SARRAZINE de Julie ROSSELLO ROCHET – du 17 au 20 janvier 2023 au Théâtre JOLIETTE à MARSEILLE .

Photo de Jean-Louis FERNANDEZ

Tournée

27 Janvier 2023 au Polaris – Corbas
23 mars 2023 au TMG – Grenoble
Du 23 mai au 3 juin 2023 aux Célestins – Lyon

Mise en scène Lucie Rébéré

Jeu Nelly Pulicani

Avec les voix de Bouacila Idira, Ruth Nüesch, Mitchelle Tamariz et Gilles David

Collaboration artistique Lorene Menguelti et Nans Laborde Jourdaà

Scénographie Amandine Livet

Costumes Floriane Gaudin

Lumières et régie générale Pierre Langlois

Création sonore Clément Rousseaux

Chargé de diffusion Philippe Chamaux

Administration, production, diffusion Les Aventurier.e.s, Philippe Chamaux

Il est des livres puissants qui résonnent comme une claque sur le dos, qui vous assiègent, vous incitent à revenir sur vos pas pour ressaisir une émotion, une odeur, un frisson, des livres qui vous arracheraient une larme alors même que vous l’avez refoulée ou bien qui vous rapprochent de douleurs indicibles, une sorte de mélancolie émanant de certains paysages, le roman L’ASTRAGALE d’Albertine SARRAZIN en fait partie et pourtant ce qu’il raconte est hors des sentiers battus.

Ce roman dont la trame est autobiographique a été écrit en prison en avril-août 1964. En résumé, c’est le récit d’une cavale suite à une évasion de l’héroïne qui se brise l’astragale, un petit os du tarse et est recueillie par Julien un repris de justice.

Une bataille pour la vie…mais les dés sont pipés. Quand votre destin se joue au jeu de l’oie. Une tête brûlée, Albertine sûrement. N’importe comment, elle pour les autres, elle s’écrit. Et ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir s’écrire, d’avoir au bout de son stylo une flamme qui résiste et qui pénètre sans vous aveugler.

Qui s’intéresse à l’écrivaine est au courant de son curriculum vitae. Albertine a été abandonnée à la naissance à Alger. Elle a été adoptée par des personnes d’un milieu bourgeois qui, incapables de la comprendre, ont préféré la renier et l’envoyer en maison de correction. Albertine est une délinquante, elle connaitra la prison, la prostitution, l’amour avec Julien, le succès littéraire et la mort à 29 ans des suites d’une opération mal préparée.

Le spectacle est inspiré par la lecture de l’Astragale mais il n’est pas conçu comme un biopic. Il induit un parallèle entre l’histoire d’Albertine et la jeune comédienne Nelly PULICANI laquelle à la recherche de traces de sa famille pied noir est fascinée par le personnage.

L’auteure Julie ROSSELLO ROCHET, la metteure en scène Lucie REBERE, la scénographe Amandine LIVET ont travaillé de concert avec Nelly PULICANI pour accoucher de Sarrazine  l’Albertine d’aujourd’hui.

Le témoignage de l’écrivaine sur les conditions d’enfermement en prison est toujours d’actualité. Sa révolte, sa « fureur de vivre » mais aussi ses émotions, ses fragilités, transitent par le corps et la voix de Nelly Pulicani.

Cette dernière a pour « partenaire » une baignoire dans laquelle elle plonge plusieurs fois pour exprimer ses transformations au cours de son récit.  

Sa performance extrêmement physique est non seulement phénoménale, elle est poignante.

 Voilà un spectacle exaltant que nous pourrions intituler « Albertine retrouvée » grâce à Sarrazine.  

Le 13 Décembre 2022

Evelyne Trân

Article publié également dans le MONDE LIBERTAIRE.FR

Matelot Poème dédié à Philippe JARRY – Improvisation musicale TIM LASER : SITAR – PERCUSSION DIJIRIDOO, GUIMBARDE & MICHEL SEULS FLUTE, PERCUSSION, BOL TIBETAIN

Matelot

J’irai mouiller au large de ta mémoire, matelot,

Pour une fleur d’écriture salée.

Ton toit sera étoilé, vois-tu et ton absence criminelle.

Celle de Mallarmé qui disait « La chair est triste, hélas,

Et j’ai lu tous les livres ».

Comme un grand œil au dessous de la mer, décrit,

la coque de ton innocence abrupte,

à travers une planche, avant le coup du marteau,

indéfinissable, évanouie, ta main tendue, sans adresse,

parlera l’étendue de la mer et ta solitude blessée.

