MERE TERESA DE J O Ë L L E FO S S I E R – M I S E E N S C È N E DE P A S C A L V I T I E L LO – AV E C CATHERINE SALVIAT, SOCIÉTAIRE HONORAIRE DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE AU THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 RUE NOTRE DAME DES CHAMPS 75006 PARIS – DU 23 AOUT AU 4 NOVEMBRE 2017 DU MARDI AU SAMEDI A 19 HEURES –

 

ASSISTANT MISE EN SCÈNE : FRANÇOIS RAUCH DE ROBERTY

LUMIÈRES : MATHIEU NENNY

VIDÉO : BRUNO BACCHESCHI

COSTUME : BRIGITTE DEMOUZON

Comme c’est étrange, en 1971, Catherine Salviat incarnait de façon extrêmement troublante le personnage de Mouchette, une jeune fille tourmentée dans un téléfilm tiré du roman de Bernanos « Sous le soleil de Satan ». Quelques décennies plus tard, voilà qu’elle interprète Mère Teresa un personnage réel, haut en couleurs, prix Nobel de la paix en 1979, canonisée en 2016.

En découvrant Catherine Salviat en mère Teresa, nous n’avons pas pu nous empêcher de penser à cette Mouchette. Ces deux personnages ne sont peut-être pas aussi éloignés puisqu’une même comédienne est capable de les interpréter.

Mère Teresa est devenue une icône – pas seulement aux yeux des catholiques – en raison de sa formidable personnalité, une ténacité à revendre lui permettant d’affronter la hiérarchie religieuse – qui n’entendait pas qu’une femme puisse prendre des initiatives – pour mener à bout son projet de missionnaire à Calcutta puis partout en Inde en assumant sa conviction « Ta place est au milieu des pauvres »

Mère Teresa était une femme d’action, une battante, une optimiste et une rebelle. Révoltée par l’idée que la misère puisse être une fatalité, elle n’y est pas allée avec le dos de la cuillère, créant 610 missions construisant écoles, hôpitaux et orphelinats.

 Qui ne se souvient de ses yeux rieurs, de son énergie rayonnante ! Catherine Salviat incarne merveilleusement ce bonheur de vivre sa foi en l’homme. Bien davantage qu’une sainte, Mère Teresa se déclare humaine. C’est en tout cas le ressenti qui émane de la pièce de Joëlle Fossier et de l’interprétation de Catherine Salviat, lumineuse et vive.

La mise en espace de Pascale Vitiello est très sobre, juste quelques grands rideaux en fond de scène, une chaise et les battements d’ailes de Mère TERESA unissant l’espoir à la fraternité.

Paris, le 10 Septembre 2017 

Evelyne Trân

CHEVEUX – de Julie Fonroget, Laureline Collavizza – mise en scène Julie Fonroget, Laureline Collavizza à LA MANUFACTURE DES ABESSES – 7 rue Véron 75018 PARIS du Du 27 août au 4 octobre 2017. Les dimanches à 20h et les lundis, mardis et mercredis à 21 Heures –

Conception création coiffures et costumes : Lika Guillemot
Conception création lumières et scénographie : James Brandily
Photos et collaboration artistique : Yann Kukucka
Production : Brouha Art
Co-production : Le Claje
Soutiens : Sandrine Mazetier, députée de Paris, RAVIV, spedidam

http://www.compagnie-brouhaart.com/cheveux/

De l’introspection capillaire au déballage « cheveuluesque » le spectacle de   Laureline COLLAVIZZA et Julie FONROGET invite le spectateur à s’embrouiller quelque peu les cheveux mais pour la bonne cause puisqu’il s’agit de prendre conscience comment cet élément de notre corps occupe une place de choix intime ou collective, consciente ou inconsciente dans notre quotidien.

De nombreux sketches émaillent le spectacle faisant rebondir le caractère épineux du sujet, dès lors qu’il se rattache à la religion, la culture, les fantasmes, les mythes, les superstitions.

