Co-animatrice radio sur Radio Libertaire (depuis 2008) . - Chroniqueuse pour le blog
"Théâtre au vent" sur le site Le Monde.fr (de fin 2010 à juin 2019), puis sur le site theatreauvent.com et sur le Monde libertaire.fr (depuis 2019). Auteure avec Jean-Marie Blanche de Francis Blanche, mon père aux Editions Plon (2011) . Auteure d'un avant-propos dans le livre Noblesse d'Afrique d'Hélène de Gobineau paru en 2014. Auteure du livre Mon cher enfant aux Editions du Net (Septembre 2022) , de Nouvelles radiophoniques aux Editions du Net (Octobre 2022) , du Secret à tire-d'aile paru aux éditions du Net en Septembre 2023 et du recueil de poèmes Excuse d'un sourire aux Editions du Net (Septembre 2025).
Ce spectacle a connu sur Paris une seule représentation le 30 janvier 2020 dans un lieu intimiste dont l’acoustique permet de se produire sans micro : « Les rendez-vous d’ailleurs ». Accueil chaleureux, programmation originale (1).
Parce que cet événement a suscité grand intérêt, une reprise reste fort probable dans la capitale ou en régions dans les mois à venir. Raison de plus pour signaler, encore aujourd’hui, l’existence de ce moment d’exception malgré les effets collatéraux qu’a provoqués la pandémie actuelle sur l’économie des arts de la scène, en particulier. Restons optimistes.
Ecrivain de chansons et interprète, Philippe Forcioli est aussi compositeur. Parmi ses multiples réalisations, il a mis en musique le poète René-Guy Cadou dans un triple CD…depuis longtemps épuisé (2). En quatre décennies, Forcioli aura publié plus de 15 albums de textes et chansons de son cru. Dans le disque « Il est passé par ici » il avait réuni les « poètes…
Graphisme : Philippe BATIER d’après un collage de Dominique ROBERT
Texte et musique : Pascale LOCQUIN Arrangements, clavier, percussions, réalisation : Patrick PERNET Mastering : Jean-Pierre CHALBOS – La source Mastering Flûte traversière : Marianne-Alix PERNET Violon : Jeanne-Marie ANGLES Accordéon : Léo VARNET Graphisme : Philippe BATIER d’après un collage de Dominique ROBERT
Photos de François LOUPIEN
Pascale LOCQUIN, auteure-compositrice-interprète vient de sortir son 3ème disque après « Attention…pas…sage » et « Rêver encore… » Entendre le temps qui pousse… Quel joli titre pour un recueil de poèmes et un disque ! Il évoque l’attention soutenue de Pascale LOCQUIN aussi bien pour les paysages intérieurs qu’extérieurs, le rythme des saisons, les battements de cœur qui leur font écho ou les pulsations d’une terre qu’on foule, semelles au vent.
Pascale possède la grâce de la simplicité et ses poèmes-chansons ou chansons-poèmes convoquent aussi bien Verlaine qu’Apollinaire. Et puis c’est certain, Pascale a conservé la lucidité de l’enfance et elle a le talent d’accorder le langage familier à la délicatesse des rimes.
L’émotion gronde chez Pascale mais elle est tempérée par une profonde bienveillance. Jamais elle ne crie, elle laisse le champ libre aux auditrices, auditeurs, d’aller et venir entre ses rimes, se laisser emporter par leurs rêveries au gré de ses mélodies où la fraicheur de la flûte traversière se mêle aux effluves du violon.
Ce sont mille petites histoires que nous raconte Pascale dans ses textes, du genre de celles qu’on effeuille comme des souvenirs qui vous collent à la peau, de celles dont le cœur a besoin.
Entendre le temps qui pousse…car la poésie et la musique restent pour elle ses garde-fous contre la folie de ce monde et ses meilleures antennes pour nous gratifier d’espoir malgré les peines.
Le 13 Février 2023
Evelyne Trân
Cet album qui bénéficie d’un bel équipage de musiciennes, musiciens, est à ce jour distribué par l’auteure : pascale.locquin@free.fr ainsi que le recueil des textes, éponyme, édité aux Editions Thierry SAJAT.
Le radeau des médusés 2:16 et Amie, vois tu venir ? 3:10
Que du bleu !
