Co-animatrice radio sur Radio Libertaire (depuis 2008) . - Chroniqueuse pour le blog
"Théâtre au vent" sur le site Le Monde.fr (de fin 2010 à juin 2019), puis sur le site theatreauvent.com et sur le Monde libertaire.fr (depuis 2019). Auteure avec Jean-Marie Blanche de Francis Blanche, mon père aux Editions Plon (2011) . Auteure d'un avant-propos dans le livre Noblesse d'Afrique d'Hélène de Gobineau paru en 2014. Auteure du livre Mon cher enfant aux Editions du Net (Septembre 2022) , de Nouvelles radiophoniques aux Editions du Net (Octobre 2022) , du Secret à tire-d'aile paru aux éditions du Net en Septembre 2023 et du recueil de poèmes Excuse d'un sourire aux Editions du Net (Septembre 2025).
Interprète(s) : J. Aguera, P.M. Bommier, H. Charton, N. Jacobée, M. Latrémolière, M. Prost
Régie : Z. Vuaillat
Masque : I. Bougnoux
Com : Kaleïdoskop L. Cartillier
Presse : D. Sublet 0687026941
Diffusion : 0658547102
Cie Animaux de la Compagnie (les) L-R-22-9783
Basés dans le Doubs, Les Animaux de la Compagnie cherchent à concrétiser des formes d’art vivants en cohérence avec les enjeux sociaux et environnementaux de l’époque actuelle.
Vous rêvez de campagne hors les murs de cette chaleur étouffante qui règne à Avignon, ELEVAGE ce spectacle en plein air créé par les Animaux de la Compagnie, une jeune troupe de théâtre musical vous transportera dans le monde rural.
Très sympathique et curieux ce trio musical composé d’un renard violoniste, un sanglier à la cornemuse et d’un cerf contrebassiste qui commentent musicalement cela va de soi, l’histoire de Jacques fils de paysan et de sa femme dont la ferme vient de brûler. Survient le frère présentateur à la télévision qui propose de les aider mais se voit débouté. Jacques hurle son désarroi en buvant tandis que sa jolie femme compense en dansant.
Il s’ensuit des échauffourées épiques au cours desquelles les protagonistes envoient tout valser avec grand remuement de poussière et de fumée. Notre trio animal qui ne bronche qu’en musique enchaine quelques chants de labour pour calmer les esprits.
Habilement la metteure en scène, Camille LUCAS réussit à juxtaposer les scènes d’un psychodrame familial avec les partitions d’un bestiaire fabuleux.
A la fin du spectacle, les artistes invitent le public à former des rondes en chantant.
Le texte ELEVAGE a été écrit « A quatre mains, sept cerveaux et douze pieds » à partir de différents entretiens avec les agriculteurs-rices et les « anciens » pour réfléchir sur l’évolution de leur condition.
A la situation dramatique à laquelle le milieu agricole se trouve trop souvent confronté, les Animaux de la Compagnie entendent réagir par « la force du bal » et le souffle impétueux d’un théâtre musical convivial.
Pari réussi ! C’était un bonheur de partager cette création en terminant la soirée en dansant avec des troubadours du 21ème siècle aussi percutants et démonstratifs – je l’imagine – que nos aïeux !
Avignon, le 15 juillet 2023
Evelyne Trân
Article également publié dans LE MONDE LIBERTAIRE.FR
Elles nous accueillent avec un Pom Pom Pom ridicule et charmant. Deux silhouettes blanches découpées au ciseau, oui des ombres chinoises qui par la grâce d’un magicien ont pris chair.
Jaillissent-elles de la lune ou d’une autre planète ? Le couple qu’elles forment, tout de blanc immaculé, vient tout droit du Japon et a fondé la Compagnie Sivouplait en 2000.
Ce couple a la politesse pour devise et la maladresse pour excuse. Quand Madame prononce le mot Pardon, celui-ci fond délicieusement dans nos oreilles, tandis que son époux lui se distingue par ses postures acrobatiques catastrophiques.
