LES 4 BARBUES dans la lignée des Frères Jacques : Nouvelle création de la Compagnie « Une petite voix m’a dit »

Distribution :
Avec : Isabelle Bonnadier, Josette Lanlois, Sabine Venaruzzo, Sarah Vernette
Accompagnement piano : Dominique Glory
Mise en scène et direction d’actrices : Jean Jacques Minazio
Arrangements et direction musicale : Bruno Habert
Création lumières : Michaël Creusy / Euriell Morvezen

Qui se souvient des Quatre Barbus, ce groupe vocal né dans les années 1930 ? Leur répertoire très vaste fait partie du patrimoine musical français. Nous leur devons notamment un disque de chansons anarchistes,  un grand nombre de chansons paillardes et et des adaptations de chansons de Pierre Dac et Francis Blanche.

Nous  avons été heureux de découvrir que 4 barbues femmes avaient décidé de mettre leurs pas dans la route tracée par ces artistes aux mines un peu patibulaires, en apportant  leur grain de sel, le meilleur sans doute celui de la folie. Mêmes déguisées avec des barbes fleuries, leur féminité explose et pendant tout le spectacle où elles chantent en solo , à tue tête ou en choeur sous la férule d’une pianiste redoutable  et d’un metteur en scène avisé,  c’est un véritable bouquet de  fleurs vocales, un feu d’artifice  qui illumine la scène.

S’enchainent de façon vertigineuse musiques et paroles de l’Ouverture du Barbier de Séville, La Pince à Linge, Honneur aux Barbus, Chant d’Allégresse, Parti d’en Rire, Adèle, Oh Ma Mère, La Révolte, Heureux Temps d’Anarchie, Promenons nous dans les bois, La Truite, Le Petit Lauriston etc, sous la plume de Francis Blanche, Pierre Dac, Boris Vian…

Voilà un spectacle hautement recommandable qui inspirera  les grands et petits pour le karaoké . En sortant du spectacle, nous avions encore l’air de la Danse macchab (SAINT- SAENS et ROUGET DE L’ISLE) dans la tête.

Si vous n’avez pas de soleil dans les environs , un conseil, allez jeter un oeil dans votre agenda culturel et si les 4 barbues sont programmées, courez voir leur spectacle, vous aurez du soleil, plein les yeux, plein les oreilles, pour longtemps.

Le 5 Novembre 2012                 Evelyne Trân

 

 

  

 

 

INTERVIEW DE JEAN PETREMENT AU THEATRE DE L’ESSAION à l’occasion du spectacle « LA DERNIERE BANDE  » DE BECKETT qui se joue actuellement les lundis et mardis à 21 H 30

 INTERVIEW JEAN PETREMENT 1

INTERVIEW JEAN PETREMENT 2

INTERVIEW JEAN PETREMENT 3

Dans la salle du Théâtre de l’ESSAION plongée dans l’obscurité avant le spectacle, nous avons rencontré le comédien, metteur en scène Jean PETREMENT, créateur de la Compagnie BACCHUS à BESANCON, qui présente à  Paris, une courte pièce de BECKETT « La dernière bande ».

 A notre sens, il doit y avoir plusieurs «bandes » de cette pièce car elle est diversement appréciée, suivant les mises en scène.

 Jugée parfois sinistre et ennuyeuse, elle se révèle drôle et piquante grâce à l’interprétation de Jean PETREMENT.

 Il nous parle  de ses rapports avec le personnage de la pièce M. KRAPP, un personnage qu’il entend incarner puisqu’il a commencé  à l’interpréter à l’âge de 39 ans et a fait le pari de le jouer jusqu’à 69 ans l’âge de M.KRAPP.

 Sa vision a l’avantage de mettre en lumière l’humour de BECKETT qui voit chez M. KRAPP davantage un clown qu’un homme en fin de vie rongé par la solitude.

 Avec ce personnage qui  l’accompagne maintenant depuis plusieurs années, Jean PETREMENT continue d’autres aventures théâtrales, notamment en programmant une nouvelle version de « PROUDHON MODELE COURBET » qui a rencontré un franc succès au Théâtre Lucernaire et qui va être représentée à l’ESSAION ainsi que les 44 duos pour violon de BARTOK.

 Nous vous invitons à écouter Jean PETREMENT lors d’une interview enregistrée au Théâtre de l’ESSAION, juste en face de la scène.