Tu as pris au mot le verbe « aller »

 Et ceux qui de demandent « comment vas-tu ? » sont cons,

mais ce n’est pas grave

car l’eau trouble de ta mémoire nourrit l’écorce encore jeune

de tes épousailles avec l’arbre.

Et sur l’eau, la vérité n’aura l’air que d’un lézard effarouché,

Et sur tes épaules, l’enfant aura l’impression de toucher le ciel,

Et sans excuse, tu existeras.

Au large de ta mémoire, j’irai refaire le geste de l’enfant à genoux face à la mer « Mon Dieu, mon père, mon Dieu ma mère, pourquoi m’avez-vous fait naître ? ».

Et tu approuveras leur silence,

dans un coin de mouchoir, ta douleur,

comme un peu de fièvre, comme un peu de flamme pour les éclairer.

Evelyne Trân   

Je ne suis pas de moi – Texte de Roland Dubillard – Adaptation et mise en scène Maria Machado et Charlotte Escamez avec Denis Lavant et Samuel Mercer du 30 Novembre au 31 Décembre 2022 du Mardi au Samedi à 19 H, le Dimanche à 15 H 30 au THEATRE LE LUCERNAIRE 53 RUE NOTRE-DAME-DES-CHAMPS 75006 PARIS

DISTRIBUTION

Texte : Roland Dubillard
Adaptation et mise en scène : Maria MachadoCharlotte Escamez
Avec : Denis LavantSamuel Mercer

Design sonore : Guillaume Tiger
Lumière : Jean Ridereau
Vidéo : Maya Mercer
Chorégraphie : Julie Shanahan (Tanztheater Pina Bausch)
Décor : Didier Naert
Costumes : Agnès b
Assistante à la mise en scène : Eugénie Divry
Coproduction : Marie-Cécile RENAULD

Coordinatrice de production : Danièle Ridereau

Roland DUBILLARD et son petit air chafouin dans La Grande Lessive de Jean-Pierre Mocky aux côtés de Bourvil et Francis Blanche, lunaire et solaire à la fois !

Je ne suis pas de moi voilà une phrase absurde qui rappelle l’autre phrase célèbre en toutes lettres sur le tableau de Magritte « Ceci n’est pas une pipe ».. Nom d’une pipe et alors ? Y a t-il des évidences trop cruelles pour ne pas désigner l’arbre qui cache la forêt ou toucher du doigt l’homme puzzle qui joue avec nos nerfs. Roland Dubillard en somme était caméléon.

Dans le spectacle conçu par Maria Machado et Charlotte Escamez à partir des Carnets en marge rédigés entre 1947 et 1997, Roland Dubillard nous tend un miroir, une sorte de lac d’argent qui célébrerait ses noces avec le théâtre. Comment s’étonner alors de l’apparition de ces 2 clowns dansants, Denis Lavant et Samuel Mercer qui incarnent ce récital de notes comme dans un jeu de cirque.

De sa voix caverneuse, quelque peu gouailleuse, LAVANT lâche « Comme je suis nombreux ce soir, on s’écoute, c’est reposant de se tenir à distance de soi même ». Il joue l’homme mûr, heureux de ne pas pouvoir être méchant ni cynique.Il est celui qui s’émerveillera toujours même devant un petit suisse. Son frère siamois, son double visage, son interlocuteur céleste, Samuel MERCER ne le quitte pas des yeux. Le fil n’est pas mince qui les relie, c’est celui où vont se bousculer les mille et une pensées d’un jongleur poète de génie. Génie, le mot n’est pas trop fort, il faut le saisir dans son sens littéral, comme l’on parlerait d’un génie de la forêt ou de la montagne.

Ce qui est fascinant dans ce spectacle c’est de découvrir comment Roland Dubillard peut être si proche de nous non par la pensée-pensée, mais plutôt par la pensée sensitive. parce qu’il s’agit bien pour lui pour se supporter et supporter les autres d’ouvrir les vasques de son inconscient, c’est à dire de ne plus s’embarrasser de l’intellect mais de lâcher une pensée-mot avec ses ailes, de la même façon que dans le délire nous n’avons plus à dire que ce que nous ressentons, ce quelque chose connu, expérimenté comme inconcevable. Il y a du délire chez Roland Dubillard auquel est rattachée la douleur inexprimable – clair de lune dans la brisure -. La mélancolie existentielle favorise le délire qu’il ne faut pas confondre avec le surréalisme sauf à avouer l’impensable, notre capacité à enfermer la pensée en concepts et dogmes. Or sans liberté celle qui contraindrait un poète à rire de lui dans un miroir, comment rêver qu’un poème puisse être accueilli comme une poignée de main ou un sourire.

