PUZZLE d’Elisabeth BOUCHAUD – Adaptation du film Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg AU THEATRE DE LA REINE BLANCHE – 2 Bis Passage Ruelle 75018 PARIS – du Mercredi 26 Avril au Samedi 10 Juin 2017 – du Mardi au samedi à 20 H 45 – Relâche le 27 Mai –

Distribution :

Adaptation du film
Portrait d’une enfant déchue
de Jerry Schatzberg
Elisabeth Bouchaud
Mise en scène
Serge Dangleterre
Scénographie et costumes
Kham-Lhane Phu
Avec
Elisabeth Bouchaud
Jean-Benoît Terral
Construction décor
Christian Jutan
Création lumière
Fabrice Blaise

Devenir juste une eau dormante lorsqu’on a connu la foudre de la lumière, éprouver n’être plus que l’étincelle rabattue par les vagues de souvenirs épars, disloqués, peut-être seuls des poèmes pourraient l’exprimer.

Adaptée du film « Portrait d’une enfant déchue » de Jerry SCHATZBERG avec Faye DUNAWAY, la pièce d’Élisabeth BOUCHAUD se focalise sur l’entretien entre Lou un ancien mannequin et Aaron le photographe de mode qui a travaillé avec elle et vient la voir pour faire un film sur sa vie.

De toute évidence, Lou est une personne déprimée, et nous le savons la dépression peut toucher n’importe quel individu. S’il est plus aisé d’imaginer un surmoi dévorant chez une star, d’après Freud, ce surmoi à l’état inconscient participe de la construction identitaire.

Nous découvrirons à travers les confidences de Lou que celle-ci apparemment est restée bloquée sur certains événements traumatiques qu’elle a refoulés parce que sa seconde nature qui réclamait la lumière, la reconnaissance, l’exigeait. Rattrapée par des conflits internes dont elle ne mesurait pas l’impact, elle a sombré dans la dépression.

Aaron est un homme de tact, très humain, il n’a rien à voir avec l’image d’un photographe de mode survolté . Il n’a d’ailleurs plus vraiment la posture du photographe, il est bien davantage celui qui écoute patiemment Lou et accepte d’être en retrait, c’est à dire de ne pas opposer ses propres sentiments sinon sa bienveillance vis à vis de Lou . Un tel homme existe t-il dans la réalité ? Sans doute Aaron compose t-il son personnage en rapport avec le personnage idéal que ne cesse d’être Lou. Une lumière qui faiblit n’est-elle pas toujours une lumière.

Lorsque Lou raconte son désarroi, le jour où elle a senti que ses pensées n’étaient pas en accord avec les costumes qu’elle portait pour la création d’une photo, nous comprenons que Lou est une artiste. Cela doit tout de même peser bien lourd l’image de la beauté et de la jeunesse ! L’être intime de Lou paraît être indépendant de l’image qu’elle donne, a donnée et pourtant ne s’en détache pas .

Le paysage intérieur de Lou a quelque chose de l’épave, de la ruine mais il est frémissant, terriblement émouvant. La belle scénographie de Kham-Lhane PHU l’évoque dans un décor champêtre, avec des matériaux simples, bois brut, chanvre, coton qui ont leur propre langage et qui se rapprochent de l’état d’âme de Lou, qui semble fuir désormais la lumière.

Tel un tableau impressionniste qui respire de tous ses pores, la pièce dégage un parfum mélancolique sucré amer pénétrant.

Les deux comédiens Élisabeth BOUCHAUD et Jean-Benoît TERRAL excellemment dirigés par Serge DANGLETERRE, en sont complètement imprégnés.

C’est beau, beau comme un poème de Baudelaire ou de Nerval, à contre-jour, aussi une histoire d’amour.

Paris, le 25 Mai 2017                                     Evelyne Trân

 

CHAT NOIR ! AU THEATRE 13/JARDIN – TEXTE ET MISE EN SCENE ETIENNE LUNEAU -1h30 sans entracte – conseillé à partir de 12 ans -du mardi au samedi à 20h – le dimanche à 16h du 16 Mai au 18 Juin 2017 –

 

Avec
Jean Barlerin,
Clément Beauvoir,
Isabelle Ernoult,
Clémentine Lebocey,
Etienne Luneau,
Elsa Robinne,
Joseph Robinne

D’après des textes, poèmes et chansons d’Aristide Bruant, Jean Richepin, Alphonse Allais, Rodolphe Salis, Adolphe Willette, Charles Cros, Stéphane Mallarmé, Edmond Haraucourt, Jules Vallès, Jules Jouy… Direction musicale Joseph Robinne, Décors et création lumières Nicolas Hubert

