UNE ODYSSÉE EN ASIE MINEURE – Festival de Simon ABKARIAN – Salle Pierre (première partie) – Salle en Bois (deuxième partie) du 9 Octobre au 3 Novembre 2024.Billetterie@epeedebois.com -Tél : 01 48 08 39 74

Crédit photo : Catherine Schaub Abkarian

Texte et mise en scèneSimon Abkarian
Collaborateur artistiquePierre Ziadé
AvecMénélas Rebétiko Rapsodie Simon Abkarian | Ménélas, Grigoris Vasilas | bouzouki et chant, Kostas Tsekouras | guitare, Hélène après la chute, Aurore Frémont | Hélène, Brontis Jodorowsky | Ménélas, Macha Gharibian | musique originale, piano et chant
LumièreJean-Michel Bauer
Régie plateauMaral Abkarian
ProductionCompagnie des 5 roues

Première Partie – Ménélas Rebétiko Rapsodie
De Ménélas et d’Hélène, nous avons des idées, des points de vue qui tiennent souvent de l’arbitraire et du cliché. Le premier est toujours décrit comme un faible, un mou, voire un lâche. Le fait que son mari ne soit pas à la “hauteur” enlève à la fuite d’Hélène, toute force amoureuse. Elle ne part pas avec Pâris, mais elle fuit un type dénué de charme et de beauté. De ce fait elle devient l’archétype de la putain. Celle par qui viennent la discorde et la mort. On lui interdit le droit de disposer de son destin. Et dans cette période archaïque où la femme est l’objet de toutes les convoitises, il est pénible pour les hommes, encore aujourd’hui, de comprendre la décision d’une femme amoureuse.

Pour le bonheur des spectateurs à l’affût de créations originales, Simon ABKARIAN, auteur, metteur en scène, comédien, s’est associé à deux musiciens grecs, le talentueux Grigoris VASILAS, bouzoukiste virtuose et Kostas TSEKOURAS, guitariste hors pair, pour donner la parole à un héros de la Guerre de Troie, beaucoup moins glorieux qu’Agamemnon ou Achille, le roi MENELAS, l’époux trahi par son grand amour Hélène, enlevée par PARIS.

Dans le rôle d’un amoureux transi, désespéré jusqu’aux larmes, Simon ABKARIAN réussit avec panache, non dénué d’humour, à captiver l’auditoire, tant son hymne d’amour recelle des parfums audacieux, trépidants, des parfums musicaux, issus du rebetiko, une musique née en Asie Mineure dans les années Vingt.

Les chants  rebètes accompagnés à la guitare et au bouzouki s’entremêlent au récit  de MENELAS avec ferveur et délicatesse. Simon ABKARIAN dit de ses chants qu’ils sont les derniers soubresauts de la tragédie grecque et d’une parole libre. Jugés  trop orientaux, ils ont été interdits sous la dictature METAXAS.

Il s’agit de chants populaires qui parlent d’amour, de trahisons, d’alcool, de drogue, de crimes d’honneur etc… On les entendait dans les tavernes, les troquets.

Une table, trois chaises, deux musiciens et un poète suffisent pour transporter le public dans le coin d’un café, et lui donner à respirer une musique à la fois légère, animée et doucement épicée.

Et MENELAS devient alors cet amoureux, hors temps ,qui rentre dans la mémoire de tous les poètes et musiciens s’adonnant aux vertiges de l’amour qui s’accordent si bien à leurs cordes .

Du plaisir, rien que du plaisir, en souriant à MENELAS, ce drôle d’amoureux un peu gauche,  parfois comique, qui danse et qui chante et qui croit toujours qu’Hèléne reviendra.

Le public conquis, par la performance de ce beau trio, applaudit à rendre l’âme.

Article mis à jour le 22 Octobre 2024

Evelyne Trân

Deuxième Partie – Hélène après la chute
Hélène après la chute, pièce à deux personnages et un pianiste, relatant les retrouvailles d’Hélène et de Ménélas, après la chute de Troie. Il y est question de l’appropriation du corps des femmes par les hommes, du rapport des femmes à leur corps, et de leur liberté.
Ce texte est le deuxième volet de la pièce Ménélas rebétiko rapsodie, écrit, mis en scène et interprété par Simon Abkarian en 2013
.

Pour Hélène après la chute : Coproduction La Criée – Théâtre National de Marseille, Théâtre de Suresnes Jean Vilar, Théâtre de Gascogne. Avec le soutien de la DRAC Île-de-France. Accueil en résidence Théâtre de l’Epée de Bois, Théâtre du Soleil, Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet.

MAJOLA une enquête écrite et mise en scène par Caroline DARNAY au Théâtre ESSAION 6, rue Pierre au lard 75006 PARIS du 25 Septembre 2024 au 27 Février 2025, les mercredis, jeudis à 21 H. Durée 80 min. Relâches: 25 décembre 2024, 1er janvier 2025, 29 janvier 2025.

Héroïne, victime, criminelle de guerre…? Qui était Majola ? Un jeu de miroirs haletant autour d’une histoire vraie.

