWSKI qui fait partie de ces écrivains extravagants, ne s’embarrasse pas de lieux communs. Hanté par Circé, la magicienne qu’il évoque à souffle coupé, son corps est le siège des démons de son invention.

 Capable de mimer le navire en plein naufrage, le désert, la tempête, le comédien impressionne par sa stature :

Oh! marins perdus,
Au, loin dans cette ombre
Sur la nef qui sombre
Que de bras tendus …(Victor Hugo)

  et sa voix tantôt d’un calme inquiétant tantôt de stentor.

 Tour de magie de la mise en scène, avec FRED PARKER pour équipage, nous avons l’illusion qu’il joue du piano sur le ponton d’un navire chancelant mais parcouru par le diadème d’une lune en pleine effervescence.

 Nous croyons discerner quelques zébrures de DEBUSSY ou de SATIE, mais il s’agit de compositions sur mesure de FRED PARKER pour suivre son  compagnon de voyage,  en démesure  pour tromper l’ombre, n’est ce pas, cette peur du noir enfantine et fantasque.

 Capitaine au long cours, capitaine tout court, dandy sorti des faubourgs de Londres ou des ruelles  de Venise, au 18ème ou 19ème siècles, se peut-il que YANOWSKI, avec la complicité de FRED PARKER se soit trompé d’époque ?

 Pour remettre les pendules à l’heure, les spectateurs sont invités à éclaircir  ce mystère et à toucher du doigt et de l’oreille les indices qui leur permettront  d’assouvir leur curiosité. A défaut, piégés par le cirque des mirages, ils auront tout loisir de faire connaissance avec ses excentriques et fabuleux habitants  YANOWSKI  et FRED PARKER.

 Paris, le 2 Mai 2013                                     Evelyne Trân

 

DE SI TENDRES LIENS DE LOLEH BELLON au THEATRE DARIUS MILHAUD 80 Allée Darius Milhaud – 75019 PARIS – Mise en scène : Benjamin Castaneda avec Françoise Levesque, Véronique Martin – Du 21 Avril au 5 Juin 2013 – Dimanche à 15 H l

 P.S. : Benjamin CASTENEDA, Françoise LEVESQUE et Véronique MARTIN ,  était  invités  à l’émission « Deux sous de scène » sur RADIO LIBERTAIRE, le samedi 18 MAI 2013 (disponible à l’écoute sur le site « grille des émissions de Radio Libertaire » et téléchargeable.)

  • Elle n’est pas très grande la salle du Théâtre Darius Milhaud où se joue en ce moment tous les dimanches, la pièce « De si tendres liens » de Loleh Bellon. Les spectateurs se serrent les uns contre les autres, mais cette promiscuité éphémère, cette sensation d’être accrochés au cœur d’un nid sous un  grand arbre, s’accordent à  l’histoire d’une fille et de sa mère, une histoire comme une grosse pelote de laine dont les fils courent et s’emmêlent, sur une quarantaine d’années, mais qui à la lumière du sentiment, des allées et venues des souvenirs, ont quelque chose de perpétuel, de toujours là.

Tous les évènements d’une vie partagée entre une mère et sa fille se trouvent filtrés par le quotidien, celui de deux pièces, le salon et la chambre, dans un petit appartement modeste, un peu comme si on avait laissé, dans un coin, un magnétophone qui aurait enregistré, au fil des ans, des menues conversations sans donner les dates. Alors, il ne reste plus qu’à l’auditeur de se concentrer sur les intonations des voix, quelques bruits d’objets ici et là, quelques indices pour comprendre qu’il s’agit de l’histoire d’amour de deux êtres, qui parle pour l’éternité.

Ils  peuvent nous paraitre très banals tous ces petits événements qui ponctuent la vie de ces deux femmes : la peur du noir, les premières règles, la crise d’adolescence, le premier enfant, la vieillesse qui frappe à la porte, le sentiment de jalousie de la fille vis-à-vis de l’amant de la mère. Mais ce qui est intéressant c’est de voir comment les voix de ces femmes, leurs corps, leurs gestes traversent tous les obstacles en parallèle, en perpendiculaire, tissant leur vie à partir d’une même toile d’araignée qui secréterait leur amour, cette étrange fibre révélatrice aussi bien de leurs différences.

Les deux interprètes traduisent si bien les états d’âme des deux personnages, qu’à moins d’avoir un cœur en béton armé, il est difficile d’échapper à ces sentiments, somme toute, universels : la solitude, la peur de la mort et surtout de la séparation avec un être cher.

Loleh Bellon ne porte pas de jugements. Les relations entre une mère et sa fille ne peuvent pas être lisses. En dépit du huis clos – la mère élève seule sa fille – en dépit de l’amour exclusif que réclame la fille à sa mère, chacune des deux femmes pour exister doit faire valoir sa personnalité.

Là encore, Loleh Bellon ne nous apprend rien, elle ne dénude pas les fils d’une psychologie élémentaire, elle peint devant nous les visages de deux femmes  qui se reflètent l’un dans l’autre, avec une attention soutenue, avec grand art, toute la délicatesse, toute la retenue nécessaire, faisant rejaillir de l’ordinaire, la même lumière, les mêmes ombres qui agissent dans un flot perpétuel sur nous-mêmes.

