https://www.youtube.com/watch?v=shk0aIYhdEY&t=8s C’est l’histoire d’un homme qui a choisi les mots comme rempart à la libéralité de nos émotions, à cet aléatoire, ce rien confus qui parfois nous trouble. Le narrateur raconte sa curieuse confrontation avec la solitude et une nature difficile, voire hostile ; il fait affreusement froid là-bas en Sibérie, non sans se départir d’un certain humour « Je vais enfin savoir si j’ai une vie intérieure ».
Nous ne pouvons-nous empêcher de penser qu’il prête de l’esprit aux montagnes, à la banquise, au soleil et plus largement à la nature d’une présence d’autant plus prégnante que l’homme qui l’éprouve a pour partenaire cette étrange maîtresse, la solitude.
Pourquoi donc raconter cette aventure qui a duré six mois, pour avoir suffisamment de matière pour écrire un livre ? Nous pensons que Sylvain Tesson poète dans l’âme, a écrit ce livre pour fixer une véritable histoire d’amour avec un paysage, une nature foisonnante de mystère devenue sa compagne.
William Mesguich tour à tour émouvant, drôle, lyrique, laisse fuser toute cette sensualité propre aux mots qui fondent dans la bouche et suggèrent toutes sortes de sensations qui vont bien au-delà de la pensée. Car il faut quelque peu la faire exploser cette intériorité de la pensée qui épouse l’austère nature et se rêver animal homme pour faire battre son cœur !
Production : Artistic Scenic, Ada Productions et DB&A
Le 30 juin 1984, l’enfance de Thelma, 11 ans, s’arrête. Comment fait-on pour se reconstruire après une vérité cachée ? D’une adolescente survoltée, à la jeune femme qui monte à Paris pour réaliser son rêve, de la femme prise en étau par son corps et ses amours, grâce à la scène, Thelma va trouver en elle, la force de grandir… Du rire aux larmes, par le récit de personnages sensibles, redoutables et parfois drôles, Cache Cache nous percute en plein cœur.
Une production Les larrons en accord avec le Théâtre de Poche Montparnasse.
Un cœur simple est une nouvelle de Gustave Flaubert tirée du recueil Trois contes, qui retrace l’histoire d’une servante au 19ème siècle, en Normandie, Félicité de son prénom… Ce spectacle a été nommé en 2019 aux Molières dans la catégorie Meilleur Seul en Scène, joué plus de 400 représentations en France et à l’étranger, il revient pour notre plus grand plaisir !
Ce sont les 7 derniers jours de Madeleine Béjart, première compagne de Molière, qui a été sa « mentor », sa muse, sa compagnonne de route, son ombre…
Madeleine Béjart est une femme moderne. Elle s’aventure sur des chemins qu’aucune femme de son époque n’a empruntés. Elle est une interprète de génie, elle écrit des vers, elle invente la mise en scène, elle construit, finance et dirige la troupe qui deviendra le Théâtre Français en 1680. La Comédie Française devrait s’appeler la maison de Molière et de Madeleine Béjart !
Il voulait être seul. Et puis elle entre dans son compartiment. Elle ne le regarde pas. Pire encore, c’est comme s’il n’existait pas. Elle lit. Qui est-elle ? A quoi joue-t-elle ? Qui est cette inconnue, proche de la « passante » de Baudelaire ? Que cache-t-elle ? Aussitôt, des textes sur les femmes et la séduction surgissent, se recoupent et se contredisent. Le jeu est grave et rieur. Le spectacle est comme une boîte dont on sort des cartes imprévues, mais de la même famille, celle du cœur.
Production : Le Grenier de Babouchka, Scène Productions et A&P Productions
Le 25 avril 1974, au Portugal, la révolution des œillets fait chuter la plus longue dictature d’Europe. Des milliers de Portugais marchent ensemble, vers leur destin pour écrire, la fleur au fusil, une sublime histoire d’union, d’amour et de paix. Ces hommes et ces femmes réussissent ainsi à gagner leur liberté sans qu’aucune goutte de sang ne soit versée. C’est l’histoire d’une démocratie qui se gagne par l’union d’un peuple et qui se conquiert avec des fleurs. Quand son petit-fils l’interroge sur sa vie, Céleste, émigrée portugaise en France, convoque en sa mémoire les souvenirs passés de sa jeunesse muselée par la dictature de Salazar…
Ce soir le théâtre se transforme en salle de classe. Celle de Madame Marguerite, institutrice mégalomane et tyrannique. Elle est investie d’une mission : faire de vous des élèves obéissants. Inexpressifs. Impuissants. Un monologue critique de la dictature, intense et caustique, sans tabou, qui secoue la morale avec une insolence vivifiante, mis en scène avec finesse par Michel Giès et interprété par l’époustouflante Emilie Chevrillon. Un moment jubilatoire.
