TOUTES LES CHOSES GENIALES de Duncan MACMILLAN – Conception : Arnaud Anckaert et Didier Cousin au THEATRE JACQUES CARAT – 21 avenue Louis Georgeon – 94230 Cachan – Vendredi 19 Octobre 2018 à 20 H 30 et Samedi 20 Octobre 2018 à 19 Heures –

Texte : Duncan Macmillan

Traduction : Ronan Mancec

Conception : Arnaud Anckaert et Didier Cousin

Avec : Didier Cousin

Régie : Agathe Mercier

Photos : Manuella Anckaert

Codirectrice : Capucine Lange

Le sujet de la pièce de Duncan MACMILLAN, la dépression d’un proche, à laquelle s’est trouvé confronté un enfant est grave. Comment mettre un mot sur la mélancolie, la tristesse que peut nous renvoyer le comportement d’un parent. L’auteur donne la parole à un homme anonyme qui se confie sur son parcours du plus jeune âge à l’âge adulte.

 Comment l’enfant qui a assisté à l’hospitalisation de sa mère après une tentative de suicide peut-il réagir ? Un homme se confesse, raconte comment la mort lui est apparue, brutale à travers celle de son chien. Sachant que sa propre mère voulait mourir, il n’a eu de cesse de combattre cette angoisse parce qu’il aimait la vie.

 Elles sont là devant soi ces choses de la vie qui, à tout moment, impromptues et passagères comme des pensées, des fugaces émotions, des surprises, sont susceptibles de vous faire sourire, rire, chanter, voyager, taper sur l’épaule de votre voisin « Vous avez vu ça ! ».

 L’enfant sent que tous ses petits bonheurs enfantins, légers, innocents, volatiles, étranges, farfelus, si personnels, peuvent lui échapper, disparaître. Alors, il les note sur une liste qui finit par grossir à vue d’œil.

 Une véritable armée de post-its de bons souvenirs qu’il collectionne et se met à inscrire un peu partout à l’intérieur de la boite de corn flakes, sous le couvercle d’un pot de confitures, etc. Ces post-its sont destinés à dérider sa mère dépressive, à lui offrir quelques bulles de bonne humeur, en silence, sans la forcer.

 Cette liste débutée dans l’enfance, il l’oubliera puis la retrouvera à l’âge adulte, elle tracera sa route comme les petits cailloux étincelants semés sur son chemin par un Petit Poucet.

 Toute la force du conte de Perrault irrigue cette pièce. Par analogie s’y exprime diffus, le sentiment d’abandon de l’enfant par ses parents, son désir d’indépendance, d’affranchissement, de découverte, son espoir de redonner le bonheur à a sa famille.

 Mais L’homme anonyme ne revêtira pas de bottes de sept lieues. Il continuera à butiner comme une abeille les multiples bonheurs à sa portée, qui conversent de tout et de rien, qui soulèvent des émotions infinitésimales, particulières ou banales, incongrues, familières.

 C’est cette familiarité avec les choses que l’homme cultive sans violence. Parce qu’il a intériorisé le silence de ses parents et qu’il le respecte, l’enfant a multiplié les tentatives d’approche par l’intermédiaire de petites pensées, des offrandes innocentes, spontanées, extraordinaires à ses yeux.

 Elle ne peut que grossir cette montagne de petits plaisirs pour  faire face au sentiment d’impuissance de l’enfant confronté au malheur.

 Dans le spectacle le comédien Didier COUSIN, remarquable, dirigé par Arnaud ANCKAERT, distribue quelques rôles aux spectateurs installés en cercle et les convie à lire à haute voix certains messages. C’est à travers des lèvres inconnues qu’ils s’échappent dans l’espace. Une façon de les faire éclore, d’évoquer leur manège intime. Sans doute parce qu’il y a des choses qui ne peuvent être dites qu’à travers des mots glissés sous la porte qui attendraient l’éblouissement d’un rayon de soleil ou simplement que quelqu’un les lise. Quel privilège que celui de la lecture d’ouvrir un champ de liberté quand les mots vous dévisagent un peu de la même façon que tout objet familier par sa seule présence.

 Chaque message constitue une petite bouteille à la mer. Il peut échoir entre n’importe quelle main inconnue. De l’inconnu au familier tout le chemin est là, celui d’une vie, celui d’un spectacle, où le spectateur complice suit le parcours d’un curieux collectionneur, participe au concert d’une myriade de petites choses géniales.

 Un concert orchestré par un enfant devenu adulte qui agite sa baguette magique de récolteur de bonheurs sinon pour effacer le malheur, lui résister de bonne guerre.

