PSEUDO de Romain Gary. Adaptation de Pierre Koestel & Zacharie Feron au Théâtre La Flèche 77 rue de Charonne, 75011 Paris Tel. 01 40 09 70 40. Du jeudi 3 avril au jeudi 5 juin 2025 à 19 H.

Compagnie Eclats Rémanence

Texte Romain Gary

Adaptation Pierre Koestel & Zacharie Feron

Avec Zacharie Feron

Regard extérieur Maud Lefebvre

Collaboration artistique

Jean-Noël Dahan

Durée 1h

« J’ai tout essayé pour me fuir »

Un homme en crise avec le monde cherche, par tous les moyens, à s’exfiltrer de la folie des hommes et trouve refuge dans des cliniques psychiatriques où on l’encourage à écrire pour se soigner. Accompagné de personnalités plus ou moins réelles qui, tour à tour, l’empêchent et l’encouragent, il se confronte progressivement au désir qu’il chérit et redoute le plus : devenir un écrivain.

C’est une histoire de fous. Dans Pseudo,  Emile Ajar pseudo de Romain Gary donne la parole à Paul Pavlowitch qui représente face aux médias Emile Ajar, lauréat du prix Goncourt pour La vie devant soi. Souvenons-nous que Paul Pavlowitch existe vraiment, qu’il a juste joué le rôle d’Emile Ajar et qu’il n’a rien à voir avec ce Paul Pavlowitch qui parle dans le roman.

Pour ne pas s’embrouiller davantage, on oublie, pour juste s’intéresser au personnage du roman qui possède un don d’auto-analyse assez surprenant. L’auteur Romain Gary se lâche complètement – il règle ses comptes aussi bien avec lui- même qu’avec le monde –  en se faufilant dans une identité fictive, celle d’un jeune homme qui souffre de symptômes d’appartenance, par exemple, il se sent responsable de massacres qu’il n’a pas commis. Dans le texte, il s’exprime ainsi : Je me découvrais planétaire, d’une responsabilité illimitée. C’est d’ailleurs pourquoi les psychiatres m’ont déclaré irresponsable.

« J’accepte moi Paul d’être une caricature d’Emile Ajar ». Un festival de caricatures ? Plusieurs personnages interviennent dans le roman : Tonton Macoute (un parent de Paul, caricature de Romain Gary) une journaliste du Monde, Yvonne Baby, le psychiatre, le docteur Christianssen et Dieu qui aurait créé le monde dans un but artistique.

« Tout fait semblant, rien n’est authentique » se désespère celui qui ne sait plus quelle identité endosser. Il va jusqu’à se méfier de l’aspect rassurant d’une chaise puisque tout fait semblant… Evidemment, cet homme qui a un besoin effrayant de fraternité accepte d’être une caricature.

Oui, il faut citer quelques phrases de cet auteur :

Il n’y a pas de moment opportun pour fermer sa gueule

Je suis un linguiste né, je comprends même le silence

La peur c’est la seule valeur universelle et fraternelle.

Tout ce que raconte ce personnage, faut-il le prendre au premier ou au second degré ?

A force de crier au loup, personne ne le prend au sérieux. Il est un lanceur d’alertes. Le monde va mal et parait-il que tout le monde est au courant, mais lui, il n’en démord pas, il appelle au secours, à chaque jour qui se lève.

Il faut remercier Zacharie FERON d’incarner avec une sincérité désarmante ce personnage hors normes. Hors de ses gonds, sa vitalité est réjouissante !

Evelyne Trân

Le 2 Mai 2025

Zacharie FERON était l’invité de l’émission Deux sous de scène en première partie sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 26 Avril 2025. En podcast sur le site de Radio Libertaire.

ENTRE COPAINS D’ABORD, Georges Brassens et Raymond Devos, un spectacle de Marie- Silvia Manuel et Marc Goldfeder mau Théâtre Darius Milhaud du 18 Janvier au 15 Mars 2025.

Mise en scène : Marie-Silvia Manuel

Durée : 1h15

Georges Brassens et Raymond Devos, deux artistes, deux amis, deux êtres exceptionnels que Marie-Silvia Manuel et Marc Goldfeder interprètent dans un spectacle tendre et joyeux.

Marie-Silvia, comédienne-chanteuse-diseuse-amoureuse des mots, chante Brassens avec gourmandise, et dit Devos avec régal.

