REPRISE DU SPECTACLE MAYA UNE VOIX au Festival off d’AVIGNON – SPECTACLE MUSICAL INSPIRÉ DE LA VIE DE MAYA ANGELO – A L’ESSAION THEATRE 33, rue de la Carreterie 84000 AVIGNON du 7 au 30 Juillet 2022 à 10 H. Relâches les Lundis le 11, 18 et 25 Juillet.

De Eric Bouvron, Julie Delaurenti, Tiffany Hofstetter, Sharon Mannet, Elisabeth Wautlet

  • Avec Ursuline Kairson, Audrey Mikondo, Julie Delaurenti ou Sharon Mann, Vanessa Dolmen ou Margeaux
  • Lampley, Tiffany Hofstetter ou Elizabeth Wautlet.
  •  
  • Et un musicien sur scène : Christophe Charrier ou Jo Zeugma.
  • Mise en scène : Eric Bouvron
  •  
  • Musique originale de Nina Forte et standards de Blues et Jazz
  • Traduction de l’anglais de Julie Delaurenti

Elles butinent comme des abeilles autour de la figure de Maya ANGELO. L’image peut paraître un peu facile mais c’est l’impression vertigineuse qui nous vient à l’esprit à propos de ces cinq comédiennes d’origines culturelles différentes (américaines, afro-américaines, africaines et françaises) qui évoquent en chantant l’enfance de cette artiste trop peu connue en France.

Sans micro, sans d’autre instrument de musique que la voix, elles chantent a capella, se déplaçant sur une sorte d’herbier folâtre, inspiré de l’autobiographie de Marguerite Annie Johnson, plus connue sous le nom de Maya ANGELO.

Elles ont pris le parti d’illustrer avec bonne humeur, son enfance marquée par un drame, l’assassinat de son beau-père qui avait abusé d’elle et qu’elle dut dénoncer. Traumatisée, elle cessera de parler pendant plusieurs années avant de se découvrir une vocation, celle de la littérature grâce au soutien de Mrs Flowers.

Les cinq comédiennes qui jouent avec brio, plusieurs rôles aussi bien masculins que féminins tournent donc les pages du livre d’enfance de Maya, illustrées de chansons rythmées par le blues et le jazz qui donnent le ton de l’ambiance de cette époque, les années 20 aux Etats Unis où naquit Maya ANGELO, à Stamps une petite ville d’Arkansas.

Ursuline KAIRSON incarne avec une poignante douceur ce personnage emblématique, qui satisfait au concept de résilience puisqu’elle a réussi à rebondir en devenant danseuse, chanteuse, militante aux côtés de Martin Luther King puis une poétesse reconnue.

La poésie, la fraîcheur dominent ce spectacle musical a capella, mis en scène par Éric Bouvron en hommage à Maya ANGELO qui exhorta tant de femmes à sortir de leur silence :

« Les gens oublieront ce que vous avez dit, ils oublieront ce que vous avez fait, mais n’oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir ».

Article mis à jour le 28 Juin 2022

Evelyne Trân

N.B Article initialement publié sur le MONDE LIBERTAIRE.NET

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Le_brigadier_festivalier_en_Avignon

Sur un air de tango de Isabelle De TOLEDO au Théâtre BUFFON 18 Rue Buffon 84000 AVIGNON à 21 H 30 du 7 au 30 Juillet 2022 (Relâches les 10, 17 et 24 Juillet)

Distribution

Mise en scène : Bénédicte Bailby et Pascal Faber

Auteur(e)(s) : Isabelle de Toledo

Comédien(ne)(s) : Michel Papineschi Damien Boisseau Chloé Froget

Avec le soutien de : Le 3 Quai, la ville de La Garenne-Colombes, le centre culturel Jean Vilar Marly-le-Roi et le TAM

Coproduction : Thalia Prod et La Compagnie 13

Une comédie familiale douce amère, très tendre, voire enveloppante mais pas larmoyante, plutôt poétique, voilà mon ressenti à l’issue de la représentation de la pièce Sur un air de tango au Studio Hébertot à Paris, en Avril dernier.
Dans la chaleur et l’ivresse du festival off d’Avignon gageons que ce spectacle viendra à point rasséréner les esprits tout en éveillant leur curiosité.
C’est un joli motif que celui du tango pour illustrer les mouvements affectifs des membres d’une famille. Il faudrait demander aux danseurs de tango ce qu’ils ressentent mais voilà seuls leurs corps parlent. Sont-ils à la recherche d’émotions premières ? Est-ce un moyen pour eux de prendre le large, de s’accorder une liberté, donner libre cours aux rêves d’évasion dans les contrées secrètes et profondes, mystérieuses que suggèrent les corps dansants.
L’intrigue est simple.la pièce nous conte les retrouvailles d’un fils et d’un père sous le prisme de l’inquiétude : divorce du fils accaparé par son travail, fin de partie pour le père qui refuse (dans un premier temps) de partir en maison de retraite.