Que ne faut-il marier les genres ? Quand la grammaire courbe l’échine et que le bourgeois devient gueux, qu’il rampe les murs comme un chat noir, imaginons qu’il soit heurté de plein fouet par quelques ombres gigantesques, Verlaine, Hugo, Richepin, Aristide Bruant à l’enseigne du célèbre Cabaret du Chat noir, lequel naquit au pied de la butte Montmartre en 1881, quelques années avant l’édification du Sacré Cœur. Par un chemin de traverse, si vous avez le cœur libertaire, empruntez donc la rue du Chevalier De La Barre en souvenir de son chemin de croix

Rodolphe SALIS, dit-on, faisait commerce d’images pieuses avant d’avoir l’idée lumineuse de faire entrer dans sa taverne où l’absinthe coulait à flots, les poètes et les chansonniers.

Lieu de rencontre incontournable de la Bohème, capharnaüm des extravagances des peintres, illustrateurs, décorateurs, précurseurs du dadaïsme, le Cabaret fit la renommée évidemment d’Aristide Bruant, de Richepin et de bien d’autres écrivains un peu oubliés qui assuraient la rédaction de la Revue le Chat noir destinée à promouvoir le cabaret.

Quel bonheur de découvrir ou de redécouvrir la chanson des Cloches de baptême de Richepin «  Car toujours, ils naîtront comme naissent d’un étron des roses »,de jouir du concert du pétomane qui chante du derrière musicalement, baryton, ténor ou basse.

Le Chat Noir n’est pas une coterie » clament en chœur les artistes à la fois comédiens et musiciens qui ont fort à faire pour chatouiller le public »ce monstre à mille têtes », s’attaquer au béton de l’ordre  en l’apostrophant « Alors tas d’horloges, tachez de vous dérégler ! »

La poésie règne dans le spectacle mis en scène par Étienne LUNEAU, l’inventivité aussi notamment dans la scène savoureuse où Rodolphe est mis en croix. Et puis, il y a cette apparition magique du théâtre d’ombres, qui randonne le temps.

Nos anciens seraient t-ils nos modernes d’aujourd’hui ? Une mine à trésor que tous ces chansonniers, poètes du désordre !  Que le public soit donc au rendez vous de leur inspiration assoiffée de liberté, de joie de vivre, en faisant corps avec cette belle équipe de comédiens musiciens qui possède toute la fraîcheur requise, pour pincer l’âme des poètes et des gueux !

Paris, le 21 Mai 2017                   Evelyne Trân

 

 

 

L’OMBRE DE STELLA – de : Pierre Barillet, mise en scène : Thierry Harcourt, avec : Denis D’Arcangelo AU THEATRE DU ROND POINT – SALLE : JEAN TARDIEU – 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt Paris 8e – DU 16 MAI AU 11 JUIN 2017 – HORAIRES : DU MARDI AU SAMEDI, 20H30 – DIMANCHE, 15H30 – RELÂCHE : LES LUNDIS, LES 21, 25 MAI ET LE 4 JUIN DURÉE : 1H15 –

 

Auteur : Pierre Barillet
Réalisateur/Metteur en Scène : Thierry Harcourt
Interprète : Denis D’Archangelo

Et moi , et moi, et moi ?! Est-il possible d’avoir un ego aussi éclaboussant, voire offensif que celui de Mylène, l’ombre de Stella une vedette de cinéma d’avant guerre ?

Vivre par procuration, curieux destin ! Mylène clame son existence mais à l’abri, à l’abri des regards, des projecteurs qui finiront par faner la belle Stella. L’œil était dans la tombe et regardait Stella .

Le soliloque éperdu de Mylène, ce curieux personnage qui n’a pas cessé de s’accrocher à la traîne – poussière d’étoile – de Stella prête à sourire.

Et pourtant il en faut du panache, de la gourmandise, de la passion, pour s’enfoncer jusqu’à la lie de la lumière, taper du pied pour faire sangloter la sinistre réalité.

Mylène poursuit à son corps défendant une ombre, l’ombre d’un amour impossible celui d’une domestique pour sa patronne, sa reine, son étoile (Ruy BLAS sévit toujours). Elle est ridicule, hugoesque, mais son appétit d’ogresse pantelante, vu qu’elle l’assume, nous éclaire sur cette part incongrue et omniprésente du fantasme, de l’imaginaire refoulé dans l’ombre.

