P.S. : Marie Crouail et David Stevens étaient les invités de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » le samedi 25 jANVIER 2014 sur Radio Libertaire 89.4 en podcast sur le site « Grille des émissions de Radio Libertaire ».
les jeudis, vendredis, samedis à 20 H Distribution : Marie Crouail, Karine Huguenin, David Stevens
Conception scénographique : Didier Préaudat
Costume : Pascale Barré
Prenez un texte d’Eugène IONESCO « La leçon » devenu un classique, ajoutez-y quelques pincées de Thomas BERNHARD, remuez doucement pour que la pâte prenne et enfin plongez y trois comédiens talentueux, vous aurez, c’est certain, un de ces spectacles mémorables qui figurera dans les annales de la cave de l’ESSAION sous la rubrique « Le grotesque à l’état pur ». Pour une leçon, il s’agit d’une belle leçon et par-dessus le marché dramatique car nous le savons pour l’avoir peut être vécu, le grotesque frise le dramatique. Pour ouvrir les portières des affreuses conventions IONESCO n’a qu’à pencher son œil sur la plaque bien huilée de ces rôles que nous avons tous abordé un jour ou l’autre en tant qu’élève ou professeur. Et si nous avons conservé au fin fond de notre mémoire quelques bribes de cauchemar concernant les relations impossibles entre une élève et son prof, comment ne pas jubiler d’assister à leurs dérives qui découlent du pouvoir de dire et ne pas dire sous le fallacieux prétexte de la leçon. Les déboires de la leçon arithmétique puis philologique se jettent dans le fleuve de la leçon de choses, tout simplement absurde, quand l’élève, pourtant bien motivée, se retrouve les pattes en l’air, le visage boursoufflé par l’encre d’un stylo fuyard, et le professeur armé non plus d’une baguette mais d’un marteau qu’il prend pour un couteau qui parle « Que cela finisse par entrer dans votre crâne ». Quant à la bonne du prof qui n’a rien à envier à la bonne du curé d’Annie Cordy, nous savons qu’elle est sinon complice, instigatrice de ce désastre, sans doute pour se venger de n’avoir pas le premier rôle. Les comédiens excellents sont d’un naturel si éblouissant que les spectateurs ont besoin de se pincer pour savoir s’ils ne rêvent pas. Qu’il fasse tout de même attention, cet époustouflant David STEVENS, qu’un spectateur ne prenne son courage à deux mains en allant au secours de l’infortunée élève. Le metteur en scène Jean Pierre BRIERE semble avoir réglé sa mise en scène comme on installe une souricière. Le fromage c’est la leçon, la tapette c’est le spectacle et nous, spectateurs sommes des souris ravies. L’affiche du spectacle particulièrement austère, sombre comme une porte d’église, recèle des mystères plutôt chauds et colorés. Il est vrai qu’IONESCO sous sa physionomie de maître de l’absurde était profondément sérieux. Voilà une mise en scène qui lui rend hommage merveilleusement. Paris, le 12 Janvier 2014 Evelyne Trân







