MARCHE – RITUEL THEATRAL D’AVANT LE COUCHER DU SOLEIL – PAR LA COMPAGNIE SERGE BARBUSCIA DANS LA COUR DU MUSEE ANGLADON – 5, rue du Laboureur 84000 AVIGNON – du 4 au 26 Juillet 2015 à 19 Heures –

MARCHE-977x1024D’après le texte de Christian Petr
Mise en scène: Serge Barbuscia
Composition musicale: Dominique Lièvre
Avec Camille Carraz, Aïni Iften, Gilbert Laumord, Fabrice Lebert, Serge Barbuscia

Nous pouvons nous le demander, sommes nous bonne ou mauvaise conscience, nous qui levons les yeux au ciel, nous qui passons en aveugles dans les rues pour ne pas les voir, juste les frôler les vagabonds par crainte d’être assaillis par leur misère car la misère est une maladie aussi honteuse que la lèpre.

Ne soyons pas angéliques, la misère a toujours existé, elle fait partie de notre monde, c’était déjà écrit dans la bible “Bienheureux les pauvres !”.

« Et le progrès alors ? » se mettront à glapir quelques esprits chagrins. On croirait que ce cri sort d’une poubelle qui déborde ! Et vous, est ce que vous trouvez cela normal qu’au petit matin en sortant de votre immeuble vous puissiez tomber sur des gens en train de fouiller désespérément dans un conteneur ?

Entrez vous le dans le crâne, une fois pour toutes, vous venez de heurter un fantôme qui vit dans un monde parallèle qui n’est pas le vôtre. Certes, ce fantôme vous ressemble, il a des pieds, des mains. Mais essayez de comprendre, dans sa tête ce n’est pas la même chose que dans la vôtre. Le fantôme dont vous parlez, il a largué les amarres depuis longtemps . Il n’a pas de point fixe comme vous, un logement, un compte en banque, internet, internet, un blog, un téléphone portable. Il vit dans la rue parce que la rue appartient à tout le monde, encore ! Mais ce n’est pas si sûr, souvenez vous de ce politique à Montpellier qui voulait chasser tous les mendiants parce qu’ils donnaient une mauvaise image de la ville.

Levez donc le bras au ciel ! Et le ciel, le soleil, la pluie à qui appartiennent ils ? Ne rêvez pas, il n’ y a pas de mauvais sort qui tienne ! Même le soleil a été accaparé par des hommes marchands, c’est dans les régions les plus ensoleillées que se construisent les plus belles villas autour d’un piscine ! Arrêtez avec votre angélisme ! Ok, nous arrêtons, mais laissez nous l’espace d’un instant de théâtre imaginer autre chose. Après tout cet homme qui marche en rond en bas de mon immeuble doit être très étonnant ? N’est ce point extraordinaire à notre époque de vivre sans d’autres chaines que son propre corps ? Cet homme là qui marche doit avoir des antennes comme un escargot, des antennes peut être plus disponibles que les nôtres.

MARCHE

Qui n’a pas regardé qui ? Dans une arène imaginaire où trône un fossé, cinq comédiens arpentent les parapets qui les séparent de l’homme qui marche. Ils sont comme des funambules, ils ont dans la bouche ce zeste d’émotion qui alimente le long poème de Christian PETR, l’homme qui regarde l’homme qui marche.

Les esprits sont-ils convoqués ? Le ciel, la terre, le public ?

Les comédiens du théâtre du Balcon ont investi la cour du musée ANGLADON pour en faire non pas une cour de miracles, mais une cour de théâtre ambulant. Les comédiens, ne l’oublions pas, sont avant tout des saltimbanques à la fois colporteurs et mendiants de bonheur.

Leur mission c’est aussi celle de fourrer leurs mains dans le puits de nos consciences obscures, leur mission c’est aussi de faire trembler nos âmes dans cette eau que nous croyons calme à l’abri du tumulte.

Car il y va de cette eau comme celle de nos regards, elle glisse, elle est fuyante mais elle n’est jamais complètement noire. Les cinq comédiens agitent donc leurs mouchoirs de tête, en chantant en dansant, avec une trompette, un tambour, comme des magiciens, mais ce n’est pas les oiseaux qu’ils appellent sur leurs épaules, c’est le regard du public de façon que ce regard, oui, ait le droit de se croire écuelle de vie aussi bien troublée par le vent, par le soleil couchant que par le poème d’un poète juste subjugué par un homme qui marche.