C’est l’histoire de Stella, cette vedette « people » d’une époque révolue où les déesses du cinéma avaient pour nom, Greta GARBO, ANABELLA, Viviane ROMANCE etc. qu’égrène à bâtons rompus Mylène.

Le portrait que Mylène fait de Stella finit par suffoquer sous la charge de ses frustrations. Un magnétophone enregistre tout ce qu’elle dit, destiné à devenir la matière d’une biographie de Stella.

Mais il n’y a pas photo, la mise en scène de Thierry HARCOURT met en évidence la spectaculaire personnalité de Mylène qui, une fois sortie de l’ombre, refusera toujours de souffler sur la bougie Stella !

Denis D’ARCANGELO incarne à ravir cette Mylène ravageuse, amoureuse humiliée mais l’œil aussi étincelant qu’une Artémis vestale de Vénus.

Paris, le 20 Mai 2017                       Evelyne Trân

 

NATURE MORTE DANS UN FOSSE DE FAUSTO PARAVIDINO à LA MANUFACTURE DES ABBESSES – 7 rue Véron, 75018 Paris – 01 42 33 42 03 – le 3 mai à 21h puis, du 11 mai au 11 juin 2017, les jeudis, vendredis et samedis à 21h et les dimanches à 17h –

Réalisateur/Metteur en Scène : Céline Lambert
Auteur : Fausto Paravidino
Interprète : Gwanaëlle Herault Romain Pirosa Melchior Carrelet Mehdi Harad Isabelle Couloigner  et  Raphaël Beauville

Ca a un petit côté racoleur ! Boum badaboum ! Ca frime, ça frime ! C’est le sang chaud italien ! Ça pète le feu !

Mais ne vous fiez pas aux apparences ! Evidemment les protagonistes de ce polar sociétal ne nous immergent pas dans l’ambiance vieille France du Maigret de Simenon.

 Ils se la jouent théâtrale – un peu m’as-tu-vu, Facebook n’est pas loin –  aussi bien les malfrats que le petit jeune sauteur. Quant à la jeune fille qui apparait en vidéo en préliminaire, elle est à la fois aguichante et mystérieuse.

Raphaël Beauville est formidable en commissaire, grave, posé, également mystérieux. Il est chargé de résoudre l’énigme de l’assassinat de la belle étudiante retrouvée nue, battue à mort dans un fossé. Mais « L’enquête est mal conduite  et Scotland Yard s’y perd ».

Fausto PARAVIDINO, un jeune dramaturge italien, (déjà célèbre il a sa fiche Wikipédia)   privilégie les monologues, 17 dans  cette pièce. A notre sens, cela freine un peu l’action mais la forme est voulue par l’auteur, donc ? !  Elle fait penser à ces séries télévisées qui affectionnent les découpages de scènes  comme dans les romans photos où les spectateurs, en effet privilégiés,  croient assister à l’intimité des personnages.

Cela dit si la forme est celle du divertissement, ne nous y méprenons pas Fausto PARAVIDINO entend dénoncer la violence sociale derrière le vernis  de la génération Facebook. Vernis, il y a toujours eu évidemment mais la charge de Fausto PARAVIDINO se révèle très percutante dans ce spectacle, ma foi, fort dynamique, servi par une ardente distribution !

Paris, le 16 MAI 2017                            Evelyne Trân

L’ENTORSE AU THEATRE LES FEUX DE LA RAMPE – 9 RUE RICHER 75009 PARIS – du lundi 15 mai 2017 au lundi 26 juin 2017 – Le dimanche à 16 heures, le lundi à 19 heures 45 –

Auteur : Andras Fenris, Hélène Laurca, Alain Hauperpin
Artistes : Laurence Bret, Carole Brossais, Célia Clayre, Alain Hauperpin, Hélène Laurca, Laurent, Themans
Metteur en scène : Laurent Themans, Hélène Laurca

Guidés par la bonne fée-animatrice Maïeutiqua, nous découvrons, un à un, les personnages et nous sommes entrainés dans le dédale de leurs pensées confuses.

Puis, nous percevons de plus en plus crûment leurs gémissements et nous découvrons qu’en définitive ce n’est pas la perte d’un proche qui est la principale cause de leurs souffrances.

Peu à peu, alors qu’ils vont bientôt prendre chacun leur place dans le cortège, ils tentent de démêler les liens douloureux qui les entravent et nous réalisons que s’ils y parviennent, ils pourront commencer à se réconcilier avec leurs propres sentiments et prendre ainsi un nouveau départ; vous pourriez d’ailleurs avoir la sensation de les y aider par moment car un véritable échange s’opère entre le public et les personnages qui, en se découvrant sur scène, vous sembleront de plus en plus familiers.

