- Avec
- Mustafa Benaïbout, Loïc Brabant, Céline Chéenne, Vanessa Fonte, Antoine Philippot, Stéphan Ramirez
- Photos Ici et maintenant

IBSEN n’a pas la réputation d’un optimiste, peu s’en faut. En accouchant de PEER GYNT une pièce qu’il a écrite en 1867 lors d’un voyage en Italie, destinée à être lue et non à être jouée, IBSEN s’est rendu compte qu’il avait enfanté un monstre, mi-homme mi-troll en la personne de PEER GYNT.La pièce est longue et c’est normal puisqu’elle raconte la vie d’un homme d’une vitalité débordante mais dépourvu de complexes qu’ils soient moraux ou religieux.Peer GYNT c’est le voyou qui envoie tout valser au gré de ses humeurs. Adoré par sa mère, il se croit tout permis. Sa philosophie pourtant qui n’est pas mince tient en une seule phrase « Etre soi-même » .Vaste programme qui lui permettra de rebondir en dépit de cruelles épreuves qui finiront par émousser sa cuirasse d’égoïsme.Photo Ici et maintenant
La folie appelle la folie. Mais qu’est-ce que la folie ? Ibsen sait-il lui-même au moment où il écrit sa pièce où va l’entrainer son personnage. Forcé à fuir en raison de ses forfaits, Peer GYNT se retrouve dans une famille de trolls, véritables petits démons à langage humain. Mais Peer GYNT n’entend adhérer à aucun dogme et refuse de s’enchainer à leur verbiage démoniaque. Devenu père d’un petit troll malgré lui, tatoué d’une nouvelle phrase philosophique « Suffis-toi, toi-même » il fuit encore.
Les aventures sont nombreuses et les personnages insolites abondent tels que la Femme en vert, le Courbe, le fondeur de boutons. Peer GYNT a l’allure d’un anti-Candide il n’est ni bon, ni foncièrement mauvais. Anticlérical par nature, il devient prophète par opportunisme ou pragmatisme. Car il a un don Peer GYNT, une capacité d’adaptation aux situations les plus difficiles. Notamment, lorsque sa mère lui annonce qu’elle va mourir, il invente pour elle sa mort en faisant danser son lit et en lui racontant une fable pieuse jusqu’à son dernier souffle.
La pièce croustille des inventions philosophales de Peer GYNT qui se rengorge de ses épopées, s’oubliant dans ses palabres au point de prendre la place de ses précédentes victimes.
Leurre ou illusion, l’important c’est d’y croire ! Peer GYNT ne fait plus la différence entre ses rêves et la réalité ou alors il assiste comme un spectateur à leurs échauffourées. Quand la mort vient enfin frapper à sa porte en la personne du fondeur de boutons, Peer GYNT se révolte. Alors tout à coup, elle est perceptible cette angoisse de la mort, elle est déchirante. Mais il est tellement drôle aussi ce fondeur de boutons avec sa grosse cuiller que lorsque la déchirure se fond en berceuse au-dessus de Peer GYNT, la tête sur les genoux d’une femme aimée, c’est la poésie qui l’emporte, le rêve pour toujours.
Antoine PHILLIPOT incarne Peer GYNT avec une aisance remarquable et ses partenaires qui endossent la peau de 40 personnages totalement solidaires font tourner le manège, avec une bonne humeur contagieuse.
Christine BERG s’est inspirée du théâtre de foire pour cette fantaisie débridée et à l’aune de ce lit à roulettes qui virevolte sur la scène, la fameuse roue qui tourne pendant un vol d’oiseaux s’octroie quelques douceurs de vivre avec des tableaux fantômes à multiples facettes, qui tremblent et transpirent comme les spectateurs, à l’écoute de Peer GYNT, un saint parmi les artistes, ou bien un troll éternel.
Ajoutons que ce spectacle extrêmement sensible jouit d’une belle orchestration musicale composée par Gabriel PHILIPPOT et Julien LEMOINE.
Après ce tour de manège impressionnant, croyons que les spectateurs auront envie de lire la pièce d’IBSEN dans son intégralité. C’est le genre de fantaisie qui procure du bien être par petites vagues bien pensées :
« Sais-tu ce que c’est que de vivre ?… C’est descendre à pied sec le fleuve du temps en restant soi-même » Ce rêve là est sans dilemmes.