Moment de théâtre privilégié dans une sorte de jardin des Hespérides.  Certains spectateurs peuvent avoir l’impression de se trouver démunis face à la charge émotionnelle que dégage la troupe des comédiens, rejointe par celle des compagnons d’EMMAUS venus déposer leurs valises pour témoigner – l’avons nous vraiment cru – que les sans domicile fixe ne sont pas des fantômes !

Merci à Serge BARBUSCIA et à son équipe ainsi qu’à celle des compagnons d’EMMAUS pour ce grand moment de partage qui fait la part belle au public. Dans ce jardin, il se sent aussi bien qu’un arbre applaudissant !

Paris, le 19 Juillet 2015                                Evelyne Trân

Le dernier jour d’un(e) condamné(e) de Victor HUGO avec Lucilla SEBASTIANI au THEATRE DES CORPS SAINTS – 76 Place des Corps Saints 84000 AVIGNON – du 4 au 26 juillet 2015 à 11 heures – relâche les 13, 20 juillet –

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Interprètes / Intervenants

Interprète(s) : Lucilla Sebastiani
Metteur en scène : Pascal Faber, Christophe Borie
Créateur Lumière : Sebastien Lanoue
Producteur : Serge Paumier
Créatrice sonore : Jeanne Signé
Adaptatrice : Florence Le Corre
Costumière : Madeleine Lhopitallier
Chargée de diffusion : Dorothée Avet

Le dernier jour d’un condamné à mort pourrait bien figurer l’épine dorsale de l’oeuvre de Victor Hugo. Parce que paradoxalement, il s’agit d’un hymne à la vie. Victor Hugo avait 28 ans lorsqu’il a écrit ce texte . L’homme qui parle dans son cachot en attendant le couperet n’est qu’un humain au sens le plus littéral. Faut-il qu’il soit acculé à la dernière extrémité pour rendre grâce à la vie ?

L’humain condamné est jeune et sain, en pleine force de l’âge. La vie qu’il sent en lui, on est en train de lui dire qu’au nom de la loi, on va l’arrêter. Qui ça on, des juges, des bien pensants, qui tiennent pour rien l’arbre de vie que représente son corps – Vous allez me tuer en pleine chair pensante, crie cet humain, vous allez me tuer vivant alors que je suis déjà mort pour vous, parce que ceux qui condamnent à mort n’entendent pas la vie. –

A travers le regard de cet humain qui n’a plus que quelques semaines à vivre, Victor Hugo dénonce, l’attitude inique des juges qui se retranchent derrière l’écriteau de la loi. Que peuvent ils faire d’autre d’ailleurs ? Faut-il qu’une sentence de mort mette fin aux troubles de la pensée, au doute. – Oui, maintenant que cet homme a été condamné, nous pouvons arrêter de penser à cet homme criminel. Qui prouve d’ailleurs qu’il fût un homme, il n’existe plus, nous l’avons effacé . Seul le tranchant un peu rouillé de la guillotine pourrait rappeler notre geste . –

Le souvenir d’une exécution publique d’un condamné ne s’est jamais effacé de l’esprit de Victor Hugo qui a combattu sa vie durant pour l’abolition de la peine de mort. Le journal d’un condamné à mort est un témoignage ulcéré de la part d’un homme qui se demande comment rester humain dans une société aveugle, devenue une bête humaine lorsqu’elle crie “A mort” pour réclamer la tête du criminel.

Il s’agit d’un texte fort qui a du ventre, des tripes. Qui mieux que Lucilla SEBASTIANI peut mettre en valeur ce texte en chair et en os. Car il faut de l’étoffe pour incarner cette condamnée qui parle de la vie d’une façon si lumineuse. Impossible d’oublier la prestation de cette comédienne et la mise en scène de ce spectacle.

Parce que c’est extraordinaire de ressentir comment la présence d’un seul être peut remplir l’espace qu’il soit celui d’une chambre ou d’une geôle. Plus que les chaines, ce sont les ailes de cette condamnée qu’entendent éclairer les metteurs en scène, Pascal FABER et Christophe BORIE, des ailes qui fouillent la vie, de façon sensuelle, à même le sol, à même une marelle où s’écrit à la craie la vie contre vents et marées.

Il faut cette incarnation du roman de Victor Hugo pour comprendre combien il est brûlant, actuel, universel.

Et puis, il faut le reconnaître c’est émouvant d’entendre dire ce texte par une femme, de l’entendre en tant que mère évoquer sa fille Marie. Extraordinaire Victor Hugo capable de se mettre aussi bien dans la peau d’un homme ou d’une femme, nous pensons à Lucrèce Borgia, toujours à la recherche de sa vérité, qu’elle soit obscure ou palpable.