Ce spectacle, à la fois littéraire et musical est admirablement joué par Alain Hauperpin, Hélène Laurca, Célia Clayre, Laurence Bret, Laurent Themans et Carole Brossais. La mise en scène est de Laurent Themans. La musique est de Luc Alenvers. Cette pièce écrite par Andras Fenris, Hélène Laurca et Alain Hauperpin se joue  au théâtre « Les Feux de la Rampe », les lundis à 19h45 et les dimanches à 16h du 02/04/2017 au26/06/2017.

Michel Tourte

 

 

 

Dans le cadre de TEM-PO AU THEATRE DES QUATRE SAISONS à GRADIGNAN, INTERVIEW de Nicolas TRUONG avec Nicolas BOUCHAUD et Judith HENRY le Mardi 9 Mai 2017 à 20 H. 15.

 Nicolas Truong (Conception et mise en scène) Philippe Berthomé (Création lumières) ,Nicolas Bouchaud (Interprétation et collaboration artistique) ,Elise Capdenat (Scénographie) , Judith Henry (Interprétation et collaboration artistique) , Thomas Pondevie (Dramaturgie)

Oui, ils ont vraiment à cœur de le faire ouïr ce diapason à voix humaines que représente l’interview aussi bien pour les intervieweurs que les interviewés !

Judith HENRY et Nicolas BOUCHAUD sont de grands jongleurs de mots. Ils évoluent sur la scène à la fois gourmands et légers, comme aimantés par une source imaginaire, invisible, telles des abeilles venant récolter le suc de cette curieuse fleur l’interview.

A vrai dire, nous ne l’aimons pas tellement le mot « interview » à cause de son aspect formel, convenu . Ne fait-il pas penser au glaçon qui fond dans le verre ?

C’est peut être ça la question « faire fondre la glace » qui donne le trac aux journalistes chargés d’interroger des quidams connus ou inconnus pour récolter sinon leur substantifique moelle, une information rare et unique.

L’anthologie distribuée par Nicolas TRUONG, journaliste au journal « LE MONDE » n’est pas exhaustive, elle se déplace tel un cube oblique à plusieurs faces, plusieurs angles offrant des perspectives étonnantes, inattendues car nous assistons également aux interviews d’intervieweurs, reporters, cinéastes.

Celle notamment d’Edgar MORIN à propos de sa tentative d’expérimentation dans son film « Chronique d’un été » avec Jean ROUCH, celle de Florence AUBENAS, de Jean HATZFELD,  journaliste de guerre, de Raymond DEPARDON à propos de son documentaire « Les habitants », Claudine NOUGARET, Marceline LORIDAN.

Tous sont conscients qu’un « bon »intervieweur doit faire preuve d’empathie vis à vis de son interlocuteur, et également de beaucoup de patience, un peu comme un pécheur à la ligne capable d’attendre des heures avant que morde le poisson !

Mais le hic demeure tout de même l’hameçon, la question !

« Êtes vous heureux ? » lance à la cantonade Judith HENRY- Marceline LORIDAN. On se croirait dans un film de GODARD. A la question d’aujourd’hui « Quel est votre nous ? » quelques rires fusent dans la salle. « Mieux vaut ne pas être intelligent » confie Jean HATZFELD pour être dépassé, submergé et éviter le formatage de la réponse.

Qu’elles soient intrusives, déplacées, sans ménagement comme celles de Pivot à l’égard de Duras, iconoclastes comme celles de Max FRISCH ou même un peu niaises ou trop polies, les questions demeurent le fer de lance de tout intervieweur.

L’espace d’un entretien, l’intervieweur aussi bien que l’interviewé doivent avoir l’impression qu’il s’est passé quelque chose, ce quelque chose est évidemment unique, imprévisible.

Une émotion qui tient en haleine les journalistes et qu’a voulu capter Nicolas TRUONG. Elle est parfaitement incarnée par ces grands trublions de l’interview, Judith HENRY et Nicolas BOUCHAUD !