Question d’atterrissage ! Comment atterrir dans la volière de mots de Dubillard ? Sur scène deux Roland s’interpellent, l’homme (Denis Lavant) et le jeune homme (Samuel Mercer) . Roland s’adressant à lui même aime bien se contredire; de sa familiarité avec les mots, il puise son énergie exploratrice comme un poète bondissant et certainement amoureux de la vie. Denis Lavant fait offrande au public d’un de ses contes libertins pas piqué des hannetons !

Quelle belle idée d’avoir confié à Denis Lavant et Samuel Mercer cette rencontre avec Roland !

Une grande liberté se dégage de la mise en scène laissant libre cours à l’imagination du spectateur ! Pour ma part, j’ai cru voir deux oiseaux-lyre dans la volière de mots de Roland et j’ai été enchantée !

Article mis à jour le 8 Décembre 2022

Evelyne Trân

Article publié également dans LE MONDE LIBERTAIRE

https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=6913&article=La_boule_huit_en_coin_avec_effet_retro_pour_me_placer_!annonce_le_brigadier

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Voyage Vietnam poème d’Evelyne Trân – Improvisation musicale de Tim Laser : Sitar – Percussion dijiridoo, guimbarde et de Michel Seuls : Percussion, bol tibetain.

Tu as barbouillé  tes songes,  habillant les  voix de femmes recroquevillées.

 plus étonnée qu’une étincelle d’eau

s’échappant du chapeau d’une paysanne courbée dans la rizière.

Un grain de riz glisse de ton œil  ouvert.

Aurais-tu peur ?

Tu bascules de l’idée à la  forme,

sans le moindre effort.

Ils ne recueillent plus le grain de riz.

L’étendue d’une rizière couvre le visage d’une femme vietnamienne.

Les mots ont l’allure d’insectes qui se faufilent à pente douce

comme les  lézards au-dessus des marches.

L’heure est au  lézard ce qu’un rayon de soleil est à une plante d’eau.

Et ma voix  sort du filtre, encore  poisseuse, humide, étrangère,

Elle a dix mille kilomètres et  la  couleur de la queue d’un  dragon

qui se serait soulevée pour  lécher la montagne.

Roseau qui  penche contre une pensée musclée.

Des hommes prisonniers apprivoisent la nature qui déborde

en grimpant au-dessus des barbelés.

Ils ont tous un cousin dont le nom signifierait ciel dans une  nouvelle langue.

Tu es devenue une plante,

il  faut te caresser pour t’entendre,

il faut te maudire pour te dire,

enfin sourire à  l’intérieur de la vague.

PREMIER AMOUR de Samuel BECKETT- Mise en scène de Jean-Michel MEYER avec Jean-Quentin CHÂTELAIN au Théâtre LE LUCERNAIRE 53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris – Du 19 Octobre au 4 Décembre 2022 du mardi au samedi à 21 H et le dimanche à 17 H 30. Puis le 9 Décembre – La Comédie – FERNEY (01).

C R É AT I O N E T R É G I E LU M I È R E : T H I E R R Y A P E R A N
PRODUCTION : LE K SAMKA
COPRODUCTION : THÉÂTRE SÉNART – SCÈNE NATIONALE
CORÉALISATION : THÉÂTRE LUCERNAIRE

Mise en scène : Jean-Michel MEYER

Avec  Jean-Quentin Châtelain

La fraicheur ou l’innocence à laquelle renvoie le titre de la nouvelle de BECKETT  Premier amour  illustre merveilleusement cette réflexion de Victor HUGO « Les mots manquent aux émotions ».

Il s’agit de la première nouvelle écrite en français par Beckett en 1945 et publiée seulement en 1970 en raison de son caractère biographique. La mise en scène de Jean-Michel MEYER « Pas de musique, pas de décor, pas de gesticulation » respecte les volontés de Beckett.

Qui se soucie de la genèse d’une écriture s’interrogera sur son évolution. Celle de Premier amour est semble-t-il bien plus transparente que celles qui ont suivi alors même qu’elle émane d’un narrateur qui cherche ses mots et se décrit sans aucune aménité tel un spectateur de lui-même quasi immobile scrutant son propre engourdissement.