1980 : un journaliste américain, ancien combattant, et son cameraman filment la veuve d’Amon Göth, le commandant du camp d’où ont été sauvés les prisonniers de la liste de Schindler. Après 40 ans d’anonymat, elle va leur livrer sa vérité mais les forcera à dévoiler la leur.

Voir la bande annonce

Distribution : Caroline DARNAY,  Marc FRANCESCO DURET,  Duncan TALHOUËT

Est-ce possible d’accoucher d’une ou même de plusieurs vérités faisant partie des non-dits, secrets de famille, secrets défense etc.

Dans son enquête car c’est ainsi qu’elle intitule sa pièce de théâtre, Caroline DARNAY met en place un dispositif triangulaire représenté par trois personnes réunies par une interrogation commune autour de la personne d’Amon Göth surnommé le boucher d’Hitler.

Au préalable, ces trois personnes se rencontrent pour parler de Schindler, ce héros qui a sauvé des milliers de juifs du camp de concentration géré par Göth.

Le public comprendra vite que ce n’est pas Schindler qui intéresse le journaliste, un ancien combattant américain, ni le caméraman d’origine juive. D’ailleurs nous ne découvrirons ces aspects de leurs identités qu’au cours de l’interview devenu quasiment un interrogatoire.

Pour le journaliste qui a eu entre les mains le dossier du procès de Göth, se retrouver en face de Majola dite la veuve du boucher, c’est l’opportunité de l’interroger au sujet de sa relation avec le bourreau. Mais il n’y pense pas sur le champ. C’est son caméraman qui fait les premiers pas.

Les deux hommes qui ont à l’esprit les horreurs perpétrées par Göth ont maintenant en face d’eux une femme, belle, élégante, distinguée qui ne se laisse pas apparemment impressionner par les questions de ces derniers.

Ce qui est intéressant dans ce procès à trois qui force les protagonistes à se dévoiler malgré eux, ce sont les émotions qui les parcourent, ces émotions que des juges au tribunal ne sont pas censés exprimer.

Faire face, ne pas perdre la face, les rapports de force sont d’autant plus tangibles qu’il y a cette caméra qui filme ou pas l’interview suivant le bon vouloir du journaliste et du caméraman. Mais Majola tient bon, elle refuse de considérer Goth comme un monstre.

Les trois protagonistes de cette rencontre fortuite ne peuvent ressortir indemnes de leur confrontation . L’on sent bien que ce n’est pas seulement la veuve du nazi que le journaliste accuse, mais ce que peut représenter, ou signifier son indifférence voire son aveuglement d’un point de vue humain, le seul d’ailleurs auquel l’on puisse se référer.

Quant à Majola, le fait est qu’elle se met en danger psychiquement en reconnaissant la monstruosité de son amant. Est-ce ce déni qui lui a permis de survivre près de 40 ans après la shoah ?

L’enquête de Caroline DARNAY est tirée de l’histoire de Ruth Irène Kalder qui après avoir lu le dossier du procès de Göth mettra fin à ses jours.

Cette « enquête » nous renvoie aussi au concept de la banalité du mal, pensé par Hannah Arendt .

« Et si la vérité était plus complexe qu’une simple question de blanc ou de noir ? » .

A ses risques et périls, il faut pourtant tenter de l’approcher .

La pièce de Caroline DARNAY parfaitement interprétée, fait du bien tout simplement à nos méninges et à nos bonnes et mauvaises consciences !

Le 22 Octobre 2024

Evelyne Trân

N.B Caroline DARNAY était l’invitée l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE de 15 H 30 à 17 H, sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 26 Octobre 2024. En podcast sur le site de Radio Libertaire.

Entretien avec Caroline DARNAY ci-dessous :

N.B : Article publié également sur le Monde Libertaire.fr

CLEMENCEAU CROQUE PAR SEM. Exposition focus du 15 Octobre 2024 au 22 Février 2025 au Musée CLEMENCEAU 8, rue Benjamin Franklin 75016 PARIS.

Le musée Clemenceau présente sa nouvelle exposition-focus Clemenceau croqué par Sem du 15 octobre 2024 au 22 février 2025 organisée en partenariat avec l’association Sem.

« Doué d’un talent qui tient du prodige, il est le plus grand caricaturiste qui ait jamais existé. […] A force de volonté et d’intelligence, il est parvenu à se recréer. Il fallait qu’il fût ce qu’il est. Il est l’illustrateur d’une époque. […] Avec une acuité exceptionnelle, et par la seule puissance de son esprit et de son talent, Sem aura raconté les usages, les mœurs et les modes depuis 1900 jusqu’à l’année 1940 ou 50. » Sacha Guitry, Sem dans L’Illustration du 13 novembre 1911.

Personnalité de la Troisième République des plus marquantes, Georges Clemenceau (1841-1929) est une cible permanente des dessinateurs satiriques heureux de lui bâtir une réputation de papier, au fil des rôles successifs et parfois contradictoires qu’il endosse dans le jeu infini des combats de la politique. Mais il comprend que la caricature est nécessaire à son existence politique. Il est l’une des rares figures politiques qui ont, plus ou moins délibérément, tiré parti de leur propre caricature jusqu’à en faire une marque personnelle.

