BREXIT SENTIMENTAL de Michael SADLER – Mise en scène de Christophe LIDON – Dans le cadre des Théâtrales d’EZE à l’Oppidum d’EZE au Col d’EZE le Mardi 8 Août 2023 à 20 h 45.

Distribution : Mélanie PAGE, David BRECOURT, Benjamin BOYER, Clémence THIOLY.

C’est la nuit du Brexit. Un couple d’Anglais vivant en Touraine attend avec appréhension le résultat des urnes.
Se quitter ou rester ? That is the question…
Quand la tentation du «Brexit conjugal» bouscule les couples …
Entre rires et crises de nerfs, on participe à cette drôle de nuit charnière avec délectation !
Suspense à la britannique, vacheries à la française : une nuit de tendresse et d’engueulades, de doutes et de quiproquos. Un petit chef-d’œuvre d’humour à l’anglaise, une déclaration d’amour à notre pays !

AU SCALPEL d’Antoine RAULT – Mise en scène : Thierry HARCOURT dans le cadre des Théâtrales d’EZE à l’Oppidum d’EZE au Col d’EZE le Lundi 7 Août 2023 à 20 H 45.

Distribution : Davy SARDOU, Bruno SALOMONE

Deux frères. L’un est un brillant chirurgien à qui tout réussit en apparence.
L’autre est un photographe qui semble assez content de lui.
L’un était amoureux de la femme de son frère.
L’autre a été l’amant de la femme de son frère.
L’un était le premier de la classe.
L’autre était le fils préféré.
L’un et l’autre ne se sont jamais dit à quel point ils se détestent.Jusqu’à ce soir…
Qui est Abel ? Qui est Caïn ?
Et que s’est-il vraiment passé entre eux ?
Situation désespérée.
Le faux-pas de l’un peut entraîner la chute des autres… A moins qu’il ne soit déjà trop tard pour tous.

UN CONSEIL D’AMI de Didier CARON – Mise en scène : Didier CARON – Dans le cadre des Théâtrales d’EZE à l’Oppidum du col d’EZE, le dimanche 6 Août 2023 à 20 H 45.

Distribution

Christian Vadim, Marie Fugain, Manuel Gélin, Juliette Meyniac

Ne donnez jamais un conseil à votre meilleur ami, vous pourriez le regretter amèrement !

C’est le constat que va faire Boris lorsque Alain lui confie qu’il cherche à rompre avec Julie.
Boris qui à l’inverse de son ami est sur le point de se marier avec Claire, lui conseille de s’inventer une liaison car il est humainement cruel d’annoncer à sa femme qu’on la quitte pour personne. Alors quand Julie va lui poser la question fatidique, Alain va suivre le conseil de son ami et lui livrer un nom…

Le jeu de la vérité de Philippe LELLOUCHE – Mise en scène de David BRÉCOURT – Dans le cadre des Théâtrales d’EZE à l’Oppidum du col d’Eze, le samedi 5 Août 2023 à 20 H 45.

Trois jeunes trentenaires, amis depuis le lycée, se réunissent comme chaque semaine pour dîner. Tom annonce à Antoine et Eric qu’il a retrouvé Margaux, la bombe du lycée dont ils étaient fous amoureux, et qu’elle va arriver d’un instant à l’autre.
Son entrée en scène provoque la surprise générale. Pour briser la glace, ils décident de jouer au jeu de la vérité, comme dans leur jeunesse…
Depuis sa création il y a 18 ans, « Le Jeu de la vérité » a séduit 400 000 spectateurs en France, été traduit en 4 langues, joué dans 8 pays, et adapté au cinéma… La pièce de Philippe Lellouche est de retour incarnée par une nouvelle génération de comédiens.

Distribution :

Avec :  Salomé Brécourt, Sam Lellouche, Clément Moreau et  Julien Crampon

Comment les hommes parlent-ils des femmes lorsqu’ils sont seuls ? Les fantasmes ont la vie dure et nous aurons beau récurer les casseroles, ne nous attendons pas à faire de grandes découvertes sur leurs sentiments, même déguisés en petite souris.