Le narrateur dont on ignore le nom n’est pas un écrivain (donc il ne s’agit pas de Beckett même si évidemment il met de lui-même dans le personnage) et il se le répète à lui-même, les mots lui manquent. Ils ne se greffent pas naturellement ou aisément aux évènements qui lui inspirent des sentiments, des sensations très personnelles.

Le narrateur pourrait être considéré comme un individu asocial, il est une grotte à lui tout seul qui ne veut pour guide que ses propres sensations. De telle sorte que l’autre le dérange ou le heurte. Il donne l’impression d’être toujours sur la défensive.

Cet individu solitaire, marginal est chassé à 25 ans de chez lui à la mort de son père. Il ne s’apitoie pas sur son sort. En basse saison, il se réfugie sur un banc, en hiver il s’aménage un nid dans une étable abandonnée. Un jour il fait la connaissance d’une jeune femme sans presque mot dire mais ils s’apprivoisent physiquement puisqu’ils partagent le même banc. Enfin cette femme qu’il ne peut décrire l’emmène chez elle. Il s’accommode de son nouveau logis mais le quitte à la naissance d’un enfant dont il ne peut supporter les cris.

Résumée ainsi la nouvelle pourrait faire penser à un récit de Maupassant. Mais ce qui intéresse Beckett, ce qu’il cherche à exprimer, c’est la vérité charnelle, physique, dysfonctionnelle d’un individu qui s’éprouve étranger dans ce monde.

Mais n’importe comment, il s’agit quand même d’un homme et c’est cette humanité « invisible » que recouvre la civilisation qui interpelle.

Question d’humus. Même malheureux, il faut imaginer cet homme avec un sourire, étonné d’évoquer un premier amour alors que son récit ne peut que refléter ses difficultés relationnelles et n’enjolive surtout pas sa perception. Le décalage entre le prosaïsme des situations et le romantisme d’un premier amour ne manque pas de piquant.

C’est à un véritable voyage inter humain auquel nous convie son interprète Jean-Quentin CHATELAIN. Le menhir que l’on voit sur scène est un homme. Sous la charpente, il étincelle. Son rapport à l’être, à son corps, à la femme finit par résonner comme un cri lumineux qui jaillit de la terre, de l’humus.

Ce sentiment terrestre comme une poignée de terre qui glisserait dans la main s’accroche aux mots et à leur salive. C’est tout simplement jouissif.

Cette pensée du comédien « Les monologues c’est une marche dans les traces de quelqu’un. Le texte est un sentier et j’aime le temps de la marche en solitaire » coïncide avec l’écriture de cette nouvelle. Comment oublier que les mots pour aller et venir et se confronter à l’inexprimable passent par la voix et le corps et c’est ce manège surprenant si tangible au théâtre qui nous étreint.

Le 28 Novembre 2022

Evelyne Trân

N.B : Article également publié sur LE MONDE LIBERTAIRE.NET

François RABELAIS – Portrait d’un homme qui n’a pas souvent dormi tranquille – Une pièce de Jean- Pierre ANDREANI et Philippe SABRES au THEATRE ESSAION 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS du 7 Octobre au 10 Décembre 2022, les vendredis et samedis à 19 H 15. Puis du 9 Janvier au 27 Mars les lundis à 19 H 15.

Voir la bande annonce

MISE EN SCÈNE
JEAN-PIERRE ANDRÉANI

AVEC PHILIPPE BERTIN
& MICHEL LALIBERTÉ

ESSAION PRODUCTION

En ce moment dans une belle cave du Théâtre de l’ESSAION à Paris il souffle une bourrasque que nous qualifierons de Rabelaisienne, entretenue par deux talentueux comédiens Philippe BERTIN et Michel LALIBERTE qui se font fort de transporter les spectateurs au 16ème siècle dans la période où RABELAIS constamment traqué par la Sorbonne publia ses romans  Pantagruel puis Gargantua sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais) abstracteur de quinte essence, puis le tiers livre sous son nom propre.

On se souviendra que Rabelais qui quitta son habite de moine (on lui doit la formule « L’habit ne fait pas le moine ») pour devenir un médecin réputé à l’Hôtel Dieu, malgré de grands protecteurs dont l’évêque Jean Du Bellay  et même François 1er,  écrivit toujours au péril de sa vie.