Avec un tel spectacle, il y a le risque de se retrouver face à soi même, mais ce risque d’être touché corps et âme au théâtre, vaut tous les déplacements !

Paris, le 18 Juillet 2015                         Evelyne Trân

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D’UN SOUFFLE TU CHAVIRES, librement inspiré de « Deux mots » d’Isabel Allende du 10 au 23 juillet 2015 à 17 H 30 (relâche le 20 Juillet) par la Compagnie ESCALE dans le cadre du festival VILLENEUVE EN SCENE – Plaine de l’Abbaye 30400 VILLENEUVE LEZ AVIGNON –

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Interprètes / Intervenants

Interprète(s) : Hugues Hollenstein, Grit Krausse, Guillaume Druel
Adaptation : Hugues Hollenstein, Grit Krausse
Musique : Guillaume Druel
Masques et Peintures : Lara Manipoud
Administration : Lucile Malapert
Diffusion : Lucie Arnerin-Idoux
Attachée de Presse : Catherine Guizard

Villeneuve lez Avignon, à deux pas d’Avignon, un lieu unique, la plaine de l’Abbaye, avec des arbres, des arbres envahis par les cigales. Puisqu’elles viennent de faire leur mue les cigales, les spectateurs sont invités à faire la leur avec cette manne poétique que recèle le spectacle de la Compagnie l’Escale « D’un souffle tu chavires », librement inspiré du conte “Deux mots” d’Isabel ALLENDE.

Dans une roulotte aménagée pour donner la vie à tous ces objets à la fois insolites et communs tels des bibelots, une chaise, un livre etc. , dans ce vivier intime, oui, ils semble que les marionnettistes soient entrés en transe fantastique avec leurs jeux de corps et de masques qui s’enroulent, s’enchevêtrent comme s’ils entendaient mimer la danse du dieu indien SHIVA aux huit bras.

Seulement au bout de leurs bras, leurs jambes, leurs pieds, ce sont les personnages du conte d’Isabel ALLENDE qui mènent la danse .

Il y a le narrateur philosophe qui s’amuse du vide derrière son masque, Belissa, la vendeuse de mots et quelque peu sorcière, le Colonel qui ne sait faire que la guerre. Rencontre étrange et impossible entre ce colonel et Bélissa laquelle forcée à écrire des discours électoraux, saura néanmoins jeter un sort au Colonel grâce à deux mots. Qui n’ignore en effet le pouvoir des mots ?

Fabuleux n’est pas un mot trop fort pour décrire ce spectacle. Les masques sont extraordinairement expressifs, les marionnettistes de vrais acrobates et quant au musicien, qui ne ne se laisse pas perturber par le chant des cigales, un véritable chef d’orchestre.

Nous recommandons ce spectacle tout public à partir de 7 ans, d’un charme inouï, inespéré. Nous en avons oublié la chaleur, la fatigue, nous avons fait notre mue comme les cigales !

Paris, le 17 Juillet 2015                               Evelyne Trân

 

 

LA COMPAGNIE SAN TUO QI au Théâtre de l’Etincelle – 14, rue des Etudes 84000 AVIGNON – LE PETIT MONDE à 10 H 30 du 4 au 26 Juillet 2015 – Relâche le 20 Juillet – HYMNE A LA DISPARITION du 4 au 26 Juillet 2015 – Relâche le 20 Juillet – Je poursuis mon voyage après ton départ, à 20 H 45 du 4 au 17 Juillet 2015.

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Photo D.R.

Avignon ne serait par le théâtre du monde sans la présence de la Compagnie SAN TUO QI, ambassadrice de la Chine, venue présenter trois spectacles exceptionnels au Théâtre de l’Etincelle.

En Chine, pour se faire comprendre, il n’ait pas besoin de parler, il suffit de dessiner en l’air un idéogramme chinois. Ce sens du geste est imparable, il est dans l’essence même du théâtre corporel chinois et plus généralement de de tous les arts traditionnels. Comment ne pas être intrigué en contemplant une peinture chinoise ancienne par les calligraphies dansantes toujours en symbiose avec l’image, déroulant un chant de poème mystérieux.

C’est avec beaucoup d’émotion que nous nous sommes laissés submerger par le souffle intemporel de cette Compagnie.

LE PETIT MONDE

Dans le petit monde, elle met en scène des histoires tirées d’un auteur taoïste, Tchouang-tseu, d’une philosophie délicate et merveilleuse notamment celle du rêve du papillon.