Avec finesse, Isabelle de TOLEDO aborde des sujets clés de l’existence somme toute banals. Mais voilà pour ne pas sombrer dans le déjà vu, déjà entendu, il y a l’offensive du rêve et de la musique, le tango qui comme la petite sonate de Vinteuil pour Swann (dans un amour de Swann de Proust), galvanise les ardeurs du vieux interprété par Michel PAPINESCHI, un comédien fabuleux. Cela dit, toute la distribution est épatante.
La mise en scène naturaliste rappelle à quelques années-lumière les atmosphères familiales de Pagnol, mais en beaucoup plus sobre. Elle offre une belle vision à ce « derrière la porte » les coulisses d’une histoire de famille avec ces non-dits, ces confidences tardives. La vie et pourquoi faire et comment ? Et dire qu’il suffit de danser pour oublier le temps qui passe sur un air de tango. Vaste éternité ! Tout un poème !
Le 28 Juin 2022
Evelyne Trân

N.B : Article initialement publié sur LE MONDE LIBERTAIRE.NET

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Le_brigadier_festivalier_en_Avignon

Je m’appelle Momo d’après La vie devant soi de Romain Gary (Emile Ajar) – GUICHET MONTPARNASSE 15, rue du Maine 75014 PARIS – Du 20 Mai au 26 Juin 2022 les vendredis et samedis à 19 H. et les dimanches à 15 H.

Distribution

Mise en scène et création lumières

Cédric Bécu

Avec

Rémi Guirimand (Momo, guitare)

Marie-Estelle Hassaneen (Momo, flûte)

Caroline Michel (Momo, chant)

Le programme musical

Toutes arrangées pour leur formation, les pièces choisies

sont les suivantes :

• La Complainte des filles de joie, de Georges Brassens

Les Coeurs tendres, de Jacques Brel

Passepied, extrait de la Suite Bergamasque de Claude Debussy

Sur la Place, de Jacques Brel

Spiegel im Spiegel, de Arvo Pärt

Beau Soir, de Claude Debussy / Paul Bourget

C’était bien (le p’tit bal perdu), de Gaby Verlor / Robert Nyel

• Prison, de Gabriel Fauré / Paul Verlaine

Nuit et Brouillard, de Jean Ferrat

Spleen, de Gabriel Fauré / Paul Verlaine

• Jewish song, de Ernest Bloch

Hashivenu, prière traditionnelle juive

NOE_5885

Cette phrase de Victor Hugo « le cantique le plus sublime qu’on puisse entendre c’est le bégaiement de l’âme humaine sur les lèvres de l’enfance » hante le cœur des troubadours qui ont décidé d’incarner Momo ce gosse universel qui ne mache pas ses mots et qui « regarde plus loin que la misère » (J.Brel) en s’accompagnant d’une guitare, une flûte et du chant.

Leur spectacle tout à fait charmant entrelace les propos de Momo souvent lapidaires et percutants et des chansons tirées du répertoire de Brel, Brassens, Ferrat, des mélodies de Gabriel Fauré, Debussy et des poèmes de Verlaine et Paul Bourget. Les enchainements n’ont rien d’artificiel, ils coulent de source et les trois silhouettes du jeune Momo semblent s’y abreuver. La mise en scène de Cédric BECU calée sur la musique laisse carte blanche à notre imaginaire.  

Dans La vie devant soi  de Romain GARY/Emile AJAR, le narrateur est un enfant parmi les plus défavorisés, d’origine arabe, fils de pute, adopté par une vieille femme juive, elle-même ancienne prostituée et rescapée des camps d’Auschwitz. Reconnaissons que l’écrivain n’y est pas allé de la main morte. Il plonge au plus profond de la misère morale, matérielle, sociale, existentielle puisqu’il est question de vieillesse, d’adolescence, pour en extorquer la seule chose qui compte à ses yeux, qui donne une raison de vivre : Aimer. Le roman comme le spectacle s’achève avec ces mots simples, l’injonction « Il faut aimer ».