Nozomi et Takeshi, c’est ainsi qu’ils se prénomment, ont en mémoire les roucoulades des vieux crooners tels que Sinatra et les chansons à l’eau de rose du siècle dernier qui excitent leurs âmes énamourées et se traduisent en danses affreusement burlesques.
Leur spectacle est interactif car ce couple comique n’hésite pas à choisir un spectateur ou une spectatrice pour les accompagner dans leur chorégraphie douteuse. Une occasion unique de devenir mime. Deux ou trois gestes suffisent pour entrer dans la danse : un doigt posé sur le front ou deux poings levés pour dire Yes.
Ce sont des joueurs de tennis spectaculaires et imprévisibles : les raquettes se transforment en ailes sur le dos de Nozomi.
Parfois nous ne comprenons pas où ils veulent en venir. Pourquoi Madame au sourire impeccable exhibe-t-elle un mari dont le corps a tout l’air d’une chiffe molle ? Quand soudain la voix acidulée de France Gall résonne : Poupée de son …
« Chassez le naturel, il revient au galop » Voilà un proverbe qui va comme un gant à ce couple fantaisistequi sait si bien mimer le galop … à perdre haleine.
Chez Nozomi et Takeschi, le naturel pétille de poésie, de candeur et de drôlerie. C’est l’enfance, celle du jeu qu’ils n’ont pas réussi à chasser qui fait tout le charme de ce spectacle. A ne pas manquer !
Interprète(s) : Ana Meabe, Ana Martínez, Javier Renobales, Jokin Oregi, Anduriña Zurutuza
Si vous vous contentiez de regarder et si vous faisiez abstraction pendant 5 mn voire 10 mn de tout le bruit autour de vous, tout à coup vous basculeriez sur un autre mode perception, vertigineux cela va de soi.
Amour le spectacle que nous offre la Compagnie Marie de Jongh, une troupe de théâtre basque et espagnole dont les créations reposent sur la gestuelle sans aucun dialogue, entraîne le public dans un autre monde où la violence sonore est abolie.
Les artistes portent des masques singulièrement humains dont l’expression s’accorde à toutes les émotions. Ils sont si talentueux que chacun de leurs gestes créent l’illusion de la mobilité des masques.
Le synopsis est simple. Il parle tout simplement de la vie, de l’enfance à la vieillesse de 4 personnages qui jouent et rêvent ensemble, se disputent, forment des couples, se déchirent , se retrouvent, s’unissent et font la paix.
Enfance/vieillesse, jour/nuit, lumière obscurité, amour/fâcherie. Toutes ces oppositions sont bien banales mais elles nous raccordent à la dimension cosmique de notre présence au monde où tout parle de création, de la plus simple fleurà un concerto de Mozart.
On est ému parce qu’en une heure de temps, seulement concentré sur les mouvements des personnages, on a l’impression d’avoir fait le tour d’une vie, celle d’une famille, d’un lotissement.
On a des yeux qui pépient qui n’en peuvent plus d’épier tous les gestes de ces drôles d’humains. La vie sous le signe de l’émotion, de la plus discrète à la plus véhémente avec de la musique cependant (non la musique ne rime pas avec bruit) presque ironique ou placide, allez savoir, comme l’œil bienveillant d’une lune au soleil ou du soleil à la lune qui fait rebondir les notes joyeuses, vives et tendres de ces gosses-adultes que la vie étonne, étonnera toujours. Il est vrai qu’ils disposent d’une craie magique, celle de l’imagination et de l’amour.
Dîtes-vous que tous ces êtres ne s’adressent qu’à vous spectateurs, spectatrices, ils demandent juste que vous les observiez sans crainte, sans pudeur. Nous sommes au théâtre après tout. Ils nous disent « Profitez en, vous pouvez être voyeurs ou voyeuses sans scrupules, car nous n’avons rien à cacher, la vie nous parle comme elle parle aussi aux chats et aux fleurs comme vous voudrez … ».