Paris, le 9 Mai 2014 Evelyne Trân
Auteur : Evelyne Trân
KOHLHAAS – Adaptation libre d’après Heinrich Von KLEIST au TARMAC, Scène Internationale Francophone – 159 Av Gambetta 75020 PARIS du 6 au 9 Mai 2014 puis à l’Entrepôt à AVIGNON ( Festival Off) du 5 au 27 Juillet à 18 H.
adaptation libre d’après Michael Kohlhaas d’Heinrich von Kleist
poèmes de Erich Mühsam
mise en scène Claus Overkamp
direction artistique Kurt Pothen
avec Roger Hilgers, Eno Krojanker, Annika Serong, Matthias Weiland, Marie-Joëlle Wolf
adaptation française Gil, Émile Lansman
scénographie et accessoires Céline Leuchter
constructions Gerd Vogel, Atelier Held
création lumière Michel Delvigne
musique Gerd Oly
costumes Emilie Cottam, Viola Streicher
L’histoire de Kohlhaas, ce riche marchand de chevaux qui à la suite d’une injustice, lève une armée de serfs et de mercenaires contre l’état de Saxe est absolument édifiante. Elle se déroule dans un XVI siècle sans foi ni loi sinon celles du Prince de Saxe et d’un certain Luther.
Le sentiment d’injustice peut aussi bien couler dans les veines d’un bourgeois que d’un paysan ou un prolétaire. Sa réminiscence est universelle et les créatures qui ont combattu pour la justice sont devenus des héros mythiques, qui fouettent l’imaginaire et l’inconscient collectif en s’adressant à la conscience de tout homme, de tout individu.
Edifiant mais possible qu’un homme armé de sa seule conviction fasse trembler le pouvoir en place. Dans ce combat, il y laissera la vie comme Jeanne d’Arc, Spartacus, Che Guevara et bien d’autres, mais il aura su cristalliser les efforts et la flamme de ceux qui n’ont pas eu la parole, qui luttent au quotidien pour faire valoir leurs droits, au bas de l’échelle. Car peut bien valoir la parole d’un individu isolé face au pouvoir en place.
Et voilà qu’une troupe de théâtre belge, l’AGORA THEATER s’empare de cette histoire fabuleuse adaptée d’une nouvelle historique de KLEIST, une figure littéraire allemande, incontournable.
Toute histoire doit pouvoir être racontée pensent les comédiens. En l’occurrence, ils ne disposent que de leurs hardes d’acteurs ambulants, de tours de cirque, d’instruments de musique, hétéroclites, d’un théâtre de marionnettes. Mais ils sont en communication permanente avec le public; comme dans une foire ou un théâtre de rue, ils recrachent l’histoire de Kohlhaas avec la même énergie que des cracheurs de feu.
Et l’on assiste à une chevauchée onirique incroyable où les acteurs prenant à bras le corps un drame historique lui offrent toute la démesure de leur imagination faite de bric et de broc qui a toute la fraicheur, l’innocence de l’enfance. Vraiment ahurissante, cette description de la guerre où l’on voit un tennisman alias Kohlhaas, frapper du revers une multitude de marionnettes.
Dans ce jeu de massacre jubilatoire, les enfants sont invités à jeter des boules de papiers mâchés sur la tronche des comédiens fardés et « marionnettisés ».
Le décor fait apparaitre à la fois d’un côté l’orchestre, de l’autre la loge des artistes et au centre le rideau rouge à glissières d’un théâtre de guignol.
Le metteur en scène semble refuser les frontières. C’est l’imagination qui prime, celle des corps, qui libèrent une énergie si naturelle, que les clowneries et les jeux de masques, toujours dans le champ de l’histoire, n’empêchent pas d’ouïr les accents de gravité du personnage de Kohlhaas et son message de liberté.
Après avoir mimé et porté à la dérision, au burlesque, les situations de guerre et d’impostures, les artistes conteurs et griots enfoirés donnent leurs voix à Kohlhaas, comme à un homme de notre temps.
De l’audace, toujours de l’audace avec le public, c’est la gageure de l’AGORA THEATER qui réussit à faire sourire à la fois les enfants et les adultes. Comment ne pas tirer le chapeau à cette compagnie, pour sa version complétement décoiffante du drame de KOHLHAAS, fraiche et vigorifiante, époustouflante !
Paris, le 8 Mai 2014 Evelyne Trân
AUTOUR DE MA PIERRE IL NE FERA PAS NUIT de Fabrice MELQUIOT au Théâtre Côté Cour dans le cadre des Floréales Théâtrales 12, rue Edouard Lockroy – 75011 Paris (M° ParmentierDU 2 MAI AU 1 ER JUIN 2014
AUTOUR DE MA PIERRE, IL NE FERA PAS NUIT
Une comédie dramatique et musicale de FABRICE MELQUIOT
DURÉE DU SPECTACLE 1H15 ÂGE DÈS 14 ANS
AVEC
ADRIEN CAPITAINE Ivan
LAURA DE BOISCHEVALIER Dolorès
FABIAN FERRARI Louis Bayle/Lullaby
RAPHAEL MOSTAIS Dan
AGATHE QUELQUEJAY Laurie
MATHIEU REVERDY Juste
MUSIQUE
ELVIS PRESLEY
ADRIANO CELENTANO
FREDERIC MILANO
SON FREDERIC MILANO
LUMIERE VIVIANE FOURNIER
AFFICHE MANUELE FIOR
PHOTOGRAPHIES PIERRE DOLZANI et CHRISTINE SIDNAS Pour le plaisir du texte et du jeu, six comédiens formés à l’Ecole Claude MATHIEU, se sont emparé d’une comédie dramatique et musicale de Fabrice MELQUIOT « AUTOUR DE MA PIERRE, IL NE FERA PAS NUIT ».