 Le sujet est terriblement vaste et des tonnes d’encyclopédies ne pourraient en venir à bout ! Il parait d’ailleurs qu’une chevelure est capable de soulever à elle seule une tonne. Et sachant qu’un seul cheveu contient notre patrimoine génétique, nous pouvons continuer à fantasmer sur son importance.

Il semble que les conceptrices du spectacle aient opté pour la fibre affective. Du coup, nous pouvons sans nous arracher les cheveux éprouver combien l’affect supervise les comportements humains socio-culturels, politiques ou existentiels. L’un des sketches résume avec une belle ironie comment la chevelure marqueur de la féminité a été exploitée depuis des siècles, à travers l’iconographie religieuse, les grands peintres notamment Titien, perpétuant quelques fantasmes sur la femme tour à tour traitresse, grande dame, sainte ou pute.

Force est de reconnaître à travers cet inventaire que les relations des humains avec leurs chevelures sont aussi bien empreintes de conventions que d’extravagances.

 Courageusement et les cheveux parfois en bataille, les deux comédiennes démêlent leur savoir avec une jolie émotion, en écho au poème d’amour de la Comtesse de NOAILLES «Et c’est mon besoin fol comme mon besoin sage de préférer au monde un seul de tes cheveux ! »

Paris, le 10 Septembre 2017                  Evelyne Trân

 

 

 

POUR L’AMOUR DE SIMONE – Textes de Simone de Beauvoir et ses amants – MIse en scène et scénographie de Anne Marie PHILIPE au THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 Rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS – Du mar. 05/09/17 au dim. 15/10/17 à 18 H 30 du MARDI AU SAMEDI – DIMANCHE A 15 H –

AVEC

CAMILLE LOCKHART ( L A S I M O N E D E J ACQUES-LAURENT BOST)

AURÉLIE NOBLESSE (LA SIMONE DE NELSON ALGREN)

ANNE-MARIE PHILIPE (LA SIMONE DE JEAN-PAUL SARTRE)

ALEXANDRE LAVAL ( J ACQUES-LAURENT BOST, J E A N – PAUL SARTRE, NELSON ALGREN)

BANDE SON : CLÉMENT GARCIN
LUMIÈRE : FOUAD SOUAKER

Etre une femme et aimer. Ce fut la grande aventure de Simone. Il n’est pas évident d’imaginer que l’auteure du deuxième sexe ait pu être une femme sentimentale en proie aux mêmes jouissances et tourmentes amoureuses que le commun des mortels.

Les correspondances avec deux de ses amants, Jacques-Laurent BOST, Nelson ALGREN et Jean-Paul SARTRE possèdent cette vertu d’être inaltérables, par leur simplicité même, comme si débarrassée de tout souci de vitrine intellectuelle, Simone en écrivant à ses amants accédait à l’émotion pure, son jardin intime, d’autant plus sauvegardé qu’il était un gage de son pacte passé avec Jean-Paul SARTRE, vivre librement leurs amours contingentes en restant un couple uni.

Il faut croire que la passion s’exalte dès lors que se profile à l’horizon un interdit. Simone qui jure son amour aux différents amants qui ont occupé son cœur à travers des lettres enflammées, s’interdit toujours de « laisser tomber » Jean-Paul Sartre. Ce faisant, elle n’était pas seulement fidèle à Jean-Paul, elle était fidèle à elle-même puisqu‘un véritable cordon les liait, un cordon vital. La vie amoureuse de Simone c’était donc Jean-Paul et les autres.

Simone avait t- elle toujours dans son miroir l’œil de Jean-Paul. Ses passions ne les aurait-elle pas cultivées à escient pour renvoyer à Jean-Paul l’image d’une femme pleine de vie, libre et passionnée ? A-t-elle connu la dépression, le doute ? Voulait-elle fortifier pour elle-même le sentiment de sa propre liberté qui puisse aller de pair avec celle de Jean-Paul ?

Le chassé-croisé des correspondances à travers l’excellent montage d’Anne-Marie PHILIPE permet de prendre la mesure de l’effervescence amoureuse qui soutenait le couple de Simone et Jean-Paul. Chacun se racontait ses amours, ses liaisons dangereuses.