Coup de cœur pour ce spectacle d’une délicatesse infinie. Du grand art !
Francis BLANCHE c’est de l’intemporel, un comique penseur et par-dessus le marché un poète. Il a à son actif tant de sketches et chansons qu’ils ne seront pas tous au rendez-vous mais vous entendrez probablement La Truite de Schubert, la Pince à linge sous des airs de Beethoven, La fille de gangster, le Cintre, le Parti d’en rire etc. La Compagnie La Belle Equipe s’en donne à cœur joie dans ce spectacle mené tambour battant. Les interprètes rappellent les Frères Jacques mais donnent libre cours à leur imagination. C’est délicieux (Je l’ai déjà vu 3 fois). A ne pas manquer !
Les amoureux des livres le savent, ils ne peuvent pas se passer de mots et surtout des lettres qu’ils ont brassées avec les yeux, avec les doigts avant qu’elles ne produisent du sens. L’émotion date de l’enfance, de cette intimité souveraine avec des objets lettres qui permet à l’enfant de voyager seul et libre, indépendamment du regard des adultes.
Agota KRISTOF raconte son enfance dans une famille pas très riche mais cultivée en Hongrie dans les années trente, ses souvenirs de misère à l’adolescence, en internat, lorsqu’elle fut séparée de sa famille et puis sa fuite avec son mari et sa fille à 21 ans, en 1956, lorsque la révolte des conseils ouvriers fut écrasée par l’armée soviétique. Ne parlant pas un mot de français, elle s’est retrouvée en Suisse dans la situation d’une analphabète.
Curieux destin que celui d’Agota KRISOF devenue écrivain dans sa langue d’adoption, le français, qui a su irriguer de son savoir, son intelligence et son amour, cette terre nouvelle, pour y bâtir quelques livres.
Agota KRISTOF est une ouvrière des lettres. Elle n’est pas devenue écrivain par un coup de baguette magique, elle s’est mise à l’épreuve dans une longue randonnée avec pour seul horizon, le bonheur de la lecture et de l’écriture.
Sous les traits de Catherine SALVIAT, son parcours de l’enfance à l’âge adulte, est particulièrement lumineux. La voix de l’enfance perce les nuages de la longue ascension d’Agota KRISTOF qui est toujours cette petite fille malicieuse qui se dégourdit avec des histoires vraies ou fausses pour le plaisir de bouger son petit monde.
Fière et robuste, Agota KRISTOF est une écrivaine à mains nues qui connait la valeur des mots qu’elle déterre à la racine. Sa langue est simple, oui, elle sent la terre et le corps. Car on ne le dira jamais assez, les mots passent par le corps qui est en quelque sorte leur véritable foyer et lorsqu’ils arrivent à la surface, lorsqu’ils s’éclairent sous les yeux des lecteurs ou les oreilles des lecteurs, ils respirent.
Catherine SALVIAT est l’interprète rêvée de ce personnage, Agota KRISTOF. La mise en scène suggestive et scrupuleuse de Nabil El Azan épouse à la fois sa sensibilité et son énergie.
Dans la pénombre de l’intimité d’une écrivaine, c’est la voix de Catherine SALVIAT qui ouvre les portes, qui respire sous leurs fentes et converse avec nos fantômes, ceux qui ont fait trembler les murs de notre enfance « analphabète ». C’est Diane souriante, juchée sur quelques livres, en lettres et en chair.
C’est grâce à ma mère que j’ai découvert le théâtre. Son premier amoureux avait été un acteur de renom qui se distingua dans le rôle d’Athos dans les Trois mousquetaires au cinéma dans les années 30 et celui du gardien de la Tour Eiffel dans le film muet et surréaliste de René Clair, Paris qui dort (1925). C’était un grand interprète de théâtre, de Montherlant notamment et il fut professeur entre autres de Jean-Paul Belmondo et Annie Girardot. Il s’appelait Henri Rollan.