Clemenceau invite pour le premier numéro de L’Homme Libre, le 5 mai 1913, le dessinateur en vogue Georges Goursat dit Sem (1863-1934), originaire du Périgord. Dessinateur de presse, illustrateur, affichiste, journaliste-chroniqueur et auteur, Sem est une figure artistique majeure de la Belle Époque, toujours accompagné de ses amis peintres Paul-César Helleu (1859-1927) et Giovanni Boldini (1842-1831).

Animé d’une grande curiosité et sensible aux nouvelles influences, Sem est attentif à l’irruption du nouveau, qu’il s’agisse des apports de la photographie, de la mode, du cinéma mais aussi de la danse, en s’intéressant à l’apparition du tango et du jazz en France. Loin de se cantonner à la caricature, il n’est l’homme d’aucun courant artistique, mais il s’invente un style, mêlant la force du trait et des aplats de couleurs.

Comme le souligne Jean-Noël Jeanneney, président de la Fondation le musée Clemenceau :

« Ce talent tient du prodige. L’artiste a fixé pour toujours, de par l’ardeur et la force de son trait, un moment de la politique et d’une certaine société, qu’il a scrutées dans leur apparence tout en guidant, dans le même temps, vers telle ou telle de leurs profondeurs. »

Le parcours de l’exposition-focus présente les débuts artistiques de Sem à Périgueux et à Bordeaux puis son arrivée, en 1900, à Paris où, devenu le chroniqueur de la Belle Époque, il croque inlassablement le Tout-Paris.

Le parcours de l’exposition-focus présente les débuts artistiques de Sem à Périgueux et à Bordeaux puis son arrivée, en 1900, à Paris où, devenu le chroniqueur de la Belle Époque, il croque inlassablement le Tout-Paris.

La seconde partie de l’exposition-focus aborde la carrière de Sem dans la presse et sa brève collaboration avec Clemenceau en 1913. Au moment où la guerre éclate, Sem devient correspondant de guerre pour plusieurs journaux et profite de cette période pour peaufiner l’imagerie clemenciste qui va se décliner en produits dérivés !

Devenu dessinateur judiciaire, il couvre quelques célèbres procès produisant des dessins réalistes : l’Affaire Caillaux (1917), l’Affaire du Bonnet rouge (1918) ou encore celui du tueur en série Landru (1921).

Les œuvres présentées sont principalement issues de collections privées notamment du musée SEM Périgord.

Du 15 octobre 2024 au 22 février 2025 durant les heures d’ouverture du musée. 

EXPOSITION SEM ET L’AUTO au Château de Breteuil à CHOISEL 78460 CHOISEL DU 20 JUILLET AU 24 OCTOBRE 2024. Exposition accessible de 10h à 17h30.

Le château présente une exposition en deux temps sur l’Automobile à la Belle Epoque, telle que l’artiste SEM l’a connue et dessinée.

Du 20 juillet au 2 septembre : 140 véhicules miniatures (réunis dans 27 vitrines) issus de la collection de Monsieur Robert Kohler seront présentés devant des dessins et frises de SEM pour les resituer dans leur époque.

Du 4 septembre au 24 octobre : L’Association SEM présentera encore plus de dessins et frises croquant les propriétaires et/ou les conducteurs de véhicules au début du XXème siècle. 10 vitrines de Monsieur Kohler resteront en place pour illustrer en maquettes ce que SEM avait représenté sur le papier.

« Fou de bagnoles », Robert Kohler a réalisé dès son adolescence des maquettes de voitures anciennes. Il en possède aujourd’hui plus de 700 (modèles de 1850   à 1990) ; 140 d’entre elles seront présentées à Breteuil. A partir de photos, de plans, il réalise à l’échelle 1/43è ces répliques miniatures avec un souci du détail qui frise le perfectionnisme. Il accentue la mise en valeur de ces petites voitures en les mettant en scène dans des décors et dioramas qu’il réalise également. Cette merveilleuse collection « Ma petite histoire de l’Automobile » a été exposée au Technocentre Renault de Guyancourt, à la Collection Schlumpf de Mulhouse, et plusieurs fois entre 2009 et 2013 au château de Breteuil

Le château, qui possède quelques belles œuvres de SEM accrochées dans le Salon Belle Epoque, avait de la même façon accueilli l’Association SEM en 2022, l’année Marcel Proust, pour une exposition de plusieurs caricatures de personnalités contemporaines du célèbre écrivain.                                                                               

L’idée a été de réunir les talents et trésors de Monsieur Kohler et de l’Association SEM afin de présenter l’Automobile à l’époque et dans les œuvres de SEM : sur les frises rarement exposées « Les Acacias » ou « SEM au Bois » (9m de long quand même !), le visiteur pourra ainsi reconnaître ou découvrir la Galiette d’Alberto Santos-Dumont, le Marquis de Dion (fondateur avec les ingénieurs G. Bouton et Ch. Tripardoux de la célèbre firme Dion-Bouton), la Mors de M. Stern ou encore la Mercedes de M. Charley menant au Bois les rois Léopold II de Belgique ou Edouard VII d’Angleterre. Les dessins publicitaires seront eux aussi mis en avant dans cette exposition puisque SEM a également travaillé pour les célèbres constructeurs Charron, Renault, Bugatti, Delaunay-Belleville, Fiat,…

UN SECRET À TIRE-D’AILE aux Editions du Net – Parution le 28 septembre 2023.

