EL CID ! d’après Pierre CORNEILLE – Mise en scène de Philippe CAR – Par la Compagnie Philippe CAR – Agence de Voyages Imaginaires – au THEATRE 13 – 30 Rue du Chevaleret 75013 PARIS – Jusqu’au 16 Février 2014

Distribution 

Philippe Car Rodrigue et Alonso,
Valérie Bournet Chimène et Alonso,
Vincent Trouble Le Roi Fortunando Primero, le Comte Gomez et Alonso,
Marie Favereau Elvira, le Comte Gomez et Alonso,
Nicolas Delorme Sancho et AlonsoAvec

AFFICHE EL-CID_2701686922117738132Imaginons CORNEILLE, ce grand poète dramaturge dont les pièces Le Cid, Cinna et bien d’autres figurent toujours au programme scolaire, assister à une représentation de EL CID au Théâtre 13.

Croyons qu’il suffirait de ce théâtral choc, pour qu’il émerge d’une hibernation de 4 siècles, se remette debout, la plume à la main, prêt à batailler avec de futurs dramaturges.

 Oui, Corneille se reconnaîtrait dans ses valeureux troubadours qui tiennent une agence de voyages imaginaires à Marseille et nourrissent leurs spectacles de leurs aventures. C’est d’ailleurs en sillonnant les routes d’Espagne et du Maroc qu’ils ont recréé Le Cid de Corneille.

 Corneille de son côté s’est largement inspiré d’une pièce de Guillén de Castro, racontant les exploits d’un certain Rodrigo Diaz qui a réellement existé et qui est devenu légendaire  à l’instar de Don Juan. Et à la source, oui, il suffit de laisser flotter son imagination pour écouter les voix de Chimène et de Rodrigue victimes d’un drame, il va sans dire Cornélien, puisque les deux héros voient leur amour contrarié par les conflits de leurs pères respectifs, les devoirs filiaux de vengeance passant avant leur amour. Question d’honneur !

EL CID  BISimagesCAN8COAB La pièce se déroule comme un roman feuilleton, tenant toujours en haleine le spectateur. Les cinq comédiens musiciens habillés comme des personnages de cirque, se font l’écho de toutes les interrogations du public en faisant parler le narrateur Alonso. Mais comment donc auriez-vous réagi à la place de Chimène éperdument amoureuse de l ‘assassin de son père ?

 Les saltimbanques sont à la fois conteurs, musiciens et interprètes et ils convient les spectateurs à un tour de manège fulgurant, faisant jaillir d’accessoires enfantins – une auto tamponneuse, une caravane –  les âmes légendaires de Chimène et du Cid, palpables et incantatoires. Le décalage bien sûr fait sourire, mais il nous ramène à cette réalité élémentaire : nous pouvons entendre parler Chimène et Rodrigue débattre de  leur amour, n’importe où, car la poésie de Corneille nous surélève où que nous soyons et c’est ce merveilleux-là, monté en neige qui donne l’impression aux spectateurs d’assister à un spectacle de magie.

 Les comédiens ne cessent de se transformer, ils jouent plusieurs personnages qu’ils ne craignent  pas de bousculer avec des compositions musicales de Vincent TROUBLE, inspirées d’airs et chansons hispaniques, illustrant  chaleureusement les roucoulades des deux héros.

 Le public est conquis. Il applaudit en chœur cette résurrection de la pièce  de Corneille, festive et burlesque qui de façon étonnante met en valeur les plus belles tirades de Corneille, car ne nous y trompons pas, les comédiens respectent sa poésie. Et la voix de Gérard PHILIPE que l’on entend avant la représentation souligne leur ferveur.

 Ajoutons que ce n’est pas une mince surprise de voir une enfant de 5 ans, assister à une pièce de Corneille, les yeux souriants. Précoce sûrement, il n’empêche, la vérité sort de la bouche des enfants, le spectacle est incroyablement ouvert à tout public. A ne pas manquer !

 Paris, le 9 Février 2014              Evelyne Trân

A LA FOLIE FEYDEAU, AMOUR PIANO, FEU LA MERE DE MADAME, LES PAVES DE L’OURS de Georges FEYDEAU – Mise en scène et chansons de Léonard MATTON – au THEATRE POCHE MONTPARNASSE – 75 Bd du Montparnasse 75006 PARIS

AFFICHE FEYDEAUAvec:AFFICHE FEYDEAU Stéphanie BassibeyLaurent LabruyèreLudovic Laroche

Nicolas Saint-Georges, Roch Antoine Albaladéjo,

Vous avez mal à la tête et vous êtes d’humeur morose, voire blafarde, sachez qu’il n’y a qu’un seul remède, celui que conseillait le médecin au mime DEBUREAU alias Sacha GUITRY .

« Allez donc au théâtre mon cher, pour vous dérider ».

