PicNik / Object III par la Compagnie ROBERTA KC au Château d’AGLIE le 20 Juillet 2014

PICNIK

chorégraphie : Barbara Mavro Thalassitis / costumes : Barbara Mavro Thalassitis
création : Barbara Mavro Thalassitis et Erwin Wauters / design lumière (version théâtre): Laurence Haloy
interprétation : Barbara Mavro Thalassitis et Denis Robert
musique & design sonore : Luc vertige
Perfect Day de Lou Reed réinterprété par : Luc Vertige: direction musicale/arrangements /percussions & claviers
Sonia Rekis: accordéon – Arnaud Jules: piano – Nicolas Deutsh: aontrebasse
Barbara MavroThalassitis & Luc Vertige: chant
une création : Roberta DC / co-production: Festival les tombées de la Nuit, Festival Itinérance / Ville de Poitiers,Charleroi-  Danses, Les Brigittines

Cela commence comme dans ces contes publicitaires prodigieux qui arrivent à ensorceler nos aliments les plus banals, leur mission étant de nous faire croire à leur effet paradisiaque.

La version courte de la pièce chorégraphique de »PICNIK/OBJECT III de Barbara MAVRO THALASSITIS est inspirée très certainement des clichés publicitaires tape à l’œil et sincèrement naïfs qui font partie de notre tableau de chasse imaginaire.

 Au risque du contre sens, voilà que reviennent à l’esprit les plans les plus savoureux du déjeuner sur l’herbe de Jean Renoir. Et cela stimule notre intérêt pour cette petite farce bucolique, un rien grinçante qui parle de la rencontre d’un homme et d’une femme pendant un pique-nique. L’un et l’autre se butinent et se désirent au milieu de victuailles assez peu diététiques puisqu’il s’agit de salami, ketchup, coca-cola et de chips. La musique d’ambiance assurée par le chant des oiseaux, laisse soudain la place aux coups de fusil, et la scène finale découle sur un arrangement du « Perfect Day «  de Lou Reed.

 Le silence mortel qui succède à la fête, nous montre la jeune femme si pimpante dans sa robe rouge, immobilisée, une tranche de salami sur le front. Curieux pique-nique aux pas de danse, arrosé d’humour noir,  un pied de nez, qui sait.

 « La ville écrase la forêt pour y installer son décor, sans songer au bruit que ferait le chant de tous les oiseaux morts » écrit Francis Blanche, dans « l’Age de raison ».

 Paris, le 22 Juillet 2014       Evelyne Trân     

 

AMBRA SENATORE – Chorégraphe et performer – IN PICCOLO au Château d’AGLIE, le 20 Juillet 2014

IN PICCOLOAMBRA

de et avec : Ambra Senatore

Aurions-nous pu imaginer que le château d’AGLIE était hanté par une créature mythologique ? Il suffit que le public entre dans le petit théâtre du château et observe ravi, le joli tableau champêtre que représente le rideau de scène pour que surgisse  AMBRA SENATORE.

 Sous nos yeux, elle se réveille, exécute quelques mouvements d’étonnement et se tournant vers ses camarades du tableau, elle nous les présente tout en s’amusant à reproduire leurs postures.

 AMBRA SENATORE, c’est Eurydice. Sans aucun doute, elle fait partie du tableau mouvant où l’on voit Orphée jouer de la lyre au milieu de nymphes et de bergers. Une scène  idyllique et naïve, qui s’anime grâce à une Eurydice irréelle et gracieuse, si heureuse de pouvoir dégourdir son corps figé sur  la toile depuis plus d’un siècle.

 Déjà elle s’inquiète de devoir reprendre sa place aux côtés d’Orphée, elle qui aime tant la vie et elle lance quelques chapeaux aux spectateurs en les priant ardemment de ne pas se retourner en quittant le théâtre.

 Très vive, la prestation d’AMBRA SENATORE ne dure que dix minutes  mais elle impressionne par sa  grâce, son humour, sa légèreté féérique.

 Grâce à AMBRA SENATORE nous apprenons qu’Eurydice est une danseuse. Son solo est un véritable petit haïku chorégraphique.