Résumé du livre

N’est-ce point un scoop, Sem, le caricaturiste de la Belle époque est le père de ma chère mère Mireille, nous venons de le découvrir, nous ses petits enfants, les trois oeufs de Mireille : Elfie, Emmanuel et Evelyne.

Un secret familial qui aura duré 103 ans. Ce livre vient à la suite de Mon cher enfant, édité aux Éditions du Net en 2022, il a pour objet une mise à jour des propos que j’ai tenus sur Sem, et je me suis permis d’y inclure quelques réflexions en parallèle.

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-secret-tire-daile

AN IRISH STORY UNE HISTOIRE IRLANDAISE – Texte, mise en scène et jeu de Kelly Rivière à la Scala Paris 13 Bd de Strasbourg 75010 PARIS . Du 15 octobre 2024 au 23 juin 2025 – À 19h OU 21h15.

Photo David Jungman

Texte, mise en scène et jeu Kelly Rivière
Collaboration artistique Jalie Barcilon, David Jungman, Suzanne Marrot, Sarah Siré
Scénographie Grégoire Faucheux et Anne Vaglio
Costume Elizabeth Cerqueira
Collaboration artistique à la lumière Anne Vaglio
Régie Générale Frédéric Evrard en alternance avec Agathe Patonnier
Administration de production et diffusion le petit bureau Virginie Hammel, Anna Brugnacchi

Kelly Ruisseau nous raconte l’enquête qu’elle a menée pour tenter de retrouver son grand-père, Peter O’Farrel, né dans les années 30 en Irlande du Sud, parti s’installer en Angleterre dans les années 50 et qui disparaît dans les années 70. En traversant les époques, les frontières géographiques et linguistiques, la comédienne polymorphe propose un voyage au cœur d’une famille, avec ses secrets et ses non-dits et livre une histoire si intime qu’elle en devient universelle, de toute une famille marquée par l’exil.

A chacun son roman, son histoire familiale, fût-elle endormie au pied d’un arbre. A vrai dire, c’est au moment où la vie se soulève que les adolescents croient pouvoir embrasser aussi bien une partie du passé que leur avenir, avec une magnifique inconscience.

 Souvenons nous de Rimbaud, dans une saison en enfer qui confessait :

« J’ai de mes ancêtres gaulois l’œil bleu blanc, la cervelle étroite, et la maladresse dans la lutte »

 Nous ne naissons pas de rien tout de même ! Dans cette autofiction sur la quête de ses origines, Kelly Rivière raconte comment une adolescente Kelly Ruisseau a laissé grandir en elle le fantasme d’un grand-père inconnu dont la disparition fait partie des non-dits familiaux.

 Un secret de famille, en quelque sorte, enflammant l’imagination de Kelly qui entreprend de faire parler sa mère, sa grand-mère d’origine irlandaise et la mènera en Irlande pour rencontrer sa famille de souche qui avant cette démarche n’avait jamais entendu parler d’elle.

 La grande mer de l’oubli a englouti le grand-père mais Kelly ne se résout pas à la résignation. Sa quête initiatique qui n’aboutira pas concrètement est bouleversante et rare.

 Tout se passe en définitive comme si Kelly voulait ressusciter ce grand-père, en recherchant ses traces dans la mémoire de ses proches.

 Kelly donne l’impression de se battre contre des moulins à vent mais si le vent sème des illusions, il soulève aussi la poussière, il déterre des émotions inimaginables et lui apportera une ultime révélation, son grand père irlandais qui a migré en Angleterre pour échapper sans succès à la misère, a aimé d’un amour fou sa grand-mère Margaret, restée murée dans son silence.

 A partir du récit d’une histoire familiale en hommage à un authentique grand-père irlandais, Kelly Rivière rejoint l’universelle quête des origines quelles qu’elles soient.

 Kelly RIVIERE est une inoubliable conteuse, toute l’écume de la grande vague de l’oubli, elle la transcende en portant à la scène tous les personnages pittoresques de son roman familial avec des joyeux accents irlandais, une fraîcheur et un humour désarmants !  

 Article mis à jour le 8 Octobre 2024

 Evelyne Trân

DU BONHEUR DE DONNER de Bertolt Brecht avec Ariane ASCARIDE – Spectacle composé des poèmes de Bertolt Brecht. A la Scala Paris, 13, boulevard de Strasbourg 75010 PARIS Du 9  au 31 octobre 2024 à 21 H 15.

  • De Bertolt Brecht
  • Avec Ariane Ascaride
  • Musique originale David Venitucci
  • Collaboration artistique Patrick Bonnel
  • en hommage à Marcel Bluwal
  • Production Agatfilms et cie

Bertolt BRECHT ? Son nom résonne dans la mémoire collective comme celui de SHAKESPEARE et vient aussitôt à l’esprit sa pièce la plus connue L’Opéra de quatre sous . Mais sait-on que c’est pendant  ses quinze  années d’exil qu’il a écrit une grande partie de son œuvre : La vie de  Galilée, Mère courage et ses enfants, la Bonne âme de Se-Tchouan, la Résistible ascension d’Arturo UI etc.

