Le Bal de Ndinga de Tchicaya U Tam’si. Mise en scène et interprétation de Pascal Nzonzi

du 9 Juin au 3 Juillet 2011 à La Maison de la Poésie

Le Bal de Ndinga

A l’heure où j’écris, le bal de Ndinga s’achève à la Maison de Poésie mais il est probable qu’il va gagner d’autres rivages, d’autres lunes, d’autres foyers tant son air obsédant « L’indépendance Cha Cha »  nous renvoie l’image d’un homme en train de danser sur cette grosse boule, la terre, avec entre les mains,  juste  un peu d’espoir.

Au delà du rendez vous historique du 30 Juin 1960, à LEOPODVILLE, veille de la proclamation de l’indépendance du Congo Belge, à travers NDINGA , un anonyme mort au bal de l’espoir, Tchicaya U Tam’si, ne désignerait que cette frange d’épiderme palpitante, d’une conscience humaine qui dépasse les frontières du politique, des nations, en un mot qui est si vivante qu’elle éclaire toutes  les mains qui se coulent dans la terre elle-même, ne risquant que de  parler humain.

L’homme au rêve brisé, NDINGA ne dispose que d’un petit bout de terrain, une poussière sidérale d altérité. Agent d’entretien dans un grand hôtel,  il déploie une grande serpillère, rongée, qui pourrait rappeler le suaire du Christ, parce qu’il n’y a plus rien de péjoratif, parce que la serpillère c’est un peu l’emblème de NDINGA, l’oreille collée contre le sol pour écouter gronder la terre, alors même qu’il chante  » l’eau sale du désespoir « 

NDINGA, c’est celui qui chante l’honneur sauf au bal des vampires, parce qu’il n’a pas d’autre étendard que celui de son existence, qu’il peut continuer à danser sous les balles  aveugles.

Au bal de NDINGA, Pascal Nzonzi peut mimer une ville entière à travers un seul homme,  car la langue rêveuse et altière de Tchicaya U Tam’si  épouse tous les ressacs de voix humaines qui s’emportent, se rebellent, se dressent pour exprimer que le seul joug que puisse supporter un homme c’est celui de ses rêves, qu’il ait le visage de Sabine ou ce drôle d’air d’indépendance Cha Cha.

Chez Tchicaya U Tam’si, la poésie se mue en danse , et Pascal Nzonzi nous offre un spectacle total dans un mini amphithéâtre, celui de la cave de la Maison de Poésie, comme une crypte en transe, avec le chœur des spectateurs  qui applaudissent, à tout rompre,  NDINGA, et son tour de chant anonyme au bal de l’espoir.

Paris, le 2 Juillet 2011

Evelyne Trân

  .

  

COUP DE THEATRE DANS LES QUARTIERS A LA COURNEUVE du 22 au 25 JUIN à 21 H 30 Réservations 01.48.36.11.44

TCHEKOV, côté jardins, en plein air : La demande en mariage, L’ours, Les méfaits du tabac,  par le Centre dramatique de la Courneuve

Mise en scène Rainer Sievert avec Marc Allgeyer,Damiène Giraud, Maria Gomez, Jean-Luc Mathevet, Jean-Pierre Rouvellat

Découvrir Tchekhov en plein air, c’est génial ! Quels meilleurs terrains d’atterrissage pour des comédiens extra-terrestres, que des cours de récréation en vacances !

La nature a horreur du vide, c’est bien connu. Alors pour maquiller le silence, faire rêver les grands immeubles, plongés dans la pénombre, oui dans cette grande forêt anonyme, quelques lutins « crétins » (c’est le titre d’une chanson) investissent tous les jardins d’aération qu’ils appellent quartiers, en référence à la lune, et proposent aux habitants et même aux étrangers,  leurs spectacles.

Les comédiens sont si bien imprégnés de leurs personnages qu’ils pourraient jouer sur les cratères de la lune, mais les cratères des cours de récréation de la COURNEUVE, c’est encore mieux !

Un petit théâtre sur tréteaux qui a l’air d’être descendu du ciel,donne l’impression aux spectateurs d’être en parachute. Comment se fait-il que toutes les portes de la scène donnent sur la cour, et que même à l’intérieur de leur petit espace dérisoire, les personnages se retrouvent toujours dehors et surtout hors d’eux.