Dans le Jeu de la vérité de Philippe LELLOUCHE, il faut reconnaître que les mâles en prennent vraiment pour leur grade mais nous devinons et c’est l’intérêt de cette comédie que derrière les lourdes vannes qu’ils s’échangent, sourd une réelle pudeur, un certain effroi vis-à-vis de la femme idéalisée, inaccessible.

Trois amis, un célibataire, un divorcé et un époux rangé vont vivre un fantasme des plus excitants, celui des retrouvailles avec une femme idéale, celle dont ils ont tous été amoureux au lycée ou à l’université, une dizaine d’années auparavant.

Iront-ils au bout de leur surprise ? Le couvercle de la casserole en train de bouillir se soulève, glisse de côté et tous le rattrapent à tour de rôle, brûlant, avant de le reposer.
Voici imagé le jeu de la vérité consistant à poser les questions les plus embarrassantes à ses partenaires qui s’engagent à y répondre sans faux fuyants.

A condition de n’être pas allergique aux plaisanteries pas piquées des hannetons des trois compères, à moins d’être insensible au charme féminin, comment ne pas succomber à celui de cette femme idéale qui sera incarnée par Salomé BRECOURT.

Au demeurant, un grain de folie, celui d’une histoire d’amitié entre trois hommes, celui d’un amour impossible pour une femme trop belle, purifie l’atmosphère.

La vérité grésille au coin du feu. » Louve y es-tu ? » s’inquiètent trois hommes qui guettent son apparition. Gageons que le public partagera leur émotion !

le 5 Août 2023
Evelyne Trân

FESTIVAL DE THEATRE : LES THEATRALES D’EZE – OPPIDUM DU COL D’EZE – GRANDE CORNICHE du 5 Août au 8 Août 2023 à 20 H 45.

Pour sa première édition, le festival Les Théâtrales d’Eze, orchestré par la commune d’Eze, vous propose 4 pièces de théâtre contemporaines qui vont « secouer » plus de 400 spectateurs par soirée, en les faisant rire, pleurer et réfléchir…
La vie quoi !

EN PRATIQUE

> Comment venir ?

Le festival se tiendra en plein air à l’Oppidum du col d’Eze, sur la grande corniche.
Pour rejoindre le festival (1950, avenue des Diables Bleus) :

  • Depuis Marseille / Nice vers Gênes  >  Sortie 57 – La Turbie
    > Direction Eze le col /Nice
  • Depuis Italie / Menton vers Nice  >  Sortie 58 – Monaco
    > Direction La Turbie > puis Direction Eze le col / Nice

> Stationnement gratuit à proximité
toute la durée du festival !

> Restauration sur place

Frankenstein, le cabaret des âmes perdues de Thierry Surace d’après Mary Shelley au Théâtre du Balcon 38, rue Guillaume Puy 84000 – Avignon du 7 au 26 juillet 2023 à 14 Heures – Relâches : 13, 20 juillet.

Interprètes / Intervenants

  • Mise en scène : Thierry Surace
  • Interprète(s) : William Mesguich, Thierry Surace, Sylvia Scantamburlo, Jessica Astier, Thomas Santarelli, Julien Faure
  • Chansons : Yanowski et Pierre-François Blanchard
  • Scénographe : Bastien Forestier
  • Costumière : Alice Touvet, Sonia Bosc
  • Masques : Jean-Baptiste Nallino

Nous le savons, nous confondons souvent le créateur avec ses créatures. Ainsi dès que nous entendons parler de Frankenstein, nous croyons qu’il s’agit de ce monstre malheureux, rejeté de tous qui finira par tuer son « géniteur ». Remettons les pendules à l’heure, Frankenstein, c’est le savant qui a créé de toutes pièces, hélas avec les membres de tristes cadavres récoltés dans les cimetières, un être artificiel issu des entrailles de la mort. Comment s’appelle-t-il au fait ce monstre ? Eh bien, il n’a pas de nom parce qu’il est innommable !

Cette histoire que nous devons à une jeune femme de 19 ans Mary Shelley épouse du célèbre poète Percy SHELLEY, avait pour but de faire peur.

Pari réussi au-delà de ses espérances puisque ce roman l’a rendue célèbre et a fait et fait toujours l’objet d’adaptations cinématographiques ou théâtrales.

Thierry SURACE, auteur et metteur en scène du spectacle doit prendre un malin plaisir à faire valser sur scène les protagonistes du roman, tous fardés ou masqués, et avantageusement vêtus.