 Paris, le 21 Octobre 2018

 Evelyne Trân

TOURNEE

27 octobre 2018
Festival Marquise
9 et 10 novembre 2018
Théâtre des Sources, Fontenay aux Roses
11 novembre 2018
Médiathèque de Rosult
13 novembre 2018
La Ferme d’en Haut, Villeneuve
d’Ascq
17 Novembre 2018
Médiathèque de Bellaing
20 au 24 novembre 2018
Le Bateau Feu, Dunkerque
7 et 8 mars 2019
Maison du Théâtre, Amiens
10 mars 2019
Festival l’Arrêt création, Fléchin

 

POINT DE NON RETOUR (THIAROYE) – texte et mise en scène Alexandra Badea – AU THEATRE DE LA COLLINE – du 19 Septembre au 14 Octobre 2018 –

Photo Simon GOSSELIN

avec 

Amine Adjina, Madalina Constantin, Kader Lassina Touré, Thierry Raynaud, Sophie Verbeeck et Alexandra Badea

scénographie et environnement visuel
Velica Panduru
musique originale
Nihil Bordures
lumières
Sébastien Lemarchand
chef opérateur
Sorin Dorian Dragoi (RSC)
montage
David Dubost
assistanat à la mise en scène
Amélie Vignals
voix
Séphora Pondi et Frédéric Fisbach
réalisation documentaire radio Nedjma Bouakra

 

 

Nous avons tous entendu parler des secrets de famille et du poids qu’ils représentent pour la descendance. Dans la pièce THIAROYE, premier volet de la trilogie « Points de non-retour » d’Alexandra BADEA, il est bien question de secret de famille qui court sur plusieurs générations mais celui-ci est d’autant plus difficile à appréhender qu’il se double d’un secret d’état, le massacre de Thiaroye.

 Existe-t-il encore des témoins de cette tuerie, survenue le 1er Décembre 1944 ? Les victimes, 70 tirailleurs sénégalais fraîchement démobilisés, qui réclamaient en vain le paiement de leurs soldes, furent fusillés par des gendarmes, renforcés de soldats.

 Cela signifie que des soldats français ont tué leurs propres frères de combat qu’ils n’ont pas reconnus comme tels parce qu’ils étaient indigènes et assimilés à des traîtres à l’armée alors qu’ils n’entendaient que faire valoir leurs droits.

 Dans les années 40, les administrateurs de la France coloniale appelaient les habitants de leurs colonies des indigènes. Nombre de documents d’archives administratives sont révélateurs du mépris et du manque total de considération vis-à-vis des administrés indigènes. Clamer la supériorité du colon qui civilise l’indigène, un être inférieur, allait de soi.

 Cette réalité qui ne fait pas honneur à la France, il faut en tenir compte pour essayer de comprendre comment ce massacre de Thiaroye si longtemps voilé a pu se produire. Rappelons que celui-ci n’a été officiellement reconnu en France qu’en 2012.

 La pièce débute par l’histoire d’amour entre Amar en quête de son père, un tirailleur sénégalais disparu sans laisser de traces et Nina une émigrée Roumaine. Leur idylle ne résiste pas au caractère obsessionnel de la quête d’Amar. Leur fils Biram héritera de l’angoisse générée par l’absence de ce grand père « un corps oublié dans un charnier ». Un autre personnage Nora, journaliste, raconte ses difficultés à effectuer son reportage radiophonique sur cette petite page d’histoire. Elle rencontre Biram et Régis petit-fils du soldat français assassin malgré lui de tirailleurs sénégalais – il obéissait aux ordres et ignorait que les rebelles qu’on lui désignait avaient combattu pour la France -.

 Tous les personnages ont en commun ce propos « J’ai mal à mon histoire ».  C’est cette intimité de la douleur si difficile à exorciser qui pèse sur chacun des personnages en raison de tous les non-dits qui forment barrage autour de ce drame qu’explore Alexandra BADEA.

 Cependant, les personnages ne se posent pas en victimes, ils veulent au contraire prendre en charge un événement passé sous silence, occulté par la grande histoire, sinon par devoir filial et moral mais surtout pour se comprendre eux-mêmes, acter leur origine, en tirer les conséquences au présent et au futur pour briser la chaîne fataliste.

 Sur le fond, la pièce d’Alexandra BADEA est passionnante. Sur la forme, nous ne pouvons que constater l’absence de personnage antagoniste. Il y manque les effets de rupture qui aussi artificiels puissent-ils paraître, objectivent théâtralement, les déclarations existentielles des protagonistes.

Alexandra BADEA a pris le parti de l’intime qui passe difficilement au théâtre. Cela dit, nous avons été émus, touchés par les interprétations des comédiens pour la plupart binationaux, « venus de différents pays à l’image de la France d’aujourd’hui » qui permettent de faire résonner sensiblement, ces cris du cœur et de raison seuls capables de fissurer la chape de béton d’indifférence et d’oubli qui nous concerne tous.

 Paris, le 18 Octobre 2018

 Evelyne Trân

 N.B : Nous invitons les personnes intéressées à  consulter le site internet de l’AHTIS – ASSOCIATION POUR L’HISTOIRE DES TIRAILLEURS SENEGALAIS –

http://ahtis-association.blogspot.com/

 Et un livre « Noblesse d’Afrique « d’Hélène de Gobineau. Selon l’Association AHTIS « Un des grands intérêts de ce livre est qu’il est riche en informations sur la vie des tirailleurs dits « sénégalais » durant la période de la guerre puis durant leur captivité. » 

 

EXPOSITION PEINTURES D’IKIOU AU SALON INTERNATIONAL D’ART MODERNE CONTEMPORAIN – BUSINESS ART FAIR – 8, rue de Nesle 75006 PARIS – du 18 au 21 Octobre 2018 – Jeudi 18 H à 22 H – Vendredi et samedi de 13 H à 20 H – Dimanche de 11 H à 19 H –

  

 

L’arbre objet, l’arbre nature, l’arbre femme, l’arbre viril, il n’y a pas un arbre, chez le peintre IKIOU que sa vision ne puisse faire voler en éclats tant il est dominé par ses plusieurs esprits.