Tchekhov a l’âme d’un conteur. Les entrées et les sorties, il connaît. Il était médecin et avait toujours, en ligne de mire, la fameuse salle d’attente de tous les personnages qu’il s’apprêtait à ausculter. Il leur disait à tous « Je vais vous prendre la tension » Et fort de sa souveraine expérience, il livre quelques solutions, très prosaïques, très proches de la saignée préconisée par les médecins de Molière. Quand ses patients ont bien hurlé, pour soulager leur rate ou leur foie, exténués, ils consentent au mariage des sens, ils subliment leur bile et en viennent à se lécher les uns les autres, un peu comme des animaux. Mais « qui veut faire l’ange fait la bête », c’est Pascal qui l’a dit et il n’était pas bête.

Sous la férule d’un metteur en scène très attentif aux petites choses de la vie, de sorte que tout ce qui parait rudimentaire devient essentiel (une sonnette, un affreux rideau, un vieux magnétophone ou un lampadaire qui louche),  l’ours, le futur beau père, la fille à marier, la veuve éplorée, le mari persécuté, deviennent très réels, nous renvoient à nos propres clameurs étouffées, les dialogues de sourds qui gondolent, hérissent, tapissent nos atermoiements. Et à la fin, nous ne pouvons plus pleurer que de rire !

Cependant Tchekhov ne serait pas Tchekhov, si derrière la farce, comme un très mince croissant de lune, ne s’agitait pas la finesse de son sourire.

 Les comédiens l’expriment aussi cette finesse. De sorte que sous ses dehors burlesques, beaucoup de poésie se dégage de ce spectacle qui a vraiment du charme et se porte comme un arbre en pleine cour de récréation, le soir à LA COURNEUVE.

 Paris, le 25 Juin 2011                                  

 Evelyne Trân

SALIERI ou le mal-aimé de Dieu au Théâtre du Lucernaire de et par Jean HACHE

   Mozart âgé de 14 ans, par le peintre Louis Gabriel Blanchet, 1770Mise en scène : Jean HACHE et Roland HEGAULT. Avec la voix d’Emmanuel RAY (Mozart) . Du 2 Juin au 28 Août 2011. Du mardi au samedi 18 H 3O, durée 1h 15 – 53 Av de Notre Dame des Champs 75006 PARIS.

 P.S. Monsieur Jean HACHE était l’invité de l’émission “Deux sous de scène” du samedi 2 Juillet 2011 que vous pouvez écouter et télécharger pendant une semaine sur le site de Radio Libertaire (grille des émissions).

 Salieri ou le mal-aimé de Dieu, voilà un titre de pièce qui nous immerge, une fois de plus, entre ciel et chair. Dans les coulisses de l’âme d’un musicien, il n’y aurait qu’un seul Dieu, une seule instance, une seule raison de vivre, la musique elle-même.

Il importe peu, in fine, de savoir si Salieri, tel qu’il se présente sur scène, a réellement existé. En tant que personnage, il surgit des limbes de tout artiste tourmenté, en quête d’absolu ou de miséricorde. Si nous prenons conscience que ce sont les passions humaines qui s’expriment à travers toute création musicale, il n’y a pas de quelconque orchestration pour celui qui rentre dans l’orchestre. Qu’il soit béni ou non, il en fait partie et c’est cela seul qui compte.

Le théâtre ne peut se passer de ses personnages mal dans leur peau, et Salieri auquel Jean HACHE prête son verbe et son corps est d’une étoffe très Shakespearienne.

Il fallait un  pendant à Mozart, enfant prodige, pour magnifier le mythe, il fut tout trouvé en la personne de Salieri, son contemporain et collègue en quelque sorte. Pour faire bonne figure face à ce génie, ne convient-il pas de revenir sur terre. Comment s’étonner qu’à l’autre bout de la magnificence, les ténèbres s’agitent et accouchent d’individus malheureux et prisonniers qui doivent se contenter du reste pour continuer à vivre.

Et pourtant la geôle sordide de l’asile dans laquelle se démène ce pauvre Salieri est un décor de maître, de nature à faire résonner ses propres symphonies, de façon spectaculaire, comme si la musique pouvait se lire dans un  miroir, celui de l’âme, bien sûr.

C’est Mozart alors, l’enchanteur qui en projetant sa clarté sur Salieri nous éclaire sur sa condition d’être brimé, condamné soit à la décrépitude, soit à la faim, à la soif.