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HYMNE A LA DISPARITION

Avec l’Hymne à la disparition, neuf contes muets inspirés de faits divers nous parlent de : La révolution, le mensonge, la confession, le fratricide, le fossé, la solitude, l’adieu, la vie, l’amour. Autant de thèmes qui s’enchevêtrent mimés par les artistes qui ont endossé les masques traditionnels du théâtre Nuo, très expressifs puisque chacun exprime un trait de caractère allant de la gentillesse à la férocité.

Je poursuis mon voyage après ton départ

Avec “je poursuis mon voyage après mon départ” , nous avons assisté à une comédie musicale chinoise tragi-comique. C’est l’histoire de Madame LEE , une dame de 86 ans qui perd son mari au cours d’un croisière, sombre dans la mélancolie puis repart seule pour un nouveau voyage.

Tous les artistes chantent sans mots, utilisant des onomatopées, des cris d’animaux, des bafouillages. A vrai dire nous avons trouvé le spectacle plus drôle que tragique, voire même très gai. L’actrice principale est délicieuse. On l’appelle l’Audrey Hepburn chinoise.

Nous avons été conquis par le dynamisme de cette troupe, qui pète véritablement le feu. L’impression d’avoir été sur un tapis volant chinois, poussés par le vent poétique et gestuel d’artistes accomplis . Ils ont fait le voyage jusqu’à Avignon, et méritent que nous allions à leur rencontre. Dans le théâtre de l’Etincelle, ils ont tout l’air de mages, de véritables mages porteurs de trois spectacles de choix, représentatifs du théâtre corporel chinois.

Paris, le 17 Juillet 2015                           Evelyne Trân

L’inattendu de Fabrice Melquiot par la Compagnie de Villers St Paul Théâtre Tiroir à Présence Pasteur -13, rue du Pont Trouca Avignon – du 4 au 26 Juillet 2015 à 18 Heures – relâche le 17 Juillet –

l-inattendu-festival-off-avignon-2015-compagnie-theatre-tiroirScénographie & Mise en scène : Philippe Georget
Interprétation : Cathy Castelbon
Création lumières : Jérôme Bertin
Création musicale : Charly Mullot
Conception du visuel : Corinne Journo
Chargée d’administration : Mathilde Georget

Ce n’est sans doute pas par hasard que Fabrice MELQUIOT fait des bayous, une région marécageuse de la Louisiane, le paysage mental de Liane qui durant un long poème qui serpente telle une rivière autour des arbres et leurs reflets, se laisse emporter, bercer, sourire en tremblant, en frissonnant, pour s’arracher au vide terrible que représente l’absence de son compagnon.

L’a t-il abandonnée, est-il mort ? Etrange disparition qui évoque une mort flottante, le sourd mystère qu’engrange cette atmosphère humide, vaporeuse et étouffante.

Pourtant Liane essaie de faire surface. Elle est seule, parfois presque recroquevillée au dessus de petites mottes de souvenirs, parfois fantastiques comme l’apparition soudaine de flacons colorés et lumineux offerts, s’imagine Liane, par son amant.

Il y a quelque chose d’animal chez Liane, une sorte de rage amoureuse qui l’empêche de renoncer à l’espoir, le retour de l’amant. Mais elle tourne en rond dans sa chambre et les années passent, les années… Les bayous ont-ils conscience de cette fuite du temps ? Il est terrible quelque part de songer que seule la conscience de Liane luit véritablement. Parce qu’elle entend vivre l’impossible, un amour éternel; elle refuse de faire le deuil, sachant sans doute confusément que le temps fera son travail d’oubli, malgré elle.

L’interprétation de Cathy CASTELBON fait ressentir cette absence charnelle de l’autre, comme si le corps de la jeune femme s’était trouvé amputé d’une part de lui même, et réagissait en aveugle désespéré. Où sont passés les bras, les mains, les caresses de son “petit chou, son tigre”?

Mais elle évite le pathétique, elle est vivante, le corps à l’affût toujours prêt à danser, à chanter pour faire revenir l’amant.

Le décor imaginé par le metteur en scène Philippe GEORGET est particulièrement suggestif. C’est un mât de cocagne dans une pièce circulaire, sorte de nid sylvestre imaginaire qui a la faculté de se déplacer.

C’est surtout un lieu hanté par Liane véritable sœur d’Orphée, son cœur palpite et luit comme les yeux d’une femme à la recherche de son amant. Il est à découvrir à la présence Pasteur où il vibre de toute son ardeur poétique et musicale, passionnément.