L’image de l’arbre chez lui est aussi bien l’annonce d’une impression qu’il subit, qui se prête ou qui se dérobe à travers des jetées de couleurs.

L’arbre volte-face au détour de celui qui le fixe, lui assigne une place puis l’abandonne, obéit enfin à notre besoin d’espace et d’étendue.

C’est très étrange ce voyage à travers des arbres qui clignotent qui ont seulement l’air de se ressembler pour mimer notre ère qui s’accompagne de plus en plus d’objets virtuels, sans relation charnelle.

Ikiou, artiste têtu à plusieurs têtes, peintre Coréen, influencé aussi bien par Cézanne que par Braque, inaugure le chant d’arbres dans cette plus vaste forêt, pour devenir l’interprète inespéré d’un dialogue trépidant entre l’orient et l’occident (C’était le bâton de pèlerinage de Malraux), une sorte de récréation continue, tel un pêcheur très humble lève l’ombre, sans confondre le reflet de la lune avec sa canne à pêche, pour rester à l’écoute, caché derrière l’arbre totem.

De la même façon qu’un enfant met un coquillage à son oreille pour écouter la mer, Ikiou traverse le monde en marchant sur ses toiles, un doigt sur la bouche, un doigt sur notre regard.

 Evelyne Trân

 Le 17 Octobre 2018

L’EMPREINTE – SCENE NATIONALE BRIVE-TULLE – NUIT OUVERTE AU THEATRE DE BRIVE le Vendredi 12 Octobre 2018 et EMBRASEMENT URBAIN à TULLE ET BRIVE le samedi 13 Octobre 2018 –

Théâtre de BRIVE Photo Olivier SOULIE

Théâtre de Tulle (Corrèze) le 4 mai 2018   Photo Olivier SOULIE

De mémoire de maires et surtout de la vox populi, Brive et Tulle  ne se sont pas toujours entendues. Trente kilomètres séparent les deux villes, de vingt à trente minutes en autobus. A vrai dire les voyageurs conviés à la visite déguidée de Bertrand BOSSARD, n’ont pas vu passer le temps. Ce guide pas comme les autres a dû traîner du côté d’Alphonse Daudet ou encore de Madeleine Marion, cette grande comédienne, il invente le concept du théâtre au bus, qui n’est pas encore labellisé mais devrait faire des émules.

 Photo Olivier SOULIE

Tandis que le beau paysage de la Corrèze avec ses notes d’automne épanoui, défile sous leurs yeux, les voyageurs accomplissent un véritable voyage dans le temps, celui de l’histoire épique de Tulle. Le parachutage sur la terre de Tulle ne  peut être qu’émotif, secouant, étourdissant lorsqu’il a pour instructeur un comédien qui déclare que l’organe vital d’une ville, c’est son théâtre.

 Les deux théâtres, ceux de Tulle et de Brive, réunis, font désormais figure des deux poumons de la scène nationale de l’EMPREINTE, qui vient juste d’être créée le 15 Juin 2018.

 Il fallait célébrer l’événement et c’est chose faite. Qui mieux que la mémoire collective pourra rendre compte de cette belle rencontre des Tullistes et des Brivistes au cours des deux nuits tumultueuses des 12 et 13 Octobre 2018.

 Il faut rendre au théâtre sa mission organique de rassemblement à ciel ouvert du public le plus divers. A ce propos Bertrand BOSSARD citait Victor Hugo « La culture coûte cher, essayez donc l’ignorance ! ».

 C’était donc nuit ouverte du 12 au soir jusqu’au 13 au matin, au Théâtre de Brive. Une occasion fabuleuse de découvrir comment un théâtre pouvait devenir un lieu de circulation favorisant les rencontres entre des publics très différents, venus soit partager un  festin, se déguiser, écouter un philosophe humoriste, Jean-Christophe ANGAUT, spécialiste de la nuit, la lecture musicale de l’Empreinte de P.Bergounioux par BABX, danser avec le Dj Set Mika RAMBAR, assister à une projection de films, à l’atelier chorégraphique de la Cie La Zampa et Marc Sens ou encore à la lecture marathon de 2 heures à 7 heures des Fleurs bleues de Queneau par Julie MOULIER.

 Chaque spectateur acteur a pu en quelque sorte inventer sa nuit, au fil de ses envies, ses curiosités, avec la possibilité même de s’endormir dans le dortoir sauvage aménagé à cet effet avec la certitude retrouver au petit matin le philosophe de la nuit, et le Dj set Mika RAMBAR et surtout la vaillante fée instigatrice de cette nuit, Barbara METAIS-CHASTANIER dramaturge associée de l’EMPREINTE.

  Photo Olivier SOULIE

Pour illustrer la soirée de clôture, à nouveau le public s’est retrouvé acteur, arpentant les ruelles de Tulle, un flambeau à la main, guidé par de curieux pyrophiles traînant des chariots enflammés, jusqu’à la Place Martial Brigouleix pour assister à l’embrasement final d’une grande roue énigmatique juste animée par le vent et la force d’un athlète, devenue  la proie des flammes avant que n’éclatent les feux d’artifice, véritables coups de tonnerre luxuriants  dans le ciel de Tulle.

