OUT OF PLACE de et avec Guérassim DICHLIEV – Mise en scène Edouard DEDESSUS LEMOUTIER – au Studio Hébertot 78 Bis Bd des Batignolles 75018 PARIS – du 11 Octobre au 11 Novembre 2018 – Du jeudi au samedi à 19 Heures, le dimanche à 17 Heures –

 

C’est probablement parce qu’il ne tient pas en place et qu’il se projette toujours ailleurs où qu’il se trouve, assiégé par une imagination débordante, que l’homme clown se reproduit sans cesse.

Qui oserait lui assigner une place ? Une chaise est pourtant là sur la scène, gracieuse et solitaire qui n’attend qu’une chose, servir de siège. Il faut croire que dans l’esprit du personnage qui sait si bien rouler des yeux, elle est devenue récif, rocher ou falaise ou même montagne à escalader. Il lui faut une cloison imaginaire, le parapet d’une bouche cousue pour exprimer ses turbulences.

A la fois taureau et toréador, homme et femme, gentil et méchant,  humble et fanfaron, il s’estime prêt à affronter toutes les situations, prêtant le flanc et l’oreille aux musiques de films du bout du monde qui merveilleusement enrichissent son périple, son parcours de combattant.

C’est un bolide à réaction que cet homme-là, toujours léché par quelque bruit, quelque sensation, qui avec le temps a dû apprendre à composer avec l’autre homme contemplatif, celui-là, capable d’avancer transi devant une fleur muette.

 

Doté d’un visage très expressif, l’énergumène crève l’écran d’un film sans paroles, il ourle ses petites vagues vers la haute mer, l’œil derrière le hublot toujours éclaboussé.

Héritier du mime MARCEAU, Guérassim DICHLIEV a beaucoup voyagé, son bâton de pèlerin porte donc l’empreinte d’un voyageur infatigable, le vagabondage délirant auquel il convie les spectateurs est à son image, surprenant, imprévisible, terriblement attendrissant.

A découvrir séance tenante !

Paris, le 17 Juin 2018

Mis à jour le 6 Novembre 2018

Evelyne Trân

 

IL Y AURA LA JEUNESSE D’AIMER DE LOUIS ARAGON ET ELSA TRIOLET- MISE EN SCÈNE DIDIER BEZACE AVEC ARIANE ASCARIDE ET DIDIER BEZACE AU THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 RUE NOTRE-DAME-DES CHAMPS 75006 PARIS – 1H15 / DU 31 OCTOBRE AU 2 DÉCEMBRE 2018 À 21 H DU MARDI AU SAMEDI, DIMANCHE À 18 H –

COLLABORATION À LA MISE EN SCÈNE,

SON ET VIDÉO : DYSSIA LOUBATIÈRE

CHOIX DES TEXTES ET DES MUSIQUES :   BERNARD VASSEUR

MONTAGE DES TEXTES : DIDIER BEZACE

 LUMIÈRE : LÉO THÉVENON

PRODUCTION : L’ENTÊTEMENT AMOUREUX,

COMPAGNIE DIDIER BEZACE, CONVENTIONNÉE PAR LE MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION

ADMINISTRATION DE PRODUCTION : KARINE MÉRAUD

SOUTIENS : MAISON ELSA TRIOLET-ARAGON

CORÉALISATION : LUCERNAIRE

 

« Car par le temps qu’il fait il est de pauvres gens

Qui ne pouvant chercher dans les dictionnaires

 Aimeraient des mots ordinaires »

Aragon (extrait du poème « Ces vers sont obscurs »)

Des mots taillés comme des diamants juste à la lueur de la nuit, pour les imaginer, les entendre avant même d’en percevoir le sens, histoire  d’une lune bercée entre les nuages, histoire d’un jeu de rôles pour se projeter quelque part toujours à cache cache derrière l’ombre de l’autre et le surprendre, en vérité la langue d’Aragon est si suave, insatiable qu’elle optimise le moindre silence, la moindre pause, qu’elle est une impatience toujours contemplative, en un mot, elle est musicienne.