 Paris, le 21 Juillet 2014           Evelyne Trân

 

 

 

Cooperatzia – La Maison par le COLLECTIF G. BISTAKI, le 19 Juillet au Château Venaria Reale

BISTAKI

 régie générale : Nina Pire

vidéo : Guillaume Bautista
lumières : Hugo Oudin
cette création est soutenue par : Pépinière des Arts du Cirque Toulousaine, dispositif mutualisé Lido – Grainerie, Coproduction circ que O!
L’Usine, lieu
conventionné dédié aux arts de la rue – Tournefeuille (31), Mix’art Myrys, Toulouse (31), Espace Périphérique (Ville de Paris, Parc de la
Villette – 75),
association regards et mouvements, Usson en Forez (42), La Petite Pierre – Jegun (32).

Une sorte de défi à notre esprit cartésien, un ovni contemporain  à l’accent Toulousain est venu illuminer le temps d’une représentation une des cours du gigantesque château VENERIA  REALE en offrant au public une des versions de sa création intitulée « LA MAISON.

 Ce sont cinq gaillards vêtus de longues pèlerines qui arpentent la scène avec d’improbables chapeaux, des sacs à main et qui au cours de va et vient apparemment désordonnés, communiquent, se découvrent avec une curieuse monnaie d’échange, la tuile.

 D’allure plutôt rustre, les cinq personnages donnent l’impression de se mouvoir dans une cour de récréation conçue uniquement pour eux et leurs ustensiles de prédilection,  la tuile et le sac à main.

 C’est leur façon à eux de refaire le monde où la logique ne tiendrait qu’à un fil qui ne demande qu’à exploser puisqu’il est vraiment inutile de chercher un rapport entre le sac à main et la tuile sauf à  les utiliser dans tous les sens possibles, en suivant son humeur, en jonglant, en se battant, et en puisant probablement dans une forêt de souvenirs aussi riche et simple que la caverne d’Ali Baba.

 C’est l’expression théâtrale qui domine dans les chassés croisés de ces personnages si virils qu’à l’instar du casque d’Athéna, le sac à main féminin devient un attribut de leur virilité, fantastique et visuellement adorable.

 Comme des gosses avec leur ballon, ces  artistes font feu de tout bois d’une tuile qui se multiplie comme les pains capable d’incarner aussi bien une rivière, un chien, une coiffe ou un ornement, sous les yeux un peu décontenancés du public

 La motivation de ce collectif n’est pas de pousser à la perfection les jeux de jonglage et de cabrioles mais de se laisser subvertir en quelque sorte par la personnalité de l’objet  qui fustige l’imagination.

 C’est le fil du désir qui vient éclairer l’objet de tous nos fantasmes et nos rêveries et le feu d’artifice visuel des cinq compères alignés devant la façade du château sous une pluie de lumières  témoigne de l’énergie  créatrice des cinq partenaires, messagers itinérants à la solde d’un curieux personnage irréel, G. BISTAKI.

 La Maison du Collectif G.BISTAKI fait partie de ces spectacles  au festival TEATRO A CORTE qui prennent le risque de s’exposer dans les demeures les plus imposantes du patrimoine Piémontais. Gageons que le château du VENARIA REALE qui s’ouvre et rêve en  public conservera longtemps l’empreinte  du passage du Collectif G.BISTTAKI, à la fois inattendu et prémédité, particulièrement chaleureux.

 Paris, le  20 Juillet 2014       Evelyne Trân

 

IMA IDUOZEE – Chorégraphe et danseur finlandais le 19 Juillet (Torino : Teatro Astra) This is the title PREMIÈRE ITALIENNE

IMA

chorégraphie et interprétation : Ima Iduozee
lumière : Jani-Matti Salo
son : Kasperi Laine

A la manière d’un peintre oiseau captivé par l’étendue d’une tache blanche, le corps d’IMA IDUOZEE, devenu pinceau, plane  au-dessus d’une surface qui épouse sa silhouette  tel un miroir dansant.

 La relation entre le danseur et sa toile est intime. IMA IDUOZEE se prend-il pour un oiseau ou un chat. Son corps conjugue de multiples variations qui permettent d’associer le chat à l’oiseau. Le chat  pour sa souplesse extraordinaire, l’oiseau dans  le ciel  pour ses insolites ballets.

 On ressent le bouleversement de l’homme oiseau à la rencontre d’un espace inconnu. Il y a toujours cette inconnue de l’ombre, contemplative de cette tentative de fusion du danseur avec l’espace qu’il apprivoise en se débattant, en se remuant pour se faire aimer.

