« Un Bec-Antonio Ligabue » Un seul-en-scène de Mario PERROTTA – Interprété par Jean VOCAT – A L’ESSAÏON Théâtre 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris, le 24 avril 2017 à 21H30 puis au Festival d’Avignon OFF du 7 au 30 juillet 17h Salle Roquille

ECRIT ET MIS EN SCÈNE
Mario PERROTTA
Interprété par Jean VOCAT

Est-il sorti du néant pour hurler à la face du monde son désespoir ? Celui de n’avoir pas été attendu, donc d’être indésirable, de devoir toujours traîner derrière lui le vide, le sans visage d’un père inconnu, l’absence d’une mère, une ouvrière italienne émigrée en Suisse qui le confia tout jeune à une famille d’accueil. Son enfance et son adolescence furent marquées par des séjours en centre de rééducation et hôpital psychiatrique en raison de son comportement étrange.

Étrange étranger aurait-on envie de surligner à propos d’Antonio LIGABUE devenu un célèbre peintre italien, à la fin d’un chemin de vie chaotique. Il faisait partie de ces gens que l’on bâillonne parce qu’ils crient trop fort et que cela fait désordre. Alors, il s’est mis à peindre et parce qu’il était génial, ses peintures ont parlé à sa place.

Dans un seul en scène, Mario PERROTTA fait parler Antonio LIGABUE, invitant les spectateurs à entrer dans l’espace mental d’un être où il n’y aurait plus de frontières entre l’affectif et la réalité, un être submergé à ce point par ses émotions qu’elles deviennent le tremplin de son regard sur le monde.

Antonio LIGABUE n’était pas un animal de cirque, il n’avait pas vocation à être montré du doigt parce qu’il était différent, mais voilà ce montrer du doigt, c’est lui qui va le formuler à travers des gestes sur une toile blanche, pour faire jaillir cela qui crépite qui goulûment appelle l’amour, la beauté, le merveilleux, la couleur, l’enchantement.

Sur scène, l’interprète Jean VOCAT intègre dans son jeu la parole et le geste qui sont intimement liés. Il crée de véritables tableaux qu’il n’hésite pas à déchirer pour faire place à une nouvelle création.

Son interprétation est époustouflante, poignante et lumineuse.

C’est un peu comme si Antonio LIGABUE nous disait et nous dira toujours « Voyez ce que d’une page blanche, du néant, j’ai pu faire sortir ».

Quand le geste généreux d’un artiste se confond avec le simple désir d’un bec (un baiser), il nous montre véritablement du doigt !

Paris, le 29 Avril 2017                         Évelyne Trân

 

 

 

ELOQUENCE A L’ASSEMBLEE de Pierre GRILLET et Jérémie LIPPMANN avec Joey STARR, au THEATRE DE L’ATELIER, 1 Place Charles Dullin 75018 PARIS – Les 26, 27 et 28 avril 2017 à 21 heures.

De Pierre GRILLET et Jérémie LIPPMANN
Mise en scène de Jérémie LIPPMANN
Scénographie de Jacques GABEL
Assistante mise en scène Capucine DELABY

Avec JOEY STARR

Cela résonne t-il vrai, cela résonne t-il faux tous ces discours prononcés à l’Assemblée Nationale par ces éminents orateurs qu’ont été en leur temps Lamartine, Hugo, l’Abbé Grégoire, Jaurès et plus proches de nous Aimé Césaire et Simone Weil.

Ce serait leur faire injure que de les confondre avec la langue de bois utilisée par nombre de politiques que de douter de leur sincérité.

Force est de reconnaître que s’ils n’ont pas pris une ride c’est qu’ils émanent d’hommes et de femmes engagés corps et âme pour défendre des idées qui touchent à la personne humaine, et en vérité la personne humaine, ce n’est pas une idée, c’est une réalité.

Si nous n’avons plus rien à craindre mais tout à gagner en écoutant ces orateurs parce que les émotions qu’ils expriment ont vocation d’interpeller la conscience, de l’élargir de façon à ramener la plus petite perception que nous ayons de la personne humaine à une plus haute, rappelons que nous avons tout à craindre des hommes et femmes politiques qui utilisent les sentiments de haine, de frustration et même de désespoir comme ferment de leurs discours.

Rappelons aussi que Victor Hugo qui s’est battu contre la peine de mort, Simone Weil pour la loi sur l’avortement, Jaurès pour la paix, étaient à contre courant de l’opinion publique, qu’Olympe de Gouges passait pour une illuminée avec sa déclaration pour les droits de femme.

Il ne s’agit pas de discours pour donner bonne conscience, ce sont de véritables appels qui sondent notre mémoire collective nous représentant combien les combats du passé peuvent nourrir ceux d’aujourd’hui.