Les amants de Simone font partie de l’essaim d’abeilles autour de la ruche du couple. Cette sensation d’essaim qui tournoie pour parler d’amour, est fort bien exprimée par la mise en espace fluide des trois comédiennes qui interprètent Simone et le comédien qui joue seul les amants et Jean-Paul en variant les accessoires, pipe, lunettes, chemise à carreaux.

D’une certaine façon, la correspondance amoureuse de Simone de BEAUVOIR nous éclaire sur son œuvre et ses combats existentiels, puisqu’elle témoigne de la même ardeur, la même passion.

Le spectacle très émouvant constitue un bel hommage à Simone de BEAUVOIR qui au-delà de sa façade de grande intellectuelle, avait aussi un cœur naïf et sentimental, vulnérable !

Paris, le 9 Septembre 2017

Evelyne Trân

L’AMANTE ANGLAISE DE MARGUERITE DURAS AU THEATRE DU LUCERNAIRE – 53, rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS Du 06/09/17 au 12/11/17 –

AVEC

JUDITH MAGRE (CLAIRE LANNES)

JACQUES FRANTZ (PIERRE LANNES)

JEAN-CLAUDE LEGUAY (L’INTERROGATEUR)

ASSISTANT MISE EN SCÈNE : THOMAS POITEVIN

LUMIÈRES : JACQUES ROUVEYROLLIS, ASSISTÉ DE JESSICA DUCLOS

COSTUMES : VICTORIA VIGNAUX

PRODUCTION : ID PRODUCTION ET LE THÉÂTRE DANS LE PRÉ – CIE

 

D’un fait divers criminel particulièrement atroce et rare datant de 1949, l’histoire d’une femme qui dépèce son mari et se trouve incapable d’expliquer son geste, Marguerite DURAS a fait un roman puis tiré une pièce, l’Amante anglaise.

Dans cette pièce, elle met en scène trois personnages, l’héroïne Claire Lannes, le mari, Pierre Lannes, et un curieux inquisiteur qui pose des questions.

Sous les décombres du fait divers – car il y a tout ce qui se dissimule derrière l’énoncé d’un fait – nous assistons au pataugeage des protagonistes comme si le crime en question n’était que l’arbre qui cache la forêt.

Les personnages interrogés chacun séparément, tout d’abord Pierre Lannes, ensuite la meurtrière ne semblent en aucune façon regretter la mort de la cousine sourde muette qui servait de femme de ménage au couple. C’est cette indifférence là plutôt choquante que Marguerite DURAS soulève, met en lumière dans cette pièce.

A travers leur interrogatoire mené par une personne dont on ignore l’identité et qui n’est pas un juge, nous découvrons que Pierre Lannes et Claire Lannes ont vécu dans la même maison pendant des années comme des étrangers, et qu’ils ont pu se supporter grâce à la présence de cette cousine, qui leur a servi de frontière invisible d’autant plus qu’elle était sourde et muette. Son meurtre a au moins permis au couple de se séparer de façon inéluctable, définitive.

L’indifférence est sans doute pire que la haine parce qu’elle n’a pas d’écho, elle crée réellement du vide entre les personnes d’où le sentiment de précipice qui finit par absorber Claire Lannes lorsque par exemple elle jette sans aucune raison un transistor dans le puits.

Marguerite DURAS semble exprimer que les conventions sociales, celle du mariage notamment, ne sont là que pour masquer, rendre invisible tout ce qui dans les comportements humains peut révéler leur nature immorale.

Cette nature immorale c’est Claire Lannes qui l’affiche sans pouvoir l’expliquer. Comment peut-on devenir indifférent à son entourage, résigné, vivre pendant des années avec un homme « étranger », là aussi est la question qu’a explorée de façon moins virulente et plus intérieure, François MAURIAC avec Thérèse DESQUEYROUX.

Chez Marguerite DURAS, le sentiment d’indifférence, cette désaffection de la vie, cette dépression, ne peuvent être culbutés que par la folie, un détachement de la réalité, le rêve et la fantaisie.