 IMA IDUOZEE danse pour l’espace qui rayonne autour de lui de façon très humble, en délicatesse,  et la beauté silencieuse qui se dégage de ses  jouxtes avec l’invisible ravive notre soif de lumière, de calme et de volupté.

 Paris, le 20 Juillet  2014                 Evelyne Trân

 

 

 

 

 

 
conseil artistique : Kaisa Torkkel

En compagnie (s) d’été 2014 – 13ème édition au THEATRE 14 – 20 Av Marc Sangnier 70014 PARIS du 17 au 31 Juillet et du 19 au 23 Août 2014 PARIS

https://sites.google.com/site/grrrtheatrecinema/en-compagnie-sdete

http://theatreauvent.blog.lemonde.fr/2013/12/15/nuit-dete-loin-des-andes-o-udialogues-avec-mon-dentiste-de-et-par-susana-lastreto-accompagnee-au-bandoneon-par-annabel-de-courson-du-5-au-22-decembre-2013-au-theatre-de-lepee-de-bois-a/

AFFICHE susana lastreto

 

 

http://theatreauvent.blog.lemonde.fr/2014/05/30/les-gnocchis-et-mon-dentiste-loin-de-montmartre-au-theatre-de-lepee-de-bois-a-la-cartoucherie-de-vincennes-du-22-mai-au-dimanche-1er-juin-2014/

 

MOVING STATIONERY par la Compagnie KALLO COLLECTIVE (Finlande) au Théâtre ASTRA le 18 Juillet 2014

MOVING  KALLO

crée et interprété par : Thomas Monckton

Toujours dans le cadre du festival international TEATRO A CORTE de Turin, la compagnie KALLO COLLECTIVE internationale de cirque contemporain, en première italienne a présenté un 2ème solo de cirque contemporain,  interprété par Thomas MONCKTON.

Voilà un spectacle de nature à redorer l’imagination des pauvres employés de bureau  qui n’ont parfois pour interlocuteurs  que des liasses de papier, chemises, cartons, stylos , poubelle, etc. et pour qui la sonnerie du téléphone est synonyme de supplice.

 A croire que Thomas MONCKTON a l’âme d’un poète.Son personnage Sigmund est capable de transformer un sachet de thé  en parachute au- dessus de sa tasse. Il se prend les pieds dans la poubelle, ce qui n’est pas original. Il se bat avec ses stylos et surtout avec d’innommables rouleaux de scotch qui semblent avoir été créés pour provoquer les crises de nerf des imbéciles qui les achètent.

 Sigmund est à la fois ordinaire et extraordinaire. C’est ce qui le rend sympathique, comme une sorte de gusse, de Gribouille qui vous attendrait au coin de l’ascenseur, pour vous narrer les misères dont il est victime au travail.

MOVING STATIONERY Photo E.T.

 Le spectacle a été salué de plusieurs prix au Royaume Uni et en Nouvelle-Zélande. Le public rit de bon cœur et est prêt abonder dans le sens de Sigmund , employé de bureau fantasque et plein de ressources, pour libérer ses propres fantasmes d’employé frustré qui fait voler en éclats, le temps d’une bouffée délirante, non pas comme la Fontaine, cochons, veaux, poulets, mais corbeille, bureau, papiers . C’est à la fois simple et tellement vrai, jubilatoire !

 Paris, le 19  Juillet  2014        Evelyne Trân

 

 

CIRCO AEREO – THE PIANIST au Théâtre ASTRA le 18 Juillet 2014

PIANIST

mise en scène : Thomas Monckton et Sanna Silvennoinen
création lumière : Juho Rahijärvi
création son : Tuomas Norvio, costumes : Kati Mantere

Dans le cadre du festival international TEATRO A CORTE de Turin, la compagnie internationale de cirque contemporain  finlandais CIRCO AERO, en première italienne a présenté un solo de cirque contemporain, the Pianist, interprété par Thomas MONCKTON, un artiste circassien  né en Nouvelle-Zélande.

 « Quel drôle d’animal, on dirait un artiste mais  dans les récitals, on l’appelle pianiste » Cette présentation du pianiste par Francis Blanche ,dans le Carnaval des animaux ,semble avoir été créée pour cet étrange fantomatique pianiste, personnage bizarre auquel  Thomas MONCKTON prête son visage très expressif et son allure dégingandée.