 En guise de pastilles effervescentes, trois petites pièces virevoltantes de FEYDEAU  qui fonctionnent un peu comme la nappe tout sourire des jolies conventions qu’affectionne l’espèce humaine, qu’il suffit de tirer, ne serait-ce que du pouce, pour tout faire dégringoler.

 lafolie-feydeauPas d’odeur de sainteté chez Feydeau, ce n’est pas le drap de l’autel qui glisse, ce sont tous les lieux communs sortilèges de nos  réflexes élémentaires qui attisent parmi les sept péchés capitaux,  la gourmandise et la luxure, autrement dit la soif du plaisir.

 Feydeau a beaucoup joué sur le motif du « linge sale » et le lit est un personnage à part entière sur lequel il fait avancer ses pions, ses personnages indispensables, cocotte, amant menteur et lâche, belle-mère, domestique agent trouble, jeune fille naive, qu’il met tous en émoi, en agitant simplement sa salière de quiproquos et de malentendus.

 Dans le spectacle « A la folie Feydeau », les trois pièces, Amour et Piano, Feu la mère de Madame et les Pavés de l’ours, se mordent si bien la queue qu’on oublie leur place dans le tourniquet où s’agitent 4 comédiens aguerris, tous épatants, notamment Nicolas SAINT-GEORGES, adorable en jeune provincial en quête de cocotte. Ils sentent le Feydeau à mille lieues à la ronde, un parfum à la fois attendrissant et drôle, une sorte d’huile essentielle, agrémentée de bouquets de chansons de Léonard MATTON, illustrés par la voix suave, fraiche et colorée de Stéphanie BASSIBEY.

 Une séance de ce sauna du rire qui permet de faire transpirer à grosses gouttes nos humeurs les plus malignes, devrait figurer sur toutes les ordonnances médicales. Quelle belle revanche de FEYDEAU qui se savait médecin de l’âme, et qu’on a enfermé pour folie. Complètement inspirée, la mise en scène allègre et musicale de Laurent MATTON, est un subtil rayon de soleil, qui illumine avec facétie, les ombres zébrées des humains. Il n’y a rien plus de sérieux que le rire, c’est ce que vous ne manquerez pas d’éprouver  en allant voir « A la folie FEYDEAU » !

 Paris, le 8 Février 2014                 Evelyne Trân

 

Délicieuse cacophonie de Victor Haïm – Lecture par Simon Eine – Théâtre du Vieux-Colombier

simon BIS

 Davantage qu’une lecture, il s’agit d’une véritable interprétation par Simon EINE  d’un violoniste nommé Jacob,  un homme affable et bon, épris de beauté et aussi plein d’humour qui nous conte  d’un air étonné,  les péripéties de la vie qui l’ont conduit à commettre un acte répréhensible.

 Cela commence par une belle histoire d’amour entre Jacob le violoniste et une très belle allemande Helke et cela se termine sur un tableau  d’Arcimboldo, un superbe plateau de fruits de mer  qui explose sur une terrasse à Saint Germain des prés.

 Voilà un résumé un peu hâtif pour donner le ton  de la récréation époustouflante à laquelle nous avons assisté ce 27 Janvier 2014.

 Une récréation pleine d’esprit mais terrible car sous le couvert de la bonhomie, Victor HAIM nous montre comment le destin d’un homme « normal » va être rattrapé par la Grande Histoire,   dont la grande ombre est la Shoah . Malgré l’amour qui les unit, ni la belle allemande ni le violoniste juif ne peuvent oublier leurs origines, leurs parents. Ils n’en parlent pas, ils croient avoir tourné la page mais Helke devient folle.

Simon EINE avec toute la finesse qui le caractérise est l’interprète idéal du violoniste JACOB, un Candide que nous pourrions rencontrer dans la rue, qui nous regarderait droit dans les yeux comme un frère puisque nous nous reconnaissons en lui . 

Une soirée exceptionnelle grâce aux talents réunis d’un auteur et de son interprète, à marquer sur le livre d’or de la Comédie Française !

Paris le 3 Février 2014                      Evelyne Trân

 

 

 

 

LA PASSE INTERDITE – YANOWSKI EN CONCERT à la Salle Gaveau – 45-47 rue La Boétie 75008 PARIS –

YANOWSKIInterprètes Yanowski, auteur, compositeur, interprète
Gustavo Beytelmann, arrangements pour piano et violon
Samuel Parent, piano
Cyril Garac, violon
 