Rabelais contemporain d’Erasme (auteur de l’éloge de la folie) qui avait pour convives Clément Marot, Guillaume Budé, Etienne Dolet autour de tables bien garnies, était un humaniste révolté. Pour se défouler tant il avait à cœur de faire entendre ses griefs et critiques contre les mœurs de son époque,  il dut utiliser la farce avec ses histoires de géants ( à la mode) pour déguiser ses propos.

Comment ne pas envier son style, son imagination galopante où la verve n’a d’égale que la causticité et la drôlerie. C’est vraiment un bonheur d’écouter cette langue pleine de trouvailles incroyables. D’ailleurs le but de Rabelais était de féconder la langue française à partir du grec et du latin et on lui doit la création de près de 800 mots.

Philippe SABRES et Jean-Pierre ANDREANI ont habilement mêlé au parcours de combattant de Rabelais quelques extraits de ses œuvres dont un fameux qui commence par «  Un chien qui rencontre un os à moelle » .

On l’entend battre le cœur de Rabelais à travers la performance des deux comédiens extrêmement impliqués.

C’est que les combats de Rabelais pour faire exister son œuvre résonnent avec notre actualité. Comment lorsqu’est évoqué Etienne DOLET l’imprimeur de Pantagruel et Gargantua, pendu et brûlé Place Maubert à Paris pour délit de blasphème, ne pas penser à Salman RUSHDI, Samuel PATY, les caricaturistes de Charlie HEBDO…

Le 22 novembre 2022

Evelyne Trân

N.B : Article initialement publié sur LE MONDE LIBERTAIRE.NET

https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=6881&article=Tout_vient_a_point_a_brigadier_qui_peut_attendre

N.B : Philippe BERTIN était invité en première partie de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur RADIO LIBERTAIRE 89.4 le 29 Octobre 2022 en podcast sur le site de RADIO LIBERTAIRE.

FINAL CUT de Myriam Saduis u Théâtre BELLEVILLE 94, rue du Faubourg du Temple 75011 Paris, du 2 septembre au 30 Novembre 2022 : Mercredi, jeudi, vendredi, samedi, à 19 H. Dimanche à 15 H.

Conception et écriture Myriam Saduis Avec Myriam Saduis, Pierre Verplancken en alternance avec Olivier Ythier

Collaboration à la mise en scène Isabelle Pousseur

Conseillers artistiques Magali Pinglaut et Jean-Baptiste Delcourt

Lumières Nicolas Marty

Création vidéo Joachim Thôme

Création sonore Jean-Luc Plouvier (avec des extraits musicaux de Michel Legrand, Mick Jagger / Keith Richards, Amir ElSaffar)

Ingénieur du son et régisseur vidéo Florent Arsac Mouvement Nancy Naous Création des costumes Leila Boukhalfa

Collaboration à la dramaturgie Valérie Battaglia

Construction Virginie Strub

Maquillage et coiffure Katja Piepenstock

Administration Patrice Bonnafoux

Coordination compagnie Philippe Bourges

Direction artistique Myriam Saduis

TOURNEE

Le 15 novembre 2022
FINAL CUT
Le Safran, AMIENS (FR)
29 Novembre 2022
FINAL CUT
Arcueil. Festival Les Théâtrales Charles Dullin (FR)
3 et 4 mai 2023
FINAL CUT
CCAM – Centre Culturel André Malraux
Scène Nationale de Vandœuvre-lès-Nancy (FR)
Du 23 au 27 Mai 2023
FINAL CUT

ATJV – Théâtre Jean Vilar ( BE)

Aujourd’hui, toi tu vas dire que tu t’en fous de ton histoire familiale, tu vas la considérer comme extérieure, tu vas même avoir honte d’en parler ou d’en avoir parlé comme s’il s’agissait d’un arbre mort qui vient barrer ta route. Mais voilà ce que tu considères comme un arbre mort, tu l’éprouves comme un signe, tu ne peux pas en faire abstraction parce que devant toi c’est le brouillard et derrière toi, tu le sais, c’est ce qui t’a amené jusqu’ici jusqu’à cette route barrée. Sauter par-dessus l’arbre mort. Oui bien sûr. Cela n’est pas si compliqué même pour un individu qui serait peu sportif, et craintif. La vérité c’est qu’il aurait davantage peur de lui-même que du danger inconnu. Alors tu fais une pause, tu vas considérer ce qui te barre la route comme un gros tronc d’arbre. Tu vas même remarquer que de la mousse a envahi cette pièce d’arbre. Il n’y a personne d’autre ici que toi pour la contempler. Tu représentes un point dans cette histoire, tu ignores s’il est lumineux ou pas, c’est un point de rencontre, celui qui signe l’instant où tu te retrouves devant cette route barrée. Toi, face à cet arbre qui gît à terre, tu ne peux t’empêcher de te dire que tu es vivante. Alors tu as une responsabilité face à lui, tu peux le faire parler, en tout cas l’ausculter, en tout cas rendre compte de sa présence.