 

Photos Olivier SOULIE

Cette récréation éblouissante, scénographiée par Pierre MECQUENEM et l’équipe de la Compagnie LA MACHINE, s’est poursuivie devant la façade du Théâtre municipal de Brive animée  joyeusement par les sourires des créateurs de l’EMPREINTE et soudain prise d’assaut, cernée de toutes parts par les éclairs prodigieux d’un feu météore.

 « Mais que fête t-on ? » ont dû se demander les badauds. Juste un mariage entre deux villes qui ont l’intention de partager leurs propres richesses, leur mémoire artistique avec un large public. L’EMPREINTE a déjà plus de 1500 abonnés, elle sait qu’elle peut compter sur plus de 41000 spectateurs qui pourront faire la navette (1 euro aller et retour) entre Brive et Tulle.

Un mariage culturel assuré d’une belle dote de 3,15 millions d’euros qui permet d’employer 28 permanents, 50 intermittents, 680 artistes, représente 8000 heures de travail, 3500 repas dans les restaurants etc. En somme une aubaine économique pour les Tullistes et les Brivistes.

 Et le public est Roi qui a droit à une programmation éclectique qui n’entend oublier personne parmi les amoureux de la danse, la musique, le théâtre, le cirque. Une place de choix est réservée aux auteurs vivants, compositeurs contemporains parce qu’il est temps de leur donner la parole sans crainte de blesser leurs incontournables prédécesseurs, Molière ou Marivaux, Vivaldi ou Berlioz.

http://www.sn-lempreinte.fr/le-programme/sections=tous_les_spectacles

 Discrets, voire même modestes, Nicolas Blanc le directeur de l’EMPREINTE et sa directrice adjointe Nathalie Besançon, sont conscients de l’ampleur de leur tâche. Ils défendent un « théâtre sensible et engagé, témoin de notre époque ».

Aux heureux élus, les Brivistes et Tullistes qui ont baptisé leur scène nationale du doux nom de l’EMPREINTE, nous ne pouvons souhaiter que prospérité. Il s’’agit bien à échelle historique Briviste et Tulliste, d’une révolution culturelle économique à hauteur de ce 2ème millénaire !

 Paris, le 16 Octobre 2018

 Evelyne Trân

JEUNESSE THÉÂTRE – CIRQUE – A L’ECHANGEUR – 59 Av du Général de Gaulle 93170 BAGNOLET – Du 27 septembre 2018 au 6 octobre 2018 [20h30] // jeudi 04 [14h30 et 20h30] // [relâches] dimanche 30 et mercredi 03 –

Jeunesse-credit-Victor-Clayssen

Jeunesse-credit-Victor-Clayssen

Se laisser porter juste par ses rêves, pour partir en haute mer et revivre des émotions extra-terrestres, c’est le voyage hors du commun auquel convie ses auditeurs, un homme mûr qui tel Ulysse se laisse assaillir par les sirènes de la jeunesse.

 La dimension onirique du récit de Joseph CONRAD est formidablement mise en valeur dans le spectacle conçu par Guillaume Clayssen.

 Le narrateur donne l’impression musicale d’invoquer l’esprit de jeunesse qu’il associe aux aventures périlleuses qu’il a vécues sur un rafiot de fortune dénommé Judée ayant pour cap Banghok.

 Il parle constamment sous  l’emprise de l’émotion celle du marin qui entretient des rapports intimes avec son élément viscéral, la mer ensorceleuse. Nous assistons à son délire qui lui permet de plonger dans cet ailleurs creusé par une sorte de mémoire géante prête à l’absorber, à l’anéantir.

 Il ne dispose pour s’accrocher au réel que le souvenir physique des mâts du bateau qu’il devait escalader en pleine tempête. Les acrobates sur le plateau sont donc des doubles de lui-même qui exécutent  les mouvements dont son corps se souvient et rêve d’accomplir à nouveau.

 Se jeter du haut de sa vieillesse dans la mer agitée de la jeunesse tel est le vœu de ce vieux marin, porte-parole de Joseph CONRAD lui-même, qui après une vie maritime tumultueuse, du prendre sa retraite sur terre et entamer une nouvelle carrière celle d’écrivain.

 L’aspect intimiste du récit, la voix intérieure du narrateur filent la toile de récréation des circassiens que l’on voit même danser comme s’ils foulaient une mer démente et musicienne.

 Nous ne résistons pas à citer ces vers de Lamartine :  

Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages, – Dans la nuit éternelle emportés sans retour, – Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges, –  jeter l’ancre un seul jour ?

Très inspiré, le spectacle est halluciné, habité par la force vive d’un rêve, celui de Joseph CONRAD auquel les interprètes (un narrateur, deux acrobates, un éclairagiste, un ingénieur son)  en symbiose, rendent merveilleusement hommage.