A l’instar du personnage de Beckett, Winnie dans « Oh les beaux jours » Claire Lannes s’est enlisée dans une réalité qui ne lui était pas propice, et la tête de sa victime dont elle refuse d’indiquer l’emplacement, ne serait que la sienne fantasmée. Fleur coupée de la vie, elle appelle au secours « Si je vous disais où est la tête, vous me parleriez encore…si j’avais réussi à vous dire pourquoi j’ai tué cette grosse femme sourde, vous me parleriez encore, moi à votre place, j’écouterai, écoutez-moi je vous en supplie ! ».

Judith MAGRE illumine cette Claire LANNES par son charme, sa vitalité, elle est la véritable fleur de cette réalité lugubre et mesquine que lui tendent son mari et l’interrogateur interprétés justement par Jacques FRANTZ et Jean-Claude LEGUAY.

Le portrait de cette criminelle n’est sans doute pas réaliste mais c’est tant mieux. Le fait divers relaté par Marguerite DURAS devient dans cette mise en scène de Thierry HARCOURT,  la rose qui éclot à travers un mur délabré, telle la rose de Jean GENET. Imaginaire, elle a surgi, c’est elle, la tête que nous cherchions !

Paris, le 26 Février 2017  

Mis à jour le 8 Septembre 2017                         Evelyne Trân

LE DERNIER JOUR D’UN CONDAMNE d’après Victor Hugo – Avec William MESGUICH – Adaptation David LESNE – Mise en scène de François BOURCIER au Studio HEBERTOT – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS du 29 Août au 3 Novembre 2017 – DU MARDI AU SAMEDI A 19 H – LE DIMANCHE A 17 HEURES –

Dans sa préface de 1832, Victor Hugo rappelle que le dernier jour d’un condamné a été publié trois ans plus tôt sans nom d’auteur. Cela tombe sous le sens lorsqu’on sait qu’à l’époque Victor Hugo était déjà célèbre. Il a préféré attacher à cette publication la figure d’un auteur anonyme, un condamné qui aurait écrit lui-même son journal qu’un poète aurait recueilli.

La vérité c’est que Victor Hugo s’est projeté complètement dans le destin de ce condamné de la même façon qu’un acteur incarne un personnage. A l’instar de Flaubert qui dit » Madame BOVARY, c’est moi », il s’identifie à ce condamné. L’on peut d’ailleurs retrouver dans la description du personnage, des éléments constitutifs de l’auteur, sa jeunesse (Victor Hugo était âgé de 27 ans) et sa robustesse physique « Je suis jeune, sain et fort … et cependant j’ai une maladie, une maladie mortelle faite de la main des hommes. »

L’œuvre porte la trace de cette juvénilité tempétueuse, de cette énergie vitale soudain dévastée par le sentiment qu’elle va être déconnectée du monde vivant par la seule volonté de juges.«Ce livre s’adresse à quiconque juge…Heureux si à force de creuser dans le juge, il a réussi à y retrouver un homme !»

Et le condamné en question est un homme, il pourrait s’appeler Paul, Pierre ou Jacques. Mais il n’a pas besoin de nom, il n’a pas de nom puisqu’il va être basculé dans la mort, le néant. Etonnamment dans ce journal, le condamné ne cherche guère de secours à travers la religion. L’universalité de son émotion tient au fait que Victor Hugo a véritablement voulu représenter un homme quel qu’il soit sujet d’une condamnation à mort par la société.

Le condamné exprime des sentiments communs à tous les mortels, l’amour paternel, le bonheur de voir le soleil etc. Des réalités banales qui prennent une toute autre dimension dès lors qu’on imagine en être privé. Qui sait mieux parler de la vie dans son essence la plus simple que ce condamné !

Est-ce le corps ou l’âme qui réagit à l’annonce d’une mort imminente? Les deux sont intimement liés mais nous n’avons jamais entendu parler d’une condamnation à mort d’une âme. Ce qui signifie que la société condamne ce qu’il y a de plus vulnérable, de plus innocent, la chair de l’homme.