Marc, directeur musical-pianiste-orchestrateur, l’accompagne au piano avec l’œil qui frise et le flegme du partenaire discret et efficace.

Et c’est vraiment être entre copains que de chanter les vers de Georges et de réagir à l’absurde de Raymond.

Le spectacle lie sketches et chansons par les commentaires personnels des deux artistes. Car Marie-Silvia leur sert aussi de truchement.

Comme elle le dit au départ : « Nous voudrions réaliser un rêve, une envie, un phantasme : être vos interprètes non seulement de leurs chansons et de leurs sketches, mais aussi de leurs propos ». Il y a même un dialogue avec le subconscient. Ce n’est pas raisonnable. Mais doit-on être raisonnable en toutes circonstances ? Il faudrait être fou !

Un père à aimer de Michaël Louchart à La Folie Théâtre 6, rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris. Du dimanche 12 janvier au dimanche 11 mai 2025.Les dimanches à 19h.

Distribution

de Michaël Louchart

Mise en scène : Mélanie Sandt
Avec : Michaël Louchart

Résumé

Une saga familiale qui donne envie de dire je t’aime.
Le 12 juillet 1998, pendant l’euphorie de la victoire de la Coupe du monde de football, Guillaume Letertre reçoit deux messages vocaux sur son Nokia 5130. Sa vie bascule

Bande annonce

Comment une seule journée marquée du sceau de la grande histoire mais pas seulement peut cristalliser la vie d’une personne ou condenser son histoire, au point de lui donner envie de la raconter dans un seul en scène extravagant, lunaire et émouvant .

En vérité nous ne savons pas s’il s’agit de la vraie histoire de Michaël Louchart mais il y a de l’authenticité dans l’air .

La vie est tout de même bizarre, pourquoi faut-il qu’elle ait décidé que  le 12 juillet 1998 serait gravé à jamais dans la tête de Monsieur Guillaume LETERTRE . Non seulement cette date correspond à la victoire de la coupe du monde de football mais c’est la date de naissance de son fils et celle qui lui annonce l’accident vasculaire cérébral de son père. Franchement, c’est trop pour un seul homme !

Disposant d’une forte dose d’humour, Monsieur Letertre est confronté à des situations désopilantes alors même que le contexte devrait solliciter tout notre sérieux.

Ces évènements de la vie, la naissance, l’accouchement, l’enterrement d’un parent, voilà des sujets bien graves qui n’empêchent pas le sourire de s’immiscer, nous chatouiller et même nous faire rire de bon cœur face aux absurdités de la vie.

Nous n’avons pas envie de vous dévoiler les farces que la vie a décidé de faire à Monsieur Letertre ce jour fatidique du 12 juillet 1998, pour lui rappeler qu’il avait un père à aimer. Allez voir le spectacle ! Souvent très drôle, avec une pèche d’enfer Michaël  Louchart nous fait remonter le temps pour vivre avec lui cette journée du 12 Juillet 1998. Que vous y étiez ou pas, vous vous  en souviendrez !

Evelyne Trân

Le 21 Avril 2025

SARINA dans Lève-toi, spectacle musical au Théâtre de l’ESSAION 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS du 19 Mars au 21 Mai 2025, les Mercredis à 21 H.

AVANT PROPOS
Très malvoyante depuis sa naissance, c’est à l’âge de 16 ans que Sarina perd totalement la vue. Depuis toute petite elle a peur d’être réduite à son handicap et mise dans une « boite » dont elle serait tenue prisonnière. Mais cette cage existe-t-elle réellement ? Finalement, ne s’agit-il pas plutôt d’une simple projection virtuelle que l’on s’impose ? C’est sa grand-mère,
professeure de piano, de chant et concertiste qui lui enseignera les bases du piano et du chant lui donnant ainsi une première clé pour briser ses barrières et déployer ses ailes d’artiste.