Joey Starr relève le défi de sortir de leur ombre titanesque quelques grands penseurs. Il est manifestement porté, emporté par les voix d’auteurs aussi différents que Césaire, Hugo, Simone Weil, Tocqueville…

Grâce à sa présence familière, toujours pleine d’humour, il réussit à créer du lien parmi toutes ces voix, réunies par Pierre Grillet et Jérémie Lippmann avec une mise en scène sobre et chaleureuse. C’est franchement bouleversant d’entendre dans une même soirée le discours de Simone Weil, celui d’Hugo sur la misère, de Jaurès contre la guerre etc.

Mais Joey Starr fait passer la pilule avec douceur, tel un dresseur de voix, un danseur funambule, grave et léger à la fois !

Paris, le 28 Avril 2017                                       Evelyne Trân

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT d’après le roman de Mark Haddon adaptation Simon Stephens texte français Dominique Hollier – Un spectacle à ne pas manquer, dernière mise en scène de Philippe ADRIEN – 20 AVRIL // 28 MAI 2017 ( RELACHE LES 25 ET 26 AVRIL 2017) au Théâtre de la Tempête – salle Serreau du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h (durée 2h15) –

avec 
Pierre LefebvreChristopher
Juliette Poissonnier – Siobhan
Sébastien BravardEd (le père de Christopher)
Nathalie VairacJudy (la mère de Christopher)
Bernadette Le SachéMme Alexander *
Mireille RousselMme Shears *
Laurent MontelRoger (M. Shears) *
Laurent MénoretPolicier *
Tadié TuénéRévérend Peters *
* Ces artistes interprètent
également les personnages du chœur.

décor Jean Haas
lumières Pascal Sautelet
assisté de Maëlle Payonne
vidéo Olivier Roset
assisté de Michaël Bennoun
musique et son Stéphanie Gibert
assistée de Farid Laroussi
costumes Cidalia Da Costa
assistée de Anne Yarmola
maquillages Pauline Bry
chorégraphie Sophie Mayer
direction technique Martine Belloc
et Erwan Creff
collaboration artistique Clément Poirée
habillage Emilie Lechevallier et Françoise Ody

Voila un titre qui pourrait figurer dans les rayons d’une bibliothèque enfantine. De mémoire, ce sont surtout les auteurs de livres pour enfants qui s’intéressent vraiment aux animaux. Souvenons nous du Club des cinq et du chien Dagobert. Nous ne faisons pas tout à fait fausse route, le héros du spectacle Christopher, une jeune adolescent de 15 ans mène une enquête pour découvrir l’assassin d’un chien appelé Wellington. Qui d’autre qu’un enfant pourrait prendre au sérieux la mort d’un chien  au point de mener une enquête dans un monde d’adultes qui classent avec mépris ce genre d’évènements à la rubrique des chiens écrasés.

Mark HADDON l’auteur du roman The Curious Incident of the dog in the night-time, adapté par Simon STEPHENS, a travaillé dans un Centre d’apprentissage pour adultes à Londres . Il est évident qu’il éprouve une véritable empathie à l’égard de son personnage Christopher, le narrateur, considéré comme autiste, atteint du syndrome d’Asperger, alors même que les autistes seraient dépourvus de cette capacité d’empathie.

Christopher semble ne raisonner qu’en fonction d’un langage mathématique qui échappe complètement à son environnement familial. Il ne supporte pas qu’on le touche et lorsqu’il est contrarié a des crises épileptiques. Il se comporte en somme comme un extra-terrestre plongé dans un monde peuplé d’êtres étrangers, bizarres . Une sorte de paroi de verre le sépare des autres. C’est sans doute la raison pour laquelle il s’y cogne douloureusement.

L’histoire que raconte Mark HADDON à travers la voix de Christopher est passionnante.C’est la distanciation du personnage vis à vis de ses parents notamment qui remet en question leur comportement et jette le trouble.

La façon dont les adultes s’arrangent avec la réalité – le père ment à son fils en lui racontant que sa mère est morte, la vérité de la séparation lui étant insupportable – révèle le fossé entre les affects et nos références sociales, morales ou religieuses. Christopher qui ne sait pas mentir met souvent le doigt sur la plaie.

Il n’est pas évident de mettre en scène sur le mode du théâtre- récit, une œuvre aussi riche, véritable comédie de mœurs, mais Philippe ADRIEN réussit ce défi grâce à la présence du comédien Pierre LEFEBVRE, Christopher, dont le récit est plaisamment relayé par d’autres personnages, notamment le professeur du Centre éducatif, Siobhan.

Les réactions des adultes par rapport au môme autiste sont exprimées avec beaucoup de naturel par les deux interprétes Sébastien BRAVARD et Nathalie VAIRAC.

On suit le cheminement de pensée de Christopher comme dans une véritable aventure qui suppose une période d’immersion pour le spectateur, certaines séquences pouvant paraître étirées par contraste avec les scènes du train et du métro Londonien vraiment fantastiques.

Christopher a un côté Peter Pan, grâce à lui, nous serons sortis de nos gonds, comme le dit si bien son père, un mal pour un bien s’il s’agit de clamer bien haut que c’est l’esprit de tolérance qui éclaire le monde. Voilà un beau spectacle généreux qui nous sensibilise  sur la question de l’autisme de façon percutante et très ouverte.