C’est une peur naturelle qui saisit le condamné et provoque ses crises d’angoisse. L’émotion est d’autant plus indescriptible qu’elle se prolonge, le condamné a le temps de penser, d’imaginer, et pris dans le flux ininterrompu du monologue du condamné, son ultime course de vie, le lecteur ou le spectateur éprouve alors l’odiosité de cette mise à mort.

Photo Chantal DEPAGNE

William MESGUICH exprime avec tout son corps, sa voix, ses membres, le désarroi de ce condamné, un condamné qui se parle à lui-même. L’écho est d’autant plus retentissant, plus juste qu’il se déploie dans la solitude d’une geôle à l’image de sa pauvre cervelle. Par contraste, les bruits sonores, grincements de chaines, de portes invisibles et la musique créent une ambiance fantasmagorique.

L’interprétation bouleversante, sans emphase, très nuancée du comédien constitue à elle seule un plaidoyer contre la peine de mort.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’un spectacle souriant mais le génie de Victor Hugo – jamais sa langue ne nous a paru aussi vivante et actuelle – servi par un grand interprète, suffit à rendre très attractive cette adaptation de l’œuvre par David LESNE mise en scène avec dynamisme par François BOURCIER.

« Ceci est mon sang » semble dire Victor Hugo à propos du condamné,cela devient le nôtre. C’est au théâtre et notamment dans ce spectacle engagé que les questions de vie et de mort prennent toute leur ampleur !

Paris, le 3 Septembre 2017

Evelyne Trân

Par Cœur – Un spectacle d’Arnaud ARBESSIER au THEATRE DE L’ESSAION du 30 Août 2017 au 15 novembre 2017 – 19h45 les mercredis jusqu’au 1er Octobre 2017 à 17 H 30 les Dimanches –

Auteur : Arnaud Arbessier
Mise en scène : Jean-Yves Chilot

Qui ne se souvient de sa première émotion en récitant par cœur une poésie à la demande d’un maître ou d’une maîtresse ? Pour ma part, ce moment fut fabuleux. J’ignorai le mot trac mais j’étais terrorisée . Or au fur à mesure que les mots s’échappaient, sortaient du gouffre, j’ai éprouvé que le professeur m’écoutait. J’en fus tellement étonnée ! De quel texte s’agissait-il, je l’ai oublié mais il remue invisible dans ma mémoire, il me parle certainement comme il a parlé à ce professeur.

Passeur de mots, c’est l’un des plus beaux métiers au monde; j’ai connu un poète mourant, qui ne touchait plus terre, qui communiquait grâce à ses poésies pétries en lui qu’il continuait à balbutier comme si elles faisaient partie de son corps, de ses mains, de ses yeux. C’était lui !

Arnaud ARBESSIER, comédien, fils de Louis ARBESSIER de la Comédie Française, nous raconte simplement sa relation avec les mots, une relation amoureuse. Il dit que les mots sont magiques et que oui, il importe pour la vivre cette passion, d’apprendre par cœur un texte quel qu’il soit pourvu qu’il soit aimé.

Il remonte à la source, il nous parle de son père qui savait si bien dire le poème Villequier de Victor Hugo, de sa rencontre avec des textes de Léo FERRE.

Deux fleuves parallèles mis en musique juste par la voix, le poème Villequier et le poème Il n’y a plus rien . L’un s’adresse à Dieu pour demander pourquoi sa chère Léopoldine est morte, l’autre, révolté et sauvage gravit des chemins de dépression intense. Je me souviens encore de Léo FERRE chantant Avec le temps dans une émission de Jacques MARTIN, à la fin de sa vie. Lui si combatif, avait l’air si désespéré, si las !

Mais les fleuves ne cessent de cligner des yeux, ils vivent après tout. La chanson Avec le temps interprétée par Arnaud ARBESSIER peut dire autre chose, laisser s’exprimer quelque lumière derrière le désespoir.

Écouter Il n’y a plus rien à travers la voix d’Arnaud ARBESSIER c’est comme grimper sur un chemin de montagne caillouteux, les yeux dans le vent, la poussière, le soleil. Il n’y a plus rien, il y a tout.