Voir la bande annonce

CHRONOLOGIE DES TITRES ET ARTISTES INTERPRETÉS

  1. Nina Simone Black is the color of my true love’s hair
  2. Joséphine Baker J’ai deux amours
  3. Nina Simone Feeling good
  4. Dolly Parton Jolene
  5. Joséphine Baker Don’t touch my tomatoes
  6. Anne Sylvestre Non, tu n’as pas de nom
  7. Joan Baez We shall overcome
  8. Mercedes Sosa Gracias a la vida
  9. Fairuz Li Beiruth
  10. Myriam Makeba Pata Pata
  11. Billie Eilish Lovely
  12. Sarina Lève-toi

Dans l’une des caves médiévales du Théâtre ESSAION une chanteuse belge se produit actuellement tous les mercredis à 21 H jusqu’au 21 Mai 2025. Sans nul doute son passage à Paris fera date et les belles pierres qui ne manquent pas de mémoire ni de présence auront tout autant que le public venu combler la salle, frémi en entendant la voix de SARINA.

Cette toute jeune artiste d’à peine 30 ans, également pianiste, auteure, compositrice, est une interprète hors pair des chansons d’artistes internationales.

Il faut l’avoir entendue interpréter Li Beiruth de FAIRUZ ou Non, je n’ai pas de nom d’Anne SYLVESTRE, pour comprendre l’engouement que suscite SARINA .Elle dispose d’une voix pure et puissante et comme elle est habitée par les textes des chanteuses qui l’inspirent, son chant semble couler de source.

Son tour de chant très varié permet de dévoiler les facettes de SARINA qui passe de la gravité à la fantaisie ou la drôlerie avec une aisance remarquable.

Toute menue, SARINA dégage une forte personnalité que ne dément pas son joli sourire. Elle ne voulait pas être catégorisée chanteuse aveugle et on la comprend. Lors du spectacle, elle raconte son parcours très simplement tant il est vrai qu’elle n’a pas besoin d’afféteries pour s’exprimer; elle est une chanteuse engagée, résolue, la tête haute qui chante au nom des valeurs des femmes qu’elle admire et qui mobilisent tout son talent.

Le spectacle se termine par la chanson qu’elle a écrite Lève-toi, magnifique.

Il n’y aurait qu’une exclamation toute banale pour traduire l’émotion du public à l’issue du concert : c’est beau !

Un ange passe, oui nous avons été émus.es par la voix de SARINA mais pas seulement car nous avons été aussi captivés.es par sa présence sur scène, simple et heureuse, tendre et lumineuse !

Evelyne Trân

Le 17 Avril 2025

N. B : Une interview de SARINA sera diffusée sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 26 Avril 2025, en 2ème partie de l’émission Deux sous de scène ( de 15 H 30 à 17 H) qui sera ensuite en podcast sur le site de Radio Libertaire.

Une démocratie splendide d’arbres forestiers d’après les lettres et poèmes de John KEATS. Adaptation et mise en scène de Nicolas STRUVE du 25 Avril au 11 Mai 2025, le Vendredi à 21 H, le Samedi à 20 H, le Dimanche à 18 H, au Théâtre de la Reine Blanche 2 bis passage Ruelle, 75018 Paris. 

Expérimenter la beauté

Vivre de sa seule poésie ! C’est ce que John Keats, âgé de 18 ans et qui avait perdu père et mère, déclara un jour à son tuteur (qui faisait commerce de thé). Vivre de sa seule poésie voilà ce qui est ici questionné. Avec un pianiste, des récits, des poèmes, des lettres, du théâtre d’objet, des vidéos, quelques clowneries et pas mal de carton.

TEXTE : D’après l’œuvre et la correspondance de John Keats

ADAPTÉ : D’une traduction originale de Robert Devreu

MISE EN SCÈNE et CONCEPTION : Nicolas Struve

MUSIQUE : Mico Nissim

SCÉNOGRAPHIE : Raymond Sarti

LUMIÈRES : Antoine Duris

JEU : Nicolas Struve et Mico Nissim

COLLABORATION ARTISTIQUE : Stéphanie Schwartzbrod et Sophie Mayer

Production : l’Oubli des Cerisiers

Une démocratie splendide d’arbres forestiers, le titre du spectacle tiré d’une lettre du poète John KEATS exprime toute la tonalité de son univers.

Rien n’est impossible pour le poète, surtout pas ses rêves :

« L’humanité́, au lieu d’être une lande sauvage de ronces et d’ajoncs çà et là plantée d’un chêne ou d’un sapin isolé, deviendrait une démocratie splendide d’arbres forestiers. »

Nicolas STRUVE dit que la première fois où il a lu le nom de Keats, c’est dans un livre de science-fiction, Les Cantos d’Hypérion de Dan Simmons. Keats y était la capitale d’une petite planète qui prenait une place centrale au sein de l’Hégémonie, un regroupement de 200 planètes et 150 Milliards d’habitants. Et c’est ainsi que lui est venue l’envie d’un spectacle sur Keats.

