VARIATIONS PIRANDELLIENNES de Luigi PIRANDELLO – Mise en scène Valérie AUBERT – Au Théâtre Poche Montparnasse 75 Bd du Montparnasse 75006 PARIS du 3 SEPTEMBRE AU 9 NOVEMBRE 2024 du mardi au samedi.

Nouvelliste et dramaturge sicilien, Luigi Pirandello est connu pour sa singulière approche de la vérité relative. Il a laissé une œuvre foisonnante, dont le thème central est la multiplicité des perceptions, chacun étant porteur d’une réalité subjective, source de malentendus sans fin.

Entre vaudeville et rêverie métaphysique, ses pièces sont des miroirs troublants, mettant à nu tous nos masques. En voici quatre fragments, interprétés et mis en scène par le Théâtre En Partance : révélations de notre folie ordinaire !

Avec
Cédric ALTADILL, Valérie AUBERT et Samir SIAD
Scénographie : Anne GUILLONNE
Son : Cédric ALTADILL
Lumière : Alireza KISHIPOUR
Décors : Nathan RABEU
Costumes : Laure BERTO

Nous connaissons surtout de Pirandello ses pièces les plus connues dont Six personnages en quête d’auteur. Les fragments et courtes pièces que Le Théâtre en partance a choisi de faire découvrir au public sont beaucoup moins connues mais aussi passionnantes.

Avec Pirandello, le monde tourne à l’envers ou plutôt dirons nous ses personnages marchent sur la tête. Et pourtant il ne s’agit pas d’individus d’une autre planète, ce sont des humains de la race des insoumis qui ne jurent que par leur propre appréhension de l’existence, sans vouloir jamais adopter, semble t-il , le bon sens commun.

Dès lors, il est impossible de s’ennuyer avec de tels individus auxquels Pirandello offre sa plume. Une plume transie et fiévreuse car les personnages donnent l’impression de régler leurs comptes aussi bien avec eux-mêmes qu’avec la terre entière.

Et cependant parce que leur perception et leur raisonnement n’empruntent pas le chemin ordinaire, ils nous confrontent à des vérités qui nous font prendre conscience de l’absurdité de certaines situations.

Dans Cécé, un homme du monde « joueur et cynique » prend à parti un entrepreneur qu’il a aidé afin que ce dernier lui rende la pareille. Que répondre à un homme qui déclare vivre « éparpillé en cent mille personnes ».

La pièce  Circulez  peut laisser pantois le public. Une femme se lâche complètement en paroles avec pour seul auditoire un vieillard mort dans son lit et sa mère rendue muette. A la fin, elle laisse entendre que la famille menacée d’expulsion, le mort en faisant parti, sera sommé par la force publique de circuler.

Dans La fleur à la bouche, un homme à la Fleur s’adresse à un paisible client dans un café délabré. Ses propos semblent émaner d’une personne plutôt perturbée. A la fin de l’entretien qui s’avère être un monologue, l’homme confie qu’il est atteint d’une maladie incurable.

Une commentatrice Félicity Firth pense que « L’homme à la Fleur est de toutes les créatures la plus absurde, un être humain conscient de son irréalité; la réfutation vivante de Descartes, en révolte contre sa propre humanité ».

Dans l’extrait de  La vie que je t’ai donnée  une mère explique à son entourage qu’elle ne fera pas le deuil de son fils qui vient de mourir puisque pour elle, il est toujours vivant. Elle s’exprime avec une telle véhémence qu’elle jette le doute dans les esprits.

Ces variations pirandelliennes se révèlent particulièrement piquantes, elles ont pour piliers des êtres dont les propos qui naviguent entre la réalité et sa subversion ne peuvent laisser indifférents.

La mise en scène colorée et rythmée reste sobre. Les interprètes Cédric ALTADILL, Valérie AUBERT, et Samir SIAD réussissent à rendre attachants et émouvants des personnages de prime abord déconcertants.

Nous voilà donc avec la puce à l’oreille, sommes nous trop aseptisés pour être réceptifs à ce genre d’individus ? Leur façon d’être et de penser nous sort des sentiers battus, de notre zone de confort, expression désormais si répandue, mais c’est génial !

Ces personnages en quête de public, oui, il faut courir le risque d’aller à leur rencontre grâce à Pirandello !

Paris, Le 19 Septembre 2024

Evelyne Trân

Article également publié dans Le Monde Libertaire.fr

ML – 3 coups en quête de brigadier (monde-libertaire.fr)

N. B : Samir SIAD était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE en 2ème partie sur Radio Libertaire 89.4 , le samedi 19 Octobre 2024. En podcast sur le site de Radio Libertaire.

Entretien avec Samir SIAD ci-dessous :

PASCAL ET DESCARTES de Jean-Claude BRISVILLE au Théâtre des Gémeaux 15 rue du Retrait – 75020 Paris – Du 24 Septembre au 17 Décembre 2024, le mardi à 19 Heures.

Le 24 septembre 1647, les deux philosophes les plus célèbres de leur temps se sont rencontrés à huis clos durant plusieurs heures, au couvent des Minimes à Paris. Blaise Pascal, déjà très malade, n’avait alors que 24 ans, René Descartes, 51. 
De cet entretien historique, rien n’a filtré, sinon une ou deux courtes notes jetées sur le papier par l’un et l’autre.

Jean-Claude Brisville a imaginé librement la conversation qu’ont pu avoir ces deux hommes, à l’opposé l’un de l’autre, et qui se découvrent progressivement.