 Evelyne Trân

 

 

UN SIECLE D’INDUSTRIE DE MARC DUGOWSON. MISE EN SCENE D’HUGO MALPEYRE au Théâtre de l’Opprimé – 78 Rue du Charolais 75012 PARIS. Du 24 Octobre au 4 Novembre 2012.

Avec Mathieu Lourdel, Nais El Fassi, Tristan Gonzalez, Gaetan Delaleu, Vladimir Golicheff, Dina Milosevic, Maxime Berdougo

C’est du théâtre à cru que nous offre l’équipe théâtrale du spectacle « Un siècle d’industrie ». L’auteur de la pièce Marc DUGOWSON  est le scribe rapporteur de faits « des faits rien que des faits » et de leurs conséquences. Quel est le rôle des individus  toujours fixés sur leurs intérêts personnels sur les événements de l’Histoire ? Comme les faits parlent d’eux-mêmes et qu’ils sont odieux, que les  protagonistes dans l’histoire, n’ont pas de recul, c’est aux générations suivantes qu’incombe la conscience de la barbarie humaine.

Comment une petite entreprise familiale dont on suit l’évolution de 1918 à nos jours, a-t-elle pu participer à l’extermination à grande échelle des juifs, sans états d’âme, dans le but unique de faire prospérer les affaires, en l’occurrence en fabriquant et en vendant des fours  crématoires ?

Bien évidemment Marc DUGOWSON pointe du doigt la bourgeoisie et le monde des affaires, où l’argent et l’ambition font si bien  tourner la terre qu’on pourrait dire comme un certain ministre, lors de la guerre en Nouvelle Calédonie « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs». Les œufs c’étaient les canaques.

Les personnages de la pièce, le patron, sa femme, ses employés ont l’air de vivre en vase clos .Le sexe et l’argent sont les deux mamelles de la réussite de l’entreprise familiale. Les « autres » n’existent pas, ou alors ils sont devenus des chiffres qu’on aligne pour rêver à l’essor des fours crématoires.  C’est banal, puisque la vie d’un ’homme aujourd’hui peut être estimée en monnaie à partir de multiples données faisant l’objet d’études très poussées.

Est-ce  à dire que le pire est à venir ? Les  machines de bonheur et de malheur sont inventées par l’homme mais il y a une marge entre les extrêmes. Marc Dugowson entend parler de la conscience collective où l’Histoire est partie prenante de celle que fabriquent les hommes d’aujourd’hui pour leur progéniture.

 Ecouter, voir. Ça fonctionne comme une douche froide. L’auteur met en avant la grossièreté des personnages, une grossièreté ordinaire, une grosse corde rêche qui nous pend au nez, qui souligne que l’homme n’en a sûrement pas fini avec ses instincts primaires.

Le metteur en scène fait se déshabiller et  se changer devant les spectateurs, les comédiens. Il met « à poil » les personnages comme s’il invitait les spectateurs à  se regarder aussi à poil.

« Nous mènerons le combat contre la barbarie humaine » disent en chœur le metteur en scène, l’auteur, et les comédiens et nous avons envie de les croire. La vision qui nous est donnée de l’humain dans « Un siècle de d’industrie » est crue, choquante et salutaire pour notre épiderme pour peu que nous souhaitions soulever les taies qui bornent « la banalité du mal ».

Le 2 Novembre 2012                                         Evelyne Trân

 

             

LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS d’après l’oeuvre deH.G.WELLS au Théâtre de l’ALHAMBRA – 21 Rue Yves Toudic 75010 PARIS

Du 25 OCTOBRE 2012 AU 17 MARS 2012 A  19 HEURES

Mise en scène :Sydney Bernard Comédiens : Sydney Bernard Thierry Le Gad Musiques originales Chapelier Fou Vidéo et décors sonores : Loïc Le Cadre Création du décor : Patrick Chemin

La machine à explorer le temps, est sortie du cadre  du célèbre roman de H.H WELLS, elle existe et est même visible, en ce moment, au Théâtre de l’ALHAMBRA . D’aucuns diront que cette machine a tout de même à voir avec notre imagination car à défaut de culture scientifique, et de bagage matériel sophistiqué, il nous est loisible de bâtir autour de nos rêves, même si nous n’avons pas  les moyens de les réaliser. C’est ce qu’on appelle les  châteaux en Espagne.  

 Jules Verne avait  anticipé le voyage de  l’homme sur la lune. C’est fait. H.G. WELLES crée la machine à explorer le temps. Pour qu’elle soit efficiente cette machine, encore faut-il qu’elle soit utile.