Keats est un poète britannique du début du 19ème siècle considéré comme romantique. Un qualificatif de nature à faire fuir les sensibilités libertaires. Rappelons à ce sujet les propos de Proudhon : « Le romantisme a été de l’idéalisme à corps perdu, du pastiche, de la fantaisie folle et sans nom »,  et  « Ai-je le tort de dire que le premier acte de révolution sociale devrait être de jeter au feu toute la littérature romantique ».

La liberté d’expression se gausse des étiquettes ! Entendez plutôt cet extrait du poème Où est le poète ?

Où est le poète ? Montrez-le ! Montrez-le,

Vous les neuf Muses ! que je puisse le reconnaitre.

C’est l’homme qui en face d’un homme

Est toujours égal, fût-il un roi,

Qu’il soit le plus pauvre de la tribu des mendiants

Ou n’importe quelle autre chose étonnante

Que puisse être un homme entre un singe et Platon ;

Le spectacle de Nicolas STRUVE a le grand mérite de dégager un portrait du poète particulièrement piquant, épidermique et inventif. C’est à travers ses lettres et des extraits de ses œuvres que le comédien nous conte le récit de sa vie de manière très récréative  en utilisant des pancartes en carton et des figures peintes créées avec Raymond SARTI, représentant les différents personnages ayant côtoyé  le poète.

Sans ressources, issu d’une famille modeste, Keats décida de consacrer sa vie à la poésie. Il fut moqué par ses contemporains mais n’en eut cure car il ne recherchait pas la gloire. Atteint de tuberculose, il mourut en pleine jeunesse à 26 ans .

Le comédien entend faire passer la voix d’un jeune homme exalté, énergique et combattant. Il incarne la démarche sensuelle et chaleureuse du poète. Il devient animateur dans un champ de poèmes, de fleurs de pensées courageuses et originales, pensées-poèmes qui courent et ruissellent et qui dansent, s’agrémentant des improvisations de Mico MISSIM.

C’est leur mouvement qui instruit le cœur de John Keats s’écriant : « J’ai pour ambition de faire du bien au monde ».

Article mis à jour le 16 Avril 2025

Evelyne Trân

LE MYSTERE OPHELIA de Céline Devalan au Festival off d’Avignon. Théâtre des Corps Saints du 5 au 26 juillet à 10 H. Relâche le mardi. Durée 1 H 15.

Photo de Céline Sereyn

Ce spectacle, mêlant théâtre, cinéma et peinture, raconte le destin maudit de Lizzie Siddal, peintre, poétesse et éternelle OPHELIA. En acceptant de poser pour le tableau de Millais, représentant la mort d’Ophélie dans Hamlet de Shakespeare, Miss Siddal ignore qu’elle entrera dans l’histoire de l’art comme muse impérissable et provoquera indirectement sa propre mort… Ces deux existences, fictive et réelle, d’Ophélia et Lizzie, s’entremêlent l’une et l’autre de façon bien mystérieuse…

Londres, 1850.Lizzie Siddal, jeune modiste, devient la muse d’un petit groupe d’artistes peintres, rebelles et romantiques : les Préraphaélites, dont Rossetti et Millais sont les chefs de file. Rossetti, amoureux de Lizzie, est obsédé par sa beauté et la représente en Beatrice, figure emblématique de l’amour courtois. Millais, lui, désire qu’elle pose pour son futur tableau « Ophelia ». Exaltée à l’idée d’incarner ce personnage, Lizzie se lance dans l’aventure malgré les objections et craintes de Rossetti. Elle ignore encore que quelque temps plus tard, dans une baignoire, elle deviendra, pour toujours, une tragique héroïne Shakespearienne. Entre sa relation tumultueuse avec Rossetti et sa fin tragique ayant nourri de nombreux récits macabres, la figure d’Elizabeth Siddal hante l’art anglais mais demeure méconnue du public français. Quel mystère se cache derrière cette destinée si semblable à celle de l’héroïne pour laquelle elle posa ? Ce tableau était-il un funeste présage ?

