FESTIVAL TEATRO A CORTE – TURAK THEATRE – SUR LES TRACES DE IFTO – AU TEATRO ASTRA TORINO- LE 24 JUILLET 2015

"Sur les traces du ITFO" Compagnie du TURAK THEATRE
« Sur les traces du ITFO »
Compagnie du TURAK THEATRE

http://www.turak-theatre.com

La Compagnie TURAK créée en 1985 par Michel LOBU se consacre au théâtre des objets, mais pas n’importe lesquels ceux qui ont un vécu, qui se distinguent par leur usure, leurs accidents, leurs déboires avec les humains qui peu reconnaissants de leurs bons services les jettent ou les oublient dans les dépotoirs.

En vérité, ces objets représentent un formidable grenier de la mémoire humaine. C’est en les observant, en les manipulant, en leur redonnant une 2ème vie que les marionnettistes interprètent leurs songes, pénètrent leur inconscient, puisque pour eux, tout objet est vivant.

Nous ignorons comment sont nées les créatures de la TURAKIE. Génération spontanée, purs produits de l’imagination des marionnettistes, ou petits monstres issus de la fermentation d’objets hétéroclites .

Une chose est sûre c’est que ces créatures, les Turakistes ou les Tirakiens se distinguent par un nez et des sourcils proéminents, un menton en galoche et de tout petits yeux . A la rigueur, on pourrait comparer leurs têtes à celles de perroquets . Leur allure est plutôt grossière et à vrai dire elles n’inspirent pas la sympathie.

Sur la scène du théâtre ASTRA transformée en salle de concert en grève, le public est invité à assister aux mésaventures de ces drôles de concertistes, confrontés à une crise économique qui menace gravement leur existence.

Ces créatures naturellement égoistes, partisantes du « chacun pour soi » tentent de s’éliminer entre elles pour survivre, en vain. Insensibles à tous leurs efforts, la voix de leur employeur particulièrement cynique leur signifiera non seulement la fin de l’orchestre mais leur intimera l’ordre de rendre leurs insruments ainsi que leurs bras et leurs mains.

Secoués par tant de cynisme , les créatures qui n’ont d’autre raison de vivre que la musique feront appel à leurs pieds et puis magie oblige, leurs bras repousseront…

Même s’ils ne disposent pas d’un grand cerveau, les musiciens de la Turakie sont coriaces . Leur imagination donnerait du fil à retordre à bien des humains. Dans tous les cas, ils font la main basse sur tous les instruments de musique qui jonchent la salle de concert : grosses caisses, tuba, trompettes, clarinette, etc. dans un désordre hallucinant.

Voilà un spectacle susceptible de donner des cauchemars à des véritables musiciens qui confrontés à des situations extrêmes, n’auraient pas non plus envie de capituler et sauveraient leur orchestre coûte que coûte à l’instar de ces créatures patibulaires capables de tout, même de transformer leurs trompettes en armes à feu.

Fort heureusement, l’amour de la musique aura le dernier mot. En Turakie, il y a des créatures qui ne cessent de recycler les espoirs, les rêves, les cauchemars, les bonnes et mauvaises pensèes des humains avec un bon sens inouï, planche de salut des marionnettistes grands interprêtes de leur imaginaire tellement vivace.

Un voyage en Turakie inimaginable, dépoussiérant et cocasse, irrésistible !

Turin, le 26 Juillet 2015                 Evelyne Trân

 

Auteur, metteur en scène, scénographe : Michel Laubu, avec la complicité de : Emili Hufnagel
musique : Laurent Vichard, guitare pré-enregistrée : Rodolphe Burger
interprètes : Michel Laubu, Marie-Pierre Pirson, Caroline Cybula, Emili Hufnagel
musiciens live : Laurent Vichard (bouzouki, clarinette basse, clavier), Frédéric Roudet (cuivres)
lumière : Timothy Marozzi / son : Hélène Kieffer / construction décors et personnages : Charly Frénéa, Géraldine Bonneton,
Joseph Paillard, Emmeline Beaussier Trombones pré-enregistré : Loïc Bachevillier / production : Cécile Lutz Regards
extérieurs et précieux : Olivia Burton, Philippe Cancel, Vincent Roca
production Turak Théâtre – Coproduction Le Bateau Feu Scène Nationale de Dun- kerque – Les Subsistances, Lyon – Le
Carreau, Scène Nationale de Forbach – La Comédie de Saint Etienne, Centre Dramatique National – Théâtre Anne de Bretagne,
Vannes – La Passerelle Scène Nationale de Gap – Théâtre Renoir, Cran Gevrier. Avec le soutien de l’Espace Paul
Jargot, Crolles. Turak théâtre est compagnie associée au Bateau Feu Scène Nationale de Dun- kerque. En résidence aux
Subsistances, Lyon et au Théâtre Renoir, Cran Gevrier. Turak théâtre est en convention avec le Ministère de la Culture et de
la Commu- nication – D.R.A.C Rhône-Alpes et la Région Rhône-Alpes et est subventionné par la Ville de Lyon. Avec le
soutien de la Ville de Lyon et de l’Institut Français pour la mobilité interna- tionale. Ce texte a reçu l’aide à la création du
Centre National du Théâtre