Paris, le 14 Septembre 2015 

Mis à jour le 23 Avril 2017                                   Evelyne Trân                        

VOYAGE DANS LES MEMOIRES D’UN FOU – UN SEUL EN SCENE PORTIQUE ET DROLE – Ecrit et interprété par Lionel CECILIO du 2 Février 2017 au 29 Avril 2017 du jeudi au samedi à 19 Heures – AU THEATRE L’ARCHIPEL – 17 Bd de Strasbourg 75010 PARIS –

Seul en scène écrit, mis en scène et interprété par Lionel Cécilio

Mise en lumière : Johanna Dilolo
Création sonore : Lucien Pesnot
Chorégraphies / Musique : Sylviane Bauer-Motti

Sa fraîcheur est désarmante, nous ne pouvons croire une seconde que ce cheval fougueux soit atteint d’une maladie incurable.

Cette maladie incurable ne s’appellerait-elle pas la vie ? Cloîtré dans son lit, un jeune homme se remémore toutes les bizarreries de l’existence qui continuent à le faire bondir.

Du point de vue du style, puisque le fou en question zigzague sous de multiples influences, en priorité la sienne, nous pourrions dire que c’est un savant mélange où se tiennent coude à coude Alfred de Musset, le romantique désespéré, le comique Élie Kakou et le décapsuleur de mots Raymond Devos.

Sur fond de musique ténébreuse en lasso, le jeune fou bouscule beaucoup de monde sur son passage, son docteur, sa prof acariâtre, Dieu, Einstein, provoquant de désopilants dialogues, et invente une nouvelle langue, le frantugais.

Lionel CECILIO tient les rênes de son carrosse imaginaire, avec une superbe pèche, au galop, au galop. Comment ne pas sourire en songeant que cette jeunesse est aussi vieille que l’humanité. Comment ne pas être séduit par les aphorismes de ce jeune fou, à l’emporte pièce –  ma vie c’est ma pensée, le poète est le prophète – et sa profession de foi « être libre en toutes circonstances ».

Quel cran et quel talent !

Paris, le 23 Avril 2017                                    Évelyne Trân

LE DERNIER CHANT de Tchekhov Du 18 Avril au 07 Mai 2017 – Du mardi au samedi à 20h30 – Samedi et dimanche à 16h00 au THEATRE DE L’EPEE DE BOIS à la CARTOUCHERIE DE VINCENNES – Route du Champ de Manœuvre – 75012 PARIS –

Auteur : Anton Tchekhov
Artistes : Emmanuel Ray, Mélanie Pichot, Fabien Moiny
Metteur en scène : Mélanie Pichot

 

Il n’y a qu’un cube blanc ouvert sur la scène avec ses angles saillants, faut-il qu’il se moque de notre terre ronde si ronde ?

Il apparaît juste après la salve d’applaudissements, cet étrange grelot qui traverse les rêves de tout artiste saluant le public après le spectacle.

Mais en vérité, il n’y a pas d’avant ni d’après chez les artistes. Une boîte sera toujours trop étroite ou en tant cas qu’importe l’habitacle, c’est le moteur qui compte.

Il ronfle, il ronronne, il soupire, il s’alarme chez ces curieux saltimbanques. Tant il est vrai que nous spectateurs, nous n’en avons rien à faire des états d’âme des comédiens, et que paraît-il, il faut avoir la dent dure dans cet univers du spectacle, nous voilà interpellés par l’homme de théâtre Tchekhov qui défroisse l’artifice, ouvre l’œil sur ces comédiens, ceux qui vont faire vivre une pièce, les dégage de leurs oripeaux pour les mettre à nu sous les feux tremblants du projecteur.

Un rêve tout haut qui permet au souffleur de se projeter follement lui même personnage, tenir le rôle impossible d’ Hamlet, à la place d’un comédien exécrable, au vieil artiste d’entrer définitivement dans la peau de ses meilleurs rôles, celui de Richard III, notamment, pour ne pas quitter la scène, pour vivre.

Et si ces rêves tout haut, ceux aussi d’une actrice vraiment trop exigeante avec elle même ou une autre déçue mais encore toute fébrile d’espoir, si ces rêves nous rapprochaient de nos propres déboires ou ivresses, ceux qui nous font dire en tressaillant : la coupe est pleine, la coupe est vide, elle ne peut que se remplir encore !

L’ivresse douce, amère, mélancolique, turbulente, voire comique, est au rendez vous dans ce spectacle. Nous voici dans l’âtre au cœur même de la scène, celle qui allonge démesurément les ombres de ces artistes et c’est leur cœur qui bat à tout rompre, qui fait vaciller le public. Rêve tout haut qui d’une larme fait une mer, qui d’une femme ordinaire fait une cantatrice hors pair, qui d’un bleu à l’âme fait rejaillir Hamlet !