 Paris, le 10 Octobre 2018

 Evelyne Trân

 

Compagnie Des Attentifs

Auteur : Joseph Conrad

Traduction : Guillaume Clayssen

Metteur en scène : Guillaume Clayssen

Scénographie : Delphine Brouard

Collaboration  : Claire Marx

Jeu : Johan Caussin, Frédéric Gustaedt, Julien Crépin, Raphaël Milland et Samuel Mazzotti

Lumière : Julien Crépin

Costumes : Severine Thiébault assistée de Barbara Tardeux

Création sonore : Samuel Mazzotti

Construction décor : Jean-Paul Dewynter

Site internet de la compagnie
www.lesattentifs.com

TOURNEE

Le 3 novembre – Espace 110, Illzach 

7 > 9 novembre – Comédie de l’Est, Colmar 

4 > 8 décembre – TAPS, Strasbourg 

Le 29 mars – Théâtre du Pilier, Belfort 

Le 9 avril – Théâtre Montansier, Versailles 

Les 6 et 7 juin – Cirque-Théâtre, Elbeuf

 

 

LES DEMONS librement inspiré du roman de Fédor Dostoïevski mise en scène Sylvain Creuzevault artiste associé – ATELIERS BERTHIER – ODEON THEATRE – accéder aux Ateliers Berthier 1, rue André Suares, Paris 17e – durée 4h (avec un entracte) 21 septembre – 21 octobre 2018 –

avec
Nicolas Bouchaud
Valérie Dréville
Vladislav Galard
Michèle Goddet
Arthur Igual
Sava Lolov
Léo-Antonin Lutinier
Frédéric Noaille
Amandine Pudlo
Blanche Ripoche
Anne-Laure Tondu

traduction française André Markowicz
adaptation Sylvain Creuzevault
scénographie Jean-Baptiste Bellon
costumes Gwendoline Bouget
masques Loïc Nébréda
lumière Nathalie Perrier
régie lumière Jacques Grislin
son, régie générale Michaël Schaller
production, diffusion Élodie Régibier
administration de tournée Anne-Lise Roustan
information, communication Anne Echenoz

 

A travers la mise en scène « monstrueuse » de Sylvain CREUZEVAULT, nous en venons à nous demander si pour Dostoïevski, le Christ n’était pas en réalité une figure politique. Certes elle a échoué et s’est recouverte des dogmes de la religion, mais elle était porteuse d’un idéal de fraternité par-delà le bien et le mal.

 Dostoïevski ne cesse de poser la question de l’avant et de l’après mettant à l’épreuve tous ces personnages dont la conscience est toujours altérée, aliénée par un sentiment de solitude oppressant, insupportable.

 Qu’est-ce donc qu’un démon, sinon une émotion incontrôlable qui va surgir au moment où l’on s’y attend le moins. Ce faisant Dostoïevski pose la question de la liberté individuelle à son sens compromise par différents paramètres liés à la condition humaine, sa durée de vie éphémère, le poids de la cellule familiale, les carcans idéologiques et religieux en héritage, sa fragilité psychique.

 Une conscience individuelle ne peut s’ériger en conscience totalitaire. Les idéologies au pouvoir ont pour fonction d’être l’arbre qui cache la forêt.Qui entend traverser cette forêt, la traverse à ses risques et périls car il ignore qui l’observe, quelle famille il va retrouver, quels pièges l’attendent. Quoi qu’il fasse, il sera tout d’abord considéré comme un étranger. Cette expérience Dostoïevski l’a vécue, notamment lorsqu’il s’est retrouvé au bagne, lui un fils de médecin militaire d’origine noble avec les gens du peuple.

Mais qu’est-ce donc que la collectivité, la forêt, la famille ? Le personnage transversal du roman (plus de mille pages), Stavroguine, dandy efflanqué prend un malin plaisir à brouiller les pistes. Aristocrate, ancien élève de Stépane Verkhovenski, un professeur idéaliste et libéral, il prend la tête d’un groupe de révolutionnaires. Dostoïevski s’attache cependant davantage à sa vie privée tourmentée qu’à son engagement politique.

 Les idéologies révolutionnaires, socialistes et nihilistes seraient elles le fruit de conflits familiaux, et personnels intenables et les porte-paroles des révolutions, des névrosés, des frustrés, des criminels en puissance ?

 Faute d’être dans l’incapacité de résoudre leurs problèmes internes, leurs propres drames, les démons tels que les nomme Dostoïevski partent à l’assaut de la scène publique en échafaudant des systèmes politiques, complètement déments de son point de vue.

 Parmi tous les portraits des révolutionnaires, un seul semble convaincant, c’est Stépane Verkhovenski, désavoué par son propre fils parce que trop libéral. Il fait partie de l’intelligentsia velléitaire. Dans la pièce, Sylvain CREUZEVAULT lui prête un discours d’Adorno un théoricien violemment critiqué par l’extrême gauche allemande parce qu’il « refuse porter le combat dans la rue ». Est-ce parce qu’il ne peut faire l’impasse de tous les crimes commis au nom des révolutions ?

 Exilé à l’étranger, Dostoïevski s’intéressait beaucoup à la politique. Notamment, il a assisté au congrès de la paix à Genève en 1867 où des représentants de l’Internationale, anarchistes, socialistes ou libéraux ont débattu violemment à propos de la fin du vieux monde.

 Dans la 1ère partie du spectacle, se dessinent les personnalités des protagonistes. Nous les voyons vivre, découvrons leur environnement familial. Cette partie se déroule de façon plutôt lente, comme s’il s’agissait pour le metteur en scène d’exprimer un état de latence générale, la couvaison de l’incendie de la 2ème partie.

 Celle-ci est par contraste dynamique, avec des effets spectaculaires comme ses immenses panneaux panachés de slogans révolutionnaires qui se déplacent sur la scène sous l’ambiance tapageuse d’une musique techno.