Romain Gary raconte sa jeunesse, son déracinement, sa relation à sa mère qui l’élève seule. Elle rêve de grandeur pour lui. Il n’aura de cesse d’essayer d’être à la hauteur de ce rêve. Passant de la mère étouffante d’amour à la femme de ménage espiègle, du grand De Gaulle à une galerie de petits Parisiens qui traversent la terrible guerre, Franck Desmedt retrace avec virtuosité l’itinéraire de l’un des auteurs les plus mystérieux, le seul à avoir obtenu deux fois le prix Goncourt.
Production : Atelier Théâtre Actuel, Samsha Films, Pony Production, Qui Vive !, SPJL Production, Avec le soutien de la ville de Romainville — Coup de cœur du Festival BeFOre le OFF – Saint-Cloud
Une jeune femme tombe malade. La grippe, quoi de plus banal. Mais la maladie s’aggrave et elle est transportée d’urgence à l’hôpital. Son pronostic vital est engagé, son cœur très affaibli : l’équipe médicale décide de lui greffer une machine de circulation extra corporelle. Comme c’est étrange, à 29 ans, d’avoir le cœur qui flanche… Comment faire pour survivre ? Comment revenir au monde ? Une histoire de montagne à gravir, de brouillard à traverser, de résilience et d’amour. Une plongée dans l’univers surréaliste, épique et désespérément drôle de la réanimation. D’après une histoire vraie.
C’est comme si c’était l’histoire d’un homme qui se racontait une pièce de théâtre. Ou c’est comme si une pièce de théâtre traversait un seul homme. Dans les deux cas, le présent a un goût de souvenir. Théâtre radical : de quoi s’agit-il là, sinon de voir les voix, et de tenter de les faire voir ? L’art de la « mise en scène » attendra. Nous arrêtons ici le « spectacle » à sa seule rêverie. Dans la pièce de Daudet, on ne voit jamais L’Arlésienne, n’est-ce pas ? Cette fois, on ne verra pas davantage les autres, Frédéri, Vivette, Rose Mamaï, le Gardian ou Balthazar… mais on entendra leurs spectres. Et pourquoi L’Arlésienne ? Parce que c’est la Provence et, derrière la naïveté apparente de ses accents, tendez l’oreille, plusieurs Provence. Et parce que c’est autrefois et, tendez l’oreille, c’est encore maintenant. Et parce que c’est l’amour, enfin. Tendez l’oreille : celui, ici, maladie infantile et mortelle, de tous pour tous.
Production : Compagnie de l’Étreinte. Pierre Bonnier – Théâtre de la Huchette – Théâtre du Poche Montparnasse
William Mesguich nous fait revivre sur scène l’expérience exceptionnelle de l’écrivain-aventurier Sylvain Tesson. Parti loin de la cité et de la foule, il fait le choix de s’isoler au milieu des forêts de Sibérie, là où ses seules occupations sont de pêcher pour se nourrir, de couper du bois pour se chauffer. Il réapprend le bonheur de la lecture et de la réflexion solitaires. Avec poésie et humour parfois, il nous entraine dans sa cabane : « Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence, toutes choses dont manqueront les générations futures ? »
Textes de : Jehan-Rictus (issus du recueil « Le cœur populaire »)
Mise en scène : Guy-Pierre Couleau
Avec le soutien de l’ADAMI dans le cadre du dispositif déclencheur théâtre.
