LE MEDECIN MALGRE LUI de MOLIERE – LOS ANGELES 1990 – au Théâtre du Lucernaire 53, rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS du 29 Mai au 24 Août 2013

Mise en scène : Quentin Paulhiac et Aurélien Rondeau Avec : Augustin de Monts ou Florent Chesné / Sophie Staub ou Amandine Gaymard ou Caroline Anglade / Lydia Besson / Sébastien Faglain / Jérôme Rodriguez ou Benjamin Bourgois / Michael Cohen ou Pierre Khorsand / Aurélien Rondeau ou Hugo Horsin

« Le Médecin malgré lui » est une petite pièce de Molière où il régle ses comptes avec les médecins. Son écriture étonnamment moderne a dû inspirer des humoristes tels que Coluche.

 Il s’agit d’une comédie très légère où à coups de crayon incisif, Molière dénonce le charlatanisme, les mariages d’argent, l‘avidité des bourgeois etc. Il parle même des femmes battues.

 C’est tout de même la marque de Molière de réussir à être léger en orchestrant la bouffonnerie de tous ses personnages.Même s’il est grossier et brutal et  quelque peu ivrogne, Sganarelle, le médecin malgré lui, ne manque pas d’esprit. Il ne lui suffit pas de grand-chose pour retourner les situations les plus absurdes à son avantage et déclencher le rire du public.

 Le collectif LE PACK a choisi de transposer cette comédie dans la jungle urbaine américaine des années 90. Dans les bas-fonds de Los Angeles, Sganarelle a l’allure d’un sdf qui vit de petits larcins, se drogue, boit tant qu’il peut et bat sa charmante épouse. Puis changement de décor, Sganarelle qui doit officier en tant que médecin se retrouve dans un salon bourgeois américanisé et quelques clichés, un rideau en plastique où trône John Huston, un générique de feuilleton, tiennent lieu d’ambiance.

 S’agit-il d’une référence aux fast food importés d ‘Amérique ou d’une tentative d’exporter Molière aux Etats Unis ? Jouent-Ils Molière dans ce pays de cowboys ?

 A vrai dire le personnage de Sganarelle, grossier et finaud à la fois est suffisamment universel pour se prêter à tous les chantages qu’ils viennent d’Afrique ou d’Asie. Molière peut ronronner en paix, il sera toujours d’actualité.

 Cela dit, comment se passer de la langue de Molière, c’est quand même elle qui nous fait rougir, qui fait remuer nos papilles.  

 Sganarelle évidemment est assez fou pour oublier son identité moliéresque et son interprète réussit à le représenter complètement déjanté, assailli de tics d’alcoolique.

 Dans le fond, nous imaginons fort bien Sganarelle en train de relire « Le médecin malgré lui » sur l’étiquette d’une boisson alcoolisée, en prise à un délire éthylique, bombardé d’hallucinations où s’enchevêtrent dans le désordre ses rêves d’Amérique, les plus fumeux soient-ils.

  Molière continue à nous faire rire, alors pourquoi pas. Les puristes n’ont qu’à bien se tenir. Tout de même, nous voilà à l’aube du 2ème millénaire, et Molière doit rattraper le temps perdu. Au Lucernaire il a déjà atteint les années 90. Nous attendons vaillamment  son odyssée de l’espace.

 Paris, le 8 Juin 2013          Evelyne Trân

WISH de Régis IVANOV au Théâtre des Déchargeurs – 3, rue des déchargeurs 75001 PARIS – du 11 Juillet au 31 Août 2013, les jeudis, vendredis et samedis à 21 H 30.

Metteur en scène Régis Ivanov

Compositeur Alban Rouge

 Production  : Co-Réalisation Les Déchargeurs / wish theatre

Avec Benoît di Marco, Marion Servole en alternance avec Mélanie Aguilar Fauconnier et Régis Ivanov

Parlent-ils une langue étrangère ces deux énergumènes, un patron de grande distribution et une responsable commerciale qui se renvoient la balle d’une marque de maroquinerie à la mode, dans un one man’s land, comme deux insectes en pleine esbroufe gigotant  dans une boite d’allumettes ?