 L’imagination l’emporterait elle sur la réalité ? G.H. WELLS met les pieds dans le sol de notre imagination pour mettre à l’épreuve ses lecteurs face à une situation extraordinaire, tout en leur assurant qu’ils auront la vie sauve. C’est lui le conducteur du récit, son moteur, il suffit de lui faire confiance.

 Pour mettre en scène théâtralement, l’aventure de l’explorateur du temps qui atterrit en l’an 802 7O1 de notre ère, la compagnie de l’Imaginaire Théâtre a déployé les grands moyens en ayant recours à la magie de décors mouvants, traversés de rayons effervescents sous le chapeau d’une musique originale du Chapelier Fou.

 Nous ne verrons pas les êtres surprenants qui peuplent la terre en l’an 802 701, à savoir les Elois et les Morlocks, ni la belle Weena, Et cependant, ils sont bien là puisqu’ils sortent  de la bouche du narrateur Sydney BERNARD, qui ménage posément mais sûrement ses effets pour faire haleter le public, tout au long du récit .

 Un conte où le souffle du visionnaire H.G. WELLS ne s’exprime pas seulement en surface mais fait balloter nombre de nos interrogations sur le devenir de l’humanité. Nous n’avons pas fini de rêver à un monde meilleur. Allons donc si l’homme, cet inconnu, n’existait pas, il faudrait l’inventer. En attendant,  fi d’élucubrations, entrons dans la machine à explorer le temps, à explorer l’homme, avec nos petits extra-terrestres, les enfants, capables d’ expliquer aux adultes perplexes ce qu’est la machine à explorer le temps.

 C’est tout de même incroyable, pour la voir et y entrer, il suffit d’aller au Théâtre de l’Alhambra. A bord, vous serez accueillis par un conteur de talent Sydney BERNARD et la main dans celle d’un enfant, vous partirez pour… l’an 802 701. C’est extra !

 Le 28 Octobre  2012                   Evelyne Trân

 

 

A L’AFFICHE DU THEATRE DE L’ESSAION : LA DERNIERE BANDE DE SAMUEL BECKETT AVEC JEAN PETREMENT ET UNE MISE EN SCENE DE JEAN-JACQUES CHEP

  • Du 10 Septembre au 11 Septembre 2012 Les lundis et mardis à 21 H 30
  • Je viens de découvrir « la dernière bande «  de Samuel Beckett au théâtre de l’Essaïon.et je dois dire que j’ai éprouvé le même choc qu’un visiteur dans un musée, saisi par la présence d’un portrait, ou d’un insolite regard débordant du cadre d’un tableau.

 La dernière bande  est une courte pièce de Beckett, destinée à l’origine à la radio. L’intrique est très simple, il s’agit d’un homme âgé, seul, qui papillonne avec ses souvenirs en jouant avec un miroir, un magnétophone capable d’enregistrer au passé et au présent ses états d’âme.

 Cet homme face à ce miroir nous fait penser à un singe surpris par ses différents reflets. Il est étrange mais sa vérité nous éclabousse parce qu’il nous fait signe comme n’importe quel homme dans la rue, se parle à lui-même naturellement, sans se soucier des spectateurs.

 C’est le privilège du théâtre de pouvoir faire entrer le spectateur dans la maison, donc dans l’intimité la plus secrète d’un individu.

 C’est le privilège aussi du romancier de pouvoir promener le lecteur parmi les infinis détails, créatifs d’atmosphère.

 « Qu’est que c’est que ce type ? » nous demandons nous en voyant une sorte de clochard tourner « en rond » dans sa piaule, de façon misérable parce qu’il ne tient pas debout, qu’il est presque cacochyme. Pendant un temps indéfini, le metteur en scène nous laisse observer son manège, sans qu’il dise un seul mot, et nous le suivons captivés par ses différents périples : allumer une lampe, glisser un livre sous une table branlante, fouiller dans des vieilles boîtes en fer cabossées ec…

 Après on comprend, que tous les efforts démesurés de ce vieillard, n’ont qu’un seul but, celui de remettre la main et l’écoute sur l’enregistrement d’une page de sa vie.

 En soi, c’est très banal. Nous sommes toujours en train de chercher quelque chose, si ce n’est pas un vieux peigne ou une adresse. Là, le bonhomme cherche dans son passé qui ne regarde que lui.

 Mais voilà c’est magique parce que sa voix enregistrée, il y a quarante ans, résonne dans la pièce au présent. Et c’est un autre qui parle, un autre que le vieillard entend.