Quel bel hommage aux poètes, aux comédiens ! Quelle belle rencontre ! Laissez penser les mots en vous puisque en vérité les mots agissent d’une certaine façon comme des cailloux qui scintillent sur les chemins qui touchent vos semelles. La ligne n’est pas droite bien sûr, le parcours prend du temps, c’est presque une aventure, c’est toujours de l’or au bout de la course !

Paris, le 5 Décembre 2016 Évelyne Trân

Mis à jour le 2 Septembre 2017

Liberté ! (avec un point d’exclamation) de Gauthier FOURCADE à LA MANUFACTURE DES ABBESSES 7 rue Véron 75018 PARIS – Mise en scène de William MESGUICH du 25 Août au 5 Novembre 2017 du Jeudi au samedi à 21 Heures, le Dimanche à 16 Heures –

Il a une tête de Gribouille incoiffable. Gribouille, c’était un personnage de bande dessinée à l’époque des images d’Epinal. Il lui arrivait beaucoup de mésaventures car il avait toujours le nez en l’air.

Mais le patatras chez Gauthier FOURCADE, c’est de l’art pas du lard. Mauvais jeu de mots, bien sûr, car on ne tire pas sur les bretelles du langage, du jour au lendemain. Faut le déclic de quelques petites expériences malheureuses, par exemple avoir eu affaire à un morceau de chewing-gum qui s’est collé à votre chaussure, ridicule n’est ce pas ? Mais pas plus ridicule que le cri d’Archimède en sortant de son bain  » Eurêka » !

Gauthier FOURCADE c’est Eurêka en personne, un savant dans les nuages qui évolue dans une tempête de mots qui font boule de neige dans sa tête. Oui parce que sa tête n’est pas forcément la nôtre. D’abord, il perçoit les mots comme de véritables injonctions, il n’en piétine pas le sens, il s’en submerge jusqu’à l’ultime éblouissement. On pourrait dire qu’il s’en parfume pour partir dans des délires qui n’appartiennent qu’à lui . Celui qui lui pique une fesse devient le piqueur de fesses et ça fonctionne dans l’imaginaire. Pourquoi, parce que tous les chemins mènent à Rome, que le personnage est sympathique et que nous avons compris que tel un bateleur royal, il donnera sa chance à l’épine d’une rose, à la trace d’un pneu dans le désert, à une écuelle renversée ou à un cil tombé dans la soupe.

Jusqu’au bout du monde, juste affrété par son imagination, Gauthier FOURCADE dispose d’une liberté sans bornes puisque dit-il « la liberté ce n’est pas de choisir, c’est de créer » et il a cette pensée magnifique « Est magique quelque chose qui n’a pas de passé qui est un pur commencement ».

La scénographie très concrète de William MESGUICH fait penser à un jardin de récréation où quelques pancartes de mots dans un arbre et une malle suffisent à dégourdir les rêves du magicien.

Juché sur son âne de Buridan, Gauthier FOURCADE va au devant de la poésie qui respire chez les êtres, même ceux qui font la moue, c’est un croyant en quelque sorte, un valeureux chevalier de la liberté en pleine création !

Paris, le 31 Août 2017                        Evelyne Trân

Dans le cadre de LA MOUSSON D’ETE – ECRIRE LE THEATRE AUJOURD’HUI – ENTRE LES LIGNES DE TIAGO RODRIGUES avec TONAN QUITO au Centre culturel Pablo Picasso à BLENOD-LES- PONT- A- MOUSSON le 27 Août 2017 –

de Tiago Rodrigues (Portugal), texte français de Thomas Resendes, avec Tónan Quito

Il semble s’être échappé d’une nouvelle de José Luis BORGES, dès qu’il apparaît sur scène.Y a t-il eu un commencement, y aura t-il une fin ? L’homme parle en portugais. Nous qui ne comprenons pas le portugais,nous voici obligés effectivement de déchiffrer par dessus la voix portugaise « entre les lignes » le texte en surtitrage qui s’affiche.