 La boite d’allumettes peut bien figurer l’aspect explosif de la crise mondiale. A l’intérieur, les deux personnages, même s’ils ne pèsent pas lourd, sont bien représentatifs des gros fils qui sous-tendent  en l’espèce,  notre représentation du monde du travail,

 Wish est un leurre qui va permettre pendant toute le durée de la pièce à deux individus de se confondre complètement avec leur rôle social, jusqu’à se convaincre de n’exister qu’à cause de ce leurre.

 Pourtant la balance n’est pas égale. Nous avons d’un côté une jeune commerciale naïve et pleine de foi, et de l’autre un patron cynique qui s’amuse avec sa future proie. L’une a la couleur de l’avenir qui ne cesse de parler de renouveau, l’autre celle du passé décoloré mais encore juteux.

 Fils noirs et fils blancs s’enchevêtrent : qualité prix, commerce équitable, malfaçon, bien être des consommateurs,  corruption, catastrophe humanitaire et morale à l’horizon à cause d’une production malsaine d’une partie de l’humanité contre laquelle il faudrait se défendre becs et ongles sans souci de rentabilité, ben voyons !

 Ils le savent pourtant bien ce patron et cette jolie commerciale qu’il  faut appartenir au gros fil pour entrer dans le trou de l’aiguille et profiter de la vie.

Nous voilà bien loin de l’image d’un vieil artisan, amoureux de son travail,  qui continue aveuglément à faire confiance à son  bout de fil léger mais tenace, quand la qualité n’avait pas de prix.

 Loup aigri contre jeune louve, les deux comédiens assurent avec beaucoup d’aplomb et de présence leurs personnages qui frisent une caricature hyperréaliste.

 Le genre de spectacle à avaler cul sec pour se griser un peu, histoire d’oublier ses chagrins d’employé ou de patron. Mine de rien c’est cruel !

 Paris, le 7 JUIN 2013                      Evelyne Trân

 

 

Un rapport sur la banalité de l’amour. Hannah Arendt et Martin Heidegger, histoire d’une passion de Mario DIAMENTau THEATRE DE LA HUCHETTE 23 RUE DE LA HUCHETTE 75005 PARIS Du lundi au vendredi à 21h15 et le samedi à 16h30 à partir du mercredi 24 avril 2013

Adaptation et mise en scène,  André Nerman  avec Maïa Guéritte (Hannah Arendt) et André Nerman (Martin Heidegger)

BANDE ANNONCE VISIO SCENE

 P.S. : Un interview d’André NERMAN et Maïa GUERITTE au Théâtre de la HUCHETTE  a  été diffusé lors de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » du Samedi 22 JUIN 2013 sur Radio Libertaire (89.4) .

 L’évocation de l’histoire d’amour entre Hannah Arendt et Martin Heidegger, ces deux maîtres penseurs du 20ème siècle, qui ont connu l’avènement du nazisme et la shoah,  relève de la fiction, et l’auteur de la pièce, le souligne lui- même.  Il n’en demeure pas moins qu’il s’est beaucoup documenté, qu’il s’est appuyé sur les correspondances de ces deux personnages, et que sa pièce éprouve la trace de leurs voix avec une évidence somme toute humaine. Est-ce donc cela la banalité ?

 Contrairement au titre de la pièce qui fait référence au concept de la banalité du mal d’Hannah Arendt, il ne s’agit pas de banaliser une réalité pour le moins subversive : comment une femme juive aussi entière, rigoureuse et courageuse qu’Hannah Arendt a-t-elle pu aimer et défendre un homme  qui a collaboré avec le régime nazi ?

 Il n’importe, l’idée que deux êtres opposés par leur histoire, leur condition, leurs objectifs aient pu se rencontrer, s’aimer, et même s’entendre, cela présume de la capacité de l’humain à dépasser ses propres ornières et l’amour qui ne peut rentrer dans aucun discours, lorsqu’il existe, participe de l’intelligence d’un être.

 En ce qui concerne Hannah Arendt, nous voudrions croire que l’amour qu’elle nourrissait de l’intérieur pour Martin, ne l’aveuglait pas mais devenait  l’augure de sa réflexion sur la banalité du mal à laquelle elle entendait se rattacher pour mieux la combattre.