 Tous les personnages parlent beaucoup, voire énormément.Ils apparaissent tous très marqués, l’apparence physique est déjà un vocabulaire. Les comédiens incarnent si bien leurs personnages qu’il suffit de les observer pour croire les deviner. La vérité c’est que la force émotionnelle de leurs propos mais aussi leur teneur philosophique, existentielle, exige beaucoup de concentration de la part du public.

 Sylvain CREUZEVAULT a fait le pari de faire l’anatomie de ces démons, il n’y pas de cerveau sans corps et inversement. Anatomie ou autopsie suspecte certes car Dostoïevski n’y va pas de main morte. Faut-il qu’il se souvienne avoir risqué sa tête pour quelques velléités révolutionnaires !

 Très démonstrative, la mise en scène de Sylvain CREUZEVAULT parle bien de tous ces corps calcinés, démembrés, consumés, et pourtant une main encore fumante se dresse, apostrophe les vivants et les morts, pour témoigner que l’homme peut renaître de ces cendres tel le phénix à condition de se regarder en face. Le miroir est décevant, voire bien terni mais ce qu’il renvoie a figure humaine de façon renversante.

 Paris, le 7 Octobre 2018

 Evelyne Trân

 

LA LEGENDE D’UNE VIE de STEFAN SWEIG AU THEATRE MONTPARNASSE – 31 RUE DE LA GAITE 75014 PARIS – Du 12 septembre 2018 au 11 janvier 2019 – Du mardi au samedi à 20 H 30 – Matinées samedi à 17 H et dimanche à 15 H 30 –

Distribution :

Natalie DESSAY, Macha MERIL, Bernard ALANE, Gaël GIRAUDEAU, Valentine GALEY

 

Les légendes font partie de notre environnement impressionniste. Qu’un artiste renommé croie ou non à la postérité de ses œuvres, il y aura toujours des admirateurs passionnés, des proches, des amis pour forger sa légende.

 Nous n’avons pas d’autres ailes pour échapper au quotidien morose que les lustres des artistes qui éclairent, subliment nos émotions, nous stimulent.

 A priori, le thème de la pièce de Stefan SWEIG, écrite en 1919 est très éloigné de nos préoccupations immédiates. Il y est question d’un héritage spirituel d’un grand écrivain poète auquel s’est consacré sa veuve, n’hésitant pas à idéaliser le portrait de son époux dont l’aura a pour effet d’éclipser le fils qui doit se battre pour affirmer sa propre personnalité. C’est la rivale de sa mère, le premier amour de son père qui apportera du grain à son moulin en lui révélant que son père était certes un grand artiste mais pas aussi lisse et vertueux que sa légende.

 Légende contre réalité ? Stefan SWEIG s’est toujours attaché à traduire les histoires intérieures des individus, celles justement qui ne risquent pas de passer à la postérité. Il sait probablement par expérience combien les façades luxueuses trop rutilantes, n’ont de valeur qu’à l’extérieur.

 Le maquillage ne tient pas sous la plume de cet auteur, à l’écoute des voix étouffées, écrasées par les clairons de la bienséance,  destinés à repousser dans l’ombre, à l’écart, toux ceux qui pourraient ternir le tableau.

 Mais quel tableau ? Celui d’un salon bourgeois prêt à accueillir les invités d’une lecture littéraire des œuvres du fils que sa mère entend rattacher à la mémoire du père. Or le fils se rebelle car il sait qu’il fait tache, que le vernis de la légende du père n’a rien à voir avec lui, jeune écrivain débutant, en proie aux doutes, amoureux d’une femme d’origine modeste qu’il n’ose pas présenter à sa mère.

 Très progressivement, l’auteur laisse glisser le portrait du père qui ne tient plus qu’à un crochet celui de son épouse. Livrés à eux-mêmes, enfin libérés du leurre qui les égaraient, les protagonistes pourront parler d’avenir, moins ambitieux certes, mais vivant. Une façon de dire que pour marcher droit il faut regarder sous ses pieds et ne jeter un coup d’œil aux étoiles que modérément.

 La pièce, à notre sens, manque de rythme. Son intérêt réside principalement dans les portraits des personnages et les dialogues.

 La caricature n’est pas de mise. Il s’agit d’un drame intime, une joute quasi métaphysique entre des vivants et un mort. Et puis, il y a ce dénouement incroyable, la réconciliation entre les deux rivales amoureuses, l’épouse et l’amante.

 Natalie DESSAY est tout simplement bouleversante dans le rôle de la mère et épouse castratrice. Gaël GIRAUDEAU possède un jeu très nuancé qui lui permet d’interpréter avec véhémence mais sans violence, ce rôle ingrat du fils égratigné par l’image du père. Bernard ALANE est parfait en témoin proche de la famille et Valentine GALEY campe avec une belle vivacité la sœur.Quant à Macha MERIL elle nous est apparue délicieuse dans ce rôle de premier amour du poète, piquante, effrontée, rêveuse, toujours charmeuse.

 Vraiment un beau spectacle servi par une distribution brillante, la mise en scène sobre de Christophe LIDON. Le décor de Catherine BLUWAL, abstrait, géométrique y apporte sa touche intrigante et mystérieuse. Sonder les mystères de l’âme humaine fut toujours le propos de Stefan SWEIG, avec une brûlante délicatesse.