Mais nous ne comprenons pas davantage. Certes les noms de TIRESIAS et d’OEDIPE nous interpellent et nous pensons que le comédien est en train de répéter une scène d’OEDIPE ROI mais les phrases de la scène semblent parasitées par d’autres « bizarres » dont nous ne pouvons saisir l’origine.
Enfin, le comédien s’interrompt pour s’adresser aussitôt au public en français comme s’il avait lu dans ses pensées. « Quand avons nous perdu la parole ? Quand elle t-elle devenue pour nous si complexe ou si simple qu’elle a cessé d’être la nôtre ? »

Commence un récit fabuleux où il est question de l’auteur lui même Tiago dont Tónan est l’interprète. Tiago devait écrire un monologue autour d’Oedipe Roi mais il a déclaré forfait suite à une maladie des yeux. Tónan doit se débrouiller seul, c’est alors qu’il découvre une lettre dans une édition d’Oedipe Roi qui appartenait à la Bibliothèque du Centre Pénitencier de Lisbonne. Au-dessus de chaque phrase du texte de la pièce, un inconnu a écrit à la main une lettre adressée à sa mère. Un prisonnier évidemment qui ne devait pas avoir de papier. De façon étonnante, les pensées, les phrases du scripteur semblent se superposer aux paroles des personnages de la pièce ou même en découdre ou les rejoindre.

La découverte a un effet explosif chez Tónan très inquiet au sujet du spectacle qui risque d’être annulé . Pourtant fasciné par la lettre, Tónan veut rechercher son auteur et se rend à la bibliothèque de la prison …

Nous n’irons pas plus loin pour ne pas déflorer le mystère. Mais tant de destins semblent s’être engouffrés dans le récit pourtant simple de prime abord de Tónan, que nous avons l’impression d’avoir pénétré dans un tourniquet de portes communicantes incroyable.

Le spectacle s’achève sur la lecture du message d’adieu du prisonnier à sa mère qui résonne d’autant plus qu’il s’intercale entre les lignes lorsque Oedipe demande d’être jeté à la mer.

Nous restons médusés autant que le comédien lui même TONAN QUITO, extraordinaire conteur, qui nous a permis de frôler de façon totalement inattendue quelques effluves, quelques hélices du mystère théâtral !

Paris, le 30 Août 2017                           Evelyne Trân

Dans le cadre du festival LA MOUSSON D’ETE – ECRIRE LE THEATRE AUJOURD’HUI – LE PARLEMENT DES FORETS de Marc-Emmanuel SORIANO à l’Espace Saint Laurent à PONT A MOUSSON, le 26 Août 2017 –

Gabriel Fabing (Musicien) , Agnès Francfort(Assistant(e) à la mise en scène)
Avec la troupe amateur du bassin mussipontain dirigée par Eric Lehembre

 

Ils fuient la misère, la guerre, ils quittent tout, terre , patrie, famille, on les appelle les migrants, ils se retrouvent pris au piège, à la merci de passeurs parce qu’ils ne connaissent pas la route. Ils n’ont pour seul bagage que leur humanité, alors même qu’ils sont conduits à errer, attendre comme des bêtes, avec pour seuls interlocuteurs la faim, la soif, la peur, et le sentiment de la mort qui rôde parce qu’ils s’éprouvent traqués de tous les côtés en danger de mort.

Cette humanité exsangue donne l’effroi parce qu’elle est à l’envers de notre roulis quotidien, qu’elle signifie que la paix, le bien être et tous les progrès affichés par l’homme se poursuivent aux dépens de ceux moins chanceux qui n’ont pas d’autre choix que d’y aspirer.

Marc-Emmanuel SORIANO leur donne la parole dans un texte choral, une sorte de feuille de route de notre charte humaine qui va laisser des traces parce qu’il n’est pas nécessaire de vouloir se donner bonne conscience pour éprouver que le phénomène des migrations universel, questionne le destin de tout homme. Ou alors qu’est-ce donc qu’être humain ? Sont- ils si différents de nous ces migrants ?