 Il n’est pas nécessaire d’avoir connaissance des œuvres d’Heidegger ou d’Hannah Arendt pour être interpellés par l’histoire d’amour de deux êtres qui rappellent le poème  d’Aragon « Il n’y a pas d’amour heureux » écrit en pleine  guerre. Même si l’on s’aime  explique Elsa Triolet, il n’est pas possible de rester insensible au malheur autour de soi.

 Le poids de la grande histoire se dresse comme un grand arbre, la vie d’Hannah parait incroyable. Quelles souffrances n’a-t-elle pas  endurées en aimant un homme qui l’a trahie ? Par contraste Heidegger est plutôt falot. Mais il s’agit d’un tandem, d’un couple, et leurs confrontations sonnent juste, elles nous renvoient à nos propres dilemmes et contradictions.

 Maïa GUERITTE qui exprime tous les déchirements d’Hannah Arendt est bouleversante. Nous entendons encore cette phrase jetée aux pieds d’André NERMAN, qui campe un Heidegger, tour à tour suffisant, séduisant puis confus et malheureux : Mais vous ne connaissez pas le cœur des femmes !

 Faut-il entendre que l’amour ne peut pas être récupéré par le politique, pire qu’il est amoral ?

 Il ne faut pas nier que si Hannah Arendt et Martin Heidegger ont laissé s’ébruiter leur amour c’est qu’il avait une place dans leur vie « idéale ». De ce point de vue la pièce de Mario DIAMENT a une dimension philosophique, voire métaphysique qui fait écho aux écrits de ces penseurs, en suggérant une fusion entre ébats de la pensée et ébats du cœur.

 En tant que fiction, la passion déchirée par l’histoire d’Hannah Arendt et d’Heidegger pose l’arbre dans la forêt. Cela remue le cœur, celui du spectateur convié à respecter ce bruit-là.

 Et c’est tellement  bien exprimé par les deux comédiens, Maïa  GUERITTE et André NERMAN. Un moment d’émotion, voyez-vous, qui  circule entre les êtres quels qu’ils soient, célèbres ou pas comme un aveu d’amour derrière l’affiche de banalité.

 Cela est en ce moment  au Théâtre de la Huchette. Un spectacle passionnant dans tous les sens du terme qui donnera sûrement envie de lire ou relire les écrits d’Hannah Arendt et d’Heidegger – ce qui n’est pas un mince mérite –  avec en arrière fond pour les romantiques, les bruissements des ailes d’Héloïse à l’égard d’Abélard, banals ou précieux, c’est le cœur qui choisit.

  Evelyne Trân

 

LA NAIVE de Fabio MARRA – Mise en scène de l’auteur – au THEATRE POCHE DE MONTPARNASSE – 75 bd du Montparnasse, 75006 Paris – Du 21 mai au 30 juin Du mardi au samedi à 21h30 et dimanches à 17h. Relâche le 26 mai

Sonia Palau

Georges d’Audignon

Valérie Mastrangelo

Aurélien Gomis

Floriane Vincent

Fabio Marra

 

Sans aucun doute Fabio MARRA aime créer des personnages. Celui de la naïve lui a peut-être été inspiré par des personnes réelles. A vrai dire, nous avons l’impression qu’il y met beaucoup de lui-même et que l’attention qu’il porte à la nature humaine, lui permet de brosser des portraits forts croustillants qui relèvent de la comédie, la comédie de la vie à bâtons rompus.

 Ils ont aussi cela d’authentique ces personnages c’est qu’on les croirait cousus main sur les comédiens.

 Avec la naïve, il s’empare d’un lieu commun à la farce, à la comédie de boulevard mais de façon très crue, celui de l’adultère avec pour toile de fond, la condition d’une famille de Naples, qui se débat dans la misère, pour cause de chômage.

 Il s’agit donc d’une comédie populaire, puisque que les personnages ne sont pas des bourgeois, mais de simples ouvriers. En raison de son inactivité forcée, le mari n’a pas d’autre loisir que de tromper effrontément son épouse, la naïve.

 La force de la comédie tient à la tension dramatique qui noue les personnages, leur situation précaire .La misère auxquels sont acculés les membres de toute une famille, il la brosse avec un humour, un sens du comique absolument décapant. En somme ce qui devrait nous faire pleurer nous fait rire aux larmes.