Paris, le 7 Octobre 2018

Evelyne Trân

Création 2018/2019 de la Compagnie MACHINE THEATRE – CRIME ET CHATIMENT d’après le roman de Fédor Dostoïevski – Traduit du russe par André Markowicz – Mise en scène de Nicolas OTON – A L’Archipel, scène nationale de Perpignan – Avenue Général Leclerc BP 90 327 – 66003 Perpignan cedex – Les 2, 3, 4 Octobre à 19 H, 5 et 6 Octobre à 20 H 30. Les 9, 10, 11 Octobre 2018 à 19 H – Accueil public et Billetterie : 04 68 62 62 00

Photo Marc GINOT

Distribution
Nicolas Oton mise en scène
Ludivine Bluche assistante
Avec :
Cyril Amiot, Ludivine Bluche, Frédéric Borie, Elodie Buisson, Brice Carayol, Charlotte Clamens, Laurent Dupuy, Franck Ferrara, Christelle Glize, Manuel Le Lièvre, Patrick Mollo, Alex Selmane, Alyzée Soudet
Scénographie Gérard Espinosa
Lumière Dominique Borrini
Son Alexandre Flory
Costumes Marie Delphin
Régie générale Mathieu Zabé
Régie lumière Claire Eloy
Production : Machine Théâtre
Coproduction
L’Archipel, scène nationale de Perpignan
Le Cratère, scène nationale d’Alès
Festival Le Printemps des comédiens, Montpellier

Représentations
L’Archipel, scène nationale de Perpignan, Le Carré
2, 3, 4 octobre 2018 à 19h / 5, 6 octobre à 20h30 / 9, 10, 11 octobre à 19h
Au Cratère, scène nationale d’Alès, Grande salle
16 et 17 octobre à 20h30, 18 octobre à 19h
ATP Lunel, Salle Georges Brassens
4 décembre 2018 à 20h30
Printemps des comédiens, festival juin 2019

La scène est obscure, juste un grand pont la traverse qui suggère l’ailleurs, les autres, la rue , la ville Saint Pétersbourg qui fulmine noyée dans la chaleur et la poisse. En contrebas, éclairé par un projecteur, il y a le lit de Raskolnikov, son drap blanc froissé, une tache de lumière avec ses relents de sueur, de fièvre, d’insomnies.

Raskolnikov sort de sa nuit, du cageot de sa cervelle encrassée par de mauvais rêves, d’une idée qui a germé dans sa tête et qui deviendra le motif de tout le roman, pour entrer dans une autre nuit, à la rencontre d’autres âmes empêtrées, prisonnières qui possèdent chacune leur version de l’enfer sur terre.

 Dans Crime et châtiment, c’est la descente aux enfers d’un jeune homme que décrit Dostoïevski, une descente d’autant plus impressionnante qu’elle semble inoculée par la pensée du héros lui même, qu’il ne se passe rien d’extraordinaire et que même le passage à l’acte, le crime de Raskolnikov semble avoir été commis dans un rêve éveillé.

Raskolnikov est un dormeur éveillé de la race d’Hamlet, l’instinct chez lui est érodé par la pensée qu’il imagine supérieure, susceptible de faire voler en éclats un sentiment insupportable d’oppression, d’indignité que lui renvoie dans toute « sa splendeur » l’usurière .

Y a t-il une raison d’être de la conscience, peut-elle s’affermir de ses propres raisonnements, de façon autarcique comme l’entend le jeune homme au moins sûr d’une chose, c’est que l’usurière ne mérite pas de vivre, qu’elle lui parait aussi nuisible qu’un pou.

Cette solitude d’une conscience qui tourne en rond parce qu’elle n’ a pas d’autres critères que son propre miroir, est totalement dans le déni d’une réalité compensatoire, sans concession.

Comment sortir de soi, d’une prison intérieure, une forteresse à vide qui grelotte de cauchemars, chauffée à blanc par sa propre fièvre, pour aller vers l’autre, qui n’aurait rien d’autre à offrir que sa propre misère.

Photo Marc GINOT

Pourtant un pont de solidarité va se construire de façon inespérée comme si seul un malheureux pouvait comprendre un malheureux. C’est Sonia, la jeune prostituée au coeur pur qui ouvrira ses bras à Raskolnikov, le criminel, et aussi la bienveillance du policier Porphyre qui permettra au jeune homme d’avouer son crime non par remord mais pour rejoindre la société humaine aussi désespérante soit-elle.

Dans la mise en scène, les ténèbres du héros, s’ouvrent sur une galerie de personnages qui interpellent le héros avec leurs récits de vie, tous édentés par la misère morale et matérielle, pour atteindre un point lumineux ultime celui de l’amour qui le submerge pour Sonia.

La scénographie d’une sombre beauté, tel un idéogramme chinois offrant la vision d’allées et venues d’humains sur un pont jeté au-dessus de la vie rampante de nécessiteux, fait écho à la misère de notre époque actuelle.

La différence néanmoins qui frappe c’est qu’au 19ème siècle, il n’était pas encore question de société de consommation. Force est de constater que les usuriers ont pignon sur rue, aujourd’hui de plus belle.