Paris, le 14 Mai 2017                                     Évelyne Trân

Prochaines dates :

Le 20/05/2017 18:30

Reims
La Comédie de Reims

La Comédie de Reims
infos sur le lieu

Tel. +33 (0)3 26 48 49 10

Du mar. 23/05/17 au mer. 24/05/17

détail des dates
Angers
Le Quai - CDN Angers Pays de la Loire

Le Quai – CDN Angers Pays de la Loire
infos sur le lieu

Tel. 02 41 22 20 20

Du lun. 29/05/17 au sam. 17/06/17

détail des dates
Paris
Le Monfort

Le Monfort
infos sur le lieu
En partenariat avec MC 93

Tel. +33 (0)1 56 08 33 88

Du mar. 20/06/17 au jeu. 22/06/17

détail des dates
Lausanne
Théâtre de Vidy

Théâtre de Vidy
infos sur le lieu
réservation

 

TEM-PO – ARTS VIVANTS ET POLITIQUE – du JEUDI 4 au Mercredi 31 mai 2017 AU THEATRE DES QUATRE SAISONS – PARC DE MANDAVIT – 33170 GRADIGNAN

 

« Le théâtre est le dernier lieu où l’on peut réfléchir ensemble » nous dit Marie-Michèle DELPRAT à propos de ce TEM-PO particulièrement bienvenu au Théâtre des Quatre Saisons du 4 au 31 mai 2017 qui offre au public l’opportunité de découvrir à travers 6 spectacles, toutes disciplines confondues, le travail d’artistes engagés qui n’ont d’autre parti que leur art, leur imagination, leur courage pour ne pas fermer les yeux, les oreilles aux problèmes qui agitent le monde.

Ces théâtreux font-il partie de ceux qui pensent n’avoir plus besoin de s’empiffrer d’illusions pour se brûler l’aile ? Sur les planches, ils ont à cœur de faire battre cette formidable caisse de résonance à échelle humaine.

Les artistes n’ont-ils pas toujours servi d’intermédiaires pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas dans la réalité. N’est-il pas plus facile de s’extasier devant Michel SIMON jouant un clodo que de baisser les yeux sur un SDF accroupi devant un distributeur de billets. Plus facile de s’octroyer quelques émotions fortes au cinéma avec des films violents que de s’intéresser au sort des migrants chassés par la guerre.

Il a tant besoin d’être dessillé notre regard sur le monde ! Les miroirs que nous tendent les artistes ne sont pas toujours fourbus d’illusions. Les artistes programmés par Marie-Michèle DELPRAT sortent de nos sentiers battus, ils questionnent l’humain sous toutes ses formes explorant « des thématiques politiques au sens large, thématiques qui vont du rapport peuple-pouvoir à la place du citoyen au sein d’une démocratie ».

En parlant du public André BENEDETTO disait :

«  Ces personnes qui viennent savent peut-être mieux que moi à quoi sert et à quoi leur sert le théâtre. De même que la lumière leur donne une ombre et que le miroir leur donne un reflet, de même le théâtre leur donne un double et même plusieurs : le petit bonhomme dedans qui crie au secours, et toute une foule de sosies bien différents les uns des autres. »

C’est véritablement à l’attention de ces personnes que s’adresse ce TEM-PO théâtral  !

Paris, le 14 Mai 2017                                       Evelyne Trân

dossier de presse TEM PO

CALENDRIER

JEUDI 4 MAI 20H15 Théâtre Discours de la servitude volontaire Étienne de La Boétie Stéphane Verrue, François Clavier

MARDI 9 MAI 20H15 Théâtre Interview Nicolas Truong, Nicolas Bouchaud, Judith Henry VENDREDI 12 MAI 20H15 Danse Archive Arkadi Zaides

MERCREDI 17 MAI 20H15 Théâtre The Great Disaster Patrick Kermann Anne-Laure Liégeois, Olivier Dutilloy

JEUDI 18 MAI 20H15 Création – Musique Autour de Robbie Basho & du flamenco Beñat Achiary, Raul Cantizano, Niño de Elche, Joseba Irazoki, Julen Achiary

MERCREDI 31 MAI 20H15 Théâtre de rue Le Parlement de Rue Théâtre de l’Unit

 

ORPHÉE ET EURYDICE de CHRISTOPH WILLIBALD GLUCK – Le vendredi 21/04/2017 à 20h30 THEATRE SILVIA MONFORT – ST BRICE SOUS FORET –

Un opéra de William Gluck
Direction musicale : Vincent Bonzom
Mise en scène : Ulysse Di Gregorio
Chorégraphie : Martine Gag, Aline Sery (FCA Danse)
Chant : Benjamin Woh (Orphée), Analia Téléga (Eurydice), Amélie Tatti (Amour), Chœurs du Val d’Oise
Musique: Conservatoire de Saint-Brice-Sous-Forêt et de l’Ecole de musique de Deuil-la Barre

 

Sous le signe de la passion – Il ne pouvait en être autrement avec le jeune metteur en scène Ulysse DI GREGORIO – Orphée et Eurydice, ont touché à vif le cœur du public rassemblé au Théâtre Sylvia Montfort de ST BRICE SOUS FORET lors de la représentation exceptionnelle et mémorable du 21 Avril 2017.