Imaginez un centaure avalé par un miroir et puis les deux mains de Jean Cocteau interloquées qui lâchent le miroir. Evidemment celui-ci se brise en mille débris de verre. L’un d’eux, c’est l’œil du centaure, l’un d’eux, c’est Yanowski.
Yanowski, on l’imagine tourner les pages d’un roman à chair fumante. Il est diabolique parce que son roman est hanté, qu’il peut le lire à ciel ouvert, que les mots sont pour lui des herbes folles, des yeux qui s’ouvrent à chaque instant.
 L’homme à la stature impressionnante, à la voix de ténor, ne quitte cependant pas du regard un moineau quelque part, derrière un buisson, blessé. Est-ce lui avec sa brindille au bec qui joue du violon sans le savoir, est-ce lui qui se pose par hasard sur le toit du piano et sourit au musicien. Le moineau, c’est l’ange qui passe rêveur sur les lèvres du poète et qui demande aux musiciens d’apprivoiser le centaure.
 Voudrait-il peupler le silence, que la musique lui répondrait. Il semble que les arrangements pour violon et piano de Gustavo BEYTELMANN se soient enchantés tout le long du voyage de YANOWSKI qui vagabonde sur les terres slaves et argentines, une sorte d’ouvroir fabuleux qui inspire ses chansons.
 Derrière l’homme qui joue de sa carapace irréelle, pour séduire fantômes, en chair et en os, il y a aussi celui capable d’être ému par la pâquerette  qui pendrait de la poche d’un grand seigneur.
 
Ah que ce poème est beau dont voici un extrait :
C’est fragile la vie d’un homme

Ca ne tient qu’à un rien
Ca ne tient qu’à l’amour
Et puis ça vous retient
De dire à tous ceux là
Qu’on aime sans mot dire
Qu’on voudrait les étreindre du bout des larmes

 Yanowski fait penser à ce vers d’Apollinaire :

 « Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme »

 Nous y avons penché les lèvres avec les musiciens superbement attentifs, Samuel PARENT au piano et Cyril GARAC au violon. Et nous sommes encore ivres, la tête dans les étoiles.  

 Paris, le 3 Février 2014                  Evelyne Trân

MACBETH de William SHAKESPEARE au THEATRE 71,Mise en scène d’Anne-Laure LIEGEOIS scène nationale de MALAKOFF du Vendredi 31 Janvier au 14 Février 2014

MACBETHTraduction d’Yves BONNEFOY
Mise en scène et scénographie : Anne-Laure Liégeois
Avec : Sébastien Bravard, Olivier Dutilloy, Anne Girouard et des comédiens issus de l’ESAD, de l’École du Théâtre National de Strasbourg, du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, de l’École de l’Académie de Saint-Étienne, de l’ENSATT, de l’École de l’Académie du Théâtre de l’Union de Limoges, des écoles supérieures Belges d’Art dramatique (distribution en cours) | assistante scénographie Alice Duchange

C’est la mort qui parle dans la tragédie de MACBETH, une mort parlée, qui hante les propos et constitue le nœud qui lie un couple, Macbeth et Lady Macbeth.

  MACBETH -Lorsque Lady Macbeth exhorte son époux à commettre le meurtre du Roi Duncan pour donner corps à ce qu’ils tiennent pour l’or de la vie, leur désir de pouvoir, elle a recours au sentiment de mère qu’elle a éprouvé « J’ai donné le sein et je sais comme il est doux d’aimer le petit être qui tète mais j’aurais arraché mon téton à ses gencives sans force , et fût-il même en train de me sourire, j’aurais fait jaillir sa cervelle si je m’étais engagée par le même serment que vous ».

 Rien n’arrête un ambitieux dans ses projets, il est capable de tuer père et mère. Or ce dont parle Lady Macbeth, c’est en réalité d’un enfant qui n’a pas survécu. Ce qui signifie que la présence de la mort, elle existe entre les deux époux.  

 Lady Macbeth entend conjurer la mort, sa douleur et ses craintes, se prévalant du fait qu’elle-même a été mère, a donné la vie et que donc elle peut donner la mort. Il est vrai que toute femme sait qu’en donnant la vie, elle engendre un être qui va connaitre la mort. Cela, elle le sait dans sa chair.

 Dans MACBETH, c’est aussi la chair celle qui unit Macbeth et sa femme, qui parle aussi bien de désir, d’orgasme que de mort.

 L’angoisse de la mort est permanente et dans sa mise en scène Anne-Laure LIEGEOIS nous montre les ébats des époux qui ont recours au plaisir pour s’oublier, noyer les cauchemars de leurs esprits tourmentés.

 MACBETH -On peut donc interpréter la tragédie de Macbeth comme la mise en scène d’une névrose de couple dont l’issue ne peut être que fatale parce qu’elle forme un huis clos d’autant plus désespéré que le couple est seul, sans progéniture.

 Macbeth et Lady Macbeth devienne fous, tour à tour, parce qu’ils ne peuvent se dépêtrer de leurs fantasmes. SHAKESPEARE accuse la folie des hommes, celle qu’il observe, mais il ne lui suffit pas d’accuser, il cherche à en comprendre l’origine, l’origine humaine. Même si le mal est incarné par des sorcières, ce n’est pas un objet en soi, une figure qu’il suffit d’écraser pour l’anéantir.