Le Mystère Ophelia, inspiré de la vraie histoire de Lizzie Siddal, nous plonge au coeur d’un mythe qui traverse les siècles: celui d’une femme qui aima avec passion, et qui, aspirant à devenir artiste, se retrouva emprisonnée dans ce tableau pour l’éternité… 

Le Mystère Ophélia

Texte et mise en scène Céline Devalan

Avec Céline Devalan et Romain Arnaud-Kneisky

Lumières/vidéos Antoine Le Gallo

crédit photo Céline Sereyn

Cette pièce, fruit d’une passion de Céline DEVALAN, auteure, metteure en scène et comédienne, pour Lizzie SIDDAL, une poétesse et artiste peintre préraphaélite, anglaise du 19ème siècle, plonge le public dans l’atmosphère ténébreuse et romantique d’ écrivains.nes, tels.lles que Edgar Allan Poe, Byron, Maupassant, Oscar Wilde, Mary Shelley, Emily Brontë…

Quiconque a été fasciné par Le portrait de Dorian Gray sera touché par l’histoire de Lizzie Siddal qui semble avoir confondu la fiction et la réalité au point de tomber dans la dépression et de mourir précocement.

Une telle appréciation s’avère prosaïque et antiromantique.

Lizzie Siddal, modèle, a été représentée dans une

peinture célèbre, l’Ophélie de MILLAIS flottant dans une rivière.

Posant dans une baignoire qui devint glaciale suite à l’éteignement des lampes qui devaient la chauffer, Lizzie Siddal tomba gravement malade. Ce qui fait penser qu’elle a rejoint dans l’éternité, Ophélie personnage mythique de la pièce Hamlet de Shakespeare.

L’évocation de sa relation amoureuse et houleuse avec Rossetti, son époux également artiste, permet de prendre la mesure de l’ambiance qui régnait chez les artistes peintres à Londres à cette époque.

Le décor et les vidéos qui projettent la métamorphose de Rossetti et Lizzie en Hamlet et Ophélie sont très éloquents. Ophélie se meurt d’amour. Eros et Thanatos feront toujours vibrer les cœurs anonymes ou célèbres !

Céline DEVALAN incarne un personnage particulièrement fragile et troublant. Sa ressemblance physique avec Lizzie Siddal est frappante.

Il faut saluer aussi son partenaire Romain ARNAUD-KNEISKY  qui interprète le juvénile et fringant Rossetti.

Esprits romantiques et ténébreux, croyez que vous serez toujours invoqués dans une époque si matérialiste ! La peinture fait partie de ces arts qui interpelleront toujours le public.

Dans le fond, dans cette pièce Céline DEVALAN rend non seulement hommage à Lizzie SIDDAL mais également à une peinture aussi mystérieuse que celle de la Joconde, matérialisant la fusion entre une personne réelle et un mythe !

 Evelyne Trân

Le 11 Avril 2025   

Les Pieds sur Terre de Gilles Granouillet au Théâtre de Belleville -16 passage Piver – 75011 Paris du 2 au 30 avril 2025 Mer. 21h15, Jeu. 21h,Ven. 21h15, Sam. 21h15. 

Texte Gilles Granouillet

Mise en scène Michel Burstin, Bruno Rochette, Sylvie Rolland 

Avec Philippe Awat, Bruno Rochette, Sylvie Rolland, Erine Serrano

Scénographie Thierry Grand
Lumières Vincent Tudoce

Son et musique Pascale Salquin 

Costumes Alexandra Langlois

Peut-on défier la loi par solidarité ? 

Les Pieds sur Terre met en scène une bande de Pieds nickelés, qui en voulant boucher un trou pour la bonne cause, en creusent un autre, plus profond : M. Moreau et sa fille Suzanne arrivent sur scène et s’adressent directement au public. Ils sont venus eux-mêmes raconter une tranche de leur vie passée qui les a transformés et a changé leur relation. 

À l’époque, Moreau, ex-cadre sup devenu vigile, surprend un vol de parfum par une caissière. Dilemme : la caissière est l’ancienne nounou de Suzanne. Moreau risque sa place s’il la couvre. S’il ne le fait pas, c’est elle qui perdra son poste. Voilà l’élément déclencheur de ce polar social, légèrement mystique et joyeusement immoral, qui interroge les liens humains, sociaux, intimes et intergénérationnels.