FESTIVAL TEATRO A CORTE – COMPAGNIE GOB SQUAD – WESTERN SOCIETY – THEATRE EN ALLEMAND ET EN ANGLAIS AU TEATR0 ASTRA – TORIN0 – LE 23 JUILLET 2015

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concept : Gob Squad
performer : Johanna Freiburg, Sean Patten, Damian Rebgetz, Tatiana Saphir, Sharon Smith, Berit Stumpf, Sarah Thom,
Bastian Trost, Simon Will / performer in Torino : Sean Patten, Tatiana Saphir, Bastian Trost, Simon Will
vidéo design : Miles Chalcraft (Kathrin Krottenthaler)
sound design : Jeff McGrory (Torsten Schwarzbach)
coordinateur technique & lighting design : Chris Umney (Max Wegner)
costumes : Emma Cattell & Kerstin Honeit
réalisation scénographie : Lena Mody
Dramaturgie et Gestion de la production : Christina Runge
adjoint artistique : Sarah Sarina Rommedahl (Mat Hand, Lena Mody)
les stagiaires : Sarah Sarina Rommedahl, Sophie Galiber
Gob Squad management : Eva Hartmann
touring management : Mat Hand
http://www.gobsquad.com

Le compte à rebours a été lancé, des chiffres défilent à une vitesse vertigineuse sous les yeux du public, tandis que la compagnie GOB SQUAD en habit d‘Eve et d’Adam courent de façon endiablée sur la scène. Enfin l’horloge, après plusieurs pauses pour signaler quelques événements de l’histoire de l’humanité, s’arrête au chiffre fatidique puisqu’il s’agit de l’année 2015.

Les membres de la troupe enfilent quelques habits strass, quincaillerie des artistes du music hall ou de cirque, pour devenir animateurs d‘une représentation impromptue qui fera appel à la bonne volonté du public.

En dépit de leur apparence complètement hirsute, déjantée, les membres de la compagnie GOB SQUAD sont très sérieux. Nous nous demandons s ‘ils ne se prennent pas pour des apprentis sorciers fascinés par les pouvoirs de la technologie. Si celle-ci ne cesse d’accoucher de gadgets comme ces vidéos d’amateurs qui envahissent internet, ou le selfie, ce phénomène  a certainement ses raisons d’être. Une raison, un motif humain, cela va de soi.

Pendant une performance d’une heure trois quarts, la compagnie GOB SQUAD s’emploie à démontrer comment une petite vidéo insignifiante qui filme une fête de famille anonyme, réunie autour d’un karaoké peut être réalisée in live .

Néanmoins pour figurer une famille anonyme, représentative de la western société, il convient d’évaluer les figurants susceptibles de rentrer dans le tableau, à travers des grilles de questions drôles ou plus attendues, du genre : penchez vous du côté de Madonna ou de la Madone, d’Obama ou de Poutine. Questions anodines qui prennent le pouls de la bonne conscience d’une western société.

Quelques personnes du public, cueillies au hasard d’un lancer de peluches, avec une bonne volonté extraordinaire stimulée par la gentillesse de la Cie GOB SQUAD, se prennent au jeu et deviennent les acteurs d’une vidéo sans doute éphémère mais très souriante.

Les commentaires volubiles des animateurs bateleurs des temps modernes rappellent les talk show télévisuels. La démonstration qui se veut très conviviale a des grumeaux de farce parodique.

La Cie GOB SQUAD qui est tombée dans la soupe médiatique comme Obélix dans la potion magique, finit par y repêcher  quelques énergumènes vivants, en chair et en os, dont l’un aura cette pensée incongrue « J’ai envie d’être seul ».

Est-il possible d’échapper aux pouvoirs de l’image ? Y a t-il une place pour le simple, le prosaïque, l’homme primitif, dans un monde où ses habitants réagissent immédiatement aux stimulations d’un téléphone portable mais peuvent rester insensibles aux personnes qui se trouvent juste à côté d’eux ?

Que sommes nous en train de regarder peuvent se demander certains spectateurs, une vidéo quelconque reprogrammable à l’infini, les gens qui y participent sont ils vivants ? La caméra qui reproduit sur l’écran ce qu’elle filme en direct sur la scène juste derrière, grossit les visages, les postures, les attitudes, de sorte que lorsque ladite caméra laisse la place aux personnes, ces dernières apparaissent beaucoup moins lumineuses, et beaucoup plus falotes.