Descartes, rationaliste, réaliste, pragmatique, grand voyageur, bon vivant ; Pascal, mystique ardent, intransigeant, malade, tourmenté, exaltant la souffrance et la mort.
Ces lointaines paroles échangées sont un exact miroir tendu à notre propre temps. Que ceux que n’intéressent ni la Raison, ni le Sentiment, ni la Foi, ni la Science et ni Dieu ni le Vide, et ni le Monde, ne viennent pas les entendre.

Adaptation, mise en scène et interprétation :

Daniel et William MESGUICH

Une rencontre entre deux hommes qui, en l’occurrence, ne sont pas n’importe qui puisqu’il s’agit de deux philosophes phares du 17ème siècle, DESCARTES et PASCAL.

Il n’empêche, à l’instar de Jean-Claude BRISVILLE qui a imaginé cet entretien entre ces deux personnalités, ce qui peut saisir aux tripes le spectateur c’est l’évidence de ce dialogue sans issue entre un homme jeune et un homme mûr, rendez-vous parfois manqué entre un père et un fils , entre un professeur et son élève, entre un soi jeune idéaliste et un soi assagi plus raisonnable.

Irions-nous jusqu’à dire que Descartes et Pascal sont des humains comme les autres. Jean Claude BRISVILLE se range volontiers dans cette perspective. S’ils n’étaient pas un peu humains, comment leurs pensées nous toucheraient-elles ?

En littérature me disait un professeur ce sont toujours les mêmes thèmes qui reviennent, la vie, la mort, l’amour. En philosophie également. Mais nous avons vite fait de revenir sur terre parce que ce n’est pas tout d’avoir des idées, il faut vivre aussi.

Quelle ironie d’introduire un peu de prosaïsme dans le tumulte des idées.

Ce qui est intéressant, c’est de voir avec quelle passion, celle de leurs corps en présence, deux hommes peuvent s’affronter, de telle sorte que nous puissions être intrigués non pas tant par les idées énoncées que par  la manière de les formuler.

D&WM DESCARTES

Photo Bernard PALAZON 

Poignées de mains, poignées d’idées, la foi contre la raison etc. Dieu et la religion politique; la vérité c’est que chacun des personnages est à la place de sa vie propre et c’est de leur propre place qu’ils s’observent et s’inquiètent mutuellement.

Théâtre de la vie qui tombe sous le bon sens. DESCARTES interprété par Daniel MESGUICH dispose d’une faconde impénétrable, celle de la maturité étrangement insolente face à William MESGUICH, un jeune PASCAL, particulièrement mal dans sa peau, maladif, mais inspiré comme un fruit brûlé par le  soleil.

Les deux interprètes Daniel et William MESGUICH tiennent la chandelle haute pour faire  basculer à travers la flamme plus que des idées, des sentiments, notamment celui de vanité et d’impuissance, d’une fragilité ostensible où guette l’espérance car en dépit de leurs désaccords plus sur la forme que sur le fond, Descartes et Pascal se sont bien rencontrés.

Cette rencontre qui fait écho au chaud et au froid qui nous environnent, à des révoltes, des remords et des rêves  déçus,  à différentes couches d’une conscience parfois endormie  qui se réveille au théâtre… Oui, c’est vraiment magnifique !

Paris, Article mis à jour le 17 Septembre 2024

Evelyne Trân

JUDITH PREND RACINE AU POCHE – Un duo entre Olivier BARROT et Judith MAGRE autour des tragédies chez RACINE – au Théâtre Poche Montparnasse 75 Bd du Montparnasse 75006 PARIS du 2 au 4 Novembre 2024 tous les lundis à 19 H.

Sous le regard de Thierry HARCOURT
Création lumière : Alireza KISHIPOUR
Robe de Mine VERGÈS

En un duo inédit et détonant, Judith Magre et Olivier Barrot rendent hommage au maître absolu de la tragédie : Jean Racine. Andromaque, Bérénice, Phèdre, Athalie, Britannicus, Bajazet : l’illustre égérie du Poche se fait l’interprète des héroïnes passionnées de ces œuvres culte, tandis que le journaliste les présente et les commente. Une déclaration d’amour en chair et en mots, en cœur et en esprit, au théâtre du Grand Siècle et à son ardent poète.

Quel privilège que celui d’écouter s’élever la musique de RACINE,
grâce au spectacle qui lui est consacré avec maestria
.
Nous sommes dans un salon littéraire, sans prétention mais n’en doutons pas, très chaleureux puisqu’il rend hommage au dramaturge Jean RACINE, exégète des passions humaines et créateur d’illustres personnages de femmes que nombre d’artistes dramatiques ont rêvé d’incarner.

Vous saurez tout ou presque sur RACINE grâce à l’érudition d’Olivier BARROT qui en grand pédagogue sait tirer le portrait de cet auteur avec brio et humour.« Agir chez RACINE c’est tuer » nous explique t-il. Tant il est vrai que dans les tragédies de Racine, les protagonistes ont souvent rendez-vous avec la mort parce qu’ils ont été les acteurs ou actrices d’intrigues politiques mais aussi les jouets de Cupidon. Ils dérivent pour la plupart de personnages mythiques qui ont déjà fait l’objet de tragédies chez Euripide notamment.

Mais il s’agit de faire honneur à la langue de Racine qui est un poète avant tout.

Judith MAGRE n’a pas l’âge des héroïnes, Hermine, Bérénice, Agrippine, Phèdre, Roxane mais elle en a le cœur, de sorte que la douleur ou la rage de ces femmes résonnent chez elle profondément.

Terre et chant/champ de la musique de RACINE, terre si riche traversée par la voix de Judith MAGRE à la fois sobre et envoûtante, c’est un voyage inoubliable !

