La légende de Hải Phòng, un conte vietnamien de Mireille TRAN.

Le buffle au Vietnam est le symbole du Bonheur, la Bravoure et la Prospérité

Illustration d’Adama TRAN

Chu-Song-Tu, le père et Chu-Song-Lu, le fils, étaient deux pêcheurs du Nord-Vietnam.

Lorsqu’ils descendaient au bord de la mer, emportant à bout de bras leur barque légère, la plage se faisait plus légère encore que de coutume. Elle demandait aux coquillages de sortir de leurs niches et au vent de déployer les algues. Elle disait à la mer de chanter la bienvenue aux deux pêcheurs.

Celle-ci laissait volontiers pêcher ses poissons, sauf les jours de folie, quand le vent la prenait dans ses bras. Hélas ! c’était fort souvent. Alors Chu-Song-Tu et Chu-Song-Lu avaient faim, mais ne lui en voulaient pas. Entre deux rochers, dans une jolie paillote faite de lianes et de lichens, ils vivaient solitaires, sans songer autemps qui passe.

Chu-Song-Lu, le fils, avait vu se lever vingt fois l’aurore du commencement.

« Tu es mince et léger comme le génie des airs », disaient les Chim-Yeu.

« Tu es musclé comme l’un de nos enfants » remarquaient les pins de la falaise. Et les rochers trouvaient que ses yeux noirs leur ressemblaient.

« Sommes-nous pauvres ? » demanda un jour Chu-Song-Lu, le fils, à Chu-Song-Tu, le père.

« Nous sommes riches, répondit Chu-Song-Tu, nous avons le ciel, le soleil, la mer, la plage et les rochers, sans compter les poissons. »

« Oui, père ! dit Chu-Song-Lu, mais nous ne possédons qu’une seule culotte pour deux. »

Chu-Song-Tu hocha la tête. « A ma mort, je te la léguerai, dit-il, je suis très vieux. Ce sera peut-être pour aujourd’hui, peut-être pour demain. »

La mort choisit la nuit pour emporter le vieillard afin que cela lui soit moins pénible de quitter le soleil et la plage blonde comme le miel.

La mer rampa jusqu’à ses pieds. Les oiseaux lui jetèrent des fleurs.

Alors Chu-Song-Lu creusa un lit dans le sable et y coucha le vieil homme. Mais il ne voulut pas prendre la culotte, par respect pour son père.

Ainsi donc, Chu-Song-Lu demeura nu, comme les plantes, les oiseaux, les poissons et les nouveau-nés de la première heure.

Un jour, la fille du roi Hung-Voong vint se promener sur la falaise, ce qu’elle n’avait jamais fait.

« Je vais me baigner, dit-elle, et toute sa cour dégringola les rochers à sa suite, en sautant, trébuchant, maugréant et perdant ses pantoufles.

« Pas si vite ! criait le vieux lettré, chargé d’apprendre à la princesse la morale de Confucius, pas si vite ! Vous ne me laissez pas le temps de regarder pour m’éclairer. »

« Qu’est-ce que c’est que ça, demanda Chu-Song-Lu, tout étonné de voir s’abattre sur sa plage cette farandole de seigneurs et de belles dames.

« Oh rien, dit un rossignol qui fréquentait les jardins royaux, rien vraiment ! La fille du Roi Hung Voong qui mène sa cour au bain.

« La fille du Roi ! se dit Chu-Song-Lu, mon père ne m’en avait jamais parlé. Que dois-je faire pour bien la recevoir ? ».

Alors il se souvient qu’il était nu comme les plantes, les oiseaux et les poissons et les nouveau-nés de la première heure.

« Je crois qu’il vaut mieux te cacher sous mon sable. Il est justement tout chaud, ce ne sera pas désagréable, lui conseilla la plage.

Soit, dit Chu-Song-Lu et vite il se cacha sous le sable, car il n’avait pas le temps d’aller plus loin.

« Dressez ma tante ! ordonna la princesse. Et les serviteurs installèrent la tente au beau milieu de la plage, comme il sied pour la fille du roi.

« Tiens, dit l’un d’entre eux, le sable ne fait-il pas gros dos ?

« Qu’importe, dirent les autres, c’est l’emplacement qui compte. »

Cependant, la cour se retira sur les rochers, conduite par le vieux lettré.

« Diable ! il fait chaud ! souffla Chu-Song-Lu dans le sable, et comme il n’entendait plus rien, il risqua sa tête hors de sa cachette.