Ces considérations en préambule pour parler du spectacle de Myriam SADUIS, actrice, auteure et metteure en scène qui a créé une pièce intitulée FINAL CUT à partir de son histoire familiale :

« Même si chaque histoire est singulière, toutes et tous nous partageons ce fait universel que nos secrets de famille sont tissés d’histoire jusqu’à la moëlle — tout passant à la fin au fleuve du récit collectif. »

Myriam SADUIS est le fruit de la rencontre amoureuse entre sa mère européenne et son père arabe. Elle est née en 1961 en pleine décolonisation. Les parents de sa mère, colons en Tunisie durant le protectorat français, racistes n’ont pas accepté l’union de leur fille avec un Tunisien. Il s’agissait d’une transgression insupportable. Les parents se sont séparés et la mère a rayé de sa carte le père arabe jusqu’à œuvrer pour son expulsion hors de France.

C’est une histoire terrible que raconte Myriam SADUIS. Il semble qu’elle ait labouré à l’intérieur d’une plaie immense mais ce faisant toute à la quête de son père, elle a voulu comprendre la folie de sa mère et ce qui a contribué à sa paranoïa, n’hésitant pas à y associer la paranoïa de l’empire colonial français :

« Dans FINAL CUT histoire familiale et grande histoire se trament ensemble ».

Difficile de mesurer le travail entrepris par Myriam SADUIS pour mettre à distance sa douleur et s’élever au-dessus du malheur. Il ne s’agit pas de résilience, terme trop galvaudé, mais de prise de conscience.

L’amour qu’elle porte à ses parents engage et éclaire sa parole. Sur scène, elle s’exprime avec une vitalité, une générosité communicatives qui forcent le respect.

Cette entreprise courageuse, celle d’exposer sa propre histoire loin de résonner comme l’arbre qui cache la forêt, l’histoire avec un grand H, nous la désigne avec profondeur.  

Le 15 novembre 2022

Evelyne Trân

Article initialement publié sur le MONDE LIBERTAIRE.NET :

ISLANDE ENTRE CIEL ET TEXTE – Lecture – spectacle Du 10 au 20 novembre 2022 : le jeudi et vendredi à 19h et 21h, le samedi et dimanche à 14h30 au Théâtre Route du Champ de Manœuvre 75012 PARIS. Informations  Billetterie : 01 48 08 39 74

PHOTO D.R.

Les Jeudis 10 et 17 Novembre à 19h et Samedi 12 et 19 Novembre à 14h30
La Géante dans la Barque de pierre et autres contes d’Islande contes oraux collectés par de Jón Árnason et Magnus Grímsson – traduction Ásdis R. Magnúsdóttir et Jean Renaud, Éditions Corti, 2003

Les Jeudis 10 et 17 Novembre à 21h et Samedi 12 et 19 Novembre à 16h30
Entre Ciel et Terre de Jón Kalman Stefánsson – Traduction Éric Boury, Éditions Gallimard, 2010

Les Vendredis 11 et 18 Novembre à 19h et Dimanche 13 et 20 Novembre à 14h30
Karitas, L’Esquisse d’un rêve, de Kristín Marja Baldursdóttir Traduction Henry Kiljan Albansson, Actes Sud et Gaïa Éditions

Les Vendredis 11 et 18 Novembre à 21h et Dimanche 13 et 20 Novembre à 16h30
Karitas, L’Esquisse d’un rêve, de Kristín Marja Baldursdóttir Traduction Henry Kiljan Albansson, Actes Sud et Gaïa Éditions

Islande entre Ciel et Texte est une immersion dans la fascinante littérature islandaise. 4 lectures-spectacles mis en musique interprétées sur scène, nous proposent de s’embarquer pendant une cinquantaine de minutes dans l’univers si particulier de Entre Ciel et terre de Jón Kalman Stefánsson pour une première lecture- spectacle, de Karitas – l’Esquisse d’un rêve de Kristín Marja Baldursdóttir pour une seconde, Le moindre des mondes de Sjón pour une troisième et dans La Géante dans une barque de pierre – Contes Islandais soit dans leur version adulte ou leur version jeune public pour la quatrième.