Paris, le 16 Juillet 2015                   Evelyne Trân

LA LISTE DE JENNIFER TREMBLAY – MISE EN SCENE : YVES CHENEVOY – du 4 au 26 juillet: Avignon Présence Pasteur 13, rue du Pont Trouca 84000 Avignon à 14h10

photo-la-liste--jennifer-tremblay-10_largeAvec Claudie ARIF

et Léopoldine Hummel

Vous n’iriez pas frapper à la porte de l’héroïne de la liste, la pièce de Jennifer TREMBLAY une auteure Québécoise, à moins d’être un distributeur de tracts publicitaires ou politiques.La porte de son appartement se confond avec toutes les portes de l’immeuble; les bruits d’assiettes, de casseroles, d’aspirateur qui s’en échappent, vous pourriez aussi bien les entendre à Sarcelles, Ivry que dans la banlieue de Montréal.

Celle qu’on étiquette femme au foyer ou ménagère croyez vous n’intéresse que les vendeurs de produits ménagers et elle n’a pas de nom.

Les personnes solitaires qui dans la journée n’ont accès au monde extérieur que par la radio, le téléviseur ou internet, savent que la solitude est une compagne étrange et particulière qui projette toutes sortes de particules invisibles susceptibles sinon de remuer la pensée, la promener, la suspendre, et parfois l’élever. Pendant des années,L’héroïne de la pièce, semble t-il, a laissé faire le silence qui s’est déposé sur chacun des objets de sa cuisine qu’elle connait par cœur.

Aujourd’hui, au moment présent sur la scène, la femme se met à parler. La façon dont elle parle, c’est comme si elle écrivait ses pensées, des pensées qui n’accourent pas, qui ont parfois du mal à suivre ses gestes. Au début le spectateur ne comprend pas ce qu’elle raconte, un peu comme s’il regardait de loin une personne en train de déambuler en zigzag de l’autre côté de la rue. L’irruption d’une autre jolie jeune femme portant en bandoulière un accordéon l’étourdit. Mais oui, c’est la ménagère qui en parlant a provoqué son apparition. Celle qui n’a pas de nom raconte pour elle même et pour qui pourrait l’entendre, le sentiment de culpabilité qui la ronge depuis la mort de sa voisine Caroline. Elle ne l’a pas tuée mais elle s’accuse d’avoir été négligente à son égard, elle une femme perfectionniste qui dresse tous les jours la liste des choses à faire.

En vérité, cette femme est en train d’accoucher d’un mal, d’une douleur sur lesquels les mots glissent, suffoquent, deviennent objets eux mêmes. Heureusement, la femme a recours à de véritables phrases, celles qui lui rappellent sa voisine : Quel film aller voir ? On s’en crisse pas mal ! Caroline aime la facilité d’avoir des enfants. Le regard léger me manque. J’ai trouvé une débarbouillette dans sa culotte . Le linge sale règne dans le salon de Caroline.

Elle se les répète en boucle ces bouts de pensée, ils deviennent ses postits, ils éclairent finalement le visage de Caroline omniprésente.

La mise en scène aérée et bienveillante d’Yves CHENEVOY offre un joli piédestal à la comédienne Claudie ARIF bouleversante dans ce personnage “sans nom”.

La liste n’est pas un spectacle parmi d’autres, il a cet atout de réunir un metteur en scène de talent, une grande comédienne et une auteure Québécoise contemporaine remarquable, Jennifer Tremblay. Chers festivaliers, n’oubliez pas de le mettre sur votre liste !

Paris, le 16 Juillet 2015                                    Evelyne Trân

COMPAGNIE LA CYRENE – PAS DE PARDON du 3 au 26 Juillet 2015 à 13 H 00 au FESTIVAL OFF D’AVIGNON – THEATRE DU CENTRE – 13, rue Louis Pasteur 84000 AVIGNON – Réservations 06 64 91 55 67 –

 

Pas de pardon  le groupe N&B

Description : Au Théâtre du Centre Pas de pardon est le Premier Photo Roman Théâtre de l’Histoire !

De Roger WALLET

Distribution :  avec Julie Evrard, Michel Fontaine,

Guillaume Paulette et Gérard Eloy et la participation de Stéphanie Fibla

Mise en scène : Gilles Rémy  Photographe : Jean-Louis Bouché

Eclairagiste et projectionniste : Jérôme Pigeon

Costumière : Jacquotte Fontaine

40 villageois de Maisoncelle-Saint-Pierre (Oise) et du Beauvaisis 

Vous revenez du festival d’Avignon où vous avez fait une belle provision de théâtre, de rêves et de souvenirs de toutes sortes. Et puis vous allez au supermarché ou chez le dentiste bien décidé à revenir sur terre, quoique encore abasourdi par le chant des cigales.