 Le synopsis contant  les  mésaventures d’un pianiste soucieux de briller dans les salons, en plein cauchemar, pourrait faire l’objet d’un nouvelle fantastique de Maupassant mais la dite nouvelle ne serait pas aussi risible.

 Thomas MONCKTON est tout à la fois, mime, clown, musicien, interprète, acrobate. On ne se rend même pas compte qu’il ne parle pratiquement pas tant il est occupé sur scène  à essayer de résoudre les diverses catastrophes qui s’opposent à son récital.

 Les enfants et les adultes encore tendres ne peuvent s’empêcher de s’émouvoir  pendant les tribulations de ce personnage prétentieux avec sa queue de pie et de songer à son pauvre piano, déjà vieux, martyrisé.

  Un piano sans doute mal accordé et qui en plus perd un de ses pieds. Quand le pianiste met sur son dos le piano, un instant le public peut avoir l’hallucination de voir un homme piano, portant sa maison comme une tortue et c’est fabuleux.

 Epique, bien mené et parfois même  poétique, le solo de Thomas  MONCKTON peut hanter l’imagination du public. Son aspect surréaliste et bouffon est de nature à faire vagabonder nos idées les plus sottes et les plus folles. Après tout si les objets nous jouent des tours   c’est que soit, ils sont bien vivants, soit que  l’invisible qui les manipule est plein d’humour.

 Les fantômes du spectacle « The Pianist » ne sont pas méchants.  Il suffit de les apprivoiser et de les faire rêver comme Thomas MONCKTON avec passion !

 Paris, le 19  Juillet  2014        Evelyne Trân

 

 

 

AGAIN par la Compagnie ZERO VISIBILITY CORP au THEATRE ASTRA à TURIN le 17 Juillet 2014

AGAIN

Chorégraphe : Ina Christel Johannessen / compositeur : Marcus Fjellström
danseurs : Line Tørmoen, Pia Elton Hammer, Camilla Spidsøe Cohen, Kristina Søetorp, Sudesh Adhana, Mate Meszaros, Antero Hein
performeur/son/musicien : Tommy Jansen / création lumière : Kyrre Heldal Karlsen / scénographie et costumes : graa hverdag as / Kristin
Torp son : Morten Pettersen / photos : Yaniv Cohen et Carl Thorborg / production : zero visibility corp. et NorrlandsOperan
co-production : Carte Blanche, Bærum Kulturhus / zero visibility corp. est soutenu par Arts Council Norway

 Again ! Vous venez juste de cligner les yeux face à un immense rideau végétal que surplombe la tête d’une jeune femme, nouvelle née qui semble vouloir embrasser avidement toute la scène.

 Une femme insecte, aux branches fines presque acérées, réplique inverse de la jeune femme épanouie, semble crisser sur ses pattes sèches et stridentes à la fois, comme si elle entendait imprimer sa silhouette dans l’air, ne se souciant que d’elle-même, absolument solitaire.

La chorégraphie d’Ina Christel Johannessen parle de la répétition des mêmes gestes, des mêmes émotions qui fortifient notre présence au monde, d’une conscience qui tenterait de surgir à travers tout le fatras de nos automatismes.

 Les danseurs et danseuses comme s’ils se déplaçaient à travers un carton perforé d’un orgue de barbarie, règlent leurs gestes comme du papier à musique. Ils parlent avec leurs corps un langage déroutant presque mathématique.

 Les tracés en solitaire, en collectif, ne se bousculent pas, ils restent parsemés comme des rondelles d’air qui se déploient étrangères les unes aux autres.

 Dans cet opéra quelque peu froid, Dionysos incarné par une femme qui piétine une sorte de harpe à plat, xylophone à cordes,  vient au secours des automates, suggérant une sorte de refrain insubmersible de l’être solitaire qui tel un oiseau sur un éventail siffle « Again ».

 AGAIN PHOTO E.T.Dans cette réflexion en forme d’organigramme, c’est le un qui domine le plusieurs caractérisé par les pliures d’accordéons en carton  qui s’ouvrent et se resserrent  sur l’individu.

 La démonstration visuellement impressionne par sa sobriété. Nous retiendrons, véritablement magnifiques, les solos de la dame insecte comme une branche végétale qui tâte de l’invisible, de ses bruits qu’elle seule entend, telle une danseuse fossile.