Il suffit donc d’un projecteur pour se croire le temps d’une apparition la vedette virtuelle d’une vidéo ?

La proposition de la Compagnie GOB SQUAD qui transforme la scène en véritable laboratoire avec quelques cobayes, des personnes du public, volontaires, ne manque ni de drôlerie, d’entrain et de pertinence mais comme toute expérience scientifique, elle pèche néanmoins par sa longueur. Puisse la Cie GOB SQUAD songer au reste du public, cloué sur de sièges, qui assiste impuissant aux interactions entre les artistes et les cobayes figurants. Juste un peu plus brève, élaguée de certains commentaires répétitifs, cette cour de rècrèation n’en sera, de notre point de vue, que plus efficace et impressionnante !

Paris, le 24 Juillet 2015                           Evelyne Trân

Festival TEATRO A CORTE – INTIMITATEN par la Compagnie MEINHARDT ET KRAUSS – CREATION – TEATRO ASTRA à TORINO les 23 et 24 Juillet 2015

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conceptrice : Iris Meinhardt
vidéo : Michaêl Krauss
musique : Thorsten Meinhardt
dramaturgie : Anni Boden
http://www.meinhardt-krauss-feigl.com

C’est une dame vêtue d’une de ces robes en crinoline imposante et aérienne du 16ème siècle qui monopolise la scène. S’est elle échappée d’une vitrine des antiquaires, ne supportant plus d’être admirée comme une poupée intouchable ?

La belle dame s’accroupit devant un grand livre du moyen âge qu’elle parcourt intensément. Il s’agit peut-être du livre de la connaissance qui foisonne de questions-réponses sur l’être humain. A l’aide d’un micro caméra, la dame ausculte son propre corps, elle l’explore, elle le fouille, le découvre  comme s’il s’agissait une contrée inconnue.

Elle est étrangère pour elle-même, conditionnée par son apparence mais elle s’évertue à se troubler elle-même.

Elle se cherche, il n’est pas sûr qu’elle se trouve. Tout le déploiement de la technique, tous les livres et même un miroir peuvent il rendre compte de son instant présent sur scène quand elle flotte, rêve, poursuit son reflet, son double dans un miroir.

Avec son visage de  Pierrot lunaire, la dame en crinoline donne l’impression de jouer comme une enfant . Le  micro camera devient une sorte de pinceau qui repêche dans le désordre le bric à brac de son anatomie, en passant par son oreille, sa gorge, en misant sur l’étrangeté d’un grand œil ouvert qui s’accroche au bas de sa robe.

Son inventaire intrusif n’est pas si extraordinaire, il peut évoquer aussi bien Arcimboldo que Picasso ou Cocteau. L’intérêt nous semble t-il , c’est qu’au fur à mesure de ses investigations, cette dame nous apparaisse plus humaine, plus légère. Il est vrai aussi  qu’elle n’hésite à pas soulever ses dessous . Songeons qu’il n’y a pas si longtemps, les femmes de la bourgeoisie se baignaient avec leurs jupons. Avaient elles le droit de se regarder toutes nues ?

La robe en crinoline peut bien symboliser le carcan de la condition des femmes sur plusieurs siècles.

Conte à dormir debout d’une belle dame qui se mire dans le miroir aux alouettes des apparences avec une mélancolie mystérieuse et charmante qui pourrait en faire un personnage de  poème de  Verlaine ou de Nerval.  

Car Iris MEINHARDT explore un imaginaire très féminin. Beaucoup d’artistes femmes ressentent la nécessité de s’approprier une identité bluffée par le regard des hommes, en littérature, en peinture, au cinéma. Tant pis pour les redites, mais eh oui, pendant des siècles, seuls, les artistes hommes se sont exprimés imposant une image idéalisée de la gente féminine qui résonne aussi comme un carcan.

Alors, comment ne pas être émus par le rêve de cette femme devant le grand livre ouvert de la connaissance, explorer avec avidité et la maladresse d’une pionnière, ce que cela veut dire « Etre femme  »  dans la région des peut-être et des apparences .

Turin, le 25 Juillet 2015                       Evelyne Trân

 

LE VOL DE SONIA NEMIROVSKY au Théâtre du Lucernaire 53, rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS – du 8 Juillet au 8 Août 2015 à 21 Heures du mardi au samedi

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De : Sonia Nemirovsky
Mise en scène : Bertrand Degrémont et Caroline Rochefort
Avec : Grégory Barco, Suzanne Marrot, Sonia Nemirovsky, Pierre Constantin

Durée : 1h

Vol de vies humaines, vol d’hélicoptères jetant vivants à la mer les opposants à la dictature de la junte militaire en Argentine (1976 -1983), vol des morts à leurs familles puisque la plupart des victimes ont disparu sans laisser de trace.