Il fut très surpris de se trouver sous la tente de la princesse.

« Un poisson ! s’écria la fille du roi, effrayée.

« Je ne crois pas, répondit Chu-Song-Lu, très ennuyé. Que faire ? »

En conséquence, pour expliquer pourquoi il était nu comme les plantes, les oiseaux, les poissons et les nouveau-nés de la première heure, il raconté l’histoire de son père qui était aussi la sienne.

« Voilà de la piété filiale ou je ne m’y connais pas, dit la princesse attendrie. Voulez-vous m’épouser ? Notre rencontre si extraordinaire doit être voulue par Bouddha.

« Je n’ai rien à vous offrir, avoua Chu-Song-Lu humblement.

« Nous aurons le ciel, le soleil, la mer, la plage et les rochers, et notre amour dit-elle avec simplicité.

Phung-Hoang, l’oiseau des amoureux, annonça le mariage de la princesse avec le jeune pêcheur.

Et le lettré, suivi de toute la cour, retourna tête basse auprès du roi Hung-Voong, lequel se mit très en colère en apprenant la nouvelle.

« Je ne veux plus revoir ma fille ! cria-t-il. Qu’elle reste vivre auprès de son pêcheur.

Chu-Song-Lu et son épouse furent très heureux et la plage se félicita d’avoir fait ce mariage.

Chu-Song-Lu pêchait, la fille du roi réparait les filets.

Ils eurent beaucoup d’enfants qui devinrent pêcheurs à leur tour, vendirent leurs poissons, et un jour un port se créa, car les barques étaient de plus en plus nombreuses.

Ce fut le port de Haiphong.

Le roi Hung-Voong à l’heure de sa mort l’apprit par la rumeur et pardonna à sa fille ainsi qu’à Chu-Song-Lu.

Ils sont maintenant au royaume des Immortels où n’existent pas les lois de préséance.

Mireille TRAN

COME BACH – Mise en scène de Gérard Rauber au Théâtre Le Lucernaire 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS du 13 Novembre 2024 au 12 Janvier 2025 du Mardi au Samedi à 20 H, le Dimanche à 17 H. Durée 1 H 15.

Relâches les 25 décembre 2024, 1er janvier 2025.

Rencontre avec l’équipe artistique le vendredi 6 décembre à l’issue de la représentation.

  • Mise en scène Gérard Rauber
  • Avec Anne Baquet (voix) Claude Collet ou Christine Fonlupt (piano), Amandine Dehant ou Jeanne Bonnet (contrebasse) , Anne Regnier ou Ariane Bacquet (Hautbois à cor anglais)
  • Production Le Renard

 

Photo Alexis RAUBER

Nous les avons connues et applaudies, Anne BAQUET, Claude COLLET, Amandine DEHANT et Anne REGNIER  dans ABC D’AIRS leur premier opus, les voici qui récidivent dans un quatuor women show en hommage à l’imagination fertile de Bach. Maître absolu de la fugue, son œuvre comporte plus de 1000 compositions. Il a influencé et influence toujours un nombre considérable de compositeurs

Oui, c’est vraiment un concert pas comme les autres où l’immersion dans l’univers musical de Bach se veut prioritairement joyeuse et poétique.

Adieu les partitions et les chaises, sous l’œil avisé de Gérard RAUBER, les musiciennes donnent libre cours à leur fantaisie. Elles s’expriment cœur et corps à l’unisson, aussi mobiles que les notes de Bach qui se chevauchent, elles gambadent, allant jusqu’à danser sur le piano.

Et c’est un bonheur que d’écouter chanter Anne BAQUET  Ma plus courte chanson  de François MOREL et le 1.2.3.4.5. de Marie-Paule BELLE et Isabelle MAYEREAU sur des airs de Bach, sans oublier les morceaux de bravoure, les solos des musiciennes.

Un véritable animal musical que cette contrebasse qui grogne et gémit sous les doigts d’Amandine DEHANT. Le hautbois, l’instrument d’Anne REGNIER ou Ariane BACQUET a des accents champêtres bien évidemment et la pianiste Claude COLLET fait montre d’une vivacité à toute épreuve.

Cat il faut souligner le caractère festif de ce spectacle où la badinerie, le canon sans fin de Bach et la chanson Just a time, standard de jazz, font jouir heureusement l’oreille.

Et cerise sur le gâteau, le public découvre un medley hors du commun, un feu d’artifice Come Bach où même Claude François fait irruption, de quoi écarquiller vos oreilles.