Le titre énigmatique ou sibyllin pourrait fort bien annoncer un poème. Ici, il annonce une rêverie bordélique faisant référence au bordel de la vie, tout court, quand toute tentative de ramener les rêves d’une tribu familiale, à la réalité, revient à désigner l‘emblématique arche de Noé.
L’étoffe de la pièce est légère. Sur la moire, on peut y lire la trame d’’une histoire familiale où comme sur une feuille, chaque nervure représente un individu et au milieu de la feuille encore duvetée, il y a un trou sur le rebord duquel il faut imaginer les nervures comme rétrécies, amputées.
Dan le frère aîné d’Yvan vient d’être tué alors qu’il était en train de piller une tombe. A partir de ce drame, qui est peut être un mauvais songe, à partir de cette détonation, Fabrice MELQUIOT laisse courir sa manivelle où sur une bande de vie qu’il fait défiler par secousses et par flash-back, tous les membres de la famille plus un étranger poète, apparaissent, comme s’ils faisaient partie du rêve de Dan.
Quand les rêves de plusieurs personnes se dirigent vers le même mirage où le même rivage, ils s’inclinent vers l’océan, ils s’oublient un instant pour devenir un point lumineux, là-bas, destiné à éclairer tous ceux qui n’ont pas dépassé la berge.
Ils sont simples les souhaits de chacun des personnages – argent, amour, Elvis Presley, Cadillac blanche- on peut souffler dedans comme dans des ballons.
Il s’agit en somme d’un rêve collectif auquel chaque comédien apporte son propre souffle avec quelques intermèdes musicaux signés Elvis Presley, Adriano Celentano et Frédéric Milano.
L’appréciation ne peut être que très subjective. Fragile est le tissu d’un rêve. Celui de la pièce « Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit » pourtant demande à être trempé par l’imagination des interprètes pour faire dégouliner toute son impertinence et son irrévérencieuse légèreté.
Mais il n’y a pas de mode d’emploi sauf à flairer le palimpseste sous le texte, et se rêver soi-même en train de jouer la pièce. C’est un tour de force qui demande sans doute quelques chuintements de manivelle, mais dont est capable la belle équipe de ce spectacle qui s’emploie à faire sourire, des clichés et des fantasmes éternellement jeunes.
Paris, le 3 Mai 2014 Evelyne Trân
RESPIRE ! d’Asja Srnec TODOROVIC – Mise en scène de Dominique DOLMIEU à la MAISON D’EUROPE ET D’ORIENT – du 30 Avril au 10 MAI 2014 du mercredi au samedi à 20 H 30 –
mise en scène Dominique Dolmieu
assistante Céline Barcq
dramaturgie Daniel Lemahieu
lumières Tanguy Gauchet
son Gwenaëlle Roulleau
avec Nouche Jouglet-Marcus,
Aurélie Morel,
Christophe Sigognault
et Federico Uguccioni
une production du Théâtre national de Syldavie
La Mort en personne a fait courir en herbes folles l’écriture de nombre d’écrivains depuis la nuit des temps. Souvenons-nous du Horla de Maupassant, d’Une charogne de Baudelaire, du Sardanapale de Byron, du Faust de Goethe, des élégies de Rilke, des souvenirs de la maison des morts de Dostoïevski, et de la ballade des pendus de Villon.
Nous connaissons beaucoup moins les écrivains de l’Europe du sud pourtant pas si éloignée de la France, géographiquement. La guerre de Croatie ou guerre d’indépendance croate dans les années 90 a subitement tourné le projecteur vers ce petit pays entouré par la Slovénie, la Hongrie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro.
Grâce au travail soutenu de la MAISON d’EUROPE et d’ORIENT et de la traductrice Mireille ROBIN, nous avons la possibilité aujourd’hui de découvrir par l’entremise de ses porte-voix, une dramaturge croate contemporaine, Asja Srnec TODOROVIC, née en 1967 à ZAGREB.