Dostoïevski donne la parole à des individus qui n’ont aucun pouvoir politique, des laissés pour compte, qui empoignent pourtant la vie à bras le corps, celle de la violence de leurs sentiments.

Dostoïevski  fonde toutes ses recherches sur les représentations que nous avons de l’homme de la pire à la meilleure, avec ce désir oppressant, impétueux d’échapper à la corruption des idées pour atteindre le cœur de l’homme.

L’adaptation théâtrale du roman, fidèle aux dialogues de Dostoïevski, permet d’appréhender, d’un seul coup d’œil,  la force étrange d’une épave dans un océan obscur, qui continue à envoyer des signaux désespérés, qui a voix humaine, chargée malgré tout d’espérance.

Nous saluons le talent du metteur en scène Nicolas Oton qui fait preuve d’une étonnante sobriété et pénétration pour exprimer sans effets superfétatoires, toute la fièvre de Crime et châtiment, véritable thriller psychologique, d’une modernité cinglante.

Nous saluons également la performance des comédiens et de toute l’équipe technique qui a fait honneur à l’immense plateau de la magnifique scène nationale de Perpignan, l’Archipel, créé par Jean Nouvel, et couvé comme il se doit par son Directeur Général Borja Sitjà.

Paris, le 5 Octobre 2018

Evelyne Trân

 

MOTS POUR MAUX – SYLVAIN GARY AU THEATRE DE L’ESSAION – 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS – Du 29 AOUT AU 14 NOVEMBRE 2018 TOUS LES MERCREDIS A 21 H 30 –

  • Sylvain Gary
  • Avec : Sylvain Gary 
  • François Martin compositeur pianiste ,
  • Antonella Mazza contrebassiste

Sylvain GARY n’ a pas peur des mots, véritables petits courants d’airs qui inspirent ses chansons, tendres et cavalières, nostalgiques et piquantes.

En concert avec François MARTIN au piano et Antonella MAZZA, à la contrebasse, il distille sa bonne humeur, de pirouettes en pirouettes.

Un joli tour de manège qui redonne du blason aux malotrus de notre espèce, les hypocondriaques, les mythomanes, les platoniques, les mystiques, les voleurs de nains de jardins, les coeurs de latex en passant par le métro et bien sûr le square des Batignolles ou encore Mona Lisa.

Il s’agit d’un voyage d’agrément qui ne laisse personne sur le bord de la route, puisqu’il suffit d’un mot pour bondir dans le train en marche et intégrer cette jolie foire à chansons.

Certaines nous font penser à Trénet, d’autres à celles des chansonniers d’antan .

Finalement, elles n’ont pas d’âge comme la pluie et le raisin mûr. Elles enjolivent l’atmosphère telles nos fleurs au balcon qui saluent les passants.

Ne passez donc pas votre chemin, amateurs de chansons douces et ludiques !

Paris, le 1er Octobre 2018

Evelyne Trân

OSCAR ET LA DAME ROSE – de Eric-Emmanuel SCHMITT – A LA COMEDIE BASTILLE – 5, rue Nicolas Appert 75011 PARIS – Du 30 Septembre au 6 Janvier 2019 – Jeudi à 21 h, Vendredi à 19 h, samedi et dimanche à 17 h –

Avec Pierre Matras

De Eric-Emmanuel Schmitt

Mise en scène Lucie Muratet

La pièce traite d’un sujet particulièrement délicat, les questions que peut se poser un enfant atteint d’une maladie incurable.

Eric-Emmanuel Schmitt a imaginé un conte où les questions et les réponses se chevauchent. Nous sommes tentés de parler de conte à cause de l’importance de la dame rose qui a l’aura d’une fée providentielle.

Appelons la, la fée imagination. C’est elle qui veille sur Oscar, un garçonnet à l’esprit vif, qui a beaucoup de mal à supporter la présence anxieuse de ses parents qui ont appris qu’il n’avait plus que quelques jours à vivre.

Pour lui permettre d’échapper à l’ambiance mortifère de l’hôpital, la dame rose pousse Oscar à exprimer ses rêves et même à les vivre tant il est vrai que la frontière entre la réalité et l’illusion est assez mince.

Oscar a le goût de vivre et ne réalise pas qu’il va mourir. Il vit dans l’instant présent. Cette force là, la dame rose décide de l’exploiter en exhortant Oscar à vivre chaque jour comme s’il s’agissait d’une dizaine d’années afin qu’il atteigne lui aussi l’âge requis pour s’en aller.

La dernière semaine de vie d’Oscar sera trépidante, il aura le temps d’écrire son journal adressé à Dieu, faisant office d’interlocuteur spirituel d’ordre païen plus que biblique, de se marier avec une petite fille, se réconcilier avec ses parents et enfin d’éprouver le bonheur d’assister au lever du soleil.

L’interprétation d’Oscar par Pierre MATRAS est intense, elle exprime à la fois la gravité et la naïveté
de l’enfant qui étonnamment ne se plaint jamais et est mentalement d’une énergie débordante.

La mise en scène réaliste et onirique de Lucie MURATET projette l’environnement de l’enfant, une montagne de jouets exorbitante qui peine à abolir le cadre austère d’une chambre d’hôpital.

Le spectacle est poignant, réaliste et viscéralement optimiste. Carpe diem, ce message est universel !

Paris, le 30 Septembre 2018

Evelyne Trân