Ne pas penser, voir, sentir. Ce n’est pas si évident. La chorégraphie d’Again nous rappelle que nous sommes des êtres de langage dépendants de partitions que nous déroulons sans y faire attention. Viendra le temps de l’hybride,  du désordre, d’un pffuit, d’un again, susceptible de projeter l’individu vers le bel et joyeux inconnu. Encore et ailleurs, encore et toujours, le regard de la chorégraphe n’entend rien bousculer, contemplatif, endurant,  il repose sur une écriture de gestes, une langue qui a sa grammaire ses codes, qui les assume comme des rituels aussi élémentaires que le passage du jour à la nuit . Les danseurs ne friment pas, ils s’exécutent entrainés par l’inéluctable tic-tac  d’une horloge inhumaine, submergée, quelque part égarée dans l’univers.

 Un bel argument pour une chorégraphie méditative, en creux et en plein. qui entend s’exprimer dans la durée, ce qui requiert de l’attention du spectateur, cet éphémère, un certain travail de reconnaissance au-delà de l’infernal tic-tac vers un salutaire ou insensé « Again ».

 Paris, le 18 Juillet 2014               Evelyne Trân

 

 

 

JOHNNY MANGANO AND HIS ASTONISCHING DOGS de Michel TREMBLAY – Adaptation de Marie-Line LAPLANTE au Théâtre du Lucernaire 53 rue Notre Dme des Chamsp 75006 PARIS du 9 Juillet au 13 Septembre 2014 (relâche le 6 Septembre) du mardi au samedi à 19 H.

JOHNNY MANGANO

Catherine Le Goff, Carlotta

Christine Moreau, Le Coconut Inn
Frédéric Tellier, Johnny
Mise en scène Harry Holtzman
Adaptation Marie-Line Laplante
Dramaturgie Frédéric Tellier
Musique Christine « Zef » Moreau
Scénographie et construction Yvett Rotscheid
Costumes et maquillage Jean-François Castaing, Lumières Sylvain Séchet, Régie Vincent Lewandowski, Administration Joséphine Zaméo

 Le titre de la pièce résonne comme une enseigne lumineuse, tapageuse des Grands Boulevards, elle crépite. Allons-nous être brouillés par tous ses phares ? Comme n’importe quel petit insecte, nous somme attirés par la lumière, semble nous dire Michel Tremblay qui pose sa loupe sur une des espèces qui l’arborent avec une belle inconscience, les artistes.

 Non les artistes ne peuvent pas se permettre de pousser sur scène la plainte de Mallarmé « La chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres ». Convoquer la chair, nous y voilà ! Celle d’un couple qui se déchire dans les coulisses en fronçant à l’extrême la peau de chagrin de leurs espoirs et leurs rêves déçus pour finir par tout oublier sur scène.

 Le dresseur de chiens Johnny MANGANO poursuit un rêve d’enfant, il se fait plaisir et cela seul compte. Que sa partenaire se sente défavorisée au profit d’une chienne, la vedette du spectacle, il ne peut l’entendre. Les coups de semonce de la réalité, cruelle, peuvent bien détruire un rêve, ils ne l’effacent pas.

 Pas de spectacle, pas  de Johnny MANGANO. La détresse du dresseur de chiens finit par désarmer sa partenaire et compagne Carlotta qui menace de le quitter.

 La scène de ménage est classique mais ses intonations interpellent notre tissu affectif non sans rappeler quelques fluorescences tragiques de Fellini et comiques de Marcel Carné avec son couple mythique Arletty et Louis Jouvet dans Hôtel du Nord.

 Frédéric TELLIER compose avec talent un Johnny MANGANO machiste, insolent et tout à coup poignant. Catherine LE GOFF insuffle une belle énergie à son personnage, vindicatif et somme toute tendre. Christine »ZEF » MOREAU crée l’ambiance avec ses jolies mélopées canines.

 Le dispositif scénique s’ouvre sur une loge juste derrière la scène d’un music-hall en pleine représentation. Accaparés par leur scène de ménage, les protagonistes ne peuvent néanmoins découdre de leur élément, le spectacle.