 Né en 1898, Brecht a connu les horreurs de la 1ère guerre mondiale, la montée du nazisme, il devient marxiste,  résistant de la première heure, opposant à Hitler, ses œuvres sont brûlées lors de l’autodafé 10 Mai 1933.  Il quitte l’Allemagne au lendemain de l’incendie du Reichstag. Il parcourt l’Europe, s’installe en Finlande, en Suède puis en Californie et ironie de l’histoire, après la 2ème guerre mondiale, il est à nouveau chassé des Etats Unis en 1947 à cause de son étiquette « Rouge » de dangereux communiste. Son œuvre est inséparable de sa vie et d’évènements historiques qui peuvent paraitre lointains pour des jeunes de 20 ans, mais qui restent encore brûlants pour leurs parents, leurs grands et arrières grands-parents. Faire entendre la voix de Bertolt BRECHT, aujourd’hui, c’est une manière de se palper, pour se comprendre en tant que citoyen du monde .

Voici ce que j’écrivais il y a quelques années pour annoncer le spectacle Chants d’exil monté par Serge BARBUSCIA. C’est le même sentiment qui m’anime à propos du spectacle Du bonheur de donner. Ariane ASCARIDE donne de sa propre voix qu’elle a forte et chaleureuse pour mettre en valeur la pensée de Bertolt BRECHT, poète frondeur à tous les points de vue, qui entend écrire pour ceux qui sont méprisés, marginalisés, voire déchus.

Brecht s’intéresse aussi bien à des figures devenues mythiques dans les textes : La putain Evelyne Roh, l’infanticide de Marie Ferrar, la Médée de Lodz qu’à des personnes rencontrées dans la rue, par exemple un ouvrier et son marteau piqueur, qui l’impressionnent au point qu’il écrit « Au milieu de la foule, j’ai monté un théâtre ». La façon dont il nous parle des émigrants, expatriés, exilés, nous rappelle hélas une triste actualité : « Ils n’ont qu’une cuiller pour vider l’océan ».

Brecht n’use pas d’effets littéraires, il donne juste l’impression de sonder sa propre conscience avec des mots de tous les jours : « Il y a sûrement quelque chose qui ne va pas dans notre monde… Mes dents se changeaient en crocs et mes bonnes paroles avaient un goût de sang ».

Il s’agit de textes de combat qui nous touchent concrètement comme une poignée de main.

Quelques saillies d’humour telles que « L’homme est bon mais le veau est meilleur » et cette confidence « Voir un visage heureux me ravissait » contrebalancent la gravité des propos.

Ariane Ascaride, grande connaisseuse de Brecht – elle a débuté sa carrière en jouant dans la Bonne âme de Se-Tchouan – porte avec passion ces textes. Elle parait si forte et déterminée ! Mais elle émeut aussi quand sa voix chute, trahie par l’émotion. La musique est aussi au rendez-vous grâce à l’accordéon d’un musicien virtuose David VENITUCCI.

Comme le théâtre n’est jamais loin, nous pouvons, dès lors, rêver à l’irrésistible ascension de Bertolt Brecht, poète combattant au milieu de la foule !

Article mis à jour le 8 Octobre 2024

Evelyne Trân

N.B : Article initialement publié sur le Monde Libertaire.fr

DRAGON ZEN, un conte vietnamien d’Evelyne Trân.

Il était une fois un dragon que l’on prenait pour une sorte de mage, de monstre ou d’interprète impénitent des humains. Il enregistrait tout ce brave dragon, le pire et le meilleur comme une boîte de pandore. Mais un jour, il n’en puis plus et se mit dire n’importe quoi à l’adresse des humains. En somme, il était devenu fou, les hommes avaient réussi à le rendre fou. Du moins, c’est que je pense après avoir analysé une page de son journal intime que je vous fais grâce de vous lire :

« N’en jetez plus, n’en jetez plus, cessez de jeter vos détritus par dessus ma tête. L’usine de recyclage est en panne, l’appareil de digestion est saturé. Je ne suis pas une machine et même si j’en étais une, je finirai par devenir monstrueuse. L’apôtre Saint-Jean a dansé sur un billet de banque. Nous avons décapsulé toutes les bouteilles de cervelles de moineaux empoisonnées. Nous sommes devenus fous. Les pieds dans la boue, nous jouions de la guitare. L’eau venait de la forêt. L’eau était devenue magique car il y en avait très peu. Nous avions des esclaves qui fabriquaient des problèmes qui faisaient des bruits de chaises musicales qui chuchotaient dans les miroirs. Ils tissaient, nos grands esclaves, des problèmes qui faisaient des kilomètres de queue. Après on les embauchait pour la danse du dragon et ça nous inspirait nous les vaillants musiciens. »

Ces inepties ne sont pas de nature à engorger les annales de la mémoire humaine. Cependant j’ai voulu me renseigner sur ce dragon et j’ai ouvert la bible des dragons qui se lit à l’envers dans un miroir avec un grand verre d’eau glacée. Voici ce qu’il y est écrit :