 Dans le spectacle conçu par Didier BEZACE, les mots vont jouer à cache cache comme des fantômes, seuls susceptibles d’évoquer l’univers poétique et romanesque du couple que formèrent Aragon et Elsa .

 Ils partagent le même territoire, la même langue mais ne se confondent pas, ils se répondent par voie de textes, de messages. Il n’y a pas d’avant, ni d’après, il y a toujours le basculement, comme cette extraordinaire indécence des nuages qui en se déplaçant découvrent un morceau de soleil ou disparaissent.

 Nous assistons à une véritable projection de rêves et d’histoires qui s’agitent à travers un jeu d’ombres et de lumières.

 Evidemment que les mots prennent le chemin de la voix pour exister, il y a des poèmes tableaux qui respirent, qui semblent n’avoir été conçus que pour faire corps avec leurs interprètes, prendre souche à travers leurs voix.

Le choix des textes, pertinent de Bernard Vasseur et Didier Bezace permet d’appréhender la densité et la pluralité des œuvres croisées d’Aragon et d’Elsa Triolet. d’avoir accès à certaines de leurs portes secrètes, au mystère entretenu de leurs relations.

 Aragon, l’auteur de si beaux  poèmes d’amour, avait aussi beaucoup d’humour, en témoigne le texte “ça s’est passé comme au cinéma” extrait du roman “ Servitude et grandeur des français”.

Du côté d’Elsa Triolet, nous découvrons le merveilleux texte introspectif “Moi, je voudrais écrire pour plaire à un homme” issu des nouvelles “Le premier accroc coûte deux cents francs”et une lettre inédite à son époux “Il n’est pas facile de te parler”.

Le spectacle tient du sortilège poétique grâce au charisme de ces deux grands interprètes Ariane ASCARIDE et Didier BEZACE !

Paris, le 4 Novembre 2018

Evelyne Trân 

 

CAMILLE CONTRE CLAUDEL – Adaptation et mise en scène d’Hélène Zidi – Avec Lola Zidi et Hélène Zidi – A partir du 18 octobre 2018 à 19h du jeudi au samedi au Théâtre du Roi René Paris 12 rue Edouard Lockroy 75011

 

Avec Lola Zidi et Hélène Zidi la voix de Gérard Depardieu Adaptation et mise en scène d’Hélène Zidi

Assistée de Grégory Antoine Magaña

Création lumières : Denis Koransky

Décor : Francesco Passaniti

Création Son : Vincent Lustaud

Chorégraphie : Michel Richard

Costume : Marvin Marc

 

C’est une Camille à l’état brut que nous découvrons dans ce spectacle, l’artiste muselée  dont le destin déchirant ravive toute une mémoire de femmes victimes d’une société patriarcale qui leur déniait ce qui était l’apanage des hommes, le pouvoir de création, l’indépendance en dehors du carcan familial, la liberté d’esprit.

 La vérité c’est que Camille Claudel a fait les frais d’une société hypocrite qui lui a fait croire que son talent, sa beauté, sa jeunesse devaient suffire à lui ouvrir les portes du succès, de la reconnaissance artistique.

 Sa chute est à la mesure du gouffre entre la condition masculine et la condition féminine au début du 20ème siècle.

 Toute jeune, admirée aussi bien par son père que par son professeur Rodin, elle n’a pas pris conscience du précipice qui l’attendait.

 Son isolement, la misère affective et matérielle ont eu raison de la violence de ses sentiments. D’un tempérament passionné et obstiné, Camille ne pouvait faire semblant, composer avec son entourage. Dès lors ses délires de persécution manifestaient une souffrance intolérable aussi bien pour elle-même que pour ses proches.

 Pour la faire taire de façon définitive, sa mère l’a placée dans un asile psychiatrique avec pour consigne aux médecins l’interdiction de communication avec le monde extérieur. Trente ans de réclusion soit une condamnation à mort lente.