Paris, Le 17 Septembre 2024

Evelyne Trân


	

Jean ZAY, l’homme complet au Théâtre ESSAION 6, rue Pierre au lard 75004 PARIS du 27 Septembre au 2 Novembre 2024, les vendredis et samedis à 19 H puis du 5 Novembre 2024 au 28 Janvier 2025 les mardis à 19 H. Relâches 24 et 31 Décembre.

Adaptation et jeu : Xavier Béja
Mise en scène : Michel Cochet
Décor, Costumes : Philippe Varache
Vidéo : Dominique Aru
Lumières : Charly Thicot
Création musicale : Alvaro Bello

Mais qui était donc Jean ZAY ? De nombreuses écoles aujourd’hui portent son nom. Il a été panthéonisé en 2014 sous le gouvernement de François Hollande. Pourtant, il n’est pas sûr que les jeunes se souviennent de cet homme qui fut une figure phare du Front populaire. Pendant quatre années d’intense activité, en tant que ministre de l’Education Nationale et des Beaux-Arts, il engagea de nombreuses réformes révolutionnaires pour l’époque, non sans de terribles luttes, écrira-t -il. Ayant cristallisé la haine de l’extrême droite antisémite laquelle a pu s’exprimer pleinement sous le régime de Vichy, il fut assassiné le 20 juin 1944 par des miliciens à l’aube de la libération de la France.

Son livre Souvenirs et solitude, écrit en prison peut tenir entre toutes les mains. Rédigé avec une grande clarté, dans un réel souci de lisibilité, il constitue un témoignage précieux sur la condition d’un prisonnier ainsi que sur la situation de la France sous la collaboration. Il s’agit d’un livre « compagnon » qui pourrait même être un livre de chevet pour ceux qui doivent s’armer de patience et de courage dès lors que leurs valeurs de liberté, de justice sont menacées ou bafouées.

Il exprime la tentative d’un être de rapprocher sa solitude individuelle « indicible »de l’évènement extérieur et donc du monde extérieur qui l’a provoquée. Jean Zay comprend que ce qu’il endure, d’autres individus le vivent. Cet homme auréolé de son précédent prestige de ministre devient solidaire en quelque sorte de tous les prisonniers qu’ils soient politiques ou de droit commun. Se projetant toujours dans l’avenir, il est résolu à partager son expérience. Ecrasé, il résiste et dès lors sa lecture, son analyse de son propre bouleversement, à travers ses chemins de pensée, il le sait, peuvent former l’appel d’air où s’engouffreront d’autres voix après lui. Une tentative parce qu’on n’est jamais sûr de rien. Jean ZAY se pense parfois rayé du monde des vivants ou à l’antichambre de la mort. Comment dans ces conditions ne pas céder à la dépression, au désespoir ? Dans ces propos, on ne perçoit aucune vanité, juste le sentiment du travail accompli, honnête et généreux. Il ne se prend pas pour un héros.  Il sera assassiné alors même qu’il avait atteint une sorte de sérénité, celle d’un homme au moins heureux d’avoir trouvé au fond de lui une capacité de résistance intérieure – sa liberté – à l’ignominie.

Xavier BEJA, l’adapteur pour le théâtre de Souvenirs et solitude est l’interprète de Jean ZAY. En plus d’une similitude physique avec ce dernier, il incarne un homme dans toute la force de l’âge – Jean ZAY n’avait que 35 ans lorsqu’il fut emprisonné – livré à lui-même à cause de sa solitude contrainte mais ses démons – qui n’en a pas- c’est une soif de vivre et de liberté auxquelles il refusera jusqu’au bout de renoncer. D’éprouver cette force de vie chez un homme meurtri ne peut que nous le rendre plus proche, plus sensible, plus attachant.

Xavier BEJA est impressionnant de justesse. Sa voix se frotte au silence, aux murs, à l’obscurité, elle les jugule comme si elle pouvait s’étonner elle-même de retentir dans la pénombre. Et elle retentit, traverse les murs. Toutes ces zones d’ombre, elle les habille, les recouvre de sa présence pour leur faire front. La voix n’est jamais monotone, elle peut être basse, quasi intérieure et parfois haute, cinglante lorsqu’elle exprime l’indignation.

La mise en scène sobre de Michel COCHET est parfaitement dosée. Elle n’enferme par le personnage dans un monologue pesant. Quelques images d’archives et vidéo illustrent le passé de Jean ZAY. Elles sont en étroite relation avec l’ambiance musicale recherchée de Alvaro BELLO. Et puis, il faut entendre Jean ZAY parler du bonheur simple de l‘apparition du soleil et se réciter des vers de Baudelaire : « Si le ciel et la mer sont noirs comme l’encre, Mon cœur, que tu connais, est rempli de rayons ! ».

L’espace clos de la prison devient une forêt de signes. Toutes les perles de sueur d’un homme adossé aux grilles, étincellent pour nous parler humblement mais assurément de sa présence au monde, plus que jamais nécessaire ici et maintenant.

Article mis à jour le 17 Septembre 2024            Evelyne Trân

Article initialement publié dans le MONDE LIBERTAIRE en ligne

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Ne_Bruscon_pas_le_brigadier_

24 heures de la vie d’une femme de Stefan ZWEIG à La Folie Théâtre – 6, rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris -Du vendredi 6 septembre au samedi 30 novembre 2024 – Vendredi et samedi à 19h30.