L’héroïne du Vol de Sonia NEMIROVSKY était en train de vivre une belle histoire d’amour avec un garçon de son âge qui n’ignorait pas ses activités politiques. Du jour au lendamin, elle s’est évaporée. Il l’a attendue , longtemps. Une épreuve insupportable qui l ‘a poussé à quitter l’Argentine pour Paris.

L’histoire d’amour inachevée qui s’est interrompue en plein vol ne peut être cicatrisée. Comment l’Exilé peut il faire le deuil de la Disparue ? Et si le deuil n’est pas possible, alors il faut parler, bouger. Souvenons nous du formidable élan des mères de la Place de Mai qui ont dénoncé au risque de leurs vies, l’ignominie du sort réservé à leurs enfants disparus.

L’Exilé fait partie de ces individus déracinés, victimes de guerres, de conflits politiques, qui ont refait leur vie ailleurs, sans pouvoir parce que ce n’est pas possible, faire table rase du passé, des traumatismes . Il faut vivre avec le sentiment qu’un pan entier de sa vie antérieure a disparu, des gens, des odeurs, des souvenirs, des rêves.

Chez l’Exilé, c’est la figure de la bien aimée qui revient sans cesse. Dialogue entre une morte et un vivant ? Non, nous dit la narratrice, qui se met à la place de cette disparue, une humaine parmi d’autres, jeune, idéaliste, pleine de vie, amoureuse.

Pas évident de mettre en scène toutes les ambivalences de ce drame humain. Car il y a aussi ce besoin d’oublier. Comment vivre, en se souvenant la mort de l’âme, qu’en quittant son pays, on a du même coup “abandonné” sa compagne et ses proches.

La mise en scène s’attache à exprimer sobrement la confusion des sentiments. Il revient à la Narratrice – belle présence de Suzanne MARROT – de contenir tout ce flot d’émotions. Au talentueux plasticien Pierre CONSTANTIN aussi qui fait éclater au pinceau sur un drap en fond de scène, des sortes de torches à l’encre noire comme autant de pulsions de vie . Son pinceau fulgurant trace en plein vol.

La Disparue interprétée par Sonia NEMIROVSKY parait plus passionnée que l’Exilé, Grégory BARCO, plus en retrait. Cela tient sans doute au tissu déchiré de leur histoire mais peut être aussi parce marqués par les personnages de Roméo et Juliette, nous ne pouvons nous empêcher de rêver à l’union de l’Exilé et la Disparue.

La Disparue a un côté pasionaria, femme de tête, et l’Exilé quelques réminiscences d’Hamlet. Un jour peut-être Sonia NEMIROVSKY leur donnera des noms. En plein vol, sa pièce témoigne des turbulences de la vie de façon sensible et réfléchie, avec beaucoup d’émotion.

Paris, le 22 Juillet 2015                            Évelyne Trân

On ne l’attendait pas de Stig Larsson Mise en scène Jorge Lavelli – Du mar. 21/07/15 au dim. 26/07/15 – PRESENCE PASTEUR 13, rue du Pont Trouca 84000 AVIGNON – Tous les jours à 20 H. –

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Avec : Eléonore Arnaud, Hélène Bressiant, Florian Choquart, Jean-Christophe Legendre

Le temps semble s’être arrêté, c’est très étrange, sur la grande scène de PRESENCE PASTEUR. Jorge LAVELLI est un horloger de génie. Il sait entrer dans ces trous de l’espace-temps où tournoient les fantasmes débridés de certaines créatures.

La pièce de Stig LARSSON met en scène le nœud d’une famille. Il s’agit d’un trio comportant, le père, la mère, la fille auxquels s’ajoute un quatrième personnage, un professeur amoureux de la fille.

A la faveur du retour du père prodigue qui revient d’un long voyage, il semble que tout bascule pour la mère et la fille, surtout la mère aveugle. Est elle épileptique, maniaque, folle ? L’horloge s’est déréglée, c’est sûr, car ses propos sont à la fois incohérents, percutants et péremptoires. Elle donne l’effet parfois d’être une morte vivante qui vient de se réveiller subitement.

Face à elle, le père et la fille paraissent beaucoup plus posés. Si cette cérémonie de retrouvailles ne dépendait qu’eux, pas de drame à l’horizon. Mais pour Stig LARSSON, ces retrouvailles constituent le déclic qui va ouvrir la boite de pandore d’une névrose familiale.

Au cœur de cette pièce, sont exprimés de façon très crue, assez stupéfiante, les rapports incestueux qu’entretiennent les parents avec leur fille.

