Co-animatrice radio sur Radio Libertaire (depuis 2008) . - Chroniqueuse pour le blog
"Théâtre au vent" sur le site Le Monde.fr (de fin 2010 à juin 2019), puis sur le site theatreauvent.com et sur le Monde libertaire.fr (depuis 2019). Auteure avec Jean-Marie Blanche de Francis Blanche, mon père aux Editions Plon (2011) . Auteure d'un avant-propos dans le livre Noblesse d'Afrique d'Hélène de Gobineau paru en 2014. Auteure du livre Mon cher enfant aux Editions du Net (Septembre 2022) , de Nouvelles radiophoniques aux Editions du Net (Octobre 2022) , du Secret à tire-d'aile paru aux éditions du Net en Septembre 2023 et du recueil de poèmes Excuse d'un sourire aux Editions du Net (Septembre 2025).
Judith Magre, filage Théâtre de Poche-Montparnasse
Photo Sébastien TOUBON
Avec sa voix inimitable, Judith MAGRE donne corps à quelques nouvelles de Sylvain TESSON, tirées de son recueil S’abandonner à vivre .
Vous connaissez l’expression « C’est la vie ! ». Il faut croire, si l’on entend tirer quelque morale des situations compliquées que vivent les anti-héros de ces nouvelles, que ces derniers les ont bien cherchées, et que leurs déconvenues ont de quoi élargir notre sourire.
En voici les synopsis :
La gouttière
Un amant pris au piège mais nous n’en dirons pas plus car c’est la chute de l’histoire qui vaut la peine d’être entendue avec fracas.
L’exil
Un Nigérien migrant, devenu après un voyage éprouvant, laveur de vitres à Paris, se retrouve nez à nez devant une vitrine vantant un circuit spécial désert Algérie-Hoggar-Niger.
La bataille
Particulièrement cocasse, la troisième nouvelle met en scène un général russe qui se prend pour Napoléon et s’offre chaque année le bonheur de commémorer la bataille de Borodino sur le champ de bataille historique. Une véritable reconstitution qui fait appel à un millier de soldats « impériaux ». Mais une fois n’est pas coutume le maire de Borodino s’oppose à ladite reconstitution.
Reconnaissons qu’il n’y a, à priori, aucun lien de filiation entre les trois anti-héros sinon la voix de Judith MAGRE qui les met en scène, faisant rejaillir avec malice et humour, l’ironie des situations.
Quel bon moment avec Judith MAGRE qui n’a rien perdu de sa gouaille espiègle, au service de l’humeur quelque peu sarcastique et mordante de Sylvain TESSON !
Que pensez-vous de la vieillesse ? Vous croyez qu’elle est triste, cafardeuse ! Combien de gens s’en plaignent ! Ah les vioques ! Figurez-vous qu’il y en a qui résistent aux regards empreints de pitié, horrifiés par les stigmates de la vieillesse, les rides bien sûr, le relâchement de la peau l’arthrose, l’incontinence etc.
C’est un phénomène naturel que celui du vieillissement. Supporteriez-vous de voir l’automne banni de votre calendrier, et de votre mémoire le poème de Jacques Prévert, les Feuilles mortes.
Elles sont pourtant si charmantes et colorées ces feuilles . Pourquoi ne pas dire que les deux septuagénaires de la Nostalgie des blattes, arborent sans complexe leurs couleurs.
Pierre NOTTE imagine que dans un monde aseptisé, la vieillesse décrite comme une déchéance, risque fort d’être gommée – il suffit d’ouvrir le poste de télé et se laisser séduire par des publicités paradisiaques – Dès lors, les personnes qui ne se seraient pas fait ravaler le visage, ou n’auraient pas eu recours à la liposuccion, seraient en voie de disparition.
Les deux héroïnes de la Nostalgie des blattes font partie de cette espèce en voie de disparition. Alors elles s’exposent comme des animaux de foire, attendant des spectateurs-trices qui se font de plus en plus rares. On se croirait un peu chez Beckett, parce qu’elles sont immobiles, isolées, prisonnières de leur condition et sans avenir. Qu’à cela ne tienne, elles ne manquent pas de ressort !