Résumé

Le récit d’une passion foudroyante où soudain le destin d’un être bascule dans une aventure intense. 24 heures, une seule journée, toute une vie…

Dans l’atmosphère fébrile du Casino de Monte-Carlo, Madame C rencontre un jeune joueur compulsif qu’elle essaie de sauver de son addiction. Elle nous confie les sentiments contradictoires qu’elle a éprouvés et l’engrenage des évènements qui l’ont entraînée, presque malgré elle, dans un tourbillon de passion qui a bouleversé sa vie.

Mise en scène : Juan Crespillo
Avec : Anne Martinet
Création Lumières : Stéphanie Daniel
Musique : Jean Sebastien Bach, Arvo Pärt, Luigi Tenco

Stefan Zweig, un classique ? C’est un auteur extrêmement moderne, un visionnaire capable de sonder l’être chez l’humain.ne de façon renversante. Sonder, oui, comme si son regard allait toujours au-delà des apparences. En somme, l’écrivain déshabille l’être non par voyeurisme mais par fascination comme si pour lui chaque individu était porteur d’un trésor à la fois unique et universel, un cœur tout simplement.

Porter sur scène un des personnages d’une nouvelle de Stefan ZWEIG, l’incarner c’est mettre à l’épreuve un texte qui n’est pas théâtral et c’est aussi mettre en évidence ces voix qui courent le long des parapets, ces voix silencieuses qui n’attendent qu’un hasard heureux pour s’exprimer.

L’héroïne de la nouvelle 24 H de la vie d’une femme, adaptée et interprétée par Anne MARTINET fait partie de ces voix silencieuses. Madame C, une dame mûre, aristocrate et veuve, à la faveur d’une discussion concernant une femme qui vient d’abandonner mari et  enfants pour suivre un inconnu, se confie à la seule personne qui va défendre cette « gourgandine » comme pour se décharger d’un fardeau qui la mine, une histoire d’amour impossible mais cependant étincelante où tout son cœur de femme auparavant muré, se sera mis enfin à battre, en tout cas à trouver sa note vibratoire, celle-là même qui de part en part la traverse et la signifie à ses propres yeux.

Comment rester insensible à la confession de cette femme, restée anonyme pour se loger chez toutes les autres, qu’elles soient pauvres, riches, jeunes ou vieilles et pourquoi pas chez des hommes.  

Elle a les yeux qui brillent Madame C, elle sort d’un livre et la voici vivante, Anne MARTINET lui prête toute sa féminité, son élégance, sa chaleur, sa passion, autrement dit son charme, elle est formidable !

Tout le bonheur d’une rencontre avec une créature de Stefan ZWEIG au théâtre, à ne pas manquer vraiment !

Le 13 Septembre 2024

Evelyne Trân

N.B : Anne MARTINET était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4, le 7 Septembre 2024, en podcast sur le site de Radio Libertaire 89.4.

Nos corps empoisonnés de Marine Bachelot Nguyen en tournée en France et au Vietnam à partir du 26 Septembre 2024.

CALENDRIER

saison 24-25

26 septembre, Théâtre Romain Rolland,
18, rue Eugène-Varlin
94800 Villejuif à 20 H.

À l’issue du spectacle, la médaille de citoyenne d’honneur de Villejuif sera remise à Madame Tran To Nga. La Ville salue ainsi son combat pour la reconnaissance de l’écocide vietnamien et œuvre au devoir de mémoire des victimes de la Guerre du Vietnam. Une façon aussi de changer notre relation à la nature en appelant à l’inscription du crime d’écocide dans le droit international. 

Photo AVI

Une soirée vraiment exceptionnelle que celle de la remise de la médaille de citoyenne d’honneur de Villejuif à Madame Tran To Nga au cours de laquelle nous avons assisté à une représentation très épurée et dense de Nos corps empoisonnés avec Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné, qui incarne de façon admirable Tran To Nga jeune.

Le discours du maire Pierre GARZON ainsi que celui de l’ambassadeur du Vietnam Dinh Toàn Thang, ont exprimé leur solidarité avec Tran To Nga qui, très applaudie, n’a pu cacher son émotion lors de sa prise de parole, déclarant qu’elle combattrait jusqu’à son dernier souffle. Elle s’est adressée aussi à l’ambassadeur l’enjoignant à appuyer son combat auprès des autorités vietnamiennes. Désormais dans son cœur règnent aussi bien Ho Chi Mich Ville que Villejuif.

Il faut souligner que Tran To Nga est la 3ème citoyenne d’honneur de Villejuif. L’ont précédée à ce titre Nelson Mandela, il y a 31 ans et en 1999, Mumia Abu-Jamal, l’un des plus vieux prisonniers américains, innocenté mais toujours incarcéré.

Bertrand Repolt, l’avocat de Tran To Nga a confirmé que la procédure de pourvoi en cassation était engagée et devrait durer de 18 à 24 mois.

A souligner également la présence à cette soirée du Collectif Vietnam-Dioxine, du comité de soutien de Villejuif, des membres de l’Association d’amitié France-Vietnam et des centaines d’habitants de Villejuif.

Un membre du Conseil municipal des enfants a tenu à s’exprimer pour déclarer que Tran To Nga œuvrait pour la paix.

Texte et mise en scène Marine Bachelot Nguyen
Avec Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné
Scénographie et vidéo Julie Pareau      
Création lumière et régie générale Alice Gill-Kahn
Régie générale Alice Gill-Kahn ou Clément Salomon Longueville
Diffusion En Votre Compagnie / Olivier Talpaert
Presse Maison Message

Tout le monde ne connait pas l’histoire de TRAN TO NGA qui a pourtant fait parler d’elle tout récemment lors du procès du 25 Janvier 2021 intenté aux multinationales responsables de l’épandage de l’agent sur la terre du Vietnam. Ledit procès a fait l’objet d’un appel le 7 Mai 2024, lequel a été rejeté par décision de la Cour d’appel rendue le 22 Août 2024.