L’artiste solitaire finit par devenir solidaire de ses démons. C’est la dérive des sentiments, toujours le spectre d’Aguirre ou la colère de Dieu. C’est ce qui n’est pas exploitable, cette partie de chair délictueuse ou bienvenue  qui échappe à toute politique ou norme, indomptable car démesurée, la musique à fleur de peau pour seule raison d’être.

Tous ceux qui guettent la charrue avant les bœufs seront sensibles à cette exploration à voix humaine, comme la main sur l’instrument de celui qui reste à l’affût des crispations, vibrations, pour à chaque point du ciel de leur partition, n’attendre que d’être émus.

Jean HACHE, Salieri, offre la vision d’une petite pièce mentale ourdie de notes, pour le do d’une cuillère musicale, quand la mer monte, chez Mozart, Salieri ou Bach.

La mise en scène, très impressionniste, ose l’ombre de la musique elle même.

A toute ouïe, bon entendeur, parmi les maillons de la chaine musicale, Salieri possède corps et âme, son interprète, Jean HACHE.

 Evelyne Trân

Dieu, qu’ils étaient lourds… ! au Théâtre du Lucernaire du 4 Mai au 23 Juillet 2011 du mardi au samedi à 20 H, le dimanche à 17 H, jusqu’au 19 Juin. Relâche le 1er Juillet

 Rencontre théâtrale et littéraire avec Louis-Ferdinand CELINE, avec Marc-Henri LAMANDE

dieu qu`ils etaient lourds - theatre lucernaire
AFFICHE DU SPECTACLE

 N.B : Nous aurons le plaisir de recevoir Marc-Henri LAMANDE et Ludovic LONGELIN

le Samedi 4 Juin 2011 sur l’antenne de  Radio Libertaire 89.4 :   Emission « Deux sous de scène » de Nicolas Choquet 15 H 45-  17 H .
 
 Dans une toute petite salle du Lucernaire, au Paradis, nous sommes rentrés comme par effraction, en voleurs amateurs, écouter une interview de Céline. Quelle étrange impression, juste celle d’avoir rencontré un écrivain célèbre, sans connaître nécessairement son œuvre. Qui n’a pas entendu parler de Céline, qui s’est vraiment engagé dans la lecture de son « Voyage au bout de la nuit » ?

Sur la petite scène qui tient lieu de studio radiophonique, nous pourrions nous croire aussi bien dans une église en train de surprendre la conversation d’un pêcheur avec un prêtre. Sauf que Céline rit lui-même de sa situation avec humour « Je suis assis sur une chaise électrique ». Le journaliste qui l’interview n’a rien d’un prêtre, il est plutôt bonasse, il affiche une certaine décontraction, un professionnalisme qui ne laissent percer aucun de ses propres sentiments. Tout au long de l’interview, une profonde humanité se dégage des propos de Céline sur sa vie, l’écriture, sa philosophie. Elle est inattendue et c’est là le travail remarquable de l’acteur, Marc-Henri Lamande, de restituer dans l’articulation de  la pensée de Céline, quelque chose qui ressemble à de l’abandon, vis-à-vis de lui-même, vis-à-vis des autres. C’est-à-dire qu’à travers sa misanthropie déclarée, à travers cette phrase lâchée non point comme un jugement mais un sentiment  » Dieu qu’ils étaient lourds … !  »  on entend avec persistance une sorte d’amour de Céline pour les hommes. Nous découvrons un homme qui est allé au bout de lui même et à vrai dire cette affaire là est affaire d’artiste. Cela signifierait-il que tous ses débordements, antisémitisme, haine, racisme, désignent la fracture qu’il peut y avoir entre un individu livré à lui même et le MONDE.

« Je ne m’occupe pas  des lecteurs. J’écris des livres pour les vendre. Je hais les idées. Je ne suis d’aucun parti. Je suis Céline, je ne suis pas les autres et mes opinions ne regardent que moi » dit il en substance. Comme s’il n’avait pas imaginé que ses écrits puissent influencer ses lecteurs et se propager. La responsabilité de l’écrivain vis-à-vis de ses lecteurs, il ne l’entend pas. Après s’être engagé dans l’armée, il devient pacifiste. Mais il ne devient pas pacifiste par idéalisme, il le devient in corpus, in vivo. De même qu’après avoir été antisémite – j’extrapole – il lui faudrait devenir amoureux des juifs, in vivo.  Au regard de ce qu’il appelle ses turpitudes, il ne se prononce pas. Il dit qu’il a payé. Que pour écrire aussi, il a payé, que c’était très difficile. Un antisémite libertaire, au secours ! Evidemment, il n’est pas possible de réduire l’œuvre de Céline au pire de ses propos. Mais Céline a vécu le pire, les guerres, la prison, le lynchage. Faut-il qu’il nous surprenne encore, lorsqu’il dit « Je suis contre la souffrance, elle rend les hommes encore plus mauvais ». Ce voyage au bout de la nuit est une histoire de sacrifice : Céline cobaye de lui-même, déjectant sa haine pour s’entendre lui même ou revenir vers les autres.