Momo adolescent de 13 ans à la fois mature et naïf a toujours dans sa besace des phrases choc, saisissantes :

Le bonheur c’est une belle ordure, une peau de vache, il faudrait lui apprendre à vivre

Moi la vie je ne peux pas en faire une beauté, je l’emmerde

Paroles de révolté mais également de poète :

J’ai fait venir le clown blanc et il m’a joué du silence 

 Le soleil a l’air d’un clown jaune assis sur le toit 

Momo n’a qu’une personne à aimer, Rosa avec tous les défauts qu’il lui connait. En y réfléchissant, l’auteur donne l’impression à travers ce gamin de secouer l’arbre de vie jusqu’au bout c’est-à-dire la mort de Rosa ; Momo entend être solidaire de cette mort comme il a été solidaire de sa misère.

Momo et Rosa, c’est une histoire d’amour jusqu’au boutiste.

Mais la musique nous exempte de commentaires ou d’explications de texte. Nous nous laissons submerger par les chansons de Brel, Brassens, Ferrat qui entrent en résonance avec la sensibilité de Momo, ses révoltes, ses aspirations.

Après la révolte, c’est la douceur qui remonte à la surface qui ose parler d’amour et sans mièvrerie. Oui, cette douceur imprègne le spectacle « On peut tout faire avec les mots mais sans tuer les gens » .

Voilà un spectacle musical tout en délicatesse, original et poétique auquel nous convie le talentueux ensemble Jeux de quatre mis en scène par Cédric BECU.

« Il est des parfums frais comme des chairs d’enfant » dixit Baudelaire dans son poème Correspondance. Quand la flûte, la guitare, le chant et les mots de Momo se rassemblent pour le bonheur des spectateurs !

Le 14 Juin 2022

Evelyne Trân

N.B : Article initialement publié dans le Monde Libertaire.net

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Un_spectacle_musical_pour_le_brigadier

N.B : Rémi GUIRIMAND, Marie-Estelle HASSANEEN, Caroline MICHEL, les trois interprètes de Momo étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE, le samedi 11 Juin 2022 sur Radio libertaire 89.4 en podcast, sur le site de Radio Libertaire.  





Lecture en espace « Les Mémoires Invisibles (ou la part manquante) » de Paul Nguyen au MUSÉE DES ARTS ASIATIQUES 405 Promenade des Anglais – Arenas 06200 NICE le samedi 04 Juin de 15 H 30 à 17 H.

Paul Nguyen, metteur en scène et comédien, s’est un jour lancé dans une enquête sur sa famille vietnamienne dont il ne connaissait que très peu l’histoire. Au cours de son enquête, il rencontre Brigitte Macadré, auteure, elle aussi de père vietnamien, et dont il partage de nombreuses interrogations. Ensemble, ils décident de plonger dans ce passé trouble et plein de fantasmes. L’enquête dure deux ans.

Après maintes rencontres et de nombreuses recherches, l’enquête suscite beaucoup plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Avec pour toile de fond l’Indochine et l’indépendance du Vietnam, le texte né de ces échanges mêle enquête personnelle, réalité historique, fantasmes mis en scène ; le mythe se mêle à la réalité et embarque le spectateur dans un récit à tiroirs où la vérité n’est jamais celle que l’on imagine. Les protagonistes explorent cette période délicate de la décolonisation, et à travers le prisme de leur histoire familiale, s’interrogent sur leurs identités métissées et sur les non-dits de la transmission.

Avec Angélique Zaini et Paul Nguyen

Son et technique : Néry Catineau

Durée : 1 heure 15

Photo E.T.
Ces photos de familles forment un bel arbre !

Aller vers le public, se tourner vers la scène pour faire le récit d’une quête intime, celle d’un homme qui se sait aiguillonné par le passé de ses aïeux où les guerres et l’exil sont devenus « des mémoires invisibles ». Il faut se coller au mur de l’invisible, imaginer surprendre un papillon frôler l’arbre fantastique de la mémoire de tous les anonymes qui auraient à cœur de raconter leur corps d’Asie et d’Europe, ayant toujours à l’esprit cette distance géographique, 10.000 Km du Vietnam à la France à vol d’oiseau. Au siècle dernier dans les années 40, il fallait parfois un mois en paquebot pour la franchir. Cela donne le vertige…  

Il y aurait une identité d’eurasien-ne, mais elle ne s’entend guère. Par ailleurs que l’on soit issu d’un couple mixte franco-vietnamien, ou pas, la notion de double culture ne peut s’appliquer à toute personne d’origine asiatique née en France. C’est d’ailleurs là où le bât blesse, le facies ne définit pas la culture, la sensibilité ou l’intériorité d’un individu, il est posé comme un masque, un signe parmi d’autres comme la couleur de peau ou des yeux.

L’histoire que raconte Paul NGUYEN est toute personnelle, car de toute évidence c’est une aventure que celle de partir en quête de ses origines en se projetant sur la figure d’un aïeul quasi inconnu lequel, ce n’est pas un hasard, est prénommé Paul.