Cette femme aujourd’hui âgée de 82 ans et en mauvaise santé a le courage et la force morale de continuer son combat alors qu’après plusieurs années de procédure, le Tribunal vient de déclarer ses demandes irrecevables. Elle va donc se pourvoir en cassation.

L’initiative de Marine BACHELOT NGUYEN de porter au théâtre le récit de sa vie est particulièrement bienvenue.

Il ne s’agissait pas de faire un biopic hagiographique mais de faire entendre la voix de Tran To Nga à plusieurs âges de sa vie marquée par la guerre du Vietnam (1/11/1955 au 30/04/1975) pendant laquelle elle fut résistante dans le maquis et fut victime de l’épandage de l’agent orange.

Nous pourrions croire que la guerre du Vietnam est terminée mais la vérité c’est que le peuple vietnamien en subit toujours les séquelles puisqu’actuellement, c’est la 4ème génération d’enfants qui naissent victimes du poison de la dioxine.

Il faut entendre le témoignage de Tran To Nga qui fut moqué lors de son audience au Tribunal : « Etes-vous déjà allés au Vietnam ? Avez-vous vu le musée des vestiges de la guerre à Saigon. On l’appelait auparavant galerie des atrocités américaines. Chaque salarié de nos multinationales, chaque être humain devrait y faire une visite… Dans la maternité de Saigon, j’ai vu conservés sur des étagères des bocaux, dans ces bocaux des fœtus de nouveaux nés, un cimetière de bébés déformés par la dioxine. »

Habilement Marine BACHELOT NGUYEN crée des ponts entre la jeune Tran To Nga incarnée ardemment par Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné et Tran To Nga, grand-mère. Par l’entremise d’images vidéo, elles se rejoignent et dialoguent en quelque sorte.

Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné à travers le monologue de la jeune résistante, avec tout l’éclat de sa jeunesse, nous parle d’aujourd’hui et de l’avenir de la planète. Elle est la voix aussi des avocats au Tribunal.

Très instructif et poignant, le spectacle a la forme d’un théâtre-récit ancré dans la réalité, qui a vocation de sensibiliser le public à la cause de Tran To Nga défendue par le Collectif dioxine.

Le spectacle émeut profondément tel un porte-flamme des jeunes appelés à prendre le relais du combat de Tran To Nga . Sa voix toujours très douce résonne :

« Je suis reliée à tous les morts, reliée à tous les vivants et pour que les vivants et les morts soient comptés, il faut simplement de la réparation, il faut simplement de la justice « .

Article mis à jour le 20 Novembre 2024

Evelyne Trân

CAP AU PIRE de SAMUEL BECKETT – MISE EN SCENE Jacques OSINSKI avec Denis LAVANT – Au THEATRE 14 – 20, av. Marc Sangnier 75014 PARIS – Du 24/9 au 19/10/2024 : les Mardi, Mercredi et Vendredi à 20h00, le Jeudi à 19h00, le Samedi à 16h00. Durée 1h20.

Texte Samuel Beckett
Texte publié aux Éditions de Minuit
Mise en scène Jacques Osinski
Avec Denis Lavant

Les mots pourraient-ils vous clouer au sol ? Symbiose mots/corps.

Foutue manne cérébrale ! Evidemment, il y a cette effervescence mentale qui s’empare du langage avec ce désir toujours, plus dévorant de comprendre, expliquer, donner un sens à toutes choses…

Si l’on ne saisit pas que les mots peuvent vous poursuivre comme du bruit vidé de son sens immédiat, sucré, malléable, jouissif, le pourquoi de l’épreuve que s’inflige un homme assigné à résidence par les mots qu’il prononce va vous paraître vain.

Mais imaginons que ce pourquoi soit juste la réponse d’un homme qui vient d’être pincé, bousculé, touché au collet par un flic ou bien la parole d’un enfant, la fiente d’un pigeon sur son chapeau, le « qu’est-ce que c’est que ça » d’un quidam furieux d’avoir été dérangé sur son passage par votre présence importune dans un couloir de métro « Poussez-vous, laissez-moi passer, connard ! » Et voici le connard poussé dans le vide, le néant tandis que vous poursuivez votre route car après tout vous pouvez jouer les 2 rôles, celui de l’homme pressé et celui qui vous barre la route.

 L’homme de Cap au pire met au pas les mots qui le pressent d’aller on ne sait où sinon vers un néant insubmersible. Stop là ! Ecoutez le ce stop-là ! Mémorisez-le, répétez-le, essayez de découvrir qui a prononcé cette parole ! Mais, il y a encore pire, il y a le « Ferme ta gueule ». C’est vulgaire et alors, mais quand ça passe le mur du son, soudain c’est raz de marée.

 L’homme de Cap au pire va jusqu’à dire ce qu’il peut dire et pas davantage sur un rebord de fenêtre. L’espace s’est concentré qui va du corps aux mots et vice et versa, d’où l’apparente immobilité du locuteur.

 « D’abord le corps » dit-il non pas pour signifier un corps particulier mais le creuset, l’enveloppe, l’habitacle, corps cosmique vaisseau qui se déplace dans l’invisible ou bien l’obscurité.

 L’homme qui parle manie bien les mots comme des outils qui sont là pour décrire ses tâtonnements d’homme aveugle ou invisible. Curieux voyage ! L’homme qui s’achemine vers une faible lueur, peut-il imaginer qu’il y aurait une lumière inatteignable qui tournerait à vide, en tout cas pour lui ? Peut-il ralentir sa course et imaginer faire coïncider ce qu’il y a de plus mince, de plus concret avec le virtuel ?