  Les sorcières sont une projection, aussi bien que le diable, des tourments des personnages. C’est dans leur tête que tout se passe et c’est pourquoi, la scène où Lady Macbeth regarde ses mains rouges de sang, est si poignante. Ce serait trop simple n’est ce pas d’effacer un crime en se lavant les mains.

 Shakespeare nous engage dans une métaphysique de l’être où chacune de ses actions l’implique vers la reconnaissance de soi en tant que sujet et non en tant qu’objet.

 Dans la mise en scène, Anne-Laure LIEGEOIS configure l’objet mort. Il est vraiment effrayant de voir inertes les corps de Lady Macbeth puis de Macbeth quand pendant plus de deux heures, on a assisté à leurs déchirements, à leurs espoirs, à leurs ébats. Leur mort n’est pas spectaculaire, elle a un visage, celui de leur désespérance et elle émeut autrement que la vision des crimes perpétrés sauvagement.

 Le défi de rendre humains ces monstres maladifs est relevé par des comédiens extrêmement physiques sur scène, émouvants et  attachants, sans ostentation, Oliver DUTILLOY et Anne GIROUARD.

 Le vent de jeunesse et d’espoir incarné par les enfants du roi assassiné, semble circuler comme l’étrange ruisseau qui borde la scène, et qui devient l’élément de lumière de cette mise en scène lorsque chacun des comédiens sont amenés  à toucher l’eau, la traverser, s’y allonger.

 Quand le mur de scène, formé de trois panneaux coulissants avance, entraine Macbeth vers son précipice, le lyrisme de SHAKESPEARE prend toute son ampleur et l’on voit et l’on entend vraiment les arbres qui marchent et qui parlent, comme si la nature invoquée avait toujours quelque chose à dire pour SHAKESPEARE.

 MACBETH -La mise en scène n’use pas que du spectaculaire, elle ne s’embarrasse pas de costumes d’époque Elisabéthaine, parce que la tragédie de SHAKESPEARE est intemporelle, les vêtements s’arrachent ou deviennent des lambeaux chez Lady Macbeth et Macbeth, ils restent des habits de convention pour les autres personnages, surlignant la froideur hautaine de la réalité, frontière de la folie.

 C’est une belle mise en scène dynamique, ensorcelante de MACBETH que nous offre Anne-Laure LIEGEOIS, qui brasse avec bonheur toutes les effluves poétiques et convulsives d’un SHAKESPEARE, plus que moderne, visionnaire.

 Paris, le 2 Février 2014            Evelyne Trân

 

 

 

 

 

 

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À Demain écriture et mise en scène Pascale Henry au THEATRE DE L’AQUARIUM à la Cartoucherie de Vincennes du mardi 28 janvier au dimanche 16 février 2014

A DEMAIN bisavec Julien Anselmino, Marie-Sohna Condé et Aurélie Vérillon

lumière Léo Van Cutsem, costumes Hélène Kritikos, son Fred Soria et Laurent Buisson, scénographie Michel Rose et Pascale Henry, régie générale Lellia Chimento

« Mais qui est ce qui commande ici ? » voilà le cri de cœur d’un prisonnier, au visage non éclairé, qui à l’issue d’un interrogatoire bizarre, une sorte de garde à vue, se retrouve face à un bureau vide.

 L’homme qui apparaît au début de la  pièce, prostré sur sa chaise, est aux yeux de la psychologue policière, un cas d’espèce.  Sans doute, le sort de cet individu louche à multiples égards, dépend- t-il du rapport de ladite policière. Cette dernière très impliquée dans son rôle tente de repêcher l’homme qui oppose à sa sagacité psychologique, son droit au silence. Il faut dire que les tergiversations mentales de la bureaucrate nous renseignent davantage sur sa conscience professionnelle et personnelle que sur l’individu en question.

Et dire que le sort de n’importe quel administré dépend de bureaucrates de bonne volonté – on les appelle les sbires – qui dépendent  eux-mêmes de chefs qui ne se préoccupent que du résultat, confondant avec des chiffres, des statistiques, les échantillons de la population qu’ils sont sensés  contrôler.

 La démonstration de Pascale HENRY est éloquente en ce qu’elle entend dénoncer,  l’inanité des rapports de force, leur absurdité dans des structures totalitaires, toiles d’araignées géantes dont les fils se repaissent des mouches absorbées.

Néanmoins,  que le spectateur ait ou pas la possibilité de s’insurger contre cette terrible évocation kafkaïenne, a-t-il  vraiment le choix de s’identifier à des personnages qui ne font pas l’objet du même traitement par la portraitiste. Si la psychologue policière nous renvoie à nos propres barricades, sa cheffayonne semble sortir d’une caricature des guignols, et le prisonnier joue le rôle de prisonnier et de bête furieuse à point nommé.