Paris, le 22 Avril 2017                               Evelyne Trân

 

A HAUTE VOIX – Du 25 avril au 31 mai 2017 – CYCLE DE LECTURES ET DE PRISES DE PAROLE AUTOUR DU POUVOIR ET DE LA CITOYENNETÉ au THEATRE DE L’ATELIER – PLACE CHARLES DULLIN PARIS –

http://www.theatre-atelier.com/a-haute-voix-lo2091.html

Avec

Juliette BIRY, Nathalie CERDA, Julie DEPARDIEU, Catherine DOLTO, Andréa FERRÉOL, Cyril GUEI, Stéphane GUILLON, Lucien JEAN-BAPTISTE, JOEYSTARR, Denis LAVANT, LE SALON DES DAMES, Emma LE CLOWN, Lara MARLOWE, Ivan MORANE, François MOREL, Emmanuel NOBLET, Dominique PINON, Stéphane ROZÈS, Magali ROZENZWEIG, Alberto
TOSCANO, Philip TURLE, Jacques WEBER, Michaela WIEGEL, Sara YALDA…

Mardi 25 avril à 21H

CARTE BLANCHE A EMMANUEL NOBLET

LE GOÛT D’ETRE ENSEMBLE

d’après MURMURES À LA JEUNESSE et NOUS HABITONS LA TERRE

de Christiane Taubira, mise en voix d’Emmanuel Noblet,

Avec 8 jeunes comédiens et comédiennes de la classe « égalité des chances » de la MC 93

« Convoquer la parole républicaine, les principes et les poètes, les grandes voix dont les mots affutés comme des armes et la pensée claire comme la note juste, affirment le besoin de liberté, le combat pour l’égalité et le devoir de fraternité. Par-delà les convictions politiques, au détour de l’entre-deux tours, dans l’obscurité qui monte, faire entendre la clarté des mots de Christiane Taubira par les voix de la classe « Égalité des chances » de la MC93 » Emmanuel Noblet.

Mercredi 26, Jeudi 27 et vendredi 28 avril à 21H

ÉLOQUENCE À L’ASSEMBLÉE

de Pierre Grillet et Jérémie Lippmann, mise en scène de Jérémie Lippmann

Avec JoeyStarr

Les discours prononcés à l’Assemblée nationale sont faits pour être entendus.

Il faut entendre Robespierre. Il faut entendre Hugo. Il faut entendre Lamartine, L’abbé Grégoire et Aimé Césaire. Ecrivains, révolutionnaires, aventuriers ou chef de guerre, ce sont de grandes plumes à voix haute.

Joeystarr nous les restitue avec une force et une émotion qui bouleversent. On entend le peuple gronder dans sa gorge…

Du mardi 2 au samedi 6 mai à 21 H – Dimanche 7 mai à 16 H

1988 LE DEBAT MITTERRAND / CHIRAC

Avec Jacques Weber François Morel et Magali Rosenzweig

« Vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier Ministre… »

La confrontation idéologique, celle des caractères et de la pensée, l’excellence du dialogue honore une fois encore le fondement même de la démocratie, très vite la rumeur et les commentaires vont l’appeler : face à face ou duel, on parlera même de mise à mort !

Mardi 9 mai à 20 H 45

LA PRÉSIDENTIELLE VUE DE L’ÉTRANGER

Alors que les Français viennent d’élire leur nouveau président, quel regard les observateurs étrangers portent-ils sur le nouvel hôte de l’Elysée?

Avec

Lara Marlowe, correspondante à Paris du Irish Times

Alberto Toscano, chroniqueur à la Rai

Philip Turle, rédacteur en chef du service anglais de RFI

Michaela Wiegel, correspondante à Paris du Frankfurter Allgemeine Zeitung

Stéphane Rozès, politologue, président du CAP, enseignant à Sciences-Po et HEC

Rencontre animée par Sara Yalda

Mercredi 10 mai à 21 H

ALORS JE N’AURAI PAS VECU EN VAIN

Martin Luther King / Georges Jackson

de Pierre Tré-Hardy et mis en voix par Sally Mikaleff

Avec Lucien Jean-Baptiste et Cyril Guei

Martin Luther King et George Jackson ont voué leur vie à la lutte contre la ségrégation raciale en Amérique.

Un combat commun.

Martin Luther King, pasteur baptiste afro-américain, militant non-violent reçoit en 1964 le Prix Nobel de la Paix pour son combat aux droits civiques des Noirs-Américains.

George Jackson qui a été condamné à un an de prison à l’âge de dix-huit ans pour un vol de soixante-dix dollars, s’engage de sa prison de Soledad dans le mouvement politique et révolutionnaire des Blacks Panthers.

Jeudi 11 mai à 21 H

LA VERITE EN MARCHE, EMILE ZOLA

Adaptation de Anne Rotenberg et Gérald Sthers mis en voix par Didier Long

Avec Stéphane Guillon

Quand un écrivain s’insurge contre l’injustice, brave les interdits, l’opinion publique, les lois…

Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie dans le journal L’Aurore, une lettre ouverte au Président de la République, Félix Faure, dont le titre inaugure la plus célèbre anaphore de la littérature française avec sa litanie provocatrice de : « J’accuse… ! » qui s’adresse successivement aux ministres de la Guerre et aux officiers de l’état-major auxquels il reproche de préférer une erreur judiciaire sur fond d’antisémitisme plutôt que de prendre le risque d’affaiblir l’armée.