Scotchées chacune sur son siège, les deux bonnes femmes, de vraies chipies, commencent par se détester puis au fur et à mesure de la cohabitation forcée, en découvrant des souvenirs communs, leur sororité se dégage. Si vous êtes vieille c’est que vous avez été jeune ! C’est une vérité de la Palisse qui a le mérite de vous remettre les pieds sur terre.
Et cela ne signifie pas que la jeunesse de l’esprit se soit enfuie.
Marylin PAPE et Eulalie DELPIERRE pètent la forme. Elles sont radieuses. Il faut croire que la pratique de l’autodérision a un pouvoir euphorisant de tonnerre.
Leurs personnages partagent des souvenirs rieurs, leurs yeux pétillent de bonheur quand l’une ancienne comédienne, chante une chanson de Dalida et l’autre, danseuse se met en tutu pour danser un extrait du Lac des cygnes.
Le spectacle de ces deux vioques drôles et touchantes ne peut que vous réconcilier avec l’image de la vieillesse. Alors n’hésitez pas, allez les découvrir au théâtre de la Manufacture des Abbesses, elles vous donneront la pèche !
A l’origine du roman de Jean-Luc SEIGLE, il y a un fait divers qui défrayé les chroniques et même fait l’objet d’un film de Henri Georges Clouzot, la Vérité avec Brigitte BARDOT.
L’histoire de Pauline DUBUISSON condamnée pour le meurtre de son amant, a marqué les esprits dans les années cinquante parce qu’elle fut la seule femme contre laquelle a été requise la peine de mort pour un crime passionnel.
Le procès fut retentissant. Elle fut exposée à la vindicte générale en raison de sa personnalité très libre et la misogynie des juges. Condamnée à la prison à perpétuité, elle fut libérée dans les années soixante pour bonne conduite. La sortie du film La Vérité de Clouzot la contraint à s’enfuir au Maroc où elle refait surface en tant que médecin à Essaouira mais une rupture amoureuse la conduira au suicide.
Difficile de cerner la personnalité de Pauline DUBUISSON qui a eu un destin particulièrement tragique. Pouvait-elle faire entendre sa version du crime dont elle était accusée à une époque où la misogynie était monnaie courante. Au cours de sa vie elle fit plusieurs tentatives de suicide. Amante d’un officier allemand, elle fut tondue à la libération et violée. Elle fut sauvée de justesse du peloton d’exécution par son père.
Disons-le d’emblée l’image que renvoie le personnage de Pauline DUBUISSON imaginé par Jean-Luc SEIGLE n’a rien à voir avec l’interprétation de Brigitte BARDOT trop artificielle pour rendre compte de sa complexité.
La femme qui parle dans Je vous écris dans le noir c’est celle qui assommée par les projecteurs de la grande ou petite histoire, tente désespérément d’exister, sans avoir à rendre des comptes sur sa manière d’être, sur son passé. Elle est libre dans sa tête et entière. C’est celle qui a le cran de raconter à ses amants les drames qui font d’elle à la fois une coupable et une victime, lors de l’épuration à la libération, lors du meurtre de son ex-fiancé (était-ce un accident, était-ce un crime prémédité ?) prenant le risque d’être éconduite et méprisée.
Elle n’est certainement pas un monstre. Elle est une femme qui a besoin d’aimer et être aimée et qui a eu le malheur de se croire libre face à un monde masculin hostile.
Il y a chez elle probablement une fragilité affective qui la poussera au désespoir alors même qu’à force de travail, de pugnacité, malgré les épreuves de la guerre et de la prison, elle réussira à devenir médecin.
Sans les artifices de la femme fatale, séductrice, y a-t-il encore une Pauline DUBUISSON ? Oui répond Sylvie VAN CLEVEN : Il y a quelque chose de Pauline DUBUISSON en chacune de nous.
Certes, elle a tué un homme « mais personne ne naît assassin » Dans cette pièce, il ne s’agit pas de refaire son procès.
La femme parle effectivement dans le noir. On voudrait penser qu’elle se relève d’un cauchemar, un film affreux où elle joue un rôle qu’elle n’a pas choisi, celui d’une jeune fille de 16 ans tondue à la libération, celui d’une criminelle puis d’une accusée devant subir les sarcasmes des juges.
Or, il y a beaucoup de fraicheur, de vivacité chez Pauline qui aime par-dessus tout écouter le chant des oiseaux. Elle est pétillante et on sent chez elle la recherche du bonheur. Cela ressort de l’interprétation de Sylvie VAN CLEVEN, qui n’est jamais pathétique, mais juste, sur le fil vraiment bouleversante.