On se croirait au choix soit au cirque (le Cirque des mirages) soit dans un théâtre de tréteaux, ou bien au Carnaval de Venise, ou bien encore dans le théâtre des funambules des Enfants du Paradis.

Tous les visages ont un côté inquiétant et étrange, notamment celui du maître de cérémonie.

L’on rit et on s’amuse de voir le monstre (pas si antipathique) endosser la figure de l’étranger, honni par tout le monde.

Avec ses airs gothiques et ses chansons enflammées, il faut reconnaitre que ce spectacle a beaucoup de charme. Il séduit aussi par son humour. N’induit-il pas que le monstre, enfin celui que l’on désigne ainsi, se trouve parmi nous ?

Le 25 juillet 2023

Evelyne Trân

Au Théâtre du Balcon 38, rue Guillaume Puy 84000 – Avignon du 7 au 26 juillet 2023 à 14 Heures -Relâches : 13, 20 juillet.

La couleur des souvenirs de Fabio MARRA au Théâtre des Halles rue du Roi René 84000 AVIGNON du 7 au 29 Juillet 2023à 21 H 30. Relâches les 13 et 20 Juillet.

Interprètes / Intervenants

  • Interprète(s) : Dominique Pinon, Catherine Arditi, Fabio Marra, Sonia Palau, Floriane Vincent, Aurélien Chaussade
  • Régisseur : Pierre Mille
  • Scénographie : Audrey Vuong
  • Costumes : Alice Touvet
  • Tableaux : Pasquale Mascoli, Fadeev Alexander
  • Vidéo : Prova Films
  • Lumières : Kelig Le Bars
  • Diffusion : Sylvie Vaillant

« Fabio MARRA défend une certaine idée de l’homme, celle de l’homme nature, tous les personnages de ses pièces sont « nature », leurs affects sont souverains, ce sont eux qui leur dictent leurs choix de vie, qui leur assurent cette liberté d’être, de s’exprimer comme ils le sentent et d’échapper aux moules qu’impose la société qui privilégie la norme et met de côté ceux qui n’y répondent pas. »

C’est ce que j’écrivais à propos de la pièce « L’ensemble » créée en 2017 au Petit-Montparnasse.

Dans ce nouvel opus qui constitue une sorte de roman familial, Fabio MARRA dresse le portrait d’un marginal, un artiste peintre, Vittorio qui n’a jamais osé peindre en son nom propre ou dévoiler ses œuvres, préférant rester à l’ombre de grands maîtres dont il copie le style en y ajoutant cependant sa propre inspiration. Il devient la proie d’un trafiquant de tableaux qui l’exploite sans vergogne. Nous le découvrons au moment où menacé d’expulsion et aux abois financièrement, il doit demander de l’argent à sa sœur. Il a quasiment rompu les ponts avec sa famille, sa sœur, son fils qui ayant eu connaissance de son séjour à l’hôpital viennent à son secours.

L’homme étant devenu acariâtre, la sœur Clara jouée par la pétulante Catherine ARDITI devra s’armer d’une patience angélique.

Mais cet homme subit la pitre épreuve pour un peintre, il devient aveugle suite à une DMLA (Dégénérescence maculaire liée à l’âge). Une maladie qui pourrait symboliser l’aveuglement mental de Vittorio.

Si les dialogues sont d’une simplicité désarmante et concrète, le mélodrame pointe son nez. Pourtant Fabio MARRA ne sombre jamais dans le pathos, sa couleur des souvenirs est aussi vaporeuse que celle des rêves et n’est-ce point dans les rêves que les personnes aimées peuvent réapparaître, ainsi la mère aimante de l’artiste.

Le prosaïsme des situations, un certain manichéisme avec un méchant pointé du doigt, l’odieux marchand d’art, et les visions de plus en plus troublées du peintre où refont surface les bons et mauvais souvenirs et surtout la figure idéale de la mère, fusionnent dans un tableau familial particulièrement touchant.

La scénographie confiée à Audrey VUONG est un plaisir pour l’œil qui passe de l’atelier du peintre à l’appartement de la sœur Clara et la galerie où vont être exposés les tableaux de l’artiste.