Dans toute histoire familiale il y a des trous, des non-dits et la transmission d’un ancêtre à ses descendants ne peut aller au-delà de la 3ème génération, à fortiori lorsque cet ancêtre a voyagé, que l’Indochine a disparu ainsi que les archives.  

Mais le personnage que Paul Nguyen met en scène ne veut pas renoncer à sa quête « impossible » et il continue à fantasmer sur cette part de Vietnam en lui.  

Le regard de l’autre l’a renvoyé à son facies qui porte les traces d’un pays effacé, le Vietnam. Paul fait penser à Hamlet quand il dit « Quelle place ici, là-bas, ni ici, ni là-bas, partout, nulle part.  Il parle de « déracinement profond, d’enracinement raté ».

Les psychologues disent que les séquelles traumatiques se transmettent de génération en génération. Paul pense que » le corps n’oublie pas, il garde les douleurs anciennes, il transmet le souvenir de la guerre à ceux qui ne l’ont pas vécue. Il maintient le lien. »

La quête d’identité qu’exprime Paul Nguyen a un rapport avec sa sensibilité et son appréhension du monde et ce qui est intéressant c’est qu’elle met le doigt sur cette part d’inconnu que tout individu peut éprouver en lui-même dès lors qu’il s’interroge. Aussi bien, on pourrait penser à CAMUS qui enquête sur son père inconnu mort à la guerre de 14/18 dans son livre posthume Le premier homme.

Dans cette lecture en espace Paul dialogue avec Brigitte, elle aussi de père vietnamien. L’un et l’autre se questionnent. A l’intériorité de Paul répond la vivacité de Brigitte.

Une très belle lecture, passionnante de bout en bout. Avec la perspective de nouvelles dates du spectacle. A suivre…

Le 20 Juin 2022

Evelyne Trân

Article initialement publié sur LE MONDE LIBERTAIRE.NET

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Le_brigadier_se_fait_faire_la_lecture

N.B : la pièce a été représentée à la Gare Franche de Marseille le 15 Octobre 2021.

https://www.lezef.org/fr/saison/21-22/memoires-invisibles-ou-la-part-manquante-623

Le secret de Sherlock Holmes de Christophe Guillon et Christian Chevalier – A partir du jeudi 14 avril 2022 au Théatre La Bruyère (Paris 9), du mardi au samedi à 20h30 (relâche chaque mercredi soir), les mercredis à 15h et les samedis à 15h30.

Mise en scène de Christophe Guillon

Avec

Hervé Dandrieux, Christophe Guillon, Emmanuel Guillon, Laura Marin, Didier Vinson

Un siècle et demi après sa création qui rendit célèbre l’écrivain Conan Doyle, voici de retour au théâtre Sherlock Holmes toujours accompagné de son cher ami, le docteur Watson. Qui ne se souvient de la célèbre phrase « Elémentaire, mon cher Watson ».

Les auteurs de l’adaptation d’une des nouvelles de la série policière, semblent avoir pris un plaisir fou à camper les personnages très typés sur le mode « bande dessinée » qui tranche bien évidemment avec les multiples apparitions de ces héros au cinéma, à la télé.

Aucun temps mort dans cette comédie policière dont nous ne vous révélerons pas toute l’intrigue. Il suffit de savoir qu’un cadavre a été retrouvé sur les bords de la Tamise. Pour la suite, les détectives en herbe, enfants et adultes apprécieront les cheminements d’une enquête menée tambour battant par Sherlock passé maître dans l’art de la déduction.

La mise en scène piquante – la scène de dissection particulièrement démonstrative souligne l’effervescence de la médecine légale au 19ème siècle – comique, extrêmement vive et rythmée, les dialogues savoureux entre Sherlock,  le docteur Watson et sans oublier l’incompétent Inspecteur Lestrade de Scotland Yard, les costumes d’époque (l’ère victorienne) très colorés et surtout la joyeuse complicité de tous les interprètes très en verve, font de ce spectacle un réjouissant divertissement tout public.

Le 30 Mai 2022

Evelyne Trân

La dernière bande de Samuel Beckett – Mise en scène Jacques Osinski avec Denis Lavant au Théâtre 14 – 20 avenue Marc Sangnier 75014 Paris – Du 7 au 25 Juin 2022 – Mardi, Mercredi, Vendredi à 20 H. Jeudi à 19 H. Samedi à 16 H. Durée 1 H. 30.

la_derniere_bande_25_06_2019_059_1400_730rtexte Samuel Beckett
mise en scène Jacques Osinski
avec Denis Lavant

scénographie Christophe Ouvrard
lumières Catherine Verheyde
son Anthony Capelli
costumes Hélène Kritikos
dramaturgie Marie Potonet

Quelle mise en scène de Jacques OSINSKI ! M’est restée en mémoire de ce spectacle vu il y a 2 ans environ au Théâtre de l’Athénée une émotion indicible lors de l’apparition d’un petit homme transperçant l’obscurité de la scène, la découvrant, l’habillant de sa seule présence, juste une goutte d’homme dans la nuit profonde, juste l’impression d’avoir assisté à un spectacle cosmique.