N. B : Article également publié sur le MONDE LIBERTAIRE.FR :
Nos corps empoisonnés nous plonge dans l’histoire de Tran To Nga, viêtnamienne engagée toute sa vie dans de multiples combats, anti-impérialistes, féministes, écologiques… Jeune résistante dans le maquis pendant la guerre du Viêtnam, elle est exposée comme tant d’autres aux épandages américains de l’agent orange. Aujourd’hui depuis la France, elle mène un procès historique contre des firmes agro-industrielles états-uniennes, pour dénoncer les ravages de ce poison dans les organismes et la terre.
Texte et mise en scène Marine Bachelot Nguyen / Avec Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné Vidéo et scénographie Julie Pareau / Création lumière Alice Gill-Kahn DiffusionOlivier Talpaert, En votre compagnie / PresseMaison Message
Production Lumière d’août Coproduction Le Quartz, Scène Nationale (Brest) / Théâtre de Choisy-le-Roi, scène conventionnée pour la diversité linguistique / Théâtre l’Aire Libre (Saint-Jacques-de-la-Lande) / Théâtre du Champ au Roy (Guingamp) / Le Strapontin (Pont-Scorff) Soutiens Textes en l’air (Saint-Antoine L’Abbaye) / Les Plateaux sauvages (Paris)
8-9 février 2023 Théâtre de Choisy-le-Roi / 8 février à 10h, 9 février à 20h 20 au 25 mars2023 Les Plateaux Sauvages (Paris) / 20h les 20-24 et 17h30 le 25 6 avril 2023 Festival des cultures, La Sorbonne Nouvelle (Paris) 11 avril 2023 Théâtre du Champ au Roy (Guingamp) / 20h30 14 avril 2023 Festival Mythos 2023 (Rennes) 2-3 mai 2023 Festival Eldorado, CDN de Lorient / 2 mai à 21h, 3 mai à 19h
Mise en scène : Camille Broquet Avec : Zuriel de Peslouan, Régis Lionti Musique : Les Beatles
Fan des Beatles depuis 30 ans, Germain RECAMIER signe une pièce très émouvante qui sonne les retrouvailles de Paul McCARTNEY et John LENNON quelques jours avant l’assassinat de ce dernier le 8 Décembre 1980. Une dizaine d’années s’est écoulée depuis la dissolution du groupe. Lennon et McCartney ont continué en solo avec succès, leurs carrières respectives. Paul débarque à l’improviste chez Lennon « qui fait la popote » avec une seule idée en tête reformer un duo avec son complice d’hier.
Germain RECAMIER s’est certainement inspiré des confidences de McCartney extrêmement bouleversé par la mort de son ami pour qui il écrivit en hommage « Here the day ». La pièce fait largement écho à leur amitié et leur complicité musicale qui débuta à l’adolescence, Paul était âgé de 15 ans et John de 17 ans. Les deux artistes se remémorent leur jeunesse, leurs défonces, leurs succès ; ils s’asticotent aussi comme un vieux couple après le divorce tandis que plane l’ombre de Yoko. Et ils se lancent des vannes jusqu’à traiter l’autre de « Grand-mère sur une chaise à bascule ».
Une belle occasion pour les spectateurs de rééentendre quelques airs des chansons mythiques : Sergent Peppers, Love me do, Strawberry fields, Hello goodby, Lucy the sky etc.
En solo en 1971, Mc Cartney a créé Too many people et Lennon Imagine. Devenu miliant pacifiste Lennon déclare à propos de cette chanson : « Imagine était un morceau antireligieux, antinationaliste, anticonventionnel, anticapitaliste, mais comme il était emballé autour d’une jolie mélodie, il a été accepté et a été diffusé comme si de rien n’était. »
Dix ans après leur rupture, était-il possible que Lennon et McCartney fondent un nouveau groupe ? Il est permis de rêver et en musique bien sûr !
Après l’annonce de la mort de Lennon, retour à l’adolescence . Oui, il faut imaginer les deux gosses dans une cour de récréation rêvant de faire exploser le monde. Légèreté, insouciance, peace and love, tels étaient leurs arguments qui faisaient dire à Lennon « Aujourd’hui, nous sommes plus populaires que Jésus ».
Les comédiens qui incarnent les artistes sont épatants. Zuriel DE PESLOUAN campe un Lennon nuancé et réservé tandis que Régis LIONTI exprime toute la fougue de McCartney.
