Co-animatrice radio sur Radio Libertaire (depuis 2008) . - Chroniqueuse pour le blog
"Théâtre au vent" sur le site Le Monde.fr (de fin 2010 à juin 2019), puis sur le site theatreauvent.com et sur le Monde libertaire.fr (depuis 2019). Auteure avec Jean-Marie Blanche de Francis Blanche, mon père aux Editions Plon (2011) . Auteure d'un avant-propos dans le livre Noblesse d'Afrique d'Hélène de Gobineau paru en 2014. Auteure du livre Mon cher enfant aux Editions du Net (Septembre 2022) , de Nouvelles radiophoniques aux Editions du Net (Octobre 2022) , du Secret à tire-d'aile paru aux éditions du Net en Septembre 2023 et du recueil de poèmes Excuse d'un sourire aux Editions du Net (Septembre 2025).
Jeune mère de famille, je me suis souvent sentie assignée à résidence. Je renouais alors étrangement avec la réalité de ma grand-mère dans la France agricole et catholique du début du XXème siècle. Ce film est une adresse à ma mère, que je redécouvre, jeune femme des années 50, fuyant la maternité et la vie domestique. C’est aussi un dialogue avec Michelle Perrot, l’historienne des femmes, sur un siècle d’émancipation.
Note de la réalisatrice, Valérie Guillaudot
J’ai toujours été en proie à une aversion pour la vie domestique : cuisine, tâches ménagères… Ce rejet m’a été transmis par ma mère mais comme elle, j’ai finalement choisi de vivre en couple avec des enfants. Je crois que, très tôt en observant mes parents, j’ai appréhendé ce rôle assigné de tout temps aux femmes dans la maisonnée comme étant le fruit de la domination masculine. Imprégnée de littérature féminine de Virginia Woolf à Annie Ernaux, je choisis d’entraîner le spectateur dans un récit autobiographique et générationnel.
Avec Nicolas Struve (jeu) et Mico Missim (jeu et musique)
Regard scénographique : Raymond Sarti
Regard chorégraphique : Sophie Mayer
Œil extérieur : Stéphanie Schwartzbrod
Lumière : Antoine Durris
Production : l’Oubli des Cerisiers
Photo D.P
Une démocratie splendide d’arbres forestiers, le titre du spectacle tiré d’une lettre du poète John KEATS exprime toute la tonalité de son univers.
Rien n’est impossible pour le poète, surtout pas ses rêves :
« L’humanité́, au lieu d’être une lande sauvage de ronces et d’ajoncs çà et là plantée d’un chêne ou d’un sapin isolé, deviendrait une démocratie splendide d’arbres forestiers. »
Nicolas STRUVE dit que la première fois où il a lu le nom de Keats, c’est dans un livre de science-fiction, Les Cantos d’Hypérion de Dan Simmons. Keats y était la capitale d’une petite planète qui prenait une place centrale au sein de l’Hégémonie, un regroupement de 200 planètes et 150 Milliards d’habitants. Et c’est ainsi que lui est venue l’envie d’un spectacle sur Keats.
Keats est un poète britannique du début du 19ème siècle considéré comme romantique. Un qualificatif de nature à faire fuir les sensibilités libertaires. Rappelons à ce sujet les propos de Proudhon : « Le romantisme a été de l’idéalisme à corps perdu, du pastiche, de la fantaisie folle et sans nom », et « Ai-je le tort de dire que le premier acte de révolution sociale devrait être de jeter au feu toute la littérature romantique ».
La liberté d’expression se gausse des étiquettes ! Entendez plutôt cet extrait du poème Où est le poète ?
Où est le poète ? Montrez-le ! Montrez-le,
Vous les neuf Muses ! que je puisse le reconnaitre.
C’est l’homme qui en face d’un homme
Est toujours égal, fût-il un roi,
Qu’il soit le plus pauvre de la tribu des mendiants
Ou n’importe quelle autre chose étonnante
Que puisse être un homme entre un singe et Platon ;
Le spectacle de Nicolas STRUVE a le grand mérite de dégager un portrait du poète particulièrement piquant, épidermique et inventif. C’est à travers ses lettres et des extraits de ses œuvres que le comédien nous conte le récit de sa vie de manière très récréative en utilisant des pancartes en carton et des figures peintes créées avec Raymond SARTI, représentant les différents personnages ayant côtoyé le poète.
Sans ressources, issu d’une famille modeste, Keats décida de consacrer sa vie à la poésie. Il fut moqué par ses contemporains mais n’en eut cure car il ne recherchait pas la gloire. Atteint de tuberculose, il mourut en pleine jeunesse à 26 ans .