Je me souviens des files d’attente pendant deux heures dans le froid pour obtenir des places à 5 francs au poulailler de la Comédie Française, du fantastique 1789 (créé en 1970) d’Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, de Julian Beck au Living Théâtre. J’avais 17 ans quand mes parents me donnant quartier libre, j’errais dans les ruelles d’Avignon, émerveillée de pouvoir franchir les portes de théâtres inconnus. Je me retrouvais comme par miracle chaque fois dans un univers insolite. C’est ainsi que j’ai assisté par hasard à une des premières mises en scène de Daniel Mesguich, le Château de Kafka
Donc j’ai un rapport affectif avec le Festival d’Avignon et je ne peux en aucun cas être objective.
Voici une petite sélection de spectacles programmés au festival off cette année :
Nuit blanche chez Francis
Francis BLANCHE c’est de l’intemporel, un comique penseur et par-dessus le marché un poète. Il a à son actif tant de sketches et chansons qu’ils ne seront pas tous au rendez-vous mais vous entendrez probablement La Truite de Schubert, la Pince à linge sous des airs de Beethoven, La fille de gangster, le Cintre, le Parti d’en rire etc. La Compagnie La Belle Equipe s’en donne à cœur joie dans ce spectacle mené tambour battant. Les interprètes rappellent les Frères Jacques mais donnent libre cours à leur imagination. C’est délicieux (Je l’ai déjà vu 3 fois). A ne pas manquer !
du 7 au 29 juillet – Relâches : 12, 19, 26 juillet
à 22h15 au Théâtre ESSAION
33 rue de la Carreterie
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CLIMAX
du 7 au 29 juillet – Relâches : 12, 19, 26 juillet
du 7 au 29 juillet – Relâches : 11, 18, 25 juillet
à 13h00 au 3 SOLEILS CHAPELLE SAINTE MARTHE
Rue Saint Bernard 84000 – Avignon
Un échange magnifique entre une toute jeune comédienne et une professeure passionnée autour du personnage de Phèdre.
La fraicheur de la comédienne Clara SYMCHOWICZ et la passion exprimée par Bérangère DAUTUN tout au long du spectacle donnent la sensation d’une véritable osmose.
Quand la vie et le théâtre s’interpénètrent. Une leçon de vie théatrâle portée par deux comédiennes captivantes.
Un Picasso
Durée : 1h15
du 7 au 29 juillet – Relâches : 12, 19, 26 juillet
Distribution : Jean-Baptiste Artigas (pianiste), Renaud Cathelineau (contrebassiste), Benjamin Petit (saxophoniste)
Avez-vous déjà rêvé d’assister à une répétition de concert de jazz ?
Grâce au boute en train des trois artistes qui interprètent la pièce de Thierry DELAIR, le public a vraiment l’impression de découvrir les coulisses d’un laboratoire de recherche musicale.
Un temps suspendu que celui de la création, un moment unique où les artistes se donnent à fond sans se préoccuper du public car les erreurs, les fautes d’appréciation font partie, lors d’une répétition, de l’inconnu ouvrant la voie à de futures créations, découvertes.
La musique de jazz est une langue qui permet à des individus des quatre coins du monde de se comprendre, s’apprécier et s’enrichir mutuellement.
Cependant les trois compères dont tout le sérieux repose sur leur amour du jazz, ont comme tout le monde leurs humeurs, leur égo, leurs problèmes de couple etc.
Il y a de l’orage dans l’air, ce jour de répétition. Aucun des musiciens n’est vraiment concentré. Le contrebassiste est en conflit avec sa femme qui ne cesse de l’appeler sur son portable. Les deux autres, le pianiste et le saxophoniste se disent leurs quatre vérités et finissent par en venir aux mains. Le contrebassiste les sépare avec sa contrebasse au risque de la blesser.