Ces histoires issues du recueil « Le Cœur populaire » sont un manifeste en faveur du Pauvre, ce bon vieux Pauvre dont tout le monde parle et qui se tait toujours ; ce Pas-de-Chance que tout le monde voit mais que personne ne regarde. Jehan-Rictus décrit des personnages du peuple avec une vérité qui bouleverse et surprend. Seule en scène, Agathe Quelquejay offre à notre écoute une langue populaire haute en couleur, fascinante invitation à revisiter le français d’aujourd’hui.
C’est l’histoire de l’amour incommensurable d’une mère pour son fils. C’est l’histoire d’une mère qui est prête à tout pour offrir la meilleure vie à son fils. C’est l’histoire d’une réussite…
Fin septembre, réunion de parents d’élèves : elle est là, « la mère du Burt ». Celle qu’on n’a pas vue depuis des années, celle qu’on aurait sans doute préféré ne pas revoir. Elle n’a plus aucune raison d’être là, pourtant elle s’est invitée. Alors, comme le prof principal est en retard, elle se lève et parle. En combat contre les mots, elle se raconte, raconte son Burt, cet « enfant difficile ». Dans ce texte ciselé et haletant, cette mère courage n’a aucune limite pour son fils qu’elle embarque sur les routes de France, en quête d’un rêve hollywoodien. Et au fil de ce parcours entre musique, danse et cinéma, une vraie émotion se dévoile peu à peu. On comprend alors qui elle est, et pourquoi elle est là…
Un homme en crise avec le monde cherche, par tous les moyens, à s’exfiltrer de la folie des hommes et trouve refuge dans des cliniques psychiatriques où on l’encourage à écrire pour se soigner. Accompagné de personnalités plus ou moins réelles qui, tour à tour, l’empêchent et l’encouragent, il se confronte progressivement au désir qu’il chérit et redoute le plus : devenir un écrivain.
C’est une histoire de fous. Dans Pseudo, Emile Ajar pseudo de Romain Gary donne la parole à Paul Pavlowitch qui représente face aux médias Emile Ajar, lauréat du prix Goncourt pour La vie devant soi. Souvenons-nous que Paul Pavlowitch existe vraiment, qu’il a juste joué le rôle d’Emile Ajar et qu’il n’a rien à voir avec ce Paul Pavlowitch qui parle dans le roman.
Pour ne pas s’embrouiller davantage, on oublie, pour juste s’intéresser au personnage du roman qui possède un don d’auto-analyse assez surprenant. L’auteur Romain Gary se lâche complètement – il règle ses comptes aussi bien avec lui- même qu’avec le monde – en se faufilant dans une identité fictive, celle d’un jeune homme qui souffre de symptômes d’appartenance, par exemple, il se sent responsable de massacres qu’il n’a pas commis. Dans le texte, il s’exprime ainsi : Je me découvrais planétaire, d’une responsabilité illimitée. C’est d’ailleurs pourquoi les psychiatres m’ont déclaré irresponsable.
« J’accepte moi Paul d’être une caricature d’Emile Ajar ». Un festival de caricatures ? Plusieurs personnages interviennent dans le roman : Tonton Macoute (un parent de Paul, caricature de Romain Gary) une journaliste du Monde, Yvonne Baby, le psychiatre, le docteur Christianssen et Dieu qui aurait créé le monde dans un but artistique.
« Tout fait semblant, rien n’est authentique » se désespère celui qui ne sait plus quelle identité endosser. Il va jusqu’à se méfier de l’aspect rassurant d’une chaise puisque tout fait semblant… Evidemment, cet homme qui a un besoin effrayant de fraternité accepte d’être une caricature.
Oui, il faut citer quelques phrases de cet auteur :
Il n’y a pas de moment opportun pour fermer sa gueule
Je suis un linguiste né, je comprends même le silence
La peur c’est la seule valeur universelle et fraternelle.
Tout ce que raconte ce personnage, faut-il le prendre au premier ou au second degré ?
A force de crier au loup, personne ne le prend au sérieux. Il est un lanceur d’alertes. Le monde va mal et parait-il que tout le monde est au courant, mais lui, il n’en démord pas, il appelle au secours, à chaque jour qui se lève.
Il faut remercier Zacharie FERON d’incarner avec une sincérité désarmante ce personnage hors normes. Hors de ses gonds, sa vitalité est réjouissante !