Le comédien entend faire passer la voix d’un jeune homme exalté, énergique et combattant. Il incarne la démarche sensuelle et chaleureuse du poète. Il devient animateur dans un champ de poèmes, de fleurs de pensées courageuses et originales, pensées-poèmes qui courent et ruissellent et qui dansent, s’agrémentant des improvisations de Mico MISSIM.
C’est leur mouvement qui instruit le cœur de John Keats s’écriant : « J’ai pour ambition de faire du bien au monde ».
Le 28 février 2023
Evelyne Trân
N.B : Article initialement publié dans LE MONDE LIBERTAIRE.FR
Des chansons de Bernard Haillant, Gainsbourg, Prévert et des créations originales sur des poèmes de Cherasim Luca par Vincent Bouchot, ténor, et Claude Georgel, saxo aux arrangements et aux compositions.
Bernard Beaufrère, Jules Bourdeaux, Philippe Boischot, Nathalie Baron, Bruno Daraquy, Pierre Dérat, Marie Volta, Claude Gaisne, Marc Havet, Jean-Michel Grandjean, Patrice Jeanne, Pascale Locquin, Raphaële Selval, Nathalie Solence, Rémy Tarrier, Jean-Philippe Winter.
ASSISTANTE A LA MISE EN SCENE : BERANGERE DE POMMEROL
La femme qui ne vieillissait pas. On pourrait broder à l’infini sur ce thème. Qui ça on, moi, vous ou personne si l’on préfère rester anonyme. J’ai essayé de renverser le genre en songeant à l’homme qui ne vieillissait pas. Je constate que je suis bien moins intriguée. Depuis la nuit des temps, la femme suspendue au regard de l’autre mâle ou femelle, se pique à la rose d’un certain Ronsard ou d’un certain Baudelaire qui se vengent de sa beauté inaccessible en racontant sa future déchéance inexorable, celle de la vieillesse et de la mort.
Personnellement dans le conte de Blanche neige et les 7 nains, c’est le personnage de la Reine, se regardant dans le miroir pour l’entendre lui affirmer « Vous êtes la plus belle femme du royaume » que je trouve le plus fascinant. Surtout quand on la revoit déguisée en vieille sorcière.
Si la beauté n’était pas gage de pouvoir, lui accorderait-on autant d’importance ? Je me souviens d’une parole qui m’avait choquée émanant d’un prof de sciences naturelles qui exprimait son dégoût pour les vieilles femmes, j’avais 12 ans et je me demandais « Comment cela est-il possible ? ».
Grégoire DELACOURT, l’auteur du roman « La femme qui ne vieillissait pas « dont est tirée la pièce éponyme adaptée par Françoise CADOL déclare : À sa manière, et dès sa sortie en 2018, La femme qui ne vieillissait pas était un combat des femmes : le refus de l’injonction d’être toujours jeunes .
Mais que se passerait-il si elle ne vieillissait pas pour de bon cette femme. Oseriez-vous l’imaginer ? Le sort en est jeté. Une femme réalise un rêve qu’elle ne prenait pas au sérieux et qui la surprend elle-même autant que son entourage.
Le conte débute lorsque l’héroïne devient une des cobayes de l’expérience d’un sorcier photographe qui a décidé de fixer le passage du temps sur les visages en les photographiant toujours dans la même position chaque année. Elle est l’exception qui confirme la règle : le passage inexorable du temps.
Nous l’entendons évoluer de la prime jeunesse à l’âge mûr sans que ses traits extérieurs se modifient. Le fait de ne pas changer extérieurement va finir par bouleverser ses relations avec ses proches et devenir un handicap. Et ce qui est particulièrement intéressant c’est le ressenti de cette femme qui sait qu’intérieurement, elle change mais que son évolution n’est pas perceptible au regard des autres.
Françoise CADOL incarne avec une sensibilité à fleur de peau une femme, simplement une femme. N’est-ce point un désir innocent et bien naturel que celui de rester jeune et belle pour se plaire ou plaire à l’être aimé ? Mais prendre conscience de son vieillissement, c’est cruel et cela vaut aussi bien pour le genre masculin et l’espèce animale, avez-vous vu ce pauvre chat qui traine la patte ?
Il pèse vraiment très lourd ce regard sur la vieillesse ! Le conte finit bien grâce une légère ondée à l’eau de rose, il ravira les esprits optimistes et celles qui décideront après le spectacle de faire l’économie de leur crème anti-rides !
Est-ce bien sérieux de se préoccuper de son apparence quand le monde va si mal ? Mais c’est humain, messieurs, dames, restons humains !
Françoise CADOL est fabuleuse dans ce seule en scène où toute en finesse elle fait front face au monstre, le terrible appareil photo qui va trahir votre vieillissement !
Le 21 février 2023
Evelyne Trân
Article initialement publié sur LE MONDE LIBERTAIRE.FR