La salle était comble, accueillant aussi bien les petits que les grands pour applaudir une distribution très ouverte, qui outre les magnifiques interprètes, Benjamin WOH, Analia TELEGA, Amélie TATTI, a permis de découvrir les chœurs de la Vallée de Montmorency, Marolles en Brie, la Fabrique des Histoires de Paris et les élèves de l’école de danse du FCA de St BRICE SOUS FORET excellemment dirigés par les chorégraphes Martine GAG et Aline SERY.

Orphée et Eurydice est un des opéras les plus connus de GLUCK. Créé en 1762, il a été repris dans une version française en 1774 à la demande Marie-Antoinette.

Cet opéra constitua un véritable tournant dans la carrière de GLUCK qui voulut marquer sa différence avec le style italien en vogue qu’il jugeait excessif :

« J’ai cherché à réduire la musique à sa véritable fonction, celle qui consiste à seconder la poésie afin de renforcer l’expression émotionnelle et l’impact des situations dramatiques, sans interrompre l’action et sans l’affaiblir par des ornements superflus. »

De tels propos s’accordent avec le travail et les recherches du metteur en scène d’Ulysse DI GREGORIO dont nous avons pu apprécier la talent notamment avec sa mise en scène  La Cantate à trois voix de Claudel, sans oublier 4,48 Psychose de Sarah Kane (Akteon, Théâtre de l’Essaion) et dernièrement une Saison en enfer de Rimbaud au Lucernaire.

S’agissant d’une première mise en scène d’Opéra, il a relevé le défi avec panache, celui d’organiser la symbiose des différentes disciplines, chant, musique, danse, permettant à des artistes issus de formations diverses de s’épanouir sur scène et nous l’avons bien senti offrir le meilleur d’eux mêmes.

Nous pourrions écouter les yeux fermés la musique de GLUCK dirigée par Vincent BOZOM et la voix sublime de Benjamin WOH mais nous nous serions privés de la vision des chœurs, de la beauté des costumes, des pantomines-ballets avec des danseuses très expressives, affranchies des normes classiques et bien évidemment de l’étoffe d’une scénographie à la fois fluide et chaude.

Orphée et Eurydice, cet incroyable mythe qui nous parle d’un homme qui n’accepte pas d’être séparé de sa bien aimée par la mort, est universel. Difficile de croire que l’amour puisse vaincre la mort. Et pourtant tous ceux qui aiment ou ont aimé le savent, faire le deuil d’un être aimé, c’est faire le deuil d’une partie de soi même. Qui peut prétendre aimer quelqu’un qui n’existe plus.

Et nous ne résistons pas en hommage aux nombreux poètes qui ont célébré Orphée de citer quelques vers du poème El Desdichado de Gérard de Nerval :

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Seuls le chant, la musique, la poésie peuvent exprimer de tels sentiments et nous sommes sincèrement reconnaissants aux artistes d’avoir partagé avec le public un moment unique, si humainement gratifiant !

Paris, le 8 Mai 2017                                         Evelyne Trân

Le Petit Théâtre du Bout du Monde – Opus I – à La Criée, Théâtre National de Marseille – 30 quai de Rive Neuve 13007 Marseille du 4 au 13 MAI 2017

Prochaines dates :

  • Mar. 9 mai 2017 20h00
  • Mer. 10 mai 2017 19h00
  • Jeu. 11 mai 2017 20h00
  • Ven. 12 mai 2017 20h00
  • Sam. 13 mai 2017 16h00
  • Sam. 13 mai 2017 20h00

Mise en scène, scénographie et marionnettes Ezéquiel Garcia-Romeu
Dramaturgie, regard extérieur Laurent Caillon

Avec Ezéquiel Garcia-Romeu / Issam Kadichi, en alternance

Créations sonores Samuel Sérandour Costumes Cidalia da Costa et Myriana Stadjic Peinture des décors Claudia Andréa Mella Diaz Accessoires Sabrina Anastasio Technique et mécanismes Thierry Hett et Frédéric Piraïno

« Objets inanimés, avez vous donc une âme… » s’exclamait Lamartine. Rien n’est inanimé nous révèle la science, même une pierre est vivante. Les informations scientifiques peuvent bien justifier nos intuitions, celles notamment des marionnettistes qui savent se déplacer au-delà de nos chemins balisés en faisant intervenir leurs créatures issues de leur imagination, capables de se détacher de notre habillage diurne pour explorer les labyrinthes de notre inconscient préhistorique.