 La pièce d’Hélène Zidi confronte deux apparitions de Camille Claudel, celle de la jeune fille belle et naïve, amoureuse et celle de la vieille femme qui se penche sur Camille jeune comme s’il s’agissait d’une autre personne.

 Cette confrontation sur scène entre la jeune et la vieille Camille, permet aux spectateurs de saisir à vif, le destin tragique de l’artiste, éjectée de la société,  fauchée à 48 ans.

 Lola Zidi interprète une jeune Camille, frémissante et bouleversante face à Hélène Zidi, qui campe une vieille femme qui n’a plus pour miroir que sa propre caricature.

 Les deux comédiennes expriment par la danse cet amour qui a toujours manqué à Camille. La scène reproduit l’atelier de l’artiste.

 Nous ne pouvons-nous empêcher de nous reporter à cette belle sculpture de vielle femme implorante, créée par Camille au sommet de son art comme si elle avait eu le pressentiment de ce qui l’attendait. Les artistes sont toujours voyants !

 Le spectacle saisissant devient le porte flamme de l’appel de cette grande artiste qui écrivait à son frère Paul « Je réclame la liberté à grands cris ».

 Paris, le 3 Novembre 2018

 Evelyne Trân

 

SKORPIOS AU LOIN AUX BOUFFES PARISIENS – 4 rue Monsigny Paris 2e – DU 18 SEPTEMBRE 2018 AU 06 JANVIER 2019 – HORAIRES du mardi au samedi à 21h – Dimanche à 15h –

AUTEUR Isabelle LE NOUVEL

MISE EN SCÈNE Jean Louis BENOIT

AVEC Ludmila Mikaël – Niels Arestrup – Baptiste Roussillon

DÉCORS Jean Haas

LUMIÈRES Joël Hourbeigt

COSTUMES Anaïs Romand

MUSIQUES Bernard Vallery

À NOTER Durée du spectacle : 1h30

La rencontre entre Winston CHURCHILL à la fin de sa vie et Greta GARBO à la fin de sa carrière, est un sujet en or pour les magazines people. La pièce d’Isabelle LE NOUVEL, d’excellente facture, prend véritablement le large et offre un autre point de vue, celui de la symphonie en mode mineur, celle des conversations intimes de personnalités livrées à leur solitude.

 Nous voici tout à fait dans l’ambiance d’une nouvelle de Stefan SWEIG avec des personnages qui éprouvent le besoin de se mettre en danger moralement, affectivement quoiqu’il arrive.

 Cette rencontre a réellement eu lieu et la fascination de Churchill pour Greta Garbo ne nous étonne pas. Dans cette pièce, fort heureusement, les personnages semblent avoir tourné le dos à leurs légendes respectives si extérieures qu’elles les ont acculés à la solitude, au bruit sourd de leurs vies intérieures qui sonne le glas et laisse place à la fulgurante étincelle du désir enfoui sous les feuilles mortes.

 En grand stratège, car il faut être un stratège pour pousser l’être désiré hors de ses retranchements, Churchill sur son fauteuil roulant qui sait bien n’avoir plus aucun atout d’ordre physique pour plaire à une femme, utilise son flair psychologique pour sonder les failles de la diva et lui déclarer son amour.

 Quelle femme d’apparence aussi glaciale et secrète que Greta Garbo pourrait résister au bonheur d’être aimée, applaudie par un homme qui ne l’a provoquée quasi insolemment que pour déposer à ses pieds une preuve d’amour qu’elle n’était pas prête à recevoir.

 Dernier combat du personnage Churchill, celui d’éprouver la résistance d’une femme dont le parcours l’émeut profondément.

 Rendre l’âme, qui pourrait rendre l’âme c’est-à-dire laisser s’élever un sentiment d’amour, ne serait-ce que quelques secondes !

 Un amour qui s’adresse à l’être, l’être Garbo qui fascine Churchill, Garbo, symbolisée par cette île Skorpios au loin.

 Nous avons l’impression d’assister à un véritable combat moral et exigeant entre deux êtres aux abois qui n’ont pour perspective que la solitude et la mort mais qui ont encore l’audace de rêver, d’être désirables.