Cette Pauline-là comment ne pas l’aimer. Ce n’est pas tant le personnage mythique, victime d’Eros et Thanatos qu’incarne Sylvie VAN CLEVEN mais l’être vulnérable et son organique désir d’aimer, authentique.
Dans son hamac suspendu entre ciel et terre, elle est ce corps offert aux vibrations de l’air, sensuel et toujours rêveur. Qu’il nous soit permis d’associer sa voix à celle du chant des oiseaux, libre et universel.
Il y a des correspondances qui font office de journal intime de journal de bord ou de chroniques familiales. C’est toujours avec un pincement au cœur que les destinataires, les amis ou les proches les parcourent car ils savent qu’ils pénètrent dans quelque jardin secret et ils peuvent avoir la sensation lorsque les auteurs.es ont disparu de les ressusciter seulement en les lisant.
C’est peut-être un détail mais la personne qui se livre dans les lettres qu’elle n’enverra pas à ses chers enfants mais conservera dans un cahier pour une lecture posthume, a été écrivaine dans sa jeunesse. Elle connait le poids des mots, elle sait moduler ses sentiments mais en vérité c’est à elle-même qu’elle s’adresse, car ses enfants brillent par leur absence et si elle ne parle pas d’abandon par pudeur, il est clair qu’en assumant sa solitude, elle entend témoigner de son existence quoiqu’il arrive, refusant ce statut de vieille dame, dans un monde à part.
Les lettres que nous lit Anny DUPEREY constituent les confessions d’une personne seule en fin de parcours qui n’a plus rien à perdre et peut donc se dévoiler en toute franchise, parler de la vie tout simplement, parler de ses coups de cœur, de ses rencontres , de son soutien aux émigrés, de ses désirs de femme, sachant qu’elle va saborder l’image d’une vieille dame bourgeoise, aisée, oisive dont on attendrait uniquement des confidences sur ses maladies ou des activités non rentables réservées aux séniors.
Non la vie ne s’arrête pas à ses chiffres fatidiques qui font de vous après 65 ans un ou une sénior.
Il n’y pas d’âge pour aimer, éprouver des désirs sexuels, s’engager dans des combats humanistes, en un mot vivre et se croire encore citoyenne d’un monde aussi imparfait soit-il.
Incarnée par Anny DUPEREY, l’auteure de ce bouquet de fleurs que représentent ces lettres qu’elle signe de ses sentiments du moment : Maman, rebelle, Maman impudique, Maman aimante, Maman nostalgique etc., se révèle pleine de vitalité, réactive et fantasque, terrienne avec ses antennes de bonheur et d’amour.
Il s’agit nous dit Jean MARBOEUF, l’auteur et le metteur en scène « à la fois d’un hymne d’amour et de désespoir… à la vie ».
Des jeunes seraient bien inspirés d’aller voir ce spectacle pour comprendre que ce qui semble séparer les êtres d’une génération à l’autre, ne fait pas forcément partie d’un passé révolu et encombrant.
Jeunes et vieux auraient tout intérêt pour s’enrichir mutuellement à communiquer davantage entre eux. Est-ce un vœu pieux ?
Anny DUPEREY avec une grande sensibilité, dans ce seule en scène exprime cet espoir. Qu’elle en soit remerciée !
.Avec : Hugo Ferraro, Jules Tarla Voix off : Gaëtan Beraud, Charlie Borie, Violaine Callies de Salies, Quentin Darmancier, Alexandre Dieguez, Maxence Domenech, Julie Godet, Lauriane Levallois Mise en scène : Alex Weetz Création lumières : Clément Duval Musique : Jo de Ray
Est-il possible de mourir d’ennui et de solitude à l’ère des réseaux sociaux, des téléphones portables qui vous suivent à la trace … ?
Si vous êtes célibataire, renfermé et casanier, vous ne recevrez aucune visite sinon celle du facteur, d’un candidat à une élection politique, d’un fonctionnaire pour le recensement etc.
Dans cette comédie aigre-douce de Hugo FERRARO, nous découvrons un personnage en voie de disparition, quelque peu asocial qui voit débarquer chez lui son antipode, ce genre d’individu qui sort tout droit d’un fichier d’ordinateur, un homme robot programmé pour vous ficher à votre tour puisqu’après tout vous n’êtes qu’un numéro parmi les milliards d’autres recensés dans un inimaginable organigramme pyramidal qui vous donne le vertige.