Que l’on puisse regretter qu’il fasse cavalier seul, lui aussi, avec ses propres fantasmes, cela ne nous étonnera pas. Mais nous ne voyons pas comment agir pour sa libération et la nôtre. Tous les clichés que nous avons dans la tête auront raison  de notre bon vouloir.

 Les comédiens campent avec courage les personnages d’un petit film d’horreur digne du festival de Gérardmer. Ames sensibles s’abstenir, quant aux autres, la piqûre de rappel pour nous signaler que nous vivons dans un monde de brutes, peut leur servir, qui sait ?

Paris, le 1er Février 2014                          Evelyne Trân               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’échange de Paul CLAUDEL à l’AKTEON THEATRE – 11, rue du Général Blaise 75011 PARIS – du 17 Janvier au 22 Mars 2014

CLAUDELCompagnie Boss Kapok

Mise en scène Ulysse Di Gregorio
Avec : Margaux Lecolier, Paul Enjalbert, Julie Danlébac, Bruno Sultan

Un vent de jeunesse traverse « L’échange » dont la 1ère version fut écrite par Paul Claudel en 1893 alors qu’il était jeune consul à New York. Sans doute parce que par la bouche de son jeune héros métis, Louis LAINE moitié américain, moitié indien, Claudel parle de liberté en recouvrant presque la voix de son poète préféré Rimbaud.

 Claudel est toujours pénétré de poésie. C’est l’émotion poétique qui lui permet de mettre en scène ce qu’il y a de plus banal, de plus trivial, une histoire de couples, d’échange entre des couples. Il lui faut soulever les consciences derrière la porte infernale des conventions et il y parvient en faisant passer sous cette porte une sorte de frisson tenace qui gicle sur les lèvres de ses personnages.

 Dans ce drame qui se déroule sur une seule journée, quelque part en Amérique, en Caroline du Sud, face à la mer et plus en retrait dans les habitations de deux couples, l’un pauvre, l’autre riche, en terme d’échange, ce qu’entend manifester Claudel, ou du moins ce qu’un invité étranger pourrait éprouver c’est toute l’angoisse  parcheminée qui découle de la réunion des quatre éléments : la terre, le feu, l’eau , l’air.

 Cet éclairage est un peu simpliste mais il permet de comprendre la nature de l’échange entre les quatre personnages qui recréent par le jeu de la parole, le manège quelque peu sournois de leurs inclinations tributaires les unes des autres.

 Parce que le sentiment de la terre, c’est l’essence physique de Marthe, c’est ce qu’elle ne peut effacer de sa vision de l’homme qu’elle idéalise dans laquelle elle se projette comme elle enfoncerait son visage à même la terre pour s’éprouver.

 Louis LAINE, son jeune mari qui a enlevé, un jour Marthe sans réfléchir, est un signe d’air. Il ne peut s’attacher car c’est le mouvement qui l’instruit, c’est le goût de la liberté qu’il éprouve, seul, en s’échappant.

 Plus énigmatique encore est le personnage de Lechy ELBERNON, une artiste dramatique qui se laisse dévorer, happer par la passion, qui jouit dans le tumulte et le plaisir d’enflammer le jeune papillon, Louis LAINE.

 Thomas POLLOCK NAGEOIRE, c’est l’ homme pragmatique qui prend l’argent comme du sel, qui joue avec .En vérité l’argent est son seul jeu, sa carte dans la société dont il use volontiers mais qui ne lui procure pas d’antennes pour comprendre Louis LAINE, son épouse artiste et ni même Marthe.

 Imbriqués les uns aux autres, chacun des personnages paraissent dérouler  leurs partitions, sans s’atteindre. Mais  puisque Claudel entend promulguer cet élément intermédiaire qu’est la parole, dans ce lieu même, ils se rejoignent, se  dépassant en quelque sorte. Thomas oublie un instant ses mobiles matériels aux côtés de Marthe, Louis LAINE reste ébloui par la force de Marthe qui peut embrasser la terre.

 Le motif de l’adultère, est d’ordre symbolique. A travers ses quatre personnages, Claudel malaxe avec une violence sourde nos idées reçues sur l’amour, le couple. Louis LAINE quitte Marthe non pas parce qu’il ne l’aime pas, mais  par besoin d’indépendance.

 Il s’agit d’une nécessité intérieure qui dépasse toutes les règles souscrites par la société. Et même si Marthe parait convenir aux normes, son besoin de fidélité et d’attachement est personnel.

 Le lieudit des émotions laboure les êtres du côté indéfectible du noyau de l’individu lequel n’a pas besoin d’alibi juridique et social, chez  Claudel, pour s’exprimer.