La conscience d’un individu configurerait-elle son propre cosmos ? On parle souvent en parlant d’un artiste de son univers, ce qui touche chez Krapp le héros de la Dernière bande, parfaitement incarné par Denis LAVANT, c’est sa proximité avec notre infini petit, son humanité. Compte tenu du contexte, le comportement de Krapp n’a rien d’extraordinaire ni même de fantasque. Simplement dans le silence et la solitude toute chose prend de l’ampleur et une miette de pain pourrait faire figure d’une étoile.

Cette histoire d’un vieil homme qui épluche une sérénade de souvenirs grâce à l’enregistrement d’une bande pourrait sembler pitoyable. Il s’agit en réalité d’une partition musicale inspirée repéchée dans l’espace d’une conscience qui se découvre magique parce qu’elle a la possibilité d’augurer le va et vient d’une mouche entre le passé et le présent.

Faut-il qu’il se ramasse à la pelle Krapp non pas pour parler du malheur parce qu’il est vieux, seul et sans avenir, non pas, parce qu’il a tout de même sa propre ruche de souvenirs sauvegardés dans des cassettes.  Alors oui, Krapp physiquement déglingué, a toujours le goût du bonheur. Il faut le voir éplucher une banane, la caresser pour l’entendre rayonner. Krapp est parait-il un écrivain raté et alors ! On peut goûter au souvenir et la saveur d’une bonne banane y participe. Proust n’est pas loin sans doute …quoique plus précieux. Chacun son style. Krapp n’y va pas de la main morte, il se traite de crétin, il jette les cassettes, il coupe sans arrêt sa fameuse bande qu’il repasse en boucle pour continûment réentendre l’histoire de son escapade en barque avec une belle fille dont la cuisse a été égratignée lors d’une cueillette de fraises. Peu de chose n’est-ce pas mais qui suffit à le transporter. Alors oui, cela vaut bien la projection d’une fusée sur la lune ! Pourquoi le bonheur même face au néant ne serait-il pas révolutionnaire ? Krapp a le visage si expressif de Denis LAVANT. Ce dernier est un véritable musicien. Il y a toute une orchestration du bruit des pas au tintement d’un jeu de clés et notre imaginaire ; les phrases venues d’ailleurs comme des images du passé viennent pénétrer la chair. On ne le dira jamais assez, il y a des poèmes incrustés dans la chair.

Krapp qui a la dégaine d’un pantin n’est pas un clown ou alors nous sommes tous des clowns qui refusons de nous voir comme tels.

Accordons-lui le panache d‘exister sur scène pour dessiller notre regard. A voir absolument !

 Le 25 Mai 2022

Evelyne Trân

N.B : Article initialement publié dans le Monde Libertaire.net

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Quand_le_brigadier_rewind_la_derniere_bande

En ce temps-là, l’amour… – Gilles Ségal / Christophe Gand avec David Brécourt : Samedi 14 mai 2022, 20h30 au Mémorial de la Shoah, 17, rue Geoffroy- l’Asnier 75004 Paris.

Distribution

Metteur en scène : Christophe Gand / Interprète : David Brécourt
Lumière : Denis Koransky / Décors : Nils Zachariasen / Compositeur : Raphaël Sanchez / Costumier : Jean-Daniel Vuillermoz
Durée : 1h10Entrée gratuite, sans inscription.
Dans la limite des places disponibles.

Cette pièce a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah en 2019.

« Comme j’ai envié ce père capable de susciter un tel regard d’admiration dans les yeux de son fils » Ce cri du cœur émane d’un individu qui sait faire partie du commun des mortels avec cette particularité cependant, celle d’avoir connu l’enfer, un enfer justement inimaginable pour le commun des mortels.

L’individu en question « Z » dans la pièce est redevenu un homme normal sans histoires, invisible. Non certainement, il ne s’est pas épanché sur sa dramatique expérience de la shoah auprès de son fils qui a été épargné. La vie a repris son cours. Ce fils est loin désormais qui lui envoie d’Amérique, une photo de son petit-fils.