Homme robot ou plutôt nounours, le fonctionnaire qui s’introduit de force chez l’homme sauvage est bien en chair, il est plutôt jovial quoique autoritaire. C’est un employé d’un Service Public ayant pour mission d’apporter sa présence aux pauvres gens qui fêtent seuls leur anniversaire.
La confrontation entre cet homme « sauvage » et cet homme « robot » est cocasse. En réalité, l’auteur ne force pas les portraits, les protagonistes ont toujours figure humaine, le fonctionnaire fait penser à un livreur de pizza légèrement corrompu puisqu’il va jusqu’à dicter à son client les notes que ce dernier doit apposer sur ce fameux formulaire de satisfaction, réclamé désormais par n’importe quel service commercial. Quant à l’homme « sauvage » Jules TARLA lui donne l’allure d’un jeune homme quelque peu dépressif qui reprend du poil de la bête face à l’entreprenant employé interprété par Hugo FERRARO.
Qui sait si Hugo FERRARO ne s’est pas inspiré de certains sketches d’humoristes du bon vieux temps tels que Blanche et Dac ou Jean Yanne et Jacques Martin etc.
Nous ne pouvons qu‘encourager dans cette voie-là, le duo qu’il forme avec Jules TARLA, et saluer leur jeune talent.
L’ironie de leur propos saute aux yeux et c’est tout le charme de cette petite farce à découvrir avec plaisir.
« Quand même » c’est le sésame de toute la vie de Sarah BERNHARDT, une personnalité hors du commun, élevée chez des religieuses puis courtisane et dès l’âge de 14 ans, actrice.
Douée d’un fort tempérament et d’une voix en or selon Victor Hugo, elle interpréta les plus grands rôles du répertoire de son époque, notamment la Reine dans Ruy Blas, Phèdre et même des rôles masculins comme celui d’Hamlet et de l’Aiglon.
Jean COCTEAU l’avait dénommée « monstre sacré » car elle fut la première star internationale à avoir des tournées mémorables dans les cinq continents.
Elle déclarait face à ses détracteurs « Je suis Française, Monsieur, absolument Française. […] Toute ma famille est originaire de la Hollande. Amsterdam est le berceau de mes modestes aïeux. Si j’ai de l’accent, Monsieur (et je le regrette beaucoup), mon accent est cosmopolite, et non tudesque. Je suis une fille de la grande race juive, et mon langage un peu rude se ressent de nos pérégrinations forcées » (sources wikipedia).
Elle soutint Louise Michel et Emile Zola lors de l’affaire Dreyfus. Ce qui la contraignit à rompre les ponts avec son propre fils adoré pendant un an. Et elle était contre la peine de mort.
Oui évidemment, il suffit de surfer sur internet pour découvrir cette personnalité. Mais rien ne vaut une pièce de théâtre pour en approcher le cœur et l’esprit.
Dans cette pièce émaillée d’anecdotes croustillantes, Isabelle SPRUNG se donne corps et âme. Elle se donne en spectacle mais dans le bon sens du terme comme Sarah l’a fait toute sa vie. Elle est tour à tour très drôle avec humour – comment ne pas sourire à cette remarque « Il est plus difficile de mourir quand il n’y a pas de public » – et si émouvante notamment quand elle joue un extrait de Phèdre.
Un détail amusant, hier soir c’était le fameux match de rugby entre la France et la Nouvelle Zélande, le chant de la Marseillaise du café d’à côté a fait intrusion dans les murs du théâtre et Isabelle SPRUNG sans se démonter a entonné en souriant cette Marseillaise répondant aux commentaires des supporters envahissants.
Grâce à cette pièce fort bien construite par Isabelle SPRUNG et Pascale LIEVYNT, nous avons fait connaissance avec une artiste profondément attachante.
A vrai dire, nous voilà enclins à confondre Isabelle SPRUNG avec son personnage tant celui-ci l’habite aussi bien joyeusement que passionnément. Oui quand même !
Un spectacle à ne pas manquer !
Le 9 septembre 2023
Evelyne Trân
N. B : Isabelle SPRUNG était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE de 15 H 30 à 17 H le samedi 9 septembre sur RADIO LIBERTAIRE 89.4 , en podcast sur le site de RADIO LIBERTAIRE.