L’ambiance est électrique mais aussi très drôle. Ces musiciens sont de bons vivants. Entre quelques verres de whisky, des parts de lasagnes et les coups de fil à une épouse furieuse, le temps qui devait être consacré à la musique se dilue forcément.Alors que l’on croit assister à la fin du groupe, les artistes se ressaisissent, reprennent chacun leur instrument. Ils oublient tout, ils jouent et c’est un bonheur !
Et si les humeurs, les problèmes de couple, toutes les contingences matérielles entraient en jeu dans le processus créatif ? Les artistes s’en passeraient bien mais ils seraient coupés du monde. Or la musique de jazz, c’est la vie avec ses courants d’air, ses turbulences, ses surprises aussi.
Cette joie de vivre musicale exprimée par les trois artistes talentueux est fabuleuse. « Je parle Jazz » aurez-vous envie de dire en sortant du spectacle !
Le 20 juin 2023
Evelyne Trân
N.B : Jean-Baptiste Artigas (pianiste), Renaud Cathelineau (contrebassiste), Benjamin Petit (saxophoniste) étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 17 Juin 2023, en podcast sur le site de Radio Libertaire.
Article publié également sur le Monde Libertaire.fr
Le chef d’œuvre inconnu ? Il s’agit d’une des nouvelles de Balzac les plus connues. Souvenons-nous des émerveillements de Malraux pour qui l’art était la manifestation suprême du génie humain. L’art c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme, assurait-il. Quand nous simples spectateurs, spectatrices, admirons une toile d’un maître, oui nous pouvons être saisis par le vertige mais une chose est sûre c’est que nous sommes en quête d’une émotion rare, voire unique.
Alors mettons nous à la place de l’auteur de la toile, c’est ce que fait Balzac en donnant la parole à trois peintres réunis dans un atelier : un jeune débutant, Nicolas Poussin, un peintre reconnu mais académique Porbus, portraitiste du roi Henri IV et un vieux maître Frenhofer (personnage fictif) qui entend régner au-delà de toutes les contingences.
Les déclarations de ce dernier relèvent de la philosophie, en voici un florilège :
La mission de l’art n’est pas de copier la nature mais de l’exprimer.
Tu n’es pas un vil copiste mais un poète ! Nous avons à saisir l’âme, la physionomie des choses et des êtres.
Ni le peintre, ni le poète, ni le sculpteur ne doivent séparer l’effet de la cause qui sont invinciblement l’un dans l’autre.
Porbus et Poussin sont fascinés par ce personnage qui leur parle du portrait qu’il a fait de Catherine Lescault, une belle courtisane appelée La belle Noiseuse, une œuvre quasiment accomplie mais qu’il souhaite comparer à diverses natures.
C’est alors que le jeune Poussin propose à Frenhofer de lui donner comme modèle sa propre femme Gillette.
La façon dont Balzac fait intervenir Gillette au milieu de ces artistes seulement préoccupés par leur art, laisse augurer de son questionnement sur la condition de la femme ici sacrifiée aux desideratas et fantasmes des peintres.
Nous n’en dirons pas plus pour ne pas déflorer l’intérêt de cette nouvelle parfaitement adaptée pour le théâtre.
Catherine AYMERIE, interprète de tous les personnages est fabuleuse. Il ne s’agit pas d’une simple lecture car sa voix suggère une infinité de sensations. Alors même que la mise en scène de Michel FAVART est très sobre, le spectateur a vraiment l’impression de pénétrer dans l’atelier du vieux maître, Quai des Augustins à Paris (situé à deux pas de l’atelier où Picasso peignit Guernica), il s’identifie au jeune Poussin intrigué etc. Mais d’emblée, dès l’apparition de Catherine Aymerie sur scène, il est ébloui par sa présence énigmatique, qui telle Sibylle prophétise le mystère et la folie qui rôde et aboutira – chaque spectateur l’espère – à la révélation de ce chef d’œuvre inconnu.