Après ce concert tout public (à partir de 7 ans) décidément insolite, croyez-moi vous pourrez siffloter ou chantonner gaiement sur des suites de Bach, celles-là mêmes qui ont bercé la voix d’Anne BAQUET !

Article mis à jour le 6 Octobre 2024

Evelyne Trân

LE PROGRAMME

Bach Forever (Damien Nédonchelle, d’après le concerto en mi majeur de J.S. Bach)
Just in time (Betty Comden, Adolph Green – Jule Styne, J.S Bach – arrgt: Leonard Bernstein)
Badinerie (J.S. Bach)
La petite fugue (Maxime Leforestier)
Menuet 1 de la 3e suite pour violoncelle (J.S. Bach)
Bacchanales (Saint-Saëns)
Ma plus courte Chanson (François Morel – J.S. Bach, Damien Nédonchelle)
Musette (Anna-Magdalena Bach)
Contre, tout contre, Bach (Jean-Philippe Viret)
12345 (Isabelle Mayereau – Marie Paule Belle)
Ça rame (Philippe Decamp – J.S. Bach, François Rauber)
Adagio (J.S. Bach, Marcello)
Eine Kanone (domaine public)
Toccata en ré mineur (J.S. Bach)
B-A-C-H (Arvo Part)
Si j’avais un marteau (Hays Lee, Peter Seeger adapt : Buggy vline – J.S. Bach)
Circus Waltz (Nino Rota)
D’abord ton Bach (Bernard Joyet – J.S. Bach)
Menuet 2 de la 3e suite pour violoncelle (J.S. Bach)
Toccatina (Nicolaï Kapoustin)
Piano Bartok (Philippe Decamp -Claude Collet)
Zapping alphabétique (Arrangement Gabriel Phillipot)

N.B : Anne BAQUET et Gérard RAUBER étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4. lors de l’émission du Samedi 30 Mars 2024 en podcast sur le site de Radio Libertaire.

Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig. Adaptation de Betty PELISSOU. Mise en scène de William MESGUICH au Studio Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles – 75017 Paris – Du 02 novembre au 28 décembre 2024 le samedi à 14 H 30.

De Stefan Zweig
Adapté par Betty Pelissou
Mis en scène par William Mesguich
Avec Betty Pelissou
Costumes : Marie-Caroline Behue
Musique : Thomas Débordes
Production : La Poqueline

Imaginez une fleur que vous n’osez pas toucher car vous craignez d’attenter à sa fraicheur. Observez son cœur que vous ne voulez pas non plus presser de crainte de l’écraser et soudain un fantasme vous envahit, vous vous souvenez d’une femme qui aurait toutes les qualités de cette fleur à la fois vaporeuse et délicate, fragile et violente, armée de sa seule beauté, exposée au vent et au soleil, qui consentirait dans un souffle unique de vous prendre à témoin, de vous parler d’un secret infini, qui va perdurer grâce à votre écoute et devenir une sorte de rêve tangible et obstinément présent, une histoire d’amour.

Elle est plus que délicate cette lettre qu’une femme adresse à un homme avant de mourir. C’est la confession d’une femme amoureuse à un homme qui ne l’a jamais aimée. Un amour impossible en somme qu’il faut entendre comme un mystère, ne pas chercher à le juger, seulement l’écouter s’exprimer.

Le public s’éprouve privilégié d’entendre cette femme nous raconter son histoire. Comment ne pas être reconnaissant envers la comédienne Betty PELISSOU puisque nous l’entendons exister sur scène cet amour, nous le partageons, nous nous y abandonnons sans honte. Nous nous y identifions, acceptant cruellement de nous découvrir pathétiques, pitoyables mais heureux avec une flamme dans le regard.

Nous entrons dans un rêve qui prend toute sa force au théâtre car il est palpable, l’auteur Stefan ZWEIG, le metteur en scène William MESGUICH et naturellement Betty PELISSOU se sont donné la main pour orchestrer cette rêverie amoureuse que ne renieraient ni Baudelaire, ni Verlaine ni les âmes sensibles.

Article mis à jour le 6 Octobre 2024

Evelyne Trân

Article également publié sur le MONDE LIBERTAIRE.FR :

N.B : Betty PELISSOU était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4  le 20 Avril 2024, en podcast sur le site de Radio Libertaire.  