Le grand dragon s’est réveillé, il a dit : J’ai bouffé du temps, trop de temps, je risque l’implosion. Je vais devoir me faire opérer. Et comme les musiciens ne l’écoutaient plus, il a quitté le terrain en douce pendant qu’ils continuaient à jouer. Il a balancé sa grande queue dans l’étang et il a péché une vieille horloge rouillée, toute bosselée et toute cassée. Son rêve au vieux dragon, c’était de la réparer l’horloge toute rouillée pour entendre son tic tac, son tic tac si merveilleux qui, il avait ouï-dire, avait le pouvoir d’endormir toutes les machines de guerre. Il en avait assez de danser pour les hommes et de supporter sur chacune de ses écailles, toutes leurs prières, leurs problèmes en forme de feuilles de cactus, leurs peurs, leurs sueurs, leurs jérémiades, leurs « j’en ai marre ».

Mais le vieux dragon n’était pas horloger , il était innocent, voire naïf. Devant la vieille horloge toute cassée, il s’est mis à pleurer, des larmes géantes de grand dragon. Et il s’est endormi. Il est entré en rêve dans la chambre d’un petit enfant où il a vu un petit réveil rose en forme d’oreilles de bébé qui faisait tic tac, tic tac de façon si délicieuse qu’il s’est mis à lécher les joues de l’enfant. A son réveil, le dragon eut une merveilleuse idée : il s’inspira de l’horloge cassée pour bâtir un radeau avec deux rames qui rappelaient les aiguilles de l’horloge. Et puis, il grimpa sur le radeau et depuis il rame à perte de vue sur l’étang.

Et les hommes qui le voient de loin confondent les éclaboussures du soleil sur les rames avec sa danse fabuleuse. Quand il revient sur terre, le dragon, une fois par an, qu’il danse et se trémousse devant les hommes, c’est dans l’espoir que ces humains créateurs de problèmes recueillent quelques petits tic tac de son horloge ensoleillée sur l’eau, de son radeau de fortune. A lui seul, il représente pour les hommes un tic tac géant qui accueillerait majestueusement la poussière du monde sur un simple sourire de Bouddha.

Ah si d’amour tranquille et aventureux, le petit tic tac retrouvé du dragon pouvait rendre les humains plus humains, nous ne ramerions plus sur terre mais sur l’eau comme des poissons dans l’eau.

Evelyne Trân

LA LEGENDE DE BETEL, un conte vietnamien de Mireille TRAN.


Illustration d’Adama TRAN

Il y avait une fois deux frères jumeaux. L’un s’appelait Son. L’autre Giang.

Leur ressemblance était telle que lorsqu’ils se regardaient, c’était comme l’arbre au bord de la rivière qui voit son reflet dans l’eau. Et lorsqu’ils se parlaient, comme le loriot qui entend son chant répété par l’écho de la montagne.

Ils grandirent, toujours pareils, comme les deux joues d’un visage dessiné parfaitement.

Tous deux aimaient les mêmes fruits, les mêmes fleurs. Jamais ils ne se quittaient.

Chaque jour, dès le lever du soleil, jusqu’au crépuscule, ils travaillaient sur la colline où, proches comme les deux ailes d’un oiseau, ils chantaient en jouant du luth ou du tambour de riz.

Un soir, ils croisèrent une jeune fille couronnée de fleurs.

Elle se nommait Tuyet-Nga et elle était très belle. A sa vue, les deux frères cessèrent de chanter. Il leur semble soudain que leur cœur était devenu fragile comme un tissu de soie qu’un moindre souffle froisse. Ils comprirent qu’ils aimaient. Giang ne cacha point sa passion, mais Son, par respect pour son frère, étouffa les cris de son cœur.

Giang demanda la main de la jeune fille, et il y eut une grande fête pour célébrer son mariage avec Tuyet-Nga.

Lorsque les derniers invités se furent retirés, Son vint trouver Giang et lui dit : « A présent il me faut partir. Mon frère n’a plus besoin de son frère ».

_ Que deviendrait le ciel sans ses oiseaux ? Que deviendrait le fleuve sans la montagne ? Que deviendrai-je, si mon frère me quitte ? s’écria Giang, et tendrement il obligea Son à demeurer chez lui.

Mais ils n’allèrent plus travailler ensemble à la rizière, car Giang s’attardait avec sa femme et il montait seul avec elle, sur la colline, respirer la nuit.

Son évitait de rencontrer Tuyet-Nga et vivait à l’écart. Il pensait que sa souffrance avait pris la forme du feu et que son cœur flambait comme une forêt de bambous devenue la proie du soleil. Il gardait les yeux baissés, pour que personne ne put y lire sa douleur.

Un jour, au retour des champs, Tuyet-Nga courut à lui et lui donna un baiser. Son comprit que, trompée par la ressemblance, elle croyait embrasser son époux.

_Quelle sera sa confusion si je la désabuse ! se dit le jeune homme et par délicatesse, il se tut.

Mais bientôt il eut honte et remord car il découvrit en lui l’espoir secret que Tuyet-Nga se tromperait encore.