Vendredi 12 mai à 21 H

CE QUE C’EST QUE L’EXIL, VICTOR HUGO

adaptation libre de Françoise Hamel

Avec Jacques Weber

Le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851 marque la fin de la Deuxième République et le début de l’exil de Victor Hugo.

Ce que c’est que l’exil transpose en affirmation générale cette expérience personnelle. « Un homme […] tellement dépouillé qu’il n’a plus que sa conscience, tellement isolé qu’il n’a plus près de lui que l’équité, tellement renié qu’il n’a plus avec lui que la vérité, tellement jeté aux ténèbres qu’il ne lui reste plus que le soleil, voilà ce que c’est qu’un proscrit. »

Créé au Festival L’Invitation aux voyages de Biarritz en octobre 2016.

Samedi 13 mai à 21 H

LETTRES A STALINE MIKHAÏL BOULGAKOV

adaptation de Gérald Sther

Avec Denis Lavant

En mars 1930, Boulgakov écrit une longue lettre à Staline dans laquelle il fait le bilan des interdictions et censures qui le frappent. Il demande à pouvoir quitter l’URSS. Commence alors avec Staline une étonnante correspondance, faite de menaces, de suppliques, de brouillons non envoyés signés Tarzan et de signes énigmatiques d’un Sphinx tyrannique

Mardi 16 mai à 21 H

LA CHUTE

d’Albert Camus

adaptation Catherine Camus et François Chaumette mise en scène et Avec Ivan Morane

« Je me suis laissé emporter par mon propos : brosser un portrait, celui d’un petit prophète comme il y en a tant aujourd’hui. Ils n’annoncent rien du tout, et ne trouvent pas mieux à faire que d’accuser les autres en s’accusant eux-mêmes. » Albert Camus (Entretien dans Le Monde, 31 août 1956 )

Mercredi 17 mai à 21 H

LE TRIBUN

« Pour un orateur politique, éclats de fanfares et haut-parleurs »

de Mauricio Kagel mis en scène par Vincent Tordjman

Avec Dominique Pinon

Le célèbre compositeur, chef d’orchestre et metteur en scène, parodie avec un humour décapant le discours des dictateurs populistes, universel et formaté, au rythme galvanisant des marches militaires.

Jeudi 18 mai à 21 H

JE VEUX ESPERER ENCORE, JEAN JAURES

Conception et mise en espace Léonard Matton

Avec Richard Bohringer

Vendredi 19 mai à 21 H

MARIE-ANTOINETTE, CORRESPONDANCES PRIVEES

D’Evelyne Lever

Mise en scène de Sally Micaleff

Avec Fabienne Périneau

Samedi 20 mai à 21H

ELLES PRENNENT LA PAROLE

Mise en voix d’Anouche Setbon

Avec Nathalie Cerda, Julie Depardieu, Andréa Ferréol et Juliette Biry

De Olympe de Gouges à Simone Veil, de Louise Michel et Georges Sand à Gisèle Halimi, de Simone de Beauvoir au « Manifeste des 343 », ELLES prennent la parole.

Mardi 23 et mercredi 24 mai à 21 H

ZHUMAINS, CONFERENCESPECTACLE « ANTI-FIN DU MONDE »

de et avec Catherine Dolto et Emma le clown

Où il est question d’écologie, de pollution, déforestation, nucléaire, malbouffe, conditions d’élevage des animaux, consommation…

Le rire au service d’une conférence-spectacle, jubilatoire, pédagogique, poétique, responsable et …vitale !

Mercredi 31 Mai à 21 H

Les rebelles

De et par Le salon des dames

« La femme est faite pour plier, pour se soumettre et c’est dans cette force de résignation que gît sa grande, sa véritable force. »

Manuel pour les jeunes filles 1825

Plus d’information : http://www.theatre-atelier.com/

Page Facebook : https://www.facebook.com/TheatreAtelier

Compte Twitter: https://twitter.com/Th_Atelier

FILS DU DRAGON, ENFANTS DE LA LUNE de Marie-Ann Trân et Cédric BONFILS à LA FERME DU MOUSSEAU (78) 23, route du Mesnil-78990- ELANCOURT : Vendredi 21 avril à 14 h et à 20 H – AU THÉÂTRE EURYDICE (78) 110, rue Claude Chappe 78370 PLAISIR – Mercredi 26 avril à 14h – Jeudi 27 avril à 14h30 – Vendredi 28 avril à 14h30 et 20h30 – AU THEATRE ANTOINE VITEZ – 1 Rue Simon Dereure, 94200 Ivry-sur-Seine – le Samedi 20 et dimanche 21 mai 2017 à 20h le samedi et à 16h le dimanche –

http://www.mcfv.eu/wp-content/uploads/2016/12/Dossier-Fils-du-Dragon-Enfants-de-la-Lune-1-1.pdf

Marie Ann Trân & Cédric Bonfils : textes / Anne Barlind : mise en scène / Marie Ann Trân, Boun Sy Luangphinith & Singhkéo Panya :interprètes / Nadia Nakhlé : création graphique, mapping / Laurence Ayï : scénographie, costume / Singhkéo Panya : création musicale / Olivier Nacfer : création lumière / Philippe Hunsinger : bande son

 

C’est un véritable poème vivant musical que cette invitation au voyage dans les méandres de la mémoire collective et intimiste, proposée par Marie-Ann Trân et Cédric BONFILS.