Difficile de n’avoir pas le cœur qui chante grâce à la fantaisie et l’humour des personnages. La mise en scène de Camille BROQUET fort bien agencée fait la part belle aux tubes des Beatles. Voilà un spectacle qui ravira les fans d’hier, d’aujourd’hui et demain !
Le 8 Février 2023
Evelyne Trân
N.B : Article initialement publié sur le MONDE LIBERTAIRE.FR
N.B : Les comédiens Zuriel de Peslouan, Régis Lionti sont les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4, le Samedi 18 Février 2023 de 15 H 30 à 17 H.
Stefan ZWEIG est un écrivain autrichien, cosmopolite, pétri d’idéal humaniste. Contemporain de grandes figures intellectuelles du début du 20ème siècle, dont Sigmund FREUD, il fait partie de ces auteurs célébrés de leur vivant, qui n’ont pas sombré dans l’oubli. Il s’est distingué par l’écriture de nouvelles et de biographies d’une grande profondeur psychologique.
Il rêvait d’une fraternité européenne et son drame fut d’être confronté à l’antisémitisme du régime nazi qui le condamna à l’exil.
La nouvelle posthume Le joueur d’échecs fut écrite quelques semaines avant son suicide à Petrópolis au Brésil. Il s’agit d’une œuvre de circonstance, y sont relatées longuement les conditions de torture d’un personnage autrichien, très cultivé, arrêté par la Gestapo. Ce dernier raconte son calvaire mental dans une chambre d’hôtel hermétiquement fermée au monde extérieur, sans livre, sans montre, ni papier, ni crayon, sans voir aucune figure humaine sauf celle du gardien. Il devra sa survie à un manuel d’échecs subtilisé dans la poche de ce gardien et c’est ainsi que pour meubler le temps, il deviendra joueur d’échecs contre lui-même.
Parallèlement, Stefan SWEIG fait le portrait d’un jeune champion mondial d’échecs, inculte et rustre.
Les deux joueurs se rencontrent dans un paquebot à destination de Buenos Aires. Le point d’ancrage du récit est donc cette rencontre entre un « bon » et un « méchant » et le suspense qui en découle.
Pour cette nouvelle, Stefan ZWEIG s’inspire de sa propre situation d’exilé. Il écrit à son ex épouse Friederike « J’ai commencé une petite nouvelle sur les échecs, inspirée par un manuel que j’ai acheté pour meubler ma solitude et je rejoue quotidiennement les parties des grands maitres ».
Elle est un témoignage des angoisses et du bouleversement moral de Stefan Zweig qui vont l’acculer au désespoir et au suicide. Il aurait joué longuement aux échecs avec son ami Feder avant de se donner la mort le 22 février 1942.
Grâce à son talent de romancier Stefan ZWEIG réussit à prendre de la distance avec sa propre histoire. Le narrateur est un homme bienveillant, voire jovial qui s’amuse à observer les comportements des voyageurs d’un paquebot et c’est tout naturellement que sa curiosité le conduit à s’intéresser à deux personnages antinomiques qui s’affrontent dans une partie d’échecs.
Le récit sur scène est formidablement mené par Gilbert PONTE, comédien conteur qui dispose d’une voix très chaude. Pas de pathétisme dans son jeu. Les spectateurs peuvent facilement s’identifier à des voyeurs en train d’assister réellement à une partie d’échecs.
Pas de décor, peu de jeux de lumières, juste mais elle est essentielle, la présence du conteur.
Le récit se suffit à lui-même et tout le long, l’on est surpris de retenir son souffle, étourdi d’imaginer à quelle extrémité peuvent être poussés deux joueurs d’échecs, passionnés. A la vie, à la mort, pourrait-on dire. Echec ou mat ? Ou bien métaphore cinglante d’une humanité qui sombrait dans l’obscurité et la barbarie sous le régime d’Hitler et de la lutte obstinée de ses opposants .
Faut-il se représenter l’état d’esprit de celui ou celle qui pose son dernier pion ou attendre ou réclamer la prochaine partie ?