Le Souper de Jean-Claude BRISVILLE du 30 Septembre au 30 Décembre 2024, les lundis ► 19h. Adaptation, mise en scène de Daniel et William MESGUICH au Théâtre des Gémeaux Parisiens 15, rue du Retrait 75020 PARIS

Daniel MESGUICH – Talleyrand
William MESGUICH – Fouché
Costumes Dominique LOUIS

La politique «spectacle» a depuis longtemps envahi le petit écran avec ses talk-shows, ses combats de coqs et même, il n’y a pas si longtemps, le guignol de l’info.

Dans les greniers de l’histoire se trouvent deux célébrités, FOUCHE et TALLEYRAND qui n’ont rien à envier à nos politiciens actuels. En tout cas Jean-Claude BRISVILLE se fait fort de relever leurs qualités communes, un certain art de la rhétorique, de la dissimulation et des effets de manche, à travers la retransmission fictive d’une conversation privée, le soir du 6 Juillet 1815.

Après la défaite de Waterloo et l’exil de Napoléon, personne ne sait encore qui va gouverner la France. Talleyrand ouvre le jeu, il a déjà pris son parti, celui du retour des Bourbons, et Fouché celui de l’avènement de la République.

Nous verrons que c’est évidemment par pragmatisme politique et non par conviction que Fouché, président alors du gouvernement provisoire, finira par répondre à l’invitation de Talleyrand d’aller rejoindre le Roi Louis XVIII. Il s’agit de toute façon pour l’un et l’autre de garantir leur avenir politique. Talleyrand aura d’ailleurs cette phrase lourde de sens :« Faut vous y faire, l’avenir aujourd’hui est au passé ».

Est-il vraiment possible d’imaginer que l’histoire d’un pays puisse se jouer à coups de dés dans les alcôves d’un salon avec du saumon et du foie gras au souper tandis que le peuple manifeste dans la rue.

A défaut de pouvoir mettre à nu les personnalités réputées monstrueuses de Talleyrand et Fouché, dans la soupente du langage, Jean-Claude BRISVILLE fait scintiller quelques indices évocateurs de leurs tours de chants politiques.

Talleyrand incarné par Daniel MESGUICH, assume sa nature narcissique, il est vrai qu’il est boiteux. Il ne se départit jamais d’une ironie persifleuse si utile pour désarçonner son adversaire Fouché, interprété par William MESGUICH, toujours sur la défensive et inquiet, prêt à rugir à tout moment.

Il s’agit donc bien d’une bataille de coqs où la perception esthétique, cérébrale, le beau langage, l’emportent sur les frayeurs. C’est par moments un peu trop léché, mais Jean-Claude BRISVILLE n’a pas prévu que les deux hommes s’empoignent véritablement.

Le spectacle requiert une écoute soutenue pour essayer de comprendre comment l’un va se soumettre à l’autre au gré du glissement de quelques belles saillies.

L’attrait majeur de la pièce tient à la présence de ces deux baroudeurs du théâtre, Daniel et William MESGUICH qui avancent leurs personnages, tels des pions sur le damier de la grande histoire, d’inaltérables voyous, selon Daniel !

Article mis à jour le 4 Octobre 2024

Evelyne Trân

POPECK : FINI DE RIRE, ON FERME ! A partir du 15 Septembre 2024, les dimanches à 19h15 et le mercredi 1er janvier 2025 à 16h30- Au Théâtre de Passy 95, rue de Passy 75016 PARIS.

Auteur  Popeck — Avec Popeck

Un Charlot Yiddish qui furtivement fendrait la foule…L’homme n’a pas besoin de lever la voix pour se faire entendre. De sa silhouette quelconque, il tire tous les avantages car on ne le voit jamais venir. De fait il est enveloppé d’un voile, un râle étonnamment élastique qui lui sert de passoire, de filtre, pour traduire l’incongruité de l’existence.

Champion du dialogue de sourds, il damerait le pion à tous les malentendants. Sa mauvaise foi ne peut hérisser le poil que des grands naïfs dont il fait malicieusement partie.

C’est qu’il faut leur rabattre le caquet aux grands seigneurs, aux tenants de l’ordre, aux spécialistes, aux enrôlés. « Vous ne voulez pas m’entendre » s’esclaffe le personnage qui a suffisamment d’humour pour se laisser de traiter de con et faire de la connerie générale un puissant moteur de jouissance…

Du recyclage somme toute des aspérités de l’existence, de ses incommodités toujours les mêmes, les parasites, les mauvaises humeurs qui n’épargnent personne.