Le collectif et l’intime ne sont-ils pas étroitement liés. Ce sont une infinité de petites vagues qui forment la mer. Une vague en entraîne une autre et ainsi de suite… Celle qui a poussé la famille de Marie Ann Trân à quitter le Vietnam en 1959, l’a transportée en France avec seulement deux valises remplies de quelques reliques.

Les parents de Marie Ann Trân ne lui ont pas raconté leur histoire. Les blessures de l’exil, ils les gardaient pour eux, ils ne pouvaient pas les évoquer, ils ne voulaient sûrement pas les transmettre à leurs enfants.

Marie Ann et son frère François, nés en France ont vécu ces non-dits dans la solitude et dans l’angoisse. François s’est mis à délirer, développant une maladie mentale. Sous la façade du tout aller bien, il y avait donc quelque chose qui cloche qui venait d’ailleurs.

Cet ailleurs, il est enfoui dans toute âme, il est confus, composite, il peut rassembler des souvenirs aussi bien heureux que malheureux, il peut être très lourd comme ce drame de l’exil qui empêchait les parents de Marie Ann de parler.

Marie Ann s’est dit que la petite vague pouvait se mettre à causer, à chanter, à faire de la musique, l’entraîner autrement dans ce tourbillon de mémoire confus pour atteindre ses proches, ses amis doucement, sans les bousculer et réunir leurs émotions.

Des personnes dont les parents étaient étiquetés indigènes, au vingtième siècle par les colons, côtoient aujourd’hui des Français dont beaucoup ont oublié l’histoire de la colonisation.

Cette histoire nous concerne tous que nous soyons français de souche ou français naturalisés. Marie Ann élargit même son propos en s’adressant à tous les migrants, tous les exilés souvent malgré eux.

La salle était comble au Centre Culturel ARAGON TRIOLET d’Orly pour assister au spectacle. Marie-Ann Trân est vietnamienne d’origine mais elle est aussi française de cœur. Elle chante des tubes de Tino Rossi avec une fraicheur désarmante.

La metteure en scène Anne BARLIND avec beaucoup de doigté soulève quelques trames de cette mémoire collective et intimiste en laissant miroiter, flotter quelques images issues d’archives, quelques motifs vietnamiens du dragon, sur des grand panneaux de paravents dont on imagine le tissu aussi léger et souple que des ailes de papillons.

Le compositeur et musicien Singhkéo PANYA est excellent et le comédien Boun SY LUANGPHINITH apporte sa note de fantaisie et de gaîté.

Marie Ann Trân, telle une fileuse de conte, déroule avec grâce sa petite pelote d’histoire qui trouve la force de rejoindre bien d’autres histoires, les vôtres, les nôtres, réussissant à faire vibrer leurs nombreux fils, sans pathos, avec pudeur, avec cœur !

Nous disons bravo à toute l’équipe de ce spectacle véritablement tendre et heureux !

Paris, le 15 Janvier 2017

Mis à jour le 18 AVRIL 2017                      Evelyne Trân

Dans le cadre du festival NEST THEATRE A THIONVILLE – MAINTENANT QUE JE SAIS au Lycée Jean-Baptiste Colbert le 5 Avril à 19 H et le 7 Avril 2017 à 14 Heures

distribution 
Texte
Catherine Verlaguet
mise en scène
Olivier Letellier
assistanat
Jérôme Fauvel, Cécile Mouvet
création sonore
Arnaud Véron
création costumes
Sarah Diehl
avec
Jeanne Favre

Une salle de classe, lieu d’antenne, espace de respiration, de liberté et d’écoute. Neutralité des murs blancs sans doute qui voient sans broncher défiler les années, les professeurs et les élèves. Ces murs là, nous le savons, veulent aussi enregistrer ce qui passe à l’extérieur, c’est aussi leur mission. Les enseignants ont ouvert la fenêtre d’une salle de classe pour, une fois n’est pas coutume, toujours grâce à l’initiative du festival NEST de Thionville, laisser entrer un pigeon voyageur.Les écrivains, les journalistes sont en quelque sorte des pigeons voyageurs, les messages qu’ils tiennent dans leur bec, ce ne sont pas de simples mails, ils ont souvent subi beaucoup d’intempéries avant de se poser.