Le 24 janvier 2023
Evelyne Trân
N. B : L’article a été initialement publié dans le Monde Libertaire.fr
De Jean-Claude Grumberg Mis en scène par Wally Valerina Bajeux Avec Marc F. Duret, Jean-Paul Comart, Colette Louvois et en alternance Titouan Laporte, Morgan Costa Rouchy, Mathis Duret
Elle est tout de même terrible cette expression « Votre maman » par tout ce qu’elle sous-entend, par le poids qu’elle représente pour celui ou celle qui la reçoit, qui doit faire un bond dans sa lucarne et sans doute ne peut s’empêcher de penser « Mais de quelle maman me parle cet étranger, la mienne, la véritablement mienne, ou celle qu’il perçoit de toute façon comme une patiente, une malade, une vieille femme parmi tant d’autres ».
Jean-Claude GRUMBERG dit que cette expression, on l’entend journellement dans les maisons de retraite médicalisées. Dans la pièce éponyme qu’il a écrite, elle provoque immédiatement la mauvaise humeur du fils qui vient rendre visite à sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer.
Le fils a donc beaucoup de mal à supporter le directeur qui ne connait rien de sa mère et entend se dédouaner des différents problèmes que pose la patiente en demandant instamment au fils d’intervenir. Voilà donc le fils responsable des agissements de sa mère comme un parent de sa progéniture.
De toute évidence le fils et le directeur ne sont pas sur les mêmes longueurs d’ondes. Ils entretiennent un dialogue de sourds, plutôt cocasse et tandis que le directeur manifeste son exaspération face aux caprices de la vieille dame, le fils lui n’a qu’un seul désir, la retrouver même si elle ne le reconnait pas.
La relation entre cette mère et ce fils est extrêmement touchante. Le fils ne cesse de la sonder. Certes la vieille dame n’a plus la notion du temps mais le fils découvre que ce qu’il y a de plus profond en elle ne l’a pas quittée, notamment son amour pour sa propre mère que dans « son délire » elle attend toujours.
Colette LOUVOIS campe une vieille dame charmante dans son rêve éveillé. Il est vrai qu’elle n’a plus aucune inhibition. Elle donne des coups de parapluie à la voisine qui l’importune, elle se moque des employés qui effectivement ont l’air de pantins – ils ne communiquent qu’à coups de sifflets -, elle dit à son fils qu’il pue etc… Mais elle est toujours pleine de vie.
Jean-Claude GRUMBERG évoque à mots couverts la déportation. C’est ce souvenir traumatique qui resurgit chez cette dame mais personne à part le fils ne peut le comprendre.
Le sujet est grave mais l’auteur entend justement apporter sa touche de poésie et de rêve qu’exprime lumineusement l’interprétation de Colette LOUVOIS.
La mise en scène de Wally VALERINA BAJEUX est sobre et suggestive et la distribution épatante.
A beaucoup de moments, il est possible de se croire dans une pièce de Feydeau et puis soudain on pense à Tchekhov en raison du caractère très intimiste des conversations entre le fils et la mère. On a l’impression de naviguer à vue, porté.es soit par le rire, soit par l’émotion.
Il s’agit aussi d’une pièce sur les difficultés de communication. Bien que cela ne soit pas exprimé de façon ostentatoire, il faut imaginer le bouleversement intérieur du fils que sa mère ne reconnait plus.
Ce n’est qu’en fin de représentation et le bruit de l’océan que la voix de Jean-Claude GRUMBERG s’élève :
« Quand la dernière survivante aura rejoint les siens dans le ciel de Pologne nous laissant seuls avec pour héritage sa chancelante mémoire, qu’en ferons nous, nous les orphelins ».
Le 17 Janvier 2023
Evelyne Trân
N.B : L’article a été initialement publié dans Le Monde Libertaire.fr
La pièce Zola l’infréquentable met en scène le face à face particulièrement virulent entre deux hommes Emile ZOLA, le romancier humaniste et Léon DAUDET, journaliste, pamphlétaire nationaliste et antisémite en pleine affaire DREYFUS (1894-1906).
La violence de leur confrontation rappelle, hélas, certains débats qui ont eu lieu pendant les présidentielle sauf qu’elle se déroule dans le cabinet de travail de chacun des protagonistes.
Très instructif sur le fond et la forme du climat antisémitique qui régnait en France, le texte de Didier CARON se coule brillamment dans le style châtié et littéraire qu’arborent dans la pièce Zola et Daudet.