 Car il s‘agit d’humains complètement à bout de leur humanité, filmés dans une cocotte-minute qui n’arrête pas de siffler pour finir par exploser.

 La seule qui ait un travail peut encore être bonne et naïve mais les autres n’ont pas d’autre répondant que leur méchanceté, leur férocité, ou perversité.

 Les comédiens expriment l’outrance et la grossièreté de leurs personnages avec une telle vitalité qu’un dessinateur serait bienvenu de dresser leurs portraits à couteaux tirés. Gennaro, notamment,  le beau-père insupportable, joué par Georges d’Audignon devrait figurer dans une anthologie de bande dessinée.

 Dans ce cocktail explosif à l’italienne, la comédienne espagnole  Sonia Palau « la naïve » est formidable.

 Le spectacle est un superbe moment de détente, digne d’une lecture du «Canard enchaîné ». Manifestement Fabio MARRA a du style. Quel est donc son secret ? Sinon une belle dose de naïveté, cette petite flamme tremblante d’humanité qu’il ajoute au tragique et burlesque de la vie. Juste un petit soupçon d’innocence, oh combien bienvenu sur nos regards blasés et corrompus.

 Paris, le 26 MAI 2013                                             Evelyne Trân

CABARET BORIS VIAN – mIse en scène de Serge Bagdassarian au STUDIO-THEATRE – Galerie du Carrousel du Louvre 99, rue de Rivoli 75001 PARIS

avec Véronique VELLA, Cécile BRUNE, Florence VIALA, Françoise GILLARD, Elsa LEPOIVRE, Serge BAGDASSARIAN, Stéphane VARUPENNE, Jérémy LOPEZ, et les musiciens Benoît URBAIN, pianiste, accordéoniste I Philippe BRIEGH, saxophoniste,clarinettiste, violoniste I Florence HENNEQUIN, violoncelliste I Hervé LEGEAY, guitariste I Stéphane VARUPENNE, tromboniste.

Instant privilégié, rêve d’ouate et de luxe, écrin géant où se mettent en place sur le taffetas rouge, dans leurs beaux costumes, des figurines dansantes sur la  rivière d’eau dormante de leur magicien. Tous les rêves sont permis avec Boris Vian, et l’écrin géant, c’est un peu touchée par la grâce, une jolie grappe de comédiens tels des fruits de mer débordant d’une corbeille de chansons.

La  première impression, c’est qu’ils sont trop beaux, trop chics, tous ces personnages pour parler la langue de Boris VIAN, le bohème, le désargenté.

D’un coup de langue dans un verre de champagne, à vrai dire, le metteur en scène Serge BAGDASSARIAN se risque de façon trompe l’œil, dans tous les manèges de son mentor avec une innocence éblouie.

Un train  d’images folles, intrépides, bouillonnantes, farfelues, mélancoliques, boulimiques, romantiques, ouvert au vent d’une musique espiègle, raffinée , déjantée. Stéphane VARUPENNE en oublie même son trombone lorsqu’il s’agit de jouer à même les mots la complainte du consommateur  quelque peu enhardi  par son élégante et suave partenaire Elsa LEPOIVRE.

Qu’ils rivalisent de talent, ces comédiens et musiciens, c’est peu dire. Le bouquet de chansons choisies par Serge BAGDASSARIAN, marie toutes les couleurs avec une prédominance pour la couleur violette, celle du sentiment. « Barcelone » chantée par Elsa LEPOIVRE  vous laisse quelques griffures, au coin du cœur, oh douceur de l’évanescence ! Comment ne pas être renversé par l’interprétation de « La marche turque de Mozart », si fruitée, douce-amère et coquine de Véronique VELLA .Boris Vian n’eût pas voulu crever sans l’entendre parler son poème « Je voudrais pas crever » car il est dingue, dingue d’amour pour la vie.

Boris Vian faisait feu de tout bois parce qu’il était pressé, pressé par l’amour. Il avait l’humeur chaude, mélancolique, sensuelle. C’était un touche à tout bizarre, et surtout des femmes qu’il sait si bien faire grimper aux arbres avec « Johnny fais-moi mal » et « Une bonne paire de claques dans la gueule »

Et puis on n’est pas sérieux quand on s’appelle Boris Vian, qu’on tire aux cartes avec ses chansons et on a même le droit de tricher. La seule règle c’est de prendre du plaisir et de se donner à fond.