Evelyne Trân
Le 2 Mai 2025
Zacharie FERON était l’invité de l’émission Deux sous de scène en première partie sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 26 Avril 2025. En podcast sur le site de Radio Libertaire.
Georges Brassens et Raymond Devos, deux artistes, deux amis, deux êtres exceptionnels que Marie-Silvia Manuel et Marc Goldfeder interprètent dans un spectacle tendre et joyeux.
Marie-Silvia, comédienne-chanteuse-diseuse-amoureuse des mots, chante Brassens avec gourmandise, et dit Devos avec régal.
Marc, directeur musical-pianiste-orchestrateur, l’accompagne au piano avec l’œil qui frise et le flegme du partenaire discret et efficace.
Et c’est vraiment être entre copains que de chanter les vers de Georges et de réagir à l’absurde de Raymond.
Le spectacle lie sketches et chansons par les commentaires personnels des deux artistes. Car Marie-Silvia leur sert aussi de truchement.
Comme elle le dit au départ : « Nous voudrions réaliser un rêve, une envie, un phantasme : être vos interprètes non seulement de leurs chansons et de leurs sketches, mais aussi de leurs propos ». Il y a même un dialogue avec le subconscient. Ce n’est pas raisonnable. Mais doit-on être raisonnable en toutes circonstances ? Il faudrait être fou !
Mise en scène : Mélanie Sandt Avec : Michaël Louchart
Résumé
Une saga familiale qui donne envie de dire je t’aime. Le 12 juillet 1998, pendant l’euphorie de la victoire de la Coupe du monde de football, Guillaume Letertre reçoit deux messages vocaux sur son Nokia 5130. Sa vie bascule
Comment une seule journée marquée du sceau de la grande histoire mais pas seulement peut cristalliser la vie d’une personne ou condenser son histoire, au point de lui donner envie de la raconter dans un seul en scène extravagant, lunaire et émouvant .
En vérité nous ne savons pas s’il s’agit de la vraie histoire de Michaël Louchart mais il y a de l’authenticité dans l’air .
La vie est tout de même bizarre, pourquoi faut-il qu’elle ait décidé que le 12 juillet 1998 serait gravé à jamais dans la tête de Monsieur Guillaume LETERTRE . Non seulement cette date correspond à la victoire de la coupe du monde de football mais c’est la date de naissance de son fils et celle qui lui annonce l’accident vasculaire cérébral de son père. Franchement, c’est trop pour un seul homme !
Disposant d’une forte dose d’humour, Monsieur Letertre est confronté à des situations désopilantes alors même que le contexte devrait solliciter tout notre sérieux.
Ces évènements de la vie, la naissance, l’accouchement, l’enterrement d’un parent, voilà des sujets bien graves qui n’empêchent pas le sourire de s’immiscer, nous chatouiller et même nous faire rire de bon cœur face aux absurdités de la vie.
Nous n’avons pas envie de vous dévoiler les farces que la vie a décidé de faire à Monsieur Letertre ce jour fatidique du 12 juillet 1998, pour lui rappeler qu’il avait un père à aimer. Allez voir le spectacle ! Souvent très drôle, avec une pèche d’enfer Michaël Louchart nous fait remonter le temps pour vivre avec lui cette journée du 12 Juillet 1998. Que vous y étiez ou pas, vous vous en souviendrez !
AVANT PROPOS Très malvoyante depuis sa naissance, c’est à l’âge de 16 ans que Sarina perd totalement la vue. Depuis toute petite elle a peur d’être réduite à son handicap et mise dans une « boite » dont elle serait tenue prisonnière. Mais cette cage existe-t-elle réellement ? Finalement, ne s’agit-il pas plutôt d’une simple projection virtuelle que l’on s’impose ? C’est sa grand-mère, professeure de piano, de chant et concertiste qui lui enseignera les bases du piano et du chant lui donnant ainsi une première clé pour briser ses barrières et déployer ses ailes d’artiste.