 Que l’on s’identifie ou pas à ces artistes, il y a du plaisir à se retrouver dans leur histoire d’amour et de haine. Un quignon d’existence, à fleur de peau, simple ou banal que l’auteur, Michel TREMBLAY et ses interprètes mouillent à la sueur de nos espoirs.

Une belle récréation vivante et très émouvante, servie par une mise en scène bien rythmée de Harry HOLTZMAN  où l’on entend battre le cœur des artistes  et le nôtre à l’unisson.

 Paris, le 12 Juillet 2014       Evelyne Trân

 

 

 

 

MOI LE MOT de de Matéï Visniec au Théâtre des ATELIERS d’AMPHOUX à AVIGNON – 10 – 12 rue d’Amphoux – Téléphone réservation : +33 (0)4 90 86 17 12 – du 5 au 27 Juillet 2014, 20h20 les jours pairs, 21h55 les jours impairs.

MOI LE MOT

Avec :Eva Freitas

Rébecca Forster
Aurélien Vacher

Camille Briffa et Laurie Cousseau scénographie
Roberte Léger chorégraphie 
Aurélien Vacher violoncelle
Didier Bailly composition chanson

Arnaud Delannoy création bande son

Alice Astegiani création lumières

Nous sommes envahis pas les mots et nous ne nous en rendons pas compte. Ne sommes-nous pas nous-mêmes affublés d’un prénom et d’un nom, dès la naissance. Le choix d’un prénom pour un nouveau-né, c’est si important ! Ne devra-t-il pas le porter sa vie durant !

Matei VISNIEC est un écrivain Roumain, arrivé en France en tant que réfugié politique en 1987. Il est l’auteur le plus joué au festival d’Avignon off. Avec « Moi le mot », il manifeste avec brillance sa capacité à se fondre dans la matière juteuse de quelques mots de la langue française. Chez lui, les mots se portent si bien qu’il a décidé de les anthropomorphiser pour le spectacle, le bonheur de les toucher de l’œil.

 Matei VISNIEC est donc un obsédé « textuel ». Quand il observe un individu, aussitôt mentalement, il l‘habille d’un mot. Avec la même lueur coquine que nos caricaturistes de la belle époque  qui illustraient les journaux avec les visages de Monsieur BIZARRE, Monsieur GRIBOUILLE, Madame FENOUILLARD et le sapeur CAMEMBERT etc.

 C’est l’enfance de l’art, car les enfants adorent voir s’incarner des mots. Ils ont l’habitude de passer du mot à l’illustration ; de rester pensifs pendant une demie heure devant le mot désir accolé à l’image d’une superbe pomme rouge avec sa queue ou bien un gâteau.

 Les jeunes interprètes, Eva FREITAS, Rébecca FORSTER et Aurélien VACHER, qui incarnent les mots  du « dictionnaire subjectif » de Matei VISNIEC s’en donnent à cœur joie car leurs mots parlent avec beaucoup de liberté, de fantaisie et curieusement ne se prennent pas au sérieux sauf le mot UTOPIE.

 Très savoureux, les discours du mot POLITIQUE sans grammaire ! Et les GROS MOTS qui empestent dans les autobus, sont si bons vivants qu’on veut bien excuser leur vulgarité.

 Quelques enfants dans la salle sont aux anges et les adultes se remémorent l’époque des petites buchettes arithmétiques et leurs doigts tachés par le porte-plume en duel avec un mot.

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La mise en scène de Denise SCHROPFER est très alerte. Elle a pourtant beaucoup de travail pour rassembler tous les mots de Matei VISNIEC, plutôt turbulents mais jamais méchants. Le mot PUTAIN a le goût de friandise dans cette cour de récréation. Parce qu’il arrive que des mots changent de visages suivant le contexte. L’habit ne fait pas le moine. Le mot  PUTAIN suivant qu’il est prononcé par votre bouchère ou par un « costard cravate » n’a pas la même saveur. C’est du fil à retordre que doivent méditer  nombre de nos écrivains.

 Les mots sont en colonie de vacances dans ce joli spectacle et c’est avec plaisir que nous vient à l’esprit la poésie de Prévert,  « En sortant de l’école». Dans le fond, le poète  Matei VISNIEK est un apprivoiseur de mots, il les aime, il ne peut s’en passer. Pour lui « Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! ».

Publié le 20 Avril 2014,

Mis à jour le 7 Juillet 2014                         Evelyne Trân