L’auteur suggère que ces personnages ont vocation à devenir monstrueux parce qu’ils vivent en vase clos. Ils existent hors du monde.

On peut y voir une métaphore de la famille castratrice, un monstre à trois têtes destiné à s’entre-dévorer lui même.

Ce psychodrame familial peut heurter les âmes sensibles . Mais la mise en scène de Jorge LAVELLI, avec une très belle distribution, subjugue. Elle évoque cette maxime de Pascal “Qui veut faire l’ange fait la bête” mais de façon ironique. Quand les corps prennent le relais des esprits qui disjonctent, ils deviennent très éloquents.

Nous avons donc assisté à une sorte d’exorcisme d’une chair à la fois belle et terrifiante, selon Jorge LAVELLI et Stig LARSSON. On ne l’attendait pas !

Paris, le 21 Juillet 2015                           Evelyne Trân

 

BRASSENS N’EST PAS UNE PIPE – SPCTACLE MUSICAL de la Compagnie G.R.R.R. au THEATRE 14 – 20 Avenue Marc Sangnier 75014 PARIS – du 27 JUILLET AU 1ER AOUT 2015 –


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Photo D.R.

Du lundi 27 Juillet au samedi 1er Août 2015 à 20 H 30 

 Samedi à 16 H et 20 H 30  (Métro PORTE DE VANVES) 

INTERVIEW DE SUSANA LASTRET0 RADIO LIBERTAIRE 18 AOUT 2012

SUSANA LASTRET0 INTERVIEW ET EXTRAIT SPECTACLE   (Cliquer pour écouter)

Distribution :

Par la Compagnie G.R.R.R, mise en scène Susana Lastreto. Auteur : Susana Lastreto
Avec
Annabel de Courson, François Frapier, Hélène Hardouin, Cristine Combe, Susana Lastreto, Jorge Migoya

 Arrangements musicaux :.Annabel de Courson, Jorge Migoya . 

Nom d’une pipe, Brassens, Georges B. si vous préférez, ne finira jamais de nous étonner ! « J’étais né pour devenir un arbre «  disait-il. L’arbre n’a pas fini de fleurir, Brassens est chanté dans toutes les langues du monde mais il se moque bien d’être respecté. La Compagnie GRRR  implantée dans le 14ème arrondissement ne hume pas seulement l’air où Brassens a vécu, elle s’en parfume avec humour.

 Voilà une poignée de comédiens musiciens qui paraissent tout droit échappés non pas d’un asile de fous mais de quelque chose d’assez proche, une ruche à chansons, qui électrisent de leurs humeurs saugrenues, fantasques, mélancoliques, une multitude de personnages.

 Des comédiens tisserands en quelque sorte qui glissent sur plusieurs toiles, à plusieurs voix, pour faire saillir de façon tellement accrue, tellement actuelle, « La tondue », « La mauvaise réputation «  et bien d’autres.

Brassens  est un fablier de la même aune que La Fontaine. Que l’on retourne le sablier dans un sens ou un autre, ce qui est formidable dans ce spectacle, c’est l’incroyable vivacité de tous ces petits grains de vie qui soulèvent des montagnes, quand ils causent de la mort, du sexe féminin et de la connerie humaine. 

Brassens, homme de cabaret est bien présent dans ce spectacle, et donne carte blanche aux personnages de ses chansons pour revenir après moult aventures,  s’incarner librement et joyeusement à travers quelques  hôtes inspirés de la compagnie GRRR.

D’ailleurs, qui pourrait dire qu’il ne se trouve pas dans la salle en train de rire avec nous de la mise en scène complètement loufoque de « sa brave Margot ».

Franchement, ses personnages continuent encore de nous regarder dans les yeux, attention !

La meneuse de revue, drôle et suave joue le rôle de la reine des abeilles pour nous faire entrer dans la ruche. Le miel conçu à partir d’un florilège de chansons est peu ordinaire, piquant, doux, fort. S’il peut vous faire éternuer, il peut aussi vous rafraîchir, c’est  probablement le meilleur remède pour résister à la canicule ! Vive Brassens !

Paris, le 25 Février 2012, mis à jour le 21 Juillet 2015        Evelyne Trân

 

 

 

SexEden avec Susana Lastreto et François Frapier Texte S.Lastreto.Théâtre 14-20 Av.Marc Sangnier. 75014 Paris. M°Porte de Vanves.Tram arrêt Didot. Bus 58 – Les 17, 18 et 20 juillet à 20h30

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Nous avons eu la chance de découvrir SEXEDEN, un petit spectacle éclair qui a vu le jour au festival des Caves, et étant donné son succès s’est déplacé pour trois représentations au Théâtre 14 .