Le bonheur des comédiens et des musiciens, oiseaux chanteurs, secoue si bien l’arbre imaginaire de Boris Vian, que tous les spectateurs à l’issue du spectacle auront l’impression d’avoir à portée de main, à portée de cœur, leur propre tirelire de chansons, un véritable petit trésor.  

Paris, le 25 Mai 2013                              Evelyne Trân

 

 

 

LA PATIENTE de Anca VISDEI au Théâtre du Mais – 37 RueVolta 75003 PARIS – Mise en scène de Pauline MACIA, avec Barbara LAMBERT et Michaël COHEN – Du 6 Avril au 26 Mai 2013 – les dimanches à 15 H, les samedis à 19 H

La rumeur courait que certains psychanalystes avaient des relations amoureuses avec leurs patientes. J’avais interrogé à ce sujet une camarade psychologue qui m’avait répondu très sérieusement « Ça peut arriver ».

 La comédie fort croustillante d’Anca VISDEI laisse supposer qu’elle a elle-même connu le divan de l’analyste. Dans tous les cas, elle tire si habilement les fils des entretiens entre la patiente et son docteur de l’âme, que les spectateurs ont l’impression de s’introduire dans celle de ce docteur auréolé de son devoir professionnel, certes, mais qui n’en reste pas moins un homme.

 Les psychiatres ne s’offusqueront pas de voir un de leurs collègues tomber amoureux de sa patiente. Ce n’est pas un sacrilège dès lors que toutes les règles de l’analyse sont respectées. Le transfert amoureux d’une analysante vers son analyste fait partie de l’analyse. Dieu merci, tous les médecins n’ont pas le coup de foudre pour leurs clientes, sinon la profession  mettrait la clé sous la porte.

 En attendant que l’amour frappe à la porte, nous avons l’opportunité d’assister à la cure d’une jeune femme qui se déroule sur plusieurs mois, et de voir évoluer les deux personnages dans leurs comportements, leurs attitudes, comme dans la vie somme toute.

 Qu’il est agaçant tout de même ce psychanalyste capable de répondre du tac au tac aux agressions verbales de sa cliente très exubérante, sans jamais se démonter, observant un calme olympien, avec un léger sourire ironique.

 A vrai dire cet analyste est plutôt sympathique et si nous avions son adresse, nous serions très enclins à prendre rendez-vous. Il est déjà pris hélas, et c’est tant mieux pour sa charmante cliente.

 Chassez le naturel, il revient au galop. Pile ou face, monsieur le psychanalyste ? Face, vous allez l’air d’être très sérieux, pile, seul dans votre cabinet, vous apparaissez particulièrement chamboulé, pris au piège de l’amour. Votre cliente arbore des tenues plus acidulées les unes que les autres, elle est vivante, elle est craquante, et elle n’est pas idiote,  comme nous vous comprenons !

 Barbara LAMBERT et Michaël COHEN excellent tous les deux chacun dans leurs personnages. La mise en scène très efficace est à la hauteur de la comédie légère, pétillante, drôle et brillante. C’est illuminant, gracieux et ça donne même à réfléchir. Si le cœur vous en dit, sachant qu’il s’agit d’une affaire très sérieuse que celle de décider de faire une analyse, commencez donc votre cure en allant au théâtre. Il n’y a pas de meilleure  thérapie pour relever ses cernes qu’un peu de rire avec une rincée d’intelligence.

 Paris, le 19 Mai 2013                 Evelyne Trân

 

LA TEMPETE DE William SHAKESPEARE, mise en scène de Philippe AWAT au Théâtre d’IVRY ANTOINE VITEZ – 1, rue Simon Dereure 94200 IVRY du 13 Mai au9 Juin 2013

Mise en scène Philippe Awat traduction et adaptation Benoîte Bureau assistante à la mise en scène Magali Pouget effets scéniques Clément Debailleul compagnie 14:20 espace scénique Benjamin Lebreton lumière Nicolas Faucheux assisté de Fabrice Guilbert création musicale Victor Belin et Antoine Eole création sonore Emmanuel Sauldubois création costumes Pascale Robin assistée de Marine Bragard maquillages et coiffures Nathy Polak travail corporel Véronique Ros de la Grange
avec Thierry Bosc, Mikaël Chirinian Xavier De Guillebon, Laurent Desponds, Benjamin Egner, Malik Faraoun Serge Gaborieau, Florent Guyot, Pascale Oudot ,Jean Pavageau, Angélique Zaini

 La Tempête,  dernière œuvre de Shakespeare, est une tragi-comédie fascinante, portée de bout en bout par une réflexion sur la condition humaine, très ouverte.