Sans nul doute la virulence de sa langue fait écho aux horreurs de la guerre qu’a connue la Croatie il y a une vingtaine d’années. L’imminence de la mort au quotidien, Asja Srnec TODOROVIC l’a vécue pendant les bombardements. Cette expérience de la mort, d’aucuns voudraient l’oublier, en faire abstraction. Mais ce n’est pas possible quant comme Asja Srnec TODOROVIC, on a choisi d’écrire. Tous les écrivains le savent, écrire n’est pas une activité abstraite, cela engage tout le corps et sa mémoire. La chair qui se meut en paroles bouleverse son propre paysage.
Des philosophes ont dit que chacun mourait seul. Ce qui est frappant, dans la pièce « Respire ! » c’est que chacun des personnages paraissent solidaires, faire cause commune. Même lorsqu’ils s’impliquent en personne, en parlant de la mort, ils s’adressent à l’autre qu’il soit public, tortionnaire, inquisiteur, ami, proche, voisin ou tout simplement inconnu.
La meilleure façon d’être pudique quand ça vous travaille la peur de la vieillesse, de la décrépitude, de la maladie, c’est d’être vulgaire. « Nous pissons directement dans la gueule de la Mort » dit un des personnages et ça on ne peut le faire qu’au théâtre. L’orgasme pour conjurer la mort, pour asseoir la dignité de l’homme sur l’autel de la béatitude. Si l’homme n’était pas capable de se moquer de lui-même, nous pourrions faire rase motte de toute la littérature.
Ce sont donc bien les hommes et les femmes qui parlent de mort, celle qu’ils donnent, celle qu’ils officient en spectacle, en cérémonies, en discours, celle aussi qui égalise toutes les conditions, à la fois universelle et subjective. Rien que ça !
« Respire ! » nous dit la dramaturge à l’issue des 24 tableaux féroces et parfois cocasses mais pas tristes à cause sans doute de cette lueur d’ironie qui berce tout le spectacle.
Dans la petite salle aménagée dans les locaux de La Maison d’Europe et d’Orient qui est aussi une agréable librairie, les comédiens évoluent au centre de la pièce entre les rangées des spectateurs qui peuvent s’éprouver comme faisant partie eux-mêmes du spectacle, en tant que témoins de ces curieuses oraisons funèbres, survoltées et étranges émanant d’êtres ordinaires, nommés par l’auteur XX, XY et XXY et pourtant totalement incarnés par les comédiens, tous remarquables.
La mise en scène de Dominique DOLMIEU n’a besoin d’aucun artifice pour faire vibrer la langue d’Asja Srnec TODOROVIC. L’émotion des interprètes, palpable, circule de rôle en rôle, d’une situation à l’autre, sans plomber l’atmosphère, enrichie par cet imaginaire invisible auquel nous convie la Mort, personnage central de la pièce.
C’est très suggestif comme si l’auteure en mettant un pied sur la tombe, avait trouvé la force pour faire parler des vivants en disant « Respire ! ».
Et cette bouffée d’air Croate est vraiment bienvenue !
Paris, le 2 Mai 2014 Evelyne Trân
Monsieur BELLEVILLE de Thibault AMORFINI au THEATRE DE BELLEVILLE – 94, rue du Faubourg du Temple 75011 PARIS du 30 Avril au 13 Juillet 2014
Texte , vidéos et idée originale : Thibault Amorfini
Mise en scène : Brigitte Sy
Assistant mise en scène : Ludovic Lamaud
Musique : Aurore Juin
Avec : Thibault Amorfini, Erwan Daouphars en alternance avec Ludovic Lamaud, Céline Groussard en alternance avec Hélène Viviès
Participation vidéo : Laurent Bréchet et Slim El Hedli
Vidéo : Caroline Grastilleur, Boris Carré, LeCollagiste
Scénographie et création lumières : Boris Van Overtveldt
Si vous rencontrez un jour dans la rue de BELLEVILLE, Monsieur BELLEVILLE, nul doute que vous aurez envie de lui décocher un sourire.
Ça fait du bien de penser que dans son quartier illuminé de lumières jaunes et vertes, de toutes sortes, celles des fruits et légumes, des enseignes des commerces et des personnes, même si vous vous sentez un peu noyé au milieu de la foule des couleurs, des odeurs, il y a quelqu’un prêt à vous accueillir avec son humeur chaude et ensoleillée, quelqu’un qui aime tant son quartier qu’il souhaite partager avec vous cette petite liqueur d’ange poétique et subtile qui lui est propre.
Monsieur BELLEVILLE est un rêveur de rues. Evidemment, il faut être un peu décalé dans la tête pour croire que tout le monde, il est beau, il est gentil. Qu’importe Monsieur BELLEVILLE n’est pas moraliste, il n’a pas dû faire science po, et si son cœur n’est pas aussi léger qu’une feuille de Prévert, justement il sait rebondir en pleine impression au quotidien, et même en quatre saisons, au gré des aventures de son regard qui devient une sorte d’entonnoir kaléidoscopique de son terrain de jeu.