 Niels ARESTRUP et Ludmilla MIKAEL jouent cette partition de façon magnifique. Leurs voix intérieures résonnent avec ce temps suspendu qu’offre la croisière avec pour seul horizon la mer à perte de vue.

 Les bruits secondaires de la rumeur amoureuse d’Onassis et Maria Callas et la présence du domestique alerte interprété par Baptiste ROUSSILLON, apportent leur note d’humour à cette traversée sentimentale captivante, orchestrée par le metteur en Jean-Louis BENOIT.

 Un concerto de haute voltige magnifié par deux interprètes fascinants, Niels ARESTRUP et Ludmilla MIKAEL !

 Paris, le 1er Novembre 2018

Evelyne Trân

 

SEBASTIEN GIRAY – Un Bonheur Acide ! Le One-man musical au Théâtre du Gymnase 38, bd Bonne Nouvelle 75010 Paris, à compter du 8 octobre 2018, chaque lundi à 20h00 – Durée du spectacle: 1h10 –

De et avec: Sébastien GIRAY

Mise en scène: Sébastien GIRAY

La jeunesse pour panache ! Sait-il au moins ce que cela veut dire « le politiquement correct », ce petit con !

On a envie de se dire que Léo FERRE lui fait des cornes derrière le dos et rigole !

Le petit, il a hérité de la soupe à la grimace, mais et c’est tout à son honneur, il sait mettre les pieds dans le plat et éclabousser la galerie, avec une méchanceté non dissimulée.

« Nous endossons la méchanceté pour mieux la dénoncer » nous disait récemment l’artiste humoriste Isabelle SPRUNG.

Un footballeur de la vanne, ce Sébastien GIRAY. Il envoie ses boulettes « puantes » à la face de tout le monde. Enfin, ses principales cibles, ce sont évidemment ces catégories sociales que la bienséance ordonne de ne pas froisser, les personnes âgées, les bobos, l’enfant roi, la chère et tendre compagne, la famille etc.

La méchanceté devrait être étudiée à l’Université. Souvenons-nous de cet humoriste chassé des antennes de télé à cause d’une plaisanterie douteuse sur les femmes battues. Y aurait-il un précipice pour les auteurs de blagues pestilentielles ? A-t-on oublié comme ils étaient « horribles » les humoristes d’antan, Jean Yanne, Francis Blanche et compagnie !

Dans la chanson « Ça ne tourne pas rond dans ma petite tête » de Francis Blanche, un enfant crève les yeux du chat de la grand-mère « J’sais pas c’que j’ai, j’aime bien faire mal ».

Sébastien GIRAY n’est pas en reste, il laisse son gosse se brûler les doigts, il a pour compagne une femme laide parce qu’elle consomme moins etc.

A titre d’échantillon, pour se faire une idée générale de l’humain à l’époque actuelle, voilà un personnage qui cumule tous les maux de notre époque, la pollution, le téléphone portable à table, le harcèlement sexuel, la disparition des espèces animales, l’utilisation à volo des anti-dépresseurs etc. Et il trouve ça tout naturel, l’imbécile !

Gonflé à bloc cet humoriste, son assurance sur scène décoiffe ! C’est qu’il a le sens de l’orientation, cet histrion qui tient tête au public lequel ne sait plus où donner de la sienne entre ses réflexions de comptoir, ses sketches qui en disent long sur notre glorieuse humanité et ses chansons trépidantes.

Une belle bouffée d’énergie que ce spectacle, réjouissant, c’est peu de le dire ! C’est un acide mais survolté bonheur !

Paris, le 26 Octobre 2018

Evelyne Trân

LISA ET MOI DE LAURENT BROUAZIN AU THEATRE DE L’ESSAION – 6, rue Pierre au lard (à l’angle du 24 rue du Renard) 75004 Paris- •Du 30 août 2018 au 12 janvier 2019 – Les jeudis à 19h45 et les vendredi et samedi à 21h30

  • Auteur : Laurent Brouazin
  • Mise en scène : Laurent Brouazin
  • Avec : Laurent Brouazin
  • Collaboration artistique : Marie Sauvaneix
  • Création lumière : Pierre Blostin

 

C’est pour vous faire le récit des événements dont elle fut le personnage central qu’au théâtre de l’ESSAION, « Lisa Et Moi » devient, sous vos yeux, « Lisa Et Vous ».