«Je ne suis qu’un homme après tout et je n’ai rien à bouffer, si c’est comme ça … » Cette lueur de révolté, douloureuse fait penser à Antonin Artaud, Parce que ce « caca » (littéralement en grec « mauvaises choses »), il ne dégouline pas seulement de la bouche de Céline, c’est aussi le nôtre.

 Il raconte que durant son enfance, il n’a mangé que des nouilles parce qu’elles n’ont pas d’odeur et qu’il fallait être à l’affut de l’odeur, toujours, à cause de  la dentelle que fabriquait sa mère, Passage Choiseul.

 Céline esthète, et  humain, malgré lui. Ce spectacle gratifiant, nous fait pénétrer dans l’univers mental d’un homme artiste, à l’ornière de sa pensée, un peu comme si nous rentrions, nous spectateurs, dans son atelier. Et cet homme qui nous raconte sa vie, sans herbages, simplement, il est si vivant qu’on se dit qu’après le spectacle, on pourrait le rencontrer, lui parler…

Je remercie vivement les artisans de ce spectacle. Au cours de cette interview beaucoup de phrases perlent dans la pénombre du studio. J’en ai retenu une : « Il n’y a que deux races d’hommes, les voyeurs et les exhibitionnistes. » Et c’est un peu ça le théâtre ! Je n’ai qu’un mot à dire : « Allez-y ! »

* Paris, le 25 Septembre 2010

Evelyne Trân

Conception, adaptation et mise en scène Ludovic Longelin avec Marc-Henri LAMANDE et en alternance, Ludovic Longelin, et Régis Bourgade. Voix off Véronique RIVIERE

N.B : Le spectacle a lieu désormais dans la salle du Théâtre Rouge 

* Article paru sur le blog de Marie Ordinis pour Radio libertaire

Salut au Desperado, alias Jean-Pierre Mocky

   

  les-insomniaques-photo-tournage-ggraillot.1306061569.jpgjm-credit-pour-tous.1306063107.jpg02_agent_trouble.1306062845.jpginsomniaques-bis.1304254194.jpg		