 Prospéro, un mage vieillissant y incarne toute la suffisance d’un homme doté de pouvoirs surnaturels, un demi-dieu en quelque sorte, qui ébloui par ses pouvoirs finit par comprendre qu’ils n’apportent pas de réponse à ses questionnements sur la nature humaine.

 Par désir de vengeance à l’encontre d’un frère qui a usurpé son royaume, aidé par Ariel, l’esprit de l’air, il orchestre la tempête qui fera échouer sur son île, son frère, le roi de Naples et quelques napolitains.

 Le cauchemar que vont vivre ces personnages est symptomatique de la misère morale et spirituelle de petits hommes qui se débattent comme des insectes pris au  piège. Prospéro les considère tous avec mépris, dont le bât va le blesser dès lors qu’il devra examiner le sort de sa propre fille, Miranda à qui il entend donner pour époux Ferdinand, le fils du roi de Naples.

 Thierry BOSC infuse tout son aspect humain au personnage de Prospéro, exprimant les déchirements d’un homme vieillissant (Comme le Roi Lear) qui sait que le glas va bien sonner. Il lui faut redevenir solidaire de la misère des autres humains.

 A cet égard, Caliban, demi-monstre, superbement joué par Florent GUYOT, configure le personnage le plus humain de la pièce, il est à la fois le plus enchainé, esclave de Prospéro, et le plus libre parce qu’il peut parler à partir de sa propre expérience, sans avoir recours à aucun pouvoir qu’il soit surnaturel ou livresque. C’est un poète hypersensible, capable physiquement d’être en symbiose avec la nature, alors même qu’il est désigné comme un monstre et qu’il se conduit comme tel.

 La 3ème figure emblématique de la pièce c’est Ariel, un esprit de l’air. Pascale OUDOT lui donne toute sa densité aérienne. C’est un esprit  secourable qui n’a d’autre réalité que celle d’être entendue, appelée. C’est Ariel qui respire au bout de chaque branche, au bout de chaque feuille, bourgeons d’humains que ne peut s’empêcher d’invoquer Prospéro.

 » Nous sommes faits de la matière dont les rêves sont faits et notre petite vie court du sommeil d’avant la naissance à celui de la mort ». fait dire à Prospéro,  Shakespeare.   Cette réflexion qui parait incontournable, n’empêche pas de vivre et d’accepter d’être le jouet d’illusions car dans le mot illusion, il y a l’idée de la lumière, du jour, et quand bien même les humains ne seraient pas les auteurs de leurs rêves, ils les vivent.

 La dimension fantastique, féérique de cette épopée humaine est fort bien agencée par le metteur en scène qui privilégie cependant l’aspect cauchemardesque,  en plongeant la scène dans une obscurité, très pesante,  celle-là même, s’ils en étaient vraiment conscients, que devraient soulever chacun des protagonistes pour devenir cette brèche humaine qui dialogue avec l’univers.

 Car Shakespeare décrit des êtres à la fois prisonniers des autres et d’eux-mêmes, qui n’ont d’autre lumière que celle de leurs désirs et Prospero n’échappe pas à la règle puisque sa motivation première est la vengeance.

 La scénographie fait naturellement appel à la magie et la vision d’un Ariel flottant en l’air est très impressionnante.

 La couleur noire de la mise en scène pourrait faire penser à certains tableaux de Soulages. Sous l’enclume, le texte tellement exaltant de Shakespeare d’un point de vue philosophique et poétique, peine parfois à respirer.

 Cela dit, les spectateurs retiendront de ce spectacle, sans conteste, de superbes tableaux, où les figures de Prospero, Caliban et d’Ariel se détachent de façon toute shakespearienne, véhémente, tragique, avec toujours cette note de comique et d’humour qui est la marque de tendresse de Shakespeare pour ses personnages.