 « Le conflit intérieur des  personnages n’est pas moral mais spirituel » nous dit dans sa note d’intention le metteur en scène Ulysse DI GREGORIO. Sa mise en scène donne toute latitude aux comédiens de ne pas seulement jouer, d’être à l’écoute des paroles de leurs personnages qui parfois restent en suspension, et reviennent fouetter l’esprit comme un tourbillon d’air.

 La scène est tapissée d’un drap qui  fait penser au sable et au centre un grand fagot de bois donne envie à l’œil de raccorder en une seule image les quatre personnages qui se rencontrent, se touchent séparément,  forment les quatre branches d’un même tronc humain.

 Le puits de lumière sur cette scène c’est manifestement Marthe à qui Margaux LECOLIER prête toutes les nuances de son visage juvénile, doux et résolu. Paul ENJALBERT a l’allure d’un bel arbuste déraciné par le vent, sauvage et vulnérable, prêt à dévaler des montagnes. Bruno SULTAN est un piquant seigneur bourgeois tandis que Julie DANLEBAC, Lechy ELBERNON, tout à fait étonnante, campe une sorte de déesse antique, à mi-chemin entre la furie et l‘amazone, telle une flamme au bout d’un cierge, au bord des larmes. Il semblerait qu’elle incarne la violence des éléments, la tempête, l’océan qui ne réussissent pas à briser la résistance de Marthe, attachée à la terre.

 D’un point de vue réaliste, nous pouvons nous demander comment des personnages aussi différents peuvent se retrouver réunis en une seule journée en passant du lever du soleil à son coucher, de la vie à la mort. Mais Claudel n’est pas réaliste, de même que le jeune metteur en scène qui croit au souffle, à la seule force du verbe  pour faire rayonner les personnages, avec quelques ruades de fantasmes qui favorisent l’imaginaire, surtout l’imaginaire, pour que les yeux fermés, encore trottine, court ou galope comme va la vie, le vent de leurs paroles. Quel magnifique voyage !

 Paris, le 26 Janvier 2014                Evelyne Trân

 

 

 

CRIME ET CHATIMENT d’après DOSTOIEVSKI au Théâtre de l’ATALANTE – 10 Place Charles Dullin 75018 PARIS – Du vendredi 17 janvier au dimanche 09 février 2014

 

N.B : BENJAMIN KNOBIL était l’invité  de l »émission »DEUX SOUS DE SCENE » sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 1er Février 2014 , en  podcast sur le site « grille des émissions de Radio Libertaire ».

crime_photo_14visuel-crime-et-chatiment-webAdaptation et mise en scène : Benjamin Knobil
Avec : Dominique Jacquet, Loredana von Allmen, Romain Lagarde, Mathieu Loth et Frank Michaux
Assistanat à la mise en scène : Agathe Hauser
Dramaturgie : Carine Corajoud
Lumière : Laurent Nennig
Décor : Jean-Luc Taillefert
Assistante décor et suivi de tournée : Stéphanie Lathion
Costumes : Olivier Falconnier
Décor sonore : Jean-Pascal Lamand
Transformation des têtes et accessoires :
Viviane Lima
Administration et diffusion : Sandrine Faure

RASKOLNIKOVQuiconque est entré dans la lecture du roman « Crime et châtiment » ne peut véritablement s’en défaire. Quel dommage de ne pouvoir interviewer aujourd’hui DOSTOIEVSKI sur son chef d’œuvre. Les questions qu’il pose sont toujours d’actualité et nous concernent tous parce qu’elles nous entrainent là où nous prenons garde de poser ni les pieds, ni les yeux, la misère matérielle et psychologique, la folie, la dépression.

 C’est l’histoire du passage à l’acte d’un individu, profondément seul et désespéré qui trouve cependant un secours auprès d’âmes plutôt bienveillantes, une jeune prostituée et un juge.

 Le tour de force de DOSTOIEVSKI, c’est de nous permettre de pénétrer dans la conscience tourmentée  d’un individu de la façon la plus aiguë alors même que son crime a été motivé par l’idée primaire que si tous les salauds de la terre étaient éliminés, celle-ci se  porterait mieux.

 « La conscience de Raskolnikov est un reflet torturé …de la société dans lequel il évolue » nous dit le metteur en scène. La vérité et le drame c’est que le crime qui avait une valeur idéologique pour Raskolnikov se transforme en crime crapuleux et sordide.

 Dans l’interprétation du personnage par le comédien, ce qui résonne, c’est que d’une certaine façon, en commettant un crime, c’est sa propre vie que Raskolnikov met en gage, une pulsion de mort qui risque de se retourner contre lui-même. La pulsion de vie étant représentée par les autres personnages, Sonia et le juge notamment.

 Le roman fonctionne comme un thriller psychologique et policier.Raskolnikov est un homme blessé dans son amour propre, mais c’est une blessure entière à laquelle en tant qu’être, il s’identifie totalement. « Il y a moi et les autres », semble tout le temps dire Raskolnikov, les autres qui configurent son cauchemar éveillé.