Récemment un traité sur l’indignation est devenu un best-seller à l’instar de l’éloge de la folie d’Erasme. Voilà bien l’épine dorsale des œuvres de Jean Pierre Mocky que l’on imaginerait bien en Don Quichotte des temps modernes ferrailler debout sur sa Rossinante contre des moulins à vent. Pourûr, il doit avoir la nostalgie des romans de chevalerie, des chevaliers à la triste figure, des Robin des Bois, des Vidocq. Chez lui, les héros sont souvent des gens simples qui parlent avec leur cœur et qui prennent l’allure de petits extra terrestres parce qu’ils doivent lutter contre les détenteurs du pouvoir, sans d’autres moyens que leur imagination et leur courage à revendre. Comment déloger de leur piédestal ceux qui ont, désormais, le pouvoir médiatique de diriger les foules ?01_les_compagnons_de_la_marguerite.1305718221.jpg Oui, nous sommes tous dirigés que nous le voulions ou non, pour aller où, nous n’en savons rien. L’opium du peuple aujourd’hui, ce sont les médias, ce sont ces miraculeuses inventions techniques qui nous permettent de tenir dans la paume de la main un portable en train de diffuser les cérémonies de la béatification du pape, du mariage de princes soi-disant modernes, ou la coupe mondiale de football. Et personne ne peut y échapper, même le bébé dans sa poussette à qui sa mère tend comme un hochet, toujours ce fameux portable.02_la_grande_lessive.1305718322.jpg Nous voici dopés, enlisés par la technologie ambiante. Faudra t-il que Mocky déguisé en prêtre grimpe sur sa chaire de cinéaste pour brouiller nos ondes, l’espace de quelques films, en hurlant « Mais regardez-vous bande de cons ! » jm-credit.1306061108.jpg Pour soigner ses coups de sang, Monsieur Mocky fait des films plutôt salutaires. S’il nous fait rire souvent, il faut croire qu’il a touché son but .Bien sûr de temps en temps, il donne l’impression de faire « Pan pan » comme dans les spectacles de Guignol. pan pan contre la ministre, contre le curé pédophile, contre le vilain commissaire etc. Ceci dit, ses lunettes grossissantes, Monsieur Mocky les a plongées dans le flot des réalités récalcitrantes.
Un jour, on parlera de la substantifique moelle des films de Mocky, et le temps ayant rétréci, on ne saura plus qui de Mocky ou de Rabelais opérait au moyen-âge.
cambrais-la-crapule-va-saigner.1306062247.jpg N’ayez crainte, au Despérado de Mocky, vous ne trouverez pas de gauchos sous les fauteuils. Despérado signifie hors la loi. Or par un caprice des sonorités, vous pouvez aussi entendre « Désespéré ». C’est idiot parce qu’il n’y a rien de moins triste que ses films. Non, le Desperado » n’est pas une chapelle, c’est juste un cinéma qui permet d’entrer dans la ronde de formidables comédiens, connus ou inconnus. Elle est belle l’écurie de Mocky !
Songez que vous pouvez y rencontre Bourvil, Francis Blanche, et son fiston Jean-Marie Blanche, Rufus, Pinon, Serrault, Poiret, Jean Abeillé, Arielle Dombasle, Michèle Bernier, Jeanne Moreau etc. Sans compter toute son équipe technique que pour la première Mocky invite à saluer les spectateurs sur flanc d’écran.
Alors rendez-vous si vous le voulez bien pour faire sa fête au cinéma de Mocky au « Despérado » !

Paris, le 8 Mai 2011

Evelyne Trân

Australopithèques Modernes, une pièce de Christophe Delort avec Mylo et Emmanuel Dabbous

Au Théâtre le Funambule Montmartre 53 Rue des Saules 75018 PARIS, Réservation : 01 42 23 88 83 Du 5 Mai au 19 Juin 2011 du Jeudi au samedi à 20 H, le dimanche à 16 H 

PS : Christophe DELORT, MYLO et Emmanuel DEBBOUS étaient les invités de l’émission « Deux sous de scène » du samedi 14 Mai 2011 que vous pouvez écouter et télécharger pendant une semaine sur le site de Radio libertaire (Grille des émissions).

australopitheques_modernes.1304855118.jpg Depuis le temps que nous sommes modernes, nous devons être très âgés. Dans ces conditions, nous sommes sûrement presbytes, et personne ne nous recommandera d’aller voir dans le dictionnaire ce qui signifie « Australopithèques». Alors, fions-nous simplement à notre bon sens et à notre mémoire ruminante.  Il y a anguille sous roche, c’est probable. Nous allons faire un bond dans notre préhistoire. Enfin, nous allons pouvoir voir la tête que nous avions lorsque nous étions vêtus en peau de bêtes !

Eh bien non, chers spectateurs, c’est en peau d’homme et femme que l’auteur du spectacle, Monsieur Christophe Delort, nous convie  à nous contempler.  L’auteur invisible nous fait une démonstration de tonnerre de ce qu’est, était, sera ou deviendra ce qu’il est convenu d’appeler un couple d’humains auxquels il manquerait un maillon (mais alors, allez chercher la maille !) et qui abstraction faite de leur allure de zombies, ne sachant jamais sur quel pied danser, parlent ou patinent  sur le même vocabulaire que nous, les mêmes histoires en somme, les mêmes tics, les mêmes réflexes, lesquels à la queue leu-leu , finissent par devenir une véritable chaîne qui engendre des adultes bébés, empêtrés dans leur grenouillères et leurs youpalas. 

Si vous avez un fond de narcissisme en vous, vous n’hésiterez pas à vous épancher sur le sort réservé à ces échantillons d’espèce humaine, sous la férule de leur docte examinateur, le Professeur Christophe Delort.  

Allez savoir,  toutes ces petites définitions qui règlent la vie quotidienne, sous la loupe de cet humoriste, décrivent une réalité assez surprenante. En vérité, nous avons l’impression que pour s’exprimer, ces pauvres humains n’ont pas d’autre choix que de passer sous des passerelles qu’hélas, ils ne comprennent plus mais qu’ils utilisent au radar comme moyen ultime de reconnaissance.