 Les mots qu’il prononce repoussent le vide, permettent d’imaginer les suintements de cette grotte préhistorique qui a accouché de notre langage familier ou autre. Les mots qui peuvent résonner aussi bien dans la foule que dans le désert deviennent témoins de nos errements, agitations et vaines émotions.

 Stalagmites de mots, de mémoire d’homme passé et à venir !

 Denis LAVANT incarne cet homme préhistorique qui hante nos cavernes. Donner du corps aux mots même dans la pénombre – comme c’est bizarre – suffit à jalonner nos silences qui crient peut-être sous le poids des mots. Forge d’écrivain, forge pour son magnifique interprète et son zélé metteur en scène, la feuille de route de Cap au pire ardue et pointilleuse n’en est pas moins captivante !

 Article mis à jour le 23 Août 2024   

 Evelyne Trân

N. B : Le 10 Octobre 2024 à partir de 19 H 30, la représentation sera suivie d’un débat avec Denis Lavant, Jacques Osinski, David Rofé-Sarfati et Alain Vanier.

Article publié également dans le Monde Libertaire.fr

Le Prince à la tête de coton de Nicolas PORCHER – Succès reprise au Théâtre LA FLECHE – 77 Rue de Charonne 75011 PARIS – Mise en scène de Eloïse Bloch – Du 2 au 6 Septembre 2024 à 19 H.

AVEC Marie-Béatrice Dardenne, Ellen Huynh Thien Duc, Stéphane Ly-Cuong, Nicolas Porcher et Quentin Raymond

Lumières : Tom Lefort

Affiche : Matthieu Truffinet

Durée 1H 10

Le Prince à la tête de coton ! Quel joli titre pour un conte et une pièce de théâtre, à la fois poétique et énigmatique telles de nombreuses fables où la réalité côtoie le rêve.

Son auteur Nicolas PORCHER dont c’est la première pièce est un instrumentiste de talent qui compose aussi bien avec la cithare vietnamienne que la guitare ou la musique assistée par ordinateur.

Avec ses armes que sont la poésie et la musique, Nicolas PORCHER qui a su réunir autour de lui une équipe artistique épatante met en scène une famille bouleversée par la maladie du père, un professeur retraité atteint d’aphasie primaire progressive ou plus exactement de dégénérescence lobaire fronto-temporale.

Cette maladie est cruelle car celui qui en est affecté se sent petit à petit diminué. Perdre ses mots pour un lettré quelle tristesse !

L’importance du langage, l’auteur la souligne d’emblée avec un joli texte sur le dictionnaire. Importance cependant toute relative car le père qui a perdu ses mots devient alors ce Prince à la tête de coton qu’il faut accompagner et soutenir.

Il est difficile pour le fils adolescent d’accepter l’état de son père, faut-il que ce dernier ne soit plus qu’un animal : une âme brute qui mange, baise et dort dans un corps incapable de nouer un lacet.

La mère et la fille se montrent plus compréhensives à l‘égard du père et puis c’est toute la famille qui s’adapte au comportement du père qui n’a plus pour s’exprimer que le refuge de la cuisine où pour lui, pétrir une pâte est une façon de dire « Je t’aime ».

La pièce ne dure qu’une heure 10 mais elle parait beaucoup plus longue, irriguée par des mélodies qui résonnent encore dans l’oreille à l’issue de la représentation, notamment, celle fascinante de Nono/fragment 2Extérieur/jour *qui jaillit telle une vague musicale censée réunir le père et le fils.

Une histoire de famille où chaque membre s’exprime aussi solitairement. Monologues et dialogues se succèdent, accompagnés discrètement des compositions de Nicolas PORCHER.

La mise en scène très aérée d’Eloïse BLOCH s’accorde vraiment à l’ambiance musicale de la pièce qui bénéficie d’excellents interprètes. Ce spectacle réussit sans pathos, avec pudeur et délicatesse à témoigner sur l’épreuve de la maladie dont aussi bien les victimes que les accompagnants ne sortent pas indemnes.

Mais Nicolas PORCHER est un artiste, il s’est nourri sciemment de cette expérience qui inspire sa créativité et suscite des interrogations pérennes : Est-on capable de penser sans mots ? Qu’est-ce qu’un humain ?

A une époque où les idées de performance, rapidité, perfectibilité et concurrence plombent les esprits, prendre conscience que tout être est vulnérable, c’est apporter sa pierre à l’édifice du mot humain.

On mange quoi ce soir ? Ce leitmotiv lancé à la cantonade par les enfants du père est le signe de ralliement d’une famille aimante.

Le Prince à la tête de coton est une pièce salutaire et une histoire d’amour qui n’a pas de fin ! C’est ça la magie de la poésie ! Un grand merci à toute l’équipe artistique pour cette belle création !

Article mis à jour le 15 Août 2024

Evelyne Trân

L’article est également publié sur le site du MONDE LIBERTAIRE.FR

N. B : Nicolas PORCHER et de Eloïse BLOCH étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE du samedi 2 mars 2024 en Podcast sur le site de Radio Libertaire.

Le texte de la pièce est publié aux Editions EX AEQUO. Editeur militant

Mémoires invisibles ou la part manquante de Paul NGUYEN par le Collectif La Palmera à la Salle de mémoire du CAFI – Cité d’accueil des Français rapatriés d’Indochine 47110 Sainte-Livrade sur Lot – Le Lundi 12 Août 2024 à 16 H 30 et le Mardi 13 Août 2024 à 15 H 30.