 Vertige, oh profond vertige ! Nous éprouvons que cet autre dont la voix résonne froidement, le viellard s’y accroche comme au sortilège d’une parole, d’une émotion capable de le faire revenir à lui-même. L’on songe à ces vers de Fantaisie de «Gérard de Nerval :

 « Il est un air, pour qui je donnerais, Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber. Un air très vieux, languissant et funèbre, Qui pour moi seul a des charmes secrets! »

 Non, cette pièce n’est pas sinistre ! Sa force comique, poétique et résistante, est vive grâce à l’intelligence du metteur en scène et de l’interprète qui arrivent à bousculer notre regard sur la vieillesse.

D’accord, il s’agit d’un homme délabré, boiteux, mais il vit ! Sa lutte avec son corps pourrait même faire penser à celle d’un homme préhistorique qui découvre le feu.

 L’homme a cette innocence-là, géniale, d’aller puiser dans ses anciennes braises et l’émotion rejaillit du frottement entre le passé et le présent comme une allumette.

 C’est une performance qu’accomplit Jean Pétrement, saisissant Monsieur KRAPP, aussi humain qu’un singe qui nous regarde !

 Paris, le 27 Octobre 2012     Evelyne Trân

LA CHANSON DU MATELOT – Poème dédié à Philippe JARRY, avec une improvisation musicale de TIM LAZER ( Bol tibétain, Didjéridoo) Michel SEULS (Guibarde, flûte) KEY YOSCHIDA (Trompette)

 
LA CHANSON DU MATELOT AVEC IMPROVISATION MUSICALE 20 10 2012
 
Poème dédié à Philippe JARRY
Matelot
 
J’irai mouiller au large de ta mémoire, matelot,
Pour une fleur d’écriture salée.
Ton toit sera étoilé, vois-tu et ton absence criminelle.
Celle de Mallarmé qui disait « La chair est triste, hélas,
Et j’ai lu tous les livres ».
Comme un grand œil au dessous de la mer, décrit,
la coque de ton innocence abrupte,
à travers une planche, avant le coup du marteau,
indéfinissable, évanouie, ta main tendue, sans adresse,
parlera l’étendue de la mer et ta solitude blessée.
 
Tu as pris au mot le verbe « aller »
 Et ceux qui de demandent « comment vas-tu ? » sont cons,
mais ce n’est pas grave
car l’eau trouble de ta mémoire nourrit l’écorce encore jeune
de tes épousailles avec l’arbre.
 
Et sur l’eau, la vérité n’aura l’air que d’un lézard effarouché,
Et sur tes épaules, l’enfant aura l’impression de toucher le ciel,
Et sans excuse, tu existeras.
 
Au large de ta mémoire,
 j’irai refaire le geste de l’enfant à genoux face à la mer
 Mon Dieu, mon père, mon Dieu ma mère,
 pourquoi m’avez vous fait naître ?.
 
Et tu approuveras leur silence,
dans un coin de mouchoir, ta douleur,
comme un peu de fièvre, comme un peu de flamme pour les éclairer.
 
Evelyne Trân    
 

NE LE DITES A PERSONNE, poème dédié à Vincent JARRY, suite à une promenade à ARCUEIL

 
NE LE DITES A PERSONNE Improvisation musicale Michel SEULS, KEI YOSCHIDA, TIM LAZER (Emission DEUX SOUS DE SCENE Radio libertaire du 6  Octobre 2012)
 
Ne le dîtes à personne,
J’habite un livre
Comme un point sur un i
Au-dessus de l’océan.
un de ces livres, voyez-vous,
Déniché à la brocante,
Poussiéreux et humide,
À peine défloré,
Qui rumine en silence
Tout en semblant dormir.
Un livre troué par la lisière
Des jours endormis
Dont on se débarrasse à la mort de
De son propriétaire.
Un des ces livre inouïs, croustillants d’odeurs,
De feuilles mortes,
Qui escalade les murs, et n’a plus de virgules,
Affranchi au bord des lèvres d’un poète,
Aussi fier qu’une maison spectacle
Aux fenêtres murées, sans paupières, ni porte,
Qui traverse la rue, toujours incognito.
 