Voilà un spectacle de nature à réconcilier l’homme avec lui-même pour peu qu’il ne se prenne pas au sérieux; puisqu’il est bien question de rire aux sornettes que débitent les personnages si bien domestiqués de cet énigmatique auteur. Les comédiens qui prêtent leur peau à ce numéro de cirque, réglé tambour battant par le metteur en scène Didier Brice, ont autant de talent et ce n’est pas peu dire, que des singes qui singeraient l’homme. 

Paris, le 8 Mai 2011         Evelyne Trân

Un cocktail de films à déguster très frais au Cinéma LE DESPERADO de Jean-Pierre MOCKY

insomniaques-bis.1304254194.jpg  credit-pour-tous.1304254074.jpgdossier-toroto.1304254142.jpg Sortie en exclusivité de ses trois derniers films :

les Insomniaques, Crédit pour tous et DossierToroto

 

 

LE DESPERADO « 23, rue des Ecoles 75005 PARIS Téléphone 01.43.25.72.07 – Métro Maubert-Mutualité  

Faudra t-il signer une pétition pour inciter les Parisiens et les touristes à venir faire un tour dans le nouveau cinéma de Jean Pierre MOCKY « LE DESPERADO » ? 

Faudra t-il attendre que ce vieux renard jette l’éponge, pour saluer le plus prolixe et le plus original des cinéastes dont peut se prévaloir le cinéma français ?

 Jean Pierre Mocky, certes, fait figure de phénomène dans le paysage cinématographique. C’est un artisan qui tient boutique comme l’épicier du quartier, et qui résiste bon an, mal an, face aux supermarchés. Parce que ses films, faute de moyens, ne peuvent pas être distribués dans les grandes salles, faut-il croire qu’ils sont destinés à une petite élite ? Comment, un auteur qui s’escrime à donner la parole aux gens simples et nous sommes nombreux à ne pouvoir figurer parmi les invités de l’intelligentsia de « Ce soir ou jamais » sauf en amuse-bouche, devrait rester confidentiel ! 

C’est entendu, Jean Pierre MOCKY a une grande gueule, il provoque et il choque. Il ne remue pas la soupe avec une langue de bois, il utilise aussi bien des gens de marque (Vladimir Cosma Patrick Rambaud) que des inconnus et cela donne le cocktail Mocky.

 Ce n’est pas un hasard si les plus grands acteurs acceptent de jouer dans ses films. L’œil de la caméra de Mocky leur offre une véritable bouffée d’oxygène. Ils sont libres d’improviser leurs personnages. Et cette liberté sonnante et trébuchante  est sans pareille, j’allais dire sans appareil.  Tous nous en bouchent un coin, Arielle Dombasle, avec son air mutin,  Dominique Pinon, goguenard, Rufus, fieffé cornard, Bruno Putzulu  en jeune premier naïf et révolté, Mathieu Demy en inspecteur échaudé .

A cette galerie d’acteurs célèbres, s’ajoutent des facies moins connus qui crèvent l’écran. Il faudrait les citer tous, car ils peuvent faire cocu le théâtre lui-même. Tous les rôles dans ces comédies sont fort bien répartis :  Jean Abeillé est hallucinant en  commissaire ahuri et savant « Tournesol », Jean-Marie Blanche, trop comique en député crapule et Directeur de supermarché, Christian Chauvaud, la tête sur les épaules, est un  honnête insomniaque, Michel Stobac, un flegmatique et scrupuleux homme au chien, etc.  Mocky a le flair pour dénicher des silhouettes, des visages particuliers, hors normes, des gueules cassées, en quelque sorte, qui n’ont rien à envier aux  looks improbables d’artistes tels que Michel Simon, Louis Jouvet, Pierre Renoir. Il y a du Marcel Carné chez Mocky.