Comme c’est bizarre, vous n’avez pas sitôt mis les pieds dans la salle d’attente du dentiste que vous vous croyez encore au théâtre . Est ce possible ? Mais oui bien sûr ! vous répondra le Commissaire BOURREL alias Raymond SOUPLEX des Cinq dernières minutes. Y a t-il un Commissaire de l’âme capable de discerner quelques uns de ses mystères ?

Cie DE LA CYRENE _PHOTO-ROMAN_ REF 1843« Le théâtre est la vie » renchérit la Compagnie la Cyrène . Et elle nous le prouve avec un joli spectacle “Pas de pardon” qui, tout en défilant une intrique policière captivante, invite le public à faire connaissance avec les habitants d’un village de Picardie, MAISONCELLE.

Ils sont quarante villageois comédiens en noir et blanc à avoir participé à ce spectacle. Ils composent le roman photo qui illustre brillamment – les photos de Jean-Louis BOUCHE sont superbes – l’histoire policière, concoctée par Roger WALLET et mise en scène par Gilles REMY. L”équipe du spectacle, sur scène, est si bien imprégnée de l’histoire mi fictionnelle, mi réelle qui appartient au village, qu’on peut croire les comédiens surgir des photos elles mêmes.

 Cie DE LA CYRENE _PHOTO-ROMAN_ REF 1437De fait, les quatre artistes présents sur le plateau entraînent avec eux tout le village. L’exercice a quelque chose à voir avec la magie, celle à la fois du conte et de la réalité quelque peu vacillante.

C’est son ici et maintenant qui résonne dans ce spectacle . Les années cinquante se retrouvent nez à nez avec les années 2000 ! Bien qu’il se défende d’être comédien, l’accordéoniste Michel FONTAINE assure avec enthousiasme le rôle d’Hippolyte POTOSKI, le commissaire à la retraite, accompagné de joyeux partenaires, Julie EVRARD, Guillaume PAULETTE et Gérard ELOY.

Pas de Pardon gerard et foutraque 01190

Comment ne pas fondre en écoutant la voix de BREL ou celle de Léo FERRE sortir d’un minuscule pickup ?

Ne dites pas que nous sommes à la brocante ! Les visages qui nous dévisagent sont bien réels . Ils ont autant de secrets que BREL ou Léo FERRE. Mais nous ne vous en dirons pas plus. Pour résoudre l’énigme, il convient de s’adresser à Hippolyte POTOSKI et son équipe qui vous attendent en chair et en os et en musique au Théâtre du Centre, tous les jours à 13 Heures.

Vous y serez bienvenus ! Car à MAISONCELLE comme à AVIGNON , le théâtre c’est la vie !

Paris, le 15 Juillet 2015                           Evelyne Trân

NOUVEAU HEROS Texte et mise en scène de Nicolas Kerszenbaum : du 4 au 24 juillet 2015 à 12 H 15 au Festival Off d’AVIGNON à l’Espace ALYA – 31 Bis rue Guillaume Puy 84000 AVIGNON –

NOUVEAU HEROS

Avec Bertrand Barré

Production
Compagnie franchement, tu
Theatre de la Poudrerie (Sevran)
avec l’aide de la Maison des Metallos
et de En Cours

La belle affiche du nouveau héros est énigmatique. L’on y voit deux figures, l’une moustachue et l’autre dotée d’un joli sourire à la Joconde, têtes bèche, reliées par le ventre.

Jolie image d’Epinal pour annoncer un spectacle qui va nous parler d’un monstre de l’Antiquité, un demi-dieu, Hercule réincarné en nouveau héros de notre belle époque.

L’auteur et metteur en scène de la pièce, Nicolas KERSZENBAUM, à vrai dire n’ a eu qu’à agiter sa baguette de sourcier à SEVRAN, en recueillant les témoignages de ses habitants jeunes ou vieux, femmes ou hommes, pour faire sourdre l’esprit du bel Hercule toujours très vivace, en leur posant toujours la même question « Vous êtes un homme/une femme, qu’est ce qui aurait changé dans votre vie si vous aviez été un homme/une femme ? « 

Les époques peuvent bien ajuster leurs décors, le mythe d’hercule perdure et c’est normal, il a pour vitrine un pénis qui tel une grenouille qui voudrait être aussi grosse qu’un bœuf se met à grossir dès qu’on le flatte.

Hercule né à SEVRAN des amours adultères de Jupiter avec Alcmène, une humaine, a toujours entendu dire qu’il était le plus beau, le plus fort. Que son modèle antique ait pu tué sa femme et ses enfants un soir de folie ne suffit pas à racornir son image, seuls sont restés dans nos mémoires, les douze travaux d’Hercule.