Voir la bande annonce
CHRONOLOGIE DES TITRES ET ARTISTES INTERPRETÉS
Nina Simone Black is the color of my true love’s hair
Joséphine Baker J’ai deux amours
Nina Simone Feeling good
Dolly Parton Jolene
Joséphine Baker Don’t touch my tomatoes
Anne Sylvestre Non, tu n’as pas de nom
Joan Baez We shall overcome
Mercedes Sosa Gracias a la vida
Fairuz Li Beiruth
Myriam Makeba Pata Pata
Billie Eilish Lovely
Sarina Lève-toi
Dans l’une des caves médiévales du Théâtre ESSAION une chanteuse belge se produit actuellement tous les mercredis à 21 H jusqu’au 21 Mai 2025. Sans nul doute son passage à Paris fera date et les belles pierres qui ne manquent pas de mémoire ni de présence auront tout autant que le public venu combler la salle, frémi en entendant la voix de SARINA.
Cette toute jeune artiste d’à peine 30 ans, également pianiste, auteure, compositrice, est une interprète hors pair des chansons d’artistes internationales.
Il faut l’avoir entendue interpréter Li Beiruth de FAIRUZ ou Non, je n’ai pas de nom d’Anne SYLVESTRE, pour comprendre l’engouement que suscite SARINA .Elle dispose d’une voix pure et puissante et comme elle est habitée par les textes des chanteuses qui l’inspirent, son chant semble couler de source.
Son tour de chant très varié permet de dévoiler les facettes de SARINA qui passe de la gravité à la fantaisie ou la drôlerie avec une aisance remarquable.
Toute menue, SARINA dégage une forte personnalité que ne dément pas son joli sourire. Elle ne voulait pas être catégorisée chanteuse aveugle et on la comprend. Lors du spectacle, elle raconte son parcours très simplement tant il est vrai qu’elle n’a pas besoin d’afféteries pour s’exprimer; elle est une chanteuse engagée, résolue, la tête haute qui chante au nom des valeurs des femmes qu’elle admire et qui mobilisent tout son talent.
Le spectacle se termine par la chanson qu’elle a écrite Lève-toi, magnifique.
Il n’y aurait qu’une exclamation toute banale pour traduire l’émotion du public à l’issue du concert : c’est beau !
Un ange passe, oui nous avons été émus.es par la voix de SARINA mais pas seulement car nous avons été aussi captivés.es par sa présence sur scène, simple et heureuse, tendre et lumineuse !
Evelyne Trân
Le 17 Avril 2025
N. B : Une interview de SARINA sera diffusée sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 26 Avril 2025, en 2ème partie de l’émission Deux sous de scène ( de 15 H 30 à 17 H) qui sera ensuite en podcast sur le site de Radio Libertaire.
Vivre de sa seule poésie ! C’est ce que John Keats, âgé de 18 ans et qui avait perdu père et mère, déclara un jour à son tuteur (qui faisait commerce de thé). Vivre de sa seule poésie voilà ce qui est ici questionné. Avec un pianiste, des récits, des poèmes, des lettres, du théâtre d’objet, des vidéos, quelques clowneries et pas mal de carton.
TEXTE : D’après l’œuvre et la correspondance de John Keats
ADAPTÉ : D’une traduction originale de Robert Devreu
MISE EN SCÈNE et CONCEPTION : Nicolas Struve
MUSIQUE : Mico Nissim
SCÉNOGRAPHIE : Raymond Sarti
LUMIÈRES : Antoine Duris
JEU : Nicolas Struve et Mico Nissim
COLLABORATION ARTISTIQUE : Stéphanie Schwartzbrod et Sophie Mayer
Production : l’Oubli des Cerisiers
Une démocratie splendide d’arbres forestiers, le titre du spectacle tiré d’une lettre du poète John KEATS exprime toute la tonalité de son univers.
Rien n’est impossible pour le poète, surtout pas ses rêves :
« L’humanité́, au lieu d’être une lande sauvage de ronces et d’ajoncs çà et là plantée d’un chêne ou d’un sapin isolé, deviendrait une démocratie splendide d’arbres forestiers. »
Nicolas STRUVE dit que la première fois où il a lu le nom de Keats, c’est dans un livre de science-fiction, Les Cantos d’Hypérion de Dan Simmons. Keats y était la capitale d’une petite planète qui prenait une place centrale au sein de l’Hégémonie, un regroupement de 200 planètes et 150 Milliards d’habitants. Et c’est ainsi que lui est venue l’envie d’un spectacle sur Keats.