 Paris, le 18 Mai 2013         Evelyne Trân

 

 

 

44 Duos pour violons de Béla BARTOK – Spectacle musical à l’Essaïon 6 rue Pierre au Lard 75004 PARIS – Mise en scène de Jean PETREMENT- jusqu’au 24 Mai 2013, les jeudis, vendredis, samedis à 21 H 30 .

Avec  Jean PETREMENT et aux violons :

Leonard STEFANICA et

Clément   WURM

 Les 44 duos pour violons de Béla BARTOK sont de véritables petites perles musicales, à l’état brut, inspirées des airs populaires de la musique paysanne hongroise s’étendant aux territoires slovaques,serbes et roumains.

 A la faveur d’une commande pour une nouvelle méthode de violon, Béla BARTOK composa ce bouquet de duos en 1931, puisant, dans le vivier des mélodies paysannes, les airs les plus représentatifs d’une musique qui renferme en quelque sorte l’âme de tous ceux qui l’ont véhiculée et qui semble rejaillir des racines mêmes de leur terre, pour devenir leur langue musicale.

 Il est possible d’écouter seulement la musique, mais il faut reconnaitre que l’on assiste aussi à une sorte de chorégraphie naturelle des archets sur les violons, ce qui plonge l’oreille dans le mouvement inouï des êtres et des choses. Etrange sollicitation de tous les sens à  partir de quelques bulles d’air qui tirent leur résonance, on le sent, aussi bien de l’impact de la main sur la charrue, que du ressenti rude, chargé d’embruns et de soleil, émulsionné, presque sauvage. C’est l’oreille qui travaille la terre, qui y plonge physiquement avec pour seul ferment l’âme de la musique.

 La mise en scène de Jean PETREMENT, sorte de clin d’œil à BARTOK nous décrit un personnage entier, en quelques évocations de sa vie difficile (Il quitta sa chère Hongrie à 58 ans parce qu’il refusait le régime nazi) dévouée à l’exploration de cette musique paysanne peu connue. Ces évocations s’intercalent à travers les 44 duos qui forgent le dialogue entre deux jeunes musiciens très inspirés, soucieux d’exprimer,  aujourd’hui, à partir de leurs propres expériences, leur bonheur de toucher cette matière si  riche, si dense, si physique.

 Un spectacle à l’essence de Béla BARTOK, secrète et profonde, mais aussi ruisselante de fraicheur par sa simplicité. Car ces mélodies, disait-il, doivent être « des exemples pour la qualité et la densité sans égale de la pensée musicale qui s’exprime sans détail superflu ».

 Une grande leçon de musique !

 Paris, le 17 Mai 2013                  Evelyne Trân

 

Le Café Frappé de et mise en scène Gérard CHABANIER au Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie – Route du champ de manoeuvre 75012 PARIS du 11 Mai au 9 Juin 2013, le samedi à 21 H., le dimanche à 18 H.

Avec Gérard CHABANIER, Juliane CORRE, Lionel MUZIN

Musique Eric KRETZ, au piano Akémi SOUCHAY

Décor Sandrine LAMBLIN et Philippa BUTTLER

Si vous avez envie de passer un bon moment, attablés à une tasse de café, dans un décor de rêve, sans vous prendre la tête et bailler aux corneilles, rendez vous au Café Frappé du Théâtre de l’Epée de Bois.

Vous serez accueillis par deux serveurs et une serveuse tout à fait « branques » qui n’ont pas d’autre ambition que celle de récréer l’ambiance des Cabarets 1945-à 1960 quand sévissaient de drôles de loustics tels que Roger Pierre et Jean Marc Thibault, Francis Blanche et Pierrre Dac etc.

Pari réussi et sans une gousse d’ail de nostalgie.Les  gugusses ont dans leur tablier ce qu’il faut pour retourner l’estomac et faire plier de rire leurs clients.

Des recettes de grands parents et pourquoi pas. Accompagnés d’une jolie pianiste qui égrène quelques  airs d’Eric KRETZ,  ces joyeux drilles illustrent avec panache qu’il suffit de déboucher un peu son imagination pour rire,  à partir de situations les plus dérangeantes mais si proches du quotidien, sans même faire référence à l’actualité.