Chaque lecture-spectacle est dotée d’une scénographie simple mais suggestive, d’éclairages spécifiques favorisant un climat d’intimité et d’écoute et d’une musique originale composée et interprétée sur scène par Christine Kotschi. A cette musicalité répond celle des mots lus par Bénédicte Jacquard. C’est à ces univers sonores nés de récits qui bien qu’écrits par des contemporains puisent tous leur histoire dans l’Islande de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. Récits épiques – les sagas ne sont pas loin – où malgré la dureté de la vie en cette période sur cette île au Nord du Nord, des destinées s’inventent. Ici, comme au concert, on peut fermer les yeux, se laisser aller à ses récits.

Il y aura deux lecture-spectacles chaque jour et le cycle intégral sur deux jours consécutifs.

Entre Ciel et Terre
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Karitas
https://www.youtube.com/embed/WojeFtJ85fQ

Le moindre des mondes
https://www.youtube.com/embed/hU-0-OH3QPY

Contes islandais
https://www.youtube.com/embed/DRiXb0GwBSY

AuteursJón Kalman Stefánsson, Kristín Marja Baldursdóttir, Sjón, et des contes collectés par Jón Árnason et Magnus Grímsson
Mise en scèneClaude Bonin
AvecBénédicte Jacquard
MusiqueChristine Kotschi
ProductionLe Château de Fable

En coproduction avec Anis Gras –

Le lieu de l’Autre (Arcueil), Les Bords de Scènes (Juvisy-sur-Orge), La Strada & Cies et le soutien du Conseil Départemental de l’Essonne, de la Spedidam et de l’Ambassade d’Islande.

Notre avis :

Très  sobre la comédienne  assise en haut d’une échelle lit un long texte comme un conte accompagnée d’un musicien multi-instrumentiste très original servant très  bien le texte venu de haut pour un public jeune. Mais les moins jeunes ne seront pas déçus, c’est un spectacle captivant à ne pas manquer.

Moa Abaid

MONSIEUR PROUST- PROUST VU PAR SA GOUVERNANTE- Au Théâtre LE LUCERNAIRE 53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris – DU 12 OCTOBRE AU 27 NOVEMBRE 2022 du mardi au samedi à 19 H et le dimanche à 15 H 30.

Adaptation et mise en scène Ivan Morane

  • D’après les entretiens de Céleste Albaret avec Georges Belmont
  • Adaptation et mise en Scène Ivan Morane
  • Interprétation Céline Samie
  • Lumières Ivan Morane
  • Production Sea Art

Marcel PROUST s’est si bien laissé dévorer par son œuvre « monstrueuse» qu’il en est indissociable dans notre esprit. Il faut avoir eu la chance d’écouter à la radio ou vu à la télévision Céleste ALBARET sa gouvernante, l’évoquer, pour être captivé-ée par les propos de cette dernière sur les huit années qu’elle a vécues auprès de Proust, tenant le rôle aussi bien de gouvernante, de confidente, amie et secrétaire.

Les anecdotes et les souvenirs de Céleste Albaret sont en soi précieux mais ce qui touche particulièrement c’est la façon dont elle les retrace. Au début de « Un amour de Swann » Proust parle longuement de la mémoire du corps et il semble que cela soit celle là qui dirige les paroles de Céleste. Elle retransmet de façon fabuleuse les conversations qu’elle a eues avec l’homme comme s’il était encore là pour l’entendre.

Céleste Albaret avait un côté médium, elle était surtout habitée par l’homme Proust qui d’après de nombreux témoins de sa vie était malgré ses extravagances, un homme charmant, doux et certainement fascinant.

Adaptateur et metteur en scène, Ivan MORANE réussit à sortir de l’ombre la « domestique » Céleste Albaret qui inspira à Proust le personnage de Françoise et qu’il cite à plusieurs reprises dans son œuvre.

Quand les entretiens du journaliste Georges BELMONT avec Céleste ALBARET ont été publiés en 1973, des critiques et même des écrivains se sont récriés comme s’il était inconcevable qu’une domestique de souche paysanne puisse avoir de l’esprit, être belle et intelligente.