Bien sûr, il songe sur les rapports entre père et fils qui à distance peuvent devenir conventionnels, distraits, banaux. C’est implicite, il n’en dit mot à ce fils, mais il y a ce déclic que représente, tombée du ciel une photo de son petit-fils. Et lui revient en boomerang, le souvenir d’une rencontre dans un train en partance pour Auschwitz, avec un autre père et un autre fils, extraordinaires.

Qui ne s’est pas plu à observer dans les transports en commun ces relations intimes entre un parent et son enfant qui passent parfois juste par des regards, des attentions lesquelles peuvent éblouir l’observateur parce qu’elles ne sont pas criantes, seulement naturelles.

Dans le train de la mort, Z a décidé de ne plus penser, ne plus penser à lui, durant les 7 jours du voyage, il va vivre d’une certaine façon par procuration, à travers un père et son fils d’une douzaine d’années.

Le récit de ce voyage qu’il enregistre pour son fils absent, devient en quelque sorte anachronique. Qui parle, le père qu’il aurait voulu être, le père qu’il a rencontré ? Et le fils celui d’Amérique n’aurait-il pas pu être celui du train de l’enfer ? Qui parle, le vieil homme ou le jeune homme qu’était Z à l’époque ?

Les réactions de Z sont sans phare, il ne comprend pas tout d’abord, comment le père peut faire abstraction de la situation insupportable à laquelle sont confrontés les voyageurs, la promiscuité, l’odeur des excréments, la mort des plus faibles, les cris des survivants. Le père durant tout le voyage déploiera toute son énergie à occuper l’esprit de son enfant, un peu comme Shéhérazade des Mille et Une Nuits, pour l’étourdir, le faire sourire, le voir heureux jusqu’au bout de la nuit …

Alors étonnamment, le récit qui aurait pu prendre la tournure d’une oraison funèbre, devient un hymne à la vie, à sa poésie, à l’amour simplement entre un père et son fils.

La pièce mise en scène par Christophe Gand diffuse une lumière qui ne cesse de chatoyer autour de David Brécourt rayonnant dans ce rôle de conteur. Nous oublions complètement qu’il s’agit d’un seul en scène tant son interprétation est vivante et l’histoire captivante.

Gille Segal, comédien et dramaturge, d’origine juive romaine a certainement puisé dans son histoire personnelle. Il signe avec cette pièce, un bijou de tendresse et d’humanité, en donnant la parole à Z, un commun des mortels par défaut, auquel nous pouvons tous nous identifier, face à son double devenu « extraordinaire ».

« La vie est belle » dit le père à l’enfant, sachant qu’elle va leur être retirée. Il ne s’agit pas d’un déni de la mort ni du malheur, c’est juste un message d’amour.

Article mis à jour le 10 Mai 2022

Evelyne Trân

LA VIE MATERIELLE de Marguerite DURAS – Avec Catherine ARTIGALA – Mise en scène William MESGUISCH au THEATRE DU GYMNASE MARIE BELL – 38 Bd de Bonne Nouvelle 75010 PARIS – DU 21 Avril au 22 Mai 2022 – jeudi à 19h30 et le samedi- dimanche 17h00 –

Adaptation de Michel Monnereau
Création lumière : William Mesguich
Création sonore : Matthieu Rolin
Costume : Sonia Bosc

Avez-vous lu DURAS ? Le spectacle La vie matérielle conçu par Michel MONNEREAUqui a fait un travail remarquable d’adaptation du recueil éponyme des entretiens de Marguerite Duras avec le journaliste Jérôme BEAUJOUR, paru en 1987, projette d’emblée les spectateurs dans une sorte de montagne Duras non point inaccessible mais intrigante, qui plante le décor, celui d’une solitude ivre.

C’est une femme assurée de son prestige qui s’exprime, elle a intériorisé sa notoriété, sorte de pied de nez à une petite fille qu’on imagine timide, ébahie devant sa mère « ogresse » guerrière impénitente qui s’est battue contre vents et marées pour survire avec ses 3 enfants (cf. (Un Barrage contre le Pacifique) cette mère qu’elle dit folle.

Elle est un personnage. Il n’y a pas de limites pour un personnage sauf, allez savoir, lorsque la bougie vacille sous l’influence de l‘alcool. Se serait-elle reconnue si elle s’était rencontrée par hasard ?  Dans ces entretiens elle donne toujours l’impression de se projeter dans quelque chose qui la dépasse. Et c’est ce sentiment de dépassement qui confine à l’émerveillement qui la rend terriblement touchante.

Est-il encore possible de se rappeler la parfaite petite fille inconnue, étrangère parmi les indigènes serviteurs de sa mère lorsqu’on s’appelle Duras. Parce qu’elle s’appelle Duras, des inconnus la recherchent, s’approchent d’elle et elle reconnait parmi eux Yann ANDREA.