Alors il résolut de quitter la maison de Giang et dès que tout le monde fut couché, il prit la route.

Or la nuit s’était faite douce comme une fourrure pour que Hang-Nga, la princesse de Lune eût plaisir à la caresser. Celle-ci vint s’accouder au balcon de son palais et aperçut Son marchant solitaire et sans but, et le cœur déchiré.

Emue, elle fit un signe et soudain par milliers, des yeux d’or s’ouvrirent dans le ciel et regardèrent le jeune homme. Son reconnut les étoiles qu’il aimait. Il vit aussi Chim-Hac, l’oiseau blanc des fées, qui volait vers les hauteurs du ciel.

_Qui vas-tu rejoindre ? lui cria Son.

Et l’oiseau répondit : « J’essaie de dépasser la souffrance en m’élevant vers la pureté ».

J’aurai ton courage ! s’écria Son et il résolut de marcher sans cesse et sans fin vers un but de lumière dans l’espoir de dépasser sa douleur.

Hélas, il ne lui restait plus assez de force pour accomplir

un si pénible voyage. Bientôt il tomba de lassitude au bord du chemin.

Avant de mourir il supplia Lieu-Hanh, déesse de l’amour.

_Que mon cœur devienne pierre, puisque ma faiblesse ne me permet pas de dépasser ma peine.

_Soit, dit Lieu-Hanh, je te change en pierre de chaux.

_Curieuse idée ! dit un nuage de passage ; j’aurais choisi du marbre, c’est aussi pur et plus beau !

_ Je sais ce que je fais ! répliqua Lieu-Hanh, je vais te le prouver. Et pour qu’il fut témoin de la fin du conte elle l’immobilisa au-dessus de la pierre de chaux. Le nuage se morfondit trois jours et trois nuits, sans rien voir venir de nouveau.

C’était Giang qui cherchait Son.

Il tomba de lassitude au bord du chemin, mais avant de mourir, il supplia Lieu-Hanh : « Puisque ma faiblesse ne me permet point de de rejoindre mon frère, fais de moi un arbre, plus haut que tous les arbres, afin que je puisse regarder au loin, sans cesse et sans fin, si je ne vois pas Son mon bien-aimé ».

_ Soit, dit Lieu-Hanh, tu seras un aréquier.

Et soudain l’aréquier se dressa près de la pierre de chaux.

_ Pourquoi ce nouvel arbre ? Il en pousse de plus majestueux et de parfumés ! se demanda le nuage. Il attendit encore trois jours et trois nuits sans rien voir de nouveau.

Cependant, au quatrième matin, apparut au détour de la route une femme ployée en deux par la fatigue et la souffrance.

Sa chevelure était tout ensablée et ses pieds ensanglantés. C’était Tuyet-Nga qui cherchait son époux.

Elle tomba de lassitude au pie d de l’aréquier, mais avant de mourir, elle supplia Lieu-Hang.

_ Puisque ma faiblesse ne me permet pas de retrouver mon époux, fais de moi une plante grimpante qui s’enroule autour de l’aréquier. J’ai besoin de son aide pour monter très haut et regarder au loin, sans cesse et sans fin, si je ne vois pas mon mari bien-aimé.

_ Soit, dit Lieu-Hanh, tu seras la plante de bétel.

_ Les voilà tous les trois réunis, pensa le nuage, mais, à quoi bon, puisqu’ils ne le savent pas.

Il attendit encore trois jours et trois nuits, sans rien voir venir de nouveau.

Quand au quatrième matin, survint un voyageur à pied, le visage baigné de sueur.

Il se reposa à l’ombre de l’aréquier, cueillit un de ses fruits et une feuille de bétel qu’il macha pour apaiser sa soif. Puis il cracha sur la pierre de chaux. Celle-ci se colora en rouge vermeil.

_ Oh ! s’écria le nuage émerveillé, la pierre de chaux, l’aréquier et le bétel ont le même sang !

Et il comprit que Son, Giang et Tuyet-Nga s’étaient enfin retrouvés.

Mireille TRAN

La légende de Hải Phòng, un conte vietnamien de Mireille TRAN.

Le buffle au Vietnam est le symbole du Bonheur, la Bravoure et la Prospérité

Illustration d’Adama TRAN

Chu-Song-Tu, le père et Chu-Song-Lu, le fils, étaient deux pêcheurs du Nord-Vietnam.

Lorsqu’ils descendaient au bord de la mer, emportant à bout de bras leur barque légère, la plage se faisait plus légère encore que de coutume. Elle demandait aux coquillages de sortir de leurs niches et au vent de déployer les algues. Elle disait à la mer de chanter la bienvenue aux deux pêcheurs.

Celle-ci laissait volontiers pêcher ses poissons, sauf les jours de folie, quand le vent la prenait dans ses bras. Hélas ! c’était fort souvent. Alors Chu-Song-Tu et Chu-Song-Lu avaient faim, mais ne lui en voulaient pas. Entre deux rochers, dans une jolie paillote faite de lianes et de lichens, ils vivaient solitaires, sans songer autemps qui passe.

Chu-Song-Lu, le fils, avait vu se lever vingt fois l’aurore du commencement.