La rue est pleine d’amuse-gueules pour la pensée qui s’y frotte comme le museau d’un chien toujours en quête d’odeurs connues et inconnues, qui dresse les oreilles à la hauteur des chevilles des passants .
Monsieur BELLEVILLE dit que la rue est un poème en plein mouvement. Toutes sortes de grumeaux de rêves s’y déplacent à travers les personnes qui l’empruntent pour un jour, pour une vie, pour une rencontre. Oui, c’est fantastique en soi.
Monsieur BELLEVILLE se présente comme témoin « d’une époque décousue et sans raison» mais à vrai dire son mouchoir de rêves a beau tremper dans une belle flaque d’aujourd’hui, nous ne pouvons-nous empêcher de penser que Richepin, Villon et d’autres multiples poètes anonymes sont passés par là. En témoignent, la musique et la voix qui se réveillent au son des images avec Aurore JUIN.
En grande couturière, Brigitte SY, à la mise en scène, installe la magie de ces images revenantes – qu’on appelle cinéma – qui crépitent sous les paroles de l’arpenteur de la rue de Belleville, Thibault AMORFINI.
Saluons aussi la belle présence d’Hélène VIVIES en double féminin de Monsieur BELLEVILLE ainsi que toute l’équipe de ce spectacle tout ruisselant de poésie et de vie, tendre, facétieux et interactif. Le public s’y croit vraiment à BELLEVILLE !
Paris, le 1er Mai 2014 Evelyne Trân
Sortie d’Usine de Nicolas Bonneau – Récits du monde ouvrier [Théâtre – Récit] – au GRAND PARQUET – Jardins d’Eole – 35, rue d’Aubervilliers 75018 PARIS – Du 24 avril au 18 mai 2014 – Les jeudis, vendredis et samedis à 20h, les dimanches à 15h – Relâche exceptionnelle le samedi 17 mai 2014
Mise en scène / collaboration à l’écriture Anne Marcel
Scénographie Vanessa Jousseaume
Lumières David Mastretta
Production Cie La Volige – Nicolas Bonneau (79)
Quel regard porter sur le monde ouvrier lorsqu’on n’en fait plus partie ? Le narrateur a le cul entre deux chaises parce que la fibre ouvrière, sans aucun doute, il l’a en tant que fils d’ouvrier et ce n’est pas un mince héritage. Mais il a pris le large depuis longtemps. De sorte que lorsqu’il décide de monter un spectacle pour exorciser une sorte de honte ou de fardeau supportés par le père – qui n’a rien dit pendant des années avant de tout arrêter – les ouvriers de l’usine se moquent de lui : T’es pas ouvrier , toi !
Nicolas BONNEAU en a collecté des paroles d’ouvriers, d’ouvrières.On a l’impression qu’il filme la vie de ses interlocuteurs, Gilbert SIMONEAU, soudeur à la retraite, Catherine sa femme, dans la confection, un tuilier, un délégué syndical. Mais il lui arrive d’oublier la caméra et de rentrer dans le film.
L’approche du délégué syndical est si vraie qu’elle fait siffler les oreilles. En se moquant gentiment, Nicolas BONNEAU endosse lui-même la peau d’un délégué puisqu’il rapporte les confidences, les témoignages et même les silences de ces prolétaires désormais appelés techniciens.
Seul en scène, Nicolas BONNEAU se démène parfois comiquement comme s’il était poursuivi par un essaim d’abeilles. C’est qu’elle est cruelle la boite de pandore de l’usine, et ça beau être banal tout ça, la vie, la mort, les faits divers, ça fait quand même beaucoup de vies d’hommes et de femmes qui bouillonnent suffisamment pour prendre leurs destins en mains.
Fiévreux mais pêchu, Nicolas BONNEAU entend gronder le ras bol derrière la résignation. Il dresse un état des lieux et des âmes dans leur réalité sociale, en prenant conscience que les témoignages qu’il recueille sont d’autant plus nécessaires qu’ils ne sont pas évidents. Quand le quotidien au travail devient l‘épine dorsale de toute une vie.
De mémoire de travailleurs, de mémoire d’hommes, Nicolas BONNEAU nous parle de courage, de liberté, aussi tenace qu’un crayon debout en train d’écrire leur histoire, aussi bon vivant aussi. « N’oublions pas la Rigolade », lui soufflent les ouvriers.
Paris, le 25 Avril 2014 Evelyne Trân
L’Aide Mémoire, de Jean-Claude Carrière à L’ESSAION THEATRE – 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS – Du 21 Avril 2014 au 10 Juin 2014 – Les lundis et mardis à 20 H.