La forêt que traversent les personnages de la pièce devient ce milieu hostile où les hommes sont des loups pour l’homme. Les fuyards ont plus à craindre des passeurs qui n’hésitent pas à tirer sur ceux qui n’ont pas d’argent que des bêtes féroces. Certains en référence à leur culture animiste n’hésitent pas à invoquer les esprits.

Davantage qu’à une lecture, nous avons eu l’impression d’assister à un véritable chant choral poétique soutenu par la composition musicale très suggestive de Gabriel FABING. Très impliquée, la troupe amateur du Bassin mussipontain, dirigée par Eric LEHEMBRE a donné le meilleur d ‘elle même pour incarner ce parlement des forêts, nous le rendre plus proche, plus humain, crucial.

Paris, le 30 Août 2017                                 Evelyne Trân

 

 

SACRÉ, SUCRÉ, SALÉ dans le cadre du Festival LES NUITS DES ARENES aux Arènes de Lutèce le Jeudi 31 Août 2017 à 21 H 30 –

VOIR LE TEASER

texte, conception et jeu Stéphanie Schwartzbrod
avec des extraits de Gabbatha de Fabrice Hadjadj et Le repas de Valère Novarina

mise en scène Stéphanie Schwartzbrod et Nicolas Struve

collaboration artistique Michel-Olivier Michel, lumière François Pierron, son Éric Sesniac, vidéo Raphaël Récamier, fenêtre Damien Caille-Perret, régie Emmanuelle Phelippeau-viallard, régie d’accueil Mustafa Benyahia, administration Danièle Gironès, diffusion Emma Cros

Bourlinguer, bourlinguer à travers quelques recettes de cuisine originaires de cultes ou traditions religieuses aussi bien judaïques, chrétiennes que musulmanes, c’est le pari de Stéphanie SCHWARTZBROD qui n’entend pas faire acte de prosélytisme , mais plutôt d’exploratrice des secrets d’histoire, de mythes ou de légendes qui accompagnent certains plats lors de fêtes religieuses.

On les appelle païennes, les fêtes qui célèbrent plusieurs dieux, et tout simplement religieuses celles qui ont pour origine les croyances monothéistes.

Le spectacle de Stéphanie SCHWARTZBROD s’adresse aussi bien aux croyants qu’aux athées, parce qu’il n’est pas besoin d’être adeptes d’une quelconque religion pour croire à quelque chose .

Stéphanie SCHWARTZBROD croit aux vertus et aux pouvoirs des aliments que les hommes depuis la préhistoire associent à leur vie quotidienne, à la médecine, aux joies de vivre.

Que certaines recettes aient traversé l’histoire, qu’elles se soient attachées à quelques événements historiques marqués par les religions monothéistes, est révélateur des rapports à vrai dire complexes que l’espèce humaine entretient avec la nourriture.

Parce que l’être humain, nous dit-elle, cherche à donner un sens aux aliments comme si, de tout temps confronté à cette transformation de l’aliment en excrément, il voulait conjurer cette réalité peu valorisante.

C’est donc transformée en cuisinière que Stéphanie SCHWARTZBROD devient conteuse à travers un inventaire de quelques recettes qui frappent l’aile du calendrier comme autant de signaux culinaires affectifs.

C’est le manger ensemble que célèbre cette cuisinière. N’oublions pas que les ancêtres des religions monothéistes avaient leurs Dieux, et notamment Dionysos.

Il semble bien s’être invité au spectacle de Stéphanie SCHWARTZBROD, lui avoir insufflé sa gaîté, son exubérance, son sens de la convivialité.

En véritable bateleuse, elle fait le compliment de multiples plats de fêtes, nourris d’histoires et de légendes tandis que s’échappe le fumet de la chorba qui cuit sur scène tout le long de son spectacle.

Des recettes ensorcelantes ? C’est bien possible, mais oui, nous n’avons pas besoin de nous dire musulmans pour apprécier la chorba. Ne nous voilons pas le gosier nous dit Stéphanie SCHWARTZBROD, sachons goûter la nourriture pour ce qu’elle est, un outil récréatif du palais, prosaïque et pourquoi pas spirituel !

Paris, le 26 Mars 2016                    Evelyne Trân

Mis à jour le 25 Août 2017