C’est le cas de la confession de cette journaliste, correspondante politique au Brésil dans les années soixante dix, qui fait l’objet du monologue poignant de Catherine VERLAGUET, mis en scène par Olivier LETELLIER.

Rappelons qu’il est possible d’être journaliste politique sans appartenir à un quelconque parti. La narratrice, Hélène, ne cesse d’ailleurs de clamer sa volonté d’objectivité. Elle a pourtant dû prendre parti à son corps défendant contre les exactions de la dictature, parce que les faits parlent d’eux mêmes, qu’il n’est pas possible de faire son travail de journaliste sans rendre compte des événements quels qu’ils soient. Alors soit cette journaliste venue à l’origine au Brésil pour un reportage sur le carnaval, était naïve, soit inconsciente.

Son manque d’expérience, son imprudence ou sa curiosité l’ont amenée à travailler avec Luis son informateur Brésilien et sa compagne Magdalena une traductrice, lesquels se sont révélés être des dissidents, des opposants déterminés au pouvoir en place.

Dans son désir de s’infiltrer dans les réseaux de la dissidence, pour les besoins de son enquête, Hélène n’imaginait pas dans quel guêpier elle s’était jetée. Parce qu’une véritable amitié s’est nouée entre elle et le couple de dissidents, Hélène tentera en vain d’intervenir auprès des autorités lors de la disparition de Luis qui sera assassiné puis de sa compagne qui ne sera jamais retrouvée. Enfin épuisée moralement par les menaces de la police et d’éprouvants interrogatoires, ayant compris que sa vie était en danger, elle retournera en France.

La fraîcheur et le charisme de la comédienne Jeanne FABRE font de ce monologue un récit captivant, très vivant.

Hélène parle du fond du cœur. Son récit n’est pas parasité par des analyses. Dans le texte, l’auteure souligne l’importance de l’émotion sans sombrer dans le pathétisme. Il s’agit du portrait d’une personne généreuse et idéaliste dans le plus beau sens du terme, en proie à un terrible sentiment d’impuissance.

L’émotion doit permettre après coup de réfléchir. La façon dont la comédienne maîtrise son souffle, capte l’écoute des élèves, se dirige vers eux en les regardant droit dans les yeux, est sidérante. Du coup le silence et les quelques notes de musique qui le pénètrent comme des gouttes d’eau, témoignent d’une belle réception de la salle de classe.

Nous croyons, nous voulons croire que les ados qui auront assisté à ce spectacle, pourront dire avec fierté que dans leurs lycées ça bouge et ça discute et que lorsque le théâtre s’invite dans leurs murs, c’est vraiment une bouffée d’air rayonnante !

Paris, le 17 Avril 2017                                Evelyne Trân

MILLEFEUILLE – texte Eddy Pallaro conception, interprétation Jean-Baptiste André – Dans le cadre du festival NEST THEATRE A THIONVILLE du 4 au 7 Avril 2017 aux Lycées Colbert, Charlemagne et Hélène BOUCHER.

DISTRIBUTION
texte
Eddy Pallaro
conception, interprétation
Jean-Baptiste André
collaboration artistique
Mélanie Maussion
MENTIONS

Production. Soutien : Association W, La Méridienne– scène conventionnée de Lunéville (54),L’Amphithéâtre – Pont-de-Claix (38), Le Grand Logis-, Bruz (35),Le Canal– Théâtre intercommunal de Redon (35)

Voici une belle proposition du festival NEST de THIONVILLE  consacré aux ados, un spectacle dans une salle de classe.

Qui aurait pu penser qu’une salle de classe, sévère, austère mais tout de même pleine de fraîcheur avec ses pupitres en bois puisse se transformer en scène de théâtre ou même de cirque ?

Mais souvenons-nous les salles de classe ont toujours inspiré les poètes notamment Jacques PREVERT. Des élèves, très sages, ont été conviés à assister à une conférence. Mais c’est un curieux conférencier qui se présente à eux. Certes, il leur raconte son parcours d’artiste acrobate danseur mais il donne aussi l’impression de rêver tout haut en s’octroyant quelques silences incongrus.

Quel étrange personnage qui court vers un mur pour coller une affiche avec cette phrase à méditer : le temps et son impact réel sont difficiles à mesurer. Des rires étouffés gagnent la classe. Au beau milieu de la conférence, il se met à parler de sa vie privée, de sa femme qui attend des jumeaux. Il attend un coup de fil. Il perd d’ailleurs le fil de son discours. Tout à coup il demande aux élèves où il se trouve et ces derniers rigolent.

Il poursuit sa conférence, explique qu’il a voulu créer un spectacle avec Eddy PALLARO sur le thème de la création, un spectacle « utile et sérieux, décalé et concret ».