S’il y a de la méchanceté dans l’air, eh bien il faut lui faire tourner la tête, quitte à prendre pour bouc émissaire la première venue, sa pauvre épouse.

Popeck joue à merveille son rôle d’antipathique sympathique. L’homme vide toujours ses poches en entrant en scène, il possède l’art d’emboiter la conversation quoiqu’il arrive, quoiqu’il lui traverse l’esprit, avec une mémoire d’escalier, pleine de farces et attrapes, en un mot diabolique. Nous ne vous révélerons pas ses sketches, certains très connus et d’autres nouveau-nés, il faut les entendre de sa propre bouche. Il y a de l’humilité chez cet homme-là, une grâce qui nous éblouit, nous pauvres types égarés dans ce drôle de monde. Continuez à vous porter bien, Monsieur POPECK, si vous n’existiez pas, il eût fallu vous inventer !

Article mis à jour le 3 Octobre 2024

Evelyne Trân

N. B : Popeck était l’invité de l’émission Deux sous de scène sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 28 octobre 2023, en podcast sur le site de Radio libertaire.  

MALWIDA de Michel Mollard au Studio Hébertot 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS – Du 29 août au 27 octobre 2024 du jeudi au samedi à 19 H. Le dimanche à 17 H.

Lorsqu’à l’été 1889, chez son maître et mentor Gabriel Monod, Romain Rolland fait la connaissance de Malwida von Meysenbug de cinquante ans son aînée, il n’imagine pas que cette rencontre va bouleverser sa vie.Aristocrate émancipée de son milieu d’origine, Malwida est devenue une apôtre de la cause féministe et a épousé les idéaux démocratiques de son temps, quitte à en payer le prix. Personnalité remarquable, elle exerce une influence sur les esprits les plus élevés de l’époque : Mazzini, Michelet, Wagner, Liszt, Nietzsche, Lou von Salomé, Suarès et bien d’autres.Pendant quatorze ans, de 1889 à sa mort, elle et Romain Rolland, qui traverse des années difficiles et connait de nombreux échecs, vont entretenir une correspondance inouïe de plus de mille cinq cents lettres. Malwida le révèle à lui-même. Il deviendra prix Nobel de littérature. Romain Rolland lui rendra hommage en des termes magnifiques : « L’ami qui vous comprend, vous crée. En ce sens, j’ai été créé par Malwida. »Après le succès de Dernières notes (Studio Hébertot, automne 2023) qui relatait la dernière soirée de Romain Rolland au crépuscule de son idéalisme, Malwida fait revivre une femme d’exception et le grand écrivain et musicien à l’aube d’une œuvre amenée à faire le tour du monde.

Mis en scène par François Michonneau
Avec Bérengère Dautun, Benoît Dugas et Ilyès Bouyenzar
Avec la voix de Jean-Claude Drouot
Costumes : Frédéric Morel
Production : MM Arts


Bande annonce

La pièce MALWIDA de Michel MOLLARD semble avoir été écrite pour Bérangère DAUTUN tant cette dernière incarne à merveille Malwida VON MEYSENBUG une figure féministe du 19ème siècle qui fréquenta parmi de nombreuses personnalités de son époque, Nietzsche et Wagner.

Malwida VON MEYSENBUG entretint pendant 14 ans jusqu’à sa mort une volumineuse correspondance avec Romain ROLLAND son cadet de 50 ans, (prix Nobel de littérature en 1915).

Cette pièce raconte l’influence de Malwida sur le jeune Romain Rolland . Elle le soutint dans ses ambitions d’artiste et d’écrivain .

Dans une lettre, il lui déclare « L’essence de l’art c’est la passion et l’action. L’art c’est l’intuition  ». Il lui confie écrire un long roman, un grand poème de la solitude qui raconte la lutte d’un jeune prince contre le monde.

Malwida et Romain Rolland, malgré leur différence d’âge sont réunis par la même passion, le même idéalisme :

« Où que vous soyez, où que je sois, vous serez toujours avec moi, une partie de moi , la meilleure » C’est une véritable déclaration d’amour spirituel de Romain à Malwida.

Rappelons que Romain Rolland, ami de son biographe Stefan Zweig, était un ardent défenseur de la paix. Il n’hésita pas à publier un roman pacifiste Au-dessus de mêlée pendant la grande guerre.

Cette pièce intimiste, mise en scène sobrement, donne envie de se replonger dans les œuvres de Romain Rolland et pourquoi pas de découvrir Les mémoires d’une idéaliste de Malwida.