Dans cette histoire où tous les personnages et les situations nous interpellent grâce aussi à une excellente distribution, il va de soi que le monde décrit par l’auteur est bourré de petites et grandes adversités. Mais il est possible d’y faire front persiste à écrire Fabio MARRA.

Un spectacle qui a de la gueule et de la poésie, celle du génial Dominique PINON en l’occurrence. Oh foutue tendresse, faut-il donc que tu t’exprimes dans ce monde de brutes !

Le 25 juillet 2023

Evelyne Trân

LES COEURS ANDALOUS de Estelle Andrea, D’après Carole Martinez du 7 au 29 juillet 2023 à 18 H. (Relâches les mardis : 11, 18, 25 juillet) à l’Espace Roseau Teinturiers 45 Rue des Teinturiers 84000 AVIGNON.

Interprètes / Intervenants

  • Mise en scène : Estelle AndreaMagali Paliès
  • Interprète(s) : Estelle Andrea, Magali Paliès, Karine Gonzalez, Cristóbal Corbel
  • Création lumière : Anne Gayan

« Nous sommes faits de l’étoffe dont sont tissés les songes » (Shakespeare, la Tempête)

En Andalousie, les femmes avant de mourir ont coutume de broder un cœur en tissu pour y enfouir des écrits secrets. Chaque fille aînée en hérite « avec l’interdiction de l’ouvrir, sinon malédiction ! ». Curieuse et cruelle coutume qui en dit long sur les interdits et secrets de famille qui à défaut d’être levés finissent par asphyxier la mémoire transgénérationnelle.

Il y a des douleurs, des émotions difficilement communicables. Faut-il les transmettre à sa descendance ou les garder pour soi ?

« Sommes-nous écrits par ceux qui nous ont précédés » se demande Carole MARTINEZ l’auteure des Roses fauves, un roman dont « l’épine dorsale » fait l’objet de l’adaptation théâtrale et musicale Les cœurs andalous d’Estelle ANDREA.

Opération à cœur ouvert mais non chirurgicale. S’acheminer vers les profondeurs, tenter l’exploration en invoquant son aïeule, c’est le choix de Lola qui décide de s’affranchir des lourds secrets de son histoire familiale d’autant qu’elle se sent coupée de ses origines. Elle porte en réalité le prénom de Dolores, transmis de génération en génération. Dolores signifie douleur.    

La transgression de l’interdit, en l’occurrence la levée d’un secret familial, nous en avons l’écho dans les tragédies grecques, celles de Sophocle, Euripide, Eschyle etc. De nos jours, elle peut emprunter le chemin de la fiction. Dans les cœurs andalous elle devient possible grâce au dialogue fictif entre Lola et l’aïeule que 4 générations séparent.

Les deux femmes qui se font face à face, chacune de leur côté sans se voir, s’expriment par le chant. Au centre de la scène, une danseuse de flamenco, Karine GONZALES virtuose, traduit leurs émotions. Discrètement, dans l’obscurité, Cristóbal CORBEL les accompagne à la guitare.

Les compositions d’Estelle ANDREA aux accents gitans et flamencos sont très sensuelles et chaudes. Sa voix très claire et celle de Magali PALIES plus grave remuent parce qu’elles semblent venir de très loin. Elles marquent à la fois les distances et les similitudes qui les rapprochent.

La puissance émotionnelle du flamenco recouvre dans les cœurs andalous, les tragédies qu’ont pu connaitre des femmes depuis des générations. Notamment les filles-mères abandonnées ou contraintes d’élever seules leur enfant à la suite du décès de leur amant.

Se peut-il que la flamenco puisse exprimer la douleur de l’enfantement ? De fait, dans cette histoire générationnelle, Lola est en train d’accoucher du secret d’une aïeule.

Le flamenco devient le porte flamme de destinées de femmes résistantes, fières et passionnées, dont Lola qui réussit à braver l’interdit.

« Nous sommes faites de l’étoffe dont sont tissés les sentiments » disent-elles dans ce spectacle musical bouleversant.

Le 23 juillet 2023

Evelyne Trân

L’île des esclaves de Marivaux du 7 au 29 juillet 2023 à 19 H 30 – Relâches : 11, 18, 25 juillet. Condition des soies 13 rue de la Croix 84000 AVIGNON.