Les deux hommes parlent comme ils écrivent. Impossible d’oublier qu’ils sont écrivains et qu’ils manient la langue avec virtuosité. Il s’agit d’un duel oratoire où chaque phrase doit faire mouche et blesser l’adversaire.
Didier CARON cite d’ailleurs à plusieurs reprises des extraits d’articles de Zola et de Léon Daudet à ne pas confondre avec le cher ami de Zola, Alphonse.
C’est la lecture d’un article ignoble de Daudet qui décrit la destitution de Dreyfus qui déclenche la colère de Zola. Ce sera ensuite un autre article de Daudet qui applaudit l’acquittement du commandant Esterhazy – le véritable coupable à l’origine de l’affaire Dreyfus – qui précède la lecture du « J’accuse » de Zola dans l’Aurore le 13 Janvier 1898, article qui sera suivi d’une pétition d’intellectuels dreyfusards le 20 janvier 1898.
A la violence venimeuse de Daudet qui en somme traite Zola de « sale étranger » en raison de son origine italienne, Zola oppose sa foi humaniste. A la question de Daudet « Qui êtes-vous Zola finalement ? » ce dernier répond : « un moment de la conscience humaine ».
Les comédiens Pierre AZÉMA et Bruno PAVIOT jouent de façon magistrale. Ils ne s’expriment pas qu’en beaux parleurs, ils incarnent des hommes de chair qui lâchent en quelque sorte leurs tripes avec rage et passion.
Comment oublier que la haine déversée par un antisémite tel que Léon Daudet a eu pour conséquence la shoah.
Un grand moment de théâtre qui donne toute sa dimension à Zola l’infréquentable et agit comme une piqûre de rappel sur les dangers de la rhétorique lorsqu’elle s’appuie sur tous les ressorts de la haine la plus primaire.
Le 10 janvier 2023
Evelyne Trân
N. B : Article initialement publié dans LE MONDE LIBERTAIRE .FR
Rimbaud en cavalcades ! Quelle bonne idée en ce début d’année 2023 ! C’est ce que nous propose Romain PUYUELO qui assure un spectacle, seul en scène, tout à fait trépidant et drôle pour évoquer le parcours du poète voyageur.
A bas la poésie académicienne, aux orties la notion de « poète maudit » ! Rimbaud adolescent incarne la poésie en marche, chevillée au corps, aux émotions ; elle doit être périple, courir vers l’inconnu pour le meilleur et pour le pire. La soif de vivre, libre, enfin libre, transpire dans ses poèmes. Rimbaud est un poète musicien, iconoclaste. Crise d’adolescent ou crise de la poésie ? Une chose est sûre Rimbaud bouscule quiconque sur son passage. Et Romain Puyuelo a imaginé un personnage dénommé Romuald, graphiste empêtré dans une usine de yaourt (on pense à Charlot) qui à la faveur d’un burn out claque la porte en déclarant « Je vais acheter un cheval et m’en aller ».
Il se trouve que cette phrase, elle avait déjà été écrite par Rimbaud en 1881 dans une lettre à sa famille. Cette coïncidence fulgurante pousse le jeune Romuald sur les traces du poète, en vélo jusqu’à Charleville-Mézières. Pour nous conter les péripéties du poète, il recrée son entourage en endossant divers personnages : la mère, Verlaine, Izambard le prof, et l’ami d’enfance Ernest Delahaye.
La mise en scène de Nicolas VALLEE sans temps mort, la création musicale de Carlos BERNARDO, la présence de Romain PUYUELO, font de ce spectacle un road movie rimbaldien qui pète la soif de vivre la poésie.
Romain Puyuelo s’est inspiré du livre » Œuvre-vie » d’Alain BORER et de la biographie de Jean-Jacques LEFRERE.
Pourquoi Rimbaud a-t-il cessé d’écrire de la poésie à 20 ans ? Pourquoi est-il devenu aventurier, négociant en Afrique et même trafiquant d’armes ? Rimbaud parlait déjà du pire dans ses écrits. Voulait-il toucher le fond et connaitre adulte les dérives décrites dans son « Bateau ivre » ? Il est probable que ces questions percutent quiconque s’intéresse au mystère Rimbaud.