Ce que nous n’avons pas réussi à saisir par une simple lecture de la nouvelle devient grâce à son incarnation, une évidence : il n’y a pas d’œuvre qui ne soit hantée par la présence de son créateur ou de ses modèles.
Le 13 juin 2023
Evelyne Trân
N.B : Article initialement publié sur le Monde Libertaire.fr :
Une VALÉRIE MISCHLER radieuse : une énergie nuancée, aux couleurs du vécu, dans ses propres textes aux images diablement évocatrices, où se font jour les sentiments que nous vivons tous à un moment ou à un autre. Le doute, le désir, l’espoir.
A partir d’un récit de vie, récemment publié, cette auteure fait se télescoper des chansons formant un autoportrait autant qu’un miroir qu’elle nous tend avec malice, ironie et une vivifiante impertinence.
Femme de scène à la sensualité épanouie, au sourire ravageur, au regard profond, si expressif, elle possède la clé qui nous ouvre la porte d’un imaginaire foisonnant, multiple, mouvant, mais se révélant à notre portée, familier.
Car ses mots du quotidien, assemblés en un patchwork dense, éclairant, font mouche.
Et puis, cette clarté exceptionnelle dans la diction, ce raffinement dans les intonations, ce subtil et puissant art de comédienne.
Puissant, parfois un peu trop. Une exaltation palpable du bonheur, certes ultra communicative, fait oublier à ce phénomène vocal doté d’une rare intelligence de la scène combien nous aimerions quelques pauses de douceur, quelques moments apaisés. Et même un ou deux titres à cappella.
Ses deux excellents accompagnateurs s’en remettront… Par ailleurs, ils n’ont nul besoin d’effets sonores supplémentaires. Leur intuition, leur complicité naturelle, dynamisante, leur permettant d’exprimer l’essentiel.
Donc, pour ce trio d’enfer, un rythme aussi soutenu mais quelques » moderato cantabile » qui n’enlèveraient rien à ce spectacle irradiant, euphorisant.
Un programme où l’on retrouve, immanquablement, quelques textes de Bernard Dimey.Ce poète incandescent que notre interprète nous avait totalement fait redécouvrir voici deux décennies. Un must absolu. Et formidablement réédité parmi un double CD paru chez EPM. La plupart des 30 titres, longtemps introuvables, sont rassemblés en deux parties dont un généreux bonus de…20 titres
La même conviction en studio qu’à la scène, pour restituer l’univers d’une femme de plume hors mode, aux partis pris impétueux ou tendres que savent traduire la compositrice Catherine Bedez ou Xavier Rubin dans les premières gravures.
Disque, scène, tout se complète. Tout se tient.
C’est un événement que ce retour sur la scène du Forum Leo Ferré à Ivry sur Seine, ce 8 juin 2023 !
D’autres scènes, dans notre capitale et partout en France, sont en prévision…
Valérie l’indomptée – redevenue nomade – a encore de belles sensations à transmettre.
Une nouvelle à répercuter. Urbi et orbi…
On aime sans modération cette femme-uppercut. Au regard tendresse, toujours.
Laurent GHARIBIAN
CD double « INDOMPTEE » réf. 987179
Le récit de vie évoqué plus haut a pour titre « L’ARTISTÔLIERE suivi de Brèves de Boudoir» publié en mars 2023 chez EPM
Le féminisme commence bien avant l’invention du terme à proprement parler. À travers les siècles, les femmes n’ont eu de cesse de lutter pour conquérir des droits et une place dans les sociétés. Cet ouvrage s’est donné pour ambition de retracer ces combats, de les rappeler à nos mémoires contemporaines de façon précise et documentée. Pour que la liberté advienne aujourd’hui, il est important de se souvenir de l’engagement des femmes d’hier. L’étude de nos luttes est nécessaire pour engager la révolution sociale libertaire qui seule permettra la véritable émancipation de tous les individus !