Alors qu’elle vous parle en direct, il vous semble percevoir à travers les lignes de son sourire et de son regard attentif, une part de bienveillance à votre égard qui vous fait sourire en retour.

Confidentielle au sens propre comme au sens figuré, la pièce de Laurent Brouazin juxtapose les nombreux épisodes d’une vie plus aventureuse qu’il n’y parait, celle d’une femme universellement connue, à la fois insaisissable et indispensable.

Sur scène, Laurent Brouazin, auteur de la pièce et Metteur en scène.

Paris, le 25 Octobre 2018

Michel TOURTE

 

LA MUSIQUE PARLE – Poème dédié au musicien et poète TIM LASER –

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LA MUSIQUE PARLE

L’esprit qui me tendra la main m’entraînera vers un jardin secret et nu, je serai submergée de rêves. Je leur donnerai un visage, un corps, un nom, je ne les nommerai qu’au fond de mon cœur, je l’ai toujours su même une pierre pense.

Quelqu’un me traversera, traversera mon corps diurne et nocturne. Qui suis-je demanderai je et une voix me répondra : l’eau que je suis en train de boire, un rêve, personne en particulier.  Ecoute cette femme qui réclame de l’amour, écoute cet homme qui se plaint. N’as-tu donc pas choisi ceux que tu voulais reconnaître ? Si tu recherches la lumière, tu trouveras la lumière, si tu recherches l’ombre, tu la trouveras.  

 Ici, tu pleures contre le rebord d‘une fenêtre. Tu te répands en lamentations doutant de ta propre existence, te reprochant de n’avoir pas suffisamment aimé, d’avoir laissé partir ceux que tu aimais. Tu pleures en vain.

 Suis donc les chemins de l’invisible nuit. Ils s‘adressent à un mort, pourquoi, comment ? C’est donc qu’il est quelque part ce mort. Il s’exprime à travers le visage triste de son ami, il est là parmi les musiciens qui jouent pour lui. Il est là bien sûr pour tous ses amis;  Il n’a pas besoin de se montrer pour être, Tim LASER !

 Paris, le 24 Octobre 2018

 Evelyne Trân

DUO MUSICAL TIM LASER ET MICHEL SEULS – Poème dédié au musicien et poète Tim LASER ( 1960 – 2018)

DUO MUSICAL TIM LASER ET MICHEL SEULS

 

LA MUSIQUE PARLE

L’esprit qui me tendra la main m’entraînera vers un jardin secret et nu, je serai submergée de rêves. Je leur donnerai un visage, un corps, un nom, je ne les nommerai qu’au fond de mon cœur, je l’ai toujours su même une pierre pense.

Quelqu’un me traversera, traversera mon corps diurne et nocturne. Qui suis-je demanderai je et une voix me répondra : l’eau que je suis en train de boire, un rêve, personne en particulier.  Ecoute cette femme qui réclame de l’amour, écoute cet homme qui se plaint. N’as-tu donc pas choisi ceux que tu voulais reconnaître ? Si tu recherches la lumière, tu trouveras la lumière, si tu recherches l’ombre, tu la trouveras.  

 Ici, tu pleures contre le rebord d‘une fenêtre. Tu te répands en lamentations doutant de ta propre existence, te reprochant de n’avoir pas suffisamment aimé, d’avoir laissé partir ceux que tu aimais. Tu pleures en vain.

 Suis donc les chemins de l’invisible nuit. Ils s‘adressent à un mort, pourquoi, comment ? C’est donc qu’il est quelque part ce mort. Il s’exprime à travers le visage triste de son ami, il est là parmi les musiciens qui jouent pour lui. Il est là bien sûr pour tous ses amis;  Il n’a pas besoin de se montrer pour être, Tim LASER !