Tout de même notre Hercule des temps modernes a une lourde charge héréditaire, un père coureur de jupons et la femme de ce dernier, une Junon, sorcière qui va se venger sur lui en le transformant en femme. Quelle horreur ! Imaginez Hercule qui se réveille sans sexe, enfin sans pénis, oui c’est affreux !

Il faut toute l’ingéniosité d’un auteur aussi perspicace que Nicolas KERSZENBAUM pour faire passer la pilule en douceur et cela va sans dire un comédien caméléon capable d’endosser 14 personnages, du tapis de l’Antiquité à nos jours.

Bertrand BARRE n’a besoin que de quelques playmobiles et d’une dizaine de poupées barbies pour mettre en branle tout ce monde avec une ironie, une drôlerie, un humour à toute épreuve. Il est génial !

Voilà un spectacle original à ne pas manquer car sous couvert du conte, il en dit long sur nos complexes sexuels, identitaires. C’est évident, l’homme et la femme ne sont qu’une pomme coupée en deux, ils forment le même fruit et nous mordons dedans, grâce à cette fable avec bonheur !

Paris,  le 15 Juillet 2015                                                  Evelyne Trân

HAUTE AUTRICHE de Franz-Xaver Kroetz par la Compagnie l’Echappée Théâtre du Rempart 56, rue du Rempart Saint-Lazare – 84000 Avignon du 4 au 26 Juillet 2015

 

haute_autriche5Écriture : Franz-Xaver-KROETZ
Mise en scène : Didier PERRIER
Interprétation : Mélanie FAYE, Laurent NOUZILLE


Musique originale : Chantal LAXENAIRE
Mise en lumière : Jérôme BERTIN
Scénographie : Olivier DROUX
Régie son/vidéo : ANTOINE GÉRARD
Costumes : Céline KARTÈS
Photographie : Amin TOULORS
Création sonore : Hélène COEUR
Affiche : Alan DUCARRE

Diffusion : Pascale HAREN
Secrétariat : Sylvie BORDESSOULLE
Administration : Marion HARDY

Ministère de la culture / DRAC Picardie

Y a-t-il une symphonie du quotidien, de sa grisaille et de ses surprises inespérées ? Métro, boulot, dodo, voila une rengaine que nous croyons incompressible. Au théâtre pourtant, les visages cernés de ces gens anonymes peuvent s’animer de façon incroyable. Ils peuvent même devenir les héros d’une comédie dramatique. Ce sont ces gens là, apparemment insignifiants, les passe partout qui intéressent le dramaturge Franz –Xaver KROETZ .

Le lieu clos d’un appartement qui sans être misérable respire la pauvreté, devient la scène d’instants de vie d’un jeune couple amoureux.

Mais il n’y a pas de romans sans histoires, sans drames. Ici , le drame, c’est la pauvreté. Pas seulement la pauvreté matérielle, la pauvreté d’horizon.

Sans rêves, sans désirs, les hommes ne peuvent tenir debout ! Et c’est vrai aussi pour tous les êtres vivants. L’homme rêve d’ascension sociale, la femme d’objets de consommation …

L’appartement nu où l’on entend les gloussements d’amour du jeune couple au fur à mesure laisse transparaitre les ombres des chaines qui vont semer le trouble dans le foyer.

Ici les murs ont des oreilles, ils voient tout et ne jugent pas. Ils accueillent le cadeau d’anniversaire, une corbeille de fruits en porcelaine, ils la voient se remplir et ils assistent à sa disparition. Ils entendent le couple faire l’amour réver de voyages, faire leurs comptes, manger à table, la routine … Et puis un jour, l’homme et le femme crient, ils ne sont pas d’accord sur une question très grave, celle d’accueillir ou non un enfant, le leur.

Le regard de l’auteur et la mise en scène de Didier PERIER qui couve et recouvre les va et vient d’ ombres et lumières dans cet appartement, font l’effet de passe murailles.

Il y a de très beaux chants portés par la voix de Chantal LAXENAIRE qui accompagnent chaque changement de situation. L’appartement semble tourner comme un manège; chaque quartier de scène va défroisser au fur et à mesure des pans de personnalité de l’homme et de la femme. A la fin de la pièce, nous restons tout étonnés d’avoir assisté à leur transformation.

Véritable performance de la part des comédiens Mélanie FAYE, Laurent NOUZILLE qui progressivement passent de l’innocence à la révolte, de l’épreuve à l’espérance, de la soumission à la résistance.