Interprètes / Intervenants

  • Mise en scène : Christophe Lidon
  • Interprète(s) : Valérie Alane, Thomas Cousseau, Armand Eloi, Morgane Lombard, Vincent Lorimy
  • Adaptation : Michael Stampe
  • Textes additionnels : Valérie Alane
  • Lumières : Cyril Manetta
  • Costumes : Chouchane Abello
  • Musique : Cyril Giroux
  • Ass mise en sc : Mia Koumpan
  • Création : CADO Centre National Orléans Loiret
  • Prod : François Volard – Acte 2
  • Contact Pro : 06 64 54 42 15

Nous voici au 3ème millénaire et voilà que MARIVAUX, fort de son ancienneté, auréolé de sa réputation d’auteur classique, bercé par le siècle des lumières, nous fait signe.

Eh bien, soulignons-le d’emblée, ce qui ressort de la mise en scène de Christophe LIDON, c’est la modernité de sa pièce la plus courte (1 acte et 11 scènes) l’Ile des esclaves. Il est vrai que le terme modernité est aussi vieux que le monde !

Oui cette pièce nous parle sans doute parce que nous n’en aurons jamais fini avec la Commedia dell’arte, avec Molière et ces histoires de valets et maîtres ridicules et parce que les personnages ont cet avantage sur nous de ne pas mourir et de continuer à nous interpeller siècle après siècle au nom de la Comédie humaine.

Que penser de cette Ile aux esclaves sinon qu’elle est totalement utopique. Un maitre Iphicrate, une maitresse Euphrosine, deux esclaves, Arlequin et Cléanthis, victimes d’un coup du sort deviennent à la suite d’un naufrage les hôtes d’une Ile des esclaves dont le gouvernement représenté par Trivelin a pour mission de renverser les rôles entre esclaves et maitres et d’éduquer ces derniers coupables de comportements odieux.

Marivaux se demande ce qu’il adviendrait des uns et des autres s’ils échangeaient leurs rôles dans la société. Le dénominateur commun entre un dominé et son dominant ne peut être que leur origine humaine. Dans cette pièce ce sont les esclaves devenus maîtres qui se révèlent les plus humains parce que devenus libres, épouser les comportements de leurs maîtres déchus ne les intéresse pas. Par ailleurs, le repentir d’Iphicrate. et d’Euphrosine est trop conventionnel pour être convaincant.

En vérité, Marivaux déplace sur des rapports paternalistes entre valets et maîtres la question de la domination d’une classe sociale sur une autre.

« La différence des conditions n’est qu’une épreuve que les dieux font sur vous : je ne vous en dis pas davantage » (Trivolin scène 11)

Une conclusion de nature à faire bondir ceux qui rêvent de révolution sociale.   

Les quelques allusions à la république, la cité idéale selon Platon de cette pièce philosophique, sociale et humaniste ne passent pas inaperçues mais elles sont juste évoquées.

Il s’agit d’une comédie qui reprend les archétypes de la commedia dell’arte, tout en faisant passer les idées de liberté, de justice défendues notamment par Voltaire et Montesquieu. A noter que le personnage d’Arlequin qui jubile de pouvoir se moquer d’Iphicrate et celui de Cléanthis qui clame son indignation « Voilà de nos gens qui nous méprisent dans le monde, qui font les fiers, qui nous maltraitent, qui nous regardent comme des vers de terre, qui sont trop heureux dans l’occasion de nous trouver plus honnêtes qu’eux. » s’avèrent bien plus forts que ceux d’Iphicrate et Euphrosine.

Christophe LIDON s’aligne sur l’air du temps de Marivaux, voyant dans l’Ile des esclaves une comédie, voire une satire sociale mais assurément pas un pamphlet révolutionnaire.

Ce qui n’empêche pas le clin d’œil. Sont insérées dans la pièce avec habilité des scènes de dissension entre comédiens.nes et metteur en scène de façon à exprimer que les rapports de force entre dominés.es /dominants.tes sont toujours d’actualité.

On parle de théâtre dans le théâtre ou de mise en abyme. Quoiqu’il en soit, il en résulte une mise en scène très alerte avec une équipe de comédiens.nes vraiment épatante.

Petit bouchon de champagne qui pète que cette Ile des Esclaves en plein festival. Pour vous rafraichir les idées !