 Paris, le 24 Octobre 2018

 Evelyne Trân

PSY CAUSE(S) 3 De et avec Josiane Pinson Mise en scène de Gil Galliot au Studio Hébertot Bd des Batignolles Paris du 21 Octobre 2018 au 10 Mars 2019 – Lundi 19 H – Samedi 17 H – Dimanche 19 H 30 –

De et avec Josiane Pinson

Mise en scène de Gil Galliot

Avec la complicité de Judith Magre, Anie Balestra, Achille Orsoni et

Bruno Magne

Savez-vous que les psys sont des gens comme les autres, pour ainsi dire. En tout cas, la psy que campe Josiane PINSON fait partie de celles que nous voudrions prendre dans les bras pour la dorloter, lui faire passer son stress avec quelques berceuses.

La pauvre vient de perdre sa mère (nous l’entendons à travers la voix aguicheuse et gouailleuse de la charmante Judith MAGRE), ses enfants se moquent d’elle, son amante la délaisse et elle ne supporte plus les confidences de ses patients.

Faire office de machine à laver pour essorer les fantasmes, les malheurs, les frustrations affectives et sexuelles de sa clientèle, a fini par l’épuiser moralement.

Il est vrai que sans quelques démangeaisons existentielles, l’être humain serait voué à l’ennui. De toute façon, il n’a guère le choix, vu du ciel psychanalytique, Dieu est mort et Lacan semble atteint de la maladie d’Alzheimer.

Autrefois, il y avait le confessionnal. Il était possible de se taper soi-même en hurlant « Mea culpa », aujourd’hui, vous pouvez, si le cœur vous en dit, frapper à la porte d’une psy, qui secret professionnel oblige, ne racontera jamais toutes les insanités que vous déchargerez devant elle.

 Est-ce si sûr ? Un doute nous assaille. Josiane PINSON est vraiment douée pour la caricature. Elle est féroce !  Et inquiétante, comment cette femme au visage si affable, à l’allure si élégante peut-elle changer de visage en un tour de scène, se transformer en harpie hystérique puis reprendre sa posture de psy charismatique fouaillant dans la poubelle de ses fiches freudiennes, lacaniennes, doltoniennes etc.

 Faut croire que ça l’amuse ! Sa cure psychanalytique, ce sont ses jeux de rôles qui lui permettent de scénariser sa vie de la façon la plus risible possible.

Et les spectateurs qui rient de ses débordements font office de psys à leur corps défendant. Ils répondent par le rire qui est le meilleur antidote à l’ennui, la morosité.

Les salades existentielles que leur offre Josiane PINSON ont beau être fort juteuses, c’est son petit côté fleur bleue et tendre qui allume la mèche, décidément Josiane PINSON est irrésistible !

 Paris le 22 Octobre 2018

 Evelyne Trân

 

TOUTES LES CHOSES GENIALES de Duncan MACMILLAN – Conception : Arnaud Anckaert et Didier Cousin au THEATRE JACQUES CARAT – 21 avenue Louis Georgeon – 94230 Cachan – Vendredi 19 Octobre 2018 à 20 H 30 et Samedi 20 Octobre 2018 à 19 Heures –

Texte : Duncan Macmillan

Traduction : Ronan Mancec

Conception : Arnaud Anckaert et Didier Cousin

Avec : Didier Cousin

Régie : Agathe Mercier

Photos : Manuella Anckaert

Codirectrice : Capucine Lange

Le sujet de la pièce de Duncan MACMILLAN, la dépression d’un proche, à laquelle s’est trouvé confronté un enfant est grave. Comment mettre un mot sur la mélancolie, la tristesse que peut nous renvoyer le comportement d’un parent. L’auteur donne la parole à un homme anonyme qui se confie sur son parcours du plus jeune âge à l’âge adulte.

 Comment l’enfant qui a assisté à l’hospitalisation de sa mère après une tentative de suicide peut-il réagir ? Un homme se confesse, raconte comment la mort lui est apparue, brutale à travers celle de son chien. Sachant que sa propre mère voulait mourir, il n’a eu de cesse de combattre cette angoisse parce qu’il aimait la vie.