Avec : Guylaine Laliberté et Michel Laliberté
Mise en scène : Patrick Courtois
Quel est donc cet « Aide mémoire » dont on parle dans les journaux ? Un joli titre pour une pièce de théâtre née en 1968, de père conteur, scénariste, parolier, metteur en scène, Monsieur Jean Claude CARRIERE.
Le héros est un célibataire endurci, plutôt séduisant et l’héroïne, une belle jeune femme aux allures de Mireille DARC, effrontée et attendrissante.
Suzanne surgit dans la garçonnière de Jean-Jacques comme dans un conte de fées. Sous prétexte qu’elle ne sait pas où aller, elle s’incruste tant et si bien que le célibataire finit par prendre goût à sa présence et en tombe amoureux.
Il ne s’agit évidemment pas d’un énième remake de la belle et la bête. En 1968, les pavés s’apprêtaient à gronder. Tous les jeunes avaient le « Peace and love » à l’esprit. Dans ce remue ménage sociétal, les pancartes sur le mariage, le travail, étaient drôlement secouées. Alors nous ne sommes guère étonnés que les protagonistes aillent à l’encontre des sacro saintes valeurs que sont le mariage et le travail.
Cela dit, ils ont les moyens de s’adonner au marivaudage et nous envions ce beau couple de pouvoir se livrer à la partition douce amère de Jean Claude CARRIERE.
Le vieux cliché, du célibataire ordonné conquis par une femme enfant en quête d’identité, comme une bonne prune très mûre parfume le jardin.
Ce jardin où une fois de plus Adam rencontre Eve. Adam alias Jean-Jacques, au tableau de chasse impressionnant, voit tomber dans son nid une Eve tellement piquante, culottée et coquine… Elle lui offre son mystère, il la prend comme elle est , sans savoir d’où elle vient, elle est paumée comme lui parce que l’important c’est la pomme … Reste plus que l’amour à conjuguer.
Guylaine LALIBERTE, fait ressortir le côté à la fois chatoyant et complexe du personnage de Suzanne qui parle comme une enfant. Michel LALIBERTE en célibataire qui fond d’amour, est très attendrissant. Tous les deux forment un très joli couple à l’avenant de cette pièce divertissante et sentimentale. Quelles petites bouffées romantiques qui s’élèvent dans notre ciel pollué ne peuvent qu’adoucir les mœurs. Apprenez à conjuguer le verbe aimer nous disent Jean Claude CARRIERE et le metteur en scène Patrick COURTOIS en symbiose.
Au théâtre de l’ESSAION, « L’aide mémoire » sent très bon la ruche et son miel.
Paris, le 23 AVRIL 2014 Evelyne Trân
MOI, LE MOT d’après un texte inédit de Matei VISNIEC – Mise en scène Denise Schröpfer – Au Théâtre LE GUICHET MONTPARNASSE – 15 Rue du Maine 75014 PARIS- 19H00 les vendredis et samedis. A 15H00 le dimanche Du 11 avril au 11 mai 2014
Avec :Eva Freitas
Rébecca Forster
Aurélien Vacher
Camille Briffa et Laurie Cousseau scénographie
Roberte Léger chorégraphie
Aurélien Vacher violoncelle
Didier Bailly composition chanson
Arnaud Delannoy création bande son
Alice Astegiani création lumières
P.S.: Denise Schröpfer, Eva Freitas, Rébecca Forster, Aurélien Vacher étaient les invités de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 25 Avril 2014 , en podcast sur le site » Grille des émissions de Radio Libertaire ».
Nous sommes envahis pas les mots et nous ne nous en rendons pas compte. Ne sommes-nous pas nous-mêmes affublés d’un prénom et d’un nom, dès la naissance. Le choix d’un prénom pour un nouveau-né, c’est si important ! Ne devra-t-il pas le porter sa vie durant !
Matei VISNIEC est un écrivain Roumain, arrivé en France en tant que réfugié politique en 1987. Il est l’auteur le plus joué au festival d’Avignon off. Avec « Moi le mot », il manifeste avec brillance sa capacité à se fondre dans la matière juteuse de quelques mots de la langue française. Chez lui, les mots se portent si bien qu’il a décidé de les anthropomorphiser pour le spectacle, le bonheur de les toucher de l’œil.
Matei VISNIEC est donc un obsédé « textuel ». Quand il observe un individu, aussitôt mentalement, il l‘habille d’un mot. Avec la même lueur coquine que nos caricaturistes de la belle époque qui illustraient les journaux avec les visages de Monsieur BIZARRE, Monsieur GRIBOUILLE, Madame FENOUILLARD et le sapeur CAMEMBERT etc.
C’est l’enfance de l’art, car les enfants adorent voir s’incarner des mots. Ils ont l’habitude de passer du mot à l’illustration ; de rester pensifs pendant une demie heure devant le mot désir accolé à l’image d’une superbe pomme rouge avec sa queue ou bien un gâteau.