La distribution est épatante et deux cerises sur le gâteau, le public aura l’agrément d’entendre la voix de Jean-Claude Drouot, et d’apprécier le jeu au piano d’ Ilyès Bouyenzar, l’interprète de Romain Rolland jeune.

Il y a aussi tout le plaisir de retrouver Bérangère DAUTUN dans un rôle qu lui sied parfaitement, celui d’une féministe et et d’une femme battante et passionnée !

Le 2 Octobre 2024

Evelyne Trân

LETTRES D’EXCUSES – Texte et interprétation de Patrick Chesnais – Mardi > samedi 20h | Dimanche 17h. du 18 Septembre au 10 Novembre 2024 – Durée 1 H 10 au Théâtre du LUCERNAIRE 53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris

  • Texte et interprétation Patrick Chesnais
  • Collaboration artistique Émilie Chesnais
  • Production Atelier Théâtre Actuel

Rencontre avec l’équipe artistique le 1er novembre à l’issue de la représentation.

Bande-Annonce

Imaginez que vous écriviez aux arbres, à la mer, au soleil, il faudrait être poète ou poétesse et c’est au risque de passer pour cinglé.e.

Patrick CHESNAIS est un peu cinglé, il écrit aussi bien à ses proches, fils, mère qu’au soleil ou à la mort cette grande faucheuse.

Sans doute ses missives sont décrites comme des lettres d’excuses parce que les destinataires ne sont pas censées y répondre. Mais qui sait ?

Il y a un doute et c’est ce doute fabuleux qui vaut à Patrick CHESNAIS d’être sur scène tel un funambule sur le fil.

Le public suspendu à ce fil à la fois tendre, lumineux, et hardi parce que ce comédien n’a pas l’humour dans sa poche, sort du spectacle le sourire aux lèvres, reconnaissant que l’exercice des excuses – pardon, s’il vous plaît, je vous en prie – a cela de réjouissant d’augurer le lèvement de pattes des sujets les plus tabous ou délicats, comme la mort, l’Ehpad ou plus risible, cette envie malencontreuse de se soulager au cours d’un spectacle illuminé par une star – la honte ! –

J’avais adoré Patrick CHESNAIS dans le film La lectrice – Dans ce seul en scène, je retrouve le même comédien à la fois drôle et si humain!

Enfin des lettres d’excuses qui ne se prennent pas au sérieux, c’est providentiel de nos jours !

Le 29 Septembre 2024

Evelyne Trân

La chute d’après Albert CAMUS – Interprétation et mise en scène de Jean-Baptiste ARTIGAS au Théâtre ESSAION 6 rue Pierre au lard 75006 PARIS du 1er septembre 2024 au 6 janvier 2025 , les dimanches à 18 H, les Lundis à 19 H.

AUTEUR Albert CAMUS
MISE EN SCÈNE Jean-Baptiste ARTIGAS
INTERPRETATION Jean-Baptiste ARTIGAS
ADAPTATION Jacques GALAUP
DRAMATURGIE Sophie NICOLLAS
COLLABORATION ARTISTIQUE Guillaume DESTREM
LUMIÈRES Caroline CALEN
DURÉE 1h15
PRODUCTION LA BELLE ÉQUIPE
ATTACHÉE DE PRESSE Catherine GUIZARD


Un homme interpelle un autre homme au Mexico-City, un bar à matelots d’Amsterdam. Une longue conversation s’initie entre eux. Jean-Baptiste Clamence, le narrateur exerçant dans ce bar l’intriguant métier de juge-pénitent, fait lui-même les questions et les réponses face à son interlocuteur muet. Il commence alors à lever le voile sur son passé glorieux et sa vie d’avocat parisien. Une vie réussie, jusqu’au soir où cette jeune femme qu’il croisera sur le pont Royal à Paris, se jettera dans la Seine juste après son passage.

La Chute, ce roman monologue d’Albert CAMUS fait souvent l’objet d’adaptations théâtrales. Et c’est tant mieux car cette œuvre agit comme un miroir de sorte que suivant la personne qui s’y projette, les impressions et les interprétations sont très diverses.

Cela tient sans doute aussi à l’ambiguïté du personnage Jean-Baptiste Clamence à la fois jeune et vieux, cynique et désespéré, bavard et insondable, exalté et tourmenté.

Un seul en scène pour un seul personnage ! Albert CAMUS n’était pas comédien mais en tant que dramaturge et créateur il pouvait endosser la peau de ses personnages.