Un polar social qui mettrait en ébullition nos révoltes souterraines, enfin celles qu’il vaut mieux taire en public pour rester tranquille ?

Le théâtre permet de monter sur ses grands chevaux, incognito. A qui oserait vous accuser de prôner le vol et l’immoralité dans vos écrits, vous répondrez que votre terrain de prédilection c’est la littérature et l’imagination et que l’humanité a intérêt à ne pas freiner cette dernière faute de quoi la littérature dont le théâtre est une forteresse ne fonctionnerait plus qu’avec des béquilles sous les auspices de l’intelligence artificielle.

Dans sa nouvelle pièce, judicieusement intitulée Les Pieds sur Terre, Gilles GRANOUILLET fait feu de tous bois pour ériger en comédie, un fait divers si banal qu’il donne des sueurs froides.  Un dénominateur commun aux personnages, la honte, l’humiliation, conséquences des rapports de force fort bien huilés dans notre société entre des salariés et des managers, des commissaires et des prévenus etc.  

En vérité Gilles GRANOUILLET ne s’emballe pas. Le personnage du vigile, ancien cadre, est très humble, il ne s’aviserait pas de sauter à la figure de son patron, ce serait comique mais pas réaliste. Tout de même, c’est un sale boulot que celui de vigile, voilà ce vigile contraint, pour ne pas perdre son boulot, de dénoncer l’ancienne nounou de sa fille qui a eu la mauvaise idée de fourrer dans son sac un mauvais parfum (la malheureuse aurait dû le choisir haut de gamme mais il faut être pauvre jusqu’au bout).

La voleuse, une certaine Madame DOS SANTOS invisible sur scène risque sa peau c’est-à-dire sa place de caissière et vu qu’elle est quinquagénaire, de ne plus trouver de travail.

Houspillé par sa fille, une arrogante adolescente, droit dans ses bottes, le vigile fait un malaise puis est victime d’une hallucination, l’apparition d’un mage impertinent muni d’une grosse valise (c’est le fardeau que chacun doit porter dans sa vie).

Nous n’en dirons pas plus car la pièce est à découvrir et la conclusion du suspense qui met en ébullition nos papilles sociales, est assez inattendue.

 Les comédiens.nes font preuve d’un superbe abattage pour faire de ce drame social une comédie qui finit bien.

On pourrait penser à une fable de La Fontaine du style, Le Corbeau et le Renard, « Cette leçon vaut bien un fromage sans doute… ». Bien-pensante, elle ne manque pas de sel !

Evelyne Trân

Le 11 Avril 2024

Les Carnets du Sous-sol de Dostoïevski -Mise en scène et interprétation de Christophe Laparra du 10 mars au 6 mai 2025 à 21 H, au Théâtre Essaïon 6, rue Pierre au lard 75004 PARIS.

  • Auteur : Dostoïevski
  • Traduction André Markowicz
  • Éditions Actes Sud/Collection Babel
  • Mise en scène: Christophe Laparra
  • Avec: Christophe LAPARRA
  • Scénographie: Christophe LAPARRA
  • Adaptation / Dramaturgie / Direction d’acteur
  • Marie BALLET
  • Création lumière
  • Xavier BERNARD-JAOUL
  • Production
  • Théâtre de Paille
  • Coproduction
  • Comédie de Picardie-scène conventionnée à Amiens

Voir la bande annonce

 «Je pense même que la meilleure définition de l’homme est la suivante : créature bipède et ingrate». In. Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski

Dans un dispositif scénographique rectangulaire relativement indéfini (qui représente tout à la fois l’espace mental du héros, un sous-sol, une chambre…), le spectacle donne à entendre la voix du héros des Carnets du sous-sol qui a choisi de se prendre comme matière d’observation, de questionner sa pensée en établissant un dialogue avec des messieurs imaginaires. Face aux certitudes de son époque, le héros oppose son désir qu’il nomme son « caprice » et qui est, selon lui, constitutif de l’homme au point que ce dernier préférera devenir fou plutôt que renoncer à sa liberté fondamentale.