Les jeunes interprètes, Eva FREITAS, Rébecca FORSTER et Aurélien VACHER, qui incarnent les mots du « dictionnaire subjectif » de Matei VISNIEC s’en donnent à cœur joie car leurs mots parlent avec beaucoup de liberté, de fantaisie et curieusement ne se prennent pas au sérieux sauf le mot UTOPIE.
Très savoureux, les discours du mot POLITIQUE sans grammaire ! Et les GROS MOTS qui empestent dans les autobus, sont si bons vivants qu’on veut bien excuser leur vulgarité.
Quelques enfants dans la salle sont aux anges et les adultes se remémorent l’époque des petites buchettes arithmétiques et leurs doigts tachés par le porte-plume en duel avec un mot.
La mise en scène de Denise SCHROPFER est très alerte. Elle a pourtant beaucoup de travail pour rassembler tous les mots de Matei VISNIEC, plutôt turbulents mais jamais méchants. Le mot PUTAIN a le goût de friandise dans cette cour de récréation. Parce qu’il arrive que des mots changent de visages suivant le contexte. L’habit ne fait pas le moine. Le mot PUTAIN suivant qu’il est prononcé par votre bouchère ou par un « costard cravate » n’a pas la même saveur. C’est du fil à retordre que doivent méditer nombre de nos écrivains.
Les mots sont en colonie de vacances dans ce joli spectacle et c’est avec plaisir que nous vient à l’esprit la poésie de Prévert, « En sortant de l’école». Dans le fond, le poète Matei VISNIEK est un apprivoiseur de mots, il les aime, il ne peut s’en passer. Pour lui « Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! ».
Paris, le 20 Avril 2014 Evelyne Trân
Camille Briffa et Laurie Cousseau scénographie
Roberte Léger chorégraphie
Androïde au Théâtre Rutebeuf – 16-18 allées Léon-Gambetta 92110 CLICHY – le 11 Avril 2014 – dans le cadre du Festival TERRA INCOGNITA

- Metteur en scène :
Aurélia Ivan
- Avec :
Michel Ploix
- Musique de : Christophe Chassol

- L’ANDROIDE PDF
Ont-ils oublié que c’est eux-mêmes qui l’ont fabriqué le robot ?Les hommes dépassés par les objets qu’ils créent, voilà une réalité qui engendre une angoisse indescriptible, parce qu’elle fouaille l’imaginaire, qu’elle se promulgue dans un aveu insensé, le désir de l’homme d’être un dieu face à ses créatures, ne fussent-elles que des objets sans âme.
L’homme doté de forces inimaginables est capable de créer des avions, des fusées, des voitures, des machines à coudre etc. Mais si ces machines occupent son espace, son temps, elles ne disposeront jamais de cette chair qui font d‘un homme un vivant parmi les fleurs, les animaux, les insectes destinés à s’évaporer.
La phrase « Dieu a créé l’homme à son image » est tout à fait réversible. On pourrait aussi bien dire l’homme a créé Dieu à son image.
Imaginez que votre culture philosophique soit à peu près nulle, que vous êtes un nourrisson face à l’univers, contentez-vous alors de faire rouler une poussette dans un espace clos et obscur en vous demandant ce qui peut bien grouiller à l’intérieur. Cette poussette fantasmatique contient-elle tous vos bagages, votre vérité, vos souvenirs ?
Quand les enfants se prennent pour des rois. Nietzche était un enfant. Dieu sait que les enfants sont proches de la création. Ils peuvent s’éblouir de la vision d’un caillou traversé par un rayon de soleil et de pouvoir fabriquer un Pinocchio en papier mâché.
On les traite de fous ceux qui parlent tout seuls. Exit donc la folie d’un homme qui parlerait dans le vide et faisons surgir l’androïde, ce mannequin robot qui prend de la place de façon fort décorative et qu’assiègent de questions un homme et une femme tourmentés par les rêves de deux philosophes Nietzsche et Slavoj ZIZEK.
Point d’orgue que cet androïde que l’on pourrait jucher sur une croix face au précipice ou figurer sur un totem au milieu de la jungle. Qu’est ce qui n’est pas possible à des êtres pourvus de volonté de puissance qui flirte avec un sentiment d’impuissance mobilisant les humeurs, la fièvre, le délire, la peur, l’hallucination ?
Pour traduire une angoisse existentielle qui va de paire avec une conscience exacerbée de la fragilité humaine, la conceptrice également interprète du spectacle l’ANDROIDE, entend mettre en relation, tous les pouvoirs de la technique qui représentent la force de l’homme faber, avec la parole vulnérable qui ne fait que ricocher sur l’acier. Pour dire dans le fond qu’il n’y a pas de surhomme mais un petit homme, virgule de salive, goutte de vanité, conscient que la vie dont il dispose le rendra toujours supérieur à une machine.