« Tu es mince et léger comme le génie des airs », disaient les Chim-Yeu.

« Tu es musclé comme l’un de nos enfants » remarquaient les pins de la falaise. Et les rochers trouvaient que ses yeux noirs leur ressemblaient.

« Sommes-nous pauvres ? » demanda un jour Chu-Song-Lu, le fils, à Chu-Song-Tu, le père.

« Nous sommes riches, répondit Chu-Song-Tu, nous avons le ciel, le soleil, la mer, la plage et les rochers, sans compter les poissons. »

« Oui, père ! dit Chu-Song-Lu, mais nous ne possédons qu’une seule culotte pour deux. »

Chu-Song-Tu hocha la tête. « A ma mort, je te la léguerai, dit-il, je suis très vieux. Ce sera peut-être pour aujourd’hui, peut-être pour demain. »

La mort choisit la nuit pour emporter le vieillard afin que cela lui soit moins pénible de quitter le soleil et la plage blonde comme le miel.

La mer rampa jusqu’à ses pieds. Les oiseaux lui jetèrent des fleurs.

Alors Chu-Song-Lu creusa un lit dans le sable et y coucha le vieil homme. Mais il ne voulut pas prendre la culotte, par respect pour son père.

Ainsi donc, Chu-Song-Lu demeura nu, comme les plantes, les oiseaux, les poissons et les nouveau-nés de la première heure.

Un jour, la fille du roi Hung-Voong vint se promener sur la falaise, ce qu’elle n’avait jamais fait.

« Je vais me baigner, dit-elle, et toute sa cour dégringola les rochers à sa suite, en sautant, trébuchant, maugréant et perdant ses pantoufles.

« Pas si vite ! criait le vieux lettré, chargé d’apprendre à la princesse la morale de Confucius, pas si vite ! Vous ne me laissez pas le temps de regarder pour m’éclairer. »

« Qu’est-ce que c’est que ça, demanda Chu-Song-Lu, tout étonné de voir s’abattre sur sa plage cette farandole de seigneurs et de belles dames.

« Oh rien, dit un rossignol qui fréquentait les jardins royaux, rien vraiment ! La fille du Roi Hung Voong qui mène sa cour au bain.

« La fille du Roi ! se dit Chu-Song-Lu, mon père ne m’en avait jamais parlé. Que dois-je faire pour bien la recevoir ? ».

Alors il se souvient qu’il était nu comme les plantes, les oiseaux et les poissons et les nouveau-nés de la première heure.

« Je crois qu’il vaut mieux te cacher sous mon sable. Il est justement tout chaud, ce ne sera pas désagréable, lui conseilla la plage.

Soit, dit Chu-Song-Lu et vite il se cacha sous le sable, car il n’avait pas le temps d’aller plus loin.

« Dressez ma tante ! ordonna la princesse. Et les serviteurs installèrent la tente au beau milieu de la plage, comme il sied pour la fille du roi.

« Tiens, dit l’un d’entre eux, le sable ne fait-il pas gros dos ?

« Qu’importe, dirent les autres, c’est l’emplacement qui compte. »

Cependant, la cour se retira sur les rochers, conduite par le vieux lettré.

« Diable ! il fait chaud ! souffla Chu-Song-Lu dans le sable, et comme il n’entendait plus rien, il risqua sa tête hors de sa cachette.

Il fut très surpris de se trouver sous la tente de la princesse.

« Un poisson ! s’écria la fille du roi, effrayée.

« Je ne crois pas, répondit Chu-Song-Lu, très ennuyé. Que faire ? »

En conséquence, pour expliquer pourquoi il était nu comme les plantes, les oiseaux, les poissons et les nouveau-nés de la première heure, il raconté l’histoire de son père qui était aussi la sienne.

« Voilà de la piété filiale ou je ne m’y connais pas, dit la princesse attendrie. Voulez-vous m’épouser ? Notre rencontre si extraordinaire doit être voulue par Bouddha.

« Je n’ai rien à vous offrir, avoua Chu-Song-Lu humblement.

« Nous aurons le ciel, le soleil, la mer, la plage et les rochers, et notre amour dit-elle avec simplicité.

Phung-Hoang, l’oiseau des amoureux, annonça le mariage de la princesse avec le jeune pêcheur.

Et le lettré, suivi de toute la cour, retourna tête basse auprès du roi Hung-Voong, lequel se mit très en colère en apprenant la nouvelle.

« Je ne veux plus revoir ma fille ! cria-t-il. Qu’elle reste vivre auprès de son pêcheur.

Chu-Song-Lu et son épouse furent très heureux et la plage se félicita d’avoir fait ce mariage.

Chu-Song-Lu pêchait, la fille du roi réparait les filets.

Ils eurent beaucoup d’enfants qui devinrent pêcheurs à leur tour, vendirent leurs poissons, et un jour un port se créa, car les barques étaient de plus en plus nombreuses.

Ce fut le port de Haiphong.

Le roi Hung-Voong à l’heure de sa mort l’apprit par la rumeur et pardonna à sa fille ainsi qu’à Chu-Song-Lu.

Ils sont maintenant au royaume des Immortels où n’existent pas les lois de préséance.

Mireille TRAN