Toujours aussi farceuse, l’équipe de la Compagnie GRRR qui invite les spectateurs à gravir en file indienne, un labyrinthe d’escaliers sans savoir où il va atterrir. Le voilà qui se retrouve sur la scène ! Zut, un rideau se lève et il aperçoit la salle avec ses rutilants fauteuils rouges, vide !

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Surgissent un homme et une femme de belle corpulence. SEXEDEN ! nous allons certainement assister à un remake de la scène biblique d’Adam et Eve, revue et corrigée par Susana LASTRETO, pensons nous, en jetant un coup d’œil affligé sur l’arbre sec qui lève les bras au ciel au milieu de la scène.

Et bien pas du tout, c’est beaucoup plus comique. Il s’agit d’une rencontre entre un homme et une femme qui ont changé de genre et qui découvrent cette merveilleuse sensation de se retrouver dans la peau d’un autre sexe. L’ancienne femme et l’ancien homme qui forment un couple adorable se jaugent l’un et l’autre avec un sens critique désopilant. Chacun tient à sa nouvelle identité. Il (Susana LASTRETO, méconnaissable) a un côté matador avec son gros ventre imposant, elle (François Frapier toujours excellent a l’allure d’Alice SAPRITCH) en robe bariolée très voyante, ne cesse de rouler des hanches.

Conversations de comptoir aux portes de l’Eden, mais très bien frappées par la fine Susana qui sait faire tourbillonner les têtes de ces deux trublions homme et femme, lesquels finissent par en perdre leur latin lorsqu’il s’agit de décliner au plus fort de la détente, sa profession de foi : homo hominis, mulier mulieris… Quand on pense que le créateur a gratifié l’homme et la femme de sexes susceptibles de s’emboîter uniquement pour grimper jusqu’au septième ciel, quelle imagination !

La confusion des genres a cela de positif qu’elle engendre de nouveaux termes. Parité oblige, le mot biterie devrait rentrer dans le dictionnaire.

Le public captivé est impressionné par la transformation sexuelle des deux phénomènes . Elle l’ancien il, devient de plus en plus féminine, il l’ancienne elle, se prend vraiment pour un mec…

Leur parade amoureuse – ils forment un couple extraordinaire – est d’une tendresse inouïe.

Un petit bijou de spectacle, à une époque de crise hormonale, qui fait du bien. Pourquoi ne pas être homme et femme à la fois ? Luxuriant le jardin d’Eden de Susana LASTRETO et drôle, tellement drôle !

Paris, le 21 Juillet 2015                        Evelyne Trân

 

FILLE DU PARADIS d’après PUTAIN de Nelly ARCAN – Adaptation et mise en scène de Ahmed MADANI – avec véronique SACRI à 14 H 10 du 4 au 26 Juillet 2015 au Théâtre GIRASOLE – 24 Bis rue guillaume Puy 84000 AVIGNON –

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Tirée du récit PUTAIN de Nelly ARCAN, l’histoire de la fille du paradis, fait penser à un immeuble dont la façade a été marquée par les flammes d’un incendie.

La jeune femme qui apparaît sur le plateau est belle, elle est habillée en noir peut être trop sagement. C’est déconcertant, voilà une femme qui raconte son expérience d’escort girl et qui n’a pas l’air d’une putain !

Le metteur en scène Ahmed MADANI couve d’un regard juste et délicat cette jeune femme fraîche . D’emblée, le spectateur n’a pas la sensation d’être un voyeur venu écouter les confessions sulfureuses d’une prostituée. Car le réquisitoire de Nelly ARCAN contre la condition sexuelle des femmes dans la société n’a rien de sulfureux.

N’être qu’un corps, une image, un sexe, vis à vis d’un ou d’une autre, c’est une sensation terrible . Les mots de Nelly ALCAN ont cela d’incroyable qu’ils donnent l’impression d’être des petits cailloux de chair porteurs de la mémoire de son corps blessé, avili, méprisé.

Les hommes qui ont recours aux prostituées pour assouvir des besoins sexuels naturels – après tout la prostitution n’est il pas le plus vieux métier du monde – savent ils que la chair et l’âme ne font qu’un.

Nelly croyait ne vendre que son corps mais sa tête qui ne plie pas, qui enregistre tout, l’oblige à cogner contre ses souvenirs, à se demander pourquoi, comment, elle s’est retrouvée piégée parce qu’un jour comme toutes les femmes, elle a voulu plaire, prendre du plaisir. Cela avait l’air si facile, si naturel…

Les journaux féminins qui entendent cultiver l’image d’une femme belle, jeune, ne font pas autre chose que de mettre en valeur nos comportements les plus primaires. Au balai les intellectuelles, ce sont des chieuses. Et puis faut être réaliste, tant pis pour la vulgarité du propos, la queue d’un homme ça ne pense pas, ça bande !