Ne le dîtes à personne,
J’habite un livre en cloques, démesuré,
Troué de toutes parts,
À l’encre transparente des ruelles transpirantes
À l’entrevoyure d’une porte d’église, un livre
Dont je descends les marches chaque jour,
En dormant, qui tient lieu de lunettes à mon aveuglement,
Sans domicile fixe, précipice d’une torche en plein océan,
 
Qui n’a pas l’air sérieux,
Sec comme une branche posée sur les genoux.
Un livre qui laisse échapper tant de soupirs
Que ça n’est pas convenable.
 
Ne le dîtes à personne,
J’ai élu domicile sous la page d’un livre
Jouet de la lumière, du vent et de la pluie,
Intimité oblige.
Un livre déchu, abandonné, laminé, sali,
Qui ne fait pas d’histoire
Qui s’est donné,
Pour n’être qu’un point de mire
De ton apparition,
Oh lecteur invisible !
 
 Evelyne Trân
 
 

A propos d’HELEN JUREN à la MANUFACTURE DES CHANSONS – 124 Av de la République 75011 PARIS – Vendredi 19 et Samedi 20 Octobre 2012 à 20H 30

World music, , folk rock troubadour au rythme des Balkans et des mélodies d’Afrique et d’Orient. Hèlèn JUREN est accompagnée de Thierry LE POLLES à la guitare.

  HELEN JUREN a vraiment une très jolie voix, ce genre de voix qui peut remuer l’oreille la moins réceptrice au verbe musical, elle accroche par sa naturalité, un peu comme le bruit de la pluie ou même le tic tac des d’un réveil. C’est une voix qui s’offre au silence.

 Cette porteuse de voix légères et graves,  parfois douloureuses, où s’entremèlent des émotions universelles, doit libérer de l’espace pour dialoguer avec l’invisible. La formule est pompeuse mais elle me parait essentielle. Un artiste sur scène doit rester dans l’axe de l’inconnu, faute de quoi,   il se répète et n’offre plus de répondant à tous les petits commutateurs invisibles que représente le public qui n’est ni ami, ni ennemi mais simplement convié à une aventure extra- ordinaire.

 La tentation d’un artiste sur scène est de donner  le plus de lui-même comme s’il devait ne plus jamais revoir le public et qu’il devait lui ouvrir l’armoire entière de ses trésors. En ce sens, HELEN JUREN, hier, a fait étinceler quelques perles avec ses chansons d’amour ( Les p’tit recoins »entre autres) et elle a prouvé qu’elle était aussi une bonne diseuse avec « La femme africaine ». C’est une femme de tempérament, incapable de mièvrerie  ce qui est tout de même rare avec des chansons d’amour. Mais elle en fait un peu trop lorsqu’elle gesticule. La scène de la Manufacture, au  demeurent très agréable, n’est pas grande et  on imagine mal un cheval, aussi élégant soit-il, l‘investir.

 HELEN JUREN, nous le sentons, a la mélancolie joyeuse; c’est toute sa force, son terroir, son horizon, auxquels elle doit réserver son exubérance.

Son champ créatif est large et mérite beaucoup d’attention et d’écoute : HELEN JUREN est davantage qu’une bête de scène, c’est l’esprit d’une voix.

 Paris, le 20 Octobre 2012                        Evelyne Trân

 

 

VIS MA VIE de Emmanuel Darley Mise en scène : Yves Chenevoy au VINGTIEME THEATRE – 7, rue des Plâtrières 75020 PARIS du 10 OCTOBRE au 25 NOVEMBRE 2012

 Du mercredi au samedi à 19 H 00, le dimanche à 15 H 00. Avec : Bruno Allain, Claudie Arif, Brice Beaugier, Malika Birouk, Yves Chenevoy

Coréalisation : Vingtième Théâtre et Compagnie Chenevoy

Comment imaginer sur notre bonne terre, le fossé qui sépare les « zurbains » des « ruraux » à moins de disposer d’une résidence secondaire ou de lire dans Libération un article documenté qui remet les pendules à l’heure en chiffrant le nombre de paysans à 3 milliards et demi, lesquels ne nourrissent pas seulement l’humanité mais dessinent les paysages.

 Les Zurbains d’Emmanuel DARLEY, affolés par la beauté sublime des champs de blé qui défilent sous leurs yeux tandis qu’ils pianotent sagement sur leurs manches électroniques pendant leur voyage en TGV, semblent sortir d’un paquet de lessive comme des personnages de bande dessinée.

 Nous comprenons que ces zombies auxquels nous devons ressembler, sont si bien connectés aux effets virtuels de leurs portables qu’ils ne peuvent concevoir l’existence d’autres individus coupés du monde moderne et végétant  dans leur campagne.