Qu’il le prouve alors ! Le gentil conférencier à la voix douce, grave et aérienne à la fois, une voix d’hypnotiseur lunaire, se transforme soudain en acrobate danseur. Il crapahute sur les pupitres, saute sur les rebords de fenêtre, c’est un homme singe sans aucun doute. Sauf qu’il parle. Tandis qu’il poursuit sa randonnée sur les tables sous les yeux médusés des élèves, une voix off s’élève qui décrit l’impressionnant voyage spatial d’un rêveur qui touche la cime des arbres au-dessus d’une forêt…

Sortie inopinée de l’artiste, grand silence dans la classe. Les élèves se mettent à parler entre eux. Il revient comme un animal après une fugue. Alors une discussion s’engage avec les ados. Jean-Baptiste ANDRE a réussi son coup, l’artiste a apprivoisé les élèves, ils l’ont adopté !

Un moment inouï de poésie !

Paris, le 16 Avril 2017                                    Evelyne Trân  

ICI, IL N’Y A PAS DE POURQUOI ! / 21H DU 15/03/17 au 13/05/17 d’après l’adaptation théâtrale de Si c’est un homme de Primo LEVI et PIERALBERTO MARCHE – Adaptation de Tony Harrisson, Cécilia Mazur – AU THEATRE DU LUCERNAIRE

Avec : Tony Harrisson

Imaginez un homme en captivité que la souffrance a envahi au point qu’il se sait coupé du monde, des autres vivants, un homme exténué qu’un autre viendrait interroger pour recueillir ses impressions. Il est vraisemblable que l’homme exténué lui répondrait « Je crains de ne pouvoir vous répondre, je vais mourir sur place »

N’être plus qu’un numéro, se retrouver dans la situation d’un animal mené à abattoir, ou celle d’un esclave considéré uniquement comme un outil, une main d’œuvre, quel homme, quelle femme peuvent survivre à cette épreuve de déshumanisation? Même le sort du bétail mené à abattoir paraît plus enviable parce qu’il ne s’agit pas de le faire souffrir inutilement.

Primo LEVI, juif italien, était jeune lorsqu’il entra dans le camp de concentration d’Auschwitz . Il raconte « En même temps que la peur , la faim et l’épuisement, je ressentais un besoin extrêmement puissant de comprendre le monde qui m’entourait »

Il déclare aussi qu’Auschwitz était l’œuvre des hommes, et « que nous sommes des hommes; il est le fruit d’une philosophie de l’occident à laquelle nous avons tous apporté notre contribution, à laquelle nous avons collaboré d’une manière ou d’une autre »

Il s’agit bien évidemment de considérations postérieures à son expérience du camp . « Si c’est un homme » dont le titre est tiré d’un poème, aurait été écrit à la hâte sur des bouts de papiers, en urgence, à son retour de captivité. Primo LEVI devenu en quelque sorte une référence comme témoin, grâce à l’audience de son livre, revînt sur cette version, des décennies plus tard, pour exprimer que l’écriture fut certainement moins spontanée.

A une journaliste qui lui demande comment il a pu psychologiquement revivre et exprimer par des mots une expérience « qui va si loin au delà des limites de l’humain et de l’imaginable », il répond qu’il a la sensation de « s’être lancé dans une entreprise à peu près impossible ».

Se considérant comme un témoin privilégié parce qu’il était chimiste, il rappelle que le destin du prisonnier moyen, « personne ne l’a raconté parce que pour lui, il n’était matériellement pas possible de survivre ».

« Ici, il n’y a pas de pourquoi » est inspiré de l’adaptation théâtrale de « Si c’est un homme » par Primo LEVI lui même et Pieralberto MARCHE.

Tony HARRISON co-adaptateur avec Cécilia MAZUR, comédien et metteur en scène s’est attaché a une version moins dialoguée et plus musicale avec le musicien GUITOTI dont l’instrument, le hang ponctuent les paroles de sonorités variées, fraîches et suggestives.

Tony HARRISON comprend que ce que le mots ne peuvent pas exprimer, le corps peut le suggérer. Nous assistons donc à une véritable chorégraphie qui n’entend pas seulement coller à la réalité sordide du prisonnier mais qui s’étend à la conscience du narrateur de « Si c’est un homme » ouvrant son espace de liberté et d’humanité au delà des barreaux extérieurs.

Dans la situation de l’enfermement, le prisonnier n’a d’autres repères que son propre corps, c’est lui qui parle de douleur parce que c’est elle qui l’envahit. Cette confrontation à la souffrance, la conscience du prisonnier ne l’épuise pas, elle paraît interminable elle la remplit de stupeur pendant les répits, l’interpelle sur ses facultés de bonheur pour un bout de pain, pour un sourire.

Le filet d’espoir c’est le dialogue entretenu entre le corps et l’esprit, ce même pont que veulent abattre les bourreaux, les tortionnaires, c’est aussi le regard porté de soi à l’autre. La réalité criminelle des nazis, c’était de n’avoir plus d’yeux ni d’oreilles pour voir et entendre un être humain parce qu’il était juif, tzigane, handicapé, homosexuel, dissident, marginal.

Grâce soit donc rendue à ce spectacle dont la beauté n’est pas gratuite, elle émane certainement du message même de Primo LEVI, humain, viscéralement humain, ouvert à tous.

Paris, le 15 Avril 2017                                 Evelyne Trân