Le spectacle donne l’idée d’une page de la Tour de Babel touchée par les effluves poétiques d’un Nietzsche insaisissable. A fleur d’écran vidéo, le concret et le virtuel confondent leurs appétits de jouissance. Mais la qualité de la représentation tient à la démarche subjective de sa conceptrice, Aurélia IVAN, en accord avec ce trop-plein émotionnel, propre aux artistes qui rêvent tout haut et fort.
Autour de cet épouvantail baptisé ANDROIDE, savons-nous ce que doivent aux chants des oiseaux, les logorrhées philosophiques des hommes ? Les paroles ont cette faculté de circuler et de remplir l’espace, aussi étrange soit-il, et de le rendre humain. L’homme n’est que poussière de mots auxquels ne saurait échapper l’ANDROIDE, démonstration spectaculaire d’une rencontre de 2ème type, toujours d’actualité, entre des hommes et leurs robots.
Paris, le 19 Avril 2014 Evelyne Trân
Qui est Monsieur LOREM IPSUM d’Emmanuel AUDIBERT à l’Espace Henry Miller – 5, rue du Dr Calmette 92110 à CLICHY – du 9 au 10 Avril 2014 dans le cadre de TERRA INCOGNITA – Festival 2ème édition – du 5 au 12 Avril 2014 –

- Auteur : Emmanuel Audibert
- Metteur en scène : Sylviane MANUEL avec la collaboration de François MONNIE
- Avec : Emmanuel Audibert
- Du 09 avril 2014 au 10 avril 2014

- Photo Umberto Appa

- QUI EST MONSIEUR LOREM IPSEM PDF
S’il suffisait d’un clin d’œil pour que tout s’anime autour de soi… Tout, un bien grand mot ! Qui n’a rêvé de faire venir à lui d’un simple mouvement de cil, un objet apparemment immobile, gage de bonheur et de surprises ? Par le souffle, le regard, un mouvement d’épaule, un grattement de semelle, un ouf échappé de l’éternel oubli ? Emmanuel AUDIBERT n’est pas un prédateur comme les autres. Il ne touche pas, il rêve, il désire, il observe
l’insolite mouvement brassé par la fée électricité.
Avec des fils, des bouchons, ou n’importe quel petit objet, une épingle, un trombone, enfin du rien modelé par l’air, la lumière, il crée des personnages miniatures qui bombent le torse grâce aux capteurs sonores, branchements informatiques d’un cœur ordinateur.
Emmanuel AUDIBERT alias LOREM IPSUM déambule au milieu d’un petit village d’êtres livrés à eux-mêmes, qui font la foire et parlent chacun pour soi, certains dans une curieuse télé en forme de maison de poupée, d’autres dans un orchestre, dans une vallée ou au bord d’un précipice, dans une cage. Leurs mouvements, leurs bruits, leurs paroles, ne se répondent pas, et LOREM IPSUM qui semble avoir perdu tout pouvoir sur ses créatures doit supporter d’entendre la musique de BACH se mêler aux dialogues insipides d’une sitcom éducative.
Qu’à cela ne tienne, LOREM IPSUM continue à confectionner d’autres êtres avec des bouts de papiers qu’il réussit à rendre vivants et qu’il appelle les Humbles et les On avec une bienveillance divine.
Au premier jour, Dieu créa le verbe. LOREM IPSUM n’est que le dieu de petites marionnettes mais tout de même, il émeut lorsque secoué par des mots en convulsion, il laisse échapper ses propres vertiges et quelques plumes de Rimbaud.
LOREM IPSUM est un dieu désaccordé qui ne fait pas la pluie et le beau temps, une sorte de savant débauché qui rêve de …qui souffle sur ses créatures comme dans un songe à dormir debout comme si, oui, dans chacun de ses personnages brûlait un bout de chandelle d’un extraordinaire désir de vivre, de s’exprimer et si cela n’écorche pas la gueule, ça grandit toutes les petites émotions au ras des pâquerettes qui surgissent de l’ombre, du sommeil.
Rêve merveilleux des choses qui s’agitent quand la raison s’est couchée. Mais que font donc les choses que nous ne voyons pas quand nous ne sommes pas là. Se peut-il qu’elles se souviennent de LOREM IPSUM ?
LOREM IPSUM alias Emmanuel AUDIBERT n’a pas fini de faire parler ces petits êtres, les Humbles et les On qui ont fait une superbe démonstration de leur talent à l’espace Henry MILLER de CLICHY LA GARENNE. Le public enfant et adulte était sous le charme comme dans un conte de la Belle au bois dormant. Merci LOREM IPSUM !
16 AVRIL 2014 Evelyne Trân