Keats est un poète britannique du début du 19ème siècle considéré comme romantique. Un qualificatif de nature à faire fuir les sensibilités libertaires. Rappelons à ce sujet les propos de Proudhon : « Le romantisme a été de l’idéalisme à corps perdu, du pastiche, de la fantaisie folle et sans nom », et « Ai-je le tort de dire que le premier acte de révolution sociale devrait être de jeter au feu toute la littérature romantique ».
La liberté d’expression se gausse des étiquettes ! Entendez plutôt cet extrait du poème Où est le poète ?
Où est le poète ? Montrez-le ! Montrez-le,
Vous les neuf Muses ! que je puisse le reconnaitre.
C’est l’homme qui en face d’un homme
Est toujours égal, fût-il un roi,
Qu’il soit le plus pauvre de la tribu des mendiants
Ou n’importe quelle autre chose étonnante
Que puisse être un homme entre un singe et Platon ;
Le spectacle de Nicolas STRUVE a le grand mérite de dégager un portrait du poète particulièrement piquant, épidermique et inventif. C’est à travers ses lettres et des extraits de ses œuvres que le comédien nous conte le récit de sa vie de manière très récréative en utilisant des pancartes en carton et des figures peintes créées avec Raymond SARTI, représentant les différents personnages ayant côtoyé le poète.
Sans ressources, issu d’une famille modeste, Keats décida de consacrer sa vie à la poésie. Il fut moqué par ses contemporains mais n’en eut cure car il ne recherchait pas la gloire. Atteint de tuberculose, il mourut en pleine jeunesse à 26 ans .
Le comédien entend faire passer la voix d’un jeune homme exalté, énergique et combattant. Il incarne la démarche sensuelle et chaleureuse du poète. Il devient animateur dans un champ de poèmes, de fleurs de pensées courageuses et originales, pensées-poèmes qui courent et ruissellent et qui dansent, s’agrémentant des improvisations de Mico MISSIM.
C’est leur mouvement qui instruit le cœur de John Keats s’écriant : « J’ai pour ambition de faire du bien au monde ».
Ce spectacle, mêlant théâtre, cinéma et peinture, raconte le destin maudit de Lizzie Siddal, peintre, poétesse et éternelle OPHELIA. En acceptant de poser pour le tableau de Millais, représentant la mort d’Ophélie dans Hamlet de Shakespeare, Miss Siddal ignore qu’elle entrera dans l’histoire de l’art comme muse impérissable et provoquera indirectement sa propre mort… Ces deux existences, fictive et réelle, d’Ophélia et Lizzie, s’entremêlent l’une et l’autre de façon bien mystérieuse…
Londres, 1850.Lizzie Siddal, jeune modiste, devient la muse d’un petit groupe d’artistes peintres, rebelles et romantiques : les Préraphaélites, dont Rossetti et Millais sont les chefs de file. Rossetti, amoureux de Lizzie, est obsédé par sa beauté et la représente en Beatrice, figure emblématique de l’amour courtois. Millais, lui, désire qu’elle pose pour son futur tableau « Ophelia ». Exaltée à l’idée d’incarner ce personnage, Lizzie se lance dans l’aventure malgré les objections et craintes de Rossetti. Elle ignore encore que quelque temps plus tard, dans une baignoire, elle deviendra, pour toujours, une tragique héroïne Shakespearienne. Entre sa relation tumultueuse avec Rossetti et sa fin tragique ayant nourri de nombreux récits macabres, la figure d’Elizabeth Siddal hante l’art anglais mais demeure méconnue du public français. Quel mystère se cache derrière cette destinée si semblable à celle de l’héroïne pour laquelle elle posa ? Ce tableau était-il un funeste présage ?