Nelly devenue Cynthia confie en effet : Chaque bout de queue bande de ma putasserie . Chacun est le seul à me faire plier – Que voient ils en moi ? Le lit, la table de chevet, le fauteuil ? – Minute après minute, heure après heure, jour après jour, je laisse la motte de poils différents au milieu de la pièce . – Trop de clients sont semblables par la misère des hommes à aimer la putain. –

La chair de Nelly est devenue écrivaine. Véritable travail que celui de l’écriture destiné à élever une digue de fortune. Oui, Nelly clame son existence, face à des bourreaux anonymes accrochés au miroir, oh combien lucratif, de la belle femme jeune et sexy.

Au milieu de la scène sombre, où l’on voit de côté quelques chaises se chevaucher, Véronique SACRI seule apparaît, incandescente, habitée par la langue tourmentée de Nelly ARCAN. Elle est une femme et peu importe notre sexe, c’est ainsi que nous la voyons, l’entendons à travers son tissu de voix plein de reliefs, si jeune, si pur…

Paris, le 20 Juillet 2015                          Evelyne Trân

 

LE MANAGER, LES 2 CRAPAUDS ET L’AIR DU TEMPS par la Compagnie ACTA FABULA du 4 au 25 Juillet 2015 à 16 Heures au GRENIER A SEL – 2, rue du Rempart Saint-Lazare 84000 AVIGNON –

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Interprète(s) : Loïc Auffret, Christophe Gravouil, Solenn Jarniou
Mise en scène : Solange Malenfant
Crapaud des villes : Gilles Bouhier
Crapaud des champs : Denis Poulin
Création lumière : Yohann Olivier

Voilà une pièce irrésistiblement drôle, d’une subversivité délicieuse de nature à libérer de leurs complexes, les clients de Pôle emploi.

L’entretien avec un conseiller de Pôle emploi ou un employeur est incontournable. Dans la situation de demandeurs, nombre de candidats à un emploi peuvent perdre leurs moyens, bafouiller, avoir le tract devant devant celui ou celle capable de les jauger d’un seul coup d’œil. Et quand la sentence tombe “Non vous n’avez pas le profil”, il faut se contenter de quitter le bureau, la tête ou la queue basse .

Combien de livres pour expliquer aux chômeurs comment ils doivent se comporter pour retenir l’attention d’un futur patron. Dans ce monde impitoyable où le temps presse et recule, sachez que votre image et vos manières de parler comptent autant sinon plus que votre curriculum vitae. Affaire de psychologie, de flair, puisque étant donné le nombre de chômeurs, un conseiller de Pôle emploi n’a pas de temps à perdre, il doit avoir du nez et renifler dès votre arrivée dans son bureau si vous correspondez à l’emploi auquel vous postulez.

Essayez d’oublier ce qui vous distingue du lot, votre moi je n’intéresse personne. Par contre votre capacité à jouer le jeu, à entrer en empathie avec votre interlocuteur sera certainement appréciée.

Si cela peut vous rassurer, pensez et ce n’est pas une fable que les conseillers de Pôle emploi peuvent aussi être menacés de licenciement, s’ils ne réussissent pas à sortir du chômage au moins une brebis par jour. Soyez cette brebis !

Dans un scénario,fort bien ficelé, Solenn JARNIOU, met en scène deux crapauds , une chômeuse et un chômeur qu’un manager, un coach, doit remettre en selle. Les deux gusses en question sont absolument rédhibitoires, l’un ne parle qu’en alexandrins, l’autre en argot.

Le manager qui connaît parfaitement ces deux langues ne se laisse pas démonter, il n’a qu’un but : apprendre à parler normalement à ces deux handicapés du langage.

 Les joutes verbales entre le manager, l’homme qui ne sait parler qu’en alexandrins et la chômeuse vulgaire qui maîtrise l’argot comme personne, emportent les spectateurs dans un délire de bon aloi puisque s’il s’agit pour le manager de faire accoucher ces phénomènes, d’une petite souris qui entraînera toutes les autres propres et saines, une petite crotte communicative et pourtant si étincelante, un petit sésame : Bonjour !

Les deux chômeurs ne savent même pas dire bonjour. Cela leur arrache les lèvres, pourrait même faire sauter leurs plombages. Crie t-il au loup, celui qui claironne son bonjour ou se trouve t-il atteint d’une mélancolie désastreuse celui qui le pousse d’une voix si basse qu’on pourrait le ramasser sous la poussière. Vous l’avez compris, votre bonjour doit être posé, lisse comme un galet, et si possible juste aimable, pas davantage.