Le 21 juillet 2023

Evelyne Trân

N.B Cet article a également été publié dans LE MONDE LIBERTAIRE.FR

Déraisonnable de Denis LACHAUD avec Florence CABARET au Théâtre ARTEPHILE 5 bis, 7 rue Bourg Neuf 84000 – Du 7 au 26 juillet 2023 – Relâches : 13, 20 juillet .

Interprètes / Intervenants

  • Mise en scène : Catherine Schaub
  • Interprète(s) : Florence Cabaret
  • Directrice de production : Agnès Harel
  • Régisseur : Alexis Queyrou
  • Assistante de production : Céline Pierron
  • Attachée de diffusion : Marie Barbet-Cymbler

Photo Emilie BROUCHON

Une respiration, un air frais et salutaire en plein festival caniculaire que ce seule en scène de Florence CABARET  ! Alors que le rôle qu’elle incarne dans la pièce Déraisonnable de Denis LACHAUD mise en scène par Catherine SCHAUB s’avère hors normes.  

Nous le savons le personnage, Florence, comédienne diagnostiquée bipolaire à 39 ans,  est en quelque sorte le double de Florence Cabaret mais pas seulement.

Denis Lachaud réussit dans un texte très aéré et cohérent à aborder un sujet tabou, la maladie psychique suffisamment handicapante pour entraver la vie professionnelle, en un mot vous exclure de la société.

Chaque cas est particulier et s’il n’est pas possible de généraliser à propos de maladies que les médecins honnêtes reconnaissent avoir du mal à cerner, la libération de la parole de ceux et celles qui les vivent au quotidien doit permettre pourtant de mieux les comprendre plutôt que de les juger sans connaissance de cause.

On se dit « Quel courage, venir sur scène pour parler de son handicap. N’est-ce point une exhibition ? ». En fait pas du tout, il s’agit du partage d’une expérience, d’un vécu difficile d’une personne avec ses congénères de façon à faire sortir de sa cachette où il est reclus un mal existant, ne serait-ce que pour le contrer.  Aujourd’hui encore bien des maladies sont tabou. On peut évoquer le Sida mais aussi des maladies psychiques ou mentales.  Bien sûr on en parle à la télévision, il y a des articles dans les médias mais dans la réalité c’est autre chose.

Avisez-vous de déclarer que vous êtes bipolaire et vous observerez le regard fuyant de votre interlocuteur.

L’expérience de Florence Cabaret traduite par Denis Lachaud rappelle curieusement, toutes proportions gardées, une nouvelle « fantastique » de Maupassant Le Horla où s’exprime la panique d’un individu en proie à un dédoublement de la personnalité.

Il y a quelque chose de fascinant quand même dans ce que nous raconte Florence Cabaret alors même qu’elle nous apparait très naturelle, en fait aux antipodes de la personne borderline qu’elle nous décrit.

Elle jouait au théâtre Marie Tudor, un rôle dans lequel elle s’était complètement investie. Un jour, elle s’est prise vraiment pour Marie Tudor, a enterré ses papiers d’identité et a erré dans la ville en plein délire durant trois jours avant d’être retrouvée.

Je est un autre disait Rimbaud. Les comédiens.nes doivent savoir qu’il y a une frontière entre sa propre personnalité au quotidien et le personnage incarné. Le savoir est une chose, le vivre en est une autre.

Dans ce seule en scène où elle interprète non seulement son propre personnage mais aussi sa mère et des médecins, elle tient les rênes de son histoire avec humour et fair play. Elle rend hommage à cet art théâtral qui permet de se dépasser en invoquant des personnages, miroirs tendus vers le public qui toujours en redemandera.

Car les spectateurs.trices savent combien ils.elles doivent aux artistes et gens de théâtre en particulier, ces moments uniques d’évasion à la rencontre « d’un  double et même plusieurs : le petit bonhomme dedans qui crie au secours, et toute une foule de sosies bien différents les uns des autres «  ( André Benedetto)  et parfois reconnaissons-le de nos fantasmes les plus enfouis. Quand cela se passe au théâtre et nulle part ailleurs !

Le 20 Juillet 2023

Evelyne Trân

N. B : L’article est publié également sur LE MONDE LIBERTAIRE.FR