 En définitive, le juge qui a des allures d’inspecteur Colombo sous les traits de Romain LAGARDE, joue le rôle d’un psychanalyste d’envergure qui ne flaire pas le mal pour le juger mais pour le soustraire. Cela va mieux en le disant.

 La plate-forme rotative qui fait tourner chacun des lieux très gris  où déambule Raskolnikov permet bien de saisir son paysage mental qui n’a que faire du superflu mais qui reste obsédé par la sensation de misère, de tristesse, d’abandon, tout en cherchant un peu de lumière, une raison d’aimer, d’espérer sous la porte.

 Cela chante, cela aboie comme un niche d’air malgré tout car en puisant dans l’âme de Raskolnikov, sa détresse, nous pouvons avoir le réflexe de regarder notre propre montre. Quelle  heure est-il, et comment cela va-t-il dans le monde ? Tout seul, non cela n’est pas possible. L’on entend bien que ce n’est pas la richesse matérielle que recherche Raskonikov qui fait un grand pied de nez  à la société de consommation, mais une raison de croire en l’homme . Il crie plus fort que nous et bien tant mieux, DOSTOIEVSKI nous le dit, ce sont les voyages entre les âmes qui comptent le plus, ce sont tous ses paysages  intérieurs qu’il faut explorer .

 Tous les comédiens incarnent  plusieurs personnages avec aisance, autour du saisissant interprète de Raskolnikov, Frank MICHAUX.

 L’adaptation illustre une vision du roman, émanant  d’un peintre qui dessinerait presque avec gourmandise les situations et les personnages, d’une touche impressionniste avec un regard bon vivant où la douceur et la tendresse se mêlent à la curiosité. Une ambiance qui relate avec une  simplicité rafraichissante, la flaque d’eau  bruissante en tous lieux que représente le roman « Crime et châtiment » de DOSTOIEVSKI.

 Non, ce n’est pas rien de faire surgir d’un simple manège tous les personnages de son roman, c’est une performance que nous devons à la compagnie NONANTE TROIS, basée à Lausanne, qui vient à la rencontre des parisiens au Théâtre  de l’ATALANTE,  passionnément !  

 Paris, le 20 Janvier 2014                       Evelyne Trân

 

            

CORPS ÉTRANGERS de Stéphanie Marchais – mise en scène Thibault Rossigneux – au Théâtre de la Tempête – salle Copi – du 17 Janvier au 16 Février 2014

CORPS ETRANGERSavec
Daniel Blanchard
Laurent Charpentier
Philippe Girard
Géraldine Martineau
Christophe Ruetsch (création sonore au plateau)

avec la voix et l’image de Laure Calamy
et la participation du robot humanoïde Ilumens

scénographie et collaboration artistique Thibault Rossigneux, Xavier Hollebecq et Rachel Marcus
lumières Xavier Hollebecq
vidéo Arthur Gordon et Ugo Mechri
costumes Julie Deljehier
direction technique Ugo Mechri
assistant à la mise en scène Thibault Lecaillon

La scène est plongée dans l’obscurité, celle-là même qui peut fasciner et saisir de peur un enfant qui voit la nuit tomber au fur et à mesure qu’il marche et qu’il sent coller à son corps comme un invisible compagnon inconnu.

 Se retrouver seul avec la nuit fait partie de ces expériences extraordinaires que peut éprouver un être humain, à l’origine de la dimension fantastique  de son environnement. Cette dimension est lumineuse parce que toutes les choses auxquelles on ne fait pas attention dans la journée semblent avoir à cœur de s’exprimer la nuit.

 C’est dans les ténèbres que l’on peut se soucier de l’inconnu qui vient à notre rencontre et dont tout le monde nous dit qu’il est probablement un ennemi, un assassin.

 Dans la pièce très poétique de Stéphanie MARCHAIS, il y a des personnages qui dialoguent avec la mort de façon tout à fait familière parce que la mort existe en tant qu’impression et que de cette impression peut découler des êtres qu’on dira surnaturels comme la petite fille de 10 ans que l’on sait morte mais qui possède sa propre plénitude, une sorte d’essence mystérieuse, inassimilable . La petite fille de 10 ans devient une créature insolite au même titre que son père géant et bossu devenu le point de mire d’un savant médecin, une sorte de Docteur Frankenstein qui ne supporte pas l’idée de ne pas pouvoir connaitre un homme et donc pour qui aucun homme ne devrait  avoir de secret.  

 Il faudrait craindre cet assassin en puissance, ce monstre que représente le Docteur Hunter,  mais le sage géant bossu n’en a cure et il le prouve de façon naturelle lorsqu’il se dresse sur la table de dissection, un des moments forts de la pièce, pour parler au médecin fou.

 Tout au long de son poème, l’auteure fait circuler les voix qui se déplacent en fonction de l’imaginaire de chacun, sous la commissure des ténèbres, du brouillard, fabuleux, enfantin.