 Elles sont là devant soi ces choses de la vie qui, à tout moment, impromptues et passagères comme des pensées, des fugaces émotions, des surprises, sont susceptibles de vous faire sourire, rire, chanter, voyager, taper sur l’épaule de votre voisin « Vous avez vu ça ! ».

 L’enfant sent que tous ses petits bonheurs enfantins, légers, innocents, volatiles, étranges, farfelus, si personnels, peuvent lui échapper, disparaître. Alors, il les note sur une liste qui finit par grossir à vue d’œil.

 Une véritable armée de post-its de bons souvenirs qu’il collectionne et se met à inscrire un peu partout à l’intérieur de la boite de corn flakes, sous le couvercle d’un pot de confitures, etc. Ces post-its sont destinés à dérider sa mère dépressive, à lui offrir quelques bulles de bonne humeur, en silence, sans la forcer.

 Cette liste débutée dans l’enfance, il l’oubliera puis la retrouvera à l’âge adulte, elle tracera sa route comme les petits cailloux étincelants semés sur son chemin par un Petit Poucet.

 Toute la force du conte de Perrault irrigue cette pièce. Par analogie s’y exprime diffus, le sentiment d’abandon de l’enfant par ses parents, son désir d’indépendance, d’affranchissement, de découverte, son espoir de redonner le bonheur à a sa famille.

 Mais L’homme anonyme ne revêtira pas de bottes de sept lieues. Il continuera à butiner comme une abeille les multiples bonheurs à sa portée, qui conversent de tout et de rien, qui soulèvent des émotions infinitésimales, particulières ou banales, incongrues, familières.

 C’est cette familiarité avec les choses que l’homme cultive sans violence. Parce qu’il a intériorisé le silence de ses parents et qu’il le respecte, l’enfant a multiplié les tentatives d’approche par l’intermédiaire de petites pensées, des offrandes innocentes, spontanées, extraordinaires à ses yeux.

 Elle ne peut que grossir cette montagne de petits plaisirs pour  faire face au sentiment d’impuissance de l’enfant confronté au malheur.

 Dans le spectacle le comédien Didier COUSIN, remarquable, dirigé par Arnaud ANCKAERT, distribue quelques rôles aux spectateurs installés en cercle et les convie à lire à haute voix certains messages. C’est à travers des lèvres inconnues qu’ils s’échappent dans l’espace. Une façon de les faire éclore, d’évoquer leur manège intime. Sans doute parce qu’il y a des choses qui ne peuvent être dites qu’à travers des mots glissés sous la porte qui attendraient l’éblouissement d’un rayon de soleil ou simplement que quelqu’un les lise. Quel privilège que celui de la lecture d’ouvrir un champ de liberté quand les mots vous dévisagent un peu de la même façon que tout objet familier par sa seule présence.

 Chaque message constitue une petite bouteille à la mer. Il peut échoir entre n’importe quelle main inconnue. De l’inconnu au familier tout le chemin est là, celui d’une vie, celui d’un spectacle, où le spectateur complice suit le parcours d’un curieux collectionneur, participe au concert d’une myriade de petites choses géniales.

 Un concert orchestré par un enfant devenu adulte qui agite sa baguette magique de récolteur de bonheurs sinon pour effacer le malheur, lui résister de bonne guerre.

 Paris, le 21 Octobre 2018

 Evelyne Trân

TOURNEE

27 octobre 2018
Festival Marquise
9 et 10 novembre 2018
Théâtre des Sources, Fontenay aux Roses
11 novembre 2018
Médiathèque de Rosult
13 novembre 2018
La Ferme d’en Haut, Villeneuve
d’Ascq
17 Novembre 2018
Médiathèque de Bellaing
20 au 24 novembre 2018
Le Bateau Feu, Dunkerque
7 et 8 mars 2019
Maison du Théâtre, Amiens
10 mars 2019
Festival l’Arrêt création, Fléchin