Cet homme quasiment nu qui s’introspecte avec une exaltation maladive est fascinant. Même s’il s’adresse à des messieurs imaginaires , il donne l’impression de se projeter dans une sorte d’infini cosmique qui serait aussi bien celui de la désillusion que celui du désespoir. Mais qui regarde cet homme indéfini qui ne peut pas se définir lui même sinon Dostoïevski ? Le public est pris à témoin, il est celui qui regarde et la question rebondit pour que l’on se demande qui regarde l’homme et se trouve suffisamment à distance pour le voir, le comprendre et justifier son existence ? Dieu, les étoiles, le soleil se trouvent hors champ. Il s’agit du duel d’un homme face à lui même, c’est à dire face à ses limites.

Cet homme est touchant parce qu’il pose des questions à mille années lumière . Cet homme en chair existe de la façon la plus précaire qui soit parce qu’il se désigne comme homme précaire et il devient infiniment troublant d’exister sur le fil d’une précarité brandie, acceptée, jouie. Jouissance et souffrance seraient les terrains d’introspection de cet homme.

On a envie de remercier ce personnage parce qu’il pose des questions que nous prenons rarement la peine de nous poser et oui, la plupart du temps, le « deux et deux font quatre » nous suffit amplement. Grâce à la présence de Christophe LAPARRA, magnifique interprète, la fragilité de l’homme nous saute aux yeux mais en vérité il y a aussi des étoiles dans son regard !

Un spectacle à ne pas manquer !

Le 25 Mars 2025

Evelyne Trân

N. B : Christophe LAPARRA sera l’invité de l’émission Deux sous de scène (de 15 H 30 à 17 H) sur Radio Libertaire 89.4 en 2ème partie le Samedi 19 Avril 2025 puis en podcast sur Radio Libertaire.

Article également publié dans le Monde Libertaire

ML – Les coups du Brigadier résonnent jusqu’au troisième dessous

Femmes au bord du monde de ASTAWABI DEMBELE au Théâtre LE FUNAMBULE 53, rue des Saules 75018 PARIS du 6 Février au 27 Avril 2025.

MISE EN SCÈNE ASTAWABI DEMBELE
COLLABORATION ARTISTIQUE LAETITIA GONZALBES

Création lumières Astawabi Dembele accompagnée de Marie Philippe

Costumes et scénographie création collective accompagnée de Kristina Strelkova

Son et musiques Katya Lopez et Wael Mladjao

AVEC
KRISTINA STRELKOVA
MARIE PHILIPPE
FATOUMIA MLADJAO
ET DIPTI MAHADEV

Bande annonce : https://youtu.be/LUZza-lXrrU?t=21

« La figure de la migrante – de la femme exilée – est aujourd’hui très peu représentée dans les médias tout comme dans l’art » nous dit Astawabi DEMBELE, auteure et metteure en scène du spectacle  Femmes au Bord du Monde qui se joue actuellement au Théâtre du Funambule.

La belle idée de ce spectacle est de réunir quatre comédiennes d’horizons et cultures différentes, qui au départ ne se connaissaient pas, pour incarner des migrantes malgré elles qui se rencontrent au bord du monde, sans que l’on sache précisément s’il s’agit d’une frontière d’un camp de migrants ou la rue, « ici ou là-bas ».

Pour exprimer le choc émotionnel que représente la fuite d’un pays natal, l’auteure donne la parole à une enfant, séparée de son père et sa sœur, qui se retrouve dans une forêt hantée à ses yeux par des figures quelque peu monstrueuses qui sont l’écho de ses peurs ou ses angoisses.

A la recherche de son père, l’enfant rencontrera des femmes exilées comme elles, chacune avec sa propre histoire.

Où sont donc les frontières, se demande alors le public, bouleversé par cet échange fabuleux entre des femmes qui ont à cœur de partager leurs richesses propres à leurs cultures et de se soutenir.

Il se dégage un véritable sentiment de sororité, un mot bien moins répandu que celui de fraternité et qui dans ce spectacle est totalement mis en valeur grâce au charme et la vitalité des comédiennes.

 C’est un bonheur aussi d’entendre parle et chanter, chacune dans sa langue maternelle respective, des comédiennes venues de Russie, des îles Comores, de Colombie et d’Inde.

« Le moteur de cette création est d’explorer les notions de la frontière. » nous dit encore Astawabi DEMBELE.

 Les quatre femmes au Bord du Monde ont trop de choses à partager pour ne pas vouloir s’affranchir des frontières. Hélas, souvent en perte de repères, devenues apatrides, refoulées et incomprises par les agents de l‘immigration, leur existence est suspendue.  Pourquoi ont-elles fui ? Parce que leur vie était menacée et qu’elles avaient comme tout le monde des projets de vie. Allez comprendre !