Peut-on juger un personnage ? Nenni. Duras personnage, actrice se donne à ceux qui lui tendent la perche. Elle se donne à elle-même aussi avec une sorte d’espièglerie. C’est un jeu ; on la croirait à la marelle en train de lancer des cailloux ou des galets pour jeter un sort aux cases de souvenirs. Elle a le geste sûr ce qui lui permet ensuite de céder à l’exaltation.

Bizarrement, il semble qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir lu Duras ou vu un de ses films pour l’entendre dans ce spectacle.  Duras interprétée par Catherine ARTIGALA fait penser à une héroïne de tragédie, elle est une ogresse comme sa mère qui s’assume comme telle. N’a-t-elle point accouché au réel, au théâtre, au cinéma de tant de personnages dont elle a souligné la détresse, la folie. Quant à l’Amour toujours avec un grand A, c’est le point culminant d’une rêverie, celle de la musique d’India song.

Oui alors, il faut peut-être avoir lu Duras pour la comprendre.

William MESGUICH certainement imprégné par cet univers accueille Marguerite Duras avec une mise en scène discrète et chaleureuse.

Catherine ARTIGALA ressemble physiquement à Duras sexagénaire mais c’est surtout sa présence qui impressionne. Elle incarne justement une écrivaine pour laquelle « Le dire » importe plus que la véracité des faits. Comme si sans passion, il n’y a pas d’évocation possible. La parole travestit la réalité. Duras est bien plus romancière que journaliste. Elle ne tricote pas, elle orchestre.

Bête de scène, magnifique croqueuse de mots, croqueuse de vie, Catherine ARTIGALA livre les souvenirs de Duras, bec et ongles tendus pour en découdre avec le rideau sale de la réalité, pour chasser les nuages, retrouver devant elle et chez l’autre le bonheur d’exister.

Le 5 Mai 2022

Evelyne Trân

N.B : Article initialement publié sur le Monde Libertaire en ligne

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Marguerite_et_le_brigadier

Louise Michel, écrits et cris – Spectacle théâtral et musical. Interprétation : Marie Ruggeri et Christian Belhomme -Essaïon Théâtre, 6 rue Pierre au Lard, 75004 Paris – Du 28 Mars au 10 Mai 2022 – Les lundis et mardis à 21 H 00.

  • Auteur : Marie Ruggeri (d’après les Mémoires et la correspondance de Louise Michel)
  • Mise en scène : Marie Ruggeri
  • Avec : Marie Ruggeri et Christian Belhomme

Création musicale : Christian Belhomme
Création Lumières : Marie-Hélène Pinon assistée par Lucie Joliot
Scénographie : Samuel Raimondi

Voir la bande annonce

En exergue à sa présentation du spectacle Marie RUGGERI cite Louise MICHEL :

 « Ma conviction est que, dans l’avenir, on reconnaîtra la folie du capital, de la guerre, des castes, des frontières et qu’il n’y aura plus qu’un seul et même peuple qui serait l’humanité. C’est à cette œuvre que j’ai consacré ma vie. Vous pouvez me poursuivre, me condamner, cela ne changera rien à ma croyance ». Louise Michel (Mémoires-1886)

Cette citation résume justement l’engagement de toute une vie, celle de Louise MICHEL que Marie RUGGERI a entrepris de communiquer dans ce spectacle particulièrement éloquent et bouleversant.

Contactée par l’Association Louise Michel à l’occasion du centenaire de la mort de Louise MICHEL en 2005, Marie RUGGERI s’est plongée dans la lecture de ses mémoires et correspondance abondante pour en extraire la substantifique moelle.

Marie RUGGERI, comédienne aguerrie, est également chanteuse et musicienne. C’est une chanson de Jean FERRAT écrite par Guy THOMAS « Je ne suis qu’un cri » qui un jour l’a sidéralement interpellée et s’est imposée à elle comme le fil rouge soulignant que c’est toujours avec la même ardeur que Louise MICHEL s’exprime en racontant aussi bien son enfance, sa vénération pour Hugo, son expérience d’institutrice, celle de la Commune, celle de son investissement auprès des Canaques lors de sa déportation en Nouvelle Calédonie, celle de son militantisme.

Louise MICHEL était à la fois humble et passionnée. Fille d’une servante et d’un fils de châtelain, elle disait haut et fort « Je ne suis qu’une batârde ». Si le spectacle s’intitule Ecrits et cris c’est que sa nature passionnée guide son écriture où le sentiment fait toujours corps avec l’esprit. Elle a d’ailleurs dû batailler avec son éditeur pour imposer son style. Admirée pour son talent oratoire, il n’est guère étonnant que Louise MICHEL soit devenue une icône. Elle n’avait peur de rien sinon pour les gens qu’elle aimait, sa mère et le communard Théophile FERRE.