Avec Denis Lavant, Maria Machado, Samuel Mercer & Nèle Lavant
Scénographie Christoph Rasche
Visuels & Costumes Maya Mercer
Lumières Daniel Sestak
Musique René Nuss
Dramaturgie Charlotte Escamez / Florian Hirsch
Ingénieur son Guillaume Tiger Montage vidéo Jean Ridereau
Assistante mise en scène Eugénie Divry
La pièce Les Crabes de Roland DUBILLARD date de 1971 et vient de faire l’objet d’une création au Théâtre du Chêne noir au festival off d’Avignon pour célébrer le centenaire de la naissance de l’auteur.
On pourrait parler d’une parodie de l’existence ou de la condition humaine. Que l’on aime ou pas les crabes au propre ou au figuré, il est difficile de ne pas être impressionné par l’inquiétante atmosphère qui règne dans cette pièce dont tous les protagonistes sont roulés dans la farine langagière de l’auteur dont voici quelques perles :
« Une bouche avec un peu de bonne volonté pourrait se manger toute seule »
« Qu’est-ce que la gorge d’un rossignol, un peu de soudure et silence ! »
« Il trainait les moustiques dans son regard comme une grande tour Eiffel inutile. »
Le synopsis plutôt simple oppose un jeune couple paumé à un vieux couple excentrique qui se retrouvent dans une villa de bord de mer appelée Le Crabe, Il semblerait que tout fuit dans cette résidence : la baignoire, les crabes et la raison. Les jeunes mangent à longueur de journée ces fameux crabes et le plombier est attendu comme le messie.
Dubillard parle de cauchemar comique. On assiste à un joyeux maelstrom d’idées mal digérées : mal de mer, mal de crabes. Il y a de la défonce dans l’air celle de la verve « apocalyptique » de Dubillard qui tourne en dérision les tentatives infructueuses des pauvres humains de claquer la porte à la mort. Et que penser de l’affreux jojo, un abruti de première classe qui mitraille sa propre épouse ? L’homme vidé de sa substance donc de son esprit tuerait simplement par réflexe ?
Mais pourquoi donc faire entrer une mitraillette dans une pièce de théâtre ? Parce que cela fait partie hélas des accessoires de l’inventaire humanoïde.
Dubillard en cuisinier théâtral offre au public une soupe fumante de crabes qui brûle la langue.
Les interprètes de cette symphonie cauchemardesque sont excellents : Samuel MERCER en jeune homme qui ne se réveillera jamais du cauchemar, Denis LAVANT qui y baigne comme un poisson dans l’eau, Marie MACHADO en matrone un brin mélancolique et Nèle LAVANT avec sa fraicheur et sa jolie voix haut perchée.
La mise en scène fort bien lestée de Frank HOFFMANN électrise l’ambiance à souhait.
Voilà du théâtre pour rire méchamment de soi-même ou des autres. Ensuite, n’allez pas vous jeter sur une assiette de crabes !
Film dramatique (Vietnam, 2023), » réalisé par Pham Thien An, avec Le Phong Vu, Nguyen Thi Truc Quynh.
Durée 182 mn (soit 3h02). Présentation en version originale, sous-titrée en français.
Synopsis : Thien doit accompagner la dépouille de sa belle-sœur vers le village familial, avec son neveu de 5 ans. Dans l’arrière-pays l’attendent les spectres de sa propre jeunesse, de son frère, parti refaire sa vie on ne sait où, de la guerre aussi. Voilà un pèlerinage dans le Vietnam rural et sa méconnue minorité chrétienne, aux accents mystiques. Comment encore avoir la foi?? Comment encore croire?? En Dieu peut-être, mais avant tout à la beauté sensible de l’ici-bas.
“L’Arbre aux papillons d’or” est un film vietnamien réalisé par Pham Thien An. Il a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes 2023 et a remporté la Caméra d’or.