Quelle prise sur la vie ? Quelle batterie ? Quel sang ? Oui, c’est bien le nôtre et on y voit courir la tache de la pauvreté qui n’est pas seulement visible, qui s’insinue dans les pensées, les comportements, les actions de tous les jours, et qui bride , bride ne cesse de brider l’espérance de vie. A cet égard là, le regard de KROETZ est politique, il ouvre la blessure car il y a des plaies et la pauvreté en est une qu’il faut regarder en face.

Un spectacle intense et remuant , porté par des interprètes qui jouent comme s’ils jouaient la peau de leurs personnages, c’est formidable !

Paris, le 13 Juillet 2015 Evelyne Trân

 

DON JUAN DE MOLIERE par la COMPAGNIE LES GOSSES au Chapeau d’Ebène Théâtre – 13, rue de la Velouterie – 84000 Avignon Du 4 au 26 juillet 2015 à 18 H 45

DON JUAN BIS

Avec Stephen Szekely (Dom Juan), Olivier Mellor (Sganarelle, Charlotte)
Stéphane Piasentin (Elvire, Gusman, Don Louis, le pauvre, Charlotte, Mathurine, Pierrot, la statue du Commandeur, M. Dimanche)
Mise en scène : Karine Dedeurwaerder
Croyez vous encore à Don Juan ? Naturellement, sommes nous censés répondre. Cette créature est humaine et si vous avez envie de croire en l’homme plutôt qu’à un Dieu hélas invisible, pourquoi ne révériez vous pas le Don Juan de Molière ?

Parce que ce personnage qui clame sa liberté de vivre comme il l’entend n’a pas encre créé de véritable église et que sa liberté de pensée a des résonances individualistes, voire égoïstes , amorales, asociales.

C’est une étrange comédie que cette pièce de Molière où l’on voit un valet Sganarelle deviser philosophie avec son maître, un seigneur gâté, qui n’ a en tête que l’assouvissement de ses désirs.

Curieux jeu de miroirs et brouillard existentiel où s’enchevêtrent les peurs d’un valet et l’inconscience d’un petit seigneur .

Sur la balance, toujours en binôme pour se contredire, le pauvre et le riche, la jouissance ou la luxure, l’un des 7 péchés capitaux, la crainte de l’enfer. C’est peu dire, le poids de la religion .

Philosopher en jouant la comédie de la vie, toujours sur des tisons ardents, tel semble être le nerf de guerre de Molière qui ne cesse de composer avec sa propre fureur de vivre et les pouvoirs en place. Souvenons nous que les rois avaient la bénédiction des dieux et que Molière ne pouvait créer sans l’accord du roi Louis XIV.

Mais nous pouvons faire l’impasse du contexte historique, la pièce de Molière s’entend à travers les déclarations de foi ou de doute de pauvre bougres, qu’ils soient seigneurs ou valets.

« Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis » s’écrie un personnage de Dostoïevski dans les Frères Karamazov. Et cela sonne comme un aveu de détresse. Le génie de Molière c’est de pouvoir faire entendre cette alarme du cœur et de l’esprit en laissant vagabonder ses personnages.

La mise en scène très fine de Karine DEDEURWAERDER laisse jaillir l’esprit de Molière comme autant de petites flammèches de vie exécutées par des interprètes étourdissants d’humanité. Il y a un tel brassage d’états d’âmes que nous pourrions nous croire à la foire, à une fête foraine. Ouvrant grandes les voiles, Karine DEDEURWAERDER laisse même s’engouffrer sur une musique disco, la voix chaude et passionnée de Dalida.

Son Don Juan de poche sur tréteaux met en valeur l’essence même de Molière, son verbe qui n’a pas besoin de décors fastueux, qui peut même passer à travers le trou d’une serrure, tel un feu follet virulent, délirant, spontané.

A cet égard, Stéphane PIASANTIN inaugure toutes ces facettes en endossant avec virtuosité aussi bien Elvire, que le commandeur, le pauvre, le père etc…

Stephen SZEKELY est un Don Juan qui ne cache pas ses faiblesses, et en cela il reste sympathique, tandis que le Sganarelle joué par Olivier MELLOR fait penser que s’il n’avait pas été valet, par un obscur concours de circonstances, il aurait pu faire partie comme Don Juan de ses politiques opportunistes et pragmatiques, sans foi ni loi derrière leurs couvertures.

Menée tambour battant comme une comédie delle arte, avec d’excellents comédiens, voilà là une mise en scène de Don Juan très rafraichissante, qui dégourdit l’esprit et peut être goûtée sans modération en famille. Ici Molière n’a pas besoin d’être dépoussiéré, il respire !

Paris, le 13 Juillet 2015                     Evelyne Trân