Le Mystère Ophelia, inspiré de la vraie histoire de Lizzie Siddal, nous plonge au coeur d’un mythe qui traverse les siècles: celui d’une femme qui aima avec passion, et qui, aspirant à devenir artiste, se retrouva emprisonnée dans ce tableau pour l’éternité…
Le Mystère Ophélia
Texte et mise en scène Céline Devalan
Avec Céline Devalan et Romain Arnaud-Kneisky
Lumières/vidéos Antoine Le Gallo
crédit photo Céline Sereyn
Cette pièce, fruit d’une passion de Céline DEVALAN, auteure, metteure en scène et comédienne, pour Lizzie SIDDAL, une poétesse et artiste peintre préraphaélite, anglaise du 19ème siècle, plonge le public dans l’atmosphère ténébreuse et romantique d’ écrivains.nes, tels.lles que Edgar Allan Poe, Byron, Maupassant, Oscar Wilde, Mary Shelley, Emily Brontë…
Quiconque a été fasciné par Le portrait de Dorian Gray sera touché par l’histoire de Lizzie Siddal qui semble avoir confondu la fiction et la réalité au point de tomber dans la dépression et de mourir précocement.
Une telle appréciation s’avère prosaïque et antiromantique.
Lizzie Siddal, modèle, a été représentée dans une
peinture célèbre, l’Ophélie de MILLAIS flottant dans une rivière.
Posant dans une baignoire qui devint glaciale suite à l’éteignement des lampes qui devaient la chauffer, Lizzie Siddal tomba gravement malade. Ce qui fait penser qu’elle a rejoint dans l’éternité, Ophélie personnage mythique de la pièce Hamlet de Shakespeare.
L’évocation de sa relation amoureuse et houleuse avec Rossetti, son époux également artiste, permet de prendre la mesure de l’ambiance qui régnait chez les artistes peintres à Londres à cette époque.
Le décor et les vidéos qui projettent la métamorphose de Rossetti et Lizzie en Hamlet et Ophélie sont très éloquents. Ophélie se meurt d’amour. Eros et Thanatos feront toujours vibrer les cœurs anonymes ou célèbres !
Céline DEVALAN incarne un personnage particulièrement fragile et troublant. Sa ressemblance physique avec Lizzie Siddal est frappante.
Il faut saluer aussi son partenaire Romain ARNAUD-KNEISKY qui interprète le juvénile et fringant Rossetti.
Esprits romantiques et ténébreux, croyez que vous serez toujours invoqués dans une époque si matérialiste ! La peinture fait partie de ces arts qui interpelleront toujours le public.
Dans le fond, dans cette pièce Céline DEVALAN rend non seulement hommage à Lizzie SIDDAL mais également à une peinture aussi mystérieuse que celle de la Joconde, matérialisant la fusion entre une personne réelle et un mythe !
Mise en scène Michel Burstin, Bruno Rochette, Sylvie Rolland
Avec Philippe Awat, Bruno Rochette, Sylvie Rolland, Erine Serrano
Scénographie Thierry Grand Lumières Vincent Tudoce
Son et musique Pascale Salquin
Costumes Alexandra Langlois
Peut-on défier la loi par solidarité ?
Les Pieds sur Terre met en scène une bande de Pieds nickelés, qui en voulant boucher un trou pour la bonne cause, en creusent un autre, plus profond : M. Moreau et sa fille Suzanne arrivent sur scène et s’adressent directement au public. Ils sont venus eux-mêmes raconter une tranche de leur vie passée qui les a transformés et a changé leur relation.
À l’époque, Moreau, ex-cadre sup devenu vigile, surprend un vol de parfum par une caissière. Dilemme : la caissière est l’ancienne nounou de Suzanne. Moreau risque sa place s’il la couvre. S’il ne le fait pas, c’est elle qui perdra son poste. Voilà l’élément déclencheur de ce polar social, légèrement mystique et joyeusement immoral, qui interroge les liens humains, sociaux, intimes et intergénérationnels.
Un polar social qui mettrait en ébullition nos révoltes souterraines, enfin celles qu’il vaut mieux taire en public pour rester tranquille ?
Le théâtre permet de monter sur ses grands chevaux, incognito. A qui oserait vous accuser de prôner le vol et l’immoralité dans vos écrits, vous répondrez que votre terrain de prédilection c’est la littérature et l’imagination et que l’humanité a intérêt à ne pas freiner cette dernière faute de quoi la littérature dont le théâtre est une forteresse ne fonctionnerait plus qu’avec des béquilles sous les auspices de l’intelligence artificielle.