Jean-Baptiste CLAMENCE est un individu au bord du gouffre, ou bien en bordure de scène, en bordure de la Seine.

D’une certaine façon, il se confronte au vide, celui de la solitude, de la peur du vide et il s’agit d’une interprétation parmi d’autres, ce qui le raccroche à la vie, depuis qu’il a perdu toute inconscience, c’est une saleté dans son miroir, quelque chose qui gâche tout comme une verrue au milieu du visage, le sentiment de s’être trahi lui même, lui un homme propre à tous points de vue, parce qu’il a été incapable, un jour, de porter secours à une femme qui se jetait d’un pont.

Des analystes de l’âme trouveraient sûrement des explications à cette défaillance. Mais ce n’est sans doute pas ce que recherche Camus. Il met en scène un homme qui a mal et il se purge par la parole comme un malade . Cela dit dans ces propos , s’il s’inquiète pour lui même c’est en tant qu’humain parmi les humains. Ne serait-il coupable que d’être humain ?

En tant qu’auteur, journaliste et homme ayant vécu la guerre mondiale et celle d’Algérie, CAMUS porte sur ses épaules non pas la misère du monde mais ce qui s’en approche malgré tout. C’est une histoire de conscience. Chez lui l’optimiste et le pessimiste jouent au bras de fer.

L’interprétation de Jean-Baptiste ARTIGAS frappe par sa juvénilité et pour reprendre une expression de Camus « Il faut imaginer Sisyphe heureux », il faut aussi imaginer Clamence à la recherche de la paix.

Ce Clamence ne dit-il pas  :

« Après tout ce que je vous ai raconté, croyez-vous qu’il me soit venu le dégoût de moi même. Allons donc, c’est surtout des autres que j’étais dégoûté. J’aime la vie, voilà ma vraie faiblesse ».

Cet amour de la vie Jean-Baptiste ARTIGAS l’exprime naturellement au piano, en reprenant des standards de jazz de Théolonious MONK .

Ce va et vient vers le piano est quasi organique. L’action se situe dans un bar, il y a du mouvement, de la vie. C’est juste suggéré mais qui ignore qu’au milieu du monde, on peut se sentir seul.

Sous le regard de Guillaume DESTREM, Jean-Baptiste ARTEGAS offre au public un spectacle d’une fraîcheur et d’une intensité totalement désarmantes.

Article mis à jour le 29 Septembre 2024

Evelyne Trân

N. B : Jean Baptiste ARTIGAS était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur RADIO LIBERTAIRE 89.4 le samedi 21 Septembre 2024 en podcast sur le site de RADIO LIBERTAIRE.

LA FONTAINE EN FABLES ET EN NOTES de Jean de la FONTAINE avec Brigitte FOSSEY et Danielle LAVAL au piano. DIMANCHE 17H – LUNDI 19H – Représentations supplémentaires pendant les vacances de la Toussaint (du 23 octobre au 2 novembre) du MERCREDI AU SAMEDI À 15H.Au Théâtre Poche Montparnasse 75 Bd du Montparnasse 75006 PARIS

Avec Brigitte FOSSEY et Danielle LAVAL au piano

Jay GOTTLIEB accompagnera Brigitte FOSSEY les 23 et 30 octobre et le 1er novembre à 15h

Avec des musiques de BACH – Michel LEGRAND – RACHMANINOV – DEBUSSY – SCARLATTI – BEETHOVEN – Nino ROTA…

Avec la complicité de Stéphanie TESSON et Marie ADAM

Lumières : Alireza KISHIPOUR

Photographies : Sébastien TOUBON

Nous ne nous rassasierons jamais assez de LA FONTAINE. Mais il est vrai dès qu’il est question de LA FONTAINE, ce sont des souvenirs scolaires qui reviennent en mémoire.

Eh bien, esprits blasés n’ayez crainte de rafraîchir votre mémoire avec ce joli spectacle offert par Brigitte FOSSEY et Danielle LAVAL !

Nous vous laissons la surprise de découvrir les fables qu’elles ont choisies parmi les plus connues et les très inconnues.

Brigitte FOSSEY s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux enfants puisque tout le monde le sait, il y a toujours un enfant qui se cache dans la carapace de l’adulte.

Elle déborde d’enthousiasme pour libérer de leurs rets certaines fables que l’on croit avoir trop entendu. Elle joint le geste à la parole mimant aussi bien la tortue que l’oiseau volant.