« Comme vous y allez, inconscient préhistorique ! – Ben oui, au risque de paraître pédant ». Où irait-elle donc se nicher notre valeureuse idée de l’homme ? Apparition, disparition, l’homme ne serait-il qu’une girouette agitée par quelque dieu manipulateur, un obscur marionnettiste ?

Penchons nous sur notre préhistoire ! C’est incroyable, semble nous dire Ezéquiel Marcia Romeu, elle est à deux pas de nous, elle date du siècle dernier, de quoi faire frémir les seniors qui retrouvent des objets familiers devenus obsolètes, tels qu’une vieille télé, ancienne machine à écrire, pick-up, disque vinyl, sonnerie de téléphone moyenâgeuse.

Et comment donc ? En remuant les yeux au-dessus d’un grand aquarium, curieux vivier où paressent tels des poissons, des créatures à visage humain que réveille très, très doucement, voire prudemment, le marionnettiste tel un plongeur sous marin.

Ces bestioles sont-elles des archétypes d’une humanité en voie de disparition ? Sont-elles représentatives de ce que nous appelons l’humain. Une chose est sûre, elles accomplissent des actions quotidiennes similaires aux nôtres : regarder la télé, aller aux toilettes, attendre un bus, poster un courrier etc…

Les spectateurs sont invités à se déplacer autour de ce vivier, des petites filles vont et viennent apparemment très intéressées par le spectacle, l’une d’elle rentre à l’intérieur de la grande boite en verre, elle fait penser à Alice au pays des merveilles, son intrusion dans le pays n’était pas prévue, le Singe Taupe aux yeux lumineux l’invite à boire le thé. Prévenue par téléphone, une dame va rechercher la fillette pour poster une lettre.

Toutes les scènes prévues, imprévues sont rythmées par une musique très suggestive qui mêle roulement de tambours, cloches tibétaines, bruits de cymbales. A vrai dire il est difficile d’identifier la forêt de bruits étranges qui se succèdent, gémissements, rires grinçants, borborygmes, chuintements sourds.

Mais même dans la forêt du bout du monde – imaginons une radio au pied d’un arbre, alimentée par l’énergie solaire – les médias se manifestent à travers une voix sépulcrale pour quelques annonces extraites du journal « Le Monde ».

La voix de Cassandre évoque le bouleversement de la planète généré par l’homme depuis le Big Bang et cite un directeur des abattoirs de Toulouse qui parle d’une crise de la représentation humaine « Il ne reste pour l’appréhender que la connaissance poétique ».

Nous apprenons également que Bill Gates a dépensé des fortunes pour mettre en route les toilettes du futur qui auront vocation de recycler les excréments, sans eau ni électricité.

Cette information est suivie d’une musique religieuse avec chœurs. L’association entre matières fécales et musique spirituelle n’est pas dérangeante, recyclage oblige !

Et puis, le puits n’est-il pas profond, celui où se penche l’homme pour scruter son image ?

Certaines scènes sont d’une poésie extrême (le terme extrême est à la mode). Celle de l’enveloppe rattachée à un fil comme une colombe un fil à la patte. Celle de la vieille dame qui lutte contre une porte, passe la tête dans un trou pour essayer de voir, de comprendre ce qui lui arrive, ce qui va arriver. Elle lève les yeux stupéfiée par l’apparition d’un drone « sauvage », entourée de nuages.

Des sifflements d’oiseaux persistent dans la pénombre, notre monde n’est pas encore perdu. Pour preuve le désuet, l’angélique de nos vies ordinaires, qui se rappellent toujours à l’improviste comme les gazouillements d’un bébé dans les bras de sa mère, penchée sur l’aquarium.

Ezéquiel Garcia-Romeu et toute son équipe donnent l’impression de s’adresser au public avec la même délicatesse dont doivent faire preuve les marionnettistes pour sonder l’espace et le temps, celui qui prend son temps, en veille, en sourdine, mais en réalité très vivant, sollicitant à la fois l’oreille et la vue qui s’émerveillent face à l’infiniment petit, l’homme dans l’univers, transfiguré par des marionnettes.

Un fabuleux voyage cosmique au centre de la terre pour petits et grands, ensorcelant !