Ce spectacle choral qui se veut à la fois conte et docu-fiction nous interpelle au plus profond de nous-mêmes. « Il s’agit d’une véritable aventure humaine pour parler de l’exil « confie dans une interview Dipti MAHADEV, l’interprète de l’enfant.

 Le public est invité à traverser des frontières, pour ne plus être au bord du monde mais dans le monde, accompagné par une équipe de comédiennes, généreuse et solaire, totalement communicative.

Evelyne Trân

Le 13 Mars 2025

N. B : L’équipe du spectacle est invitée à ‘émission DEUX SOUS DE SCENE de 15 H 30 à 17 H sur Radio Libertaire 89.4, en 2ème partie, le samedi 15 Mars 2025. En podcast sur le site de Radio Libertaire.

De la servitude volontaire de LM FORMENTIN d’après le discours éponyme d’Etienne de la BOETIE au Théâtre Essaïon (6 rue Pierre au Lard 75004 Paris). À partir du 5 février au 27 avril 2025 – Mercredi et jeudi 19h. Vendredi et samedi 21h. D- Mercredi Durée : 1H10

Sur les traces de La Boétie qui, dans son célèbre Discours sur la servitude volontaire, s’en prenait tant aux tyrans qu’aux peuples eux-mêmes, reposons-nous cette question : quelle est cette constante de l’Histoire qui veut que des millions d’hommes toujours se soumettent à un seul ?

Voir la bande annonce

Avec Jean-Paul Farré

Mise en scène Jacques Connort

Décor Jean-Christophe Choblet

Costume Isabelle Deffin

Musique Raphael Elig

Lumières Arthur Deslandes Production Sea Art

Un texte éminemment politique au sens pragmatique où l’auteur LM FORMENTIN trouve le moyen de parler au pauvre animal que chacun de nous sait retrouver au fond de lui, transi de peur, démuni face à l’adversité afin de l’entretenir de « la tyrannie, depuis toujours, qui plane comme une ombre sur le destin des peuples ».

Le discours d’à peine une heure génialement incarné par Jean-Paul FARRE ne peut évidemment explorer toutes les passions humaines responsables de l’avènement de la tyrannie dans un pays et de la servitude volontaire de son peuple. Mais il donne des pistes, il est question du goût du pouvoir au cœur de l’homme, même inconsciemment et pourquoi pas de sa vanité. Une autre réponse se trouve à la fin du seul en scène de cet homme « hors du temps » qu’on éprouve étrangement blessé par le poids que représente pour sa conscience le sentiment de cette lutte sans fin pour vaincre la tyrannie et les guerres qu’elle génère.

Il suffit d’écouter les commentaires des citoyens des peuples en guerre pour prendre la mesure des affects qu’ils sous- tendent.

De fait où trouver la réponse à la servitude volontaire du peuple. Le thème est complexe, il n’y a pas une mais probablement plusieurs explications. La Boétie parlait de la coutume qui aliène les individus, LM Formentin pense qu’une manipulation de masse est exercée par les tyrans en poste. 

On peut parler de la servitude volontaire, sachant bien évidemment que le terme servitude écrase la vanité humaine et que personne n’a envie de parler pour lui-même de servitude.

En ciblant l’affect, l’auteur sur les traces de La Boétie qui écrivit son pamphlet à 18 ans (publié à titre posthume) fait mouche.

La mise en scène de Jacques CONNORT qui fait du Trône un personnage autour duquel se penche un homme « hors du temps » est magnétique.

Jean-Paul FARRE possède le charisme du rôle de l’ancien juge devenu conférencier. Certes une ironie « mordante » traverse tout le discours mais il y a aussi l’humanité du comédien qui transcende tout cynisme et en fin de compte porte le message politique de tous les protagonistes réunis faisant de ce spectacle un pôle de réflexion oh combien bienvenu !

Evelyne Trân

Le 12 Mars 2025

N. B : LM FORMENTIN et Jacques CONNORT sont les invités de l’émission Deux sous de scène sur Radio Libertaire 89.4 en 1er partie le samedi 15 Mars 2025. En podcast sur le site de Radio Libertaire.

N. B Article également sur le site du Monde Libertaire.fr