Pour exprimer toutes les étapes de la vie  de femmes, de la prime  enfance à  la vieillesse, Benjamin CASTENEDA, le metteur en scène, a choisi deux actrices remarquables, Françoise LEVESQUE et Véronique MARTIN, et dans cette belle bouteille à la mer, notre esprit voyage, sur crêtes de vagues, juste à la lueur de nos propres sentiments.

Ces vagues familières, sous l’œil vif du metteur en scène qui orchestre habilement toutes ces voix de femmes, nous assaillent jusqu’au bout du mât, cet âpre  sentiment de vécu.

Mais la mer est belle et son peintre Loleh Bellon, si transparente !

Paris, le 1er Mai 2013                        Evelyne Trân

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le septième Kafana de Nicoleta Esinencu, Mihai Fusu et Dumitru Crudu DU 24 avril au 5 mai 2013 au Théâtre de l’opprimé – 78/80, rue du Charolais 75012 PARIS du

«Comment parler de la traite des femmes dans nos société consuméristes » ? telle est la question de Nathalie PIVAIN adaptatrice et metteure en scène du « Septième Kafana » de Mihai FUSU, Nicoleta ESINECU et Dimitru CRUDU,  trois artistes engagés en République de Moldavie, en Europe de l’est.

Les auteurs de cette pièce n’ont pas voulu créer de personnages, ni colorier par des effets de style, les témoignages des femmes devenues esclaves sexuelles qu’ils ont recueillis. Ce sont leurs propres paroles que l’on entend, des paroles échappées, des confidences qui ont réussi à traverser le cloaque de l’indifférence, parfois par miracle.

Qui ne dit mot consent. Ces femmes font partie d’un autre monde. On pourrait dire qu’elles n’ont pas eu de chance et dans ce vaste jeu de l’oie de la destinée humaine, elles sont tombées dans le puits, celui de l’oubli.

Des reportages télévisuels ont rendu compte  de la condition de ces femmes piégées par de belles promesses, qui pour échapper à la misère ont franchi les frontières et doivent vendre leurs corps pour rembourser leurs billets. Mais très souvent ces reportages sont entachés de voyeurisme et les commentaires laissent en réalité peu de place aux paroles des personnes concernées.

Ces femmes n’ont pas besoin d’être montrées du doigt « Ah les pauvres filles, ah les méchants proxénètes ! » Elles ont besoin d’être entendues et si leurs voix ne sont pas audibles c’est parce que beaucoup de choses contribuent à les étouffer. Une vérité de la Palisse, allons donc ! C’est un problème de société. Un problème politique.

Le travail de Nathalie Pivain et des comédiens permet aux spectateurs de se retrouver de plain-pied avec ces femmes et de  comprendre que leurs voix recouvrent notre propre perception. Elles parlent la même langue que nous, elles ne différent en rien de nous, elles sont ordinaires, on peut les rencontrer dans la rue. Et c’est cet ordinaire-là, la misère, la complicité même des pouvoirs en place, qui les transforme en monnaie d’échange, en dollars, en euros.

 Nous ne voudrions pas croire que cela est possible parce que les sirènes des bonnes intentions, les déclarations de droit de l’homme, la journée de la femme,  nous font prendre des vessies pour des lanternes.

L’esclavage existe et cette plaie sur terre concerne n’importe quel humain puisqu’il s’agit d’une atteinte à sa dignité. L’esclavage  sexuel est un crime qui perdure aussi parce que la plupart d’entre nous ne font pas la différence entre la prostitution volontaire et celle qui ne l’est pas.   

Le septième kafana, – kafana signifie tout à la fois bar à café ou bordel – représente l’ultime parcours de ces femmes , qui n’ont plus d’autre issue que la mort ou la démence.

Question de vie ou de mort, question de conscience. En Moldavie, un proche, une amie, un mari  peut vendre une femme, le maire de la commune organiser un convoi de femmes parce qu’il a besoin d’argent, quoi de plus naturel. Cela se passe en Europe et pas seulement bien sûr, et ces prostituées se promènent chez nous à Paris, au bois de Vincennes mais …

On nous dit que ce type d’esclavage existait dans l’antiquité que Sophocle en parlait déjà. Avons-nous besoin de tant  d’alibis pour nous faire une idée du combat que doivent mener un homme et une femme, pour avoir seulement le droit de vivre.

Il faut remercier la contribution de Nathalie Pivain et son équipe à cette lutte. Il a fallu beaucoup de travail, soulignons-le, aux auteurs et à cette metteure en scène,  pour déblayer le terrain, les gravats de l’ignorance et de l’indifférence, pour porter seulement nu et poignant le témoignage de ces femmes enterrées vives.

Seront-elles entendues ? Le septième kafana a été écrit pour elles, il faut aller les écouter. Elles parlent aussi en nous.