Paris, le 7 Mai 2017                                    Evelyne Trân

RIMBAUD VERLAINE – ECLIPSE TOTALE DE CHRISTOPHER HAMPTON – ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE DE DIDIER LONG – DU 13 JANVIER AU 6 MAI 2017 – Du mercredi au samedi à 21h – au THEATRE POCHE MONTPARNASSE 75 BD DU MONTPARNASSE 75006 PARIS –

Auteur : Christopher Hampton
Adaptation : Didier Long
Réalisateur/Metteur en Scène : Didier Long Interprètes : Julien Alluguette Jeanne Ruff  et  Didier Long

Rimbaud et Verlaine auraient-ils pu songer que leur relation intime soit exposée au même titre que leurs œuvres plusieurs décennies après leur mort.

Certainement pas, la postérité s’est emparée de leur histoire parce qu’elle était scandaleuse. Imaginez plutôt, un homme marié qui prend pour amant un adolescent encore mineur et pour comble de l’infamie manque de le tuer à coup de revolver.

De parfaits inconnus ont pu vivre de telles expériences. Les poètes n’ont pas le monopole de la passion. Mais lorsque leurs écrits portent la trace de leurs vies tumultueuses, la mémoire collective s’emballe. Rimbaud et Verlaine sont devenus des personnages mythiques, tels Tristan et Yseult, Héloïse et Abélard.

La pièce de Christopher HAMPTON adaptée et mise en scène de façon très dépouillée par Didier LONG, imagine la liaison charnelle et spirituelle qui a réuni les deux poètes durant deux ans de Septembre 1971 à Juillet 1973.

L’auteur s’est beaucoup documenté grâce aux correspondances de Verlaine et Rimbaud et leurs écrits réciproques. Mais la documentation ne peut suffire à faire jaillir les figures de ces poètes. Certes, il existe des photographies de chacun d’eux, l’un Verlaine parait-il était très laid, l’autre Rimbaud, très beau.

Dans la pièce, l’auteur fait dire à Rimbaud s’adressant à Verlaine « Ton esprit est aussi laid que ton corps ». Les rapports de force entre les deux amants sont impitoyables. Christopher HAMPTON fait le portrait de deux hommes aux personnalités complexes évidemment mais également profondément différentes. Rimbaud a toute l’arrogance de la jeunesse, il recherche la force mais prend appui sur un être talentueux mais d’un caractère velléitaire et faible au point de se laisser aller à battre sa femme.

A la lumière des éléments de biographie des deux poètes, nous pourrions être amenés à les juger. Mais de quel droit, nous ne faisons pas partie de leurs intimes, nous sommes juste lecteurs admirateurs de leurs poèmes. Si nous nous intéressons à la vie de Rimbaud et de Verlaine, c’est peut-être par une sorte de transfert amoureux, d’identification à leurs passions troubles car la chair est invoquée dans leurs poèmes, elle est véritablement explosive. Le dérèglement de tous les sens dont parle Rimbaud dans sa saison en enfer, sa rencontre avec Verlaine en fait partie.

En proie aux démons de l’alcool et d’une dépression latente Verlaine connaissait l’enfer. Rimbaud dans l’étincelance de sa jeunesse lui est-il apparu à la fois comme un ange rédempteur et un ange diabolique ? Nous savons que Verlaine s’est attaché à faire connaître les œuvres de Rimbaud, il l’aimait. Christopher HAMPTON suggère que Rimbaud adolescent était sensible à cet amour qui comblait un manque affectif et des angoisses terribles dont témoignent les quelques lettres d’appels au secours adressées à Verlaine. Même si ces œuvres sont mâtures, son comportement est vraiment celui d’un adolescent paumé.

Que Verlaine et Rimbaud ne soient pas mis en pâture par quelques biographes charognards, c’est ce que nous leur souhaitons. La biopsie de Christopher HAMPTON est honnête, elle a le mérite de créer l’illusion, celle d’approcher deux poètes phares de ce que nous sommes nous justes humains.

L’humanité transpire dans l’interprétation des comédiens. La composition intense de Didier LONG, Verlaine, est particulièrement impressionnante. Julien ALLUGUETTE quant à lui donne une vision de Rimbaud, spontanée et fraîche moins ténébreuse que celle que nous pourrions imaginer de l’auteur d’une saison en enfer. Jeanne RUF qui interprète Mathilde la femme de Verlaine, est la grâce même.

Homme ou poète ? Gageons que cette question Verlaine et Rimbaud l’ont essuyée tout le long de leur vie. Or, la chair exulte à travers le corps du poème, elle déplace des montagnes !

Paris, le 1er Mai 2017                               Evelyne Trân