Leurs sketches ont le bon sens de se saborder les uns les autres sans fumisterie aucune, disons plutôt qu’ils se renvoient la balle, courts et efficaces,  avec une rapidité digne de numéros de jongleurs et une diversité de bon aloi . En effet, ces apôtres du rire maitrisent aussi bien l’art du mine que celui de la contrepéterie ,  ils nous délectent de chansons « A la claire fontaine » et nous médusent, mine de rien,  avec des tours de magie comique.

Un cocktail de loufouquerie fort bien bien fouetté, agrémenté de pochettes surprises dont nous ne dirons mot pour laisser aux spectateurs la primeur de la découverte.

Une heure 15 de plaisir bon enfant, de plaisir tout court !

Paris, le 13 Mai 2013                                     Evelyne Trân

 

 

LA NUIT DES ROIS de William Shakespeare – Mise en scène Serge Lipszyc – au Théâtre de l’Epée Bois à la Cartoucherie – Route du Champ de Manoeuvre 75012 PARIS du 10 Mai au 9 Juin 2313

Mise en scène Serge Lipszyc

Avec Bruno Cadillon, Gérard Chabanier, Juliane Corre, Jean-Marc Culiersi, Valérie Durin, Serge Lipszyc, Sylvain Meallet, Lionel Muzin, Henri Payet

Scénographie Sandrine Lamblin – Costumes Anne Rabaron – Lumière Jean Louis Martineau

Dans la salle en pierre de l’Epée de Bois, un objet insolite, d’une grande beauté, intrigue tous les regards. Il fait penser à une sorte d’insecte géant de l’espèce des libellules, figé dans le temps par suite d’une tempête.  Il s’agit en réalité d’un bateau échoué de l’époque Elisabéthaine, dont les voiles se dressent encore.

 La Nuit des Rois, mais pourquoi donc ? Parce que c’est la 12ème nuit de Noël, l’épiphanie qui commémore l’arrivée de rois mages, un jour de fête célébré dans toute l’Europe, où l’on se travestissait comme au carnaval. Cette pièce fut jouée à la cour d’Elisabeth 1ère, le 6 Janvier 1601, soit plus de 4 siècles avant notre ère.

 Il faut le souligner parce qu’étonnamment, cette pièce respire la jeunesse et la fantaisie, un véritable festin pour le cœur et l’imagination, avec en ligne de mire l’amour, sous toutes ses formes ou derrière tous ses masques.

 Par jeux de miroir, redoublés, des chemins de traverse romanesques, surprenants, les personnages jouent à cache à cache avec l’amour, cet amour qui finit par exploser,  en dépit des apparences souvent trompeuses.

 A l’époque d’Elisabeth 1ère, les femmes n’avaient pas droit à la scène, de sorte que leurs personnages étaient joués par des hommes. Le metteur en scène se fait un malin plaisir de respecter la tradition et va plus loin encore …

Sachant que  chaque humain porte en lui aussi bien des composantes féminines et masculines, il suffit d’adapter son regard à la situation. Qu’est ce qui est le plus important en somme, le rôle que joue Olivia dans la pièce ou son aspect physique ?

C’est son rôle qui est déterminant, bien davantage que son physique. En vérité, Shakespeare suggère qu’il n’y a pas tant de différence entre l’homme et la femme. Les conventions ont creusé cette différence, pour le pire et le meilleur, allez savoir.

Quel bonheur de voir jouer une femme par un homme, de façon naturelle, sans affectation, nous voilà bien loin de la « Cage aux folles », Bruno Gadillon excelle dans le personnage d’Olivia.

C’est l’esprit de la farce qui domine dans cette pièce mais délayé tout de même par des personnages qui ont la droiture de leurs sentiments, capables de grandes envolées poétiques et de pensées très philosophiques.

 Il ne faut pas chercher d’autre intrigue que celle de l’amour qui tisse contre vents et marées sa toile, histoire de se laisser porter comme de vrais aventuriers naufragés, par cette pièce qui pétille de fraicheur, qui regorge de traits d’esprit.

 Et les comédiens libèrent tout ce charme, à cœur joie, sous la houlette du facétieux metteur en scène Serge Lipszyc.

 Paris, le 12 Mai 2013                  Evelyne Trân