12 & 13 AOÛT 2024 AU CAFI 2 DATES EXCEPTIONNELLES 

Dans le camp qui a accueilli les rapatrié.es d’Indochine en 1956, dont la grand‑mère de Paul Nguyen.­Lundi 12 août 2024 • 16 h 30 – Mardi 13 août 2024 • 15 h 30 à la salle de mémoire du cafi – Cité d’Accueil des Français rapatriés d’Indochine 47110 Sainte-Livrade-sur-Lot – Voir sur google maps 
Entrée : 10 euros(5 euros pour les adhérents du CEP -CAFI)


Comment se construire, partagé entre deux cultures ?
Menant une enquête très personnelle sur sa double culture franco-vietnamienne, Paul Nguyen évoque sur scène les recherches qu’il a menées autour de ses origines. Sur son chemin, il fait la rencontre de Brigitte Macadré, auteure et elle-même d’ascendance vietnamienne. Ensemble, ils puisent dans la matière riche de leur relation : conversations, mails, sms, journal de bord, interviews et scènes de fiction issues de leur imagination. Ces récits à tiroirs tissent la trame d’une quête de soi, partagée entre la transmission familiale et les non-dits qui l’accompagnent. Mêlant anecdotes, chansons et photos d’archive, ce spectacle est une invitation à questionner la construction de nos identités plurielles, et à plonger dans les méandres de notre histoire personnelle entrelacée dans l’Histoire avec un grand H, avec en fil d’ariane l’Indochine et la décolonisation. Une quête haletante qui floute brillamment la frontière entre fiction et autobiographie pour illustrer la difficulté de se construire sur les débris d’une mémoire incomplète.
En savoir plus sur la pièce
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Générique
Texte et mise en scène : Paul Nguyen Jeu : Paul Nguyen, Quentin Raymond, Angélique Zaini Collaboration à l’écriture : Brigitte Macadré-Nguyen
Collaboration  à la mise en scène : Néry Catineau
Collaboration  à la direction d’acteurs : Kên Higelin
Création lumières : Romain Ratsimba
Création sonore : Pierre Tanguy
Régie générale : Samuel Bourdeix
Collaboration artistique : Nelson-Rafaell Madel, Celia Canning, Marine Combrade, Denis Pégaz-Blanc Diffusion : Olivier Talpaert – En votre compagnie
Design graphique : Damien Richard
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Ci-dessous reproduction d’un article publié le 20 Juin 2022 sur une lecture en espace de cette pièce au Musée des Arts asiatiques de Nice. Les représentations des 12 et 13 Août font l’objet d’une nouvelle version.

Photo E..T : Ces photos de famille forment un bel arbre !

Aller vers le public, se tourner vers la scène pour faire le récit d’une quête intime, celle d’un homme qui se sait aiguillonné par le passé de ses aïeux où les guerres et l’exil sont devenus « des mémoires invisibles ». Il faut se coller au mur de l’invisible, imaginer surprendre un papillon frôler l’arbre fantastique de la mémoire de tous les anonymes qui auraient à cœur de raconter leur corps d’Asie et d’Europe, ayant toujours à l’esprit cette distance géographique, 10.000 Km du Vietnam à la France à vol d’oiseau. Au siècle dernier dans les années 40, il fallait parfois un mois en paquebot pour la franchir. Cela donne le vertige…  

Il y aurait une identité d’eurasien-ne, mais elle ne s’entend guère. Par ailleurs que l’on soit issu d’un couple mixte franco-vietnamien, ou pas, la notion de double culture ne peut s’appliquer à toute personne d’origine asiatique née en France. C’est d’ailleurs là où le bât blesse, le facies ne définit pas la culture, la sensibilité ou l’intériorité d’un individu, il est posé comme un masque, un signe parmi d’autres comme la couleur de peau ou des yeux.

L’histoire que raconte Paul NGUYEN est toute personnelle, car de toute évidence c’est une aventure que celle de partir en quête de ses origines en se projetant sur la figure d’un aïeul quasi inconnu lequel, ce n’est pas un hasard, est prénommé Paul.

Dans toute histoire familiale il y a des trous, des non-dits et la transmission d’un ancêtre à ses descendants ne peut aller au-delà de la 3ème génération, à fortiori lorsque cet ancêtre a voyagé, que l’Indochine a disparu ainsi que les archives.  

Mais le personnage que Paul Nguyen met en scène ne veut pas renoncer à sa quête « impossible » et il continue à fantasmer sur cette part de Vietnam en lui.  

Le regard de l’autre l’a renvoyé à son facies qui porte les traces d’un pays effacé, le Vietnam. Paul fait penser à Hamlet quand il dit « Quelle place ici, là-bas, ni ici, ni là-bas, partout, nulle part.  Il parle de « déracinement profond, d’enracinement raté ».

Les psychologues disent que les séquelles traumatiques se transmettent de génération en génération. Paul pense que » le corps n’oublie pas, il garde les douleurs anciennes, il transmet le souvenir de la guerre à ceux qui ne l’ont pas vécue. Il maintient le lien. »

La quête d’identité qu’exprime Paul Nguyen a un rapport avec sa sensibilité et son appréhension du monde et ce qui est intéressant c’est qu’elle met le doigt sur cette part d’inconnu que tout individu peut éprouver en lui-même dès lors qu’il s’interroge. Aussi bien, on pourrait penser à CAMUS qui enquête sur son père inconnu mort à la guerre de 14/18 dans son livre posthume Le premier homme.

Dans cette lecture en espace Paul dialogue avec Brigitte, elle aussi de père vietnamien. L’un et l’autre se questionnent. A l’intériorité de Paul répond la vivacité de Brigitte.