 Il s’agit donc d’une fable en quelque sorte sablier qui demande aux auditeurs spectateurs de se laisser porter par le courant  de voix de personnages dénudés  sinon par leurs désirs, par leurs fantasmes.

 La mise en scène semble vouloir coller à la peau même du texte dans une traduction visuelle et sonore, sobre et suggestive. Les interprètes marchent à même la terre qui sent la terre. La silhouette gigantesque du géant nous transporte dans un théâtre d’ombres de marionnettes.  S’imprime dans l’espace comme un morceau de rêve de tableau de Gustave MOREAU.

 Il semblerait que quelques gouttes de Nosfératu soient passées dans les veines d’O’WELL le géant bossu, qu’incarne superbement Philippe GIRARD. Laurent CHARPENTIER, quant à lui, donne une dimension humaine et nerveuse au personnage antipathique du Docteur HUNTER,

Daniel BLANCHARD interprète celui qui tient aux normes très justement. Géraldine MARTINEAU qui endosse les rôles de la petite fille et de la jeune femme, tout en sensibilité, apporte la grâce, la lumière qui jaillit, qui sort des ténèbres.

 Une belle création intelligente, questionnante, qui déborde de nos quartiers  d’ombres et de silence.

 Paris, le 20 Janvier 2014    Evelyne Trân

HOMME POUR HOMME de Bertolt Brecht – mise en scène Clément Poirée – du 16 Janvier au 16 Février 2014 – au Théâtre de la Tempête – salle Serreau

Homme-pour-homme_portrait_w193avec
Bruno Blairet
Laure Calamy
Eddie Chignara
Thibaut Corrion
Pierre Giafferri
Anthony Paliotti
Patrick Paroux
Benjamin Wangermee

scénographie Erwan Creff
lumières Maëlle Payonne
musique et son Stéphanie Gibert
costumes Hanna Sjodin assistée de Camille Lamy
vidéo Nicolas Simonin
maquillages Pauline Bry
régie générale Farid Laroussi
assistanat à la mise en scène Sacha Todorov

Homme-pour-homme_portrait_w193 Voilà une pièce de Bertolt BRECHT écrite en 1925 et remaniée en 1938 qui ne manque pas de mordant. Il n’est pas évident de se replonger dans l’atmosphère coloniale de cette époque; parfois il suffit de jeter un œil dans les magazines de nos grands-parents pour se rendre compte des représentations de l’armée, la plupart du temps naïves et bon enfant.

 Bertolt BRECHT ose une véritable caricature de la fonction soldatesque en mettant en scène les tribulations d’un garnison de soldats britanniques implantée en Inde qui n’a d’autre loisir avant de partir au combat que de se livrer à l’ivrognerie et la débauche. Dans ce contexte, n’importe quel poisson pourrait se laisser prendre. Le naïf GALY GAY, docker irlandais tombe dans la soupe et est utilisé par les soldats pour jouer la doublure d’un de leurs collègues qui manque à l’appel. De fil en aiguille, contraint pas les circonstances Galy Gay doit finalement renoncer à son identité première pour revêtir celle du soldat manquant. Cela donne lieu à un monologue digne de Shakespeare :

« A quoi Galy Gay reconnait-il qu’il  est lui-même Galy Gay ? Si on lui tranche le bras et qu’il le trouve dans la brèche d’un mur, l’œil de Galy Gay reconnaitra t-il le bras de Galy Gay ? « 

 Le sujet de la pièce c’est la dépersonnalisation de l’individu au profit d’une société qui l’asservit sans état d’âme. Nous ne savons pas si véritablement Galy Gay a perdu son âme pour revêtir l’apparence d’un soldat arrogant mais la question est posée de l’homme social et de l’homme tout court qui se rejoignent dans cette parodie de la condition humaine avec des accents de cruauté que le grotesque des situations  accentue.

 Cette pièce résonne comme une marmite bouillonnante sur scène, le dispositif scénique est original, fantaisiste et festif  avec des personnages particulièrement outranciers tels que le sergent QUINTE DE SANG et Léocadia BEGBICK, la cantinière.

 La mise en scène fait appel à l’imagination avec une grande vivacité et la distribution est remarquable. La pièce de BRECHT  très riche, mérite d’être pénétrée aussi en sourdine et il faut reconnaitre que telle qu’elle est très touffue, elle demande un certain recul de la part du spectateur.

 Le metteur en scène a choisi de rentrer de plain-pied dans cette pièce de jeunesse de BRECHT sans élaguer quelques longueurs. Telle quelle, elle résonne avec beaucoup d’acuité, car ces tableaux d’époque coloniale encore tout ruisselants des apostrophes de BRECHT n’ont pas fini de nous interpeller.

Paris le 19 Janvier 2014                    Evelyne Trân