Accompagnée musicalement par son complice talentueux Christian BELHOMME, Marie RUGGERI incarne magnifiquement Louise MICHEL sous le prisme de l’intimité. Au-delà de l’icône, c’est une femme que l’on entend tournée vers l’avenir, une femme qui a refusé de se résigner à sa condition marginale.

Ce spectacle a vocation d’être un cri qui sort du gond du silence toutes ces voix opprimées que Louise MICHEL avait choisi de rejoindre pour en devenir la porte-parole passionnément.

Le 27 Avril 2022

Evelyne Trân

Article également publié sur le Monde Libertaire en ligne :

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Belle_rencontre_pour_le_brigadier

N.B : Marie RUGGERI était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4 le samedi 23 Avril 2022, en podcast sur le site de Radio Libertaire.

LE SOURIRE AU PIED DE L’ECHELLE Par la Compagnie J’Y RETOURNE IMMEDIATEMENT – D’après l’œuvre d’Henry MILLER avec Denis LAVANT. Au CIRQUE ELECTRIQUE – Place du Maquis du Vercors 75020 PARIS – Du 30 Mars au 17 Avril 2022 (du mercredi au samedi à 21 H – dimanche à 18 H) – Relâche le jeudi 14 avril/supplémentaire le mardi 12 avril.

Photo Vincent PONTET

Traduction : Georges BELMONT

 Adaptation : Ivan MORANE  

Mise en scène Bénédicte NECAILLE

Le sourire au pied de l’échelle, quel joli titre pour ce spectacle adapté du roman éponyme d’Henri Miller, une commande de Fernand Léger pour illustrer ses dessins de clown. Disons-le d’emblée, la mise en scène onirique de Bénédicte NECAILLE, la scénographie et lumière d’Ivan MORANE et l’interprétation de Denis LAVANT concourent à faire de cette reprise une pépite de ce printemps théâtral.      

Auguste a le vertige ! L’homme qui parle n’a pas besoin de s’appeler, il s’assimilerait volontiers à un animal, peut-être bien un chien errant, une fourmi sur le dos de la main. Ceux qui le nomment, le reconnaissent, ceux sont les spectateurs, pour eux, il est Auguste, un clown génial qui les fait tordre de rire. Mais un jour, pourtant l’homme qui ne s’appelle pas, oublie qu’il est Auguste, il est envahi par une autre sensation d’être qui l’éblouit, une joie indéfinissable.

Exit Auguste. La gloire, les rires, c’était trop et pas assez ! Comme si Auguste lui avait volé son identité d’homme simple, amoureux des choses simples, en quête d’émotions plus timides, plus rares. L’homme n’a pas besoin de s’appeler mais quelque chose l’appelle qui doit redonner un sens à sa vie.

Le doute qui submerge l’artiste engagé dans la création, Henry MILLER l’a sûrement éprouvé, lui qui a connu la misère et est devenu célèbre à la suite de la publication de son roman « Le Tropique du cancer ».

Dans ce texte d’une certaine façon l’auteur ordonne au clown de sortir du tableau dans lequel il s’est figé pour ne renvoyer au public que ce qu’il attend de lui, des pitreries qui déclenchent le rire.

Mais être clown, cela fait partie de sa vie. Qu’il le veuille ou non, il est clown et en est conscient. Il lui suffirait alors de retrouver l’anonymat pour exercer son métier librement, sans la charge de la célébrité.

Il reprend du service en se faisant passer pour un autre clown malade, il est une nouvelle fois applaudi. Mais refusant de vivre ce qu’il a déjà vécu, il quitte définitivement le cirque pour embrasser un autre rêve, celui du bonheur, celui de l’extase impérissable.

Le titre de la nouvelle suffit à rendre compte de sa dimension poétique et fantastique.

Sur scène, nous avons le privilège de voir un clown qui rêve, qui grimpe sur l’échelle d’un rêve pour attraper la lune et tombe plusieurs fois. Denis Lavant le représente,  

il réussit à le faire vivre enfin ce clown heureux et humain, débarrassé de ses grimaces, tel un poète lunaire, un Pierrot « au pied de l’échelle tendue vers la lune ».

Nous ne ferons pas tomber ce clown sous un tonnerre d’applaudissements. Nous lui réservons notre sourire, notre infinie reconnaissance pour ce moment de grâce !

*Article mis à jour le 10 Avril 2022

Evelyne Trân

*Publié également sur le Monde Libertaire en ligne

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Saccompagnant_dun_doigt_ou_quelques_doigts_le_brigadier_se_clowne