C’est le centenaire de la mort de Proust ce 18 novembre 2022. Pour lui rendre hommage, qui d’autre que Céleste ALBARET est la mieux placée pour l’évoquer ? Incarnée par Céline SAMIE nous découvrons celle qu’a connue l’écrivain, c’est-à-dire une personne très vive, émotive, passionnée. Céline SAMIE est aussi porteuse des voix d’autres personnages comme Gide, Gallimard ou même le mari de Céleste.

Intense et très vivante, cette rencontre avec Céleste et Proust est aussi très émouvante. C’est évident, Proust a ensoleillé la vie de Céleste comme elle l’a ensoleillé elle-même.

Si à l’issue de ce spectacle, nous avons envie de nous replonger dans l’œuvre de Proust, c’est que nous redécouvrons la douceur de sa voix entremêlée à celle de Céleste, portée par une comédienne solaire et exceptionnelle Céline SAMIE.

 Le 7 novembre 2022

Evelyne Trân

N. B : Céline SAMIE était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE le samedi 29 Octobre 2022, en podcast sur le site de RADIO LIBERTAIRE 89.4.

Article également publié sur le MONDE LIBERTAIRE en ligne

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LE PRINCIPE D’INCERTITUDE de Simon STEPHENS au Théâtre MONTPARNASSE 31, rue de la Gaîté 75014 PARIS . Depuis le 22 Septembre 2022 :  jeudi, vendredi et samedi : 20 h. A partir du 1er Novembre : mercredi à 21 h. Matinées Samedi à 17 h Dimanche à 15 h. Relâche le 25 Décembre.

Avec: Jean-Pierre DARROUSSIN et Laura SMET

Pièce de: Simon STEPHENS
Traduction: Dominique HOLLIER
Mise en scène: Louis-Do de LENCQUESAING

Décors: William MORDOS
Costumes: 
Jürgen DOERING
Lumières: Joël HOURBEIGT
Musique : 
Romain ALLENDER
Assistante à la mise en scène: Margaux VALLÉ
Coiffure et maquillage: Cécile KRETSCHMAR

LE PRINCIPE D’INCERTITUDE

Le titre de la pièce est intrigant. Il a pour origine la théorie quantique d’HEISENBERG. Je préfère me rapprocher de la chanson « Les gens qui doutent » d’Anne Sylvestre. D’un point de vue sémantique, il y a un lien entre le doute et l’incertitude. Cependant ériger en principe l’incertitude, voilà qui est bien paradoxal.  

Simon STEPHENS est un auteur britannique contemporain que Jean-Paul DARROUSSIN n’hésite pas à comparer à TCHEKHOV. La pièce raconte la rencontre improbable entre 2 êtres qu’à première vue tout oppose.   

Les intellos, ceux qui ont besoin d’exprimer l’effervescence de leur terrain mental, seront peut-être déçus.  En effet, les deux personnages n’ont à exprimer que le vide de leur existence. Il s’agit d’un sentiment prégnant. Ces gens là ils n’ont pas grand-chose à quoi se raccrocher, un boulot, quelques souvenirs devenus très lointains. On voudrait dire d’eux qu’ils sont inintéressants, qu’ils ont raté leur vie, qu’ils sont banals à souhait et leur crier ouste !  Pourtant ce constat de vacuité, de pauvreté de leur vie qui ressort des échanges entre l’homme de 75 ans alpagué par une jeune quadragénaire paumée, retient l’attention parce qu’il sonne vrai grâce à l’interprétation de Jean-Paul DARROUSSIN qui compose un personnage plutôt complexe, il est boucher et il écoute de la musique classique et il continue à dialoguer avec sa sœur disparue à son enfance. Grâce aussi à celle de Laura SMET qui réussit à nous attacher à son personnage de jeune femme borderline qui vient frapper à la porte d’un vieil homme à priori résigné et sans envergure.  Au fur et à mesure, ce sont les intonations des voix qui accrochent l’oreille. Ce n’est jamais violent mais ça interpelle. Il est possible alors de se transporter au dehors, pour redevenir attentifs aux petites choses, petits dialogues de la vie, s’éblouir par exemple du spectacle d’une vieille et d’un vieux penchés sur une image « extraordinaire » collés l’un contre l’autre sur des strapontins dans le métro.

La lourdeur du décor et quelques lenteurs n’ont pas suffi à me décrocher de cette pièce qui n’est sans doute pas parfaite mais qui dégage un message de tendresse inestimable.

J’avais oublié que Jean-Paul DARROUSSIN et Laura SMET étaient des vedettes. J’ai découvert de grands interprètes.

Le 28 Octobre 2022

Evelyne Trân

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