Fine bouche et mine de rien Solenn JARNIOU convoque le public à un cours magistral linguistique de haut vol. Fort probable que cette artiste ait fréquenté Rabelais, Molière, Michel Audiard, Racine, enfin tous ces orfèvres de la langue. Il est possible aussi qu’elle connaisse Nathalie Sarraute si sensible aux intonations de mépris, involontaires qui sulfatent d’un poison amer nos propos les plus convenus.

Sachez donc lustrer, astiquer les clés de mots que vous utilisez de façon à ce qu’elles ne fassent pas grincer les poignées ou les serrures des portes que vous êtes obligés, qui que vous soyez, de franchir pour continuer votre chemin !

Toutes les vannes qu’ouvre la talentueuse Solenn JARNIOU font glousser de bonheur les spectateurs. Elle même comédienne assure avec Solange MALENFANT, une mise en scène clinquante et réaliste, accompagnée d’excellents partenaires, Loïc AUFFRET et Christophe GRAVOUIL. Quand les mots à force de se prendre au sérieux dérapent, mieux vaut en rire. Et si la leçon finit par vous tirer les larmes, à votre insu, dîtes vous que vous n’êtes pas un malheureux président obligé de serrer des milliers des mains, soyez naturels, tant pis pour vous et pour Pôle emploi !

Paris, le 20 Juillet 2015                             Evelyne Trân

 

SARAH de John MURRELL – ADAPTATION Eric-Emmanuel SCHMITT – par la Compagnie des Ambroisies avec Marthe Vandenberghe et Jean-Christophe Armand au Théâtre Littéraire LE VERBE FOU – 95, rue des Infirmières 84000 AVIGNON à 16 H 45 – du 4 au 26 Juillet 2015 –

A.Affiche_Sarah_AVIGNONMise en scène : Marthe Vandenberghe
Interprétation : Marthe Vandenberghe, Jean-Christophe Armand
Décors, costumes et affiche :Grain d’ Sel
Coiffure : Marticoup’ Arles
Bande son : Philippe Monpert
Réglages lumières : Didier Champion
Photos : Véronique Tabar

La petite scène, un véritable petit écrin de douceur, a été aménagée en salon mondain pour accueillir la prestigieuse, l’impérissable Sarah BERNHARD, sinon la plus grande comédienne de tous les temps, celle qui a réussi à imposer son image, sa voix, un peu partout dans le monde, utilisant tous les médias possibles à son époque, c’est à dire, la radio, le gramophone, les affiches publicitaires, la littérature, la peinture etc. Elle eût droit comme Victor Hugo qui lui offrit le rôle d’Hernani, à des funérailles nationales !

Une femme extraordinaire donc, devenue un mythe. Née en 1844 d’un père inconnu et d’une mère courtisane, élevée au couvent, elle fait figure d’aventurière théâtrale en un temps où les femmes, souvenons nous, n’avaient guère le droit à la parole, n’avaient pas le droit de vote, et si elles étaient bourgeoises, condamnées à jouer les  femmes au
foyer. Rendez vous compte ! Cette femme a connu Oscar Wilde, Sacha Guitry, Edmond Rostand, Cocteau, Jules Renard, Marcel Proust etc. Elle a interprété les plus grands rôles de tragédie à la Comédie Française et au sein de sa propre troupe qu’elle a entraînée au bout du monde, se réservant même des emplois masculins, ceux d’Hamlet et de l’Aiglon.

Un tourbillon que cette femme ! Nous comprenons pourquoi un de ses admirateurs canadiens John MURRELL a choisi de la mettre en scène à une période de de sa vie, la moins tumultueuse. La dernière, cela va de soi mais quoique…

Sarah Bernhardt, interprétée avec grande classe par Marthe Vanderbergue, bien que presque clouée dans son fauteuil – elle a été amputée d’une jambe – déborde encore de vitalité. Elle ne cesse d’asticoter son fidèle secrétaire, le dénommé Pitou, un amoureux transi peut-être, lui demandant de jouer quelques scènes de sa vie passée, les plus intimes, en endossant les rôles de divers personnages dont le plus étonnant est celui de la mère.

La comédie est fort bien enlevée, légère. Il y a du froufrou dans l’air celui qu’exaltent les mouvements de robe de Sarah. Impossible de l’imaginer austère cette grande dame. Elle n’en garde pas moins son mystère qui plisse à travers les yeux rieurs et pleins de gourmandise de son interprète. Jean-Christophe ARMAND, son complice partenaire, parfaitement drôle, est excellent.

Un bon moment de théâtre qui fond comme un morceau de sucre dans une tasse de thé au salon de Sarah Bernhardt. Le public s’y croit !

Paris, le 19 Juillet 2015                              Evelyne Trân