Romain PUYUELO à travers le personnage fantasque de Romuald a choisi la face ensoleillée de Rimbaud. Il en résulte un spectacle au charme fou en harmonie avec cette célèbre citation du poète :
« C’est quoi l’éternité, c’est la mer allée avec le soleil ».
Le 3 janvier 2023
Evelyne Trân
N.B : Article initialement publié dans le MONDE LIBERTAIRE.FR
N.B : Romain PUYUELO était l’invité de l’émission Deux sous de scène sur Radio Libertaire le samedi 31 Décembre 2022 en podcast sur le site de Radio Libertaire et en ligne ci-dessous :
Je ne suis pas peu fière de l’avoir fait sortir de ses gonds, lors d’une interview sur Radio libertaire, Frédéric ZEITOUN à propos de son livre autobiographique « Fauteuil d’artiste ».
Je l’ai qualifié d’homme gentil car à la lecture de son livre j’ai été étonnée par le nombre de personnes qu’il remerciait pour lui avoir ouvert leurs portes tout le long de son parcours d’artiste.
A mon sens, sa notoriété Frédéric ZEITOUN la doit à sa persévérance, à sa capacité de communiquer ses coups de cœur en tant que chroniqueur musical « curieux du talent d’autrui », à sa créativité en tant que parolier et à son succès d’estime comme il le dit lui-même en tant qu’interprète de ses propres chansons.
Bon, Frédéric Zeitoun a cette particularité d’être né paraplégique. Comment dans ce cas-là passer inaperçu ? Lors de la parution de son premier 45 tours, il confie « Les premiers articles qui me sont consacrés me mettent mal à l’aise. J’ai la désagréable sensation que mon fauteuil roulant y est plus vendu que mes chansons ».
«Il n’est de pire handicap que celui qu’on lit dans le regard des autres ». C’est souvent un parcours de combattant que celui d’un-e artiste, à fortiori lorsqu’il faut annoncer qu’on est accompagné d’un fauteuil roulant. Mais Il n’a jamais été question pour Frédéric de renoncer à sa passion : « La chanson est la colonne vertébrale de ma vie ».
Dès lors, il lui importe de rendre hommage à ses parents pour qui rien n’était impossible et aux nombreux artistes avec lesquels il a travaillé : Frédéric François, Charles Aznavour, Bertignac, Hugues Auffray, Yves Duteil, etc. ainsi qu’aux personnes moins connues qui l’ont soutenu.
Frédéric Zeitoun est devenu malgré lui le porte-parole des personnes en situation de handicap : « J’aimerais d’ailleurs expliquer pourquoi je m’exprime toujours en parlant de « personnes en situations de handicap » ou de « personnes à mobilité réduite » et jamais de personnes handicapées. Ce n’est pas par coquetterie. Le mot « handicapé » n’a rien de honteux ou de tabou mais il est porteur dans l’inconscient collectif de maladie, de souffrance, d’empêchement et d’incapacité. Être handicapé ce n’est pas selon moi un état définitif et permanent. Face à un escalier une personne en fauteuil roulant est en situation de handicap. Pour peu qu’elle trouve un ascenseur qui fonctionne, plus rien ne la différencie de celui ou celle qui va grimper les marches quatre à quatre ».
Il confie « Ma seule ambition était d’apparaitre « comme tout le monde ». Je ne voulais en aucun cas être référencé comme un porte-parole de la cause. Aujourd’hui avec le privilège de l’âge, je sais que l’expression « comme tout le monde » ne veut rien dire. Le retard pris pour les personnes en situations de handicap est tel que j’ai décidé de m’exprimer haut et fort pour moi et surtout pour ceux qui n’ont pas voix au chapitre ».
La banderole « Liberté, égalité, fraternité » a encore bien du souci à se faire. Car c’est notre regard sur nous-mêmes qu’il faudrait décrire comme handicapé. Combien d’établissements publics, moyens de transport, théâtres, cinémas, toilettes dans les cafés, restaurants, etc. ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite ? C’est effarant !
« Personne n’est comme tout le monde Personne n’est comme personne Dans ce drôle de bas monde Qu’est pas fait pour tout le monde »
chante Frédéric Zeitoun.
« Croyez-moi je ne suis pas un tiède » m’a assuré ce drôle de saltimbanque qui porte dans son cœur le Gorille de Brassens.