 La rencontre entre un couple de zurbains et quelques ruraux dont une paysanne rebelle sera l’occasion de bousculer les clichés qui séparent leurs univers parallèles, manipulés par un grand ordonnateur, un Président invisible. Pourquoi d’ailleurs ne pas imaginer un Président mondial avec une petite tête d’ordinateur, dernier cri.

 Pour illustrer cette fable science-fiction, le metteur en scène Yves CHENEVOY a fait appel aux talents d’un scénographe, Didier GAUDUCHON, d’une costumière Elisabeth de SAUVERZAC,du musicien Alain  LITHAUD et des comédiens Bruno ALLAIN, Claudie ARIF, Brice BEAUGIER, Malika BIROUK.

  Tous contribuent à créer une atmosphère assez irréelle. Les tableaux des belles prairies pourraient être vendus dans une galerie car leurs joyeuses couleurs se moquent avec candeur des chimères des zurbains et des ruraux. Nous en perdons notre latin.

 Pas de  morale dans cette histoire. Sachez tout de même que s’il vous prend l’idée de sauter d’un TGV en marche en pleine campagne, c’est vraiment à vos risques et périls. Mais qui sait, en panne d’inspiration, vous vous souviendrez des belles toiles du spectacle « Vis ma vie » illusoires mais charmantes.

Paris, le 14 Octobre 2012               Evelyne Trân

A L’AFFICHE DU GRAND PARQUET : LA FARCE DE MAITRE PATHELIN – CREATION RICHARD DEMARCY- Jardins d’Eole – 35, rue d’Aubervlliers 75018 PARIS –

La farce de Maître Pathelin

DUREE : 1h15    mercredi, dimanche à 15H00.

Montée par Richard Demarcy
Avec Jean Lacroix Kamga , Antonio Da Silva , Guy Lafrance , Leontina Fall , Nicolas Le Bosse

Pour inaugurer sa nouvelle implantation dans les Jardins d’Eole, 35 rue D’Aubervilliers, à proximité du Bd de la Villette, qui regorge de boutiques « exotiques » où les amateurs de tissus, denrées et épices africaines peuvent s’approvisionner, Le GRAND PARQUET programme La farce de Maître Pathelin.

 Le seul nom de Pathelin a des résonances comiques mais à moins de faire accroire que nous avons lu la pièce dans sa langue du Moyen-Age, force est de reconnaitre que pour subvertir notre  ignorance, nous nous sommes arrêtés à nos souvenir scolaires.

 Pour réchauffer notre mémoire, l’adaptateur de la pièce, Richard DEMARCY s’est tout simplement laissé emporter par la verve e la truculence de la farce en l’assaisonnant de quelques anachronismes épicés qui débouchent les narines.

 Cette farce est un régal pour le palais. Elle nous rappelle que notre bonne vieille langue française se nourrit au sens propre des pérégrinations de nos corps terrestres, et que beaucoup de bons mots que nous utilisons tirent leurs saveurs de l’appétit des beaux parleurs.

 Pour conjurer la grisaille qui ameute les cœurs, il n’y a pas de meilleur remède que le rire. L’intrigue da la farce de Maître PATHELIN, fieffé avocat est aussi mince que celle de la fable du corbeau et du renard mais elle recèle des finesses fort croustillantes.

 Allez faire bêler un  berger  qui couve amoureusement ses moutons. Et représentez-vous son avocat de lumière sous les traits  de certains hommes de pouvoir, vous aurez aussitôt le vertige. « Je bêle, je bêle et cela vous en bouche un coin ». Qui, du renard ou du corbeau ferait le meilleur politicien ? Et la femme dans tout ça ? Dieu a créé la femme pour mettre du piquant dans cette humanité foireuse sous les traits de la délicieuse Guillemette, Léontina FALL.

 Les 5 comédiens-musiciens de la pièce se démènent comme les cinq billes d’une ceinture de massage qui frotte et relaxe l’épiderme. Le spectacle est très joyeux, bien enlevé, il impressionne par sa gourmandise de couleurs, d’objets hétéroclites, de costumes improvisés. Un tour de manège incroyable avec pour destination la bonne humeur et l‘étonnement qui écarquille les yeux des enfants, nos théâtreux de demain !

 Un spectacle qui s’inscrit aussi dans la ligne de mire de tous nos métissages, ici et maintenant.

 Paris, le 13 Octobre 2012            Evelyne Trân