L’on sourit et l’on s’amuse à l’intérieur de ce fablier très coquin qu’illustre avec maestria Danielle LAVAL au piano.

LA FONTAINE est un génie ! Ce genre de génie qui hante les forêts. Et Brigitte FOSSEY, leur elfe, nous enchante !

Le 24 Septembre 2024

Evelyne Trân

Viêt and Nam, un film de Truong Minh Quý – Sortie le 25 Septembre 2024 . Prochaine séance – Le Lundi 13 Janvier 2025 en V.O à 10 H 40, à l’ARCHIPEL 17 Bd de Strasbourg 75010 PARIS.

Pour plus de dates à venir, il convient de consulter le site d’allociné :

https://www.allocine.fr/seance/film-328445/pres-de-87154/#shwt_date=2024-12-09

Réalisé par : TRUONG Minh Quý
Année de production : 2024
Pays : Viet Nam, Philippines, Singapour, France, Pays-Bas, Italie, Allemagne, États-Unis
Durée : 129 minutes
Date de sortie : 25.09.2024

Dans les profondeurs des mines de charbon, où le danger guette et l’obscurité règne, Nam et Viêt, deux jeunes mineurs, chérissent des moments fugaces avant le départ de Nam pour une nouvelle vie de l’autre côté de la mer.

Mais quelque part, enfouie sous terre dans les profondeurs de la forêt, se trouve la dépouille du père de Nam, un soldat, qu’ils doivent absolument retrouver avant son départ. Ensemble, suivant les mystères des souvenirs et des rêves, ils retracent le chemin du passé.

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VIET AND NAM – BANDE ANNONCE

https://www.allocine.fr/seance/film-328445/pres-de-121616/#shwt_date=2024-09-24

Le réalisateur du film Viêt and Nam qui a reçu un bel accueil de la critique a tout juste 34 ans. C’est un très beau film qui restera dans les annales du cinéma indépendant du Vietnam alors même qu’il ne sera pas diffusé au Vietnam, ayant été censuré à cause de sa vision soit disant pessimiste.

Truong Minh Quy n’était pas né le 30 Avril 1975 qui a vu la victoire du Front national de libération du Sud Viêt Nam et du Nord Viêt Nam pour la réunification du Vietnam. Il situe l’action en 2001 parce qu’il y a 20 ans les souvenirs de la guerre étaient encore brûlants.

Dans ce film, le public traverse le Vietnam à travers le regard de deux jeunes gens qui s’aiment mais envisagent de se séparer, l’un d’eux souhaitant quitter le pays.

Ils s’aiment comme s’ils s’étaient toujours aimés. Ils sont frères en quelque sorte et se comprennent. Il y a une réelle harmonie entre les visages, les paysages et le rythme du film qui se poursuit telle une rêverie haletante et surprenante comme si nous spectateurs.trices étrangers.ères entraient par effraction dans une blessure ouverte, celle causée par les traumatismes de la guerre qui pousse un jeune homme à rechercher les restes d’un père qu’il n’a pas connu. On pense à Camus également en quête de son père mort à la grande guerre.

Le réalisateur montre mais ne dit pas. Il s’exprime en peintre, en poète parce qu’il ne s’agit pas d’un film militant mais d’une projection qui s’adresse au fond à une sensibilité universelle mais est soutenue par une perception très personnelle.

Tant il est vrai qu’il faut les soutenir ces visions d’une beauté insolente qui subjuguent la pupille parce qu’elles n’ont rien d’artificiel. Elles tombent du ciel ou de la nuit comme on voudra, elles nous touchent physiquement.

Lors d’une avant première avec la présence de Viêt kiêu,le cinéaste a été salué pour son courage d’avoir levé certains tabous, notamment celui de l’homosexualité et celui des migrants, en rappelant ce fait divers terrible des 39 vietnamiens morts dans un camion frigorifique en 2019 à Londres.

Le public a été touché par la dimension poétique du film qui fait appel à des éléments référents au Vietnam, la terre et l’eau . Il y a également ces scènes fortes de voyance qui se rattachent au culte viscéral des ancêtres chez les vietnamiens.nes.

Cela dit, la création est sans frontières et Viêt and Nam crève tout simplement l’écran ! A voir séance tenante !

Article mis à jour le 6 Janvier 2025

Evelyne Trân

N.B : Article également publié dans le Monde Libertaire.fr

Bonne nouvelle : le film sort en VOD le Jeudi 2 Janvier 2025 et en DVD le 13 Février 2025 (avec des bonus exclusifs).