Dans sa nouvelle pièce, judicieusement intitulée Les Pieds surTerre, Gilles GRANOUILLET fait feu de tous bois pour ériger en comédie, un fait divers si banal qu’il donne des sueurs froides. Un dénominateur commun aux personnages, la honte, l’humiliation, conséquences des rapports de force fort bien huilés dans notre société entre des salariés et des managers, des commissaires et des prévenus etc.
En vérité Gilles GRANOUILLET ne s’emballe pas. Le personnage du vigile, ancien cadre, est très humble, il ne s’aviserait pas de sauter à la figure de son patron, ce serait comique mais pas réaliste. Tout de même, c’est un sale boulot que celui de vigile, voilà ce vigile contraint, pour ne pas perdre son boulot, de dénoncer l’ancienne nounou de sa fille qui a eu la mauvaise idée de fourrer dans son sac un mauvais parfum (la malheureuse aurait dû le choisir haut de gamme mais il faut être pauvre jusqu’au bout).
La voleuse, une certaine Madame DOS SANTOS invisible sur scène risque sa peau c’est-à-dire sa place de caissière et vu qu’elle est quinquagénaire, de ne plus trouver de travail.
Houspillé par sa fille, une arrogante adolescente, droit dans ses bottes, le vigile fait un malaise puis est victime d’une hallucination, l’apparition d’un mage impertinent muni d’une grosse valise (c’est le fardeau que chacun doit porter dans sa vie).
Nous n’en dirons pas plus car la pièce est à découvrir et la conclusion du suspense qui met en ébullition nos papilles sociales, est assez inattendue.
Les comédiens.nes font preuve d’un superbe abattage pour faire de ce drame social une comédie qui finit bien.
On pourrait penser à une fable de La Fontaine du style, Le Corbeau et le Renard, « Cette leçon vaut bien un fromage sans doute… ». Bien-pensante, elle ne manque pas de sel !
«Je pense même que la meilleure définition de l’homme est la suivante : créature bipède et ingrate». In. Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski
Dans un dispositif scénographique rectangulaire relativement indéfini (qui représente tout à la fois l’espace mental du héros, un sous-sol, une chambre…), le spectacle donne à entendre la voix du héros des Carnets du sous-sol qui a choisi de se prendre comme matière d’observation, de questionner sa pensée en établissant un dialogue avec des messieurs imaginaires. Face aux certitudes de son époque, le héros oppose son désir qu’il nomme son « caprice » et qui est, selon lui, constitutif de l’homme au point que ce dernier préférera devenir fou plutôt que renoncer à sa liberté fondamentale.
Cet homme quasiment nu qui s’introspecte avec une exaltation maladive est fascinant. Même s’il s’adresse à des messieurs imaginaires , il donne l’impression de se projeter dans une sorte d’infini cosmique qui serait aussi bien celui de la désillusion que celui du désespoir. Mais qui regarde cet homme indéfini qui ne peut pas se définir lui même sinon Dostoïevski ? Le public est pris à témoin, il est celui qui regarde et la question rebondit pour que l’on se demande qui regarde l’homme et se trouve suffisamment à distance pour le voir, le comprendre et justifier son existence ? Dieu, les étoiles, le soleil se trouvent hors champ. Il s’agit du duel d’un homme face à lui même, c’est à dire face à ses limites.
Cet homme est touchant parce qu’il pose des questions à mille années lumière . Cet homme en chair existe de la façon la plus précaire qui soit parce qu’il se désigne comme homme précaire et il devient infiniment troublant d’exister sur le fil d’une précarité brandie, acceptée, jouie. Jouissance et souffrance seraient les terrains d’introspection de cet homme.
On a envie de remercier ce personnage parce qu’il pose des questions que nous prenons rarement la peine de nous poser et oui, la plupart du temps, le « deux et deux font quatre » nous suffit amplement. Grâce à la présence de Christophe LAPARRA, magnifique interprète, la fragilité de l’homme nous saute aux yeux mais en vérité il y a aussi des étoiles dans son regard !
Un spectacle à ne pas manquer !
Le 25 Mars 2025
Evelyne Trân
N. B : Christophe LAPARRA sera l’invité de l’émission Deux sous de scène (de 15 H 30 à 17 H) sur Radio Libertaire 89.4 en 2ème partie le Samedi 19 Avril 2025 puis en podcast sur Radio Libertaire.