Les trois films que Jean Pierre Mocky vient de sortir sont très  différents. 

insomniaques-bis.1304254194.jpg Dans les insomniaques, Jean Pierre Mocky endosse le personnage de ténébreux, redresseur de torts dans une société si cauchemardesque que nous n’avons d’autre issue que de finir par rire de nos malheurs.

 credit-pour-tous.1304254074.jpg Dans « Crédit pour tous », exit le ténébreux, nous avons droit à une comédie plutôt bon enfant, aussi bien menée que le film « Bienvenue chez les Ch’tis », et d’on l’on sort de bonne humeur, ce qui est très appréciable en temps de sinistrose. 

dossier-toroto.1304254142.jpg Quant au Dossier Toroto, grâce au merveilleux acteur Jean Abeillé, nous pouvons rester naïfs, sans crainte d’ameuter le Saint Siège. C’est tellement drôle que cela ne se raconte pas; peut être Rabelais est-il passé par là. Ceci dit, mieux vaut ne pas être trop chatouilleux, question principes et interdits, tabous etc.  

 Eh oui, Jean Pierre MOCKY fait feu de tout bois des conventions qui ceinturent nos rêves. Heureusement que les méchants de toute sorte existent puisqu’il adore les ridiculiser et  régler leur compte. Ces  personnages pourraient d’ailleurs figurer dans une bande dessinée. La trame n’est pas en fil de soie, elle tient plutôt de la grosse corde capable de tirer la cloche de Notre Dame.  

Les esprits chagrins lèveront les yeux au ciel. Souvenons-nous qu’au moyen âge, les comédiens étaient considérés comme des mécréants. Aujourd’hui, c’est au cinéma qu’ils trouvent leur paradis. Pour leur bonheur et le vôtre à venir, allez les voir chez Mocky,  vous n’en ressortirez pas en quenouille, seulement un peu ébouriffés. Dans la salle, on rencontre des jeunes, et cela n’a rien d’étonnant; ils ont encore un peu de temps libre pour rêver de liberté et de révolution comme ce sacré Mocky.

 P. S : A noter que « LE DESPERADO » programme également outre des grands classiques américains et français, ses meilleurs films dont Solo, un drôle de paroissien etc.

  Paris, le 1er Mai 2011               Evelyne Trân 

http://ma-tvideo.france2.fr/video/iLyROoafziau.html 
P.S : Vous pouvez cliquer sur le lien à gauche « Vidéo Jean Maire BLANCHE » Souvenirs de tournage  « Les insomniaques
« 

CONTE pour Rue des Poètes

  JMB lit Eve Trân “un conte” 1mn 46(1) Radio Libertaire, émission « Deux sous de scène »

Un poème gisait dans un vieux tiroir, enseveli sous une forêt de papiers. Mais un jour, par un gracieux clair de lune, l’âme du vieux tiroir, chatouillée, lut le poème et le trouva tendre et têtu. Aussitôt, le poème se réveilla, aussi vif qu’un nouveau né.

Il dit au tiroir :  

– Je veux sortir 

 Et le tiroir aussi attendri qu’une mère poule, répondit : 

 –  Tu ne peux pas sortir tout nu, attends, je vais te donner un peu de chair de hêtre dont je suis issu, vois-tu. Et crois moi, j’en ai vu de toutes les couleurs à l’époque où je dessinais mes branches au-dessus du Canal du Midi. 

Alors le poème devint arbre pour faire plaisir au vieux tiroir. Il a poussé sur une vieille planche. Qui l’eût cru ? Ne laissez jamais dormir un papier au fond d’un vieux tiroir, ils pourraient faire l’amour et donner naissance à un arbre, un arbre qui s’appellerait poème et traverserait la toiture de votre maison. Adieu charpente ! Bonjour le ciel !

Evelyne Trân 

J’ai vu chanter…

art1adatran.1303893587.jpg J’ai vu chanter des ciseaux sous les arbres secs

A la rigueur, tu n’étais pas coriace a dit le papier.

Ben non !

Pensée imagée mais sans rigueur a dit le professeur de philosophie

Ben zut alors !

Mais j’ai couru après l’image, je me suis essoufflée

Et plouf !

C’est quoi une pensée ?

Une pensée ça a des tournures a dit le professeur et surtout cela amène quelque part .C’est équilibré, ben voyons, et cela ne part pas dans tous les sens. 

Sur un carré de papier, une pensée ça tourne en rond. Moi le papier, je le bouffe, ou bien je le troue. J’entends sentir le chant du grillon sur un bout de papier. J’écris en embrassant le papier. Pas stratège pour un sou, recroquevillé dans son espace clos.

 Démonstration, monstre, qui montrerez vous du doigt ? Je désigne l’inconnu pour lui décerner des cornes. Allons donc et tant pis pour la rigueur.Tout cela au pas de kilomètre sur un millimètre creux. A dîtes donc, elle n’est pas droite votre règle et j’ai perdu l’équilibre.  