La sortie nationale est précédée par 10 avant-premières, en présence du réalisateur Pham Thiên Ân (avant-première du 09 septembre 2023 au cinéma Les Sept parnassiens) dont le calendrier est le suivant :
28 août à STRASBOURG, cinéma Star
29 août à NANCY, cinéma Cameo
7 septembre à TOULOUSE, cinéma American Cosmo
8 septembre à PAU, cinéma Méliès
9 septembre à PARIS, cinéma Les Sept Parnassiens
12 septembre à PARIS, cinéma MK2 Beaubourg
13 septembre à LILLE UGC Métropole
15 septembre à MARSEILLE, cinéma Variétés
17 septembre à HEROUVILLE ST CLAIR au Café des Images
Ils se sont croisés par hasard. Etincelles d’une rencontre, comme « un bref instant de splendeur »(1), entre une touriste européenne et un enfant du soleil. Quelques minutes d’éternité que symbolise un « geste pur » : la rose des sables offerte, ce jour-là, à l’insu de tous.
Tunisie, printemps 2011 :
Isaline Rémy, poétesse, écrivaine, est aussi journaliste. A ce titre elle fut invitée officiellement, en compagnie de plusieurs confrères, à effectuer un voyage de presse à travers le pays.
La mission achevée, les autorités organisent, en guise de remerciement, une visite dans un lieu touristique hautement réputé : le village berbérophone de Chenini, proche de Tataouine au seuil du désert.
Fin de la visite. Tous se retrouvent au Bazar, véritable paradis de l’artisanat local traditionnel. C’est l’occasion pour chacun de rapporter en France un souvenir de ce site exceptionnel, témoin d’une culture séculaire. Soudain, les confrères d’Isaline sont saisis d’une irrépressible fièvre consumériste pour le moins frénétique.
Notre visiteuse, quant à elle, jette son dévolu sur… une simple paire de babouches.
Le tout jeune vendeur, qui n’a rien perdu de la scène, lui fait signe de patienter. Il revient lui rendre la monnaie, accompagné de son grand frère auquel il a, d’évidence, parlé de cette cliente pas tout à fait comme les autres…
En elle, le grand frère, lui aussi, remarque un petit quelque chose de différent.
Impression réciproque : regards, sourires. Silence…C’est alors que le jeune homme glisse dans la main d’Isaline une rose des sables. Elle tient juste “au coeur de la paume”…
Tout est dit.
Dans les jours suivants, Isaline me fait le récit par téléphone de ce contact si intense dans sa brièveté ; un moment de grâce inscrit dans la mémoire de notre poétesse.
De son récit, j’ai tenté de capter l’essentiel au moyen d’une transposition. Celle qu’exige, bien souvent, la forme poétique.
Mon tout premier poème,La rose de Chenini, fut composé fin juin de la même année, remanié successivementen 2015 puis en 2019 quant à son vers final : plusieurs options offertes aux traducteurs se sont alors révélées nécessaires.
Un poème à géométrie variable, en quelque sorte. Une chute modifiée, en forme d’imprévisible accomplissement…
Grégoire Collon.
(1) – Letexte ci-dessus a été légèrement révisé en janvier 2021suite à la parution chez Gallimard du roman Un bref instant de splendeur dont letitre – et lui seul – m’a semblé entrer pleinement en résonance avec mon propre ressenti quant à l’action décrite dans le poème La rose de Chenini.
Signé Ocean Vuong, le livre précité a pour titre original : On Earth We’re Briefly Gorgeous. Il a été publié en 2019 aux Etats-Unis.
La rose de Chenini* A Isaline Rémy, Femme de l’être
Au cœur de la paume A surgi la rose. De son sable antique La fleur de sagesse Fait briller la main Qui sut deviner La beauté d’une âme.
Brisant les frontières Deux regards intenses Dialoguent au désert. Le sourire des cœurs Invite au silence.
Ils se sont rejoints Ces deux univers Dans le vrai langage Qui unit sans trêve Les humains en marche.
Ils se reverront Elle, automne clair D’un pays nanti. Lui, enfant-promesse Dont le geste pur A dit la grandeur D’un peuple au futur Prêt pour l’infini…
Paroles : Grégoire Collon (pseudonyme de Laurent Gharibian) Musique : Catherine Bedez *Chenini, village troglodytique berbérophone sis dans un désert pierreux à 18 kilomètres de Tataouine, au sud de la Tunisie. A ne pas confondre avec son homonyme berbère, oasis verdoyante, située au sud-ouest de Gabès
La rose de CHENINI – Interprète : Justyna BACZ (chant)
La rose de CHENINI – Interprète : Philippe FORCIOLI