Une très belle lecture, passionnante de bout en bout !

Le 20 Juin 2022

Mise à jour du 7 Août 2024

Evelyne Trân

N.B : Article également publié dans Le Monde Libertaire.fr

LA CONTRAINTE de Stefan Zweig au Festival off d’Avignon 2024 au Théâtre de la Bourse 8, rue de la Campane 84000 AVIGNON du 3 au 20 Juillet 2024. à 16 H 00. Durée 1 H 10. Relâche les 8, 15 juillet 2024. Le spectacle fera l’objet d’une tournée en 2025.

interprètes / intervenant⸱es

Diffusion : D. Ceccato

Interprète : Stéphanie Chamot (musique live), Anne Conti, Cédric Duhem

Créateur·rice lumière : J-M Daleux

Attaché·e presse : Catherine Guizard

Adaptation théâtrale : Anne-Marie Storme

Metteur·se en scène : AM Storme

mondes en ruine.

La contrainte est une nouvelle forte et méconnue de Stefan ZWEIG, quasi autobiographique, publiée au lendemain de la grande guerre en 1920. Stefan ZWEIG n’avait pas 30 ans.  

En tant qu’Autrichien ZWEIG a applaudi les victoires des Allemands. Il est mobilisé au service littéraire des archives de la guerre. Mais il est rapidement gagné par l’idéal pacifiste de son ami Romain ROLLAND. Parti en mission spéciale en 1915 dans d’anciens territoires occupés par l’armée du tsar, il prend la mesure de l’horreur (cf. Sabine DULLIN préface dans le Monde sans sommeil éditions Petite biblio Payot). En 1917, il a une permission pour se rendre en Suisse et finit par obtenir d’y demeurer sans être démobilisé. Il avoue à Romain ROLLAND « Je suis en train de terminer un petit récit qui résulte d’un conflit intérieur – celui qui, depuis des mois, me tourmente et m’éprouve : la question de savoir s’il faut ou non rentrer, le cas échéant. J’espère au fond que pour moi cette question ne se posera pas aussi rapidement, mais elle taraude ma conscience, et ce petit récit est une sorte de confession ».

L’adaptation théâtrale de cette nouvelle et la mise en scène de Anne-Marie STORME plongent le public d’emblée dans une sorte de huis clos où le monde intérieur d’un homme est confronté cruellement au monde extérieur, celui d’un monde en guerre, sa propre épouse, Paula, exprimant farouchement son désir de liberté et de paix.

Mais au plus profond de cet homme on entend la solitude, celle d’un individu acculé à faire un choix celui de répondre ou ne pas répondre à la lettre de mobilisation l’enjoignant à rejoindre sans tarder son pays natal et donc de quitter un havre de paix et de bonheur où il s’est réfugié avec sa femme.

Stefan ZWEIG écrit dans son journal « J’envie ceux qui ont toujours vécu dans un cercle étroit, leur sentiment national entêté et épais comme un cou de taureau ».

Son personnage Ferdinand « fut pris d’une infinie compassion… pour les gens de son monde natal… et un désir infini d’être allié à eux et à leur destin ».

Et pourtant, il le sait « Sa patrie, ce n’était plus désormais pour lui que prison et contrainte. L’étranger, l’Europe, l’humanité, tel était sa patrie, son monde… ».

Tandis que son épouse l’exhorte violemment à ne pas obéir à l’ordre de mobilisation, il apparait terrassé. Tous les arguments de sa femme, il les entend : « Ces mots avec lesquels on veut maintenant chloroformer les gens, ensuite la patrie, le devoir, l’héroïsme, tout cela n’est plus que phrases creuses qui puent le sang, le sang humain chaud et vivant ».

Ferdinand se rendra à la convocation. Comment ne pas le comprendre ? Se représente-t-il vraiment cette injonction venue d’en haut, « la grande machine à bousiller les gens » selon sa femme. Ou est-ce ce sentiment qu’il ne peut faire abstraction de la réalité de la guerre dans son pays d’origine et se consacrer uniquement à son bonheur personnel, qui le contraindrait à remiser son idéal de paix et de liberté ?

L’adaptation de la nouvelle, atemporelle est fidèle au texte de ZWEIG dont les dialogues entre les époux particulièrement vifs ont une portée théâtrale. On pense à un thriller psychologique qui tient en haleine le public jusqu’au bout.

La musique électro rock très suggestive de Stéphanie CHAMOT également narratrice, fait partie prenante du spectacle.

Elle traduit ce sentiment particulièrement anxiogène de la guerre qui bouleverse la vie d’un couple pourtant réuni par le même idéal de paix et de liberté.

Cependant la vitalité de la femme interprétée par Anne CONTI, et la douceur pleine d’humilité de Ferdinand incarné par Cédric DUHEM dégagent une telle humanité qu’elle en devient réconfortante.

C’est tragique mais une force de vie transcende cette  nouvelle d’une acuité renversante, adaptée et mise en scène remarquablement par Anne-Marie STORME.

Est-ce cela la liberté ? Le droit que tout individu s’octroie de continuer à penser et ressentir librement malgré tout ordre d’où qu’il vienne.

Evelyne Trân

Le 6 Août 2024

TOURNEE 2025

Le Palace, Montataire 4 représentations les 25 et 26 février à 10h et 14h30

Centre culturel François Mitterrand, Tergnier 2 représentations le 28 février

Espace culturel Jean Ferrat, Avion 2 représentations le 28 mars

L’Escapade, Hénin-Beaumont 1 représentation (date à déterminer)

N.B ; Article également publié dans le Monde Libertaire.fr