Regardez donc ce monstre, il a une tête de Viet sur les épaules d’une Gauloise. Allez dire au Président de l’Union coloniale qu’il a accouché d’une souris. Ou plutôt, ne lui dîtes rien. Soyez juste un baiser qui bouscule une image !    Evelyne Trân 

MECHANT MOLIERE, comédie loufoque de Xavier Jaillard Au Petit Hébertot, 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS. Du mardi au samedi à 20 H 3O, le dimanche à 16 H 30

moliere.1303554130.jpg Mise en scène par l’auteur Avec: Caroline Wouters; Marion Margyl ou Annick Roux; Elise Fournier; Tchavdar Pentchev; Xavier Jaillard; Christian Suarez; Güler Önel; Jean-Pierre Delaune et Fabien Heller. Location et renseignements 01 42 93 13 04 .

P.S  : L’auteur de la pièce a dû froncer le sourcil en lisant mon petit préambule sur Molière qui est, je l’avoue, complètement hors sujet. Il n’empêche qu’il continue à rôder le fantôme de Molière . Puisque je me suis un peu emmêlée les pinceaux, je vous propose  d’écouter Xavier Jaillard et Christian Suarez parler eux mêmes de cette comédie, lors de l’émission « Deux sous de scène » du samedi 23 Avril 2011 que vou pouvez entendre et télécharger pendant une semaine sur le site de Radio Libertaire (Grille des émissions).

   Ce n’est certainement pas un hasard si Xavier Jaillard a décidé de faire rentrer Molière dans le répertoire du Petit Hébertot. La figure de Molière est incontournable, elle hante tous les amoureux du théâtre depuis des siècles. Elle est un  monument du patrimoine culturel qui frôlerait le sacré si l’on oubliait qu’avant de devenir un classique, Molière a été un saltimbanque, et que sa vie fut fort mouvementée et pleine d’intriques. Molière c’est l’homme de théâtre par excellence parce que ce n’est pas seulement un auteur retranché derrière ses textes, c’est un metteur en scène et un comédien qui doit écrire et jouer pour faire vivre sa troupe.  Molière était bien loin d’imaginer que ces comédies créées à hue et à dia, pour répondre à l’exigence d’un public plus désireux de s’amuser que de réfléchir, feraient partie du programme scolaire de nos enfants. 

La vocation première d’un saltimbanque est de divertir et en ce sens l’on pourrait dire que Molière est l’ancêtre des humoristes d’aujourd’hui et de la comédie de boulevard. La comédie de la vie transposée à l’étage d’une petite société provinciale peut nous paraître archaïque et naïve alors qu’elle porte en son noyau des archétypes indécrottables, à travers ces affaires humaines que sont le mariage, la propriété, l’amour etc. 

Le directeur de supermarché, alias Xavier Jaillard a bien le droit de prendre l’habit de Molière pour signifier comme Monsieur de Pourceaugnac ou le Bourgeois gentilhomme qu’il est capable de redorer le blason de son canton, en adoptant la langue alexandrine de ce seigneur. Dans tous les cas, il s’arroge ce droit, embarquant avec lui sa famille, le maire, le banquier, la caissière, le barman homosexuel etc. dans une kermesse qui devient aussi surréaliste qu’une pièce de théâtre jouée dans un poulailler devant le ministre de la Culture.

Nous pourrions d’ailleurs, nous croire dans une foire agricole et rêveurs, imaginer que les poules, les vaches, les bœufs et les ânes comme dans la crèche de Bethléem, parlent en alexandrins. Car ces étranges formes de vers forment la paille de cette pièce d’où surgissent en clameurs, ébouriffés des comédiens étonnamment à l’aise. Génération spontanée ou pas, ils prennent un malin plaisir à marcher sur les débris de leurs coquilles en faisant joyeusement cocorico en alexandrin, pastichant ici et là quelques chanteurs de notre patrimoine. Echauffés, ils paraissent même improviser sous l’œil effaré du metteur en scène étonné de la dérive de son propre texte. 

 Un spectacle vivant où qui s’y frotte se pique à ce méchant Molière, rigole et éternue. Cela dégage les narines et cela tient débout sur l’étagère de pharmacie avec pour enseigne «anti-allergique au pollen d’alexandrin».

 Paris, le 23 Avril 2011                                                          Evelyne Trân