Paris, le 28 AVRIL 2013                    Evelyne Trân

Traduction Aude Rossel éditions L’Espace d’un instant (2004) mise en scène Nathalie Pivain assistante Céline Meyer avec Céline Barcq, Frédéric Gustaedt, Nathalie Pivain, Salomé Richez lumière Raphaël Rosa régie générale Dominique Dolmieu Cie Fractal Théâtre avec le soutien d’ARCADI et de la DRAC

 

LE NAZI ET LE BARBIER de Edgar Hilsenrath à LA MANUFACTURE DES ABESSES – 7 , rue Véron 75018 PARIS – mis en scène par Tatiana Werner avec David Nathanson –

P.S. : David NATHANSON était  invité  en 1ère partie de l’émission « Deux sous de scène » sur RADIO LIBERTAIRE, le samedi  11 MAI 2013 (disponible à l’écoute sur le site « grille des émissions de Radio Libertaire » et téléchargeable.)

Qui ne se souvient pas de Charlot dans son salon de barbier dans le « Dictateur » ? Si une fleur peut encore pousser dans la fange, c’est  bien celle du rire, n’en déplaise aux bien-pensants.

Soyons lucides, certains spectateurs avec leur quota de tristesse dans la tête, ont plutôt envie d’aller se distraire en allant au théâtre. Leur dire qu’ils peuvent économiquement se changer les idées en allant voir « Le nazi et le barbier »ne tient pas de la gageure.

« Le nazi et le barbier » adapté du roman éponyme de Edgar HILSENRATH, est une farce très consistante, croustillante  qui tire ses ingrédients de la vie même de son auteur, juif allemand.

Le personnage Max Schultz est l’anti-héros par excellence, il est allemand de souche aryenne, mais batard et victime de viols répétés de la part de son beau-père. Dans les années 30, il a pour frère de lait, un juif, Itzig Finkelstein. Il devient nazi parce que c’est à la mode, puis génocidaire, ce qui lui donne l’occasion de tuer son brave ami aux yeux bleus et sa famille. Pire, après la guerre, il usurpe l’identité d’Itzig et mène la vie d’un juif, un sioniste fanatique respecté.

 A travers ce personnage odieux, nous frôlons, la schizophrénie, le quant à soi d’une identité barbare qui endosse celle d’une victime. Bourreau et victime dans le même corps, ça peut démanger et même déranger.

 « Presque toute l’histoire est une suite d’atrocités inutiles » songeait Voltaire. Sans nul doute, il eût reconnu dans la vie de Max Schultz, les mêmes horreurs qui ont conduit Candide à ne plus vouloir que cultiver son jardin.

A l’enseigne pourtant, en fin de parcours, un dieu spectateur qui se roulerait les pouces. Dans son fauteuil de barbier, Max Schultz se retrouve poings liés avec sa conscience. Dérision suprême, on lui greffe un cœur de rabbin.  « Si  Dieu est mort, tout est permis » faisait dire à un de ces personnages Dostoïevski.

Dans ce portrait cynique de ces bouffons qui usurpent nos identités  – mais lesquelles ? – se dégage la figure grotesque mais encore humaine d’un individu, dos au mur, de sa seule conscience.

Le récit de Max Schultz est épicé d’anecdotes plus truculentes, les unes que les autres. S’agit-il de la confession d’un bourreau ordinaire ? Il y a de quoi faire frémir, encore et encore notre bonhommie naturelle. Il faut tout le talent de David Nathanson, en osmose avec sa metteure en scène Tatiana WERNER,  pour réussir à  émouvoir et captiver les spectateurs pendant une heure 40.

A l’heure de l’apéritif, encore à jeun, c’est le genre de spectacle qui donne un coup de fouet au corps et à l’esprit. Attention, c’est très fort !

 Paris, le 27 Avril 2013                    Evelyne Trân

 

VICTOR EN MUSIQUE, HUGO EN LIBERTE – Brigitte FOSSEY récitante, Yves HENRY piano à la Salle GAVEAU le 23 AVRIL 2013

Textes de Victor Hugo
Piano : Chopin, Schumann, Liszt, Scriabine, Rachmaninoff, Ravel

Délicieux, ce petit concert avec Brigitte FOSSEY et Yves HENRY. Elle ne récite pas, elle joue et se donne à coeur joie à la prose poétique de  Victor Hugo, comme une petite fille s’ébattrait dans un pré. 

Une enfant émerveillée qui boit les paroles du poète et qui par la magie d’un livre ( Comme Hugo en parle lui même) rend grâce à la fée imagination qui permet aux spectateurs de revoir Esmeralda danser parmi eux, et Jean Valjean tout contrit coincé entre deux gendarmes, ou encore l’infante étonnée ou encore Hugo, tribun, appelant à combattre la misère.

Très joli choix de textes de Brigtte FOSSEY qui fait la part belle aux poèmes les plus simples, les plus émouvants de Hugo dont la fraicheur chasse l’esprit chagrin et fait  rêver au bonheur, pourquoi pas, d’être un piano entre les mains virtuoses d’Yves HENRY.

Une merveilleuse soirée !

Paris, le 24 Avril 2013                          Evelyne Trân