Le 30 décembre 2022
Evelyne Trân
N.B : Article initialement publié dans le MONDE LIBERTAIRE.FR
N.B : Frédéric ZEITOUN était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur RADIO LIBERTAIRE 89.4, le Samedi 24 décembre 2022. En podcast sur le site de Radio libertaire et ci-dessous :
Cette œuvre théâtrale de jeunesse de Jean-Paul Sartre (publiée en 1947 et représentée en 1948) n’a rien perdu de son piquant. Écrivain engagé, Jean-Paul Sartre s’est inspiré d’un fait divers particulièrement odieux qui a défrayé les chroniques aux États-Unis dans les années 30, l’affaire des Scootsboro Boys, accusés du viol d’une « blanche » et injustement condamnés.
Le Pouvoir et la Justice voilà 2 entités dans la balance. Aujourd’hui même en France, la magistrature n’a de cesse de se déclarer indépendante des pouvoirs en place. En tant que citoyens lambda, nous voulons croire à l’intégrité des juges mais quand d’une vérité énoncée ou passée sous silence dépend notre tranquillité et plus grave encore le destin d’un homme ou d’une femme, nous pouvons saisir ce que signifie « sauver sa peau » dans un système oppressif où c’est toujours la loi du plus fort qui s’exerce.
En résumé, Jean-Paul Sartre à travers le portrait d’une putain naïve et sympathique, démontre qu’en dépit de sa bonne foi, de son sens inné de la justice, elle va être acculée à faire un faux témoignage, abusée par les discours d’un sénateur qui va flatter son désir de reconnaissance par un milieu Respectable.
Écrasée par son complexe de classe inférieure, par les rapports de domination masculine qu’elle a intériorisés comme indépassables, la Putain n’a pas de liberté de pensée, parce qu’elle se trouve isolée, qu’elle est dépendante pour survivre des bonnes ou mauvaises volontés de ses supérieurs, condamnée en somme à la boucler.
Cette constatation tragique est le pendant d’une autre réalité celle qui dénie au « Nègre » l’égalité des droits avec un « Blanc » parce que considéré inférieur.
Nous voyons la Putain pleine de vie, enjouée et tendre vis à vis d’un client qu’elle vient d’adopter. Nous la devinons généreuse par nature mais guère réfléchie. Ses réactions sont spontanées, elle promet au « Nègre » de ne pas témoigner contre lui puis plus tard, oubliant sa promesse, elle adhère au discours du Sénateur parce qu’il a touché sa corde sensible, en lui demandant de sauver un « Blanc ».
Cette Putain, peut susciter les moqueries du spectateur, quelle cruche n’est-ce pas ? Mais la vérité, c’est qu’elle fait pitié. Cette pitié, elle s’adresse à nous-mêmes. Comment aurions-nous réagi à sa place, aurions-nous résisté à la tentation de faire un faux témoignage pour sauver notre peau ?
La pièce sur la forme est tout à fait avenante. La mise en scène de Laetitia Lebacq est vive et fort bien rythmée, on entend même des spectateurs rire dans la salle. Allons-nous rire du pauvre « Négre » qui va jusqu’à prier une « Blanche » de le cacher ? Nos instincts primaires vont-ils se réveiller ? Chasse à l’homme, à l’animal, à la Putain ?
Sommes-nous « Blancs » ou « Noirs » ou « Blancs » et « Noirs » ? Elle a quelle couleur notre bonne conscience ? Nous rions noir et blanc pour ne pas pleurer.
Car que voyons-nous sinon deux personnes, une Putain et un « Nègre », prises au piège comme des rats par des hommes masqués au pouvoir.
La cage est attrayante, elle a un côté kitsch de boîte à musique des années trente, la souris bien jolie, le « Nègre » vraiment noir. Les spectateurs pourraient aisément se laisser abuser par « l’ambiance moite » qui rappelle l’univers d’Elia Kazan. C’est toute la réussite de ce spectacle captivant et percutant servi par une belle distribution de comédiens et la présence de Laetitia LEBACQ.
Article mis à jour le 22 décembre 2022
Evelyne Trân
N.B : Article publié également sur LE MONDE LIBERTAIRE.FR
N.B : Laetitia LEBACQ était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur RADIO LIBERAIRE 89.4, en 2ème partie le samedi 17 décembre 2022, en podcast sur le site de RADIO LIBERTAIRE.